L’Italie prend le large

Di Maio et Salvini
(Photo AFP)

C’était écrit : les Italiens ayant voté massivement en faveur des populistes et des néo-fascistes, ceux-ci ont formé un gouvernement de coalition dont le programme est caractérisé par l’abandon pur et simple des principes qui régissent l’Union européenne.

TOUS les membres de l’Union s’y attendaient, mais l’énoncé du programme fabriqué par Luigi di Maio (Mouvement Cinq étoiles) et par Matteo Salvini (Ligue) s’apparente à une recette pour le désastre économique et social. Réduction massive des impôts pour les particuliers et les entreprises, assortie d’une hausse de plus de cent milliards d’euros des dépenses publiques, les deux hommes ont choisi la voie qui conduit à la faillite. Ils croient qu’ils s’en sortiront très bien dès lors qu’ils ne rendront plus de comptes à la commission de Bruxelles. En réalité, ils sont sur le chemin de la Grèce qui, loin de quitter l’UE et  d’opter pour la dévaluation compétitive, est restée dans la zone euro pour y subir un traitement dont elle ne s’est pas encore relevée.

Mauvaise passe pour l’Europe.

Les deux mouvements, Cinq étoiles et la Ligue, ont décidé en effet de ne pas quitter la zone euro, comme s’ils étaient épouvantés par leur propre audace et avaient renoncé à la plus grave de leurs provocations. C’est assez dire que, dans un an, ils présenteront un déficit budgétaire tellement énorme qu’ils n’auront pas d’autre choix que de supplier la zone euro de leur venir en aide. On sait comment l’Allemagne a voulu que la Grèce fût traitée ; aujourd’hui, le triomphalisme de di Maio et de Salvini les aveugle. Notre ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, leur ayant rappelé leurs responsabilités, ils lui ont suggéré de se mêler de ses propres affaires. Le ton est donné pour la crise qui ne manquera pas d’opposer l’Italie et le reste de l’Union. La vérité est que l’Europe et la zone euro sont dans une passe très difficile : le Brexit, puis le choix des Italiens, visiblement pas guéris de l’expérience Mussolini, la politique protectionniste de Trump, la paralysie de l’Allemagne, elle-même confrontée à une poussée populiste, posent à l’UE des problèmes insolubles et empêchent la réforme des institutions européennes voulue à juste titre par Emmanuel Macron. Le président de la République ne peut pas surmonter cette série de difficultés historiques en se contentant de faire du charme à Angela Merkel et, déjà, les déclarations de Bruno Le Maire ne font pas de la France, aux yeux des Italiens, l’interlocuteur le plus valable.

La cause, c’est l’immigration.

La responsabilité des Européens dans la semi-sécession italienne n’est plus à démontrer. Depuis des mois, et en dépit des points de vue opposés, j’ai indiqué dans ce blog que la montée du populisme en Europe était due à l’immigration, perçue par les Européens comme une menace. Le seul moyen de contenir cette poussée, c’est de mettre en place des dispositions susceptibles de limiter le nombre de migrants qui arrivent sur le continent. C’est ce que la France essaie de faire avec la loi asile/immigration, dénoncée par la gauche comme un outil répressif. Pourtant, ce n’est pas la France qui a subi les plus nombreuses arrivées de migrants, mais l’Italie qui, tant qu’elle a pu le faire, leur a réservé un accueil plutôt compassionnel. Ni les ONG ni le peuple italien en général ne se sont montrés viscéralement hostiles aux immigrés. En revanche, ils sont ulcérés par  l’attitude de la France, qui refoule les migrants en provenance d’Italie et n’a guère aidé le gouvernement de la péninsule à traiter le problème.

On comprendra, dans ces conditions, que les Italiens n’aient pas besoin de nos leçons. C’est dans leur propre intérêt et non pour complaire à Bruxelles qu’ils auraient dû rejeter la Ligue et Cinq étoiles. L’histoire récente nous a démontré que les peuples occidentaux ne font plus les choix raisonnables. Trump, le Brexit et la nouvelle Italie sont de purs produits du fonctionnement normal des institutions démocratiques. Nous allons tous collectivement payer l’indifférence avec laquelle nous avons assisté à l’irruption, dans toute l’Europe, d’un mouvement extrêmement dangereux de tous les points de vue, politique, économique et éthique. Pour la construction européenne, le coup d’arrêt est dommageable dans la durée.

RICHARD LISCIA

 

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Permanence du terrorisme

Gérard Collomb
(Photo AFP)

Un attentat conçu par deux hommes d’origine égyptienne a été déjoué. C’est le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui l’a annoncé, après l’attentat au couteau qui a fait un mort et quatre blessés dans le quartier de l’Opéra il y a près d’une semaine.

NORMALEMENT, les pouvoirs publics ne sont pas censés donner le moindre écho aux attentats déjoués, dont ils se contentent de fournir le nombre en fin d’année. M. Collomb, cette fois, a voulu en finir avec la polémique, encore une et pas du meilleur goût, au sujet des « fichés S », nomenclature dont le public et surtout l’opposition, jamais à court d’une critique, croient ou feignent de croire que cette qualification vaut répression. Non. La fiche S sert à répertorier des milliers d’individus selon leur dangerosité et à surveiller leur comportement. On ne peut pas arrêter les gens parce que leur cerveau est encombré de miasmes, on peut seulement observer ce qu’ils font. La semaine dernière, un agresseur d’origine tchétchène, cette semaine des terroristes égyptiens, on se perd en conjectures sur la diversité des nationalités des personnes (ou de leurs parents) qui sont accueillies en France, et, souvent, acquièrent la nationalité française ; et puis n’ont plus qu’un objectif, détruire la démocratie qui les a reçus, alors qu’ils n’auraient pas pu, eux ou leur famille, arriver sur notre sol si, malgré le problème que posent les migrations, notre société ne leur avait pas ouvert les bras.

Le choix entre deux positions.

La gratitude n’étant pas, apparemment,  de ce monde, nous avons tous un choix : soit, comme la droite et l’extrême droite, nous tirons à boulets rouges sur une situation qui n’est pas satisfaisante, à savoir qu’elle produit infailliblement, à intervalles réguliers, de nouveaux attentats, mais c’est du même coup mettre en cause l’efficacité de nos services ou celle du gouvernement, qui ne donnerait pas à nos services de sécurité tous les moyens de liquider les terroristes ; soit, au contraire, nous comprenons que nous sommes en train de livrer une longue et dure bataille et que le maintien de l’ordre ne relève pas des opinions des uns et des autres, mais de la tâche confiée à des hommes et des femmes dont personne ne doute de leur dévouement et de leur acharnement au travail, sans compter le danger auquel elles sont exposées. On admettra que l’opposition n’est pas là pour donner un blanc-seing aveugle à la majorité, mais, en plaçant la question de l’insécurité au centre du débat politique, sans même nous prouver que, si les censeurs étaient au pouvoir, ils obtiendraient de meilleurs résultats, elle accroît la fragilité de la démocratie française.

Immigration et terrorisme.

Le projet de loi asile-immigration est combattu par la droite et par la gauche pour des raisons diamétralement opposées, de sorte qu’il peut apparaître comme une forme de compromis entre l’indispensable fermeté à l’égard d’une immigration non contrôlée et le minimum d’humanisme dont notre pays doit faire preuve. Je sais bien que, en renvoyant sans cesse la droite et la gauche au mandat et à la majorité obtenus par Emmanuel Macron, on réduit le débat à zéro, qu’il s’agisse de l’immigration ou de la réforme de la SNCF. Cela n’est pas souhaitable et il est vrai que, dans plusieurs cas, la majorité ne tient pas compte suffisamment des observations de l’opposition. L’opinion publique, pour sa part, ne lit pas les textes de loi avant de juger. Elle s’étonnera probablement de ce que nous soyons si favorables à l’arrivée en France de Tchétchènes ou d’Égyptiens, dont les pays d’origine sont des lieux de chaos. Mais un immigrant n’est pas condamné par le pays d’où il vient, c’est l’inverse. C’est à cause de la violence et de l’injustice de la société où il est né  qu’il obtient (rarement) le droit d’asile.  Nous n’avons fini de nous poser ces questions qui font de la priorité à la lutte anti-terroriste le meilleur moyen de nous protéger.

RICHARD LISCIA

 

 

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La politique du déjà vu

Flics et zadistes
(Photo AFP)

Pour ceux qui se sont égarés dans les tensions internationales puis ont rouvert les yeux sur ce qui se passe en France, la permanence des conflits internes de tous ordres apporte lassitude, fatigue intellectuelle et le sentiment que, dans la notion de France éternelle, l’ingrédient principal se résume à une sorte de bellicisme routinier et confortable.

APRÈS avoir renoncé à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, après avoir procédé à une première évacuation des zadistes, après avoir demandé à ceux d’entre eux qui avaient un projet agricole sérieux de présenter leur candidature, après avoir accepté plusieurs dizaines de dossiers ainsi élaborés, le gouvernement a demandé aux forces de l’ordre d’évacuer aujourd’hui les personnes qui ont refusé d’entrer dans le cadre de la loi. Les irréductibles, avec une surprenante inconscience, crient à la manoeuvre diabolique qui les priverait d’un droit dont ils sont seuls à croire qu’il est supérieur à la loi en vigueur. A ce jour, tous les actes du pouvoir concernant la Zad correspondent à des reculs de l’autorité publique. Que l’exécutif, avec une patience infinie, que la police, avec un doigté de dentellière, tentent de rétablir l’ordre est interprété par une poignée d’illuminés comme un crime contre le peuple.

Avenir incertain.

On les abandonnera à leurs divagations, mais, dans la France en marche, on constate beaucoup d’abcès de fixation. On ne sait pas quand ce site qui a le si beau nom de Notre-Dame-des-Landes sera rendu à son bonheur bucolique, pas plus qu’on ne sait quand se terminera, et dans quelles conditions, la grève à la SNCF, dont un nouvel épisode commence ce soir, pas plus que les étudiants soucieux de passer leurs examens ne savent s’ils vont perdre ou non leur année, pas plus qu’on est assuré que la faillite d’Air France, épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des pilotes de la compagnie (et du reste du personnel) sera évitée. Ce qu’on sait en revanche, c’est qu’il y aura de nouvelles manifestations le 26 mai, que cette fois, si l’on en croit Jean-Luc Mélenchon, ce sera une sorte de soulèvement populaire et que, selon le chef de la France insoumise, qui avait accordé « un point » à Emmanuel Macron au terme de la « première manche »,  c’est l’opposition de gauche qui emportera la deuxième, en attendant les suivantes. On s’interroge sur ce qu’il faut penser de cette fanfaronnade qui trouve sa justification dans une sorte de réalisme politique de façade, M. Mélenchon s’étant montré capable de reconnaître une défaite pour mieux, ensuite, annoncer sa victoire.

Le fracas et le nombre.

Tout laisse croire pourtant qu’il va vite en besogne, car la répétition des manifestations dont les médias ont trop vite décrit le succès, alors que l’extrême gauche, lors de la dernière livraison de son feuilleton, n’a pu réunir que 40 000 personnes à Paris, ne garantit pas du tout le recul du gouvernement. Faire un fracas assourdissant pour cacher sa faiblesse, voilà le secret de la manif à la française. La sérénité qui règne à l’Élysée et peut-être encore plus à Matignon, où le Premier ministre, Édouard Philippe, applique les réformes avec une inébranlable constance, ne révèle pas la moindre peur, la moindre inquiétude, le moindre de ces frissons qu’engendre habituellement la violence des conflits. Les médias, avec une certaine inconséquence, assistent au match comme s’il y avait deux légitimités, celle du pouvoir et celle de l’opposition. Bien entendu, il est logique que l’extrême gauche qui, selon un récent sondage, incarne le mieux l’opposition à Macron, mieux en tout cas que Marine Le Pen ou Laurent Wauquiez, conteste un programme diamétralement opposé à ce qu’elle-même préconise. Mais enfin, il y a quelque chose de profondément malsain dans l’interdiction de passer leurs examens faite par la force à des étudiants et il est scandaleux qu’Éric Coquerel, député LFI, soit allé encourager les bloqueurs à empêcher la tenue des partiels. De même qu’il est scandaleux qu’une grève à la SNCF ou à Air France puisse saper l’économie française pendant des semaines ou des mois et rendre la vie impossible aux usagers, ou que, tous les moyens de la persuasion étant épuisés, des individus qui n’ont pas le moindre droit sur le sol de la Zad, lancent encore des cocktails Molotov et se livrent à des exactions et  à des brutalités.

L’amour du désordre.

Il existe toute une école pour dire que la brutalité est policière, que les zadistes sont des victimes et que les bloqueurs ne font qu’exprimer un jugement bien mérité par le gouvernement. Il existe dans ce pays un amour profond pour le désordre, pour la réinvention du droit, pour la violence gratuite et désespérée, pour la cible qu’il faut frapper, pour la désignation d’ennemis internes, ces Français qui seraient en quelque sorte les nouveaux envahisseurs, briseurs de rêve venus d’une obscure cinquième colonne, laquelle aurait pris racine dans le tréfonds immoral de la société. En réalité, nous n’aurions besoin d’aucun policier si tous les citoyens professaient le même civisme et si le terrorisme n’existait pas, danger auquel les casseurs de l’extrême gauche ou les identitaires de l’extrême droite ne semblent accorder aucune importance, eux qui n’hésitent pas à mêler leurs actes de violence à ceux des djihadistes dans le même pays et au même moment, un peu comme s’il y avait une concurrence entre les délits des uns et les crimes des autres.

RICHARD LISCIA

 

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Trump-Kim : le coup de froid

Kim dans toute sa puissance
(Photo AFP)

Par la voix de son ministre-adjoint des Affaires étrangères, le gouvernement de la Corée du Nord a menacé de quitter les pourparlers avec les Etats-Unis si ceux-ci ne renoncent pas à exiger un abandon unilatéral par Pyong Yang de sa politique nucléaire.

LE TON de Kim a brusquement changé, après quelques semaines d’une détente à la fois inattendue et sans précédent, marquée par des paroles de paix qui contrastaient étrangement avec les menaces échangées l’an dernier entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Le porte parole de Kim Jong-un a notamment critiqué John Bolton, le nouveau conseiller de Donald Trump à la sécurité nationale, parce qu’il a donné pour exemple la solution libyenne de dénucléarisation. L’ancien dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, a été assassiné à la faveur d’un soulèvement populaire qui a jeté son pays dans un chaos qui dure encore. Les propos de M. Bolton n’étaient donc pas appropriés, mais comment s’étonner d’un langage que le président américain ne désavouerait pas ?

Deux hypothèses.

Il y a deux façons de considérer la brusque volte face du régime nord- coréen : soit il a déjà renoncé à une paix qu’il n’aurait jamais sincèrement envisagée ; soit, et c’est plus probable, il prend la précaution d’empêcher Trump de régler le problème du nucléaire nord-coréen avant même d’avoir négocié. Les deux hommes sont censés se rencontrer le 12 juin à Singapour. Leur sommet semblait avoir été soigneusement préparé, notamment pas des gestes de Kim : l’annonce du démantèlement d’une installation nucléaire, dont les experts disent qu’elle n’est plus vraiment opérationnelle, et la libération de trois citoyens américains d’origine coréenne. Il est incontestable que, en dépit d’un caractère plus que versatile, Kim a pris toutes les mesures propices à la détente avec l’Amérique. Sa rencontre avec le président de la Corée du sud, Moon Jae-in, à Panmunjom, à la frontière entre les deux pays, a provoqué un choc pacifique salué par le monde entier.

On pouvait tout de même se poser des questions sur les zigzags diplomatiques du dictateur nord-coréen et notamment se demander s’il était sincère. Il est en effet difficile de croire qu’il ait construit la bombe et les missiles intercontinentaux capables d’atteindre le sol américain pour, ensuite, y renoncer très rapidement. Sans doute, sous la pression de la Chine, a-t-il consenti à recréer un climat de confiance avec la Corée du sud, puis avec les Américains. Après tout, son objectif n’était pas de bombarder les Etats-Unis mais d’obtenir des garanties sur la survie de son propre régime.  Ce qui l’a choqué ces derniers jours, c’est le triomphalisme de Trump qui annonce fièrement : c’est la menace de vitrifier la Corée du nord qui a déclenché le processus de paix, alors que Kim, lui, ne faisait que donner une suite diplomatique à sa série de provocations.

Deux hommes coriaces.

Il serait téméraire de dire que la négociation n’aura pas lieu, même si les deux interlocuteurs sont extrêmement coriaces. Ils auraient trop à perdre s’ils renonçaient au dialogue. Il n’est pas raisonnable, pour M. Trump et ses conseillers, de présenter l’affaire comme déjà emballée et comme une reddition pure et simple de la Corée du nord. Il est probable qu’ils vont, jusqu’au 12 juin, prendre des décisions propres à raccommoder les relations entre les deux pays. Cependant, de la même façon, le maintien du sommet ne nous garantit pas qu’il accouchera d’un traité de paix. Le diable étant dans les détails, seules des négociations techniques et poussées permettront de faire progresser le dossier et, si Kim n’est pas rassuré par les intentions de Trump, il peut, comme son régime l’a déjà fait, abandonner la discussion en rase campagne.

RICHARD LISCIA

 

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Bain de sang à Gaza

Sous les gaz lacrymogènes
(Photo AFP)

Le massacre de quelque soixante Palestiniens par les forces israéliennes (plus 2 400 blessés) s’ajoute à une série d’incidents graves qui, depuis quelques semaines, se sont produits à la frontière dans le cadre de ce que le Hamas appelle « la marche du retour », entreprise suicidaire conçue uniquement pour discréditer Israël, dont on aurait pu espérer, néanmoins, qu’il traite cette nouvelle crise d’une manière plus modérée.

LE TRANSFERT de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, inaugurée hier dans un bâtiment consulaire, a été le catalyseur des émeutes et d’une répression impitoyable, fondée sur le principe que les Gazaouis, pourtant désarmés, ne doivent pas franchir la frontière qui les sépare d’Israël. On peut comprendre que l’Etat hébreu ne veuille pas céder aux provocations du Hamas, on ne comprend pas qu’il lui donne de bonnes raisons d’en appeler à la commisération internationale. Celle-ci n’a pas manqué, avec la décision de réunir la Ligue arabe et une réunion prévue du Conseil de sécurité de l’ONU, à la demande du Koweit. Les Européens, et notamment le président Macron, ont condamné sans nuances l’attitude d’Israël. Bien entendu, aux jugements des pays démocratiques et des ONG, comme Amnesty international, qui a dénoncé le comportement  des forces israéliennes, se sont ajoutés les dénonciations fort hypocrites de régimes qui ne font pas dans la dentelle, comme celui de l’Iran, qui oublie sa pratique du terrorisme et ses campagnes meurtrières en Syrie, ou celui de la Turquie, qui s’acharne contre les Kurdes.

Un double problème.

Israël ne peut pas se mettre au niveau de gouvernements totalitaires ou des mouvements islamistes, certes voués à sa perte, mais dont la violence est le pain quotidien. Depuis le début de la « marche du retour », le gouvernement israélien a adopté une attitude de fermeté dont il a cru, peut-être, qu’elle finirait par convaincre les Gazaouis de cesser de manifester pour cesser de mourir. C’est minimiser un fanatisme qui s’est déjà largement exprimé par le passé, et qui est nourri par des conditions inacceptables dans lesquelles vivent les habitants de l’enclave. La crise actuelle, d’une ampleur considérable, pose un double problème, humanitaire et politique. Elle montre en effet qu’une répression excessive finit par se retourner contre Israël, ce qui devrait conduire son gouvernement à plus de modération. Elle montre aussi que le statu quo dans les territoires, l’absence d’espoir pour les Palestiniens, le refus du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, de rechercher une solution négociée n’offrent qu’une porte de sortie : le recours à la violence par les desperados des territoires ou par les pays qui n’attendent que l’occasion d’attaquer Israël.

Gouverner, c’est prévoir.

M. Netanyahu estime que sa politique a le vent en poupe. Avec Donald Trump, les Etats-Unis sont devenus l’allié inconditionnel d’Israël, qui n’a rien à craindre de l’Arabie saoudite ou de l’Egypte, deux pays fort peu soucieux de l’avenir des Palestiniens. Le Premier ministre estime donc qu’il peut maintenir le statu quo indéfiniment, même si les Palestiniens ne se résignent pas. Le temps ne joue jamais en faveur d’une solution imposée par la force. Israël a livré assez de guerres et de batailles pour le savoir.  Trump pourrait ne pas être réélu et un président démocrate pousserait l’Etat juif à reprendre les négociations. M. Netanyahu, qui dépend d’une coalition gouvernementale fragile, n’est pas non plus assuré de rester indéfiniment au pouvoir. Il est indubitable qu’Israël vit dans un environnement très hostile qui l’incite à se protéger par tous les moyens, qu’il y a aussi pour Israël, un « alignement des planètes » (le soutien discret de certains pays arabes, celui de l’Amérique, une conjoncture économique florissante) sans lequel son gouvernement se montrerait plus circonspect. Mais gouverner, c’est prévoir. Il n’y avait absolument rien de choquant à transférer l’ambassade américaine à Jérusalem, où se trouvent toutes les grandes institutions israéliennes depuis 1948. Malheureusement, et comme chacun sait, l’Orient est compliqué et on voudrait que M. Netanyahu tienne compte de tous les aspects d’un conflit qui dure depuis trop longtemps.

RICHARD LISCIA

 

 

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Le pic de la galère

TGV à l’arrêt
(Photo AFP)

La « journée sans trains » n’a pas complètement arrêté le trafic ferroviaire, mais elle a donné un second souffle à la grève des cheminots.

LE MOT D’ORDRE syndical a été très largement suivi, par près de 50% des cheminots. On a noté la formation d’un piquet de grève à la gare Saint-Charles de Marseille et, plus grave, des dégradations sur les lignes Paris-Caen et Paris-Rouen, qui ont été réparées, ce qui a permis la restauration du trafic entre la capitale et la Normandie. La direction de la SNCF indique que la mise hors service d’une caténaire ainsi que d’autres sabotages moins importants n’ont pu  être causés que par des spécialistes. Elle a l’intention de porter plainte. Hormis ces délits, l’aggravation du mouvement s’est traduite par des difficultés accrues pour les usagers et une augmentation considérable de la circulation des voitures sur les principaux axes  autour des métropoles.

L’idée de la consultation.

La relance de la grève est donc réussie. Elle répond aux premières concessions offertes par le gouvernement aux syndicats dits réformistes, la CFDT et UNSA, qui reconnaissent d’ailleurs que, pour la première fois, le Premier ministre, Edouard Philippe, a donné des signes favorables à  la reprise des négociations, notamment parce qu’il a mentionné le financement de la dette. Tout se passe comme si la CGT et Sud avaient voulu torpiller ce progrès pour que le mouvement campe sur des positions intransigeantes, et empêché les syndicats ouverts à un compromis de devenir les interlocuteurs valables du gouvernement. Ces variations nouvelles dans le rapport de forces ne sont pas considérées, si l’on en croit la plupart des commentaires de presse sur le sujet, que les syndicats les plus obstinés finiront par contraindre les pouvoirs publics à renoncer à la réforme. Non seulement elle est approuvée par une majorité de Français, selon les sondages, mais elle n’a pas déclenché, à ce jour, une colère des usagers assez virulente pour qu’ils exigent de l’exécutif une reddition.

Comme je l’avais prévu dans cet espace, la « consultation » des salariés d’Air France, qui s’est traduite par un rejet des propositions salariales du P-DG de la compagnie aérienne, Jean-Marc Janaillac, a apporté un stimulant aux cheminots. Les syndicats ont décidé de copier l’idée de M. Janaillac, mais à leur avantage. Ils ont organisé eux aussi une consultation, qui va courir pendant toute la semaine et dont le résultat négatif, inattendu à Air France, ne fait aucun doute en ce qui concerne les cheminots : il exprimera le refus de la réforme et s’opposera donc à la fin du statut de cheminot et à la mise en concurrence, à terme, de la SNCF. Pendant le week end, la rumeur a couru que le gouvernement avait l’intention de privatiser la compagnie ferroviaire, hypothèse considérée comme scélérate par les syndicats, mais que le gouvernement a fermement démentie.

Deux logiques opposées.

Il s’agit, pour la CGT et Sud, de discréditer le pouvoir en lui prêtant des intentions délétères, ce qui justifierait leur impavidité dans la crise. N’importe quel observateur qui assisterait à une grève prolongée de plusieurs mois et à laquelle ne serait trouvée aucune issue, penserait pourtant que la tentation deviendrait grande, pour le gouvernement, de se débarrasser du carcan. Les pertes croissantes de la SNCF et d’Air France risquent en effet de peser dans leurs comptes et de les obliger à rechercher d’autres solutions.  C’est un peu ce qu’a dit le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, la semaine dernière, au sujet d’Air France, à savoir que l’Etat envisagerait de vendre ses parts (14 % du capital de la société, mais 28 % des voix) si, après la nomination d’un nouveau P-DG (M. Jarnaillac devant démissionner), les syndicats, et notamment celui des pilotes, ne changeaient pas d’avis. Jamais les deux logiques n’ont été aussi opposées : le gouvernement veut adapter les deux sociétés à l’évolution du marché, les syndicats tiennent à conserver le statu quo en dépit des menaces qui pèsent sur le statut des salariés. Ce sont en tout cas les usagers des deux compagnies et l’économie, notamment celle du tourisme et du fret, qui pâtissent de ces deux grèves interminables. Le gouvernement campe sur la légitimité que lui octroient sa majorité et la nouvelle loi sur le transport ferroviaire, les syndicats lui nient le droit de faire le droit. Ils n’ont même pas un mot d’explication sur l’abus de pouvoir qu’ils commettent, comme si la notion de grève, certes inscrite dans la Constitution, suffisait pour qu’ils mettent le pays sens dessus dessous.

RICHARD LISCIA

 

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La révolte de Nanterre

Juin 68 : Sciences Po évacuée
(Photo AFP)

Quelques centaines d’étudiants, la plupart de Nanterre, ont empêché ce matin leurs camarades de passer leurs examens partiels, délocalisés à Arcueil dans le Val de Marne.

DÈS JEUDI SOIR, un appel au blocage de la maison des examens à Arcueil avait été lancé par le « Comité de mobilisation de la faculté de Nanterre ». Des manifestants sont arrivés avant l’ouverture des portes. Ils ont été accueillis par les forces de l’ordre, qui ont lancé des gaz lacrymogènes. La dispersion des bloqueurs n’a pas permis aux examens d’avoir lieu. Ils ont été annulés pour aujourd’hui et demain. De nombreux étudiants qui souhaitaient passer leurs partiels ont exprimé leur déception et les complications entraînées par l’action des grévistes. L’incident n’a pas vraiment une dimension historique, mais il dit bien que la volonté d’un petit nombre peut s’imposer au plus grand nombre : la violence d’une minorité est souvent suffisante pour semer un désordre durable.

Baroud d’honneur.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Girard, a évidemment exprimé son indignation. Le gouvernement s’efforce par tous les moyens de ramener les universités à la normale, mais souvent c’est la force qui l’emporte, avec des conséquences néfastes pour tous les étudiants. Malgré cet incident relativement grave, le mouvement estudiantin s’essouffle. Nanterre est sans nul doute le bastion de la protestation et, si les examens n’ont pas pu avoir lieu sur place, c’est parce que la faculté est occupée. Mais aujourd’hui, on ne compte que deux universités complètement bloquées, Rennes 2 et Nanterre, et cinq qui sont perturbées, Limoges, Nantes, Marseille, Sorbonne université et Paris 8. Les bloqueurs ont donc livré ce matin un baroud d’honneur, si on est assez optimiste pour croire que le retour à la normale dans l’enseignement supérieur est pour bientôt.

Les étudiants irréductibles sont hostiles à la loi orientation et réussite (ORE), censée empêcher la sélection par le tirage au sort et offrir de meilleures chances aux étudiants, mais dans laquelle ils ne voient aucune amélioration. Leur point de vue se traduit par des actions extrêmement violentes. Nanterre est bloquée depuis trois semaines. La gare de Nanterre université a été vandalisée dans la nuit par des individus cagoulés qui ont détruit deux distributeurs de billets, cinq écrans d’affichage et 14 portiques de la RATP. On peut se demander ce qui justifie un tel vandalisme, en dehors du romantisme lié à toutes les révolutions et du cinquantième anniversaire de mai 68, ainsi célébré par les casseurs qui rêvent d’un changement de régime politique. Il n’est pas impossible que le vandalisme ne soit pas le fait des étudiants, mais des black blocs, qui ne renoncent pas à se saisir de n’importe quel crise pour lancer des actions violentes. S’ils sont inspirés par mai 68, ils devraient se souvenir qu’il est interdit d’interdire.

Philosophie nihiliste.

L’indignation des pouvoirs publics est compréhensible, mais elle ne peut pas servir de thérapie. Le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour que les étudiants ne perdent pas leur année d’études. Il reste que beaucoup d’entre eux ne sont pas en mesure de se concentrer sur leur travail et sur les épreuves. Si le mouvement estudiantin est manipulé par des éléments extérieurs qui se sont déjà exprimés à leur manière dans diverses manifestations, l’injustice faite à tous ceux qui veulent passer leurs examens est inacceptable. Il ne s’agit pas, ici, de condamner mai 1968 pour mieux dénoncer mai 2018, mais de dire que l’état du pays il y a 50 ans et celui d’aujourd’hui sont très différents. Mai 68 a certes été déclenché par des étudiants qui réclamaient un changement structurel de la société française, pas seulement économique et social, mais aussi des moeurs et des rapports entre les classes sociales. Même si ce mouvement n’a pas obtenu la chute du régime, il s’est traduit assez vite par une libération sociale qui a modifié les codes moraux imposés à l’époque par la bourgeoisie. Ce n’est pas à quoi tendent les groupes minoritaires qui se contentent de tout casser. Leur philosophie, c’est le nihilisme. Une thérapie collective montrerait qu’ils sont si perturbés qu’ils ne peuvent trouver de satisfaction que dans la destruction de ce qui les entoure. Ils sont victimes d’une sorte de neurasthénie doublée du sentiment erroné qu’ils sont plus puissants que la société qui les a enfantés.

RICHARD LISCIA

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SNCF : la contre-attaque

Sud-Rail, le 7 mai
(Photo AFP)

L’intersyndicale de la SNCF a décidé de procéder à une consultation des cheminots, du 14 au 21 mai, pour qu’ils se prononcent pour ou contre la réforme. Le 14 mai est censé être une journée sans trains.

L’INTERSYNDICALE s’est probablement inspirée du référendum d’Air France qui s’est traduit par une majorité à 55 % contre les propositions salariales de la direction. La démission de Jean-Marc Janaillac, le P-DG, a cependant entraîné un malaise qui, jusqu’à présent, a conduit les syndicats de la compagnie aérienne à ne pas lancer un appel pour un nouvel épisode de grève. De la même manière, le mouvement à la SNCF a commencé à s’effriter  : le nombre de grévistes a diminué et le nombre de trains en circulation a augmenté. Les syndicats s’appuient sur une mobilisation des conducteurs suffisamment forte pour empêcher le retour à la normale.

Inventivité syndicale.

Interrogée ce matin sur RTL, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a déclaré que la consultation ne bloquerait pas la réforme, contenue dans un texte adopté en première lecture à l’Assemblée nationale et qui, à la faveur de la navette avec le Sénat, peut encore être amendé sur certains points, étant entendu que le gouvernement restera intraitable sur le statut des cheminots et sur la mise en concurrence de la SNCF à l’horizon 2020. L’idée de la consultation est de donner au point de vue syndical une légitimité par le vote mais elle reste en contradiction avec l’adoption de la loi et avec ce que l’on sait d’une majorité de l’opinion, qui pense que la réforme doit être menée à son terme. En outre, l’inventivité des syndicats, qui, chaque semaine, trouvent des moyens nouveaux pour empêcher la fin de la grève, consultation, journée morte, concentration sur les conducteurs grévistes, comporte le risque de soulever chez les usagers un ras-le-bol contre les cheminots. A quoi il faut ajouter que l’opinion publique, lassée par cette grève interminable, peut aussi exiger du gouvernement qu’il sorte de son immobilisme et de sa raideur légitimiste et commence à nuancer ses positions.

Casse-tête fiscal.

D’une certaine façon, le Premier ministre, Edouard Philippe, a commencé à le faire en recevant lundi dernier, séparément et successivement, les syndicats représentés à la SNCF. Du coup, il a réanimé la CFDT, syndicat considéré comme réformiste, mais plutôt fâché avec le gouvernement qui, soucieux de tenir tête à la CGT, a abandonné la CFDT en rase campagne, et ne l’a pas associée à son plan d’action. Bien que le propos de M. Philippe ait essentiellement porté sur la dette de la compagnie ferroviaire, le chef de la CFDT, Laurent Berger, croit maintenant qu’il est possible, grâce au débat au Parlement, de modifier le projet de loi dans un sens plus conforme aux exigences syndicales. M. Berger sait pourtant que le gouvernement ne cèdera ni sur la réforme du statut de cheminot, qui sera remplacé par une nouvelle convention professionnelle ni sur la mise en concurrence de la SNCF. Le Premier ministre a promis qu’une partie substantielle  de la dette, évaluée à quelque 50 milliards d’euros, serait progressivement reprise par l’Etat d’ici à 2020. Un autre casse-tête fiscal, car les pouvoirs publics, cette semaine, se sont engagés à supprimer la taxe d’habitation pour tous les ménages d’ici à 2021. Deux décisions qui, cumulées, représentent une somme énorme, dont le financement serait assuré non par une hausse des impôts mais par une réduction de la dépense publique, aussi drastique qu’improbable.

Pour le moment, on en est là. Pour les usagers, la galère continue, avec un point d’orgue le 14 mai : il sera pratiquement impossible, pour les salariés, de se rendre à leur lieu de travail. La grève de la SNCF est devenu un cas d’école. Les syndicats ne se contentent plus de revendiquer, ils se sont jetés dans une bataille politique et ont repris à leur compte l’action de l’opposition de gauche. Ils tentent de créer une légitimité alternative en procédant à un référendum qui concurrence les décisions de la représentation nationale. Ils se placent dans le sillon du conflit social à Air France, qui n’a aucune commune mesure avec celui de la SNCF. Ils espèrent obtenir l’adhésion d’une opinion pourtant exaspérée par leur stratégie, dont les effets pénalisent uniquement les usagers et affaiblit l’économie au moment même où ils refusent de remettre de l’ordre dans les comptes déficitaires de la compagnie.

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La guerre à nos portes

Trump est content
(Photo AFP)

La décision de Donald Trump de rompre l’accord nucléaire avec l’Iran, n’est pas surprenante. Elle n’en est pas moins désastreuse sur tous les plans : géopolitique, économique, commercial, moral.

NON SEULEMENT Trump sort de l’accord nucléaire avec l’Iran, mais il veut instaurer des sanctions si sévères contre Téhéran que les Européens sont sommés de ne plus faire commerce avec les Iraniens. Nous serions donc contraints d’annuler quelques commandes de l’Iran, par exemple les 130 Airbus qu’il est censé acheter. La France continue de penser que l’accord peut être maintenu en dépit de l’absence des États-Unis. C’est très optimiste, même s’il faut essayer. Les conséquences immédiates de cette catastrophe minutieusement préparée par un chef d’État dont le seul objectif  est de liquider tout ce qu’a fait son prédécesseur, ce qui le conduit à trahir les engagements américains et, donc, dorénavant, rendra sa parole plus que douteuse, sont commerciales et économiques. Le prix du pétrole a déjà beaucoup augmenté ces dernières semaines et la raréfaction des importations en provenance d’Iran ne peut que se traduire par une nouvelle hausse des cours, même si l’Arabie saoudite, ravie de la décision de Trump, annonce qu’elle compensera le manque d’or noir par un accroissement de sa propre production.  Le diktat imposé par Washington au commerce mondial est  illégal et, couplé à ses mesures protectionnistes, finira par affaiblir la croissance.

La tentation militaire.

Mais le danger le plus sérieux vient du Proche-Orient. Livrés à eux-mêmes, les Iraniens sont tentés de réagir par la force. D’abord, rien ne les empêche de reprendre l’enrichissement de l’uranium et de construire des bombes atomiques. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni souhaitent maintenir l’accord nucléaire, mais ils ne peuvent trouver un esprit de conciliation que chez les modérés du régime iranien, dirigés par le président Hassan Rohani. Comment ne pas voir toutefois que les forces iraniennes les plus tentées par le recours à la guerre estiment aujourd’hui qu’elles ont été dupées par les Occidentaux et qu’elles veulent se venger ? Le « Guide suprême », Ali Khamenei, risque bien de se débarrasser de M. Rohani, de s’enfermer dans sa solitude et de poursuivre la mise au point de missiles balistiques chargés de bombes. Il a déjà les missiles. Il joue un rôle en Syrie où se trouvent des troupes iraniennes et les forces du Hezbollah, qui vient de remporter les élections au Liban, ne  cache nullement sa volonté d’attaquer Israël, qui a d’ailleurs mis ses forces en état d’alerte.

Une pluie de missiles ?

Il est indiscutable que l’accord nucléaire avait laissé de côté d’autres nuisances considérables dont l’Iran est capable. Ses forces, protégées par la Russie, combattent en Syrie. Le Hezbollah, lui, est massé à la frontière avec Israël et, si un conflit éclate, il peut lancer des dizaines de milliers de roquettes et engins divers contre l’État juif. Il l’a déjà fait par le passé. Le chef du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahu, qui s’est félicité de la décision de Trump, a déclaré que, si une guerre devait éclater, il valait mieux que ce fût aujourd’hui que plus tard. Mais, même pour Israël, ce ne serait en aucun cas une mince affaire. Ce sont les civils israéliens qui risquent d’être les premières victimes du Hezbollah et Israël sait combien il est difficile d’aller chercher l’ennemi en territoire libanais. Les précédents conflits ont montré que l’État hébreu n’a jamais pu contrôler ce qui se passe au Liban. Pour les Israéliens, un conflit serait coûteux en vies humaines, même s’ils finissent par remporter ce qui ne sera, quoi qu’il arrive, qu’une première manche. Israël, les États-Unis et l’Arabie saoudite, autre allié de Trump, ne peuvent pas conquérir l’Iran et ne peuvent même pas l’affaiblir durablement. Ils ne peuvent qu’espérer un changement de régime, grâce à une révolution contre les ayatollahs.

Le brasier est prêt.

Mais ils font exactement le contraire. En effet, et malgré ce qu’ils croient, leur meilleur soutien, c’est l’Europe, qui tente désespérément de calmer le jeu. La paix et le statu quo favorisent les modérés iraniens et affaiblissent les va-t-en guerre. Or la fin prématurée de l’accord nucléaire constitue aussi un terrible échec pour Rohani dont les résultats diplomatiques sont nuls. Si Ali Khamenei veut revenir à ses fondamentaux extrémistes et violents, une chance aura été durablement perdue pour la paix et une chance aura été donnée à la guerre. Bien entendu, la Russie de Poutine a sa part de responsabilité dans ce périlleux chaos. Elle a laissé les forces turques et iraniennes pénétrer en Syrie en échange de leur contribution au maintien de Bachar Al Assad au pouvoir. Chaque puissance militaire nourrit des objectifs égoïstes qui n’ont rien à voir avec la lutte contre le terrorisme. Les Turcs veulent éliminer les Kurdes, les Iraniens chiites veulent gommer l’influence de l’Arabie sunnite. Tous les ingrédients du brasier sont réunis. Il ne reste plus qu’à allumer la mèche.

RICHARD LISCIA

 

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L’odieux Donald

Rien à espérer de lui
(Photo AFP)

Parce que cette chronique ne traite que d’un sujet à la fois, je n’ai pas pu, hier, commenter les propos insensés que Donald Trump a prononcés devant l’assemblée de la National Rifle Association (NRA), le lobby des armes américain. Son discours méritait pourtant une volée de bois vert. Je souhaite participer à la riposte.

CE N’EST PAS la première fois que Trump décrit la France comme un pays assiégé par les terroristes où l’on meurt à chaque coin de rue. Devant la NRA, l’autre jour, il s’est cru obligé de rappeler son soutien au libre commerce des armes dans son pays et, avec l’imagination débordante qui le caractérise, il est revenu sur les attentats les plus douloureux qui ont eu lieu en France, ceux du 13 novembre 2015. Comme il s’agit du plus simplet des chefs d’État, il est allé jusqu’à mimer le terroriste en action, qui choisirait ses victimes et les exécuterait une après une, afin de démontrer que, si les civils français portaient des armes comme aux États-Unis, les carnages ne pourraient pas se produire. Il n’y a rien, dans ce que dit ce soi-disant président, qui relève du bon sens. Premièrement, porter une arme n’empêche pas de tomber sous les balles des autres ; deuxièmement, le feu nourri des terroristes dans les rues de Paris nécessitait une sorte de contre-offensive militaire ; troisièmement, si les civils armés sont si efficaces, à quoi faut-il attribuer les massacres qui ont lieu périodiquement aux États-Unis, à Parkland, à Las Vegas, à Orlando, tueries comparables à celles de Paris mais bien plus fréquentes et qui, elles, ont eu lieu parce que, justement, n’importe quel illuminé peut acheter des armes ultra-dangereuses ?

Dénoncer l’outrage.

Comme le Donald ne sait pas ce qu’il dit, il a été si surpris par la consternation nationale et internationale provoquée par son discours à la NRA que, pendant deux jours, il a arrêté de diffuser ses tweets répétitifs et vengeurs. On attend ses excuses. Pendant ce temps, les Français ont réagi violemment, à tous les niveaux, à cette nouvelle provocation, inutile, lâche, méprisable et scandaleuse du président américain, incapable de comprendre qu’il doit, comme tout un chacun, un minimum de respect aux victimes, celles-là même qu’il a représentées vendredi comme des moutons à l’abattoir. François Hollande et Manuel Valls ont été les premiers à réagir à la forfaiture de Trump, suivis par un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Le gouvernement et l’Assemblée doivent exprimer leur colère dans les termes que Trump mérite. Ils ne peuvent pas se contenter de le laisser parler.

Hollande fait de la politique.

M. Hollande, qui célèbre en grande pompe sa rentrée sur la scène politique, a voulu en profiter pour adresser une critique, une de plus, à Emmanuel Macron, dont il a rappelé qu’il avait des liens amicaux avec Trump. La raison l’a déconseillé de préconiser la rupture des relations diplomatiques, mais il ne nous a pas dit non plus ce qu’il faut faire. Répondre à l’injure par l’outrage ? Rappeler l’ambassadeur français à Washington ? Exiger que Trump fasse pénitence ?  L’intervention stupide, infantile, hors-sol, de Trump le condamne déjà et confirme que la plus grande puissance du monde est dirigée par un dangereux demeuré. Mais il n’est pas inutile d’exercer sur lui assez de pressions françaises pour qu’il ferme son clapet. Nous n’avons pas le pouvoir de donner aux Américains un président alternatif. Mais nous pourrions leur communiquer notre colère et leur faire comprendre que ni eux ni nous ne pouvons tolérer un tel dérapage et qu’il leur appartient de faire le ménage, sinon en destituant le président, en le mettant en garde contre toute récidive.

RICHARD LISCIA

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