Un message pour l’été

Soleil couchant
(Photo AFP)

L’heure des vacances a sonné, pour moi aussi. Je vous salue donc tous en espérant que avez pris ou allez prendre quelques semaines de repos. Il est salutaire de prendre ses distances avec le travail et, surtout, avec l’actualité.

AUSSI ai-je souhaité consacrer ces quelques lignes à une brève réflexion d’ensemble. Nous venons d’assister (et ce n’est pas fini) à une empoignade politique entre le pouvoir et les oppositions, qu’il faut désigner au pluriel parce que rien ne rapproche la droite de la gauche, ou l’extrême gauche de l’extrême droite. Ces quatre oppositions différentes ne se sont pas unies pour renverser le gouvernement et ne peuvent pas nous offrir un seul programme. S’il est normal, en démocratie, de critiquer et de se dresser contre l’exécutif, il faut aussi présenter aux citoyens un dessein explicite quand on est dans l’opposition. Ce n’est le cas pour aucun des partis qui ont fustigé, vitupéré, insulté, agoni d’injures le gouvernement. L’exercice de la démocratie ne se résume pas à l’outrance verbale, il ne peut fonctionner que si au programme du pouvoir est opposé un contre-programme crédible. Dans certains cas, il n’y en a pas, dans d’autres il en existe mais qui ne verront pas le jour si ne se forme pas une majorité en faveur du projet.

De l’infaillibilité du pouvoir.

Aucun gouvernement n’est infaillible. Des gouvernements sont plus faillibles que d’autres. Celui d’aujourd’hui a lancé une quarantaine de réformes dont l’objectif global est d’en finir avec les blocages et les scléroses qui empêchent la société française de s’affranchir du chômage, de travailler plus, de produire plus à des prix compétitifs. Au terme de cet effort, qui durera plus longtemps que les treize mois qu’Emmanuel Macron a passés à l’Élysée, les Français devraient ressentir les effets positifs de ces réformes. C’est pourquoi il m’a semblé que la tentative de type insurrectionnel des oppositions, dictée par une affaire dont la gravité a été soulignée à gros traits mais n’atteint pas le degré d’affaires précédentes où sont impliqués tous les partis, peut certes semer le trouble mais ne nous apportera pas une solution de rechange. Le scandale est à mon sens moins destructeur que le comportement des scandalisés.

Tous les lecteurs de ce blog peuvent avoir un avis différent, c’est une évidence que je rappelle quand même. Mais une autre évidence fait que je ne suis pas obligé d’écrire ce que souhaitent un certain nombre de lecteurs  et que je continuerai à exprimer mon opinion dans une liberté absolue, celle que m’a généreusement accordée la direction du groupe de presse auquel j’appartiens.

Je vous souhaite d’excellentes vacances et, si vous restez intéressés, je vous retrouve le 23 août. Il me paraît utile de signaler quelques chiffres : en six ans, j’ai publié 1 412 articles sur ce blog, et 3217 commentaires, soit plus de deux commentaires par article en moyenne. Le système de sécurité lié au blog a signalé comme indésirables 16 825 commentaires.

RICHARD LISCIA

 

 

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Après l’été, l’orage

Bruno Le Maire
(Photo AFP)

Comme le catastrophisme est l’état d’esprit le mieux partagé, tout le monde s’accorde à dire que les temps vont devenir difficiles pour l’exécutif. Cette thèse a le mérite du réalisme. L’affaire Benalla va aviver les tensions qui naîtront à la rentrée des nouvelles difficultés économiques et sociales qu’apportera une conjoncture économique maussade.

LE PRÉSIDENT a perdu, avec le scandale qu’on lui a accroché à la veste, une partie de la liberté de manoeuvre dont il bénéficiait jusqu’à présent. L’adoption, juste avant les vacances, de la loi sur l’avenir professionnel et de la loi asile/immigration, a certes démontré que le gouvernement reste  en possession de ses moyens, comme l’a promis mardi Édouard Philippe aux oppositions déchaînées. À noter à ce sujet que, si les élus de droite étaient tous présents pour voter leur motion de censure, ils n’étaient plus qu’une trentaine pour terminer l’examen des deux réformes. À eux de mesurer leur utilité quantifiable. Le climat politique est d’autant plus alourdi que les enquêtes, celles de la justice et celle du Sénat, se poursuivront à la rentrée, ce qui va donner aux éditorialistes tous les ingrédients de leur prose et occulter partiellement des dossiers plus importants. On a fait grand cas d’un commentaire au vitriol de la Frankfurter Allgemeine, vénérable quotidien allemand et dont on a remarqué qu’il avait traduit littéralement ce qui s’écrit dans nos propres journaux, un peu comme si mes confrères d’outre-Rhin n’avaient pas le temps de se forger une opinion.

Le bond de l’inflation.

En septembre, la seule question qui vaille portera sur la croissance et l’inflation, la première ayant ralenti au deuxième trimestre, la seconde ayant fait un bond. Or le gouvernement, jusqu’à présent, n’a pas réussi à réduire considérablement le taux de chômage, qui reste très élevé par rapport à la moyenne européenne (et encore plus élevé si on le compare aux performances de l’Allemagne, en situation de plein emploi). Nous avons plus de trois millions de chômeurs,  soit un taux de plus de 9 %, c’est énorme. Les critiques, désormais coutumières, adressées à la hausse de la CSG et  à la réduction de certaines prestations sociales comme l’aide au logement, vont donc s’amplifier au moment où les pouvoirs publics devront boucler un budget bien difficile à équilibrer. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, ne peut pas augmenter les impôts, il ne peut plus réduire les dépenses sociales, et la croissance est trop faible pour lui permettre de maintenir les dépenses à leur niveau actuel. Il se trouve en outre que la hausse du prix du pétrole a eu des conséquences négatives sur notre économie, puisqu’elle a entraîné un redémarrage de l’inflation. À 2,3 % sur un an, elle doit être modérée, l’objectif des banques centrales étant de 2 %. Comme les États-Unis augmenteront les taux d’intérêt avant la fin de l’année, la BCE (Banque centrale européenne) finira, tôt ou tard, par imiter la Banque fédérale des réserves des États-Unis.

Une stratégie compliquée.

La BCE n’aime pas ce scénario qui augmenterait fatalement le poids de la dette contractée par les pays de l’Union européenne et entraînerait de nouveaux déficits budgétaires. Nous entrons dans une phase très compliquée de la gestion des économies et des finances européennes. Le gouvernement a affirmé hier qu’il comptait sur une croissance de 1,8 %  en 2018, il faudra qu’il le prouve. Cependant, pour lui, ce qui comptera dans les mois qui viennent, c’est que les réformes déjà en vigueur commencent à produire des résultats. Les Français finiront par oublier l’affaire Benalla s’ils ont le sentiment que leur pouvoir d’achat s’améliore. Une stratégie a été choisie, celle de compenser les hausses d’impôt par une réduction de la taxe d’habitation. Elle est d’autant plus compliquée à mettre en oeuvre qu’elle représente un manque à gagner de quelque 10 milliards pour les collectivités locales, déjà pénalisées par la diminution du soutien financier de l’État.

RICHARD LISCIA

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Une défaite à la Pyrrhus

Edouard Philippe hier
(Photo AFP)

Présenter comme un triomphe l’échec de deux motions de censure, voilà où se situe le tour de force des oppositions. Non seulement elles n’auront pas déstabilisé le gouvernement, mais elles ont démontré que la crise politique par elles engendrée était factice.

EN PREMIER LIEU, et quoi qu’en disent quelques commentateurs à charge, il n’y avait aucune raison de demander au Premier ministre des comptes sur une affaire circonscrite à l’Elysée. Edouard Philippe qui, pour la deuxième fois, a fait la preuve de sa résilience, de son équanimité et de son talent oratoire, a su renvoyer les aboyeurs de l’Assemblée à leurs limpides arrière-pensées : ils ont instrumentalisé l’affaire dans l’espoir de bloquer les réformes, il leur a annoncé qu’il les poursuivrait sans relâche.

Un électron libre.

Il n’y a strictement rien dans le dossier Benalla, sinon que le personnage est un électron libre auquel le président Macron a accordé trop hâtivement sa confiance. Alexandre Benalla n’est pas une barbouze, c’est seulement un homme qui a cru que ses fonctions à l’Elysée l’autorisaient à mener une expédition dans le Paris du 1er mai, avec son ami Vincent Crase, qui n’est pas moins coupable que lui. Il n’existe pas de police parallèle autour du président, et s’il en existe une, qu’on nous donne des noms. Il est tout de même paradoxal que Christian Jacob, chef des LR à l’Assemblée,  héraut d’un gaullisme que M. Macron sert mieux que lui, prononce le mot de « barbouze », jadis employé pour désigner le Service d’action civique, ou SAC, cher à Charles Pasqua.  Néanmoins, la majorité a tangué,  Christophe Castaner, à la fois secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement et chef de la majorité REM (mélange des genres) a réagi par un repli tactique, les hommes dits forts du président ont surtout cherché à se disculper, et de ce chaos émergera, comme M. Macron l’a promis, une profonde réorganisation des services de l’Elysée. C’était acquis avant que les oppositions redoublent de férocité, d’injures et qu’elles piétinent la présomption d’innocence, moins en ce qui concerne Benalla que le président lui-même, accusé au cours du débat de l’Assemblée d’avoir menti et d’avoir couvert l’affaire.

Passion contre raison.

Peut-être l’a-t-il fait, mais dans ce cas, cela signifie surtout qu’il n’a pas prévu que, ivres de rage, de jalousie et surtout de revanchisme, la gauche et la droite, poussées à l’apogée de la jubilation par l’occasion inespérée que la maladresse du pouvoir leur a offerte, ne le lâcheraient pas. Elles ne sont parties en vacances aujourd’hui qu’avec l’immense espoir de lui mener la vie dure dès le 3 septembre. Ainsi va la vie politique, plus passion que raison, plus communication qu’action. Ce qui n’enlève rien à la réalité de quelques faits dont on est à peu près sûr : il est possible, même si M. Philippe dit le contraire, que la réforme de la Constitution ne soit pas examinée à la rentrée et, si elle l’est, qu’elle ne ressemble guère au projet initial. Toutes les relations du pouvoir avec les corps intermédiaires seront révisées et encadrées par des règles qui redéfiniront l’organisation du travail exécutif et législatif. Il n’est pas certain que le chef de l’Etat renonce à quelques-unes de ses provocations favorites comme « Qu’ils viennent me chercher ! » mais il va être contraint de témoigner un peu de respect à ses interlocuteurs, fussent-ils eux-mêmes ses pires détracteurs. La recherche de rapports plus sains entre les institutions est valable pour tous, y compris M. Macron.

La procrastination n’est pas un crime.

Pour autant, la République n’est pas une monarchie et les étiquettes que l’on accroche au dos du président ne sont que des gadgets de communication. Il n’est ni le président des riches, ni celui des villes. Il n’existe ni monarchie à l’Elysée ni trône dans son bureau et sa façon d’exercer le pouvoir n’est pas plus exclusive que celle de ses prédécesseurs, on a tendance à l’oublier. La fin de l’état de grâce n’a pas eu lieu hier car M. Macron n’a jamais bénéficié de cet état. Sa victoire fulgurante en 2017 a provoqué dans toute la classe politique du « vieux monde » une énorme réaction immunitaire qui s’est traduite par une fièvre croissante et ces jours-ci si aiguë qu’elle a conduit le malade au délire. Tout ça pour un jeune homme de 26 ans qui a gravi si vite les échelons qu’il a fini par tomber de l’échelle.

La réaction excessive, hystérique, haineuse des oppositions traduit principalement celle d’hommes et de femmes si souvent confrontés au scandale qu’ils en voient (ou feignent d’en voir) partout. Comme M. Macron était vierge jusqu’à présent, ils ont absolument voulu qu’il soit déniaisé. Il a été indulgent, il a cru passer entre les gouttes, il aurait dû ordonner le licenciement de Benalla et de Crase dès le 2 mai. Mais la procrastination n’est ni un crime ni un délit. Et la preuve qu’il n’existe pas de système parallèle à l’Elysée sera apportée par les enquêtes parlementaires et judiciaires en cours. Les oppositions auraient pu se contenter de ces enquêtes, qu’elles ont exigées et obtenues, apportant bien malgré elles la démonstration du fonctionnement impeccable de nos institutions, celles qu’elles contestent tant qu’elles n’ont pas le pouvoir, lequel suffit à rendre belle et bonne « la République monarchique ».  Enfin, il n’est pas vrai que la présidence macronienne est une montagne dont nul ne peut gravir les pentes. Le 2 mai, l’Elysée dormait sur ses deux oreilles, mais les révélations du « Monde » du 18 juillet ont déclenché une série de dispositions légales dont l’ensemble témoigne de la vivacité de la démocratie française. Cela n’a pas suffi à ces oppositions si divisées qu’elles ont présenté deux motions de censure concurrentes et également minoritaires. Ceux qui vitupèrent le pouvoir sont bien incapables de le prendre.

RICHARD LISCIA

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Les leçons d’un été bouillant

Incendie en Suède ce mois-ci
(Photo AFP)

Le phénomène caniculaire qu’endurent tous nos concitoyens, qu’ils travaillent ou soient en vacances, est exceptionnel car il n’est pas limité à la France mais s’étend sur tout l’hémisphère nord de Vancouver à Vladivostok. Cette année, nous avons été projetés dans un avenir douloureux. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur le réchauffement climatique.

SI LES Français ont chaud, les Californiens se battent contre une vingtaine d’incendies qui grillent forêts et maisons, les Japonais, après une séquence d’inondations, sont écrasés par un typhon, le nord de la Suède, aux confins du cercle polaire, flambe. L’intensité de la chaleur et sa généralisation nous montrent qu’il n’y a pas vraiment où aller pour se rafraîchir. Nous pensons tous à installer la climatisation dans nos foyers, nous ne ferons que contribuer à l’effet de serre. De même que pour éliminer le moteur à explosion, nous allons produire par millions des batteries électriques dont le nombre et les éléments participeront à la pollution de l’environnement. De même que les alternatives au mode de vie actuel seront pratiquement impossibles à atteindre. Trop de bitume, trop de constructions, absence croissante de végétation, les pluies sur un sol aussi dur se transforment en inondations. Dans plusieurs régions du monde, de la Californie à l’Australie, le choix est entre le feu et l’eau.

L’accord sur le climat.

Les efforts des gouvernements qui ont pris conscience de l’ampleur et de la gravité du phénomène pour changer les modes de vie et tenter d’appliquer des règles de comportement afin de réduire les gaz à effet de serre et une angoissante pollution, comme celle des océans par des territoires de plastique, sont les bienvenus. Que Donald Trump s’oppose à une politique de la propreté est conforme à l’immense bêtise de la plupart de ses décisions. Et même si villes, comtés et États américains se hâtent d’imposer leurs règles écologiques locales, le retrait des États-Unis des accords de Paris est un coup dur porté à un programme mondial qui n’a de chances de réussir que s’il est appliqué par toute la planète.

Cependant, quand on nous dit que, cette année par exemple, nous avons déjà dépassé le seuil d’extraction des ressources naturelles que la planète peut nous fournir en une année, on ne nous explique pas vraiment pourquoi. Assurément, le niveau de développement atteint par les sociétés occidentales a sa très grosse part de culpabilité. Mais le problème s’est compliqué par l’accession à des niveaux de vie décents de plusieurs centaines de millions d’Asiatiques et d’Africains. Il n’est pas question de leur nier le droit de vivre aussi bien que nous. Il faut seulement se demander si nous pouvons tous nous établir dans le confort humain, celui que nous avons défini siècle après siècle, grâce au progrès. Il s’agit de prendre conscience d’une démographie qui est la principale responsable du réchauffement climatique. En un peu plus d’un siècle, la population mondiale a été multipliée par sept. À observer les immenses espaces de l’ouest américain, de la Sibérie, de l’Australie ou du Brésil, nous pensons que la surface de la Terre est assez large pour accueillir un plus grand nombre  d’individus. Ce n’est pas vrai. Nous sommes trop nombreux, nous polluons dès que nous respirons, dès que nous mangeons pour vivre,  dès que nous nous donnons un toit, un véhicule, un objet pour communiquer.

Laisser faire ?

Or la démographie, c’est ce qui a permis au monde de parvenir à cet état de développement économique, de connaissances, de création artistique, d’humanisme. Plus notre cerveau est confronté à celui des autres, plus nous nous perfectionnons. Quand la Chine s’est aperçue qu’une population nationale d’un milliard et demi d’habitants est fort difficile à gérer et qu’elle a appliqué sa politique d’un seul enfant par foyer, elle a vieilli brutalement et, pour des seniors qui réclament une retraite, elle ne trouve plus les jeunes qui doivent payer pour eux-mêmes et pour leurs anciens. La vérité est que nous sommes parvenus à un moment de grand déséquilibre planétaire, qu’il y a trop de monde sur la Terre, et surtout des populations mal réparties : quand la Chine manque de jeunes, l’Afrique en a trop, qui arrivent sur un marché incapable de les nourrir. D’où les phénomènes migratoires qui sont devenus obsessionnels en Europe et aux États-Unis. Le problème étant général, je ne vois pas comment il sera résolu par des gouvernements qui ont beaucoup de mal à s’entendre et dont beaucoup refusent qu’on leur fasse la leçon. Devant un obstacle aussi élevé, peut-être infranchissable, on a tout le loisir de se demander s’il ne faut pas traiter l’absence de régulation de la démographie par l’indulgence, en espérant qu’elle se règle toute seule à la faveur du développement. Ainsi la croissance, facteur numéro un de pollution, finirait pas arrêter le galop démographique.

RICHARD LISCIA

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La farce législative

Michel Delpuech, préfet de police
(Photo AFP°

Une motion de censure est un instrument constitutionnel utilisé pour faire tomber un gouvernement. Demain, les partis politiques en déposeront deux. La gauche présente sa motion, la droite, la sienne. Aucune des deux n’a la moindre chance d’obtenir l’effet supposé.  Le Premier ministre, Édouard Philippe, répondra, en un exercice unique, aux questions des députés.

OLIVIER FAURE, chef du PS, souligne ce matin qu’il n’est pas question pour les socialistes de voter la motion de la droite. Car, explique-t-il,  la gauche ne formera pas une majorité avec les Républicains. Il admet que ce double effort destiné à évincer le gouvernement n’aura aucun effet, sinon de servir « d’alerte ». On croyait que les Français, à 80 %, critiquent sévèrement le pouvoir, on voit que M. Faure a encore besoin d’alerter l’opinion. La vérité est ailleurs. Divisées, les oppositions éprouvent le besoin d’entrer dans l’histoire en créant un scandale d’État là où il y a une affaire dont les institutions sont parfaitement capables de décrire les tenants et les aboutissants. Les ressorts de cette dramatisation de la crise sont parfaitement apparents : il s’agit, dans le cadre d’un quinquennat qui devra, de toute façon, parvenir à son terme, affaiblir Emmanuel Macron en nuisant, non sans l’aide empressée des médias trop heureux de parler d’autre chose que du tour de France, à la réputation du chef de l’État et de ceux qui l’entourent.  Depuis plus de dix jours, je n’ai pas vu une seule émission politique qui ne soit à charge, je n’ai pas  entendu une seule nuance dans les commentaires des journalistes invités sur les plateaux. Cette attitude a un nom : le manichéisme.

Toutes les grimaces possibles.

Le cas Alexandre Benalla n’est pas anodin. Il se défend fort bien en inondant la presse d’interviews « exclusives », mais il a commis une grave erreur. La réactivité des élus et des médias a été satisfaisante. La vérité sera faite rapidement sur ce qui s’est passé. Mais on est déjà sûr que, si M. Benalla a usurpé des fonctions, il n’a commis ni crime, ni violence extrême. Pour réagir avec une colère d’autant plus bruyante qu’elle était feinte, les oppositions ont fait toutes les grimaces possibles, ont poussé des cris de douleur assourdissants, ont prétendu défendre les institutions alors qu’elles les instrumentalisent pour mieux nuire au pouvoir. Il n’est pas contestable que la sanction prise contre M. Benalla a été relativement indulgente, ni que l’Élysée a cru couvrir l’affaire pour passer à autre chose, commettant de la sorte une erreur tactique qu’il paie très cher. Mais, lorsque les enquêtes judiciaires et parlementaires auront établi les faits de manière exhaustive, ils diront principalement que M. Benalla et son ami Vincent Crase sont allés à la bagarre le 1er mai comme des gosses, ou  des irresponsables. M. Benalla a ainsi révélé une partie de sa personnalité qui aura échappé au chef de l’État et à son entourage. C’est ce qui conduit M. Macron à dire qu’il est déçu et se sent trahi.

Les acquis obtenus par les oppositions.

De tous les scandales qui ont jalonné les 58 années de la Ve République, celui-ci, pour autant qu’on en connaisse aujourd’hui les éléments principaux, est le moins grave et, si le président est éclaboussé, c’est plus par les injures lancées contre lui que par l’affaire, qui, au terme des enquêtes, pourrait bien apparaître comme le produit d’une analyse erronée de M. Macron sur le vrai caractère de M. Benalla. Faisons un premier bilan politique : rien ne rapproche les quatre forces politiques qui ont déposé deux motions de censure. Non seulement elles ne peuvent pas chasser le pouvoir, mais, dès lors qu’elles n’ont rien en commun, leur succès serait le signal d’un chaos sans précédent depuis 1940. Elles ont néanmoins obtenu plusieurs acquis : la disparition possible de la réforme constitutionnelle, la réorganisation des services de l’Élysée dans un contexte de sélection infiniment plus exigeante, l’affaiblissement moral de M. Macron et de la République en marche, une érosion politique de la majorité qui, cependant, pourrait n’être que temporaire ; elles ont prouvé l’excellente qualité de nos institutions qui ont joué à la fois en leur faveur et contre elles puisque les motions de censure les ridiculisent.

Quand le préfet de police, Michel Delpuech, a parlé  « de copinage malsain », qui visait-il ? Peut-on, dans le cadre du débat, insinuer l’idée, qui n’a été émise que par très peu de gens, que M. Benalla avait noué des relations privilégiées au plus haut niveau dans la police et que la première chose à faire, c’est de mettre un terme à ce mélange des genres ? Mais qui peut croire que M. Macron ou ses subordonnés ont lâché la bride à M. Benalla ? Car dans quel intérêt l’auraient-ils fait ? À n’en pas douter, cette affaire va déclencher quelques réformes discrètes dont on entendra très peu parler. L’essentiel, n’est-ce pas, est d’avoir marqué au fer rouge le dos de M. Macron pour mieux cibler la fusillade insensée à laquelle il est exposé depuis dix jours.

RICHARD LISCIA

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Le choc droite-Macron

François Molins
(Photo AFP)

Le harcèlement des oppositions confine à l’hystérie. Pourtant la lumière sera faite inévitablement sur l’affaire Benalla au niveau de la justice et des élus. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) remettra son rapport ce soir. Dans ces conditions, pourquoi les élus poursuivent-ils leur guérilla ?

UN CERTAIN nombre d’éléments ternissent l’action du pouvoir dans cette affaire. Le tentative de mettre le couvercle sur le « scandale » fait l’objet d’une plus grande suspicion depuis  que le procureur François Molins, dont la compétence est saluée partout, a demandé publiquement pourquoi il n’y a pas eu de poursuites contre le couple de manifestants molestés par Alexandre Benalla. Ils ont en effet commis des violences répétées contre les forces de l’ordre. Dans l’esprit de M. Molins, le sous-entendu est que, s’ils n’ont pas été poursuivis, c’est que la police n’a pas voulu faire de vagues. Quitte à ce que cet homme et cette femme pâtissent d’une instruction, l’indulgence dont ils ont bénéficié jusqu’à présent pourrait avoir un rapport avec l’interférence du pouvoir dans le fonctionnement de la justice. Sauf que, sur un total de 280 interpellations du 1er mai, 44 n’ont fait l’objet d’aucune poursuite. Il est donc peu probable qu’il y ait eu, dans ce cas précis, une volonté de dissimuler l’affaire. De son côté, Emmanuel Macron, s’il a réussi à remobiliser ses troupes qui, désormais, se montrent plus combatives, ce qui augmente la tension générale, a inspiré aux oppositions une colère durable. Elles veulent, en réalité, faire durer la crise pour affaiblir le président.

L’objectif est-il la recherche de la vérité ?

Première action concertée : la complicité de forces politiques habituellement incompatibles dans la décision spectaculaire de quitter la commission d’enquête de l’Assemblée, sous le prétexte que Yaël Braun-Pivet, co-rapporteur de la commission, refuse l’audition ou la ré-audition d’un certain nombre de responsables politiques. En réalité, entre les auditions de l’Assemblée et du Sénat, aucune personnalité susceptible d’avoir joué un rôle n’aura échappé aux questions des parlementaires, au terme des enquêtes. Deuxième action : le dépôt d’une motion de censure par les Républicains et le dépôt d’une autre motion de censure par toute la gauche, dans la foulée des Insoumis. Je veux bien que tout soit possible, que les démarches les plus incongrues soient dictées par la seule recherche de la vérité, je veux bien que « M. Macron ait été secoué comme un cocotier » (propos de journaliste), mais ce sont les institutions elles-mêmes qui sont attaquées et risquent de ne pas s’en remettre. Le mécontentement tonitruant, la hargne tenace et la colère théâtrale de la droite sont-ils sincères ? S’agit-il, pour elle, d’accomplir un travail objectif ? Non, il s’agit, chez certains surexcités, de faire tomber Macron, comme si c’était possible, comme si la Constitution, celle-là même que la droite refuse désormais d’amender, n’empêchait pas une telle issue.

Sur la crédibilité des oppositions.

M. Macron s’est déclaré l’unique responsable du recrutement de M. Benalla et de ses conséquences. Il n’a jamais minimisé les faits. Il a reconnu que celui que l’on présente comme son protégé ( la protection d’un président peut-elle aller jusqu’à son suicide ? Ce serait une première) avait commis une faute grave. Mais il n’a pas tort de dire qu’il faut relativiser les conséquences de cette faute où il y a certes eu abus de pouvoir, mais qui ne salit pas la réputation des 800 salariés de l’Élysée. Pourquoi est-il temps de mettre un terme à cette tragi-comédie ? Parce que la crise politique est  factice et qu’elle éloigne toutes les forces vives du pays du travail qui leur incombe. Que la réforme de la Constitution ne soit pas votée, ce n’est pas la fin du monde, elle n’est pas à mon sens, indispensable. Que des députés fassent une grève perlée, un peu comme les cheminots, me semble moins acceptable. Ils ne peuvent pas pratiquer la politique de la chaise vide et prétendre simultanément qu’il n’existe plus de débat contradictoire. Ils ne peuvent pas davantage offrir à l’opinion ce lamentable spectacle qui justifie la désaffection et même le mépris croissant à l’égard de la démocratie. Dans leur fol entêtement à confondre M. Macron, les oppositions sont en train de perdre leur crédibilité. Elles espèrent jouer leur jeu avec d’autres règles que celles du droit, elles n’y sont pas autorisées et si, en définitive, elles paralysaient le parlement, elles commettraient un délit, peut-être un crime, bien plus graves que celui qu’elles reprochent à M. Benalla.

Manigances.

Je peux citer un grand nombre de scandales beaucoup plus sérieux qui ont ébranlé la République mais n’ont jamais produit de cataclysme institutionnel. La colère et la violence finiront par devenir elles-mêmes le scandale. Un peu de sérénité et de patience seraient bénéfiques pour le pays. Je ne vois pas pourquoi les oppositions devraient être tellement frustrées, alors qu’il y a deux enquêtes parlementaires en cours,  puis celle de l’IGPN et celle de la justice, tous organes agissant dans une totale indépendance et auxquels le président, ses ministres et son cabinet se sont docilement soumis. Demander encore plus, c’est quoi ? Arrêter le soleil pour interrompre l’été et les vacances, que tous, accusateurs et accusés, se préparent à prendre ? Précédemment, je me félicitais de la célérité et de l’extraordinaire réactivité des institutions dès le jour où l’affaire a été révélée (le 18 juillet par « le Monde »). Aujourd’hui je me demande si cette impressionnante force du droit en France ne va pas être occultée par des manigances qui n’honorent pas leurs auteurs.

 

RICHARD LISCIA

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Le nuage de la guerre

Yaël Braun-Pivet
(Photo AFP)

À la contre-offensive vigoureuse d’Emmanuel Macron, les opposants ripostent par un feu roulant de déclarations assassines. Le pouvoir veut mettre un terme à l’affaire, les partis politiques veulent maintenir le chaos institutionnel, au risque de lasser l’opinion publique.

UN FORMIDABLE feuilleton pour l’été. Chaque jour, riche en événements, fait osciller chacun d’entre nous entre les versions de l’affaire Benalla qui nous sont proposées. Le principal acteur de cette tragi-comédie, Alexandre Benalla, a donné une interview au « Monde » qui paraît aujourd’hui. Nous avons fini par connaître son salaire, 6 000 euros par mois, ce qui est beaucoup, mais pas scandaleux. Il reconnaît avoir commis une faute, mais il dénonce les manigances des médias et de la classe politique. Il se dit blessé par le mot de trahison, prononcé par le président de la République. Le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler,  vient de témoigner devant la commission de l’Assemblée. Il n’a pas vraiment dissipé les zones d’ombre qui demeurent sur le rôle exact que M. Benalla jouait à l’Élysée. Une perquisition a été effectuée dans le bureau de celui-ci, en sa présence. On en fait tout un plat, mais il y a des précédents, et pour des affaires plus graves, comme le suicide d’un conseiller de François Mitterrand, François de Grossouvre, en avril 1994.  On peut néanmoins retenir de ce fatras d’informations et de détails que M. Benalla bénéficiait de l’indulgence du président, séduit par son activisme, et qui ne l’a pas caché, mardi, dans son discours à la Maison de l’Amérique latine.

Nous sommes une démocratie.

Les partis, eux, ont dénoncé le comportement post-scandale de M. Macron avec des mots d’outragés, comme s’ils avaient, jusqu’à présent, pratiqué l’art de la dentellière. Le président a sans nul doute recruté et soutenu M. Benalla avec une certaine légèreté. Première erreur. La deuxième fut de critiquer une fois encore les médias, qu’il confond avec les réseaux sociaux, attribuant de la sorte à la presse sérieuse des informations qu’elle n’a jamais publiées et oubliant que, sans les journaux, personne n’aurait entendu parler de l’affaire. Il ressort de ce chaos que la presse française est libre et fait son travail ; que la justice s’est emparée de l’affaire dès qu’elle en a eu vent ; que les institutions sont d’une solidité à toute épreuve, puisque deux commissions parlementaires ont été créées et que, en conséquence, la domination du parlement par l’Élysée est un  faux argument. On a tout le loisir de déceler les failles dans les auditions, questions provocatrices assorties, comme toujours, de jugements discourtois sur la personne interrogée, réponses parfois confuses qui ne semblent dire qu’une partie de la vérité. Mais enfin, cette Constitution, que l’on a tellement hâte de changer, a été utile au pays, en démontrant que nous sommes une grande démocratie.

Les commissions ne sont pas des tribunaux.

Le problème ne vient pas d’un affaiblissement du pouvoir résultant de quelque catastrophe naturelle. Il vient des hommes qui l’exercent, ceux qui, au sein de l’exécutif, ne sont pas capables de tenir le même discours, ceux qui, au sein du législatif, transforment les commissions en tribunaux, avec sarcasmes, ironie, jugement hâtifs et personnels. Yaël Braun-Pivet, co-rapporteur de la commission de l’Assemblée, visiblement agacée par le tour quelque peu inquisitorial que prennent les auditions, estime qu’il n’y a plus lieu de convoquer d’autres personnalités politiques, alors que l’opposition veut entendre de nouveau celles qui se sont déjà exprimées ! Or, quels qu’ils soient, les faits sont désormais mineurs. Une immense bataille politique a été engagée par les oppositions. Pour la droite, qui a pris le commandement de l’offensive, il s’agit de reprendre à M. Macron les votes qui ont assuré sa victoire l’an dernier. L’objectif n’est nullement honteux, mais il serait souhaitable que les Républicains cessent de sonner le tocsin et de faire parler le canon. S’il existe un risque de dérive des institutions, c’est parce que les députés et sénateurs, pourtant confortés dans leurs droits comme jamais, finissent par en abuser, ce qui, à mon sens, est déjà fait.

Une motion de censure.

À quoi il est bon d’ajouter que des partis d’opposition vont déposer, lundi à l’Assemblée nationale, une motion de censure. Premier secrétaire du parti socialiste, Olivier Faure déclare que le PS ne la signera pas, mais qu’il pourrait bien la voter. Quel est ce genre de discours qui drape l’hypocrisie la plus nue dans un voile de vertu ? Le PS ne signera pas un  texte qui l’associerait à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Mais au fond, pourquoi ne pas profiter d’une aubaine ? Cette démarche, qui n’a, bien sûr, aucune chance d’aboutir, montre la fièvre délirante qui s’est emparée du corps politique. Danièle Obono, égérie de la France insoumise, se rapproche, dans les couloirs de l’Assemblée, de Marine Le Pen. On peut toujours considérer que les renversements d’alliances font partie de la vie quotidienne, mais la cohérence des uns et des autres est introuvable. Tout le monde veut la peau de Macron, personne n’hésite à plonger dans la compromission idéologique pour commettre le crime. Après la chute de Macron, ce sera quoi, le programme Le Pen-Obono ?

RICHARD LISCIA

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« Le responsable, c’est moi »

Macron hier soir
(Photo AFP)

Tous lui demandaient de s’exprimer, il l’a fait : pas dans des circonstances solennelles mais lors d’un pot de la majorité à la Maison de l’Amérique latine. Emmanuel Macron a déclaré : « Le seul responsable de cette affaire, c’est moi et moi seul ».

« S’ILS veulent un responsable, il est devant vous,  qu’ils viennent le chercher ! « , a encore dit le président de la République. Cela se passait hier soir et il n’était pas encore trop tard pour que l’opposition dénonce (une fois de plus) la méthode, le ton, la provocation. Mais de telles critiques ne portaient que sur la forme, pas le fond de l’affaire, car le pays commence à comprendre la stratégie de défense du chef de l’Etat. Il a en effet expliqué qu’il n’était pas question pour lui de s’en prendre aux « fusibles » du pouvoir, ce qui explique que les personnalités invitées à s’exprimer devant les deux commissions, celle de l’Assemblée et celle du Sénat, se soient évertuées à s’innocenter complètement. Le ministre de l’Intérieur, le préfet de police ou le directeur du cabinet de M. Macron, Patrick Strzoda, savaient que le chef allait assumer la responsabilité de toute l’affaire.

Revenir au fait-divers.

Cependant, le président s’est dit « déçu » et « trahi » par Alexandre Benalla dont il a répété, comme M. Strzoda, qu’il ne touchait pas un salaire de 10 000 euros par mois, (sans pour autant en énoncer le montant : 9 500 ?) et qu’il n’avait pas un appartement somptueux. Toute son idée consiste à ramener le scandale si opportunément dénoncé par l’opposition à ce qu’il est ou pourrait être, selon les conclusions de la justice, à un simple fait-divers. Bien entendu, M. Macron ne peut rien contre la chute de sa cote de popularité, contre le refus des oppositions à continuer à travailler à l’Assemblée, contre les incertitudes liées à une adoption ultérieure de la réforme de la Constitution, contre la motion de censure qui va être déposée par les Républicains. Manoeuvre qui, certes, n’ira nulle part : quand l’opposition stigmatise « le manque de sérieux » du pouvoir, elle ne se prive de faire perdre un temps précieux du travail parlementaire au nom d’un scandale dont elle exagère les proportions, tout en refusant de poursuivre l’examen d’une réforme. Dans l’absence de sérieux aussi, c’est la surenchère.

Ni remaniement, ni limogeage.

Il est, par ailleurs, inutile, d’exiger de M. Macron qu’il s’exprime devant le peuple, il a bel et bien l’intention de le faire. Il attend les premières conclusions de la justice pour peaufiner son argumentation. Il n’y aura, maintenant c’est clair, ni remaniement ministériel, ni limogeage à l’Elysée. La défense du président sera appuyée uniquement sur ce qui commence à émerger des investigations de la justice, à savoir qu’il va être difficile de faire valoir le fameux article 40 du Code pénal à M. Strzoda (tout fonctionnaire prenant connaissance d’un délit doit le signaler à la police) et, même si Alexandre Benalla est mis en examen, il n’est pas certain qu’il sera condamné. Car lui aussi s’appuie sur une disposition du code pénal en vertu de laquelle, face à un désordre grave sur la place publique, tout citoyen doit intervenir, même s’il n’est pas policier. Il n’est pas impossible que les conclusions des enquêteurs et celles de l’Elysée finissent par converger sur une idée simple, déjà formulée par M. Strzoda : la nature du « délit » ne suffisait pas pour qu’il fît un signalement à la justice.

Illégitime, Macron ?

Au point où nous en sommes du débat, et quelle que soit la peine encourue par M. Benalla, l’opposition continuera à répéter ses slogans rituels, cabinet noir, police parallèle, mépris du peuple et de ses représentants, et j’en passe. La vraie question ne porte pas sur les contorsions et les rictus de parlementaires déchaînés contre le pouvoir. Elle concerne le degré de haine que M. Macron a réussi à inspirer à une large fraction du peuple et aux élus de l’opposition. Pourquoi n’est-il pas considéré comme légitime alors qu’il dispose d’une majorité écrasante ? Pourquoi ne sait-il rien dire ou faire qui ne soulève un énorme tollé ? Pourquoi ses réformes sont-elles perçues comme des agressions contre le bonheur populaire ? M. Macron aurait raison de ne pas sacrifier ses amis à une cabale montée de toutes pièces, à la faveur d’un incident dont, évidemment,  il n’avait pas le contrôle. En revanche, il est impératif et urgent qu’il change de méthode de gouvernement. Ce nouveau combat contre ses détracteurs nécessite forcément un peu de violence. Mais au-delà, il faut qu’il mette un peu de sérénité dans ses rapports avec les élus et avec les gens.

RICHARD LISCIA

 

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La machine infernale

Le préfet et le ministre
(Photo AFP)

La multiplicité des témoignages devant les commissions de l’Assemblée et du Sénat fait apparaître des contradictions dans le récit de l’affaire Benalla. Mais tous ces efforts, si peu productifs, pour établir la vérité témoignent de la vigueur de la démocratie.

LES AUDITIONS, en principe protégées par le serment, sont consternantes d’au moins deux points de vue : d’une part, elles montrent que chacun des protagonistes de l’affaire défend son sort personnel au lieu d’apporter sa contribution à l’établissement des faits ; d’autre part, les divergences prouvent que les personnalités entendues n’ont pas mis à profit le laps de temps qui leur était imparti (le week end dernier) pour accorder leurs violons, ce qui, certes, n’est ni légal ni éthique, mais pouvait être envisagé sous l’extraordinaire pression des médias. Cependant, la volonté de discréditer le pouvoir dans les oppositions variées a donné des munitions à l’Élysée. De fausses accusations ont été lancées sur l’emploi du temps de M. Benalla après sa suspension. Non, il n’a pas continué à faire son travail entre les 4 et 19 mai, comme cela avait été dit.

L’Élysée commence à donner de la voix.

Il faut retenir principalement que les auditions convergent toutes vers le même résultat, à savoir qu’il n’y a eu faute ni au sein de la police ni même au sein du ministère de l’Intérieur (ce qui est peu crédible). On comprend donc que le ou les coupables sont à l’Élysée. On peut voir les choses de deux manières : ou bien la force de la machine infernale mise en place par les élus enferme Emmanuel Macron et ses amis dans la nasse, ou bien le président lui-même a souhaité épargner et le ministre de l’Intérieur et le préfet de police, et a préféré se couper un bras le moment venu. C’est sans doute lui prêter une grande intelligence stratégique, mais celle-ci, à ce jour, ne lui a jamais fait défaut. S’il est extraordinairement silencieux pour le moment, c’est qu’il s’apprête à créer une bourrasque au-dessus du volcan pour éteindre l’éruption. L’alternative à cette hypothèse, c’est le désarroi élyséen qui a suivi les révélations du « Monde » mercredi dernier. Or les ténors de la communication du « Château » commencent à donner de la voix et à riposter aux suggestions fantaisistes, comme la « comparution » du chef de l’État devant les élus, ce qui n’est absolument pas constitutionnel.

Le pot-aux-roses.

Les oppositions estiment avoir le vent en poupe. La plus virulente, celle qui va tirer le plus grand bénéfice de cette affaire décidément bien malheureuse, c’est les Républicains. Ils sont apparus, au cours des premières auditions, à la fois comme ceux qui ont le plus à dire, sont les plus pertinents et les plus impitoyables, mais aussi comme les plus aptes à raccommoder le tissu déchiré par la crise. Ils ont conduit la fronde de l’absentéisme au débat sur la révision de la Constitution, qui est renvoyée aux calendes et qui, selon Gérard Larcher, président du Sénat, ne peut peut plus être discutée dans l’état où l’a laissée le compromis entre l’exécutif et le législatif. On peut s’interroger à l’envi sur la gravité de l’affaire, se demander si les écarts de comportement d’un garde du corps de l’Élysée suffisent pour que les institutions soient jetées aux orties, opposer une incrédulité scandalisée aux accusations de « réseau parallèle », de police macronienne, il demeure que M. Benalla a agi seul, ou avec l’aide de Vincent Crase le 1er mai, ce qui, sauf à découvrir un pot-aux-roses que le flair de quelques élus semble avoir prématurément décelé, ne fait pas de cette histoire le film d’horreur que l’on raconte avec complaisance.

Solidité des institutions.

Malheureusement pour lui, le chef de l’État pourra tant qu’il veut minimiser la gravité de l’affaire, ce ne sera pas l’avis de ses adversaires ni celui de l’opinion qui, pour le délit de l’un des siens, voudraient le faire passer devant une cour d’assises. L’effet de cette crise, c’est qu’elle a inversé le rapport de forces. L’exécutif est acculé dans les cordes et, pour le moment, se bat mollement tandis que le législatif lui porte des coups chaque jour plus violents. Le triomphalisme du « nouveau monde » s’est dégonflé comme une baudruche tandis que « l’ancien monde » reprend ses droits, et de quelle manière ! Non seulement la réforme de la Constitution est compromise, mais « l’impérialisme » du pouvoir si décrié par l’opposition, est réduit à néant tandis que s’impose assez prodigieusement le contrepoids des deux assemblées. M. Macron voulait parler aux élus une fois par an et même les autoriser à lui répondre, ils refusaient la conversation (bien que cette disposition ait été votée par l’Assemblée). Voilà qu’ils choisissent le lieu et l’heure où ils entendent s’adresser à lui, sous la forme d’un duel, et qu’ils ne souhaitent l’écouter que pour mieux le confondre.  Alors, les institutions n’ont-elles pas parfaitement fonctionné, les contre-pouvoirs ne sont-ils pas efficaces, l’équilibre entre l’exécutif et le législatif n’est-il pas assuré ? Raison supplémentaire, peut-être, pour se dispenser d’une réforme de la Constitution.

RICHARD LISCIA

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L’insurrection des élus

Collomb ce matin
(Photo AFP)

On n’est guère surpris de ce que l’affaire Benalla ait pris, pendant le week end écoulé, de gigantesques proportions. À l’Assemblée nationale, les députés ont refusé de poursuivre l’examen des projets de loi sur la révision de la Constitution. Les travaux ont donc été interrompus et reportés à la rentrée. Ce matin, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a répondu aux questions de la commission parlementaire.

LES FAITS reprochés à Alexandre Benalla et à Vincent Crase, un ancien gendarme qui l’accompagnait « sur le terrain » le 1er mai, sont assez graves (notamment  les « violences en réunion ») pour que trois enquêtes (celle du Parlement, celle de l’IGPN et celle de la justice) aient été diligentées. Au fur et à mesure des révélations, c’est le comportement de M. Benalla qui semble inquiétant. Il se croyait à un poste plus élevé que celui des officiers de police et de gendarmerie ; il a plongé dans la bataille contre les manifestants du 1er mai alors qu’il n’en avait pas le droit. Ayant compris qu’il avait été filmé, il a obtenu de trois policiers qu’ils lui remettent les films des incidents. Eux-mêmes sont mis en examen, en même temps que M. Benalla et M. Crase. Les déclarations de M. Collomb, qui témoignait sous serment et en public, indiquent qu’il n’était pas informé des activités exactes de M. Benalla et qu’il le croisait rarement. Ses explications renvoient donc les enquêteurs à ce qui se passe à l’Élysée, à la responsabilité du cabinet du président de la République et au président lui-même, ce qui ne va certainement pas faciliter la sortie de crise. Bref, le ministre s’est dédouané au détriment de M. Macron et de ses collaborateurs.

Une surenchère politique.

L’opposition étant divisée en quatre groupes distincts (gauche, LR, RN et centristes), la surenchère est rapidement devenue irrésistible. On a à peu près tout entendu, par exemple que, si M. Macron, refusait de parler, il fallait interroger son épouse. D’aucuns appellent déjà à la destitution du chef de l’État, bien qu’il soit impossible d’établir un motif suffisant pour une telle action. Certes, l’aubaine est miraculeuse pour les oppositions, mais elles ne convaincront personne si elles sombrent dans la déraison. Le président de la République et son cabinet ont pêché par suffisance et laxisme. Ils ont accordé à M. Benalla des fonctions et un salaire qu’il ne méritait sans doute pas. Ils n’ont pas cru bon de se séparer de lui quand ils ont appris son comportement du 1er mai. Ils l’ont laissé ensuite participer à toutes sortes de manifestations, dont le retour de Moscou des footballeurs français, bien qu’il n’y eût pas sa place. En d’autres termes, ils ont cru passer entre les gouttes et n’ont pas mesuré la gravité de ce qui s’est produit le 1er mai sur place de la Contrescarpe. Ils n’ont pas mesuré davantage l’aversion qu’ils inspirent à l’extrême gauche. La video des brutalités commises par M. Benalla  a en effet été réalisée par un militant de la France insoumise. Elle n’a pas été diffusée immédiatement. LFI a attendu de connaître l’identité de ce curieux policier qui exécutait les basses oeuvres sur cette petite place du Vè arrondissement de Paris, avant de lâcher la bombe.

Le goût du scandale.

S’il y a une leçon que le pouvoir doit tirer de cette affaire, c’est que tout se sait tout le temps, qu’il est impossible de garder par devers soi une information relatant des actes commis en public et qui seront fatalement filmés, que le mot scandale (que j’emploie pour la première fois) est utilisé dans les réseaux sociaux, puis par la presse, en toute circonstance. M. Macron devrait avoir compris qu’il a décidément beaucoup d’ennemis et qu’il lui appartient de changer de méthode de communication. Celle à laquelle  il a eu recours jusqu’à présent n’a fait que multiplier le nombre des mécontents, ce qui se voit dans sa cote de popularité.

Dans cet incroyable imbroglio, il est temps de dire qu’il y a d’abord l’hypocrisie des élus qui arrivent à la bataille en oubliant que les partis auxquels ils appartiennent ont eu à gérer leurs propres scandales ; il y a aussi l’exagération militante des propos que tiennent les plus irresponsables d’entre eux ; il y a enfin une atmosphère de règlement de comptes avec le pouvoir qui sent le soufre.  Je ne sais pas de quelle manière Emmanuel Macron parviendra à sortir de la mêlée, mais, s’il s’en sort, il pourrait se venger.

Macron affaibli.

Beaucoup de ses adversaires, en effet, ne se sont pas contentés de dénoncer les faits. D’abord, ils ont voulu l’humilier en exigeant qu’il prenne la parole en public, sachant que leur seule injonction lui interdisait de leur répondre. Ensuite, profitant de son silence, ils ont alimenté toutes les rumeurs, y compris celle d’un « cabinet noir » à l’Élysée, là où existe seulement un cabinet qui n’a pas su parer très vite et définitivement le danger. Il se peut très bien que M. Macron ait accordé sa confiance à M. Benalla, jeune homme ivre des pouvoirs à lui conférés et qui s’est cru au-dessus des lois. Cela ne signifie pas que le président ait demandé à Benalla d’aller casser du manifestant. Je ne crois pas non plus que l’affaire se résorbera sans dommage pour le président. Le ministre de l’Intérieur a tout fait ce matin pour diminuer sa responsabilité et même la nier. Le préfet de police, Michel Delpuech, ne s’estime responsable de rien lui non plus. En somme, les premières personnalités interrogées par la commission parlementaire montrent du doigt l’Elysée. Il appartient au chef de l’État de se séparer d’un certain nombre de collaborateurs, ceux qui ont si mal géré cette affaire et n’en ont pas évalué les conséquences.

RICHARD LISCIA

 

 

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