Poutine, le gaz et nous

Poutine et Schröder en 2018
(Photo AFP)

C’est demain qu’après une période d’entretien du gazoduc North Stream 1, la Russie est censée reprendre les livraisons de gaz à l’Europe occidentale. Ce qui aurait pu être une occasion unique de lutter efficacement contre le réchauffement climatique s’est transformé en dépendance à l’égard de Moscou.

DE SON CÔTÉ, Poutine n’a cessé de dire qu’il maintiendrait ses engagements commerciaux, bien que les Européens continuent à prendre des sanctions économiques, commerciales et financières avec la Russie. C’est une humiliation pour l’Union européenne, dont les déclarations formelles condamnant Moscou ne sont guère étayées par des gestes appropriés. La crise européenne du gaz est directement liée aux erreurs commises par les Allemands, qui ont décidé brutalement de fermer leurs centrales nucléaires et se sont jetés sur le charbon, ce qui ruinait tout leur programme de lutte contre les effets de serre.

Gaz dix fois plus cher.

Le résultat est que nous payons le gaz quelque dix fois cher qu’avant l’invasion de Ukraine, mais surtout que nous contribuons à l’effort de guerre russe, qui touche assez de royalties pour alimenter ses dépenses militaires. Certes, ce n’est pas le moment de se fâcher avec les Allemands, ni celui d’analyser le bilan politique de l’ancienne chancelière Angela Merkel, ni même de condamner le rôle joué par l’ancien chancelier Gerhard Schröder qui, jusqu’à ce que l’opinion allemande le mette en demeure de quitter ses fonctions dans Gazprom, le géant russe, n’a eu de cesse de lier commercialement l’Allemagne à la Russie.

L’énergie alternative.

En revanche, Poutine ne peut jouer constamment avec les nerfs de l’Europe qui doit trouver une alternative au gaz russe, en diversifiant autant que possible ses importations d’énergie. Et ce qui est valable pour l’Allemagne l’est pour les Vingt-Sept. On voit bien que les leaders occidentaux, dont Joe Biden, fournissent de puissants efforts pour obtenir le concours des États pétroliers du Proche-Orient.

Un hiver pénible.

C’est un automne puis un hiver pénibles que les Européens, donc les Français, vont devoir affronter. Non seulement nous allons payer un prix anormalement élevé pour notre énergie, mais elle va nous être rationnée sous toutes les formes possibles, par exemple un abaissement de la température des foyers en plein hiver, un essence chère et rare, et autres sacrifices qui nous rendrons exsangues avant l’arrivée du printemps et sans doute bien avant la fin de la guerre en Ukraine.

Poutine se moque de nous.

Dans ma chronique d’hier, j’expliquais que l’Europe, jusqu’à présent, n’a pas eu une politique énergétique unifiée. Le cas allemand est l’exemple le plus abouti de notre désarroi, celui qui nous a conduits à réclamer du gaz russe pendant que nous sanctionnions la Russie de toutes les manières. Cette contradiction fait assurément les délices de Poutine qui peut dire combien nous sommes versatiles, imprévoyants et inconséquents. Non seulement nous n’avons pas mis la Russie à genoux mais nous l’avons enrichie. Non seulement nous n’aidons pas l’Ukraine de cette manière, mais nous encourageons indirectement une des guerres les plus féroces qui aient été lancées contre un pays-martyr.

La voie de la défense du climat va de pair avec la défense de l’Ukraine, à laquelle nous aurions rendu un fieffé service si l’Allemagne n’avait pas été aussi dépendante du gaz russe. La pénurie d’énergie n’est pas un cataclysme. C’est l’occasion inespérée d’adopter la sobriété en matière de consommation et de protéger l’Ukraine.

RICHARD LISCIA

 

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1 réponse à Poutine, le gaz et nous

  1. Doriel Pebin dit :

    Bonjour. Excellente analyse, les Allemands nous ont fait la leçon pendant des années en ne pensant qu’à eux-mêmes et à développer leur commerce extérieur (notamment avec la Chine) tout en refusant de participer à l’effort de défense. C’est comme cela, mais il faut souligner le manque de lucidité de Merkel qui a rendu son pays (et indirectement l’Europe) dépendante des Russes. L’union faisant la force, nous devons prioriser la lutte contre le réchauffement climatique et tirer profit de la crise énergétique actuelle pour adopter les solutions idoines. Partir en vacances ne devrait pas être la priorité de la nation. Nous devenons une nation de paresseux intellectuels. Merci de contribuer à nous réveiller.

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