Polexit inéluctable ?

Mateusz Morawiecki
(Photo AFP)

Pour échapper aux contraintes juridiques de l’Union européenne, la Pologne devra-t-elle sortir de l’Union ? Le discours prononcé mardi par le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, devant le Parlement de Strasbourg, n’est pas encourageant.

LA COUR suprême de Pologne vient d’affirmer que le droit polonais était supérieur à celui de l’UE. Ce qui a déclenché un branle-bas de combat à Bruxelles : il est en effet impossible d’accorder à la Pologne un statut unique qu’elle ne partagerait pas avec les autres membres de l’Union. Mais le cœur du problème, c’est la politique nationale que la droite polonaise entend appliquer à l’intérieur de ses frontières et qui repose sur une série de mesures rétrogrades, comme l’interdiction de l’avortement ou le rejet de l’homosexualité, qui forment en Pologne une sorte d’îlot anachronique. M. Morawiecki n’a ouvert la porte d’aucun compromis avec l’UE. Il a réaffirmé que son pays n’avait pas du tout l’intention de quitter l’Europe. Comme on le comprend : il attend tout bonnement que lui soit versée la somme de 30 milliards d’euros en fonds européens, au nom du plan de relance. Mais il espère que ce versement sera inconditionnel.

Question d’argent.

Assorti d’un instrument capable de régler tout différend entre partenaires européens, la Cour de Justice européenne, ou CJE, la Commission de Bruxelles n’a une chance de fonctionner que si elle s’impose aux lois nationales. Comme d’autres pays accueillis avec hâte et bonheur au sein du cénacle européen, la Pologne, à ce jour, a largement bénéficié des largesses européennes. Elle a pu exporter ses travailleurs en surnombre, elle a reçu des subventions, prêts et dons qui ont activement participé à son développement économique et social. Et les lois arriérées que le gouvernement lui impose sont largement combattues par une opposition musclée, mais minoritaire.

Double chagrin.

La Commission de Bruxelles, dirigée par l’Allemande Ursula Van Der Leyen, sait fort bien que ce qui est en cause aujourd’hui, c’est l’âme de la Pologne et la signification même du mouvement européen. Les 27 gouvernements ne peuvent pas être autoritaires, museler l’opposition, imposer au peuple des règles qu’il rejette. On ne peut pas être à la fois dans l’Europe et hors de la démocratie parlementaire. Comme la Hongrie, la Pologne cache ses intentions sous le couvert d’un Parlement censé veiller à la démocratie mais transformé par le parti de Lech Kaczinski, Droit et Justice (PiS), en chambre d’approbation. M. Kaczinski a perdu son frère jumeau, Jaroslaw, lors d’un accident d’avion à Smolensk en 2010. Il a en a conçu double chagrin causé par la perte d’un être cher et par celle d’un président, qu’il s’est ensuite hâté de remplacer.

Pas de quoi se réjouir.

La Pologne est donc sous l’influence d’une famille qui contrôle toutes ses orientations depuis longtemps. La question est la suivante : il est clair que l’Europe a accueilli en son sein trop de pays pour mettre au point un consensus. Pour être efficace, elle n’a peut-être pas besoin de s’ouvrir davantage, mais au contraire de laisser partir les brebis galeuses qui, après le Brexit, feront l’expérience de la solitude insulaire, comme celle du Royaume-Uni. Certes, nous ne devrions pas nous réjouir d’une telle issue. Si les règles démocratiques étaient respectées, la Pologne serait infiniment utile à l’Europe : c’est un poste avancé face à l’inquiétante Russie ; c’est un pays que l’histoire a fait énormément souffrir mais qui, hélas, ne s’est pas encore guéri de la bigoterie, du racisme et de la xénophobie, et n’y parviendra pas s’il s’éloigne de l’Europe.

Moralisme d’un autre temps.

Mais c’est aussi le ver dans le fruit. Nous ne pouvons pas traiter par l’indulgence le retour de la Pologne à la morale répressive, car elle risque de nous contaminer. Si nous lâchons la bride à la Pologne et à la Hongrie, elles finiront pas détruire le rêve européen. C’est ainsi que, en Allemagne, la Cour suprême de Karlsruhe a estimé que les dépenses budgétaires décidées sous la pression de la pandémie ne doivent pas devenir une habitude.  Il s’agit d’une atteinte à la supériorité du droit européen commise par le plus grand pays européen. Chaque nation, isolément, n’ira nulle part. Fort du soutien de ses partenaires, chacun des membres de l’UE peut jouer un rôle utile et historique.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Polexit inéluctable ?

  1. Laurent Liscia dit :

    Non ! Ceux qui ne peuvent pas respecter les droits de la personne doivent être expulsés de l’union. Polonais, Hongrois, ou qui qu’ils soient. L’Europe se mérite.

  2. tapas92 dit :

    N’oublions pas que la Pologne a un problème éternel géographique : elle se situe à côté de la Russie. Et si elle veut survivre, elle devra s’appuyer sur un « grand » : soit l’Europe, soit les États Unis. Et l’économie ou tout autre considération n’est rien par rapport à cette contrainte géographique (et historique)

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