Castex : l’adieu à Matignon

 

Divorce à l’amiable
(Photo AFP)

Emmanuel Macron annoncera aujourd’hui (au plus tôt) le nom de son nouveau Premier ministre. Pour Jean Castex, qui l’a servi fidèlement pendant 22 mois, c’est donc le moment de quitter Matignon. Il ne le fera pas sans un peu de nostalgie.

C’EST beaucoup d’abnégation, même chez un homme modeste qui s’est trouvé, dans l’épreuve, de la fermeté, de l’imagination et de de la résilience. Le pays a  admis que, en dépit des crises graves qu’il a eues à gérer, Emmanuel Macron se présentât à un second mandat. Sa réélection a balayé les réticences de ceux, et ils sont nombreux, qui ont juré sa perte.

Aussi bien Jean Castex avait-il le droit, avec le sentiment d’avoir bien travaillé, de croire qu’il méritait une noble fonction, dans la mesure ou il a assurément contribué à l’exploit de son patron. Au lieu de quoi, il a préféré se retirer sur son Aventin. Une telle simplicité a la saveur de l’authenticité et entraîne beaucoup de sympathie. M. Castex, en quelque sorte, a renoncé à tout pour rester populaire. On notera par ailleurs que la notion de has been n’existe pas. Édouard Philippe est l’homme le plus populaire de France par ce qu’il a été, mais n’est plus, Premier ministre.

Repeindre la maison.

Macron, sensible à la modestie de Castex, l’a honoré et lui a fait des adieux chaleureux. Peut-être pouvait-il aller au-delà et offrir à son Premier ministre une fonction à partir de laquelle il aurait eu le temps de bâtir une carrière. Au moins M. Castex peut-il affirmer qu’il ne doit rien à personne et que la position qu’il perd ne lui rapporte rien, ce qui témoigne de son immense intégrité. Plus on observe la vie politique et plus on découvre l’ambition de ses acteurs, même quand arrive le moment de la rupture qui signale souvent une échéance, pas forcément un revers de fortune. M. Castex ne dit même pas qu’il sera de nouveau maire de Prades, il pense à repeindre la maison qu’il y possède.

L’enfer de Matignon.

À n’en pas douter, le choix qu’a fait Macron pour remplacer Édouard Philippe il y a presque deux ans aura été efficace (même si nous l’avons contesté dans ces colonnes), non seulement parce qu’il savait que M. Castex resterait sur sa réserve mais parce que, par miracle, sa présence à Matignon, lieu de pouvoir, ne lui est pas montée à la tête. On dit, ici et là, qu’il aurait bien aimé rester à son poste, ce qui n’aurait pas été anormal si on pense aux lourds dossiers avec lesquels il s’est familiarisé. Mais on ne se fait pas réélire pour un second mandat sans proposer un changement et cela commence par un changement des personnages. Quand on constate que Jean Castex est sorti indemne, frais et à peine fatigué de « l’enfer de Matignon », on se demande, certes, si quelques années de plus l’auraient broyé. C’est peu probable car il est de ces personnes qui, chargées d’attirer sur elles tout le ressentiment du peuple, le reçoivent avec grâce et sans se plaindre, tout simplement parce que ce désagrément fait partie de leurs fonctions.

La vie est dure. 

On remarque que, si la vie d’un Premier ministre est particulièrement dure, c’est aussi parce qu’il prend les coups que le président sait éviter et que le contrat qui les lie n’est pas fair play. On va savoir incessamment le nom du prochain ou prochaine chef du gouvernement. Le petit jeu des pronostics est mort-né : on ferait aujourd’hui une prédiction que l’on serait aussitôt ridiculisé. On sait que Macron veut une femme, il n’en manque pas, mais il la souhaite parfaite, comme si la perfection était de ce monde et comme si elle n’était pas exclusivement subjective.

Perle rare.

C’est la recherche d’une perle rare dans un océan tourmenté et obscur. Chacun sait qu’on n’est pas mais que l’on devient. Face à la tourmente, c’est là que se forge un caractère, le sang-froid, la bonne idée qui résout le problème. N’est-ce pas du masochisme d’aller occuper une fonction aussi ingrate ? Et, au fond, le président ayant l’œil à tout, a-t-il vraiment besoin d’un Premier ministre ? Je retire aussitôt la question : il y a du travail pour deux, et même plus. Je ne sais pas si on va changer la Constitution ni quand, mais je crois qu’il serait bien malheureux de tirer la leçon qu’un président excessivement actif n’a pas besoin d’un Premier ministre.

RICHARD LISCIA

 

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