La droite fascinée par le RN

Guillaume Peltier
(Photo AFP)

Numéro 3 des Républicains (LR) et député, Guillaume Peltier vient de déclarer qu’il se voyait des affinités avec Robert Ménard, maire de Béziers, et apparenté Rassemblement national (RN). Une remarque qui n’a pas plu à ses collègues LR.

M. PELTIER s’est expliqué sur les conséquences de sa déclaration qu’il attribue entièrement à la nécessité de faire barrage, lors de l’élection présidentielle, à Emmanuel Macron. L’aversion que le président de la République inspire à la droite serait donc plus forte que la dérive idéologique largement entamée chez LR. Les protestations de Christian Jacob, président du parti et d’autres LR sont les bienvenues. Mais la fracture est béante : une partie de l’électorat LR est certes tentée de voter en faveur de Marine Le Pen au second tour, mais une autre partie veut se distinguer de l’aventure que serait l’élection de la cheffe du RN. M. Peltier a voulu certes se présenter comme un recours, ou un nouveau chef de bande capable de rassembler une droite en lambeaux, mais au prix d’un renoncement à quelques principes jusqu’à présent respectés par les gaullistes, ou plutôt leurs descendants, car on ne voit plus l’influence du gaullisme sur le comportement de ses prétendus héritiers.

Un maître penseur !

Guillaume Peltier a eu droit à quelques volées de bois vert lancées par ses amis. Le plus grave est qu’il a acté la scission du parti avant même qu’un candidat soit désigné et qu’un programme soit mis en place. On est donc en droit d’imaginer qu’il a surtout tenté de sortir bruyamment du lot et s’imposer à l’opinion comme une sorte de maître penseur. Il l’a fait sans grâce et en ouvrant la voie à un gouvernement qui serait dirigé par l’extrême droite, avec le soutien et la caution de la droite. Celle-ci serait d’autant plus associée et compromise avec le RN que, en dépit d’une gauche en peau de chagrin, elle ne parvient pas à trouver un candidat capable de franchir le cap du second tour. Elle ne donne pas l’occasion à l’électorat centriste, plus large qu’on ne croit, la possibilité d’élire un président qui représente bien ses idées. Elle semble saisie d’une telle épouvante qu’elle est prête à se livrer au RN avec armes et bagages.

Les affinités entre centristes.

La macronie offre pourtant une alternative à LR. Dans son action et dans son programme de gouvernement, il existe un vaste terrain à partager avec la droite. Si les Républicains constatent, comme ils ne l’ont pas fait, qu’ils  ne seront pas mûrs, l’an prochain, pour gagner les élections, ils doivent, effectivement, faire partie d’une coalition. Le choix de M. Peltier est solitaire. Il trouvera certainement des soutiens mais il ne saurait prétendre qu’il est adoré par l’électorat de LR. Au-delà de tous les calculs politiciens, le sien n’étant qu’un parmi d’autres, il faudrait se poser la question de l’éthique politique, celle-là même qui ne semble plus inquiéter grand-monde. Depuis longtemps, tout le monde se demande si le RN va absorber LR ou l’inverse. Il faut donner du temps au temps, comme disait Mitterrand. Le temps de la reconstitution d’un grand parti de droite doté d’une aile extrémiste n’est pas encore arrivé. M. Peltier ne se contente pas de paniquer en se jetant prématurément dans les bras de M. Ménard, il signe la reddition au FN, alors que ses amis veulent continuer à se battre.

Tout sauf Marine.

Il accentue le désarroi à droite même si, tous les sondages le prouvent, le rapport droite-gauche est de 60-40. Gauche et écolos sont éparpillés dans la nature et ne se rassembleront pas avant l’élection présidentielle, quoi qu’ils en disent : la multiplicité des candidatures chez les socialistes, chez les verts, au PC, à la France insoumise témoignent que les appétits personnels sont insatiables et qu’il n’y aura pas de sursaut unitaire. Il y a une autre façon de gagner : celle qui consiste à rassembler un parti naturellement majoritaire, un parti sans nom, qui est celui de la majorité silencieuse. M. Macron ne peut pas vaincre Marine Le Pen avec le score de 2017 : l’écart sera seulement de quelques points. Mais toutes les enquêtes d’opinion réalisés à partir d’aujourd’hui le démontreront : le seul qui puisse la battre, c’est lui. Et, faut-il l’ajouter, le « tout sauf Marine » doit être le mot d’ordre.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to La droite fascinée par le RN

  1. Sphynge dit :

    « Tout sauf Marine » aurait pu avoir comme équivalent « Tout sauf le PC » à l’époque du programme commun de la gauche. Et Marine à côté du PC en matière de danger, c’est de la roupie de sansonnet. M. Mitterrand a gagné parce qu’il n’a pas eu ces scrupules, et il gagne encore aujourd’hui en empêchant un programme commun de la droite par l’artifice qu’il a développé dans la politique française selon lequel le RN serait un parti d’extrême droite (la reduction ad hitlerum). Ce qu’il n’est pas plus aujourd’hui que le PC n’était encore stalinien à l’époque. Mais la droite (disons la plus grande partie de LR), toujours impressionnée par la gauche n’en est pas à un anachronisme près. Ainsi M. Macron, sauf élément imprévu, sera réélu. Et les problèmes les plus préoccupants pour la majorité des Français (immigration, insécurité, société) continueront d’être traités à la petite semaine sans intention d’y remédier réellement puisque les centriste mondialistes et néolibéraux et la gauche internationaliste, islamophile et antisémite, et néolibérale poursuivront leur œuvre qui ne satisfait que la minorité au pouvoir depuis la mort de M. Pompidou. En matière de démocratie, une droite incluant le RN, ne saurait faire pire !
    Réponse
    Le problème le plus préoccupant n’est ni la gauche qui n’a aucune chance, ni la droite. Le problème, c’est l’extrémisme de droite qui risque d’accéder au pouvoir. Le mondialisme et le libéralisme, ne sont que des concepts. La réalité, c’est qu’Ubu Roi n’est pas mort et peut revenir sous les traits de Mme Le Pen.
    R.L.

  2. Num dit :

    Bonjour
    J’aimerais connaître votre opinion sur l’agression dimanche d’une célébration religieuse chrétienne commémorant les victimes de la Commune à Paris par des groupuscules violents de militants d’extrême gauche. Ces faits me paraissent extrêmement graves et ne suscitent pourtant que peu d’écho médiatique.
    Merci
    Mon absence de cette affaire est due au fait que je ne peux pas consacrer un blog à chaque attaque scandaleuse. Je crois cependant avoir donné la preuve en de nombreuses reprises, et récemment encore, que je suis opposé à toute brutalité incitée par la haine de l’autre ou des autres. Bien entendu, j’estime que ces militants d’extrême gauche méritent la prison.
    R. L.

  3. Laurent Liscia dit :

    Le visage grimaçant d’Ubu Roi, partout dans le monde : Trump, qui est loin d’avoir disparu; Bolsonaro qui détruit allègrement l’Amazonie tout en laissant ses concitoyens mourir du Covid ; Narendra Modi, dont le nationalisme indien se révèle incompétent face à la pandémie; Duterte aux Philippines qui se passerait bien de presse libre – et je ne cite que les vraies démocraties, celles où les élections ne sont pas truquées. La tentation de l’autoritarisme sera de plus en plus lancinante pour deux raisons: la réaction aux mouvements migratoires et aux problèmes d’intégration; et le changement de climat, dont la partie la plus conservatrice de la population ne veut plus entendre parler, préférant hypothéquer l’avenir de ses propres enfants plutôt que de changer quoi que ce soit à son mode de vie. C’est tellement plus tentant d’accuser les minorités de tous les maux sociaux que de regarder l’Apocaypse en face – surtout quand on l’a causée.

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