Le malaise de la droite

Ira-t-elle au second tour ?
(Photo AFP)

Le discours que Valérie Pécresse a prononcé dimanche dernier et qui devait lui apporter un regain de popularité a fait long feu. Elle a été plus critiquée (y compris au sein de son parti) que félicitée.

EN EFFET, elle a utilisé, pour mieux le dénoncer, le discours de l’extrême droite, par exemple l’expression de « grand remplacement » qui signifie qu’un jour, les immigrés seront plus nombreux que les Français dits de souche, ce qui est bien sûr un fantasme. Mme Pécresse a employé d’autres termes qui font partie du vocabulaire d’Éric Zemmour, plus que de celui de Marine Le Pen. On comprend pourquoi elle agit de la sorte, mais elle se trompe : elle n’a pas besoin de singer ses adversaires de l’extrême droite, même si, dans les enquêtes d’opinion, elle ne parvient pas à se détacher d’eux. On assiste au durcissement de sa réthorique, qui ne correspond en réalité qu’à un acte tactique, mais prête à confusion. Elle doit impérativement corriger le tir, et en attendant elle perd un temps précieux.

Macron doit éviter toute gaffe.

Personne ne peut dire aujourd’hui que Valérie Pécresse sera au second tour. Il reste huit semaines avant le 10 avril, date du premier scrutin, et on se demande bien ce qui pourrait changer dans un classement des candidats qui ne bouge pratiquement pas depuis des mois. Le seul événement prévu, c’est la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron. Elle ne lui fera pas de mal, elle rendra la campagne plus claire et cette clarté enfin retrouvée aidera beaucoup d’électeurs à choisir le président sortant. Bien entendu, l’incorrigible Macron risque de se livrer à diverses provocations identiques à celles qu’il a commises par le passé. Mais il serait curieux qu’il gâche des chances qui, disons-le tout net car c’est ce que tout le monde pense, sont nombreuses.

On se trompe d’adversaire.

C’est la campagne électorale où la faute la plus partagée est l’erreur sur l’adversaire. La France insoumise et le PCF attaquent Macron plus souvent qu’ils ne s’en prennent à ces deux masques de pantomime que sont Reconquête et le Rassemblement national ; la gauche crève d’avoir également pris Macron comme tête de Turc alors que son effritement constant a favorisé les deux extrêmes droites ; LR s’en est pris au président en exercice avant de comprendre qu’il devait d’abord gagner le premier tour, de sorte qu’il tente d’écarter et Zemmour et Le Pen en les singeant dans le désespoir, pendant que les défections en faveur de la majorité présidentielle se multiplient et que Nicolas Sarkozy, l’oracle du XVIIème arrondissement se refuse à donner son onction à Valérie Pécresse. Et pourquoi ? Mais parce qu’il se sent des affinités avec Macron, pardi !

Un Macron en acier trempé.

Il y a enfin un autre élément d’appréciation auquel on ne s’est guère arrêté, à savoir que Macron était beaucoup moins vulnérable qu’on le croyait, et qu’il n’a jamais été à portée des coups que les partis politiques lui ont infligés. Son refus de se déclarer de bonne heure, comme s’il était obligé de faire ce que ses adversaires exigeaient, lui a permis de ne pas entrer dans le débat tout en stabilisant sa position dans les enquêtes d’opinion. Le problème n’est pas le point ou le demi-point supplémentaires que Mme Pécresse ne parvient pas à obtenir ; il est dans le fait qu’un quart de l’électorat est macroniste et ne changera pas d’idée le 10 avril. Or cette stabilité tout à fait extraordinaire est certainement pondérée par les instituts d’opinion et il est plus que probable que le président sortant obtiendra de nouvelles intentions de vote quand il déclarera sa candidature, ce qui, maintenant, ne devrait pas tarder.

Le tableau est donc le suivant : l’extrême droite n’a jamais été aussi puissante en France alors qu’elle reflue ailleurs en Europe ; la candidate de LR ne semble pas faire le poids ; la campagne de Zemmour n’est pas une conquête du pouvoir, mais un instrument diabolique pour laminer Marine Le Pen et l’obliger à prendre sa retraite ; la gauche n’a aucune chance, surtout depuis que Mme Taubira a été désavouée par son parti, le PRG. Seul Jean-Luc Mélenchon peut nous réserver une surprise mais il est bien peu probable qu’il se retrouve au second tour. L’équipe la plus stable et la moins divisée est celle de la majorité présidentielle.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Le malaise de la droite

  1. DANIEL HOULLE dit :

    J’ai entendu dimanche @vpecresse parler de handicap, d’agriculture, d’éducation, dire que tous ceux qui aimaient la France seraient aimés par la France quelles que soient leur religion, leur origine, pour peu qu’ils respectent les règles de la République.
    Le malaise à droite, c’est Macron qui le crée par sa duplicité !

    Réponse
    Oui, c’est vrai mais elle a parlé de grand remplacement qui est un thème directement dicté par Ciotti. Pour franchir le premier tour, il lui suffit d’être elle-même. Elle n’est ni Zemmour ni Le Pen. Macron ne fait rien, en revanche, pour saper la droite ou la gauche. Elles s’y entendent fort bien pour se disqualifier elles-mêmes.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    J’espère comme toi que l’extrême-droite reflue ailleurs en Europe. Elle ne reflue pas aux États-Unis. Les trois grands chocs politiques ne sont pas près d’être absorbés et la réaction à droite comme à gauche sera une vague de fond. J’entends: 1. mouvements migratoires et démographiques qui remettent en question la suprématie de la « chrétienté » blanche; 2. transformations sociales qui mettent l’accent sur l’inclusion plutôt que l’unicité; 3. Ecocide et changement de climat
    En attendant, on se sent privilégié d’avoir des candidats centristes (comme Mme Pécresse et M. Macron) dont l’intention n’est pas de remettre en question la démocratie.

  3. HEIM dit :

    Le problème de Mme Pécresse n’est pas tant son médiocre talent d’oratrice, il n’est qu’à voir en 2017 le peu de talent de Macron, que son absence de soutien par les médias français. Ceux-ci sont  » maraboutés » par Macron et s’offusquent, pour l’une d’un problème de forme, mais pas pour l’autre d’une absence de fond, au prétexte qu’il n’est pas candidat !

    Réponse
    Il lui suffira de se porter candidat pour accroître la distance entre lui et ceux qui lui courent derrière. Tout ça sans talent, sans fond et sans forme !
    R. L.

    • Heim Bruno dit :

      Mais des non médias qui font un non-bilan de mandat à un non- candidat…est-ce tout ce que l’on peut attendre d’une information objective pour une campagne présidentielle ?
      Réponse
      Jugement partial. Le non candidat sera candidat, les médias sont les médias et il me semble que vous-même ne brillez pas par l’objectivité. C’est donc logique que vous n’en trouviez pas ailleurs.
      R. L.

  4. mathieu dit :

    « Un jour les immigrés seront plus nombreux que les Français dits de souche [ ] fantasme »…tout dépend à quel délai on place ce « jour »!..

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