La salut, c’est le Front républicain

Valérie Pécresse sur le terrain
(Photo AFP)

Valérie Pécresse était ce matin sur France Info. Elle y a exposé une stratégie électorale capable de redonner des ailes aux Républicains (LR), en excluant toute coopération avec la macronie.

CETTE EXCLUSIVE, censée ouvrir le chemin à une victoire de LR à la présidentielle, nous semble erronée. Mme Pécresse, assurée d’obtenir sa réélection à la présidence de la région Île-de-France, admet que Xavier Bertrand, candidat le plus plausible de la droite à la présidence de la République, pourrait être réélu à la tête des Hauts-de-France. Lui non plus ne souhaite pas devoir quoi que ce soit à Emmanuel Macron. Tous les deux se trompent, dans la mesure où Marine Le Pen représente un danger tangible et dont les vœux ne seront repoussés que si se crée une majorité des bonnes volontés. On n’en est pas là. La droite classique n’a jamais été aussi faible et divisée, ce qui fait peser sur l’avenir une menace très sérieuse. Traiter Macron comme un pestiféré, c’est signer la victoire de Marine Le Pen.

Les macronistes comptent.

C’est d’autant plus regrettable qu’il n’y a aucune raison de croire que le pays, dans son ensemble, souhaite être gouverné par l’extrême droite, composée en partie d’éléments irréductibles pour qui la protection des institutions n’est pas la première préoccupation. Certes, les régionales et départementales ressemblent de plus en plus à une répétition générale de la présidentielle, mais on ne peut pas effacer d’un trait de plume un mouvement qui, s’il a rencontré de lourdes difficultés dans l’exercice du pouvoir, continue de recueillir les suffrages d’une bonne fraction de l’électorat. Il est permis de dire que, sans les macronistes, aucune victoire des modérés ne sera possible.

La répression n’est pas la panacée.

Le problème du Front républicain, ce n’est ni les macronistes ni les électeurs. Ils ne souhaitent être gouvernés ni par l’extrême gauche ni par l’extrême droite qui, toutes deux, ont adopté des positions toujours anti-européennes, souvent pro-russes, et promptes, sous l’effet de la fréquences des actes violents dans le pays, y compris des attentats terroristes, à préconiser davantage d’autorité. Or nous devons lutter avec les moyens que nous offre la démocratie. Si nous nous en privons, non seulement nous ne sommes pas sûrs de réduire la fréquence des actes de violence mais nous risquons même une forme de représailles qui en augmentera le nombre.

La même aversion pour le RN.

Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ne se sont pas ralliés au discours dans lequel Guillaume Peltier, ténor de LR, s’est découvert des points communs avec Robert Ménard, maire de Béziers et apparenté RN. Ils insistent sur leur propre liberté de mouvement puisqu’ils ne sont même plus chez les Républicains. Ils pensent peut-être qu’en exposant leurs idées plutôt centristes, ils finiront par créer une majorité. Le chef de l’État leur a pourtant prouvé qu’il a commencé très tôt sa campagne électorale, qu’il annonce un projet par jour, qu’il est toujours doué de charisme, qu’il n’a en somme que 43 ans et que, si, dans quelques coins du pays, il soulève une forte antipathie, il a su, jusqu’à présent, rester le le garant de la stabilité politique en France. Le paradoxe est que, dans une période qui expose le désarroi de la droite classique et les divisions de la gauche et des écologistes, personne ne veut voir, y compris ces modérés que sont Bertrand et Pécresse, que Macron est leur ami naturel, idéologique, mû par la même aversion : celle que leur inspire le RN à tous les trois.

La vraie majorité.

Pendant plus de deux ans, depuis les gilets jaunes et avec la pandémie, tous les partis politiques ont cru que l’affaiblissement du président ouvrait un boulevard à leurs ambitions. Mais, d’une part, ce n’est pas ce que disent les sondages ; et d’autre part, les commentaires, toujours soucieux de ménager la chèvre et le chou, imaginent des scénarios qui orienteraient Emmanuel Macron vers la défaite. Elle n’est nullement hors de portée de ses adversaires. Mais ni Pécresse ni Bertrand ne sont les ennemis du président. Ils cherchent une voie où on ne saurait les accuser de pactiser avec lui et se présentent comme ceux qui vont casser la machine de la macronie. Le projet est vicieux parce qu’il est négatif. Il serait courageux de leur part de reconnaître ce qu’ils ont en commun avec le président et de laisser se produire une majorité qui ne manifeste pas, qui ne casse pas le mobilier des villes, qui n’incendie ni voitures ni autobus. Une majorité raisonnable, pacifique, assagie, celle qu’ils préconisent avec la même ferveur que Macron.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to La salut, c’est le Front républicain

  1. Laurent Liscia dit :

    C’est difficile de se positionner au centre quand les électeurs virent très à droite, et se rassurent en se disant que Marine Le Pen n’est pas son père et que le RN est maintenant un parti qui reconnait les institutions democratiques. Souvenons-nous des idées les plus brillantes de cette brave Marine: l’abolition de l’euro, manoeuvre géniale; mettre les « indésirables » maghrébins sur des charters – mais pour ou ? Le Club Med aux Seychelles? Ça permettrait en effet de relancer l’économie touristique; et le Frexit. Ça a tellement bien reussi aux Anglais. Je ne doute pas un instant que le LR va « se trouver des affinités » avec l’absence de programme de Marine Le Pen tout au long d’une campagne présidentielle dont le contenu sera ecoeurant.

    • mathieu dit :

      « Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt »… ce contenu écoeurant ne sera que le reflet de la pensée d’un nombre chaque jour plus important de Français. Ce n’est pas la « pensée » de Marine – en a-t-elle une – qui guide (ou attire) le peuple, c’est le bon peuple qui a créé Marine de toutes pièces, et l’a mise au centre du jeu, l’extrayant, par définition, de sa position aux « extrêmes »!
      signé (pour que tout soit clair): quelqu’un qui n’a jamais voté Marine…
      Réponse
      Il me semble que vous êtes d’accord (et moi aussi)
      R. L

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