Macron entre en campagne

Macron mieux servi par lui-même
(Photo AFP)

Dans un entretien paru hier dans « le Figaro », Emmanuel Macron a mis l’accent sur ses efforts pour limiter la délinquance et la criminalité. Il dresse un bilan favorable de son action sécuritaire, que Marine Le Pen s’est hâtée de dénigrer.

EN CHOISISSANT ce thème, le président de la République s’est attaqué à la progression constante du Rassemblement national dans les sondages. Contrairement aux candidats déclarés ou potentiels à la présidence, il a tenté de démontrer indirectement que le danger pour la société, ce n’est pas lui, c’est Mme Le Pen. Il n’y a pas de fort argument en faveur de cette thèse, tant le succès de Le Pen est considérable. Mais on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Il est bon de toute façon que le président rappelle que son action en faveur de la sécurité des citoyens existe. La présence de Gérald Darmanin à la tête du ministère de l’Intérieur semble le confirmer. M. Macron a donc rappelé plusieurs mesures de son quinquennat qui correspondent à un certain nombre de promesses de campagne, dont la création de 10 000 postes de policiers.

Drogue et violence.

Il demeure que le pays a le sentiment que l’arme de la justice est impuissante face à une expansion de la violence garantie par le trafic de de drogue. C’est pourquoi le développement des moyens de répression dépend principalement de l’action de la justice. Les policiers manifestent aujourd’hui devant les tribunaux des grandes villes : ils sont consternés par les faibles condamnations ou acquittements prononcés par un tribunal contre un groupe de voyous qui, littéralement, à Viry-Châtillon, ont tenté de brûler vifs des policiers dans leur voiture.  Ces « gardiens de la paix » étaient en faction à ce poste pour empêcher le commerce du cannabis. Le pire, c’est que, après une agression dont le seul objectif était la mort des policiers, le trafic a repris. Il n’est plus question de les exposer à un danger mortel.

La position du sniper.

Les verdicts des juges ne semblent pas très adaptés à la violence contemporaine. Les peines prononcées étaient relativement légères et il y a eu plusieurs acquittements. Le message envoyé aux assassins en puissance, c’est qu’ils peuvent s’en sortir, et celui qu’entendent nos concitoyens est que, si les policiers armés sont sans défense, les citoyens face à l’agression n’ont aucune chance. Un débat se poursuit au Parlement sur un projet de loi présenté par Éric Dupond-Moretti, le garde des sceaux, pour renforcer les peines encourues et conserver les droits des criminels à la fois. Le chef de l’État poursuit donc ses réformes en temps de Covid, et il a un bilan que Mme Le Pen se contente de critiquer, sans sembler se rendre compte que la position confortable du sniper ne dit rien sur l’évolution générale de la bataille.

Une campagne très tendue.

Quelle que soit la politique sécuritaire de Macron, sujet trop vaste pour que les commentaires préjugent de ses succès ou de ses échecs, le point intéressant est que, face à la levée des boucliers, il a décidé d’entrer en campagne un an avant l’élection présidentielle tout en jurant qu’il continuerait à gouverner jusqu’au dernier jour de son mandat. Et il va le faire non pas en répondant systématiquement aux sarcasmes, mais en présentant chaque jour un aspect de ce bilan tant décrié, et souvent avec quelle mauvaise foi, par ses nombreux détracteurs. Il est assez entouré pour que ses divers porte-paroles participent à la guérilla, tandis que lui se placera au-dessus de la mêlée pour tenter de montrer qu’il n’est pas l’épouvantail que les oppositions veulent faire de lui. Ce qui veut dire que la campagne sera à l’image du mandat, tendue et agitée, mais que les Français trouveront peut-être, dans le choc des exagérations de part et d’autre, le dénominateur commun utile à leur jugement.

RICHARD LISCIA

 

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7 Responses to Macron entre en campagne

  1. Annonces dit :

    Oui ça ne laisse aucun doute sur une prochaine candidature.

  2. Num dit :

    Le verdict de Viry Châtillon est très inquiétant. Il est temps de prévoir une réforme en profondeur de la Justice afin de l’adapter à la réalité de la violence d’une partie de la société. Macron a dissous l’ENA, il serait bon qu’il en fasse de même avec l’ENM, qui souffre des mêmes maux avec des conséquences pires encore

  3. Num dit :

    Macron peut bien annoncer le recrutement de 10 000 policiers à un an de l’élection présidentielle, personne n’est dupe. Viry-Châtillon, affaire Halimi, Tourcoing, Epinay-sur-Seine… cette réponse est dérisoire, de l’ordre de la communication électoraliste et ne fera pas oublier que son bilan en matière d’insécurité et de violence est cataclysmique. Le régalien est l’énorme talon d’Achille de son gouvernement et risque de coûter extrêmement cher en 2022.

    Réponse
    Que veut dire « extrêmement cher » ? Qu’il pourrait perdre l’élection ? Le bilan cataclysmique est un bilan de 40 ans, pas celui de Macron. La question n’est pas de savoir s’il va ou non être réélu, la question porte sur le climat qui règne en France et qui ne va pas s’améliorer si on dramatise tous les jours le moindre événement.
    R.L.

    • Num dit :

      Que Macron puisse perdre l’élection est une évidence.
      D’accord avec vous sur le fait que c’est le bilan de 40 ans de laisser-faire mais c’est à lui, qui est au pouvoir aujourd’hui, d’apporter des réponses, ce qu’il ne fait pas.
      Le climat se détériore en effet mais c’est bien parce que ces faits « divers » se multiplient et sont le signe d’une violence toujours accrue de notre société. On ne peut plus ne pas dramatiser. Il est temps d’ouvrir grand les yeux et surtout de trouver des solutions.

  4. colette Allaert dit :

    Le moindre événement fair rôtir quelque poulets.

    Réponse
    Bravo pour votre bon goût !
    R. L.

  5. Alan dit :

    Le verdict de Viry Châtillon est très inquiétant, et l’absence de tout procès pour le meurtre antisémite de Sarah Halimi est insupportable.
    Ce n’est pas la faute de Macron, qui à mon avis fait de son mieux et certainement mieux que d’autres n’auraient fait à sa place, mais probablement faut-il réformer certaines lois pour que de tels trous béants ne puissent se reproduire.

  6. Doriel Pebin dit :

    il ne faut pas oublier qu’il y avait à priori un jury « populaire » (pour les professionnels de la critique permanente du gouvernement) !

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