Tous gaullistes

De Gaulle en 1962
(Photo AFP)

La campagne électorale et les phénomènes très particuliers qui ont jalonné le mandat d’Emmanuel Macron ont fabriqué des gaullistes dans tout le spectre idéologique des partis politiques. Il s’ensuit que, à la veille de l’anniversaire de la mort de Charles de Gaulle, il n’a jamais été autant à la mode, ou plutôt jamais autant été adopté par des forces politiques peuplées par les descendants de ceux qui l’ont combattu.

LE GAULLISME n’étant pas une doctrine, peut donc être associé à diverses pensées contradictoires. Le plus surprenant est que l’extrême droite française se réclame de lui. Plus ébouriffant encore, le ralliement d’Éric Zemmour au président défunt alors que le même n’a cessé de vanter les mérites de Philippe Pétain. Ainsi l’extrême droite ne se contente-t-elle pas de prendre des suffrages aux Républicains, elle prend aussi leurs idées. Il y aura bousculade le 9 décembre à Colombey-les-deux Églises, les authentiques fidèles du Général n’étant pas sûrs d’y avoir la première place, alors qu’ils sont vraiment les seuls à pouvoir se réclamer de lui.

Un homme unique.

De la part de M. Zemmour et de Marine Le Pen, ce soudain engouement pour de Gaulle ne correspond strictement à rien sinon à mettre dans leur besace tous les éléments susceptibles d’améliorer leur standing national. De Gaulle n’est pas un souvenir, c’est un homme unique qui a épousé l’histoire à plusieurs reprises, avec la Résistance et la libération de nos colonies. Son héroïsme, sa vision, sa perspicacité ont fait de lui l’un de nos plus grands hommes politiques. Il demeure que, pour se l’approprier, il faudrait lui ressembler, ce qui n’est le cas ni de l’extrême droite ni celui de la gauche. Quand Anne Hidalgo se réfère à lui, elle sombre dans un exercice à la fois dérisoire et scandaleux : tout ce qu’a construit le socialisme français n’a jamais été qu’une alternative au gaullisme. Certes, cela n’interdit pas aux socialistes de reconnaître ses exploits, mais ils ne peuvent pas s’arroger la qualité de gaullistes. Ils seraient aussitôt désavoués par de Gaulle, s’il pouvait s’exprimer.

LR a perdu son souffle gaullien.

En revanche, ayant acquis sa propre grandeur grâce à son sang-froid face à l’adversité, il peut trouver des émules ou des admirateurs dans des partis qui ne font pas une religion de leur programme et dans celui qui est censé le représenter aujourd’hui. Je dis « censé » parce que de toute évidence, LR a perdu son souffle gaullien. En tout cas, le phénomène est d’autant plus intéressant qu’à l’extrême violence des propos d’un Zemmour s’ajoute une part de nostalgie destinée à le rendre plus humaniste. De sorte que le candidat maurrassien veut nous faire croire qu’il ne serait pas vraiment méchant  ou qu’il ne l’est parfois que pour obtenir plus de suffrages. L’idée de prendre des votes dans toute la gamme idéologique semble néanmoins absurde. On n’attrape pas les votes écologistes en prononçant le nom de de Gaulle. On ne dit pas qu’on va jeter à la mer tous les immigrants et prétendre qu’un tel programme est inspiré par de Gaulle.

L’extrême hypocrisie de cette campagne.

Le nom du libérateur de la France traduit donc la plus grande hypocrisie de cette campagne où, en dehors d’un affaiblissement sérieux de la gauche et une percée de la droite toutes tendances confondues, on constate que le mensonge est le nerf de la guerre. Anne Hidalgo n’en serait pas à 5 % dans les sondages si l’électorat ne devinait qu’elle n’est pas sincère, qu’elle est prête à multiplier par deux les salaires des enseignants pourvu qu’elle soit élue et qu’elle exalte le gaullisme tout en multipliant les signes de son attachement viscéral au PS. Cela s’appelle se moquer du monde et cela se traduira sans doute par une défaite lourde au premier tour.

Idées incompatibles.

Je n’insisterai pas sur ce qu’il peut y avoir de sinistre dans un tel comportement, qui mélange les références et crée un lien entre résistance et collaboration. C’est le produit d’une société qui a été malmenée par le danger pandémique et perd ses repères. C’est aussi la faute des gens qui veulent tout et son contraire et en arrivent à ce point d’ignorance où l’on peut mélanger des idées incompatibles. Si seulement, en écoutant les Zemmour, les Le Pen et les Hidalgo, nos concitoyens avaient appris à déceler ce qu’il y a de mensonger dans leurs propos, ils contribueraient utilement à la reconstruction de notre démocratie, gravement endommagée par l’habile confusion qui transforme les histrions en héros d’un jour.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Tous gaullistes

  1. Michel de Guibert dit :

    Charles de Gaulle est décédé le 9 novembre 1970, il y a 51 ans.
    Réponse
    Correction faite !
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    Excellent passage en revue sur les mensonges des un(e)s et des autres. C’est tout simplement honteux, et j’espère comme toi que la punition sera nette. Quant à la mode gaulliste … Je ne me suis jamais senti gaulliste et continuerai sans ambages sur ce périlleux chemin.

  3. Doriel Pebin dit :

    Une autre explication très possible est la paresse intellectuelle qui inonde la France et le monde occidental. Rappelons la phrase d’Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui le regardent sans rien faire ». Il est sidérant que le climat ne soit pas une préoccupation prioritaire pour les Français à l’heure de la COP 26.C’en est une belle illustration.

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