Pécresse à la peine

Éric Woerth
(Photo AFP)

La défection d’Éric Woerth, pilier des Républicains, et président de la commission des Finances à l’Assemblée nationale, ne donnera pas une voix de plus au président sortant, mais elle montre l’ampleur du malaise politique au sein de la droite classique.

ÉRIC WOERTH n’avait aucun intérêt à perdre sa position au sein de LR et ses fonctions au Parlement. On devinait pourtant, depuis plusieurs mois, qu’il n’était pas en phase avec la campagne de Valérie Pécresse où il n’a d’ailleurs joué aucun rôle. Il conteste les orientations de Mme Pécresse, manifestement noyautée par la droite du parti, notamment par Éric Ciotti, et qui parle beaucoup d’immigration et d’insécurité sans beaucoup s’avancer sur les questions budgétaires, tout aussi importantes.

Des raisons sincères.

Il ne se contente pas de quitter LR, il rejoint la campagne de Macron. Bien entendu, Christian Jacob, chef de LR, qui a déjà assisté, impuissant, à d’autres défections, y voit une trahison et tente de la considérer comme négligeable. Elle ne l’est pas. M. Woerth ne dénonce pas le « quoi qu’il en qu’il en coûte » ; il estime que ce fut une décision salutaire, qui explique le rebond de 7 % de la croissance en 2021 et la progression spectaculaire de l’emploi dans la même période. Il était donc mal à l’aise dans la critique permanente et injuste, par LR, de tout ce que fait le gouvernement. Ce gaulliste social trouve maintenant plus confortable, plus en harmonie avec ses propres idées, de participer à une politique ferme de redressement, telle qu’elle est proposée par Emmanuel Macron.

La prise d’Ottawa.

Dans la moyenne des enquêtes d’opinion, Valérie Pécresse recule, au point de douter qu’elle franchira le cap du second tour. Tandis qu’Emmanuel Macron semble grappiller de nouveaux suffrages. L’opposition a à peu près tout fait pour empêcher que n’advienne pas un duel Macron-Le Pen, il est, cette année encore, parfaitement prévisible. Un changement ne peut provenir que grâce à un programme social que la gauche appelle de ses vœux, mais qu’elle est incapable de produire elle-même. Elle espère donc que le grand mouvement de samedi vers Paris et Bruxelles pour dénoncer un passe vaccinal qui, pourtant, n’est déjà plus qu’un souvenir, cela afin d’imiter la prise d’Ottawa par les chauffeurs routiers canadiens, ralliera des masses de votants à l’extrême droite. Au point d’envoyer Éric Zemmour au second tour ? On est plus près du rêve que de la réalité.

Politique nucléaire affaiblie.

Aujourd’hui, M. Macron lance son programme de construction de nouvelles centrales nucléaires, alors que notre réseau, criblé de réparations à faire en urgence, nous fait défaut en plein hiver. Avec la suppression de la centrale de Fessenheim, décidée par François Hollande pour complaire à Angela Merkel, nous avons fait un mauvais choix. Nous avons coupé les jambes de notre dynamisme dans le nucléaire civil, alors que nous étions en tête des pays européens fabriquant de l’énergie à bon marché. Il faudra beaucoup de temps et de fermeté pour redresser ce secteur vital de l’économie française.

Un appétit colossal.

M. Macron mérite de subir les critiques de l’opposition ; on lui reprochera par exemple les allers-retours sur le nucléaire civil, l’état du système de santé, une baisse du pouvoir d’achat qu’il a bien du mal à compenser et le plongeon du déficit du commerce extérieur. Lequel s’explique techniquement : un appétit d’activité colossal s’est déclaré l’an dernier ; il s’est traduit par une hausse de la consommation, donc des importations parce que nos industries ne sont pas capables de satisfaire une demande en hausse. Personne ne dit que la perte en devises ainsi occasionnée est compensée par nos excédents dans les services et que nous avons regagné les 85 milliards de pertes dans les échanges de biens matériels.

On souhaiterait donc que la critique inclue dans son analyse tous les paramètres et pas seulement ceux qui sont négatifs. Dans le malaise de M. Woerth, il y avait certainement les grimaces de campagne qui n’ont jamais autant défiguré les opposants. Quelle différence, dans la dénonciation de la politique de Macron y a-t-il entre ce que dit la droite et ce que disent les extrêmes droites ? Un mensonge n’effacera jamais la vérité. On le constatera devant les urnes.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Pécresse à la peine

  1. Doriel Pebin dit :

    Bonjour, bonne analyse comme d’habitude. Pécresse perd son identité en singeant Ciotti et consorts. J’ai un ami sympathisant de LFI qui la classe désormais (comme les LR) dans l’extrême droite ! Je lui ai dit qu’il exagérait mais cela traduit le malaise de nombre de personnes de centre droit ou du centre gauche qui perçoivent cette dérive qui ne correspond d’ailleurs pas a priori à sa personnalité. Tout cela est bien triste et le soi-disant « convoi de la liberté » témoigne d’une dérive sociétale où une minorité (plutôt extrémiste, complotiste et antiscientifique avec toujours les mêmes ingrédients) croit « lutter pour les Libertés », reflet d’une réelle pathologie de l’intelligence. Une minorité (« curieusement » systématiquement soutenue par l’extrême droite et l’extrême gauche) n’a plus peur de s’afficher. Leur inversion des valeurs est une conséquence de la vérité alternative chère à Trump et consorts. Ils veulent non seulement l’égalité des Droits mais aussi l’égalité des compétences ! Cela rappelle singulièrement des dictatures contemporaines ou pas si vieilles que cela où ce « convoi de la liberté » n’existerait même pas car interdit et ses sympathisants seraient emprisonnés. Cela s’appelle une dictature, ce qu’ils oublient ou.. souhaitent.

  2. Dominique S dit :

    Je connaissais mal Valérie Pécresse. J’ai voulu en savoir un peu plus, en l’écoutant dimanche dernier dans l’émission C dans l’air. Elle m’a fait bonne impression. Elle connait bien ses dossiers. Elle parle même le russe, ce qui peut être utile dans l’époque actuelle. Mais la qualité de l’image qu’elle véhicule, ne me parait pas aujourd’hui suffisante pour envisager sa victoire à la prochaine élection présidentielle. Je serais très intéressé par le sondage suivant: Si Macron était à la tête de LR et Pécresse à la tête de LREM, qui serait le(la) prochain(e) président(e)? Je pense que Macron sortirait encore gagnant.

  3. Laurent Liscia dit :

    Et avec tout ça, on n’a toujours pas atteint le niveau de folie de la campagne américaine de 2019/2020. Il y a de la marge. J’imagine mal les supporters de LR ou de Zemmour marchant sur l’Assemblée Nationale…. guidés par un shaman yogi. J’espère qu’ils ne nous surprendront pas.

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