À quoi Marine sert-elle ?

Sensible et humaine
(Photo AFP)

« Le Monde » daté de jeudi publie sur deux pages un grand portrait de Marine Le Pen où elle apparaît comme une personne sensible, humaine, mélancolique, ouverte aux autres et incapable de brutaliser qui que ce soit.

UN MOT est accolé au personnage depuis des années : Marine Le Pen serait dédiabolisée. On ne sait pas vraiment ce que cela signifie : serait-elle maintenant le bon petit diable de la comtesse de Ségur ? Ou le diable aurait-il été extirpé de son âme par un prêtre exorciste ? Non, non, la dédiabolisation s’est produite en deux temps : d’abord, elle a changé de programme, non sans provoquer un mouvement de rébellion chez nombre de militants LR, impatients de retrouver le radicalisme de ses débuts. Et puis, si elle avait été tentée de retourner à ses racines, l’irruption d’Éric Zemmour dans la campagne électorale l’en aurait dissuadée. La voilà qui refuse d’appartenir à l’extrême droite (formule qu’elle déteste), et qui prétend qu’elle est la vraie droite à elle seule, au point d’englober les Républicains.

Le rapport RN-LR.

Ses prétentions sont nourries par la versatilité de l’électorat de droite qui, depuis des lustres, croit qu’il peut passer d’un parti à un autre, en piétinant toutes les plates bandes intercalaires. Il est vrai que la confusion idéologique régnant dans le pays lui octroie ce privilège. Mais dans ce cas, qui Marine Le Pen peut-elle bien être ? En quoi se distingue-t-elle d’un Éric Ciotti, par exemple ? L’aboutissement de sa dédiabolisation, c’est l’ascension d’Éric Zemmour qui continue à accueillir tout ce que le Rassemblement national compte d’intolérants surexcités, pour ne pas parler de néo-fascistes. Elle veut une fusion RN-LR ? Tout dépend de qui domine l’autre. Le Rassemblement national ne saurait prétendre, malgré les sondages qui lui accordent beaucoup de crédit, qu’il a une meilleure implantation territoriale que LR.

Pourquoi le RN s’affaiblit.

De sorte que, au fond, Marine Le Pen, pourrait fort bien adhérer à LR. Elle lui apporterait ce qui manque à Valérie Pécresse de sensibilité et d’expérience. Je me contente de répondre par une pirouette à un rapport de forces étrange qui fait que le RN n’est plus l’épouvantail qu’il a été et où « Reconquête », le parti de Zemmour l’a remplacé avec pertes et fracas. Bien sûr, Marine n’est pas déprimée au point de se suicider ou de prendre un poste de fonctionnaire au sein des Républicains. Bien sûr, LR refuserait ce cadeau empoisonné. Bien sûr, une campagne électorale, c’est une guerre d’ego, ce n’est pas forcément la confrontation des idéologies. Mais la vraie question est la suivante : si Zemmour incarne le néo-fascisme (il le fait avec panache), si Marine n’en veut pas, que devient le RN sur quels principes de base fonctionne-t-il et que va-t-il apporter au pays de si différent, sinon simplement un durcissement sur l’immigration et la sécurité que d’autres partis, y compris les centristes, peuvent  parfaitement mettre en œuvre sans y perdre leur réputation ?

La fin de la guerre.

En quelque sorte, la dédiabolisation à l’heure triomphale de Zemmour tue la singularité du parti de Mme Le Pen qui, même si elle a encore une très bonne chance d’aller jusqu’au second tour, a beaucoup de mal à tenir ses troupes et se désole publiquement, comme une maman éplorée, de la trahison de nombre de ses « conseillers ». Zemmour est né de la dédiabolisation. Il s’est présenté aux électeurs de droite comme le cru authentique du néo-fascisme. Il prétend, contre toute logique, qu’il peut gagner là où Marine ne peut que perdre. Ce ne sont pas les étoiles de la politique qui entretiennent la lente cuisson et les bouillonnements du peuple, c’est le discours qu’ils lui adressent et qui ne cesse de stimuler en eux la haine du monde où ils vivent. Ex-porte-étendard du « jeanned’arcisme », Marine est devenue la plus sage des centristes. Dieu sait qu’elle a combattu ! Mais, aujourd’hui, elle est lasse, c’est une femme, une mère, quelqu’un d’éminemment respectable, quoi ! Qu’est-ce qu’elle a à voir avec ce voyou de Zemmour ?

Sauf à changer de camp, Marine ne peut pas rester dans l’ambiguïté où la place sa longue réflexion. Elle est quand même coupable d’avoir attiré vers elle tous ceux qui ne respectent guère les institutions. Ils la quittent parce que, tout à coup, la voilà qui rentre dans le rang. Ils ont toujours existé, ils ont cru en elle, puis ils ont trouvé mieux qu’elle. Il y aura toujours un ou une aventurière pour capter la vague des nostalgies, de l’intolérance, de la haine.

RICHARD LISCIA 

 

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2 Responses to À quoi Marine sert-elle ?

  1. Jean CAZENAVE dit :

    Elle sert à donner une chance à Pécresse d’accéder au second tour et peut-être battre Macron puisque, apparemment, beaucoup de gens le souhaitent. En son absence Zemmour irait au second tour et serait massacré.

    Réponse
    La question était à quoi sert-elle idéologiquement ou du point de vue du programme.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    Le durcissement sur l’immigration et la souveraineté nationale sans dérive extrémiste me paraît moins diabolique que ce que propose Zemmour – qu’on soit d’accord avec Marine ou non.

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