Un soupçon de raison

Anne Hidalgo
(Photo AFP)

La campagne électorale bat son plein avec l’annonce solennelle de la candidature d’Anne Hidalgo, la confirmation de l’engagement de Marine Le Pen et le rapprochement de Xavier Bertrand avec son parti d’origine, LR.

LA MAIRE de Paris a fait l’unité du pauvre, celle du PS, alors que Benoît Hamon quitte le mouvement qu’il a créé, Génération.s, ce qui fait de Mme Hidalgo la personnalité de gauche la plus forte à s’engager dans la campagne. Dans la foulée et pour faire bonne mesure, elle a proposé de doubler, rien que ça, le salaire des enseignants en début de carrière. Une louche de démagogie pour lancer sa campagne, vite dénoncée par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui assortit l’idée de la maire de Pais d’une facture de 150 milliards d’euros.

Anne Hidalgo n’est concurrencée que par l’ancien ministre Stéphane Le Foll, qui représente le hollandisme avec autant de conviction que de désespoir, car ses chances sont bien minces, et par Arnaud Montebourg, qui risque d’être balayé par l’enthousiasme qu’elle soulève au PS. Mme Hidalgo souhaite, évidemment, constituer un front avec Europe-Écologie-les Verts, mouvement sans le soutien duquel elle n’a aucune chance.

EELV doit d’abord procéder à une primaire qui aboutira à l’investiture d’une ces cinq candidats en lice et on peut dire que l’avenir de la candidate socialiste dépend étroitement du choix des militants écologistes : s’il s’agit de Yannick Jadot, l’union est possible, sinon elle ne l’est pas. Quoi qu’il en soit, Anne Hidalgo, même si elle est soutenue par les écolos, ne peut pas franchir le cap du premier tour tant que Jean-Luc Mélenchon visera la magistrature suprême. Selon la moyenne des sondages réalisés depuis un an, la totalité des forces gauches, France insoumise et PCF compris, ne dépasse pas 30 % de l’électorat.

La dernière campagne de Marine ?

Lequel est ailleurs, chez Macron par exemple, mais aussi chez Marine Le Pen, triomphaliste de façade en réalité bien embêtée. Elle constate en effet que sa position est affaiblie, qu’une candidature d’Éric Zemmour risque de lui fermer la porte vers le second tour, que la cote de popularité de Macron remonte et que, dans les plus récents sondages, il la devance, ce qui n’était pas le cas en 2017. Dans ces conditions, il n’est pas impossible qu’au terme de sa dernière bataille, elle disparaisse politiquement. C’est pourquoi, au cours du week end écoulé, après avoir délégué ses pouvoirs au jeune Jordan Bardella (26 ans), elle a durci son discours, sans doute pour mieux résister à la vive concurrence de M. Zemmour.

Le « recentrage » auquel elle s’est laborieusement employée a créé des impatiences au sein même du RN où d’aucuns préfèreraient qu’elle ait la clarté des propos zemmouriens, sur un Frexit, sur l’abandon de l’euro et le retour au franc (avec une inévitable dévaluation de 25 % de notre monnaie) et enfin la politique sécuritaire  et migratoire d’un État policier. Il semble pourtant qu’elle nourrisse assez d’arrière-pensées pour ne pas conduire sa campagne électorale avec une trop grande vivacité : celle-ci pourrait être sa dernière, si elle échoue.

Deux candidats que Macron doit redouter.

La droite est bien placée pour reconquérir un leadership qu’elle a perdu en 2017. Le clou dans sa chaussure, Xavier Bertrand, va être bientôt extirpé. Le président des Hauts-de-France commence à comprendre qu’il y a de la noblesse à faire cavalier seul mais qu’elle ne paie pas de dividendes. S’il rentre dans le rang LR, il participera comme les autres à la primaire ; il n’est pas impossible qu’il l’emporte, il est possible que Valérie Pécresse gagne. Les deux candidats à l’investiture de LR ont cet avantage d’être d’authentiques démocrates (plus encore Mme Pécressse que M. Bertrand) ce qui fera d’eux des candidats redoutables pour Emmanuel Macron.

Il serait invraisemblable que le président sortant triomphe avec la marge qu’il a eue en 2017. Il est imaginable qu’il perde face à un candidat de la droite issu de la réunion de toutes les forces LR. Tout ça pour dire que, pour réussir dans la vie, il vaut mieux quitter son parti  pour établir avec lui un sérieux rapport de forces. C’est ce qu’ont fait Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, personnages très respectables, mais qui n’ont été réélus aux régionales que pour abandonner rapidement leurs électeurs et se présenter à la magistrature suprême.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Un soupçon de raison

  1. tapas92 dit :

    Votre dernière phrase s’applique aussi à Mme Hidalgo, dont on ressort les vidéos où elle jurait qu’elle ne s’occuperait que de Paris, avec le culot de dire aux journalistes d’archiver ses propos car jamais, au grand jamais, elle ne serait candidate à l’élection présidentielle. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Une pièce de plus contre la démocratie.

    Réponse
    Tout le contraire : une pièce de plus pour que la démocratie soit respectée.
    R.L.

  2. Laurent Liscia dit :

    J’attends de pied ferme et avec plaisir une confrontation entre Mme Pécresse et M. Macron. Je ne partage pas les idées de Mme Pecresse, mais une femme présidente, ce serait tout de même une victoire pour la démocratie. (Je ne mentionne pas Mme Le Pen, qui n’a avec la démocratie qu’une relation de façade).

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