Un pétard mouillé

Macron, hier, avec un investisseur
(Photo AFP)

La motion de censure déposée contre le gouvernement par la Nupes a été rejetée par l’Assemblée Nationale. Elle n’a recueilli que 146 voix,  loin de la majorité absolue qui est de 289 voix. Six socialistes ont fait abstention.

LA GAUCHE se garde de signaler ses deux échecs. Le premier est tout simplement d’avoir organisé une motion de défiance qui n’avait aucune chance, indiquait prématurément qu’aucun dialogue n’est possible avec une gauche soumise à Mélenchon et augmentait le scepticisme à l’égard d’une coalition dont les principaux éléments risquent bien de prendre le large. Le second est d’avoir laissé Mathilde Panot, députée européenne, prononcer un discours assassin contre la Première ministre alors que celle-ci n’avait pas encore énoncé ses propositions et d’avoir trouvé du plaisir à lui nier sa légitimité, comme si la cheffe du gouvernement avait dû être élue par les députés.

Quel avenir pour la Nupes ?

Pour un premier choc des discours, nous avons été gâtés. De deux choses, l’une : ou bien la coalition de gauche fonctionne et la Nupes n’aura pour rôle que de freiner des réformes pourtant indispensables ; ou bien elle se défait sous nos yeux, le PS et les Verts prenant le large. Le problème avec la Nupes, c’est que ses composantes n’y sont pas libres et sont soumises à la direction étouffante de Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas un statut acceptable pour des partis habitués à la démocratie. Encore faut-il que les deux responsables, Julien Bayou (Verts) et Olivier Faure (PS) comprennent enfin qu’ils sont engagés dans une dérive suicidaire alors qu’il y a tant de choses à faire.

La défaite dans le silence.

Bien entendu, on n’a pas entendu une seule voix de gauche reconnaître que la Nupes venait d’essuyer une défaite dont elle aurait pu faire l’économie si seulement, au delà de la hargne de Mélenchon contre le pouvoir, il existait une stratégie du dialogue au sujet duquel la gauche, comme la droite, avait de bonnes raisons de faire une partie du chemin. Toute la question est de savoir si les Panot et autres députés LFI vont finir par se taire ou continueront à se cantonner dans un déni complet.

Les taxis réformés.

L’autre épisode regrettable, à tous les points de vue, c’est le procès que les médias font à Emmanuel Macron sur les circonstances de l’installation d’Uber en France. Un consortium de journalistes a eu accès à une foule de documents qui ont été présentés comme la preuve irréfutable du favoritisme qu’Uber aurait obtenu de Macron quand il était ministre de l’Économie. Une lecture attentive de ces textes ajoutée à une connaissance suffisante des lois montre d’abord que M. Macron a visé uniquement l’intérêt général et n’a tiré aucun profit personnel de sa coopération avec Uber. Personne, par ailleurs, ne met en cause son enthousiasme pour la haute technologie, pour les investissements des multinationales en France (les plus élevés d’Europe) et son souhait d’alors de mettre un terme au monopole des taxis et au service imparfait qu’il prodiguait encore à l’époque.

Des emplois créés.

Aujourd’hui, l’offre de taxis est meilleure, instantanée et moins coûteuse. Des milliers d’emplois ont été créés, même si on a pu, sur LCI, entendre une dame dire qu’Uber n’a pas créé un seul emploi en France, ignorant, elle, la grande polémiste, que l’auto-entrepreneur n’est pas au chômage. L’occasion de montrer que des cris d’orfraie ont été poussés par l’opposition avant même que les faits aient été examinés ; que les jugements sévères contre M. Macron étaient solubles dans l’eau de la vérité ; que, aujourd’hui, Uber est en France, et a maille à partir avec le même Macron et son gouvernement.

Une enquête parlementaire ?

Les voilà, dans l’opposition, qui réclament une commission d’enquête parlementaire. Grand bien leur fasse : le président de la République ne risque rien, car il n’a commis aucun délit et bénéficie de l’immunité présidentielle jusqu’à la fin de son mandat. Il serait bon, néanmoins qu’il s’explique sur ses rapports avec Uber dans l’interview qu’il accorde à TF1 et France 2 à l’occasion du 14 juillet. Il n’a rien à cacher.

Bouclez-là !

On peut néanmoins se poser quelques timides questions : fallait-il lancer la publication de cette enquête mondiale comme un événement historique ? Ne fallait-il pas, au terme de l’enquête, même si elle a exigé d’immenses efforts, admettre qu’elle en dit plus long sur les méthodes d’Uber que les tares, travers et vices d’un président de la République qui vient d’être réélu avec 58 % des suffrages ? S’il est bon que la presse représente le quatrième pouvoir en toute circonstance, doit-elle aussi remplacer la justice, qui est le troisième ? Et enfin, quand un parti essuie une sérieuse défaite comme la Nupes, n’est-ce pas l’occasion, pour ses orateurs, de la boucler cinq minutes ?

RICHARD LISCIA 

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4 réponses à Un pétard mouillé

  1. Laurent Liscia dit :

    Uber, vraiment ? Il n’y a pas de problèmes plus pressants que ceux d’une multinationale en capilotade ?

  2. tapas92 dit :

    Tout le « talent » de Mélenchon est de réussir à faire croire qu’il a été élu président, puis Premier ministre, puis chef de la première force d’opposition … et ça marche dans les médias. Personne ne lui rappelle qu’il (lui ou LFI) va de défaite en défaite (présidentielle, législatives, motion de censure). Quand aux socialistes et écolos, ils ont eu ce qu’ils étaient venus chercher dans Nupes : un groupe parlementaire. Ils vont se séparer de LFI à la première occasion.

  3. Picot dit :

    Les chauffeurs de taxi ont une licence professionnelle extrêmement chère à régler pour pouvoir exercer leur métier en France, contrairement à Uber. Ils ont donc eu à faire face à une concurrence déloyale. Et vous trouvez ça normal? Leur colère est parfaitement légitime. Macron n’a tiré aucun bénéfice de cette histoire ? Comment pouvez-vous le savoir ? C’est vrai ou c’est faux, mais vous n’en savez absolument rien. On voit surtout que ce monsieur, qui aime vraiment beaucoup les US, a favorisé l’action d’une grosse société américaine sur notre territoire. Est ce bien normal de la part d’un président de la République française? Non.

    Réponse
    Ce n’est pas en m’apostrophant de cette manière que vous risquez de m’impressionner. Les chauffeurs de taxis sont vivants et vont très bien. Ils n’ont nullement disparu. En revanche, l’offre de taxis s’est améliorée, courtoisie, amabilité. Bien entendu, Macron est un homme qui souhaite que les investissements étrangers arrivent en France. Ce n’est pas une tare, c’est une vertu mais vous faites partie des gens qui raisonnent en fonction de valeurs inversées : le bien, c’est le mal. Je vous rappelle que Macron n’a tiré aucun profit personnel de l’arrivée d’Uber en France, qui a créé des milliers d’emplois non qualifiés. Je vous ai déjà mis en garde contre des affirmations sans preuves. Vous prétendez que je ne sais rien, mais c’est vous qui ne savez rien. Moins vous en savez, plus vous grognez. Maintenant, vous m’insultez. Je vous propose de me ficher la paix.
    R. L.

  4. doriel pebin dit :

    Bonjour, Hanna Arendt soulignait que « l’opinion et non la vérité est la base indispensable de tout pouvoir ». Les populistes de tout bord l’ont très bien compris. Les partis de gouvernement (type LR et PS) devraient s’en souvenir, tout comme les médias dit « sérieux ». Ce n’est pas le cas, hélas !

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