Borne dans la fosse aux lions

Dans les jardins de l’Élysée
(Photo AFP)

Un concours de circonstances complique la tâche d’Élisabeth Borne, Première ministre, qui fait une déclaration de politique générale cet après-midi à 15 heures sans engager la responsabilité du gouvernement.

IL N’Y A RIEN, dans le droit, qui oblige Mme Borne à solliciter la confiance de l’Assemblée, de même qu’il n’existe aucune contrainte forçant l’opposition à déposer une motion de censure. Comme on en est toujours à blâmer le gouvernement nouveau-né, on ne lui pardonne pas de ne pas demander la confiance des députés. La Nupes, de son côté, a déposé une motion dite de défiance, sans avoir le moindre espoir de provoquer la démission de la Première ministre, mais seulement pour démontrer qu’elle est la seule à se situer dans l’opposition.

Une autre majorité.

En effet, le RN et LR ont décidé de ne pas voter la censure, ce qui, du coup, abaissera le seuil de la majorité absolue, qui passera de 289 à 219 : cela suffira à la macronie pour l’emporter. D’un côté, nous avons une Assemblée qui prétend aller vite pour commencer à réparer un certain nombre de dégâts, de l’autre on favorise une politique du bord de l’abîme en prétendant que le gouvernement a déjà perdu la bataille.

Le soutien empoisonné du RN.

C’est faux, bien sûr, mais la démarche de la Nupes est soutenue par ses composantes. De sorte qu’on voit des socialistes et des Verts entièrement soumis à l’Insoumis en chef et adhérant complètement à ses convictions. Emmanuel Macron n’est pas responsable du clivage profond qui sépare le bloc de gauche et l’alliance de fait entre la macronie, LR et le RN. Il a seulement tenté d’obtenir le soutien de la droite classique. L’opinion verra néanmoins les conséquences de la dédiabolisation du RN, qui devient un parti fréquentable, capable de s’abstenir et bientôt de voter pour la majorité.

La Nupes, coalition durable.

Ce ne sont pas des combinaisons confortables pour Élisabeth Borne, qui se serait bien passée du soutien de l’extrême droite. L’affaiblissement d’Emmanuel Macron le soir du second tour des législatives a entraîné des conséquences beaucoup plus sévères que ce à quoi l’on s’attendait : d’une part, les quatre partis de la Nupes sont restés soudés alors qu’on s’attendait à ce que les partis de la coalition de gauche reprennent leurs billes ; d’autre part, la transformation de l’extrême droite en parti de gouvernement devient de plus en plus évidente, alors que, promis, juré, cette monstruosité ne se produirait jamais.

Le fatalisme des Républicains.

Pour Mme Borne, il eût été plus facile de procéder dossier par dossier et de renouveler chaque fois sa majorité. Faire un bout de chemin avec Marine Le Pen est hérétique. Mais notons tout de même que cette évolution, plutôt désastreuse au niveau des principes, c’est-à-dire de l’essentiel, est le fait des oppositions qui, en plus, ont le culot de reprocher sa lenteur au gouvernement.

Les LR n’ont pas voulu faire un choix clair ni s’engager dans la durée ; pour eux, c’est une fatalité historique : ils ne savent que prendre des décisions qui alimentent les rangs de l’extrême droite. Le PS et les Verts se sont laissé phagocyter par les Insoumis et donnent aujourd’hui de l’écologie politique et de la social-démocratie une image bien sombre. Jean-Luc Mélenchon a raconté l’histoire hier, comme si le scénario était purement le sien : on va vers la dissolution.

Tous mélenchonistes.

À partir de là, on attend des Français qu’ils auront fait l’expérience de la réactivation du Parlement et qu’ils auront compris que le régime des partis n’est pas le plus efficace, mais qui sait quelle surprise nous attend ? Comment croire que l’abstention ne sera pas énorme, dans une France qui était fatiguée de la politique avant même les élections exigées par la fin du premier mandat de M. Macron ? Comment le pays pourrait-il s’offrir quatre nouveaux tours de scrutin alors qu’il y a tant de tâches à accomplir ? Et comment les fiers socialistes, les Verts décidés et les communistes de Fabien Roussel, le chef du PCF le plus moderne qu’on ait connu, peuvent-ils se contenter des palinodies d’un Mélenchon ?

RICHARD LISCIA

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4 réponses à Borne dans la fosse aux lions

  1. doriel pebin dit :

    Bonjour et merci pour ce commentaire lucide. Le très triste constat est que des minorités très actives (type LFI) dictent leur conduite à l' »opinion publique » via des médias qui n’analysent pas ou peu, ainsi qu’aux ex-partis de gouvernement (PS et le LR). Exactement comme les réseaux sociaux qui sont manipulés par une petite minorité très active qui oriente les débats publics (repris pas les médias classiques). Quand est-ce que la majorité, et avec eux, les médias responsables, se réveilleront ? Pourtant, la France est très loin d’être dans la situation catastrophique décrite par tous les bonimenteurs. Il faudra probablement y être pour que les yeux se désillent. « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui le regardent sans rien faire ». (Einstein).

  2. Jean Wolga dit :

    Les « insoumis » sont dans une démarche totalitaire, et ne supportent pas que la Première ministre ne se « soumette » pas à leur diktat.
    Ils condamnent d’avance le gouvernement et ceux qui ne voteraient pas la motion de « défiance » ou de censure.
    Ils ne connaissent pas le dialogue, ils sont en permanence dans le conflit, dans la confrontation, dans l’outrance (comme lorsqu’ils disent que la Première ministre « piétine » la démocratie).
    Ce sont plutôt les insoumis qui piétinent la démocratie, en oubliant ou en ignorant que nous ne sommes plus au temps de la IVème république où le gouvernement procédait du Parlement. Nous sommes dans la Vème république où le gouvernement procède du président qui a été élu démocratiquement, même si c’est à la majorité relative et même si le nombre d’abstentions était élevé.

  3. Soria Jeanine dit :

    Tes commentaires sont toujours intéressants et profonds. Je le les avec beaucoup de plaisir.

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