La guerre perdue de Poutine

Poutine aime le hockey
(Photo AFP)

Vladimir Poutine a perdu sa guerre d’Ukraine, pas seulement du point de vue militaire mais du point de vue géostratégique, moral, politique, financier, économique. Ses revers sur le terrain reflètent l’impréparation de son armée, la faiblesse de son commandement, les horreurs auxquelles il était prêt à se livrer pourvu que sa vision du monde fût satisfaite.

LE RECUL russe ne concerne pas que la situation sur le terrain. Les succès de Moscou représentent des représailles vicieuses où il s’agit simplement de terroriser l’ennemi. Vladimir Poutine peut dresser le bilan désastreux de son action : il a refait l’unité de l’OTAN, qui va accueillir la Finlande et la Suède ; son économie perdra plus de 8 % de richesses en 2022 ; l’Europe est unie contre les agissements russes, condamnée par à peu près toutes les instances internationales ; c’est désormais le Kremlin qui se plaint de ce que les négociations stagnent car il devient clair qu’une victoire de l’Ukraine est de l’ordre du possible ; l’armée russe est à bout, elle a subi de lourdes pertes, elle manque d’armes et de logistique.

Hypocrisie planétaire.

Le premier point à souligner concerne la souffrance du peuple ukrainien. Sa motivation patriotique représente le phénomène historique le plus surprenant, mais il la paie sous la forme des terribles exactions commises par la Russie. Le deuxième point a trait à l’enthousiasme mondial qu’à déchaîné la résistance ukrainienne. Petit à petit, la peur inspirée par la guerre et par ses éventuels débordements s’estompe. Les alliés craignent qu’on les accuse de « co-belligérance ». Des limites à leur aide militaire ont été établies. Une sorte d’hypocrisie planétaire est à l’œuvre alors que Vladimir Poutine ne recule devant aucune atrocité et en fait même l’axe de sa stratégie.

Le jeu de Poutine.

Il est donc logique, sinon tout à fait sûr, de constater que les alliés ne peuvent pas s’imposer des freins que Poutine ignore. On ne saurait adapter la stratégie occidentale et ukrainienne au psychisme de maître du Kremlin et de faire de sa paranoïa un élément d’évaluation. Par exemple, la question de son recours aux armes nucléaires est sans objet. Si puissant qu’il soit, Poutine n’est pas seul et il n’est pas certain qu’un ordre dangereux soit obéi. Il n’est pas sûr non plus qu’il souhaite passer le seuil des armes conventionnelles. Il n’est plus sûr que le jeu délétère qu’il a mis en marche en vaille la chandelle.

Guerre russe, silence russe.

Les actes de Poutine sont désespérants, mais il ne faut pas compter indéfiniment sur la passivité du peuple russe qui, historiquement, a beaucoup souffert et souhaite, comme tous les peuples, recouvrer ses libertés. Il n’est pas possible non plus que Poutine continue sa sale guerre dans un immense  secret national, dans le silence russe, dans l’apathie générale. Les questions fuseront bientôt auxquelles les réponses embrouillées seront désastreuses. La théorie d’un encerclement de la Russie par des forces hostiles et diaboliques peut être crue pendant encore quelques mois, elle finira par faire long feu : aussi muselés que sont les médias, il est impossible que la population russe ne devine pas, aujourd’hui, que Poutine lui raconte des histoires. Ce n’est pas une guerre qui aura raison de la dictature, mais une implosion, un effondrement intérieur et, probablement, une révolution de palais au Kremlin.

Culpabilité.

Vœu pieux ? Il est certes facile de tirer des plans sur la comète que seule la douleur des Ukrainiens rend crédibles. C’est pourquoi il n’est ni vain ni inutile qu’Emmanuel Macron s’efforce de maintenir le dialogue avec Moscou. Si sa diplomatie entraîne des différends entre Paris et Kiev, il ne faut pas s’affoler. Il sera, ultérieurement, plus facile de réparer les liens franco-ukrainiens que de reconstruire l’Ukraine. Nous sommes tous concernés par cette guerre qu’un imbécile à déclenchée. À la pandémie s’ajoutent l’inflation et la raréfaction des denrées alimentaires. Les dégâts causés par Poutine sont donc planétaires et il s’en réjouit. Il faut pouvoir lui dire ce qu’on en pense. Il faut qu’il sache comment son comportement d’éléphant dans un magasin de porcelaine est ressenti en dehors des frontières russes. Il faut l’obliger à mesurer la vraie dimension de sa culpabilité.

RICHARD LISCIA

 

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8 réponses à La guerre perdue de Poutine

  1. Michel de Guibert dit :

    On lira avec intérêt les points de vue de deux éminentes personnalités, de deux sages qui apportent un regard aiguisé sur cette tragédie :
    – Hubert Védrine : Ukraine : Hubert Védrine pointe une responsabilité des Occidentaux par leur « arrogance désinvolte »
    https://www.publicsenat.fr/article/politique/ukraine-hubert-vedrine-pointe-une-responsabilite-des-occidentaux-par-leur
    – Henri Guaino : Ukraine : Henri Guaino : « Nous marchons vers la guerre comme des somnambules »
    https://www.lefigaro.fr/vox/monde/henri-guaino-nous-marchons-vers-la-guerre-comme-des-somnambules-20220512

    Réponse
    Arrogance des Occidentaux ? Et l’arrogance de Poutine, alors ? Poutine qui pratique la politique de la terre brûlée ? Poutine qui déporte des milliers d’Ukrainiens vers la Russie ? Poutine qui fait payer à ses ennemis le prix du sang ? Les deux sages dont vous nous parlez se présentent en tout cas comme les défenseurs du pire des dictateurs de la planète. Morituri te salutant.
    R. L.

    • Michel de Guibert dit :

      Vous n’avez pas dû lire attentivement, voire pas lu du tout en vous arrêtant au titre, les articles qui mettent les faits en perspective historique pour les caricaturer ainsi !
      Où avez-vous vu qu’ils se portent en défenseurs de Poutine ?

      • Laurent Liscia dit :

        Je les ai lus de mon côté. Guaino : aidez-moi à comprendre, car je ne vois pas du tout les parallèles entre 1914 et le conflit présent. Il y a place pour la diplomatie et jusqu’ici Poutine était le seul à ne pas vouloir en user, ou à la bafouer en prétendant négocier puis en bombardant des civils. Il semblerait changer de ton de sorte que la désescalade parait maintenant possible, comme l’indique Richard.
        Védrine: certes il est « précautionneux et presque gêné » d’aborder la question, mais on lui découvre aussi ce propos plus qu’étrange: « La Russie ne sera jamais une social-démocratie scandinave, il faut arrêter l’approche missionnaire et normalisatrice. » Qui a jamais cru que la Russie deviendrait la Suède ? Ou que la Russie était une puissance secondaire? Je suis d’accord pour dire que les Occidentaux sont souvent coupables d’arrogance, voire de désinvolture, mais pas en ce qui concerne la Russie. Et j’ai du mal a croire, à la lecture des propos de M. Vedrine, que ce brave monsieur a pu être ministre des Affaires étrangères. En général, le somnambulisme est plutôt munichois. Je suis agréablement surpris par le concert relativement harmonieux des nations. Quant aux pays qui ne condamnent pas et représentent x % de la population, quid ? Ils ne représentent pas les valeurs auxquelles vous et moi adhérons. Je leur souhaite de se réveiller.

        • Michel de Guibert dit :

          Merci Laurent Liscia pour votre message.
          Je pense que Hubert Védrine a raison de rappeler que les Occidentaux ont très mal géré la fin de l’URSS alors qu’un rapprochement était possible et souhaitable à cette époque pour faire l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, comme disait de Gaulle, et que l’on en paye le prix aujourd’hui avec le retour de la volonté hégémonique de Poutine voulant recréer un Empire russe.
          Je pense que Henri Guaino a raison de faire le parallèle avec le traité de Versailles qui avait humilié l’Allemagne vaincue et a été à l’origine de la seconde guerre mondiale en propulsant Hitler au pouvoir.
          Je pense que Macron n’a pas tort non plus quand il dit :
          « Nous aurons demain une paix à bâtir, ne l’oublions jamais. Nous aurons à le faire avec autour de la table l’Ukraine et la Russie (…) Mais cela ne se fera ni dans la négation, ni dans l’exclusion de l’un l’autre, ni même dans l’humiliation.
          Quand la paix reviendra sur le sol européen, nous devrons en construire les nouveaux équilibres de sécurité sans jamais céder à la tentation ni de l’humiliation, ni de l’esprit de revanche ».

  2. Michel de Guibert dit :

    Un autre article que m’a communiqué une amie d’origine ukrainienne et que l’on peut lire avec intérêt, dans un sens radicalement différent des deux précédemment cités, et qui ira peut-être davantage dans votre sens même s’il met sévèrement en cause la diplomatie française :
    – Françoise Thom : L’autre offensive russe
    https://desk-russie.eu/2022/05/20/lautre-offensive-russe.html

    • Richard Liscia dit :

      Réponse
      La question ne porte pas sur le degré de guerre ou le degré de dialogue. Elle ne porte pas sur l’histoire. Toute comparaison historique est un début d’amalgame. Elle porte sur le violence inouïe des Russes et sur la souffrance immense des Ukrainiens. La question est d’ici et de maintenant. Résister ou aider à résister ne préjuge en rien de la paix qui sera négociée. Mais avec un interlocuteur aussi dur, il vaut mieux avoir des arguments, n’est-ce pas ?
      R. L.

  3. JEAN WOLGA dit :

    Je suis tout-à-fait d’accord avec Richard Liscia, car il y a un seul agresseur, un seul coupable, et c’est la Russie, dirigée par cet imbécile de Poutine, qui se prétend chrétien de surcroit !

    L’Occident a commis avec Poutine la même erreur qu’avec Hitler : le laisser faire quand on pouvait encore l’arrêter, quand il a rompu tous les accords que l’URSS puis la Russie et lui-même ont signé :
    – accords d’Helsinki de 1975,
    – accords d’Alma-Ata de 1991,
    – premier accord de Minsk de 1991,
    – mémorandum de Budapest de 1994 prolongé en 2009 (garanti par les USA et le Royaume-Uni),
    – sommet de Rome du 28 mai 2002, à la suite duquel la Russie est devenue « partenaire privilégié » de l’OTAN !
    – traité d’amitié russo-ukrainien de 1997, et les accords de Minsk de 2014 et 2015.

    L’OTAN, les Américains et les « Occidentaux » en général ne sont pour rien dans la guerre actuelle, puisque aux accords de Minsk “format Normandie” la France et l’Allemagne ont contraint l’Ukraine à accepter l’annexion de la Crimée et à renoncer à adhérer à l’OTAN, pour calmer le jeu avec Poutine, mais cela n’a pas suffi, au contraire, puisque Poutine l’a interprété comme un signe de faiblesse de la part de l’Occident.
    Zelensky après son élection en 2019 a essayé aussi de calmer les indépendantistes du Donbass, mais cela n’a pas suffi non plus.

  4. Michel de Guibert dit :

    Un autre point de vue qui tranche et qui mérite que l’on y porte aussi attention :
    – « Guerre en Ukraine : j’essaie de ne pas désespérer », par Edgar Morin
    https://www.nouvelobs.com/idees/20220526.OBS58953/guerre-en-ukraine-j-essaie-de-ne-pas-desesperer-par-edgar-morin.html

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