Macron et l’armée

Macron et Lecointre
(Photo AFP)

Le chef d’état-major des Armées, François Lecointre, a démissionné. Il a été remplacé par le général Thierry Burkhard.

EMMANUEL Macron a tenté de retenir le général Lecointre, qui a expliqué que la France entrait dans une phase électorale à laquelle il ne souhaitait pas être associé. Le changement s’est déroulé à la fois vite et sans anicroche. À 59 ans, le général Lecointre s’est trouvé à la croisée de trois grands problèmes : les élections générales de 2022, qui posent la question de son engagement personnel auprès du chef de l’État alors qu’il peut voter pour un autre, le changement d’attitude de la France au Sahel, qui implique un nouveau déploiement et une stratégie différente ; et les velléités subversives qui se sont manifestées au sein de la classe militaire ces dernières semaines. C’est le nœud gordien qu’il faut trancher et tout un arsenal discret mais important a été mis en place pour convaincre les officiers  dissidents de se déjuger ou de démissionner et dans le cas des retraités, pour les sanctionner.

De Villiers à Lecointre.

Il est permis de rappeler que les militaires sont tenus par la loi d’obéir aveuglément au pouvoir civil ; les précédents sont nombreux de soldats qui se sont mis en marge de la démocratie et ont été durement punis quand ils ont été vaincus. Souvenons-nous que François Lecointre a succédé au général Pierre de Villiers qui avait prononcé des propos désagréables à l’égard du pouvoir devant des parlementaires quelques semaines à peine après l’intronisation d’Emmanuel Macron. Sans doute a-t-il craint de devoir résoudre les trois problèmes mentionnés ci-dessus. Il était écartelé entre son propre point de vue et l’action politique de l’Élysée.

Deux coups d’État.

La « dissidence » des officiers a un aspect rocambolesque, mais il s’agit d’une démarche grave qui ne peut rester en l’état : la légitimité du pouvoir ne peut être remise en cause que par un scrutin national et non par quelques généraux fascinés par l’extrême droite. À quoi s’ajoute le problème épineux du Sahel : le corps expéditionnaire va être progressivement réduit, des troupes spéciales vont être envoyées sur place pour mieux combattre les djihadistes. Notre armée est au Sahel depuis 2013, il s’agit donc d’une guerre exceptionnellement longue, dont les aspects négatifs ont vite émergé : deux coups d’État militaires en un an, alors que l’armée malienne est incapable, à elle seule, de rétablir l’ordre. La France peut dialoguer avec un gouvernement issu des élections, elle ne peut pas se soumettre à un exécutif issu de la junte.

La roue tourne.

Le soupçon néo-colonialiste nourri par la population malienne a remplacé la gratitude des premiers jours, bien que nous ayons perdu 50 hommes au champ d’honneur. La junte veut négocier avec les factions terroristes alors qu’elle ne représente personne. La France, au milieu, est mal à l’aise et il est probable que, peu à peu, si les conditions démocratiques ne sont pas rétablies au Mali, nous finirons par abandonner ce pays à son sort. Mais pas complètement : la vraie raison de notre intervention consistait à empêcher un pouvoir djihadiste de s’installer à Bamako. Cela ne se produira pas, même si la France et le Mali ont perdu, pour le moment, leur confiance réciproque. La roue tourne et le Mali peut revenir à tout moment à la démocratie, notamment si la junte est désavouée par ses échecs probables.

D’un autre côté, la présence coûteuse de notre corps expéditionnaire au Mali ne peut pas être reprochée à Macron pendant la campagne des élections régionales et pendant celle des élections générales : il a pris lui-même une décision parfois souhaitée, parfois crainte, mais qui, en bonne logique, devenait indispensable. Au moins le chef de l’État a-t-il su saisir une occasion, celle du rapatriement partiel de nos troupes, qui amoindrira le coût de la guerre au Sahel et protègera des vies françaises. Le moment venu, le Premier ministre peut s’en expliquer devant la représentation nationale, mais il fallait agir promptement.

RICHARD LISCIA

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