Le monde à l’envers

Élisabeth Borne en conseil des ministres
(Photo AFP)

La guerre en Ukraine a affecté la lutte contre le réchauffement climatique, bouleversé les échanges mondiaux, créé une tension internationale plus forte que celle de la guerre froide, alors que les régimes démocratiques sont minés par l’instabilité.

NOUS SOMMES concernés par ces changements historiques. L’armée russe est à nos portes, même si les Français demeurent indifférents, en général, aux menaces qui viennent de l’Est. Le gouvernement français a été fragilisé par la perte de sa majorité absolue. Emmanuel Macron garde une liberté totale dans ses démarches diplomatiques, mais sa crédibilité dépend désormais de sa capacité à gérer la France en dépit des faiblesses de son second mandat.

Un choc lent.

Le jeu de la politique intérieure, qui consiste à aller au bout d’une procédure de déstabilisation et, peut-être, d’un rejet du pouvoir, risque d’aboutir à une crise de régime. Les effets de la majorité relative sont donc beaucoup plus sérieux que ce que l’on pouvait craindre au lendemain du second tour des législatives. Cela fut un choc lent, avec des conséquences négatives mais progressives, accentuées par la recherche éperdue d’une force politique susceptible de combler le vide d’une quarantaine de sièges laissé par le scrutin.

Compromis  ou compromission ?

Le contexte général n’est guère propice à la valse-hésitation à laquelle nous assistons. Nous avons le devoir de continuer à aider l’Ukraine alors que la Russie s’emploie à l’écraser. Nous devons aussi protéger le pouvoir d’achat des Français, rééquilibrer nos comptes, lutter avec la plus grande détermination contre le réchauffement climatique, l’absence ou l’indifférence de certains États n’ayant aucune conséquence sur un effort global qui rassemble les efforts de toutes les nations. Nous devons surtout défendre les valeurs républicaines et démocratiques alors que tout rapprochement entre le pouvoir et les oppositions ressemble énormément à une compromission avec des groupes politiques qui ont encore pour Poutine le regard de Chimène.

La chance que nous avons.

C’est, bien sûr, la volonté du peuple, qui continue à croire, malgré les éléments positifs dont il dispose, que la France n’est pas un pays heureux. En réalité, le gouvernement doit lutter indéfiniment contre des réseaux sociaux et des médias qui transforment de fausses informations en éléments de langage acceptables pour tous. D’aucuns vont jusqu’à dire que le pouvoir déraille, qu’il serait le premier à ignorer ses devoirs démocratiques, alors qu’un seul coup d’œil sur l’état du monde suffirait à rappeler la chance que nous avons de vivre libres.

Guerre morale.

Si nos gouvernants trichent, qu’est-ce qui empêche les oppositions de les « dégager » ? Le raisonnement est pervers parce qu’il attribue toutes les vertus à ceux qui n’ont pas de pouvoir et toutes les tares à ceux qui le détiennent. Ainsi a été lancée une sorte de guerre morale où l’on se sert de la diffamation pour se blanchir soi-même. Voilà le plus grand danger.

Le tableau général du rapport entre majorité et oppositions n’est pas de nature à ouvrir la voie des compromis. Élisabeth Borne a rendu compte à Emmanuel Macron des contacts qu’elles a eus avec les partis et, visiblement, la marge est étroite, le gouvernement n’ayant comme planche de secours que les députés de LR, qui ne sont pas tous des tendres et gardent une dent contre le président.

Deux monstres.

Le dialogue de marchands de tapis qui va devenir la règle si l’on veut que des projets de loi aboutissent ne laisse pas augurer une gouvernance sereine. De sorte que l’on mesure aujourd’hui l’impact considérable de la majorité relative. Le problème ne vient pas seulement d’un nombre insuffisant de sièges pour la macronie, il vient de ce que les législatives ont fait naître deux monstres dont les lettres de créance ne sont ni vraiment démocratiques ni vraiment républicaines.

RICHARD LISCIA

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4 réponses à Le monde à l’envers

  1. woznica dit :

    Que feraient un Mélenchon ou une Le Pen au pouvoir?
    Tout au plus feraient ils une alliance de convenance et donc sans lendemain.
    Soyons heureux d’avoir Macron

  2. Doriel Pebin dit :

    Merci pour cette analyse lucide. Nous avons (malheureusement) une opposition qui ne pense qu’à s’opposer. L’intérêt général n’est pas sa priorité qui reste de… déstabiliser, sinon délégitimer, le pouvoir actuel (quoique LFI ou le RN soient eux-mêmes minoritaires en se targuant de représenter le « peuple » !). L’attitude des LR est navrante dans ce contexte. Ils préfèrent leurs intérêts « politicards » au détriment d’une politique qui leur convient pourtant en bonne partie. Le PS est dans le même gouffre (où sont les socio-démocrates ?). Espérons que la rationalité et l’intérêt général l’emporteront. Malheureusement, les médias « classiques » ont aussi perdu leur lucidité au profit d’une attitude de court-termisme et de critiques systématiques. Le meilleur exemple est le fait que seule une minorité parle encore de « tirer profit » de la crise actuelle de l’énergie et géopolitique pour modifier nos comportements de consommation.
    Réponse
    Une « convergence » reste possible entre la REM et LR, dont 21 élus viennent de lancer un appel pour passer un accord avec la majorité relative du président Macron.
    R. L.

  3. Laurent Liscia dit :

    Tableau très lucide, surtout dans le contexte mondial. Nous sommes de retour en guerre froide, et pourtant, au sein des démocraties occidentales, les oppositions se concentrent sur « l’ennemi intérieur » plutôt que de confronter les vrais périls planétaires. Cette cynique cécité nous coûtera cher, car c’est une dérive munichoise.

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