Un clash franco-américain

Biden en concurrence avec Macron
(Photo AFP)

Les États-Unis sont formellement opposés à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour imposer un cessez-le-feu immédiat aux Israéliens et aux Palestiniens. Or c’est la France qui, avec la Tunisie et le Jordanie, porte ce projet .

LA DIPLOMATIE américaine n’est pas dans l’impasse, comme on l’entend dire depuis deux ou trois jours. La concertation entre Joe Biden et Benjamin Netanyahu est permanente depuis le début du conflit. Le gouvernement israélien veut atteindre certains objectifs militaires avant de décréter un cessez-le-feu. Entretemps, les chutes de roquettes lancées par le Hamas se multiplient pendant que le Hezbollah, au sud, se précipite dans la mêlée en se livrant à des bombardements identiques. La tactique israélienne présente un grave problème humanitaire puisque les victimes sont pour la plupart des civils palestiniens, étant donné qu’il est presque impossible de distinguer dans ce chaudron qu’est Gaza les civils des militaires. La démarche d’Emmanuel Macron, associé à deux pays arabes qui ne cachent pas leur animosité à Israël, correspond à ses idées et à son caractère : pour lui, il s’agit d’empêcher une issue politique uniquement assurée par la destruction partielle de Gaza et donc porteuse de nouveaux conflits à venir.

Un peu de discrétion.

C’est une question de temps. Mais la voie onusienne n’a jamais été la plus pratique et la plus efficace. L’ONU ne fonctionne guère avec les positions foncièrement anti-occidentales qu’a adoptées la Russie. Elle demeure dominée par les pays de ce que l’on appelait naguère du tiers-monde, directement influencés par Moscou et par Pékin. Comme, de toute façon, l’extension du territoire israélien est totalement illégale du point de vue du droit international, toute décision du Conseil de sécurité sera simplement une condamnation d’Israël qui s’empressera de la rejeter. De ce point de vue, il est préférable de se diriger vers des pourparlers en dehors de la scène onusienne, dans une discrétion indispensable à la réussite du projet.

Le projet ambitieux de Biden.

Pourtant, Biden et Macron se sont parlés. À aucun moment, le président américain n’a approuvé la concurrence à laquelle se livre son homologue français qui, cette fois, ne représente pas vraiment l’Union européenne : par la voix d’Angela Merkel, l’Allemagne s’est rangée résolument dans le camp d’Israël, en réaffirmant que ce pays « a le droit de se défendre ». Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, est resté muet, ce qui veut dire qu’il s’est bien gardé de donner son aval à Emmanuel Macron. On assiste, de fait,  à une course de vitesse : désescalade ou cessez-le-feu, le principal est que les armes se taisent et que l’approvisionnement de Gaza, interrompu par des bombardements, puisse reprendre. Mais là où le projet de Macron est moins ambitieux que celui de Biden, c’est qu’il ne cherche pas l’occasion de lancer rapidement un vaste effort international pour tenter de trouver un début d’accord sur ce que doit devenir la région, en un mot, la création d’un État palestinien.

« Crimes de guerre ».

Nous en sommes loin. Si Netanyahu a l’impression que les organismes internationaux et l’Europe lui font défaut, il ne sera guère encouragé à faire des déclarations pacifiques. La Cour pénale internationale (CPI), prompte à déceler les « crimes de guerre » commis par Israël, joue effectivement un rôle négatif, le crime de guerre étant prioritairement celui commis par un groupe terroriste tirant d’emblée et aveuglément sur les civils israéliens. Le monde regorge pourtant de crimes de guerre et contre l’humanité, en Birmanie, au Belarus, en Chine, en Arménie, en Ukraine et la CPI ne s’est guère penchée sur ces dossiers.  Il ne fait pas de doute que le Premier ministre de l’État juif a toujours été tenté par l’écrasement du Hamas. Mais il ne fait pas de doute que le Hamas et le Hezbollah, tous deux armés par l’Iran, sont tentés par l’élimination d’Israël. On connaît l’antienne européenne : Israël étant le plus fort et étant une démocratie, il doit se montrer généreux. On opposera à cette analyse celle en vertu de laquelle la destruction d’Israël est l’objectif majeur de Téhéran, des groupes terroristes et de nombre de Palestiniens qui ont perdu tout espoir de paix.

Ce Trump si regretté.

Le conflit armé ne doit pas faire oublier le contexte de politique intérieure israélienne : quatre élections générales ont eu lieu en deux ans et il est licite de dire que Netanyahu a fait son temps et doit se retirer, d’autant qu’il a de sérieux démêlés avec la justice israélienne. Or, en quatre ans, il a compté sur le soutien indéfectible de Donald Trump. Cette époque-là est révolue. Il serait donc logique que les Israéliens se donnent une autre majorité et un autre gouvernement mais il sera difficile de mettre au pouvoir des gens dont l’agenda serait surtout consacré à la paix avec les Palestiniens. S’il est vrai que le paradigme a changé, que le problème du Proche-Orient n’est plus Israël mais l’Iran aux yeux du monde arabe, il a suffi d’un incident à Jérusalem-Est pour rappeler que la Palestine existe. Certes, Biden n’avait nullement envie d’être entraîné dans cette crise imprévue au moment où il a principalement des dossiers nationaux à régler. Mais le temps du président américain n’est pas le temps du monde. L’incident de Jérusalem n’était pas prévu, il a néanmoins allumé une mèche dans un tonneau de poudre.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Un clash franco-américain

  1. Michel de Guibert dit :

    Vous ne parlez pas du rôle que peut jouer l’Egypte ?

    Réponse
    Un article n’est jamais exhaustif. Effectivement, l’Égypte cherche une solution, mais c’est le même problème : les États-Unis, de toute évidence, s’estiment dans une chasse gardée.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    La notion de chasse gardée au Moyen-Orient peut &voluer quand il s’agira pour Biden de trouver en Europe des alliés pour faire pression sur la Chine ; relancer le plan nucléaire avec l’Iran; et faire progresser les accords de Paris. Biden considère le cessez-le-feu comme une victoire diplomatique, mais on sait aussi qu’il n’a pas pour le Moyen-Orient l’intérêt de ses prédecesseurs.
    C’est peut-être une bonne chose pour Netanyahu de se sentir plus isolé que du temps de Trump et pour la population israélienne de ne pas voir en lui une figure robuste au plan international.

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