Gauche : chemin de croix

Le chant du cygne ?
(Photo AFP)

Anne Hidalgo propose une primaire aux partis de gauche, qui ont tous refusé, sauf Arnaud Montebourg. La candidate du parti socialiste ne dépasse pas les 5 % dans les intentions de vote à la présidentielle.

SI LA MAIRE de Paris avait annoncé qu’elle quittait la course, personne n’aurait été surpris. Le seul qualifié pour proposer une unité de la gauche avant le rendez-vous électoral, c’est encore Jean-Luc Mélenchon. Ainsi gelés dans leurs divisions, les partis de gauche continuent-ils leur marche inexorable vers l’échec. Pas de symétrie avec la droite, dont le durcissement des positions a permis de reconstituer l’unité des Républicains (LR) sous la houlette de Valérie Pécresse.

Sondages peu crédibles.

L’élection de celle-ci par le congrès de LR lui a apporté un bonus, sa vive remontée dans les sondages, que confirme une deuxième enquête d’opinion par Ipsos Fiducial pour « le Parisien ». Elle lui accorde 16 % d’intentions de vote, à égalité avec Marine Le Pen, Éric Zemmour se situant à 14 % et aucun des autres candidats ne franchissant la barre des dix pour cent. À noter toutefois, que ce sondage n’a pas relevé ou diffusé les résultats du second tour, un peu comme s’il jetait sur le discrédit sur son concurrent Elabe, paru la veille, et qui donnait Mme Pécresse victorieuse au second tour. Ipsos estime que Emmanuel Macron réunit 25 % des suffrages au premier tour, distançant ses deux premières concurrentes de neuf points, ce qui va ajouter à la sévérité des commentaires sur les sondages.

La droite a repris des forces.

Mais la moyenne du total des sondages réalisés depuis le début de la pré-campagne affirme les résultats médiocres de la gauche et les montre même en baisse. Mme Hidalgo reste vaillante, mais pathétique : on ne met pas son panache blanc quand on est le bon dernier des candidats dits « sérieux ». Avec la réserve qu’inspire la confusion autour des intentions de vote (et encore plus les zigzags incessants des commentaires politiques), on répercutera dans ces lignes un sentiment général : la droite a repris des forces en arpentant les plaines de l’extrême droite, laquelle lui avait pris des voix, tandis que la gauche a besoin d’une refondation qui prendra des années. Et si Anne Hidalgo est une candidate toujours estimable, elle n’est peut-être pas la meilleure pour embraser les foules. Je ne retirerai pas un iota de mon enthousiasme pour les candidatures féminines, mais quand il s’agit de gagner, il faut des poids lourds, qu’ils soient hommes ou femmes.

Une très forte progression de la droite.

La vérité est simple : les programmes proposés par la gauche sont partagés par le plus petit nombre. Il existe une poussée très forte des idées de la droite sur tous les sujets régaliens. La gauche est entrée en collision avec cette réalité qui ne date pas d’aujourd’hui et la social-démocratie, en déclin depuis dix ans, ne guide plus en France l’électorat. Ce n’est pas que les différents protagonistes de cette phase historique exceptionnelle ne l’aient pas compris, c’est qu’ils ne connaissent pas les ressorts du mouvement et n’ont pas su, en tout cas, s’y adapter.

Le langage de Zemmour.

On observera que, en Allemagne, quatre mois après les élections générales, le SPD (sociaux-démocrates), les Verts et les libéraux ont formé un gouvernement de coalition muni d’une programme extrêmement méticuleux. Tout s’est déroulé dans un climat parfaitement tranquille, Angela Merkel ayant expédié entre temps les affaires courantes et se livrant à de longs adieux nationaux et internationaux. Nous n’aurons jamais cette chance. Nous faisons de la politique avec toute la furia francese, comme nous faisons tout le reste. Cependant, le temps électoral n’est pas celui de la politique. À quatre mois des élections, de nombreux événements vont se produire. On a vu qu’Emmanuel Macron n’est pas inerte. Hier encore il était à  Vichy, où il a envoyé M. Zemmour aux pelotes sans prononcer son nom, après que  le même Zemmour, qui n’a pas froid aux yeux, eut parlé du chef de l’État en disant : « Ce type », crachant de la sorte sur la fonction à laquelle il aspire encore.

M. Macron est sommé de déclarer sa candidature et accusé d’utiliser les moyens de sa fonction alors que, sur le plan matériel, il devrait être à égalité avec les autres candidats. Sornettes. Tous ses prédécesseurs ont fait de même et tout le monde le fait à l’étranger. On ne vaincra pas Macron en lui cherchant des poux dans la tête. Il y a quelque chose que les partis et nos citoyens ne savent pas faire : c’est prendre de la hauteur quand nous avons tous un rendez-vous historique. Ne demandez pas à Zemmour, ce type, de se livrer à l’exercice.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Gauche : chemin de croix

  1. Sphynge dit :

    M. Zemmour aura quand même eu l’utilité de rappeler la droite à ses « valeurs » (qui ne sont pas d’extrême-droite, Ciotti compris, quoi qu’en dise l’extrême-gauche). Quant à « ce type », effectivement très déplacé, on admettra qu’il désignait le candidat Macron et non le président… Et Pécresse sans Ciotti, c’est Macron (à très peu de choses près). Or, comme vous le dites si bien, actuellement, devant la situation dramatique de l’identité française, de l’islam, de l’immigration, de la cancel culture, du wokisme, on peut penser que l’électorat aspire majoritairement aux valeurs régaliennes de la droite. Mais ni la gauche (Mme Hidalgo ou pas), ni M. Macron (ses médias, sa justice et ses milieux financiers), n’ont dit leur dernier mot !

    Réponse
    Je n’ai pas critiqué Zemmour parce qu’il a traité un homme avec mépris, mis parce qu’il a maltraité la fonction qu’il brigue.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    Ne parlons plus de Zemmour qui ne mérite pas le moindre commentaire, et faisons comme si nous étions juste après l’élection, ou … ce type ne représentera plus rien. Mais avec l’effondrement de la gauche, on peut tout de même se demander a quoi correspond cette lame de fond. Changement de cap sur « tous » les sujets régaliens ? Ou bien remise en question d’une vision plus que social-démocrate, ou travail et production ne sont que de vagues référents de la valeur ajoutée, et ou l’islamo-gauchisme a perdu tout contact avec la réalité géo-politique? Je n’ai pas le sentiment que les Français, même ceux qui rêvent de Marine ou de Zemmour, soient hostiles aux mesures qui placent la France dans le peloton de tête du filet social. Qu’en penses-tu ?

    Réponse.

    Ils ne croient pas être dans le peloton de tête social et ils s’en moquent. Ils veulent du pouvoir d’achat, c’est leur principale revendication. Cependant, la croissance est telle, l’emploi progresse si vite que l’opinion dont au moins un quart est pro-Macron, va changer d’avis sur la question.Je pense que, lors des élections, le mythe va céder devant la prise de conscience.
    R. L.

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