États-Unis : justice, enfin

Chauvin reconnu coupable
(Photo AFP)

Derek Chauvin, le policier qui avait tué George Floyd en maintenant son genou sur sa nuque pendant plus de 9 minutes, a été reconnu coupable par un tribunal de Minneapolis des trois chefs d’accusation pour lesquels il était jugé. Le verdict sera annoncé dans un mois.

ASSURÉ de l’impunité dont bénéficient couramment les policiers américains, Derek Chauvin est resté insensible aux supplications de la foule qui l’appelait à mettre fin à la torture qu’il infligeait à Floyd. Gérée avec prudence, sa technique d’immobilisation des suspects est largement éprouvée aux États-Unis, notamment à Minneapolis où les exemples d’arrestation intempestive sont légion. Au fond, Chauvin n’a fait, ce 25 mai 2020, que ce qu’il avait l’habitude de faire et pour quoi il n’avait rendu aucun compte. En tuant George Floyd, il n’a pas seulement soulevé la colère des Américains, il a rencontré le destin qu’il méritait.

Crime raciste. 

L’Amérique est un pays de violence, né dans une violence et une injustice, l’esclavagisme puis le racisme anti-noir, qui continue à nier leurs droits aux citoyens noirs en dépit d’une évolution sensible des institutions et des mœurs. Dans ce vaste pays, les services d’ordre locaux ont toujours pris, et prennent encore, des libertés avec le droit, pratiquant l’abus de pouvoir 24 heures sur 24. Un Noir est fatalement, selon beaucoup de policiers, un suspect. De sorte que la vigueur de l’interpellation est devenue une habitude bien ancrée malgré son anti-constitutionnalité. Chauvin était tellement aveuglé par son pouvoir qu’il n’a pas voulu se rendre aux arguments des passants affolés par son geste, qu’il a refusé d’entendre la plainte de Floyd (« I can’t breathe ! », « Je ne peux pas respirer ! ») et que, s’il avait consenti à relâcher la pression sur la nuque de Floyd deux ou trois secondes plus tôt, il aurait pu éviter une condamnation. Celle-ci ne tardera pas, mais elle s’inscrira dans un contexte beaucoup trop détérioré pour convaincre toutes les polices américaines de traiter d’éventuels suspects avec prudence et humanisme.

Un contexte anti-Chauvin.

Ce n’est pas le tribunal de Minneapolis qui a reconnu Chauvin coupable de son crime, classé parmi les « homicides involontaires », ce qui limitera forcément la sévérité de la sentence. C’est le peuple américain, ce sont les réseaux sociaux, ce sont les médias qui ont enfin fait à la police la réputation qu’elle méritait. Si Chauvin avait été relaxé, des émeutes auraient éclaté dans tout le pays et il y aurait eu, encore et encore, de nouveaux actes de violence et de nouveaux décès. Le résultat de l’interpellation, la mort d’un homme à qui on reprochait, sans en être sûr, d’avoir payé un achat avec un faux billet de 20 dollars, était trop scandaleux pour que les collègues de Chauvin le soutiennent. Policiers et procureur, au contraire, ont accablé Chauvin, même si sa défense a joué sur les excès de la presse et des réseaux sociaux. Du coup, un pays habitué aux violences impunies de la police a basculé dans le recours aux lois contre l’homicide, contre la fin des privilèges insensés de la police, et une partie de la gauche réclamait qu’elle fût privée de tout moyen matériel.

L’onction de Biden.

Dans ce contexte, le président Joe Biden, conscient tout de même qu’il a la responsabilité de l’ordre républicain, est resté sourd au defund, à la privation des forces de l’ordre de leurs moyens financiers, mais il s’est placé d’emblée dans le camp des victimes noires, et hier, le jour de la décision du jury de reconnaître la culpabilité de Chauvin, il a exprimé son soulagement, son émotion, sa présence aux côtés de la famille de Floyd. Bien entendu, il s’est trouvé assez de gens pour dire que Floyd n’était pas un saint. Il était toxicomane, dit-on dans les milieux les plus réactionnaires, il ne valait pas la peine, en quelque sorte que l’on s’émût sur son sort. C’est là qu’il faut réagir avec force : on n’a pas besoin d’être blanc-bleu pour échapper à la violence policière. D’abord, s’agissant de Floyd, rien de ce qui contribue à sa mauvaise réputation n’est prouvé. Ensuite, la leçon de l’histoire est qu’un suspect américain a des droits inviolables, qui sont bafoués tous les jours. Ce n’est pas Chauvin qui est jugé, c’est le système.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to États-Unis : justice, enfin

  1. D.S. dit :

    Je n’accorde aucune excuse à ce policier. Les images sont accablantes à 100%. J’étais beaucoup plus réservé sur l’interprétation de la vidéo, montrant des policiers français passant à tabac un producteur de musique. Dans le cas de ces 3 policiers, je plaide plutôt la clémence. Ils se sont conduit en mauvais professionnels, c’est certain. Mais ont ils fait preuve de sadisme extrême comme Derek Chauvin?

  2. Laurent Liscia dit :

    Très beau rappel des évènements. On se demande comment cet homicide a pu être « involontaire ». Les forces de police sont là pour protéger les citoyens, pas pour les tuer, ni pour les passer à tabac. Le travail de police est difficile et pas toujours gratifiant. Les policiers n’obtiennent pas en France le respect qu’ils méritent, notamment dans les communautés ou ils sont censés maintenir la paix sociale. Aux Etats-Unis ils regnent par la peur. Personne ne veut avoir affaire a la police, surtout pas les minorités et encore moins les Noirs. On ne sait pas si on s’en sortira vivant. Situations très contrastées, donc.

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