Borne piégée

La liaison la plus courte ?
(Photo AFP)

Qu’est-ce qui se passera si, à l’occasion du discours de politique générale que la Première ministre, Élisabeth Borne, prononcera le 5 juillet devant l’Assemblée, l’opposition dépose une motion de censure ? L’appétit vient en mangeant. La majorité relative ne convient plus aux partis extrémistes qui s’en prennent à la cheffe du gouvernement au moment précis où le président de la République la laisse se débrouiller avec les partis.

ÉLISABETH BORNE est un bon petit soldat qui n’a d’autre ambition que de servir les intérêts de la majorité et ceux du président. La voilà engagée dans une expérience périlleuse. D’abord, elle est attaquée de toutes parts et on va jusqu’à lui nier sa légitimité. Ensuite, on demande publiquement à Emmanuel Macron de la limoger avant que quiconque puisse évaluer le bilan de ses premiers pas au pouvoir. Enfin, on fait de la majorité relative l’instrument d’une attaque féroce contre une femme qui a tout de même été élue et n’a pas, que l’on sache, quoi que ce soit à prouver.

Une majorité prostrée.

Comment en est-on arrivé là, alors qu’Emmanuel Macron a été réélu, non sans panache, à un second mandat, que la nomination de Mme Borne restera dans les annales comme une victoire des femmes et qu’il existe des points de convergence dans les programmes du pouvoir et ceux de l’opposition ? C’est une question qui englobe le parcours sinueux des oppositions, le caractère des personnalités politiques, et surtout la prostration de Macron et de la majorité après le verdict du second tour des législatives.

La coalition, c’est facile…

On jette un coup d’œil sur le reste de l’Europe et on s’aperçoit que beaucoup de pays sont gouvernés, dans le calme, avec des coalitions allant de l’extrême-droite et de l’extrême gauche. C’est le cas de l’Allemagne ou de l’Italie. Lesquelles observent les événements en France sans la moindre inquiétude. Elles jugent la France sans passion en notant simplement qu’elle commence à leur rassembler, qu’il n’existe pas, chez elles, de mantra du genre jamais avec les gauchistes, ou jamais avec les néo-fascistes.

Un nuage de fumée.

Mais la comparaison ne va pas au-delà de ce constat. Macron n’est pas obligé de cohabiter mais il ne peut pas gouverner seul. Il a besoin d’une cinquantaine de votes d’appoint, on se fait un plaisir de les lui refuser. On fait donc du second tour des élections législatives un phénomène historique sans précédent. On fait monter un nuage de fumée sur les intentions des uns et des autres. Ce qui permet de dire qu’on ne voit plus ni Macron ni Borne, qu’ils ont disparu de la scène politique, qu’ils ne savent pas eux-mêmes où ils vont.

Rééquilibrage ?

C’est vrai, mais la crise n’est pas une partie de ping-pong. Le président a demandé aux partis de s’exprimer sur le comportement qu’ils vont adopter, ils lui renvoient la balle, une fois encore. Et ils se contentent de répéter à l’envi qu’il est le seul artisan de ses déboires, qu’ils n’y sont pour rien, qu’il doit, lui, Macron, se sortir tout seul du pétrin. Si les suffrages des Français avaient aux yeux des partis la moindre importance, on voit l’usage qu’ils en font. Il leur semble plus important de rabaisser le président et sa Première ministre, plus agréable de les humilier, plus utile de les confondre que de dire clairement vers quoi ils souhaitent emmener le pays. Selon les sondages, 70 % des Français sont contents d’avoir « rééquilibré » les pouvoirs exécutif et législatif.

Motion de censure.

Alors qu’il existe des dossiers urgents, comme le pouvoir d’achat, qui peuvent être traités très rapidement grâce à un consensus passager. Je mets au défi les élus capables de déposer une motion de censure de nous prouver que leur triomphalisme personnel est moins important à leurs yeux que l’allègement des souffrances de leurs compatriotes les moins nantis. Et c’est là que la crise devient totalement absurde : tout ça, ce chaos, ce séisme, cette catastrophe pour une poignée de sièges ! Sommes-nous devenus fous ? Avons-nous le droit de nous servir de ce moment de faiblesse de la majorité pour transférer tous les pouvoirs à la minorité ?

Drôle de stratégie.

La séquence électorale a déjà été d’une longueur anormale. L’opposition n’a qu’une obsession, prolonger la crise pour forcer le peuple à retourner aux urnes. On s’épouvantera alors des chiffres de l’abstention, de la grogne populaire, des émeutes de circonstance. Cette stratégie n’est pas sérieuse. C’est un cancer greffé sur un organe sain, un réflexe excessif qui ne signifie rien, une embardée de l’histoire que l’histoire ne retiendra pas.

RICHARD LISCIA

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1 réponse à Borne piégée

  1. Doriel Pebin dit :

    Merci pour cette analyse rationnelle. L’obscurantisme et les intérêts particuliers des partis populistes (RN et LFI) sont en train de gagner les « ex » partis de gouvernement comme le PS et le LR. Ils sont ou se feront manger par les populistes s’ils ne se reprennent pas. Quelle différence entre Ciotti et le RN ? Les écologistes restent fidèles à eux mêmes dans leur dogmatisme persévérant (à la différence des autres pays européens). Qui se préoccupe vraiment du bien commun et de l’intérêt général ? La démocratie est réellement menacée par les dictateurs mondiaux dont la Russie et la Chine (soutenus par tous les potentats locaux largement répartis dans le monde). Pourtant, partis politiques d’opposition et médias classiques (où sont leur éthique et leurs valeurs ?) ne semblent attirer que par les petites phrases, la surenchère, le catastrophisme et le chaos avec une vision exclusivement franco-française du XXe sinon du XIXe siècle. La peur et la colère volontairement entretenues par les populistes de droite et de gauche sont pourtant de bien mauvaises conseillères comme le souligne… le bon sens populaire (cher aux populistes) ! Tous ces « censeurs » devraient d’abord se rappeler que Mme Borne est un parfait exemple de la réussite républicaine, pupille de la nation. Elle a réussi à devenir Premier ministre par son seul mérite. Cela devrait impliquer un minimum de respect, sinon de décence, au rebours de ce déferlement de critiques et de commentaires de café de commerce avant même… qu’elle ait fait son discours de politique générale. Continuez à commenter avec lucidité et objectivité.

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