Israël : une défaite de « Bibi »

Yaïr Lapid
(Photo AFP)

Chef d’un parti centriste, Yesh Atid, Yaïr Lapid a réussi à réunir une coalition politique représentant 61 sièges à la Knesset (Assemblée) avec le concours de huit autres partis dont un, Raam, est islamiste. Pour Benjamin Netanyahu, c’est la fin d’un règne qui a duré douze ans.

IL FAUT souligner que le but de la manœuvre n’était autre qu’une victoire sur l’ancien Premier ministre qui aura été au pouvoir au total pendant quinze ans, trois ans entre 1996 et 1999 et douze depuis 2009. L’objectif n’était pas secondaire dans la mesure où Netanyahu, surnommé « Bibi » par les Israéliens, a tout fait sauf rechercher un accord de paix avec les Palestiniens et livré plusieurs batailles contre le Hamas depuis que, en 2005, Ariel Sharon a ordonné l’évacuation des forces israéliennes, faisant de Gaza une base militaire liée à l’Iran et aux frères musulmans et d’où partent les roquettes. Mais l’ambition de M. Lapid est vraisemblablement limitée au départ de M. Netanyahu. Il n’y a rien, dans son passé, qui permette d’espérer la recherche sérieuse d’un accord de paix sur la base deux États vivant pacifiquement côte-à-côte. Tout au plus peut-on dire que son approche sera plus pacifique que celle de son prédécesseur.

Une coalition fragile.

Pour autant que sa coalition fonctionne. Le président Reuven Rivlin s’est réjoui d’un accord de coalition qui évite aux Israéliens de se rendre aux urnes pour la cinquième fois en deux ans. Mais la coalition hétéroclite bâtie par Yaïr Lapid est déjà branlante : elle compte en effet huit partis politiques, trois de droite, deux de gauche, deux du centre et un parti, le Raam, qui, merveille des merveilles, est islamiste. On devine sans effort ce que chacune de ces formations, dont l’agrégation doit être entérinée par la Knesset, aura à dire lorsqu’elle sera au pouvoir. Irradié par la grâce,  M. Lapid pourrait certes engager une négociation de paix, ce qui suffirait à faire chuter son gouvernement à cause d’une ou plusieurs défections de la droite.

La stature du héros ?

Personne encore n’a suggéré au nouveau et sans doute éphémère Premier ministre d’aborder la montagne par son flanc le plus escarpé et donc de s’attaquer au scrutin, la proportionnelle intégrale, qui a conduit à 25 ans d’apathie politique, ce qui a à la fois exaspéré les Palestiniens et contraint M. Netanyahu à composer des coalitions absurdes car pleines de contradictions idéologiques. Il est peu probable que les députés votent pour leur suicide, mais il faudra bien un jour en passer par là si Israël doit dégager une majorité capable de gouverner vraiment et de faire les réformes indispensables, depuis la paix tant attendue par les Palestiniens et par le reste du monde jusqu’au choix de la laïcité qui mettrait à l’abri du sexisme les femmes israéliennes, dont les devoirs sont multiples et les droits antédiluviens.  Pour tout dire, pour le moment, on ne voit pas en Yaïr Lapid la stature du héros capable de secouer son peuple, de fermer leur bec aux ultra-religieux, de dénoncer l’hypocrisie de la sécurité pour mieux maintenir les Palestiniens dans l’injustice. N’oublions pas que le plus récent épisode militaire a commencé avec l’éviction de quelques familles arabes de leurs logements à Jérusalem-Est, ce qui a déclenché les plus de 4 000 roquettes qui se sont abattues sur l’État juif.

Un besoin de gauche.

Il est vrai néanmoins que M. Lapid, à ce jour, n’a pas écarté la solution à deux États, qui a été suggérée à « Bibi » par Anthony Blinken, secrétaire d’État américain lors d’un voyage à Jérusalem. Il y a des résistances énormes à la paix en Israël, mais il y a aussi un contexte que la récente bataille avec le Hamas rend la guerre de plus en plus insupportable pour tout le monde. En dehors d’un autre mode de scrutin, Israël a aussi besoin de la gauche qu’il a perdue et qui a produit les Ben Gourion, Yitzhak Rabin et Shimon Peres. Face aux Palestiniens qui, parfois, demandent tout mais n’ont rien à perdre, Israël, qui a tout à gagner à la paix, doit échapper à l’influence des religieux car on ne peut rien faire de bon au Proche-Orient au nom de la religion. Il faut impérativement les écarter du pouvoir où ils jouent depuis longtemps un rôle maléfique. La plus grande faute qu’ait commise M. Netanyahu, c’est de n’avoir pas mis sa popularité au service de la paix, comme l’a fait Rabin, assassiné par un voyou de l’extrême droite qui refusait qu’Israël pactisât avec les Palestiniens.

RICHARD LISCIA

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One Response to Israël : une défaite de « Bibi »

  1. Laurent Liscia dit :

    Le changement est plus souvent cumulatif que massif. Voilà en tout cas un premier pas. Ca fait belle lurette que « Bibi » n’a pas de majorité, il fallait bien que ses coalitions de pacotille s’écroulent un jour, et d’une certaine manière il fallait aussi qu’il paie le prix de cette bizarre guerre de Gaza qui a commencé par des expropriations insensées. Comme tu dis, les colons israéliens (religieux ou non) sont un obstacle à la paix tout aussi conséquent que le Hamas. Yaïr Lapid n’ira sans doute pas plus loin avec son alliance impossible, mais il est bon qu’Israël puisse imaginer un avenir sans Bibi, comme les Etats-Unis doivent songer à empêcher le retour de Trump. Quant à la proportionnelle … Il faudrait une calamité (militaire ou économique) pour l’abolir.

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