Une reine pour l’unité

Un sourire malicieux
(Photo AFP)

Le jubilé de platine de la reine Elizabeth d’Angleterre joue un rôle puissant dans l’unité des Britanniques. Il les a soudés parce que leur chef d’État ne fait pas de politique, alors que le Royaume-Uni est traversé par des tendances séparatistes.

IL EST SURPRENANT qu’Élizabeth, au crépuscule de sa vie, ait réussi ce tour de force. Si le Premier ministre, Boris Johnson, est confronté à des difficultés croissantes, si le Brexit ravive les différends entre Londres, l’Écosse et l’Ulster, la formidable célébration de la monarchie à laquelle le jubilé nous a permis d’assister laisse penser que les Britanniques, si heureux d’avoir une reine, ne sont pas prêts à se diviser. Cette unité apparemment invulnérable n’est pas sans rapport avec le personnage qu’Élizabeth incarne, une femme de 96 ans dont l’autorité, avec le temps, est devenue indiscutable, qui n’a jamais enfreint les règles de protocole auxquelles elle est assujettie, qui a su se mêler avec grâce et finesse aux plus grands de ce monde et qui a caché les immenses avantages, notamment matériels, que lui confère la royauté sous la voilette associée parfois à ses nombreux chapeaux.

L’abdication d’Édouard.

Devenue reine à l’âge de 26 ans après la mort de son père, bénéficiaire d’une lignée qui n’a dû son destin qu’au mariage de son oncle à une divorcée américaine et à son abdication, la reine a eu le temps de subir nombre de déboires causés pour la plupart par les comportements de ses proches. D’amours illicites en romances à l’eau de rose, il lui a fallu tenir la barre dans les pires tempêtes médiatiques. Mais elle conduisait une ambulance pour l’armée pendant la guerre et après la victoire, on ne pouvait plus la traiter comme une enfant. De son courage, de sa discipline royale, de son humour léger comme une brise de printemps, de son autorité indiscutée mais jamais prise en défaut chaque fois qu’elle devait cacher ses sentiments sur les choix politiques du Premier ministre, elle a tiré une réputation indestructible. Reine par un hasard singulier, elle a, en quelque sorte, gagné chacun de ses galons. Comme toute professionnelle, elle a fort bien appris son métier et l’a exercé d’une manière impeccable, la monarchie britannique devenant la première du monde, à la fois par le poids de son pays et par la force de son caractère.

La mort de Diana.

Il ne faut pas s’y méprendre. L’empire britannique, au lendemain de la guerre, est devenu le Commonwealth, lequel n’est plus que l’ombre de lui-même, les lointains pays colonisés jadis réclamant et obtenant une souveraineté sans nuances. Sur le plan personnel, ses vertus, dont la rectitude, ne l’ont pas positivement inspirée quand sa belle-fille est morte dans un accident de voiture. Le peuple, qui adorait Diana, fut choqué par les distances qu’Élizabeth avait prises avec le deuil. Il lui a fallu suivre discrètement les conseils de Premier ministre d’alors, Tony Blair, pour renouer avec les Britanniques. Ce qui veut dire que, si elle avait toutes les raisons pour se prendre au sérieux, elle a compris qu’il n’existe pas de mandat d’airain garanti quelles que soient les circonstances. La reine n’est pas élue, mais elle doit travailler tous les jours pour être reconnue comme telle et pas seulement dans les inaugurations de chrysanthèmes, corvée par ailleurs répétitive et accablante.

Dans l’Histoire.

Élizabeth, pendant la guerre, fut un brave petit soldat et n’a jamais cessé de l’être. C’est sûrement en fréquentant Churchill qu’elle a compris qu’un État peut renaître de la pire des catastrophes et que, comparée aux frasques de ses proches et aux scandales attenant, la Deuxième Guerre mondiale l’avait rendue invulnérable à des malheurs moins grands. Elle a pleuré son mari, le prince Philip, avec discrétion, comme c’est le cas dans un couple uni pendant un temps aussi long. Ce qui nous a rassurés : elle un cœur, elle a une âme et une sensibilité, elle souffre, elle se remet de ses chagrins, elle est comme chacun de ses sujets qui, au-delà de la dignité royale, voient qu’elle est humaine. Le premier réflexe, pour les républicains que nous sommes, c’est d’écarter la monarchie d’un revers de la main. Mais ce qui est intéressant, dans le cas de cette femme proche de la fin de parcours, c’est qu’elle est devenue ce que le peuple voulait qu’elle fût. Elle est devenue ferme, stricte, sobre, et en quelque sorte inaccessible. Elle est devenue reine. Et elle a su entrer dans l’Histoire.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Une reine pour l’unité

  1. guinard dit :

    Bel hommage

  2. mathieu dit :

    Bel hommage, sincère…et bien indulgent vis-à-vis d’une personne (car elle n’est finalement que cela), certes toute de dignité et de haute tenue, mais dont l' »oeuvre » politique pour l’Histoire se résume à 3 discours en 70 ans et, c’est vrai, quelques millions de sourires aux photographes et caméras ! N’oublions pas non plus son exténuant travail à temps plein : être montée à cheval de 4 à 94 ans! Une fort brave et digne bonne femme donc… mais comme dirait l’autre, « manquerait plus qu’elle morde » en plus de l’énormité de la complaisance financière de toute une nation à son – improductive – encontre!
    Très respectueusement à sa Glorious Majesty!

  3. Vilanova dit :

    La couronne contribue à la cohésion du peuple anglais et c’est bien le moins en regard de ce qu’elle lui coûte en impôts ! Elle n’en a pas moins vacillé à la mort de Lady Diana Spencer lorsque la reine et son entourage ne montrèrent qu’indifférence avant, sous contrainte, de faire volte-face a minima. Pauvre Lady Diana, uniquement et cyniquement sélectionnée comme « pondeuse » destinée à assurer la descendance de la dynastie, détestée par la reine et humiliée par son mari s’affichant sans vergogne avec sa maîtresse.

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