Un Macron bien tempéré

Macron aujourd’hui dans les jardins de l’Élysée
(Photo AFP)

Pendant une heure d’entretien télévisé, le président de la République a tenté de rassurer les Français au sujet de leur avenir immédiat.

EMMANUEL MACRON était détendu, serein et positif, mais, comme d’habitude, les premières réactions lui sont défavorables : on attendait de lui qu’il fixât le cap sur les sujets prioritaires, qu’il en dît davantage et de manière plus transparente. C’est aller à contre-sens des incertitudes nombreuses de cette année et de l’année prochaine. Le pays a tout fait pour lui fabriquer une cote mal taillée, voilà maintenant qu’il veut retrouver l’oracle qui a réponse à tout.

Ni pessimisme, ni panique.

Pourtant, il n’y a pas de crise, si grave qu’elle soit, qui permette à un président de sombrer dans le pessimisme ou de céder à la panique. Il est donc logique, et même indispensable qu’il ait parlé de sobriété énergétique, de réforme du travail, et des nécessités sanitaires que les Français, par leurs députés interposés, refusent de prendre en compte. Je ne vois pas vraiment pas que ce qu’il aurait pu dire de plus. Il a quand même fait référence au recours au référendum, qui ne me paraît pas la meilleure option dès lors que les électeurs ne répondent pas à la question et en font un plébiscite, pour ou contre.

La menace de la dissolution.

En revanche, il a fait une allusion claire à la dissolution, l’arme absolue, qu’il utiliserait si la recherche des compromis auxquels il aurait été convié sous la forme d’une majorité relative se traduisait par une France ingouvernable plutôt que renforcée. Il n’aurait pas été dans son rôle s’il avait dressé de la situation géopolitique un tableau sinistre. Il l’a dit : le 14 juillet est un jour d’unité nationale et, sous un soleil éblouissant, s’est déroulé dans une sorte de bonheur éphémère. Non, il n’est plus Jupiter, expression qu’il n’a jamais revendiquée, a-t-il tenu à rappeler, et comme on lui demandait quel nouveau petit nom il aimerait, il a proposé Vulcain, le maître des forges, qui est moins une appellation qu’une philosophie.

Attelages baroques.

Dénonçant les « attelages baroques », comme celui qui permis à une majorité de députés d’exclure les passes aux frontières de la loi sanitaire, il n’a pas renoncé à faire des réformes, pas plus qu’il n’a concédé le moindre mea culpa dans l’affaire de l’installation d’Uber en France. De sorte qu’une fois de plus, il est resté fidèle à lui-même, ce qui, au fond, est ce qui dérange ses détracteurs. Non contents de réclamer un discours plus long, ils voudraient en outre que le président demande pardon pour ce qu’il n’a pas fait.

De la sobriété à l’ascèse.

De fait, on aurait un président contrit qui se prosternerait devant ses ennemis qu’on en serait ravi, son humiliation étant plus gratifiante que son départ. Avant d’en arriver là, ce qui n’est pas pour demain, on admettra que M. Macron n’a pas tout dit de ce qu’il pense des difficultés qui nous attendent, la raréfaction de l’énergie, l’implacable inflation, la guerre en Ukraine qui met en jeu la vie de tout un peuple mais ne nous affecte que superficiellement, la pandémie qui n’est pas terminée, la hausse des taux d’intérêt qui est inévitable. Ce n’est pas tant la sobriété qui est attendue de nous, mais l’ascèse la plus rigoureuse.

Macron II.

Malheureusement, nous sommes un peuple convaincu qu’il est très malheureux et que rien de pire ne peut lui arriver. C’est faux bien sûr et il faudrait que le président puisse encourager chacun de ses concitoyens en lui tapotant sur l’épaule. À défaut de quoi, le voilà obligé de passer un mauvais moment en compagnie d’adversaires qui ne rêvent que de le dévorer et d’attendre cette phase de son second mandat où l’on commencera à dire : « C’était mieux du temps de Macron I ».

RICHARD LISCIA

 

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