Armée : re-belote !

Un canular ?
(Photo AFP)

Une semaine après la parution dans « Valeurs actuelles » d’un texte signé par des militaires, souvent de haut gradés, qui dénonçait le « délitement » du pays, le magazine hebdomadaire en remet une couche avec une tribune anonyme, qu’il attribue à des militaires en service et qui enfonce le clou du désordre national.

LES DEUX documents se rejoignent et se complètent pour faire porter à Emmanuel Macron le fardeau de plus en plus lourd d’une sécurité malmenée par les assassinats de policiers, le trafic de drogue et le terrorisme. On voudrait croire à la sincérité des signatures, sauf que les signataires restent dans l’ombre, préférant, de toute évidence, leur propre sécurité à celle du pays, à laquelle ils devraient contribuer avec plus d’acharnement si elle ne leur semble pas suffisante. On se pose une question, parmi d’autres, sur le rôle d’un journal qui, pour vendre du papier, renonce au respect de toute déontologie professionnelle. On constate que, s’il est facile de prétendre que le texte a été signé par des centaines de militaires d’active, rien ne prouve que ces « dissidents » existent ; toute l’affaire pourrait n’être qu’un énorme canular. Le pseudo-putsch est surtout la Bérézina d’une certaine presse défaillante, engagée, trompeuse et partisane.

Une enquête est nécessaire.

Pour le moment, le gouvernement s’est contenté de mettre en avant la « lâcheté » de ces écrivains du dimanche, mais il est difficile de s’insurger contre un comportement qui n’est assumé par personne, sinon par « Valeurs actuelles », et on doit admettre, pour ne pas sombrer dans le ridicule, qu’un être inexistant ne peut être ni lâche ni courageux. Il serait bon qu’il y ait une enquête pour aller trouver l’identité des signataires et demander à la direction de l’hebdomadaire de quelle manière il a procédé. Ce qui n’empêche pas le débat politique. Marine Le Pen s’est en effet réjouie du désordre qui semble régner dans l’armée (pour autant que le texte soit authentique), et comme on la comprend ! C’est simplement trop beau pour être vrai : un soulèvement militaire à moins de six semaines des régionales et moins d’un an de la présidentielle ! L’événement tombe à point nommé et de telle sorte qu’il faut faire toute la lumière sur ses tenants et aboutissants, ce qui transformera la bombe en boomerang et permettra de confondre les auteurs du canular, extrême droite ou militaires retraités, prêts à trouver une distraction dans l’abaissement systématique du pays.

« On n’en peut plus ».

On en rirait si on ne voyait que l’intox va assez loin pour que la classe politique avale la couleuvre, les uns houspillant les militaires, même s’ils ne représentent personne, les autres leur trouvant principalement la vertu de voler au secours de leurs ambitions politiques. Le plus grave, peut-être, c’est encore l’énormité d’un bobard que la France a vite pris au sérieux, alors qu’elle a d’autres chats à fouetter. C’est aussi l’empressement de Marine Le Pen et de ses amis à s’emparer derechef du sujet et d’en faire la démonstration qu’il faut chasser Macron du pouvoir et le remplacer par une faussaire. Les Français consacrent beaucoup de temps à la dénonciation d’une violence qui amène Mme Le Pen à dire dans un soupir de martyre : « On n’en peut plus ». Il leur semble que tout concourt à cette violence, à commencer par des méthodes politiques inspirées par la famille Borgia, des déclarations qui se transforment en flèches acérées capables d’abattre l’ennemi d’un seul coup, et un théâtre qui se veut tragique où tous se croient obligés de sembler animés par une colère si sincère qu’ils ne savent plus la contenir.

Plafond de verre.

Tout ça pour nous dire que nous serions au bord du gouffre, alors que les Français estiment que l’on peut commencer à tourner la page du Covid et qu’ils auront des vacances cette année, sans compter la remise du pays au travail et le rebond économique. Au fond, cette grossière fabrication qui, en somme, consiste à attribuer au personnel militaire des états d’âme peu conformes à sa rectitude mais qu’il ne ressent pas de toute façon, traduit le désespoir d’une femme politique qui sait bien, au fond d’elle-même qu’au terme des campagnes électorales, elle ne parviendra pas à faire exploser le plafond de verre ; que, si elle ne peut le briser par le suffrage universel, elle doit contribuer à la subversion : et que, si le discours cataclysmique ne suffit pas, il va lui falloir créer de toutes pièces le cataclysme, l’inventer en faisant marcher quelques relais militaires rabougris. Et c’est elle, Marine, qui veut gouverner la France ?

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Armée : re-belote !

  1. Laurent Liscia dit :

    On en rit qund meme un peu … Apres avoir lu « Valeurs Actuelles », je suis prêt à me plonger dans « Ici Paris », où les scandales sont moins fantaisistes.

  2. Num dit :

    « Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt. » Version française : « Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage »
    C’est la première fois depuis des décennies que les militaires montent au créneau et s’invitent dans le débat politique. On peur décrédibiliser le messager, le message demeure et reflète le sentiment de 60 % des Français (sondage Harris) et 75 % partagent le constat de délitement de la nation. Les Français, à part peut être ceux qui habitent les beaux quartiers, n’ont peuvent plus de cette montée de violence, unique en Europe. Mais on peut en effet continuer à être dans le déni et ne répondre que par la sanction d’hommes courageux qui, eux, risquent leur peau tous les jours pour sauver la nôtre.
    Réponse
    C’est quand même étonnant que l’on puisse être à ce point imperméable à la vérité : cette affaire n’est qu’un bobard, mais vous continuez à parler de ces hommes courageux qui se dressent contre l’État. Où sont-ils ? Les hommes courageux se battent dans le Sahel.

  3. bonnette dit :

    Quand on est hostile à cette publication, on souligne l’anonymat lâhe. Mais la grande muette ne peut pas s’exprimer au grand jour.
    Et on omet systématiquement de mentionner le sondage Harris publié après la première lettre, et qui recueillait l’approbation majoritaire de Français.
    Qui manipule: le journal « Valeurs actuelles » (qui n’est pas blanc comme neige) ou le rédacteur de ce texte (qui ne l’est pas non plus).

    Réponse
    Votre commentaire diffamatoire mérite procès : qu’est-ce qui vous permet de dire que je en suis pas blanc comme neige, sinon votre sectarisme ? Le sondage Harris exprime surtout l’intoxication de l’opinion par des informations qui ne sont que des fabrications. C’est le sort de l’extrême droite : elle ne peut pas exister sans le mensonge, l’affabulation, l’exagération et la sinistrose.
    R. L.

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