Trump : premier bilan

Le « trumpisme » à l’épreuve
(Photo AFP)

Il y a six mois que Donald Trump est entré à la Maison Blanche et, sacrifiant à la coutume, les commentateurs tentent de dresser un premier bilan de ce qu’il a fait ou qu’il n’a pas fait et se demandent surtout s’il a tenu ses promesses.

M. TRUMP est arrivé au pouvoir avec un programme qui, aux yeux d’au moins la moitié des Américains, semblait effrayant et dangereux. Dans son cas, tenir ses promesses revient donc à engager les États-Unis dans une spirale qui les affaiblit moralement, politiquement et financièrement. Sur le plan moral, il a réussi au-delà de ses espérances, car son refus de signer le pacte mondial sur le climat a fait de l’Amérique un paria international. Il peut se targuer devant ses électeurs d’avoir tenu bon face aux pressions innombrables dont il a fait l’objet, mais il ne peut pas leur faire croire que son action diplomatique a amélioré l’image du pays.

Popularité en berne.

En conséquence, l’évaluation du bilan de M. Trump doit être réalisée autrement qu’en cochant les promesses tenues ou non tenues. La construction du mur entre le Mexique et les États-Unis n’a pas encore commencé. Le gouvernement mexicain refuse évidemment de la financer, et M. Trump, dans un propos particulièrement limpide, envisage maintenant un mur « virtuel ». En revanche, il a été en mesure, après quelques défaites judiciaires, de faire appliquer ses mesures anti-immigration, qui concernent une série de pays à majorité musulmane dont les citoyens ne sont pas les bienvenus aux États-Unis. Le président, au cours de ces six derniers mois, a essayé de gouverner par executive orders, ou décrets présidentiels, qui ont été pour la plupart combattus en justice et non sur le plan législatif. La méthode est conforme au droit et Barack Obama lui-même l’a utilisée en diverses circonstances. Cependant, dans le processus, Donald Trump a testé les limites de son pouvoir. Il a découvert, avec un étonnement puéril, que l’opposition à son gouvernement pouvait prendre plusieurs aspects, freinait ou immobilisait la dynamique qu’il essaie de lancer, et créait plus de désordre que de réformes.
Sa cote de popularité est basse (autour de 42 %), mais elle n’est pas catastrophique car il conserve le noyau dur de l’électorat qui l’a mis au pouvoir. En revanche, la majorité républicaine du Congrès, qui devrait ouvrir une voie royale à ses projets de loi, ne se montre pas enthousiaste pour les voter. Les élus républicains constatent en effet que, souvent parmi leurs électeurs, le souci de préserver certains avantages sociaux est plus fort que l’élan populiste qui leur a accordé les deux pouvoirs, législatif et exécutif. Après avoir caracolé sur la vague de la réduction des dépenses sociales, ils se heurtent aujourd’hui à l’inquiétude de ces dizaines de millions d’Américains qui craignent que le démantèlement de l’assurance-maladie, telle que Barack Obama l’avait réformée, leur soit gravement préjudiciable. L’Obamacare étend la protection de sa santé à tous les citoyens américains. Ce faisant, il renforce les programmes qui étaient appliqués aux foyers modestes (Medicaid) et au seniors (Medicare). Convaincus qu’ils ont vocation à diminuer des dépenses de santé très élevées, les élus républicains souhaitent diminuer de quelque 800 milliards de dollars en dix ans les dépenses associés à Medicaid qui, pourtant, offre une assurance-maladie à 76 millions de personnes (dont les deux-tiers des personnes en maisons médicalisées) et soigne 40 % des enfants américains.

La confusion des élus et des électeurs.

Cet état des lieux donne une idée de la distance existant entre les revenus des foyers modestes ou pauvres et le coût des soins aux États-Unis. Mais il montre aussi que l’action sociale y est beaucoup plus intense qu’on ne le dit. C’est à cette couverture santé que le parti républicain veut s’attaquer, engageant ainsi un mouvement de régression sans précédent. Mais, même au sein de ce parti, les dissensions abondent, non seulement parce que l’humanisme de bon nombre d’élus est soumis à l’épreuve, mais parce que la réduction des dépenses de santé, dans un pays où on a peur de tomber malade, est extrêmement impopulaire. De ce point de vue, si Trump pense avoir été élu parce que sa conception de la vie et du monde a coïncidé parfaitement avec celle d’une majorité de ses concitoyens, il constate aujourd’hui qu’il existe, dans l’esprit de son électorat, une confusion ou des contradictions qui le conduisent à renier les principes au nom desquels ils ont voté.
L’incertitude est telle au Sénat qu’il tarde à se prononcer sur une réforme du système d’assurance-maladie. On a tout lieu de croire que la majorité parlementaire n’osera pas priver les Américains d’une protection minimale, mais on peut encore craindre qu’elle la réduira. À l’usage, une telle évolution se retournera forcément contre ceux qui l’auront conçue. Et, bien entendu, ce modeste bilan n’inclut pas les démêlés de M. Trump avec le FBI. Un feuilleton assez foisonnant pour faire l’objet d’une autre analyse.

RICHARD LISCIA

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Armées : le jour d’après

Le général François Lecointre
(Photo AFP)

Waterloo, morne plaine… Le président de la République mesure aujourd’hui, en lisant une presse déchaînée contre lui, la dimension du scandale qu’il a provoqué en ne laissant pas d’autre choix au général Pierre de Villiers que la démission.

DANS LA CHALEUR de l’été, les passions politico-militaires ont pris la tournure d’un immense incendie. Emmanuel Macron n’a sûrement pas prévu les retombées nucléaires de son comportement à l’égard du général et, même s’il avait raison sur tous les points, le voilà en rupture avec une institution plus que jamais essentielle à la survie de la nation et qui, de surcroît, n’a certes pas mérité l’humiliation qu’il lui a infligée. Pourtant, avec l’habileté qu’on lui reconnaît souvent, il avait réservé son premier voyage à nos troupes qui combattent au Mali, rendu visite aux blessés de guerre à l’hôpital Perry, s’était fait héli-treuillé sur un sous-marin. Il aurait pu laisser passer la colère du général de Villiers, qui n’a pas cherché à contester son autorité, sans réagir. Il a préféré ajouter un clash politique à une crise déclenchée par une réduction budgétaire plutôt inique. Il s’agit d’une erreur sérieuse d’évaluation des conséquences de ses actes.

Le voyage à Istres.

Cependant, le président de la République n’a pas montré, jusqu’à présent, qu’il errait dans des terres inconnues, qu’il s’agisse de l’armée ou de toute autre institution. Dans ces conditions, on se demande ce qui l’a incité à agir avec une certaine brutalité. D’aucuns mettent son comportement sur le compte d’une ignorance aggravée par le fait qu’il n’a pas fait de service militaire. L’explication me semble bien peu convaincante, d’autant qu’il n’est pas responsable de l’abolition du service par Jacques Chirac, à l’époque, justement, où le jeune Macron aurait pu être enrôlé. Il demeure qu’il n’a pas froid aux yeux. Il se rend aujourd’hui sur la base aérienne d’Istres, bastion de la dissuasion nucléaire, juste après avoir nommé comme chef d’état-major des Armées le général François Lecointre, lui aussi un grand militaire dont nos troupes, bien qu’elles soient ulcérées par le départ de Pierre de Villiers, ne contestent pas la légitimité.
Il faudra plus qu’une visite à Istres pour refaire un patchwork avec les lambeaux de la relation Macron-armée. Les dommages sont considérables. Ils ne sont toutefois pas aussi graves que beaucoup de commentateurs en mal de copie veulent bien le dire. D’abord, il faut rappeler que l’armée doit, en toute circonstance, obéir au pouvoir politique. Personne ne mentionne ce point capital, qui a fait l’objet de mon premier article sur cette crise. Il est pourtant essentiel et il découle du fonctionnement même de nos institutions. Un général est nommé par le pouvoir, un président est élu au suffrage universel. Si un conflit éclate entre eux deux, le pouvoir en sortira peut-être cabossé mais indemne. Ensuite, il n’y a pas de fièvre dont le temps et les efforts de compréhension réciproque ne viendraient pas à bout. M. Macron est certainement sur la défensive, il fera tout, dès aujourd’hui, pour rassurer nos soldats et leurs officiers et pour donner des gages de son engagement envers eux dans les mois qui viennent.

Le budget, question de fond.

Vous me direz : mais alors, à quoi cette crise a-t-elle servi, sinon à affaiblir tous ses protagonistes et à créer un malaise national ? Il me semble capital de rappeler une fois encore que la question budgétaire est au centre de tous les efforts du gouvernement. Quelle que soit la qualité des mesures fiscales qui ont été prises, elles ont été dictées par l’état de nos finances tel que l’a laissé le gouvernement précédent, qui s’est livré en 2017 à des largesses électorales que le pays ne pouvait pas se permettre. Pour le chef de l’État, il y avait urgence, en cet été 2017, à rassembler des ressources pour présenter un budget final dont le déficit ne doit en aucun cas dépasser les 3 %. Pour au moins deux grandes raisons : la première est que la France, sous François Hollande, a bénéficié de deux délais supplémentaires accordés par la commission de Bruxelles sans que ses gouvernements aient réellement tenu leurs engagements d’avant ou d’après les délais ; la seconde est qu’il est temps de relancer l’Europe qui, elle, voit Macron en leader et que la France, avec l’Allemagne, doit être crédible fiscalement avant de l’être politiquement.

Personne ne veut faire de sacrifices.

Y avait-il une possibilité de trouver de l’argent ailleurs ? Peut-être, mais il suffit de voir comment les collectivités locales réagissent aux coupes budgétaires pour comprendre que tout le monde veut un budget équilibré mais que personne n’accepte de faire de sacrifices. Si Macron a été élu, c’est justement pour faire ce qui n’a jamais été fait sérieusement avant lui. C’est cette certitude qui l’a poussé à la faute. La sécurité de nos soldats et la qualité de leur matériel ne sont pas à comparer à la construction de ronds-points dans nos villages. Mais enfin, gouverner, c’est immanquablement la quadrature du cercle. J’entendais hier une journaliste dire qu’elle ne comprenait pas comment on peut retirer 850 millions au budget militaire en 2017 et lui ajouter deux milliards en 2018. Le gouvernement n’est pas maître du budget de cette année, décidé par son prédécesseur. Il est maître de celui de 2018 et, dès lors qu’il dispose de plus de 300 milliards, il peut les redéployer de manière à augmenter le budget des Armées de façon substantielle.
Cette analyse va à contre-courant de l’unanimité nationale qui condamne le président de la République. Je n’ai aucune raison de hurler avec les loups et il me semble utile d’apporter un éclairage différent. Et de même qu’il y a eu chez M. Macron un excès d’autorité, de même il y a maintenant un excès d’aversion contre lui, avec des analyses qui confinent à la haine et au ridicule, comme s’il était possible de faire passer le président en cour martiale. Arrêtons le délire.

RICHARD LISCIA

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Le général de Villiers démissionne

Le général part avec panache
(Photo AFP)

Le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des Armées, a démissionné ce matin, devançant l’entretien qu’il était censé avoir vendredi avec le chef de l’Etat.

ENGAGE, sans doute contre sa volonté, dans une polémique avec le président de la République, le général n’a pas voulu attendre une rencontre qui lui aurait donné le choix entre soumission et démission. En prenant les devants, il rend objectivement service à Emmanuel Macron, dont les critiques adressées à Pierre de Villiers, ont été vilipendées par la classe politique et qui, s’il avait été poussé au limogeage d’un officier supérieur prestigieux, eût été contraint de procéder à un second acte d’autorité, capable de soulever une nouvelle tempête. Mais, plus important, le général, loin de se soumettre à la mécanique des décisions politiques, réaffirme avec éclat sa liberté par un geste unilatéral. Dans son épreuve de force avec le président, il pose un acte final qui lui donne l’avantage.

L’absence de concertation.

Le conflit entre les deux hommes aurait sans doute pu être réglé par un colloque singulier. Malheureusement, des indiscrétions ont révélé les propos tenus par le général lors d’un exposé qu’il a fait devant la commission de défense de l’Assemblée nationale. M. Macron n’a pas voulu passer outre un ou deux mots qui l’ont choqué, mais sa réponse, quoique dictée par la volonté de rappeler que le militaire est soumis au politique, a été violente. Les éléments d’un accord de principe entre les deux hommes sont d’ailleurs contenus dans la lettre de démission de Pierre de Villiers, qui écrit ceci : « Dans le strict respect dee la loyauté qui n’a jamais cessé d’être le fondement de ma relation avec l’autorité politique et la représentation nationale, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de leur faire part de mes réserves, à huis-clos, en toute transparence et vérité ».
Ces mots, s’ils avaient été prononcés lors d’un conciliabule avec le président, auraient suffi à mettre un terme au conflit qui les oppose. Le général de Villiers a voulu sortir de la scène avec panache, c’est son droit absolu. Les rapports entre les Armées et le pouvoir, si bien entretenus par l’ancien ministre socialiste de la Défense, Jean-Yves Le Drian, entrent, hélas, dans une phase de tension qui pourrait durer, au moins jusqu’à ce que, dans le budget 2018, Emmanuel Macron rétablisse le budget militaire, y compris la hausse prévue.

Le dilemme de Le Drian.

La crise entre les militaires et le pouvoir a pour source la décision du président de nommer M. Le Drian aux Affaires étrangères au lieu de le reconduire à la Défense, probablement parce que le chef de l’Etat avait déjà compris que, avec ce ministre, l’armée se sentait protégée contre les décisions purement comptables du ministère de l’Economie. Cette décision constituait un début de prise en main que l’indépendance de ton et de parole du général de Villiers menaçait. Sa démission, en tout cas, pose indirectement un dilemme à Jean-Yves Le Drian, reconnu comme un ministre hors pair, qui a trop soutenu les efforts, parfois surhumains, de l’armée par le passé pour se désintéresser aujourd’hui de son sort. En outre, M. Le Drian n’a pas hésité à s’engager, quand il était encore en fonctions au sein du gouvernement de Bernard Cazeneuve, en faveur d’Emmanuel Macron. C’est dire qu’il a joué un rôle non négligeable dans la victoire électorale de M. Macron. Et que celui-ci n’a pas intérêt à le décourager.

RICHARD LISCIA

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Territoires : le coup de massue

Macron hier
(Photo AFP)

Lors de la première conférence des territoires, le gouvernement a annoncé aux élus que l’effort qui leur serait demandé atteindrait 13 milliards, et non 10, en 5 ans. Le plan proposé a soulevé la colère des élus.

NI EMMANUEL MACRON, ni ses ministres n’ont caché l’ampleur de leur programme, pas plus qu’ils n’ont relativisé l’intensité des efforts douloureux qui devront être fournis par les communes et les départements, et pas davantage les éventuels effets récessifs de cette cure diététique. Le président de la République, remuant le couteau dans la plaie, demande en outre une réduction du nombre des élus locaux, comparable à celle qui est envisagée pour les députés. Gérard Larcher, président du Sénat, a appelé cette nouvelle mesure « la surprise du chef ». François Baroin, président des maires de France, a exprimé sa vive opposition. On ne le leur reprochera pas. MM. Larcher et Baroin sont comptables, devant les sénateurs et les maires, des sacrifices qui sont exigés d’eux et semblent d’autant plus injustes que les gouvernements de François Hollande ont déjà réduit les dépenses des collectivités locales qui, aujourd’hui, dénoncent l’abandon de projets qui ne sont plus financés. Il n’empêche que la droite est mal placée pour critiquer. François Fillon au pouvoir n’aurait pas agi autrement et avait annoncé des mesures encore plus draconiennes, s’agissant de la limitation du nombre de fonctionnaires.

Macron vise la réduction des effectifs.

L’objectif non déclaré du gouvernement, c’est la compression des effectifs de fonctionnaires dans les territoires. Chaque fois qu’un gouvernement diminue les dépenses nationales, les mairies, départements et régions embauchent davantage de personnels. Pour une raison simple : le meilleur moyen de se faire réélire, c’est de lutter contre le chômage, fût-ce en créant des emplois injustifiés. Le recrutement de fonctionnaires locaux a été l’antidote d’un chômage qui aurait pu être élevé qu’il ne l’est sans ce remède quelque peu artificiel. Il est donc d’autant plus difficile de réformer en imposant aux collectivités une cure d’amincissement que l’emploi fait partie des sacrifices à faire. En tout cas, une chose est sûre, les territoires devront faire des économies en réduisant leur nombre d’employés s’ils ne veulent pas renoncer à l’entretien des écoles, des rues et routes, et des hôpitaux.

La grogne monte.

La méthode réformiste verticale et jacobine du gouvernement indique le choix de l’impopularité. Toutes les forces conservatrices de la droite et de la gauche vont se liguer contre lui. Même dans les rangs de la République en marche, on commence à exprimer des doutes, on s’inquiète des conséquences des réductions de dépenses sur la croissance, on se demande à quels conflits va conduire la marche forcée des réformes, surtout celle du travail, associée à la réduction du budget militaire, à la suppression de la taxe d’habitation et maintenant à la diminution des dépenses territoriales. En Marche ! n’ayant pas encore d’élus locaux, ses députés ne sont pas anxieux sur leur sort personnel. Mais nombre d’entre eux souhaiteraient au moins une concertation plus suivie avec le pouvoir. Il demeure que le président et le Premier ministre entendent aller vite, annoncer maintenant les mauvaises nouvelles pour que les Français les digèrent pendant les vacances, et prendre de court des oppositions qui sont tout de même très secouées par la longue séquence électorale qui les a marginalisées.
En tout cas, on ne peut pas porter sur la réforme des collectivités territoriales (car c’en est une) le même regard que pour la réduction du budget militaire qui, elle, affecte directement notre sécurité. Il s’agit de savoir si, oui ou non, nous allons nous prendre en main, nous infliger nous-mêmes les changements dont nous avons tant besoin et commencer à engager des réformes structurelles qui, aussi douloureuses qu’elles nous semblent, nous permettront, à terme, de sortir de l’ornière fiscale et financière où nous nous sommes si allègrement jetés.

RICHARD LISCIA

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Le bras-de-fer Macron-Villiers

Le président et le général le 14 juillet
(Photo AFP)

Le président de la République est engagé, avec le chef d’état-major des Armées, dans une polémique dont l’issue ne fait aucun doute mais qui risque d’affecter sérieusement les relations entre la « Grande Muette » et M. Macron.

LE CARACTÈRE emporté du général Pierre de Villiers lui a fait prononcer, mercredi dernier, devant une commission parlementaire, des propos à l’emporte-pièce qui ont été rapportés au chef de l’État. La querelle entre le président et son chef d’état-major, qui vient d’achever un mandat de cinq ans prorogé tout récemment d’une année supplémentaire, porte évidemment sur cette fameuse coupe de 850 millions d’euros dans le budget militaire de cette année. La mesure consterne d’autant plus la communauté militaire que tout le monde s’accorde à dire que nos armées accomplissent un travail magnifique sur plusieurs théâtres, y compris sur le territoire national, que nos soldats sont à bout de force, qu’ils ont besoin de matériel performant, probablement d’effectifs supplémentaires et qu’on ne peut pas les mettre en danger avec des équipements usés ou qui manquent de fiabilité.

Un choix irrationnel.

Dans ces conditions, le choix d’Emmanuel Macron de réduire les crédits militaires pour ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3 % est jugé comme irrationnel par l’opposition, les médias et nombre de proches du pouvoir que la décision du président rend perplexes. Comment ne pas partager cette perplexité quand nous savons que, loin d’être réduits, les crédits militaires doivent être portés progressivement à 2 % du produit intérieur brut parce que la discipline de l’OTAN et Donald Trump l’exigent et parce que les besoins en sécurité ont vivement augmenté à cause du terrorisme, dont la France est l’une des cibles principales ? La diminution de 850 millions du budget militaire cette année traduit en fait l’incapacité du gouvernement à réduire la dépense publique dans des secteurs moins névralgiques et à mettre un peu de cohérence dans une politique fiscale improvisée, uniquement dictée par la soudaine « découverte » d’un « trou » de huit milliards.
Donc, le pouvoir semble avoir commis une erreur et nos généraux sont en colère parce que cela fait plusieurs années qu’on leur demande le maximum et qu’en échange de leurs loyaux services et de leurs succès militaires, notamment au Sahel, ils n’ont jamais obtenu que des compliments. Le général Pierre de Villiers a cru bon de crever l’abcès en se dressant contre le chef de l’État, alors que rien ne lui interdisait d’avoir avec lui une bonne explication pour faire valoir des desiderata que n’importe quel citoyen lambda peut comprendre. Peut-être l’a-t-il déjà fait, ce qui expliquerait qu’il ait en quelque sorte décidé de défendre les intérêts de ses subalternes en s’exprimant, pas toujours avec finesse, devant la commission parlementaire, puis en se servant de Facebook pour invoquer les mânes du général Delestraint, mort à Auschwitz en 1945 après avoir dit un jour qu’il rejetait « toute mentalité de chien battu ou d’esclave ». La comparaison avec la lutte contre le régime nazi est tout simplement scandaleuse mais, dans le désir de dénoncer l’amateurisme apparent du gouvernement, les médias l’ont ignorée.

La force de la riposte.

Elle explique pourtant la force de la riposte « jupitérienne ». Le président Macron a recadré le général de Villiers en lui reprochant, sans le nommer, d’avoir mis la politique budgétaire « sur la place publique, et de façon indigne ». Dimanche, dans « le JDD », M. Macron, dont on dit qu’il s’exprime peu, a déclaré dans le cadre d’un long entretien : « Si quelque chose oppose le chef d’état-major au président de la République, le chef d’état-major change ». Bien entendu, il aurait mieux valu pour M. Macron, qu’il eût raison à cent pour cent. Mais ce qu’il a dit au « JDD » est essentiel. En démocratie, l’autorité militaire est soumise au pouvoir politique. Le général de Villiers ne peut pas et surtout ne doit pas croire que, en s’adressant directement à l’opinion, il peut l’emporter contre un président élu au suffrage universel. Il existe au moins un précédent à ce genre de crise entre pouvoir politique et pouvoir militaire, c’est celui du général Douglas McArthur, militaire américain de très haut rang, encensé par ses compatriotes, vainqueur du Japon en 1945 mais qui, en 1953, voulait « nucléariser » la guerre de Corée. Le président Harry Truman, décrié à l’époque comme un ancien marchand de chemises, n’a pas hésité. Il a limogé le général le plus populaire dans l’histoire des États-Unis et son geste, à l’époque, fut salué par les journaux français.
Bien entendu, la France aujourd’hui n’est pas confrontée à un tel risque dramatique et le général de Villiers n’a pas demandé 50 milliards de plus pour l’armée française. Mais il devrait méditer sur ce précédent et se rappeler que la démocratie a ses propres contraintes qu’aucun démocrate ne peut ignorer.

RICHARD LISCIA

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14 juillet : le deuil persiste

Mme Trump ce matin à l’hôpital Necker
(Photo AFP)

Les cérémonies du 14 juillet seront triomphales à Paris, avec la présence du président américain à Paris et endeuillées à Nice où le souvenir de l’attentat épouvantable de l’année dernière demeure vif et douloureux.

A QUOI s’ajoute l’impair commis par « Paris-Match » qui publie ce jeudi des photos de l’attentat au camion, ce qui a provoqué la colère des familles des victimes. Le parquet a demandé le retrait des exemplaires de l’hebdomadaire, tandis que la direction du journal continue à défendre « le droit à l’information ». Il ne faut pas oublier que le terrorisme compte sur ce que j’appellerai la permanence de l’horreur pour que l’effet traumatisant de ses crimes de masse dure aussi longtemps que possible. Souvent accusés à tort et à travers, les journaux ne doivent pas tomber dans le piège de la course à l’information. « Paris-Match », en définitive, a seulement réussi à rejoindre la presse à sensation, ce qui ternira sa réputation.

L’argument « gaulliste ».

De son côté, le président de la République a réservé un accueil somptueux à son homologue américain, ce qui lui vaut, comme il fallait s’y attendre, les vives critiques de la France insoumise, pas gênée pour revendiquer le gaullisme et sa fermeté diplomatique, parfois excessive, à l’égard d’une puissance qui a été notre alliée en toute circonstance et dont les vertus et les tares ne se résument jamais à un président élu pour un temps limité. 2017, c’est le centième anniversaire de l’entrée en guerre des Américains contre l’Allemagne lors de la guerre de 14-18, et ce renfort a été décisif dans la victoire des alliés. En ces temps troublés, nous avons la mémoire courte. Sans les États-Unis, la Première Guerre mondiale aurait pu durer plus longtemps et ne pas se terminer à notre avantage. Or ce conflit fut une énorme boucherie, en faisant des millions de morts chez les divers belligérants.
La question n’est pas de savoir s’il faut remercier aujourd’hui les Etats-Unis pour ce qu’ils ont fait il y a un siècle. Elle porte sur ce qui a réuni Français et Américains lors des deux guerres mondiales, sur les liens de sang que nous avons noués et que personne, même pas M. Trump, ne peut distendre. Ce que fait M. Macron est simple : il montre que M. Trump ne peut pas échapper au poids du passé, qu’il ne peut pas renier le sacrifice de centaines de milliers de ses compatriotes, ni l’absolue nécessité d’une intervention américaine dans les deux effroyables guerres du XXè siècle. Ses idées isolationnistes et protectionnistes ne résistent pas à la démonstration par la célébration de ces anniversaires ; car l’épreuve commune unit les peuples bien mieux que les affinités politiques ou culturelles.

L’illusion isolationniste.

Je me souviens que, lorsque j’ai commenté avec une certaine virulence le Brexit l’année dernière, quelques lecteurs ont cru bon de me rappeler ce que nous devons aux Britanniques, comme si je l’ignorais. C’est justement au nom des sacrifices que nous avons faits ensemble pendant les deux guerres mondiales que les Britanniques n’auraient pas dû rejeter l’Europe, et donc la France. Paniqués par l’immigration, ils ont complètement oublié combien des leurs sont morts pour délivrer l’Europe du joug totalitaire.
Il en va de même pour les États-Unis. À Londres, Theresa May sait déjà que ses jours politiques sont comptés parce que son pays s’est lancé aveuglément dans une mésaventure dont les effets négatifs sont difficiles à définir mais réels. À Washington, les très faibles théories de M. Trump n’ont pas d’avenir parce qu’elles sont en contradiction totale avec ce qui fait la grandeur de l’Amérique, cette grandeur que le président américain croit servir en la projetant dans une voie si étroite qu’il l’affaiblira à coup sûr. M. Macron n’a pas d’autre objectif que de lui rappeler quels événements essentiels dans l’histoire des relations entre l’Amérique et l’Europe, entre l’Amérique et la France, ont rapproché les deux continents et créé entre eux des relations insolubles. On trouvera toujours des gens pour vilipender les États-Unis. L’anti-américanisme primaire est un fonds de commerce pour les ultras nationalistes et pour l’extrême gauche, toujours contente de végéter dans l’archaïsme.

RICHARD LISCIA

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Le coût des J.O.

Anne Hidalgo avec le maire de L.A.
(Photo AFP)

Faire entendre une voix discordante dans la chorale nationale qui chante le bonheur d’accueillir les jeux Olympiques à Paris relève de la gageure ou de l’entreprise suicidaire. Il ne nous semble pas inutile pour autant de semer le grain de notre scepticisme.

ON NOUS PRESENTE toujours la tenue des J.O. en France comme une nécessité dont dépendraient notre honneur, notre joie de vivre, notre développement économique et social, notre avenir. Les arguments en faveur de Paris sont innombrables : en 2024, il y aura un siècle que nous n’aurons pas vu les J.O. dans la capitale ; les retombées économiques nous enrichiront à coup sûr ; le sport en France, toutes disciplines confondues, est une passion ; nous méritons à plus d’un titre le prestige associé à cette manifestation mondiale et forcément historique ; les sportifs français, encouragés par notre avantage de pays-hôte, recueilleront encore plus de médailles ; la France, pour diverses raisons liées à un regain de croissance, à des élections qui viennent d’assurer notre stabilité politique, à un nouvel optimisme que n’entament pas les efforts de l’opposition, est en ce moment dans un mouvement ascendant capable de durer jusqu’à la date des jeux, et au-delà.

Le budget sera dépassé.

Heureusement, un budget est prévu : 6,5 milliards d’euros. Nous possédons déjà quelques infrastructures essentielles qu’il suffira d’améliorer. Des compétitions auront lieu un peu partout, déversant leur manne sur l’ensemble du pays, en même temps que le peuple, confiant et joyeux, s’associera à l’exploit de mettre en place une opération très complexe. On me permettra néanmoins de douter que le budget annoncé ne soit pas dépassé, même si nous obtenons la date de 2024, la moins éloignée. Toutefois, même à sept années de distance, l’inflation et les retournements de conjoncture risquent de rendre les J.O. hors de prix. Il est rare qu’ils rapportent de l’argent et nous avons pu voir, en Grèce et au Brésil notamment, qu’ils se sont traduits par une perte sèche sans pour autant satisfaire les Grecs et les Brésiliens, ceux-ci ayant manifesté massivement pour empêcher la tenue des J.O. dans leur pays. Il est vrai que les jeux font de la ville où ils ont lieu une capitale mondiale ; il est vrai qu’ils attirent un nombre élevé de spectateurs venus du monde entier et qu’ils représentent un stimulant durable pour le tourisme. Mais comment ignorer que les aléas rendent imprévisibles les conséquences, bonnes ou mauvaises, de l’événement ? Il faudra en effet construire une cité olympique dont nous devrons prouver qu’elle servira à la France après la fin des J.O.
La ville et l’Etat (avec la prestation convaincante du président de la République) ont pris l’affaire en main, comme il se doit. Et même si la moitié des fonds viennent du privé, il s’agit principalement d’une décision politique, d’un investissement (le maître-mot) public à classer non pas dans les dépenses à perte mais dans les dépenses productives, comme on nous le claironne tous les jours. A quoi s’ajoute, dans le cas présent, une méthode fantaisiste pour le choix du Comité international olympique. Il n’a pas décidé qui aurait les jeux ou plutôt il a décidé que Paris et Los Angeles concluraient un accord pour l’attribution en 2024 et 2028, accord qui se négocie en ce moment même et doit être trouvé en septembre, avant que le CIO ne l’entérine.

Imbroglio budgétaire.

Paris, le gouvernement et les instances sportives, dans un consensus parfait, militent pour 2024, alors que 2028 aurait au moins l’avantage de nous laisser le temps de nous préparer, de faire un tour de table avec les entreprises privées, d’économiser les sommes indispensables à un accueil qui restera dans toutes les mémoires. Mais non, tout le monde, la maire de Paris, Anne Hidalgo en tête, est favorable à 2024.
On ne peut s’empêcher de comparer le coût des J.O. aux difficultés actuelles du gouvernement dans l’élaboration du budget. En quelques jours, il a changé au moins deux fois de position sur le niveau des impôts et sur celui des économies à faire sur les dépenses publiques. Il va sortir comme il peut de l’imbroglio budgétaire de 2017 et nous promet, pour 2018, une baisse des impôts et une réduction des dépenses. A six ans des J.O., il ne sera pas trop tôt pour en prévoir le financement, pour s’assurer que les visiteurs seront accueillis décemment, pour éviter que, à la faveur de ce grand événement, Paris ne sera pas soumis à un niveau élevé de pollution et pour faire en sorte que ceux qui, J.O. ou pas, continueront à se rendre à leur travail et à en revenir, ne seront pas placés dans une situation inconfortable.

RICHARD LISCIA

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Immigration : rien n’est réglé

Migrants en mer
(Photo AFP)

La question de l’immigration est redevenue aigüe avec le cri d’alarme lancé par l’Italie, confrontée à des arrivées massives d’immigrants en provenance de Libye et dont quelques milliers sont morts en Méditerranée depuis le début de l’année.

TOUTES LES SOLUTIONS mises en oeuvre pour tarir le flot de migrants en Europe ont échoué, sauf l’accord germano-turc qui oblige les réfugiés venant du Proche-Orient et notamment de Syrie, à rester en Turquie. Le chaos militaro-politique qui règne en Libye permet aux passeurs de continuer à envoyer vers l’Italie sur des rafiots remplis à ras bord d’être humains qui risquent leur vie dans la traversée. Les Européens se sont montrés incapables d’organiser la répartition des nouveaux venus entre les divers pays membres de l’Union. Le plan européen qui prévoyait cette répartition a échoué, l’égoïsme national l’emportant sur tous les réflexes de solidarité. L’Italie est abandonnée à elle-même, isolée face à la crise, mais encore décidée à respecter les règles humanitaires d’assistance à personnes en danger. Elle poursuit sa tâche tout en réclamant une aide de ses partenaires européens, qui restent sourds.

Faiblesses françaises.

La France n’est pas près de lui porter secours. Elle tente d’empêcher les migrants venus de Libye de traverser la frontière italo-française. Elle n’y parvient pas dans tous les cas et des groupes se forment et se reforment, comme à Calais ou à Paris, où les autorités procèdent à des évacuations pour voir revenir, au bout de quelques semaines, ceux qu’elle avait dispersés ou envoyés dans des centres d’accueil. Les réfugiés semblent commencer à comprendre qu’ils ne parviendront pas à passer la Manche et que la Grande-Bretagne n’est pas l’eldorado qu’ils imaginaient. Du coup, beaucoup souhaitent rester en France et demandent l’asile. Ils sont les premiers à réclamer une assistance et des conditions d’accueil acceptables, sans mesurer les difficultés que soulève leur afflux massif en Europe.
Une bonne organisation des secours reposerait sur le respect du principe de dispersion des migrants entre les 27 États de l’Union. Le problème principal est la convergence de populations africaines vers le territoire libyen, zone anarchique dont les frontières, ensevelies dans le sable du désert, sont des passoires. Les passeurs y pullulent et, dans un certain nombre de cas, les ONG ont été accusées de les payer directement pour que les migrants soient recueillis en Méditerranée avant de faire naufrage. On comprend le désir des organisations de mettre un terme à une hécatombe qui n’honore pas l’Europe. On devine aussi que l’encouragement donné aux passeurs de Libye soulève la colère des Italiens, qui n’ont pas vraiment les moyens financiers de recevoir et d’héberger des dizaines de milliers de personnes chaque année.

Normaliser la Libye.

Dans ces conditions, le seul espoir est la normalisation politique de la Libye, qui fait l’objet d’efforts diplomatiques intenses, mais sans succès jusqu’à présent. Bien sûr, le mieux serait de fixer les populations africaines sur les territoires qu’elles occupent. On continue à vouloir distinguer les réfugiés politiques et les migrants économiques, mais une fois qu’ils sont arrivés en Europe, on commet la même injustice si on parvient, dans des cas rares, à les renvoyer chez eux, méthode à la fois cruelle et coûteuse. Il n’est pas plus facile d’investir en Afrique pour y créer les conditions de développement économique qui finirait, à très long terme, d’effacer le rêve européen dans l’esprit des Africains.
Il n’y pas pourtant de difficulté dont la relance, politique et économique, de l’Union européenne ne pourrait venir à bout. Il faut d’abord une explication franche entre ceux des membres de l’UE prêts à faire quelques sacrifices et ceux qui, notamment à l’est, veulent tous les avantages et aucun des inconvénients de l’UE. Il faut tarir le flux migratoire pour traiter d’une manière décente les migrants déjà arrivés.

RICHARD LISCIA

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Fisc : le revirement

Hulot veut fermer 17 réacteurs nucléaires d’ici à 2025
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Le gouvernement mène sa politique fiscale tambour battant, mais dans une course faite de zigzags et même de retours en arrière. Édouard Philippe avait annoncé un étalage dans le temps de la suppression de la taxe d’habitation et du réaménagement de l’impôt sur la fortune (ISF), voilà maintenant, selon France Info et une confirmation de l’AFP, que les deux mini-réformes seront accomplies l’an prochain.

LA SUPPRESSION de la taxe d’habitation prendra néanmoins plus qu’une année puisqu’elle va s’appliquer progressivement. En outre, elle ne concernera que 80 % des ménages et ne s’appliquera pas aux foyers les plus aisés. Quant à l’ISF, il sera transformé en impôt immobilier car les placements en actions ou obligations n’entreront plus dans son calcul. Le total de ces mesures coûtera douze milliards et, compte tenu des très sérieuses difficultés à ramener cette année le déficit budgétaire au-dessous de la fameuse barre des 3 % du produit intérieur brut, on voit mal comment, dès l’année prochaine, le gouvernement sera capable de renoncer à 12 milliards de recettes et parviendra simultanément à présenter un budget 2018 en quasi-équilibre.

Énorme chantier.

D’autant que les sources de dépenses se multiplient. Ainsi, Nicolas Hulot, ministre de l’Environnement, envisage maintenant de démanteler un nombre élevé de réacteurs nucléaires, « peut-être jusqu’à 17 », d’ici à 2025. Il ne nous dit pas comment cet énorme chantier sera financé. Pour le moment, il se contente de dire que les centrales concernées sont usées et dangereuses, ce qui entraînera sans aucun doute une polémique avec les industriels et les syndicats. Cependant, le problème réside moins dans le financement lui-même que dans les contradictions, M. Macron ne disant pas la même chose que M. Philippe et les ministres n’exposant pas les mêmes idées que le chef du gouvernement.
Il n’est pas impossible, en effet, que le pouvoir trouve, dans les cinq ans qui viennent et avec une poussée de croissance, les ressources nécessaires à ses nombreuses réformes. Mais le plan d’action que forment les diverses déclarations contient des contradictions, des dépenses imprévues, des hausses et des baisses d’impôt dont il est difficile de comprendre la logique. Bien sûr, l’opposition de gauche dénonce déjà une baisse de l’ISF qui coïncide avec une hausse de la CSG, et souligne un choix « dégueulasse », comme le dit finement Alexis Corbière, député de la France insoumise. Mais, sans entrer dans la polémique sur ce qui justifie une hausse ou une baisse d’impôts, il devient évident qu’il n’existe pas de projet chiffré, clair et précis, sur les intentions du gouvernement qui, comme ses prédécesseurs, est pris dans la tenaille : diminuer les dépenses publiques et diminuer les impôts. Or les dépenses publiques ne vont pas ralentir si toutes les décisions de François Hollande sont maintenues (les fameux huit milliards qui manquent dans le budget « insincère » de 2017) et si on démantèle 17 réacteurs nucléaires.

Le chiffrage est essentiel.

Le gouvernement, dont on ne cesse de répéter qu’il maîtrise sa communication, doit mettre un terme aux incohérences entre les déclarations que font ses membres. Cela passe sans doute par un minimum de discipline dans les ministères, même si, de toute évidence, Nicolas Hulot entend appliquer des mesures sans lesquelles il ne serait pas entré au gouvernement si elles n’avaient fait l’objet d’un accord entre lui et le président de la République. Le Premier ministre peut dire toutefois qu’il est dans le même cas : son discours de politique générale avait au moins l’avantage de la cohérence et de la prudence fiscale. Le président Macron a jugé que le report de certaines baisses d’impôt trahissait ses objectifs politiques et rendaient insupportable la hausse de la CSG. Il a donc apporté un correctif primordial aux annonces d’Édouard Philippe, sans pour autant donner la clé du financement de ses ambitions. Le chiffrage des dépenses et recettes pour cette année et l’année prochaine est indispensable à la crédibilité du pouvoir.

RICHARD LISCIA

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Le choc Trump-Poutine

Trump à Hambourg
(Photo AFP)

La rencontre à Hambourg, à l’occasion du G-20, de Donald Trump et Vladimir Poutine, a eu lieu dans un climat tendu par de très fortes divergences politiques, sur l’Ukraine notamment, mais également sur la Syrie, où les deux pays sont en concurrence pour le contrôle de la région.

LES CARACTÈRES des deux présidents n’offrent pas vraiment un choix enthousiasmant. M. Poutine défend une analyse diplomatique fondée sur le recours à la force et sur l’ambition de rendre la Russie à sa grandeur d’autrefois (« Make Russia great again »). M. Trump, en revanche, est arrivé au pouvoir en affirmant que rien de particulier ne l’opposait à Moscou et qu’il voulait en faire une partenaire des Etats-Unis. Il lui a fallu déchanter, d’une part parce qu’il est menacé par diverses enquêtes sur les relations entretenues avec la Russie par son équipe de campagne électorale et d’autre part parce qu’il s’est laissé convaincre par ses conseillers qu’il est bien trop tôt pour estimer que la Russie n’est plus hostile aux États-Unis. Du coup, M. Trump est redevenu atlantiste, ne voit rien de plus utile que l’OTAN, et met en sourdine son protectionnisme. Il a d’autant plus besoin de contrer la Russie que le soupçon d’une collusion de son camp avec les dirigeants russes continue de peser sur sa présidence.

Mandat unique ?

Cependant, les quelque six mois que M. Trump a passés à la Maison Blanche montrent sa versatilité politique bien plus qu’un ancrage dans des idées fortes. Auteur de tweets incessants et multiples, il sait mieux exprimer son humeur du moment, quelques menaces sans lendemain (comme avec la Corée du Nord) et beaucoup de vulgarité que des orientations politiques sur lesquelles ses alliés peuvent compter. La tonalité générale de ses prises de position offre un peu d’oxygène à l’OTAN et à l’Union européenne, certes menacées de manoeuvres commerciales ou financières par Washington, mais qui commencent à s’habituer à des déclarations intempestives se limitant à des piques désagréables plutôt que constitutives d’une idéologie d’affrontement. La plupart des partenaires de l’Amérique attendent, en gros, que la présidence Trump se termine à la fin de son premier mandat, que d’aucuns souhaitent unique, en se protégeant aussi bien que possible, dans l’intermède, contre ses accès de mauvaise humeur désormais plus dirigés vers l’opposition intérieure que vers les amis habituels de son pays.

Macron à Trump : l’Amérique, c’est ça.

Emmanuel Macron, pour sa part, a eu l’habileté d’inviter M. Trump au défilé militaire du 14 juillet, à l’occasion du centième anniversaire de l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne en 1917. M. Trump a accepté, et cette concession à l’amitié franco-américaine est tout un programme. En effet, des militaires américains participeront au défilé et le président de la République sera en mesure de rappeler à son homologue que ce qu’il réprouve aujourd’hui, à savoir les alliances de son pays, ses engagements en faveur de la paix et de la liberté, le culte du libre-échange constituent des valeurs sûres qu’il ne peut renier sans rejeter simultanément ce qui fait le ciment idéologique, économique et politique des nations occidentales. Bien entendu, même si Donald Trump se montre sensible à cette argumentation, cela ne veut pas dire qu’il va s’en imprégner durablement. Il peut rentrer chez lui et ignorer le sens de son voyage, surtout si les enquêtes qui se poursuivent aux États-Unis continuent à le mettre sur la défensive. Pourtant, d’une façon générale, ce deuxième périple de M. Trump à l’étranger sera reçu par l’opinion américaine comme une preuve que les liens historiques entre Occidentaux ne doivent pas être altérés dans un moment aussi incertain et dangereux des relations internationales.

RICHARD LISCIA

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