Pouvoir d’achat : loi adoptée

Marine Le Pen à l’Assemblée

Le projet de loi sur le pouvoir d’achat a été adopté pendant la nuit par l’Assemblée nationale après des débats houleux. 

IL Y A une vie au-delà de la majorité relative : la virulence des débats n’a pas empêché l’adoption de la loi sur le pouvoir d’achat par une forte majorité de 341 voix, 21 abstentions et 114 contre. En gros, la Nupes, coalition de gauche, a voté contre, le RN pour. Ce sont d’abord les citoyens qui bénéficient des mesures gouvernementales, mais il s’agit aussi d’une victoire de l’exécutif : 1 100 amendements avaient  été déposés, dont 26 seulement ont été adoptés. Quand les mélenchonistes ont voulu administrer la preuve de leur opposition, les lepénistes ont exposé leur sérieux budgétaire.

Le travail n’est pas terminé.

Bien que le Sénat n’ait pas l’intention de récuser les principaux axes de la loi, la discussion parlementaire au sujet du budget rectificatif de l’année 2022 risque de remettre en cause la loi sur le pouvoir d’achat. En conséquence, rien n’est encore gravé dans le marbre. Mais la preuve a été donnée que le pays peut fonctionner sans majorité absolue, ce qui est tout de même une circonstance rare dans l’histoire de la Cinquième République.

Le choix de la Nupes.

En revanche, les partis politiques ont gagné leur légitimité, la Nupes devenant une force d’obstruction, le RN une force de participation, alors qu’il y a encore quelques semaines, l’exécutif jurait de se passer du soutien des extrêmes. Il n’est d’ailleurs pas certain que la Nupes ait fait le bon choix. À se marginaliser de la sorte, elle risque de mécontenter au moins une partie de son électorat, qui souhaite améliorer son pouvoir d’achat depuis que la vague inflationniste a commencé.

Le tableau n’a pas changé.

Nous sommes dans une période de crises multiples, inflation, incertitudes, guerre en Ukraine et alliages éphémères de courants et de tendances alors que la lutte contre le réchauffement climatique et la stabilité économique sont des priorités exigeant une gouvernance ferme. La France est divisée et les partis politiques, qui voient tous les jours midi à leur porte, creusent les sillons de nos différences. Non seulement l’été sera raccourci par les tâches qu’il reste à accomplir au Parlement, mais la rentrée sera bruyante et agitée. Le tableau général n’a donc pas changé : la crise économique et la guerre peuvent entraîner des dissensions assez puissantes pour qu’Emmanuel Macron soit amené, vers la fin de l’année, à dissoudre l’Assemblée et à organiser des élections anticipées.

Le Pen en campagne.

On dit qu’il prendrait ainsi un risque car il pourrait n’obtenir qu’une minorité qui l’obligerait alors à cohabiter avec l’opposition. Cela dépendra en vérité des progrès faits par cet attelage complexe qui permet à la majorité actuelle, à LR et au RN de gouverner ensemble.  La dissolution n’est pas souhaitable, mais la contribution du RN à la formation des lois fait objectivement de lui un parti de gouvernement. Ce qui donne des ailes à Marine Le Pen : elle est déjà en campagne pour 2027.

Le pouvoir aux enchères.

Dans cette course, qu’elle a commencé avant tous les autres, elle a déjà pris ses distances, laissant le Nupes paralysée par son obstructionnisme stérile. Le pouvoir a été mis aux enchères depuis que la majorité n’est plus que relative. Or il n’y a pas de raison que la guerre d’Ukraine se termine vite ; pas de raison que nous serons bien chauffés l’hiver prochain ; pas de raison que nous n’ayons pas de nouveaux sacrifices à faire pour soutenir la bataille désespérée des Ukrainiens. N’oublions jamais que nos souffrances de petits bourgeois ne sont pas comparables aux leurs.

RICHARD LISCIA

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