Motion de censure

Macron, très entouré, à l’Élysée
(Photo AFP)

La Nouvelle Union politique, économique et sociale, ou Nupes, a déposé une motion de censure contre le gouvernement, bien qu’elle n’ait aucune chance d’être adoptée. On se perd en conjectures sur les intentions de la gauche.

C’EST un symbole, affirment les auteurs de cet acte de défiance, après qu’Elisabeth Borne a refusé d’engager sa responsabilité au terme de son discours de politique générale. Il nous paraît peu judicieux de cultiver les symboles au moment où tant de tâches urgentes attendent le pouvoir. La seule chose que prouve la démarche, c’est que, effectivement, les composantes de la Nupes, et plus particulièrement le PS et les Verts, n’entendent pas s’émanciper de la discipline de groupe.

Fin de la social-démocratie.

On a beau leur rappeler que leur soumission à Jean-Luc Mélenchon n’est pas glorieuse, qu’il est temps pour eux de participer au redressement du pays, ils semblent avoir rejoint avec plaisir l’intransigeance de la France insoumise. Il suffit, pour le comprendre, d’assister au règlement de comptes que les socialistes entendent livrer à leurs dissidents, qu’ils espèrent exclure du PS. La Nupes, c’est Mélenchon et l’idéologie gauchiste a avalé et digéré la social-démocratie.

Un symbole coûteux.

Le maintien de la motion de censure n’est donc rien d’autre que la réaffirmation de l’hégémonie de LFI sur l’ensemble de la gauche. Cependant, cette place prioritaire représente un défaut structurel de l’opposition : parce que LFI est à l’origine de la motion de censure, les Républicains et le Rassemblement national refusent de la voter. Ce qui a pour effet immédiat de transformer la majorité relative d’Emmanuel Macron en majorité absolue. Voilà donc un symbole qui coûte cher.

Brève victoire de Mélenchon.

Qu’on nous permette au moins de noter que le passage à la IVè République, en attendant la VIè, est devenu une réalité, avec tout ce qu’elle comporte de pouvoir jeté au partis politiques. Mélenchon a ainsi remporté une victoire, même si elle est éphémère : son opposition jusqu’au-boutiste retarde l’action du gouvernement, ce qui lui permet d’exister sinon d’avoir été élu Premier ministre. Il ne pouvait pas faire meilleur usage de la majorité relative, mais il n’est pas majoritaire non plus, ce qu’il comprendra quand la motion de censure sera rejetée.

Scission du PS.

Le plus inquiétant, c’est le durcissement des apparatchiks du PS, guidés à la fois par leur aversion pour François Hollande et pour d’autres, comme Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, et par la séduction qu’exerce sur eux l’islamo-gauchisme de Mélenchon. On assiste là à la scission d’un parti dont l’avenir est chaque jour plus incertain, avec des dissidents pourchassés comme si nous étions en Russie et une telle perte d’imagination que les idées de LFI ont remplacé celles de la social-démocratie.

Un mauvais coton.

C’est la garantie des difficultés que rencontrera le pouvoir tout au long du second mandat d’Emmanuel Macron. À quoi il faut bien ajouter un nouveau scandale, celui de l’arrivée d’Uber en France qui aurait été favorisée quand Macron était ministre de l’Économie, nous dit l’enquête d’un consortium de journalistes, dont ceux de France Info, qui produit des documents à cet effet. Pour le moment, l’Élysée n’a pas démenti ni organisé sa défense. On ne saurait confondre l’émergence de la vérité et l’analyse du rapport de forces politique. Il est essentiel que le gouvernement donne sa version des faits.

Dans cet été brûlant, le scandale, s’il est confirmé, complique l’exercice du pouvoir, alors qu’il a fallu, comme d’habitude, quatre tours de scrutin pour remettre Macron dans la boucle. On ne sait pas comment tout cela va finir, mais une chose est certaine : la démocratie en France file un mauvais coton.

RICHARD LISCIA 

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3 réponses à Motion de censure

  1. Jean Vilanova dit :

    Je suis consterné par le comportement des socialistes. Il y a pourtant, chez eux des gens de qualité. Je pense à Valérie Rabault ou Boris Vallaud. De parti de gouvernement, les voilà à la remorque des « insoumis à je ne sais quoi », sauf peut-être à l’intelligence, à la bonne foi et au sens de la mesure. Bon, nous allons devoir subir pendant cinq années la grossièreté de Mme Panot, le verbe mécanique et glaçant de M. Quatennens, les excès de langage de M. Bompard pour qui le président est un « bonhomme », et de tous les autres. Et dans 5 ans, une nouvelle candidature du leader minimo Mélenchon. Un cauchemar !

  2. pinard dit :

    Macron était « monstre de l’économie » ? ou ministre de l’économie ?
    Réponse
    Un effet du correcteur automatique qui m’a échappé. Erreur réparée.
    R. L.

  3. Laurent Liscia dit :

    Un symbole ? De qui se moque-t-on? Exister pour empêcher le gouvernment de gouverner … On se croirait aux Etats-Unis.

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