Verts : une primaire très sérieuse

Quatre des cinq candidats
(Photo AFP)

Les organisateurs de la primaire des Verts ont obtenu 122 670 inscrits, ce qui laisse augurer d’un scrutin intéressant, même s’il y a cinq candidats.

LE NOMBRE de participants cette année est dix fois fois supérieur à celui d’il y a cinq ans et cinq fois celui d’il y a dix ans. L’élu devrait donc bénéficier d’une position forte. Mais la primaire écolo est ouverte, ce qui signifie que tous les inscrits ne sont pas nécessairement des Verts et que certains voteront pour un candidat assuré de perdre. On compte cinq candidats, Delphine Batho, ancienne et éphémère ministre de François Hollande, qui s’est prononcée pour la décroissance, Jean-Marc Gouvernatori, Sandrine Rousseau, une radicale, Éric Piolle, maire de Grenoble, et le plus connu est Yannick Jadot.

Le résultat du scrutin, connu définitivement le 28 septembre, au termes de deux tours, est donc très aléatoire : d’aucuns se sont inscrits par conviction et pourraient donc voter pour Mme Rousseau, d’autres souhaitent que le prochain président soit un Vert et ils donneront leur voix à M. Jadot ou à M. Piolle, d’autres enfin risquent de s’exprimer dans la seule perspective du rapport de forces à gauche et s’efforceront de faciliter la tâche d’Anne Hidalgo, l’un des candidats socialistes.

Gauche minoritaire.

La stratégie de  Mme Hidalgo ne saurait être indépendante du choix des électeurs de la primaires des Verts. Elle sait qu’elle ne peut améliorer son score que si elle rassemble le maximum d’électeurs ; et encore n’est-elle pas, dans les meilleures conditions possibles, capable de franchir le premier tour. La gauche, en effet, est structurellement minoritaire et un accord entre les socialistes et les écologistes ne leur garantit pas un résultat positif. De deux choses, l’une : ou bien les Verts se donnent un chef qui ne pèsera pas sur le vote final, ou bien ils en élisent un, par exemple Yannick Jadot, qui voudra être calife à la place du calife et représenter la totalité de la gauche, ce qui anéantirait les espoirs de la maire de Paris.

Crash possible.

Même si elle n’en dit pas un mot, Anne Hidalgo a intérêt à ne pas avoir un partenaire Vert dominateur et sûr de lui, comme M. Piolle ou M. Jadot. Tous les ingrédients d’un crash de la gauche sont donc réunis : un candidat vert populaire mettra Mme Hidalgo dans l’embarras et elle n’aura servi que de tremplin aux écologistes ; un candidat vert impopulaire ne lui apporterait pas un  nombre significatif de suffrages. Certes, la nécessité peut faire loi : quand la gauche arrivera, à bout de souffle, au terme du premier tour, elle sera sans doute éparpillée entre PS, Verts et France insoumise. Mme Hidalgo peut alors tenter de réunir ces forces disparates, exercice de haute voltige aboutissant à un programme inachevé, car trop de différences idéologiques séparent les trois forces.

Deux vérités contradictoires.

Il y a donc toutes les raisons de penser que le coup se jouera entre Macron et le candidat de l’extrême droite ; ou bien, si Éric Zemmour entre dans la mêlée, entre Macron et la droite. Cas de figure qui convient le moins au président actuel, car sa position face à la droite classique est beaucoup moins forte que s’il lui suffit de battre Marine Le Pen, ce qu’il a déjà fait en 2017. On tirera de ces éléments deux vérités contradictoires : les partis de l’opposition se voient déjà vainqueurs alors que la dispersion, l’abstention et le découragement des électeurs pourraient leur interdire le Graal du second tour ; l’effondrement désormais possible de la candidate Le Pen pourrait ouvrir un boulevard à la droite et poser un sérieux problème au président sortant.

RICHARD LISCIA

 

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4 Responses to Verts : une primaire très sérieuse

  1. Bruno Heim dit :

    L’absence de Marine Le Pen au deuxième tour serait une catastrophe pour Macron et c’est ce qui explique la décision du CSA à l’égard de Zemmour ainsi que le déchaînement des médias. Le PNF est d’ailleurs sûrement déjà « missionné »…
    Réponse
    Rien ne permet de dire que l’absence de Marine Le Pen au second tour serait une catastrophe pour Macron. Zemmour perdrait devant lui ainsi que quelques uns des représentants de la droite LR, par exemple Juvin et Barnier.
    R. L.

  2. BERCEZ dit :

    C’est surtout l’immense majorité des Français de bon sens qui perd dans cette guerre des égos. Quid d’un choix sociétal ? Comme nous le voyons dans beaucoup de pays, ce n’est plus un projet politique qui est mis en avant mais la recherche d’un vote démagogique ou l’intérêt des décideurs prime, pas les aspirations du peuple.

  3. didier dit :

    Que des écologistes radicaux qui n’ont jamais vécu à la campagne, qui ne sont jamais allés au lycée ou à la fac à bicyclette sous la pluie viennent nous imposer un mode de vie spartiate, alors que les Chinois construisent quantités de centrales électriques au charbon. que les Africains et autres nations en développement ne se soucient nullement de la limitation des naissances, il y a de quoi jeter son bulletin de vote à la poubelle …et désespérer de la politique. La nature, nouvelle religion du XXIè siècle, le nouvel opium des bobos gavés…

    Réponse
    Nous n’avons pas besoin d’attendre le bon exemple des autres pour faire notre devoir.
    R. L.

  4. Laurent Liscia dit :

    Merci pour ces pronostics saisissants. L’idéal serait que les Verts obtiennent un résultat suffisamment sérieux pour influencer l’action du vainqueur et lancer un vrai débat sur le changement de climat.

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