Le vertige de la désunion

Xavier Bertrand
(Photo AFP)

Une force de gravitation incompréhensible semble condamner les partis politiques à présenter de trop nombreux candidats au premier tour de la présidentielle en 2022. Toutes les pistes explorées pour resserrer les rangs semblent incapables d’assurer une décantation des candidatures.

LES ÉLECTIONS de 2022 semblent déterminées par la stratégie qu’Emmanuel Macron a appliquée avec succès il y cinq ans. S’il l’a fait, n’importe qui devrait pouvoir le faire : partir du quasi anonymat et arriver au second tour avec la chance d’être plus tolérable que Marine Le Pen. Depuis longtemps, à droite, à gauche et dans les sondages, l’opinion indique qu’elle refuse farouchement la réédition du duel Macron-Le Pen, mais tous les efforts des partis pour aborder l’échéance électorale avec un peu de bon sens et donc avec une bonne chance semblent voués à l’échec.

La droite sur la pente.

La droite, par exemple, est en train de gâcher ses atouts. Elle en est encore à se demander si, oui ou non, elle doit passer par une primaire. Le souvenir de celle de 2016 est amer, avec une victoire de François Fillon qui a fini par jeter les Républicains contre le mur. Ses caciques parlent donc de « départage », qui est un mot différent pour primaire, mais ne change en rien la nature de la procédure. Pas plus qu’un sondage énorme portant sur quinze mille électeurs de droite ne constituerait la solution démocratique pour désigner le seul et unique candidat de LR. En réalité, le parti est déjà dans la gueule du crocodile : il risque fort d’élire un homme ou une femme, par exemple Valérie Pécresse, qui, au premier tour devra affronter Xavier Bertrand. Deux candidats pour le même électorat, c’est la recette de la déroute.

Beaucoup de talents.

Et pourtant, le rebond de la droite est incontestable. Elle est majoritaire dans le pays, elle reste bien implantée dans les territoires et, si elle a autant de candidats à proposer, c’est parce qu’elle a beaucoup de talents. La détermination de Xavier Bertrand à se présenter indépendamment du parti, et donc en dehors de toute primaire, n’offre qu’une terrible solution : LR doit se plier aux vœux du président des Hauts-de-France, ce qui risque de déclencher une bronca bien compréhensible. Pourquoi les Barnier, les Pécresse, les Ciotti, les Juvin n’auraient-ils pas leur chance ? Pourquoi la fidélité au parti doit-elle être sanctionnée ? Et pourquoi l’aventure solitaire de M. Bertrand devrait-elle être récompensée ? En même temps, si j’ose dire, l’autorité du parti ne vaut pas la chance d’une reconquête du pouvoir, n’est-ce pas ?

PS-Verts : le doute.

La perspective est encore plus sinistre à gauche. Additionnés, les communistes, les Insoumis, le PS et ses avatars, les écologistes ne forment pas, selon tous les sondages, plus de 30% de l’électorat.C’est déjà une fragilité structurelle qui réduit ses chances, mais c’est aussi le niveau qui lui permettrait de franchir le cap du premier tour. Pour autant qu’elle ait un candidat unique. Elle en a plusieurs déjà certains de leur engagement : Mme Hidalgo, MM. Mélenchon, Fabien Roussel (PC), Arnaud Montebourg, et au moins un écolo, Jadot ou Pïolle. En rangs serrés, ils n’ont même pas l’espace pour courir. Ils risquent tous de faire des scores inférieurs à 10 %. Certes, les Verts devront choisir au moyen d’une primaire, mais se rallieront-ils derrière le PS, ou bien le contraire, ou bien non ?

Un chien boule de quilles.

À ce beau désordre s’ajoute une flopée d’inconnues, dont la plus importante est la candidature éventuelle d’Éric Zemmour. On dit dans les officines qu’il prendra des voix à Emmanuel Macron, ou qu’il en prendra à LR. Mais, par rapport à Marine Le Pen, ce n’est pas un atout supplémentaire capable d’élargir le spectre de son électorat : sur l’Europe, sur la sécurité, sur l’immigration, c’est un maximaliste et il se présente pour faire « mieux » que Mme Le Pen dans les domaines où, afin d’élargir le vote en sa faveur, elle s’est ralliée à la « sagesse » idéologique. Je prétends, pour ma part, que M. Zemmour affaiblira Mme Le Pen et M. Dupont-Aignan, tout en créant dans l’esprit des électeurs une telle confusion qu’il finira par incarner davantage les idées de Jean-Marie Le Pen que celles de sa fille.

Ainsi va la France, tout à coup envahie par des candidats parfois fantaisistes, parfois dépourvus de  l’expérience requise, souvent animés par la colère mais non dans la perspective du pouvoir. Pour le moment, personne ne parle du contenu des programmes. M. Zemmour, par exemple, n’a jamais été élu, n’a jamais eu un poste de responsabilité au sein de l’État et s’improviserait président ? Alors, je vous le donne en mille, qui va bénéficier de ce chaos ? Comment les partis ne comprennent-ils pas que l’union fait la force ? Comment croient-ils gagner ?

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Le vertige de la désunion

  1. Dominique S dit :

    Je donne raison à Jean-François Copé. Le meilleur système est tout simplement la sélection naturelle. Chaque prétendant doit dire « je me présente », regarder les sondages, et en tirer les conclusions qui s’imposent. Dans le passé, on a souvent vu des candidats se faire battre, malgré de bons sondages. Mais on n’a jamais vu des gagnants qui avaient de très mauvais sondages au départ.

  2. Sphynge dit :

    Selon la façon dont se sont faites les précédentes élections présidentielles qui ne présentaient que des gestionnaires mais pas d’homme politique, celle-ci devrait se faire sur des questions annexes. Par exemple, pour la droite : « la première présidente de la cinquième république », serait l’argument décisif pour Mme Pécresse. Ou encore le moratoire et le référendum sur l’immigration ainsi que son maintien, certainement le plus présidentiel de tous, peuvent être des arguments pour M. Barnier. Les autres n’ont aucun intérêt – en particulier M. Bertrand qui fait un peu figure d’une sorte de Hollande de centre droit. Mme Le Pen est quasi assurée de se trouver au second tour où elle sera battue par M. Macron. Sauf, très hypothétiquement, si la candidature de M. Zemmour se confirmait. Dépourvu d’expérience politique comme le fut M. Macron, il présente l’avantage, que l’on soit d’accord ou non avec les projets qu’il exprime dans ses livres et ses articles, d’être le seul homme politique potentiel parmi les candidats connus. C’est-à-dire capable de traiter les questions prioritaires du moment qui sont régaliennes et civilisationnelles, laissant l’intendance et autres questions techniques aux ministres qui sont là pour ça. En serait-il capable ? La justice, la gauche islamiste et antisémite, les médias lui en laisseraient-ils la possibilité ? Un tel candidat arrive peut-être déjà trop tard.

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