Régionales : le désastre annoncé

Marine aux marches du pouvoir
(Photo AFP)

À trois jours des élections régionales et départementales, le tableau est sinistre pour les démocrates qui luttent contre les extrêmes : le Rassemblement national est en mesure de remporter une ou plusieurs régions, le front républicain est inexistant.

MARINE LE PEN n’a pas encore brisé le « plafond de verre », mais elle est parvenue à banaliser sa présence : 51 % des Français jugent, selon un sondage publié ce matin, que le RN ne représente aucun danger pour la démocratie. La droite fascinée par le RN est en morceaux, la gauche va au scrutin divisée, la République en marche ne remportera sans doute aucune région. La répétition générale des élections générales de 2022 montrera que le parti lepéniste domine la situation sous le regard indifférent de nos concitoyens qui n’ont pas compris que voter pour Marine, c’est s’engager sur un chemin irréversible. Voter pour un parti extrémiste, c’est toujours prendre un risque. On en dirait autant de la France insoumise si on ne savait qu’elle n’a aucune chance de remporter cette élection, ni les suivantes.

L’original et la copie.

La démocratie doit se défendre avec les moyens dont elle dispose. Elle ne peut pas utiliser ceux d’un pouvoir autoritaire. Elle ne peut pas dicter le choix électoral des citoyens. Mais elle peut expliquer les raisons d’une dérive alarmante. On disait de Nicolas Sarkozy, embarqué alors dans un projet identitaire, que les Français préféraient l’original à la copie. On peut dire aujourd’hui le contraire : l’original avance sans masque, bien décidé à s’emparer du pouvoir pour y rester. L’idée de lui opposer un contre-pouvoir est tout à fait simple et naturelle, encore faut-il qu’existe face au RN une force politique comparable.

Le pays livré à des stagiaires.

Les démocrates sont divisés par l’énergie cinétique même du RN. Les plus fragiles d’entre eux sont si las qu’ils préfèrent se jeter dans la gueule du loup ; leur appui manque aux autres qu’il veulent lui faire barrage. Il n’y a rien, dans le projet de l’extrême droite qui soit convaincant ; ce parti, tout en étant le premier en France, n’apporterait aucune solution aux divers problèmes qui ont conduit à son succès. Tout ce qu’il peut faire, c’est compliquer la crise que nous traversons. C’est affaiblir la France face à l’Europe et au monde et trouver des remèdes qui aggraveront le mal. Non seulement les lepénistes sont dépourvus de tout scrupule, mais ils sont incompétents. Ils ont des élus, certes, mais ils sont nuls en économie. Surtout, ils sont infiniment attirés par l’exercice du pouvoir, mais leur victoire aux élections de 2022 reviendrait à une gestion de la France par des stagiaires.

L’autre plafond de verre.

Que de telles évidences ne crèvent pas les yeux de 51 % de nos concitoyens est tout simplement désespérant. Je ne sais combien de fois nous sommes quelques-uns à avoir démontré que les partis les plus autoritaires s’emparent du pouvoir et se dépêchent de changer les lois pour rendre pérenne leur présence. Avec eux, il n’y a pas de deuxième chance. Prenons le cas de la région Paca : le représentant de Mme Le Pen, Thierry Mariani, devance Renaud Muselier (RN) de deux points dans les sondages. Il suffirait pourtant que, au second tour, les lecteurs de la liste gauche verte, conduite par M. Felizia, se reportent comme un seul homme sur M. Muselier. S’ils ne le font pas, ils agissent de façon suicidaire. S’ils le font, ils forment un plafond de verre intermédiaire qui empêchera Marine Le Pen de monter jusqu’à l’autre.

Non au culte de la personnalité.

De même dans les Hauts-de France, où la REM a envoyé une flopée de ministres pour contrer Xavier Bertrand, rival potentiel d’Emmanuel Macron en 2022. Calcul à la fois machiavélique et risqué, susceptible de donner une deuxième région à RN. La question n’est pas de savoir qui gagnera la présidentielle de l’année prochaine. La question porte sur le sauvetage de la démocratie. Xavier Bertrand n’est plus à LR, car il veut rester libre de ses choix. Il se bat avec une certaine virulence, mais ce qui doit nous intéresser, ce n’est pas le culte de Macron, mais le triomphe de la démocratie parlementaire. On ne vote pas pour un homme ou pour une femme, on vote pour des idées, pour un projet, pour l’excellence républicaine. Personne n’est autorisé à dire aux gens comment ils doivent voter. Mais on a le droit de leur expliquer à quoi ils s’engagent, sans même le savoir.

RICHARD LISCIA

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