La joie du loisir et du travail

Tous en terrasse
(Photo AFP)

Le bonheur exprimé par nos concitoyens, rendus à une forme contrôlée de liberté, est de bon augure : il devance sûrement le même appétit pour le travail et pour la dépense d’une partie de leur épargne.

LA PRÉVISION politique est devenue un genre de sport national, même si elle est souvent prématurée. À entendre Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, évaluer avec des tremblements dans la voix, ce que pourrait être le regain de croissance cette année, on devine que lui-même croit à peine ses yeux et ses oreilles. Bien sûr, il faut faire la part des choses : depuis le début de l’année, Emmanuel Macron n’a cessé de prendre des risques, d’abord en refusant de reconfiner, puis en misant tous ses efforts sur la vaccination, mais personne ne peut nier qu’il est parvenu à un résultat tangible avec un indéniable recul de la pandémie. La France, par rapport à des pays comparables, est dans une moyenne honorable, ce qui n’a pas empêché les oppositions de ferrailler sans cesse contre l’exécutif, dans un contexte où ceux qui en savent le moins expriment des opinions péremptoires.

Le risque de rechute.

Nous ne sommes pas pour autant à l’abri d’une rechute. Comme d’habitude, les Français renvoyés à leurs bars et à leurs restaurants ont voulu ne pas entacher de discipline le puissant moment de joie qu’a été le 19 mai. Il est plus probable qu’ils en demanderont plus, il est visible qu’ils ne pensent pas assez aux risques, ce qui met le gouvernement dans l’embarras : il craint que nous ayons à payer cher ce moment d’égarement. Heureusement qu’on retrouve dans toutes les attitudes des mimétismes bien connus, comme ceux de Jean Castex, promu maître d’école, qui tance avec vigueur les chahuteurs. Inutile de répéter le sermon, il demeure inaudible. Le mot liberté est censé tout expliquer, donner aux agités un badge de discipline, rouler sur les appels au calme comme un bulldozer. Dans la stratégie du pouvoir, il y a l’alerte permanente, une vigilance accrue et, dès lors qu’il a surfé sans cesse sous des houles contradictoires, il continuera de le faire dans le style le plus pur des douches écossaises.

Course contre la montre.

Et puis, la bonne humeur est communicative, elle se répand aussi vite qu’un coronavirus. On voit un horizon doux et ensoleillé, des perspectives enfin gratifiantes et la majorité reste fidèle aux gestes barrières. Cette crise nous aura coûté cher, elle est sans fin, mais nous avons appris à vivre avec elle, ce qui est le résultat le plus positif d’une épreuve nationale dont nous ignorions les précédents. D’autant que les bonnes nouvelles arrivent : on va vacciner plus vite, les vaccins arrivent en masse, ils s’attaquent aux variants du Covid avec la même méchante humeur que pour le virus lui-même. Certes, la course contre la montre n’est pas terminée, certes, le vaccin, c’est prouvé, a une efficacité limitée à 13 mois, certes, il faudra prévoir une campagne vaccinale dès le début de l’an prochain, mais toutes les nouvelles études montrent que l’humanité n’est pas désarmée contre la pandémie, qu’elle peut la vaincre et que la nécessité d’un nouveau confinement n’est pas du tout une certitude.

Un démocrate.

L’alliance de l’épargne et de la discipline, l’application des plans, français et européen, de relance de l’économie, qui a déjà commencé, nous autorisent à croire que la croissance sera forte et que le taux de chômage diminuera. Pour le président de la République, un tel succès ne peut pas rester sans aucun effet sur sa cote de popularité : l’élection présidentielle devrait, en bonne logique, avoir lieu dans une sorte d’état de grâce induit pas un moral national au zénith. Ce qui explique en partie la hargne accrue des oppositions qui, pétries de haine, sont allées trop loin dans la critique sans en tirer le moindre avantage électoral. Il y a quand même des personnalités politiques qui ont choisi délibérément le déshonneur, par exemple ceux qui se sont dressés contre l’alliance LR et REM en Paca, dans le cadre des élections régionales, pendant que, dans d’autres régions, la complicité LR-RN va croissant. On peut dire ce qu’on veut de Macron, c’est tout de même un démocrate. Un positionnement de moins en moins partagé.

RICHARD LISCIA

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