La preuve par 7

Bruno Le Maire
(Photo AFP)

En 2021, l’économie française a progressé de sept pour cent, justifiant ainsi la politique du « quoi qu’il en coûte », qui est encore critiquée par l’opposition aujourd’hui.

LA CROISSANCE n’a jamais été aussi vigoureuse depuis 52 ans. Elle ralentira forcément et ne devrait pas dépasse les 4 % en 2022. Ce résultat, remarquable pour tous les économistes, n’empêche pas la polémique de se poursuivre au sujet des choix du gouvernement. Il résulte pourtant de l’implication de l’Union européenne, qui a lancé un plan de relance de 750 milliards d’euros, qui a emprunté collectivement à la Banque centrale européenne pour redistribuer les sommes en fonction de chaque besoin national. L’Italie est le pays qui a le plus tiré avantage de cette manne financière, mais la France peut se satisfaire objectivement d’un plan qui a combiné les emprunts garantis par l’UE et la mutualisation des dettes européennes, une décision arrachée à l’Allemagne quand Angela Merkel était encore au pouvoir, mais qui n’a pas été désavouée par son successeur, Olaf Scholtz, le nouveau chancelier.

L’argent bon marché.

Les oppositions, campagne électorale oblige, continuant à tirer à boulets rouges sur le gouvernement, mais pour des motifs contradictoires : la dette publique française, en effet, est passée de moins de 100 % à 113 % et le déficit budgétaire annoncé pour 2022 sera de 5 %. Comme d’autres pays du sud européen, la France n’a jamais été la meilleure élève de la classe. Quel que soit le pouvoir en place, elle n’hésite jamais à emprunter sur les marchés financiers, encouragée en cela par un argent très bon marché. Aujourd’hui, les détracteurs de la relance française sont ceux qui cédaient à l’argent facile dans les cabinets ministériels. Nous avions un autre choix : laisser l’économie aller à vau-l’eau, déclencher un chômage de masse. Au lieu de quoi, le gouvernement a préféré payer les salaires appelés à disparaître pour que les compétences des travailleurs soient maintenues et prêtes à s’engager dans la reprise, une fois qu’un ordre social remplaçant le confinement a pu être adopté.

Risqué et sensé.

Tâche titanesque et risquée mais qui a porté ses fruits. Avec la croissance, nous restons à un point du niveau que nous avions atteint juste avant la crise sanitaire. Mais nous avons maintenu l’emploi et nous  apprendrons bientôt à quel niveau se situe le chômage (il était à 8,1 % avant le redémarrage de l’économie). Je ne crois pas que nos dirigeants actuels, principalement le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, doivent rougir de honte. Ils ont fait ce qu’il y avait de plus risqué mais aussi de plus sensé. S’ils s’étaient trompés, les héritiers du pouvoir auraient eu à gérer un chaos social.

La France ne va pas aussi mal qu’ils le disent.

Quels héritiers ? La France est en forme globalement, même si certains secteurs, comme ceux de la restauration, du tourisme, de l’hôtellerie sont particulièrement sinistrés. La politique générale du gouvernement a consisté à appliquer en même temps une campagne vaccinale qui ne souffre pas les exceptions et une campagne de relance préservant l’avenir. Ce qui explique la position privilégiée du président de la République dans les sondages, l’effondrement de la gauche, incapable de formuler un dessein original inspiré par son idéologie et l’embarras de la droite qui ne saurait avoir bonne conscience quand elle critique des résultats ultra-positifs. En même temps, ces résultats offrent un incroyable contraste avec le tableau que la droite et l’extrême droite dressent de l’économie française, laquelle nous aurait tous fait sombrer dans la misère. Il n’en est rien, bien sûr, mais la gestion d’un pays est continue. Des résultats négatifs ou de bons résultats se traduisent invariablement par la poursuite des efforts. Nous sommes mieux placés aujourd’hui pour réduire les inégalités que si nous avions une pente infiniment plus dure à remonter.

Un cap a été franchi.

Non, nous devons pas croire les Cassandre annonciatrices de désastres à répétition ; oui, la lutte contre la pauvreté doit continuer ; oui, les dysfonctionnements de la société française sont graves et multiples. Les observateurs ne croient pas qu’un président sortant puisse jouer sur son bilan, pour autant qu’il soit positif. Ils ont tort ; une partie de l’électorat votera en se disant que nous avons franchi un cap dans une mer démontée. Que la bonne gouvernance n’est pas celle des promesses, mais traduit la capacité à faire face à une crise sérieuse. Or la pandémie a été très précisément ce cas de crise, un événement mondial plein de menaces qui contraint encore nos gouvernants à marcher à tâtons, à prendre des mesures empiriques, notamment parce que le variant d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui et que tous nos efforts, toutes nos précautions, toutes nos campagnes vaccinales risquent à chaque instant d’être annihilées par un nouveau variant encore plus dangereux que les autres.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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3 Responses to La preuve par 7

  1. DANIEL HOULLE dit :

    7 % génère 150 milliards de plus pour le PBI mais avec un déficit de 170 milliards pour la financer et 80 milliards de déficit de la balance commerciale. En fait la France s’est appauvrie de 100 milliards au bout du compte.
    Réponse
    Elle s’est appauvrie de plus que ça. Mais si, rien n’avait été fait pour le redressement de l’économie, la classe moyenne aurait été rayée de la carte.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    Seulement 5.7 % aux US, avec une contraction de 3.4 % pendant le Covid. Et un endettement hallucinant de 3 000 milliards de dollars. La prudence fiscale n’a jamais été le fort américain … La France est en meilleure position.

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