Guerre et… campagne

Adrien Quatennens
(Photo AFP)

Il n’aurait pas été difficile de laisser l’Ukraine de côté aujourd’hui, mais les réactions au périple d’Emmanuel Macron à Moscou, Kiev et Berlin sont d’une qualité tellement mauvaise que j’ai choisi d’y revenir, sous l’angle de la politique intérieure.

LES PARTIS d’opposition disent tous que le président de la République n’aurait pas dû rencontrer Vladimir Poutine. Ils présentent tous le voyage comme un terrible échec qui doit nécessairement lui coûter très cher en termes électoraux, comme en témoignent les enquêtes d’opinion qui le placent, avec un ensemble harmonieux,  en tête au premier et au second tours. De sorte que la candidature que M. Macron n’a pas encore annoncée est présentée comme une malédiction nationale, une sorte de cataclysme, ou l’erreur du siècle. M. Macron, a expliqué ce matin Adrien Quatennens, élu de la France insoumise, ne peut pas engager Poutine dans la voie de la désescalade parce que les États-Unis de Joe Biden et l’Allemagne d’Olaf Scholtz  veulent faire la guerre.

Un  compromis est un échange.

On conviendra sans attendre que la situation géopolitique n’est pas favorable aux ambitions du chef de l’État. C’est la paranoïa de Poutine qui l’incite à envahir l’Ukraine. Mais l’idée d’une entente secrète entre les États-Unis et l’Allemagne est absurde, elle dénote une méconnaissance totale du dossier. L’Allemagne défend son droit à acheter du gaz russe. La guerre couperait l’alimentation de l’Allemagne en gaz. L’Amérique est prête à vendre à l’Europe du gaz de schiste américain, plus cher que celui de la Russie. Les ambitions sont donc contraires. M. Macron, pour sa part, n’est pas responsable de l’abandon par l’Allemagne de l’énergie nucléaire et de la panique consécutive à ce choix d’Angela Merkel. Mais le deal est déjà posé sur la table : si l’armée russe envahit l’Ukraine, la Russie ne pourra pas vendre son gaz à l’Europe pendant des années. Ce simple rapport de forces soutient l’action diplomatique qui ne peut aboutir que si elle repose sur un échange.

Le soutien d’Édouard Philippe.

M. Qattenens a exposé le point de vue pro-russe de son parti. LFI n’est pas la seule à vénérer Poutine, elle partage ce privilège avec Marine Le Pen et Éric Zemmour. Invitez l’un de ces trois-là sur les plateaux ou dans les studios et vous aurez toujours la même réponse, sans compter que Macron n’a pas payé la facture de kérosène de son avion sous le prétexte qu’il fait de la diplomatie de haut vol. Même s’il a fait un plaidoyer pro domo, Édouard Philippe a été parfaitement clair : Macron avait le devoir d’aller à Moscou, le résultat de son intervention personnelle n’est pas nul, il parle légitimement au nom de l’Europe et il a fait baisser la tension d’un cran. Pendant que les partis d’opposition croient pouvoir compenser leurs maigres notes dans les sondages par des attaques frisant parfois l’ignorance des dossiers, l’incompétence et la bêtise, Macron, imperturbable, fait son travail.

Il va déclarer sa candidature.

On  ne pourra jamais dire sincèrement qu’il a failli, qu’il n’a pas été président jusqu’au dernier jour de son mandat ou qu’il n’a été qu’un amateur nonchalant. Poutine a été grossier quand il a dit publiquement au président russe, Volodomyr Zelenski : « C’est comme ça, ma jolie, c’est à prendre ou à laisser ». Il n’a guère été présidentiel. Je n’ai pas entendu M. Quatennens s’en offusquer; pas plus que l’Insoumis n’a semblé comprendre le jeu géopolitique auquel se livrent Russes, Européens et Américains. Il y a enfin un  dernier élément que je voudrais ajouter à mon analyse du comportement des partis d’opposition. Leurs critiques sont vaines parce qu’elles sont excessives, donc insignifiantes. Pire, elles sont contre-productives. On peut toujours croire que les sondages se trompent, comme ils l’ont fait tant de fois, mais ils ne peuvent tous se tromper et tout le temps. La position de Macron est solide. Quand il annoncera sa candidature,  qu’on lui a réclamée avec une insistance comme si elle suffirait à le couler, il prendra bien, allons, un point ou deux. Pécresse et Le Pen seront alors à dix points de lui. Croyez-vous qu’elles vont en quinze jours combler l’écart ?

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Guerre et… campagne

  1. Sphynge dit :

    « La paranoïa de Poutine » évoque quand même un peu celle de Kennedy lors de la crise des missiles de Cuba ! Les mêmes causes…

    Réponse
    Merci pour cette excellente leçon d’histoire, étant entendu que Cuba avait installé des missiles porteurs d’ogives nucléaires, à moins de cent kms de la Floride. Kennedy n’était donc pas paranoïaque, mais réaliste et c’est pourquoi il a obligé Khrouchtchev à reprendre ses missiles.
    R. L.

    • Sphynge dit :

      En effet ! Les armes des USA et de l’OTAN aux frontières de la Russie font un effet analogue aux Russes. Peut-on le leur reprocher ?

      Réponse
      On peut tout reprocher à quelqu’un qui se conduit en ennemi. Vous croyez que Poutine exerce son pouvoir sur un régime parfait. Posez plutôt la question à Navalny. N’utilisez pas cet espace pour défendre un homme corrompu, cynique, lâche, violent et cruel.
      R. L.

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