Gauche : les mânes de Mitterrand

Dimanche au Creusot
(Photo AFP)

François Hollande, Anne Hidalgo, Jean Glavany, Pierre Joxe, Lionel Jospin et d’autres ténors du parti socialiste se sont réunis hier au Creusot pour commémorer l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République il y a quarante ans. 

IL ÉTAIT logique de célébrer l’union de la gauche et sa victoire en 1981. Les participants à la réunion en ont tiré la leçon, pas moins logique, de ce que la gauche peut faire quand elle se rassemble. Mais l’application de cette leçon à la conjoncture relève plus de la nostalgie que de l’inspiration. On peut certes démontrer que François Mitterrand a bénéficié de deux mandats de sept ans chacun, battant ainsi tous les records de longévité politique d’un président de la Vè République. On peut aussi remarquer que l’exploit ne peut pas être renouvelé l’année prochaine. Non seulement la gauche n’a pas adopté de programme commun, non seulement elle n’a pas de candidat capable de franchir le premier tour (en tout cas pour le moment), mais la structure de ses forces n’a pas cessé de s’affaiblir depuis trente ans. Le PS est réduit à peau de chagrin. Les Verts ont remplacé le PS comme parti de référence de la gauche, et, surtout, chacun des partis présentera un candidat différent, probablement Mme Hidalgo pour le PS, Yannick Jadot ou Éric Piolle pour les Verts, Jean-Luc Mélenchon pour la France insoumise et Fabien Roussel pour le parti communiste.

La France est à droite.

Il y a pire : les socialistes affaiblis sont encore sous le coup de l’action des frondeurs qui ont ruiné le mandat de M. Hollande. Les Verts font des propositions qui, si elles étaient appliquées, affaibliraient l’économie. Le programme de M. Mélenchon passe par la dissolution de l’Assemblée nationale et l’élection d’une Assemblée constituante qui modifierait en profondeur la Constitution. On ne court pas un très grand risque quand on prévoit la défaite de la gauche dont les effectifs, tous partis confondus, ne dépasseraient pas les 30 ou les 35 % du corps électoral, ce qui veut dire que la France a basculé à droite, et même à l’extrême droite,  depuis longtemps. Ce n’est donc pas en se référant à Mitterrand, au programme commun et à une époque révolue que la gauche va se réinventer et renaître de ses cendres. Le plus probable est qu’elle a  besoin encore de quelques années de réflexion et d’une défaite de la prochaine droite au pouvoir, quelle qu’elle soit, pour enfin rebondir.

Surenchère intégriste.

Le renforcement de la droite, assorti de la progression de l’abstention et de l’affaiblissement naturel du meilleur candidat, à savoir Emmanuel Macron, l’entêtement des Républicains à ne pas s’associer à la République en marche, l’augmentation du nombre d’électeurs du Rassemblement national ne facilitent guère la tâche au président sortant. Mais, contrairement à la réputation que les médias veulent lui faire, il a fait des petits. Il a d’abord montré à des personnalités comme Valérie Pécresse et Xavier Bertrand que rester à LR est suicidaire et, avant cela, il a attiré vers son parti nombre de LR qui ont compris dès 2017 que travailler pour les dirigeants conservateurs du parti ne pouvait conduire qu’à de nouveaux échecs. Toutes choses qui, à l’époque de la présidence Mitterrand, auraient concouru à une victoire de la gauche. La vérité conjoncturelle est la suivante : la gauche va s’affaisser à cause du rôle néfaste joué par les Verts et principalement par leur chef, Julien Bayou, tenant de la surenchère intégriste pour toutes les questions d’environnement et la droite souffre de l’énorme pré-carré qui appartient à Marine Le Pen.

Un choc inévitable.

Cependant, la situation va rapidement se décanter : les enquêtes d’opinion montreront que l’électorat, éparpillé autour d’une douzaine de noms, va se concentrer autour de trois ou quatre candidats. De même que l’hypothèse, qui épouvante les Républicains et selon laquelle il faut éviter à tout prix un nouveau match Macron-Le Pen, se confirmera. Le train est en marche et ne s’arrêtera que le jour du second tour. Tout le prouve : l’incapacité structurelle de la gauche à franchir le premier tour, l’existence d’une majorité silencieuse qui ne vote pas Le Pen, n’aime pas nécessairement Macron, mais n’aura que lui pour se débarrasser de la dame de l’extrême droite, le sursaut démocratique et républicain auquel le président sortant invitera ses concitoyens. Ainsi les exigences excessives des Verts,  à l’aise dans les comportements de type soviétique, la résistance fort peu inventive de la droite classique, la déroute d’une gauche qui vit avec le passé font-elles le lit du choc REM-RN que tous dénoncent mais que tous favorisent.

RICHARD LISCIA

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One Response to Gauche : les mânes de Mitterrand

  1. Laurent Liscia dit :

    L’excellent sujet « caché », c’est en effet l’integrisme ecologique. Il me semble qu’on ne peut pas combattre le changement de climat « en-dehors » de la réalité sociale et économique. A quoi tient cet intégrisme?
    Réponse
    A mon avis, il tient au fait qu’une partie des Verts français, mais pas tous, sont d’abord des gauchistes.
    R. L.

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