Extrême droite : en être ou pas

La Pécresse de naguère
(Photo AFP)

Depuis la publication de mon blog d’hier, un curieux débat m’oppose à quelques lecteurs qui, méchamment ou gentiment, me reprochent d’avoir écrit que la candidate Valérie Pécresse a rejoint le camp de l’extrême droite. Je m’en suis brièvement expliqué mais je vais ce matin y revenir.

TOUT D’ABORD, on peut se mettre d’accord sur le fait qu’un sondage d’opinion réalisé à près de cinq mois de la présidentielle n’annonce pas une vérité définitive. À l’appui de ses convictions, M. Num montre qu’un sondage publié hier soir par « le Figaro » accorde la victoire au second tour contre Emmanuel Macron avec un rapport 52/48. M. Num triomphe, sans se demander si la campagne a commencé, si Macron a exposé ses intentions, si rien ne pouvait se produire d’ici là qui change ce rapport.

Des garanties programmatiques.

Ensuite, je rappelle qu’une séquence tout à fait extraordinaire vient de se dérouler chez LR. Pas de primaire, mais un congrès. Quelque 150 000 militants y participent et sacrent Éric Ciotti au premier tour. Au second, il perd. Mme Pécresse est élue. C’est une chance pour le pays : elle apporte une alternative démocratique à Macron, elle met fin au sempiternel statut de challenger de Marine Le Pen, elle a du répondant et, surtout, c’est une femme. Mauvais perdant, Ciotti se met à ruer dans les brancards. Il exige des garanties programmatiques. En moins d’une journée, il les obtient, sur la sécurité et sur l’immigration. Or qui est Ciotti ? L’homme qui a dit qu’il voterait Zemmour au second tour. Les deux hommes sont amis, ils sont tous les deux dans la mouvance de l’extrême droite et, en quelque sorte, ils en représentent la forme la plus agressive.

Du « piment ».

Mme Pécresse a dit avec une certaine légèreté qu’elle introduirait les idées de Ciotti dans son programme pour y mettre un peu de « piment ». Je n’invente rien. Elle l’a dit alors que la sécurité et l’immigration sont deux dossiers régaliens dont elle n’a pas à négocier les éléments avec son rival avant la campagne. Ne l’a-t-elle pas plus tôt dit que le sondage Elabe pour « le Figaro » la sacre présidente. Il y a là comme un timing fulgurant qui fait de l’unité tant désirée de LR l’élément le plus solide qui porte la candidature de Mme Pécresse. En l’occurrence, il s’agit de l’unité avec Ciotti.

Non, elle n’est pas Merkel.

Mais l’unité avec Ciotti a un contenu idéologique. Cela signifie que notre politique d’immigration ne sera pas celle de Merkel, dont Valérie Pécresse se réclame tant, mais celle de Ciotti. Cela signifie que notre politique de sécurité sera encore plus répressive. La « nouvelle » Pécresse est, aux yeux d’un tas de démocrates, un peu moins charmante que l’ancienne. En tout cas, ici, dans ce blog, la question n’a jamais été de pratiquer le culte de la personnalité. Pécresse vaut Macron et vice versa, pour autant qu’ils se cantonnent l’un est l’autre dans le camp de la stricte démocratie.

Le prix de l’unité.

Je suis convaincu par ailleurs que la présidente d’île-de-France ne croit pas une seule seconde qu’Éric Ciotti soit un gêneur. Elle est persuadée qu’elle va le circonvenir. Sur ce point, elle a tort. Il ne renoncera jamais à ses idées qui, dit la presse, sont en train de devenir celles de Mme Pécresse. Elle a le choix, à mes yeux : ou bien, elle s’en débarrasse, ou bien il n’est pas excessif de lui appliquer l’étiquette d’extrême droite. Il est plus que probable qu’elle préfèrera « l’unité » à un clash avec Ciotti. Quoi qu’il en soit, la question se pose. M. Ciotti est-il LR ? Pourrait-on le décrire comme zemmourien ? Ou alors, LR serait Zemmour sans Zemmour ?

Dans ce camp, je me sens autorisé à défendre un autre candidat, même s’il doit perdre en définitive. J’admets que, si l’heure de Marine n’est pas venue, si l’heure de Zemmour n’est pas venue, l’heure d’une droite dure et insensible est en cours de préparation. Contrairement à quelques uns de mes lecteurs, Macron ne m’inspire aucune haine et je ne suis pas seul à être dans ce cas. Tout ce que je demande, c’est que Pécresse conduise LR. Pas Ciotti.

RICHARD LISCIA

 

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10 réponses à Extrême droite : en être ou pas

  1. CAZENAVE Jean dit :

    Bref ce que voulez c’est une élection Macresse contre Pécron ?
    Une édulcoration du discours de Valérie Pécresse et le renvoi de M. Ciotti chez Eric Zemmour ?
    Vous oubliez qu’en 2017 il y avait 50 % des électeurs de M. Macron qui venaient de la gauche.
    Or en 2021, la tendance droitière de l’électorat est écrasante ! Les gens ne veulent plus du « en même temps » , ils veulent une ligne claire, sans pour autant verser dans l’extrême droite. Cette candidature de Mme Pécresse est une bonne surprise, laissez-nous l’évaluer sereinement. Votre certificat de fascisme délivré à l’endroit de M. Ciotti est susceptible de plomber sa possible présence au second tour (impensable il y a un mois), seule alternative démocratique à notre débat national, puisqu’il est évident que la vraie « extrême droite » ne pourra jamais gagner, fort heureusement.

    Réponse
    Je n’ai jamais utilisé le mot fasciste pour décrire M. Ciotti. Donc, votre algarade contient une forfaiture qui consiste à faire dire aux gens ce qu’ils n’ont pas dit. De plus, je ne comprends pas votre raisonnement : si on vous suit bien -mais c’est difficile-, la présence active de M. Ciotti au sein de la droite assurerait la victoire de Mme Pécresse. Mais la victoire de quelles idées ? C’est la question que je pose calmement, mais de toute évidence, ce débat n’a rien de calme. Enfin, ce que veulent « les gens », permettez-moi de vous dire que vous n’en savez rien.
    R. L.
    PS-Gaël Perdriau, vice-président de LR vient d’être limogé parce qu’il s’inquiétait de l’influence de Ciotti sur Mme Pécresse. Tout va bien, vraiment ?

    • CAZENAVE Jean dit :

      Cher monsieur
      Je suis très calme.
      Je ne dois pas ètre le seul, après avoir lu vos editos, à penser « c’est bien ce qu’il écrit, il exprime clairement ce que je pense plus ou moins confusément » …c’est dire le respect que je vous porte.
      Simplement dans ce cas précis, je déplore votre point de vue, car j’ai l’impression que vous déplorez que la « machine à perdre » de la droite traditionnelle puisse enfin se transformer en « machine à gagner ».
      C’est tout.
      Ceci dit, le mois de mai…c’est loin !
      Merci d’avoir pris la peine de me répondre.
      Cordiales salutations.

  2. Dominique S dit :

    La compétition semble désormais très ouverte entre LR et LREM. Parmi les éléments qui peuvent faire pencher la balance du côté de LR, il y en a un dont on a peu parlé ces joursci. Depuis le début de la Vème République, les Français ont toujours voté contre le pouvoir en place (sauf en 1965). Je crois que l’on appelle cela le dégagisme. Mais j’adhère entièrement au discours de R.L. On connaît la valeur de Macron et de son équipe. On peut se poser plein de questions sur la valeur de Pécresse et de son équipe.

  3. Num dit :

    Je suis flatté que vous me citiez, je permets d’apporter néanmoins une précision car j’avais ajouté dans mon commentaire que rien n’était joué. Je persiste et ne triomphe donc pas. Admettez néanmoins que mieux vaut un duel Pécresse-Macron que Le Pen-Macron, ça ferait une jolie affiche et un débat de deuxième tour intéressant.
    Tout commence en tout cas et nul ne peut dire ce qu’il va se passer ces prochains quatre mois.
    Le président n’est pas officiellement candidat mais nul n’en doute comme en témoigne son déplacement dans le Cher et l’Allier (aux frais du contribuable) où il n’a même pas cherché à faire semblant. L’histoire montre néanmoins que quand le sortant « entre dans l’atmosphère », il a tendance à perdre des points – parce qu’il doit descendre de son piédestal. Nous verrons…

    PS C’est un détail sans importance mais le sondage donnant Pecresse en tête est un sondage Elabe pour L’Express et BFMTV

    Réponse
    Je suis d’accord avec vous, sauf sur le point suivant : un candidat, n’importe lequel qui se déclare, gagne des points.
    R. L.

  4. Laurent Liscia dit :

    Les passions montent et nous ne sommes qu’en novembre ! On ne sait pas trop ce que sera V. Pécresse. Elle ne pourra certainement pas échapper à l’influence de M. Ciotti, qui s’empressera de le lui rappeler, surtout si elle gagne. La démocratie n’est pas faite de choix idéaux, elle tend mathématiquement vers le moindre mal – un peu plus de mal et ce n’est plus une démocratie.
    Ciotti à califourchon sur Pécresse, c’est le moindre mal – mieux que Zemmour, mieux que le Pen.
    Ce sera aussi un sérieux handicap au deuxième tour, car comme tu le disais ailleurs, 70 % des Français ne sont pas d’extrême-droite. On verra si la subtile Valerie saura se sortir de ce dilemme.

  5. Hristo Xiep dit :

    Pécresse est autant d’extrême droite que Hollande était communiste.

  6. Dr VAUCAMPS dit :

    Oui, que l’on le veuille ou non, la France est à droite (et depuis longtemps) mais nous avons la droite la plus c. du monde: avec entre 55 et 70 % de droitistes, du centre mou aux « extrêmes modérés », nous n’avons jamais pu faire l’union ! Et même aujourd’hui au sein des républicains, on se déchire au lieu de marcher ensemble.
    Cela entraîne une fuite des électeurs vers des extrêmes dont ils ne veulent pas pour un vote protestataire. Cela a laissé la porte ouverte à une certaine idée de la gauche qui avec Mitterrand puis Hollande a montré ses effets dévastateurs consacrant aujourd’hui la disparition de la gauche.
    Il faut que la droite « normale » arrête de diaboliser certains courants et arrête de faire dans le politiquement correct, il faut que la droite « propre » rassemble large et écoute les Français pour mettre en pratique certaines mesures sans tomber dans les extrêmes. Seule une droite large qui écoute les aspirations des Français permettra un recentrage « modéré » à droite tout en protégeant la France des dérives qui nous menacent de plus en plus.

    • Dr Jean CAZENAVE dit :

      Tout à fait d’accord avec vous !

    • Dr Jean Kaldassec dit :

      Tout à fait d’accord avec vous !
      Sans compter que nous avons aussi la gauche la plus c. du monde avec, en son temps, la truculente nomination de feu son excellence B. Tapie qui est au socialisme ce que la bouffarde est à ma très pieuse tante Angèle.
      Sans compter que nous avons aussi des écolos qui estiment qu’il est impossible d’être écolo sans être de gauche, tout comme on ne peut être intellectuel que de gauche.
      Si après ça, les électeurs ne cherchaient pas refuge aux extrêmes, ce serait quasi anormal !
      Conclusion : la Vème république a été créée par de Gaulle pour de Gaulle ! C’est devenu n’importe quoi. Il est temps de changer, là. Quelqu’un connait le président actuel de la Suisse ? Moi pas. Quelqu’un connait un pays en Europe où ça va bien ? Moi oui : la Suisse !
      Mais bon, nous, héritiers des Lumières, n’allons pas nous abaisser à prendre exemple sur des mangeurs de gruyère sans trous.

      • jean lecru dit :

        Merci pour votre commentaire qui a le mérite de nous faire rire même si l’humour est forcement de gauche comme on l’entendait sur France Inter dans la bouche de Madame Sarraute, grande prêtresse cathodique.
        C’est à cause de toute cette bien pensance désormais obsolète que le débat qui s’annonce pour les semaines à venir ne peut être qu’enrichissant.

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