Poutine encercle Kiev

L’Ukraine est son obsession
(Photo AFP)

La résistance des Ukrainiens est admirable, elle a été illustrée par des exploits dont le récit contenait parfois une once de propagande, mais dans l’ensemble, la tenaille russe autour de Kiev se renforce.

C’EST tragique dans la mesure où l’arrivée des chars russes dans la capitale permettrait à Poutine de neutraliser le gouvernement ukrainien et son président. Le miracle aura été la capacité du peuple agressé de montrer son courage et sa détermination et à infliger des pertes à l’envahisseur, mais l’Ukraine ne peut pas gagner cette guerre. Tous les pays que le conflit a scandalisés veulent rivaliser de générosité : ils fournissent des armes aux Ukrainiens, ils saluent leur bravoure, ils insistent sur l’enlisement possible des troupes russes, ils continuent à négocier avec le Kremlin. Moscou cependant n’a pas diminué d’un iota ses exigences : la Russie exige, en somme, une capitulation en bonne et due forme alors que la dignité de la résistance a paru plus importante aux yeux de Volodymyr Zelensky que la reddition pure et simple. Ils ont fait ce choix librement, ce fut même une surprise dans le monde, et il n’a jamais été question de les décourager. Le pronostic de la guerre demeure pourtant très sombre.

Trouvera-t-il le temps de le dire ?

Emmanuel Macron, depuis le début de l’assaut russe, s’est consacré jour et nuit à la défense des Ukrainiens par toutes les voies possibles de la négociation. Peut-être s’est-il pris au jeu parce qu’il en vaut bien la chandelle, peut-être qu’il souhaite donner la pleine mesure de son rôle de président de l’Union européenne, en tout cas il a annulé un meeting de campagne prévu à Marseille, sans parler de la date à laquelle il annoncera sa candidature. Les règles constitutionnelles exigent que le candidat se déclare avant le 5 mars à 18 heures, moment où les remises de parrainages seront terminées. M. Macron est peut-être distrait par l’intensité de l’action diplomatique, mais il ne peut pas « oublier » de rappeler qu’il est candidat à un second mandat.

Macron à 28 %.

Quoi qu’il en soit, on n’a pas le sentiment qu’il a perdu des chances à ne pas faire campagne jusqu’à présent. Il en aurait même gagné, uniquement parce qu’il fait du sort des Ukrainiens son obsession personnelle. Deux sondages le créditent de 27 et de 28 % des intentions de vote, ce qui représente un progrès de deux points qui augmente l’écart avec Marine Le Pen (18),  Éric Zemmour (15), Valérie Pécresse (11), qui obtient moins que Jean-Luc Mélenchon (12,5 %), ce qui semble bel et bien la disqualifier pour le second tour. Interrogés, les Français sont convaincus que l’Ukraine va peser sur l’élection. Et franchement, comment  croire que, dans un moment tragique, les Français ne vont pas resserrer les rangs autour du président en exercice, qui semble le mieux tenir le choc ?

Plus que jamais président.

On imagine que, la crise ukrainienne se développant avec de nouvelles et nombreuses atrocités, le président de la République fera campagne sur le thème : « Je lutte pour que l’Ukraine ne soit pas rayée de la carte » et qu’il obtiendra l’indulgence de ses compatriotes, celle qu’ils ne lui ont jamais accordée en cinq ans de mandat. M. Macron n’a pratiquement subi que des revers lorsqu’il a lancé ses réformes (dont quelques-unes ont abouti, il faut s’en souvenir) et il n’est pas obligé de gagner la guerre. Sûrement il y a une part d’électoralisme dans son comportement. Mais il est moins fatigué après un discours qu’après un conseil européen. C’est sa vie et l’image qu’il donne, c’est qu’il n’a jamais été aussi président qu’au moment de renouveler son mandat. Son dernier mot sera : il n’est pas indispensable de faire campagne pour gagner une élection.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Poutine encercle Kiev

  1. Doriel Pebin dit :

    Tragique est le seul mot qui vient à l’esprit devant ce gâchis et cette irresponsabilité. Comment en est-on revenu aux années 1950-1960 de la guerre froide avec la menace nucléaire ? La faiblesse de nos démocraties ? Ou plus précisément la veulerie, l’inconscience ou l’intérêt d’un certain nombre de politiques, d’intellectuels et de médias qui ont préféré parier sur la perte de nos valeurs républicaines ? En cinq jours, on n’entend plus les défenseurs de Poutine type « Vladimir Zemmour » ! On ne les entend plus glorifier l’inversion des valeurs humanistes et des Lumières et soutenir les discours pro domo d’une vérité alternative ? Après Trump, Poutine est (heureusement) en train de réveiller les esprits sur l’intérêt d’être uni en Europe (et en France) pour combattre la « bête » comme on disait en 39-45. Malheureusement, la « bête » est toujours là (40 % de soutien aux extrêmes en France) et le peuple ukrainien en paye tragiquement le prix.

  2. Laurent Liscia dit :

    Volodymyr Zelensky est un étrange personnage. Comique par profession, puis acteur, il a joué le rôle de président de l’Ukraine à la télévision, dans une émission qui était en quelque sorte le West Wing ukrainien, et qui pendant quatre ans a tenu les Ukrainiens en haleine. Quand Zelensky s’est présenté aux élections, personne en Ukraine n’a été surpris, ni de sa candidature, ni de sa victoire. Pas forcément compétent dans son nouveau « role », il s’est hissé au niveau de la tâche et aujourd’hui apparaît comme un vrai homme d’État face au tyran russe. Ce dont les Russes ont besoin, c’est d’un Zelensky. Ils en ont un, martyrisé par Poutine : Navalny. Ce qui se passe en Ukraine est accablant, mais c’est aussi inacceptable, parce que nul ne devrait laisser les forces du passé et de la régression triompher de celles du progrès et de la tolérance.

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