Johnson prend le large

Johnson à la Chambre des communes
(Photo AFP)

Le Premier ministre britannique, accablé par les critiques, a fini par démissionner hier, ce qui ne présage nullement ni d’un renoncement au Brexit ni d’une réévaluation de la politique étrangère du Royaume-Uni.

BORIS JOHNSON a toujours cru qu’il pouvait gouverner en dupant le peuple britannique, en l’amusant par ses facéties et en ignorant les règles auxquelles sa fonction est astreinte. C’était un exploit de résister aux contraintes de la tradition britannique, mais la tension n’a cessé de croître jusqu’au moment où l’élastique s’est rompu. Ainsi l’exploit s’est-il transformé en échec historique.

Ambition et mensonge.

Il ne faut pas en tirer de plan sur la comète. M.  Johnson est moins humilié par la fin  de sa carrière politique que par la banalité de l’événement. Il subit très exactement le sort qu’il avait réservé à sa prédécesseure, Theresa May, remerciée il y a trois ans après de bons et loyaux services. Il n’y avait pas, alors, d’ambition que Boris Johnson n’eût pas nourrie. Et il a mis au service de cette ambition le pire du populisme, par exemple le mensonge qu’il a proféré, à savoir que le Brexit allait rapporter 350 millions de livres chaque semaine à la sécurité sociale de la Grande-Bretagne.

Churchill et moi.

M. Johnson ment, ne tient pas ses engagements, gouverne au mépris des textes qu’il a signés de sa main, tient des parties arrosées au 10, Downing Street, et cède quotidiennement à la vanité ou au narcissisme. Ce qui fait de lui un homme uniquement voué à la poursuite de sa carrière, qu’il voudrait aussi riche et lumineuse que celle de Churchill, auquel il a consacré un livre, tout en espérant atteindre des sommets de popularité comparables à ceux de son illustre prédécesseur.

Les Tories restent au pouvoir.

Trois ans, c’est long. Et si Johnson n’a pas convaincu la moitié anti-Brexit du royaume, il laisse un camp conservateur extrêmement remuant. En même temps que s’efface le Premier ministre déchu, le Brexit semble irréversible et, même si les Tories ont fini par être écœure par le comportement capricieux de M. Johnson, ils entendent ne pas perdre la majorité, d’autant que les Travaillistes n’ont pas fini de digérer  les défaites politiques que leur ont infligées leurs collègues conservateurs et leur propre indulgence pour leur précédent président, Jeremy Corbyn, antisémite notoire.

Adieu le show, vive le débat.

Pour autant, il ne faut pas sombrer dans le pessimisme. Les Européens, pour leur part, souhaiteraient que le remplaçant de Boris Johnson soit seulement un homme (ou une femme) honnête, qui tienne les engagements pris par  son pays au sujet du Brexit. Je crois que les Anglais ont eu leur part de spectacle et que le bon comédien qui les a amusés pendant des années, tout en apportant une note drôle à la sévère monarchie britannique, a remballé définitivement ses instruments et ses habits de clown. Avec son successeur, on aura droit, à n’en pas douter, à un Premier ministre bien structuré. Adieu le show, vive le débat.

La vague réactionnaire.

Le départ de Johnson indique un recul du populisme dans le monde. Il ne suffit pas de mentir, il est souhaitable de ne pas être démenti. Il me semble que l’exemple britannique aura un impact direct sur la situation aux États-Unis : Trump ne sera pas réélu, mais la vague réactionnaire ne se retirera pas avant des années. Il sera plus aisé pour les démocrates dans le monde, et en Europe en particulier, de démonter les logiques de l’extrême droite et peut-être même de s’en débarrasser à la faveur des prochaines élections législatives.

Panem et circenses.

Le peuple a besoin de pain et de jeux, et Boris n’a produit que de la comédie. Il a surtout ignoré, mais à dessein, un autre élément essentiel, celui qui a tant manqué aux Ukrainiens : la vérité. Le peuple n’aime pas être dupé, il ne supporte pas les constructions intellectuelles sur lesquelles sont bâtis des programmes de gouvernement. En France, les extrêmes, bon gré mal gré, admiraient Boris Johnson. Il vient de leur faire comprendre qu’il n’y a pas d’avenir à une révolution reposant sur le mensonge. La différence entre les extrémistes et nous, c’est que nous décelons la tromperie bien avant qu’elle ne produise un  désastre.

RICHARD LISCIA

 

 

 

 

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2 réponses à Johnson prend le large

  1. Jean Vilanova dit :

    Boris Johnson, un homme probablement intelligent et cultivé a fait cyniquement le choix de la bouffonnerie et du mensonge pour satisfaire ses envies de pouvoir. Il était temps qu’il en paie le prix. Mais lorsque vous écrivez que son départ… « indique un recul de la vague populiste dans le monde… », je ne partage pas votre optimisme. Pour ma part je ne vois dans ce départ qu’une péripétie. Je pense, au contraire, que les démocraties occidentales sont désormais durablement travaillées par de dangereux vociférateurs qui ne savent manier que l’outrance et la flatterie des bas instincts. L’intelligence et la raison finiront probablement par l’emporter. Du moins faut-il l’espérer.
    Réponse
    Je ne suis pas du tout optimiste et je rejoins votre analyse.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    Le Boxit, en quelque sorte. Je fus tres surpris, a l’occasion de l’élection legislative, de recevoir la propagande d’un parti qui demande le Frexit. La sortie des institutions supra-nationales est le voeu insulaire des extrêmes : de la droite nationaliste et refermée sur elle-même, et de la gauche qui voit dans la globalisation un complot capitaliste. Qui reste-t-il au centre ?

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