Les 14 jours les plus longs

Sainte Marine
(Photo AFP)

Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont conscients que leur match du 24 avril ne sera pas tout à fait une réédition de celui de 2017 : la cheffe du RN peut espérer un report de voix substantiel et le président sortant fait déjà des concessions sur le programme qu’il a annoncé.

SI MACRON n’a jamais fait campagne pour le premier tour (ou si peu), il a bel et bien l’intention d’être actif entre les deux tours et de gagner, fût-ce à un prix élevé, les suffrages dont il a besoin. Il compte, cette fois, sur la gauche, ou ce qu’il en reste et plus précisément sur les voix de Jean-Luc Mélenchon, qui a failli être qualifié et dont un tiers des électeurs seraient prêts à voter pour lui. Sa tâche ne sera pas facile, ne serait-ce que parce que le Macron-bashing se pratique tous les jours de la semaine et à toute heure. La vraie victoire du président, c’est tout de même que son analyse, celle de ni droite ni gauche, a été confirmée par le premier round électoral. La droite est en lambeaux et menacée de mort ; la gauche est au fond de l’abîme ; le mouvement écologiste est inexistant ; le PCF, malgré la belle prestation de Fabien Roussel, est resté au-dessous de 5 % ; l’extrême droite, mais surtout Marine Le Pen, est aux marches du pouvoir.

La passion a éliminé la raison.

La seule question qui vaille, porte sur les convictions de l’électorat. Les micro-trottoirs du premier jour du second tour ont montré beaucoup de concitoyens, la malédiction à la bouche, qui croient bien davantage aux avantages sociaux que Marine Le Pen se dit prête à consentir, qu’à la défense des valeurs démocratiques dont Macron  serait l’ultime défenseur. La passion a éliminé la raison. S’il fallait résumer ce qui différencie 2022 de 2017, c’est ce séisme qui a tellement secoué le système que les principes ont été renversés : non seulement personne n’a plus honte de voter Le Pen, ce qui résulte de la dé-diabolisation par Éric Zemmour de la dame aux chats, mais le suffrage pour le Rassemblement national représente un étendard. Macron, dans ces conditions, doit pour sa part mobiliser autour de son nom tous ceux qui, en France, ne croient pas que Le Pen dirige un parti comme les autres, ceux qui ne sacrifieront pas la liberté et l’égalité à la satisfaction immédiate de dégager l’ex-dégagiste que fut Macron.

Pécresse endettée.

Cependant, le président sortant a accompli un exploit, qui relève presque de la voyance : il a dit il y a plus de cinq ans que gauche et droite étaient des notions périmées. Il avait tellement raison que les socialistes et les Républicains se promènent aujourd’hui dans un champ de ruines, à la recherche de l’air qui leur manque, de l’argent qui leur manque, des votes qui leur manquent. Ces citoyens attachés à leur parti sont placés devant un dilemme, ou devant un nœud gordien qu’Édouard Philippe a tranché la première fois pour être nommé Premier ministre : ou bien ils adhèrent à une vaste coalition qui réunirait centristes, droite et une partie de la gauche, ou bien ils périssent dans un parti qui n’a plus pour lui que le nom, mais pas la maison. Il est même surprenant que Valérie Pécresse sorte en ville pour annoncer qu’elle est personnellement endettée de cinq millions d’euros qu’elle ne peut rembourser qu’au moyen d’une quête ; si elle n’hésite pas à exposer son désarroi, c’est qu’elle a des problèmes personnels plus sérieux que l’avenir de LR.

Notre bien le plus précieux.

Mme Pécresse a été victime de son parti, des manigances d’une formation plus vouée à la destruction de Macron qu’à celle du RN, principal voleur de ses suffrages. Cette stratégie moribonde est encore ce que proposent les Wauquiez ou les Retailleau. Bien sûr, il n’est pas simple de franchir le Rubicon : nous, qui sommes pour le tout sauf Le Pen, nous sommes déjà engagés. Mais eux savent que, s’ils votent Macron, ils acceptent d’élargir la macronie à d’autres mouvements. Leur hésitation est bien compréhensible, mais s’ils ne comprennent pas que la démocratie est notre bien commun à tous, même à ceux qui l’ignorent, il n’y aucun mal à la servir. L’histoire ne s’écrit pas à coups de propos venimeux, de reproches amers, de personnages cloués au pilori. Elle s’écrit quand l’enjeu est constitutionnel, quand Mme Le Pen projette d’elle-même l’image fallacieuse d’une politicienne classique alors que son programme, si par malheur il était appliqué,  ferait de la France le chien fou de l’Europe. Le tour de force de Macron, c’est d’être là, en tête, et d’être prêt à périr politiquement au cas où Le Pen serait élue.

Pour arriver intact…

Emmanuel Macron est fragile à cause des erreurs qu’il a commises, à cause d’une communication parfois exécrable, à cause des bourrasques qui ont failli l’emporter. Sur les retraites, qu’il veut financer par une prolongation à 65 ans des carrières, il a déjà renoncé et propose maintenant 64 ans. Mais il est fort de ce qu’il tient à avoir de vertu en politique. Ce qui, ce matin, lui vaut le soutien de Lionel Jospin, ancien Premier ministre socialiste et de Nicolas Sarkozy, ancien président de la République LR. Celui dont Valérie Pécresse a tant espéré, en vain, son onction. Ils ne sont pas « tous pourris ». Ils le sont parfois et il faut des hommes et des femmes solides pour résister au vent mauvais des extrêmes. Il est vrai que rien n’est impossible, qu’on en est à attendre des mélenchonistes qu’ils votent Macron au second tour et que, de la sorte, on mélangera des démocrates et des Insoumis, c’est-à-dire ceux qui restent gauchistes, peut-être trotskistes ou islamo-gauchistes.  Pour arriver intact, il faut avoir couru pieds nus sur un tapis de braises.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Les 14 jours les plus longs

  1. mathieu dit :

    « Macron affirmait il y a plus de 5 ans que droite et gauche était des notions périmées », Non! (si je peux me permettre). Certes, comme vous le dites, deux partis sont en lambeaux, mais on ne met pas à bas deux siècles de bipolarité (fluctuante certes) politique en une élection. Les 22 % de Mélenchon montrent que l’électorat de gauche est toujours là, et les 32 % de Macron-Pécresse attestent la forte position de l’électorat de droite classique, ou modérée, de gestion libérale et d’économie de marché (le large espace qui était « préréservé » à Juppé jusqu’à 2017). Et le petit tiers d’électorat « patriote » ou « souverainiste », appelons-le « extrême », plus certainement populiste est bien en place depuis 25 ans. Pas vraiment de nouveauté sous le soleil. Seuls l’habillage, la terminologie, les hommes changent ; le bipolarisme est toujours là. Giscard avait, avant Macron, cru le dépasser, il s’est imposé à lui (à l’époque, c’est Chirac qui joua, un temps, le trublion populiste).

    Réponse
    Pardon ? Vous classez Mélenchon à gauche ? Vous additionnez Macron et Pécresse ? Vous pensez que Chirac était un trublion populiste ? Dans ce cas, faites un blog quotidien, il sera plus drôle que le mien.
    R. L.

    • mathieu dit :

      Chirac populiste, j’ai bien précisé « un temps », celui de trouver sa place au soleil, repoussé vers la droite souverainiste par le centriste européen Giscard; jouet qu’il fut « un temps » du tandem Juillet/ Garaud, lanceur de l’appel de Pantin contre le « parti de l’étranger »… Je ne parle pas de Chirac président… consensuel pour l’éternité, passé du populisme à la popularité, que je ne lui contesterai surtout pas !
      PS: je garde quelque mémoire du passé, mais l’Histoire est rarement drôle, je renonce donc à cette proposition de blog comique, au profit de gens de raison , de belle plume et d’esprit avisé!

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