Les amis français de Poutine

Éric Zemmour
(Photo AFP)

L’offensive diplomatique d’Emmanuel Macron en direction d’un compromis sur l’Ukraine n’aura pas été inutile puisque Vladimir Poutine a présenté ses conditions au président français qui est aujourd’hui à Kiev pour en parler à Volodomyr Zelensky, chef de l’État ukrainien.

LE PROBLÈME vient moins de l’initiative du chef de l’État que du fait que la négociation est déjà pipée, par l’insuffisance de la cohésion européenne d’abord, par le mystère qui continue à régner sur les intentions du maître du Kremlin et par l’adhésion d’une partie de l’opinion française et des partis qui la représentent aux thèses exposées par M. Poutine. Toutes les voix européennes ne sont pas unanimes, à commencer par celle de l’Allemagne qui ne veut pas sacrifier son tout nouveau tout beau gazoduc North Stream II au salut des Ukrainiens. Il n’est pas indifférent que l’ancien chancelier allemand, Gerhardt Schröder, émarge chez Gazprom et s’inquiète davantage du sort du gazoduc que de la survie politique du président Zelensky. De même qu’il n’est pas indifférent que François Fillon, figure emblématique de LR, vient d’être nommé au conseil d’administration de Sibur, un conglomérat russe.

Une contradiction inexplicable.

En France, les deux extrêmes droites se sont prononcées en faveur des positions de Poutine et contre celles de l’Europe et de l’OTAN. Le PCF et la France insoumise sont également favorables aux thèses russes. Les souverainistes français sont plongés dans une contradiction inexplicable : ils défendent l’indépendance absolue de chaque État européen, mais se moquent de celui des Ukrainiens. Marine Le Pen vient d’accepter, pour sa campagne, un gros prêt d’une banque russe. Ce n’est pas elle qui commencera à dire du mal de Poutine. Les observateurs y voient une logique, le souverainisme passant, dans l’esprit de nos maîtres à penser, par l’anti-américanisme, quelle que soit la nature du pouvoir aux États-Unis. Il nous sera plus difficile de nous débarrasser d’eux que de trouver une forme d’accord avec Poutine. Mais continuer à faire de l’Amérique la source de tous nos maux alors qu’elle ne nous menace guère, et soutenir Poutine parce qu’il n’a pas d’autre objectif que de paralyser l’Union européenne, c’est une politique de Gribouille.

Souverainisme et liberté.

De ce point de vue, merci les Américains ! Sans vous, ils sont nombreux, les néo-fascistes européens à se jeter dans les bras de la Grande Russie. Ils sont nombreux à croire que Moscou est une alternative à la libre circulation des personnes et des biens. Ils sont nombreux à nous priver de nos libertés essentielles. Raisonnons un peu : est-ce la mise en route du gazoduc russo-allemand qui signera l’équilibre revenu, ou est-ce au contraire sa fermeture qui marquera l’échec d’un homme qui ne pense qu’à agresser l’Ukraine ? Joe Biden a été très clair sur ce point : il n’est pas question d’acheter plus de gaz à la Russie si elle envahit l’Ukraine. Le chancelier allemand, Olaf Scholz, fraîchement installé dans ses nouvelles et puissantes fonctions, sait bien que sa diplomatie contorsionniste ne le mènera nulle part tant que Poutine ne retirera pas ses troupes des frontières ukrainiennes.

L’argent ne précède pas la liberté.

Je laisse le soin aux droites diverses et variées de résoudre leur propre casse-tête : comment vanter le souverainisme et placer la France sous l’autorité de Moscou, qui pour des raisons économiques, qui parce qu’il aime l’argent, qui parce qu’il a sa fierté dans ses chaussettes. Je place face-à-face les efforts désintéressés d’Emmanuel Macron et les salaires que touchent MM. Fillon et Schröder. Je dis que pas un peuple, si pauvre soit-il, ne situe l’argent au-dessus de sa liberté. M. Poutine est qui il est. Vous aurez constaté qu’il n’a jamais été aussi joufflu et qu’il n’a pas laissé M. Macron l’approcher à moins de quatre mètres. Daniel Cohn-Bendit disait dimanche dernier sur LCI que Poutine, malade, reçoit de la cortisone. Son ballet grotesque sur l’Ukraine serait donc aussi son chant du cygne. Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que l’outrance et la violence de nos extrêmes n’ont pour fondement qu’une ambition de l’espèce la plus perverse, la plus destructrice, la moins acceptable.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Les amis français de Poutine

  1. Laurent Liscia dit :

    Dans la lignée d’hier : les Russes préférables aux Américains.
    Les Russes, pourtant, qui pourrissent notre démocratie à coups de subsides, de manipulations Internet, de désinformation profonde. Les theoriciens du complot secret voient toujours les coupables dans les coulisses du gouvernment, sans flairer les complots évidents, sous leur propre nez.
    Les charters pour immigrés clandestins me paraitraient utilement remplacés par quelques avions cargos pleins de ces amis de Poutine que tu décris patiemment. A destination de Moscou et sans vol de retour.

  2. Charles Roux dit :

    Entièrement d’accord.
    Sur la problématique du gaz, les USA ont quand même un bizarre double langage: ils viennent de condamne, et d’annoncer, qu’ils ne financeront pas le projet de gazoduc Israël-Chypre-Grèce, sous des prétextes écologiques
    (« le gaz serait une énergie à abandonner »), alors que cela pourrait être une alternative au gazoduc russe.
    Comprenne qui pourra.
    Sont ils vraiment intéressés par l’indépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie ?
    Certainement pas : au contraire et tout ce qui affaiblit l’Europe est bon, et pour la Russie, et pour les USA.

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