L’immigration manipulée

Alliés dans la tourmente
(Photo AFP)

Emmanuel Macron est ce matin chez Angela Merkel. Ils devaient s’entretenir du rapprochement  des fiscalités française et allemande, mais ils sont rattrapés par l’immigration et doivent se mettre d’accord sur ce sujet avant le sommet européen du 28 juin.

L’ÉPISODE douloureux de « l’Aquarius » traduit le durcissement général des politiques migratoires européennes. L’Italie, qui a maintenant un gouvernement composé de néo-fascistes et de populistes, n’a pas autorisé le navire à accoster dans l’un de ses ports. Matteo Salvini, dirigeant de la Ligue et ministre de l’Intérieur, envisage de recenser les Roms vivant en Italie et d’expulser ceux qui n’ont pas la nationalité italienne. Le président Macron a reçu à Paris Giuseppe Conte, président du Conseil italien et a quelque peu apaisé les relations franco-italiennes, après divers incidents, dont l’affaire de « l’Aquarius », qui les ont sérieusement endommagées. À Berlin, Mme Merkel est confrontée à la « fronde » de son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, chef de la CSU, parti plus à droite que la CDU de la chancelière. M. Seehofer a donné deux semaines à Mme Merkel pour changer sa politique migratoire. Or le gouvernement repose sur une coalition fragile et une scission entre CDU et CSU lui serait fatale.

Une menace pour toute l’Europe.

L’immigration, clandestine ou non, est donc devenue un facteur de déstabilisation des démocraties européennes. Les gouvernements qui souhaitent trouver un compromis entre leur respect des droits de l’homme et le réalisme sont bousculés par des oppositions qui se manifestent au sein même des partis qui les composent. M. Macron est parfaitement conscient de la gravité du problème. C’est pourquoi il a haussé le ton contre l’Italie quand elle a refusé l’accès à ses ports de « l’Aquarius ». La France perçoit, avec le succès croissant des mouvements identitaires en Europe, une évolution fortement défavorable aux migrants et, surtout, une tendance à prendre  des mesures nationales, sans concertation avec l’Europe, qui se traduirait, si elle s’étendait à l’ensemble de l’Union européenne, par le chaos. Car les migrants ne semblent pas dissuadés par les mesures coercitives des Européens. Le flux est moins puissant, mais la recherche désespérée d’un eldorado en Europe continue d’alimenter l’immigration.

Le coup de Salvini.

L’Italie, qui a accueilli au moins 700 000 migrants en quatre ans, s’est donné un gouvernement qui veut un mettre un terme à « l’invasion ». Le refus de M. Salvini d’accepter « l’Aquarius » était une manière de placer le problème dans les mains des Européens et de leur démontrer que, jusqu’à présent, ils ont laissé l’Italie se débrouiller seule, ce que les précédents gouvernements italiens ont fait avec générosité, jusqu’au moment où la Ligue et Cinq étoiles se sont emparés très démocratiquement du pouvoir.  De son côté, l’Espagne a changé de gouvernement. Mis en minorité, Mariano Rajoy a dû démissionner. Il a été remplacé par un gouvernement socialiste, dirigé par Pedro Sanchez, qui a mis un point d’honneur à proposer que « l’Aquarius » se dirige vers l’Espagne. M. Sanchez voulait montrer que son pays ripostait à l’intransigeance italienne en ouvrant les bras aux damnés de la Méditerranée. Sur un drame humain sans précédent, qui fait des victimes tous les jours, qui, dans le cas de « l’Aquarius », a obligé des migrants épuisés à poursuivre pendant une semaine un voyage dans un bateau qui n’est pas conçu pour de longs voyages avec autant de passagers, voilà que chacune des nations européennes fait de la politique.

Une solution multiple.

Bien entendu, la solution à ce problème est multiple. Elle doit prendre en compte le rôle funeste de la Libye qui ne fait rien pour arrêter les passeurs et transforme les migrants en esclaves avant de les laisser partir quand ils ont enfin les moyens de payer leur voyage. C’est un trafic. Elle doit harmoniser les politiques migratoires des pays de l’Union, notamment en rassurant les pays, comme l’Autriche ou la Hongrie, qui ont érigé des murs ou des barricades à leur frontière, en leur montrant que l’immigration en Europe est beaucoup moins massive aujourd’hui qu’il y a quatre ans. Le principe des quotas ou de la répartition des nouveaux venus a été rejeté par nombre d’États membres de l’Union. La France et l’Allemagne doivent leur faire comprendre qu’ils ne peuvent pas toucher les subventions de Bruxelles et s’enfermer dans leurs frontières pour laisser les pays respectueux des droits de l’homme, qui refusent de considérer les immigrés comme des criminels ou des importuns, les recevoir, les soigner et les assimiler.

Il ne peut y avoir de résolution de la crise migratoire qui ne soit pas à l’échelle de l’UE. Le dossier est si lourd de conséquences que, devant l’absence de réaction d’une partie des États de l’UE, il faudra envisager une refonte de  l’Union, peut-être avec moins de membres. Il faut en outre traiter le sujet avec assez de subtilité pour empêcher les partis populistes de battre les partis démocratiques aux élections nationales. Il faut que les élections européennes de 2019 montrent la direction à suivre. Enfin,  les associations et les ONG de tous les pays, qui claironnent leur vocation à tout-va, sans se soucier le moins du monde de la colère populaire contre l’immigration, doivent accepter des politiques équilibrées s’efforçant de tarir les flux migratoires tout en traitant les migrants avec humanité.

RICHARD LISCIA

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LR : Calmels limogée

Il y a dix mois, quand tout allait bien
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Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a limogé Virginie Calmels, numéro deux du parti, et l’a remplacée par Jean Léonetti, maire d’Antibes, et président du conseil national, vice-président délégué des Républicains. M. Léonetti est considéré comme un centriste de droite.

LA DÉCISION de M. Wauquiez était probablement inévitable. Depuis quelques semaines, Virginie Calmels, une juppéiste, multipliait les déclarations contre la démarche politique de son patron. Il l’avait recrutée, en quelque sorte, pour assurer le rassemblement des tendances au sein de LR. L’incompatibilité entre leurs idées et, surtout, l’expression publique de leurs différends, ont rendu le divorce inéluctable. Bien que Mme Calmels ne soit venue à la politique que depuis quatre ou cinq ans, elle ne pouvait ignorer que les attaques qu’elle lançait contre M. Wauquiez, et plus particulièrement sa critique du tract de LR, « Pour que la France reste la France », qu’elle a récusé après l’avoir signé, n’auraient pas de conséquence directe sur sa position au sein du parti, où les plus durs, comme Nadine Morano, ne supportaient plus cette contestation permanente.

Se taire ou partir.

De sorte que, si l’on peut voir dans son limogeage la méthode forte de M. Wauquiez, celui-ci n’avait guère le choix. Serait-il resté silencieux que l’on aurait incessamment glosé sur les divisions du parti. Cependant, le message est clair : ceux qui s’identifient à la ligne Juppé chez LR doivent se taire ou partir. M. Léonetti, qui remplace Mme Calmels, n’est pas connu comme un droitier qui ferait des câlins au Front national. Mais il est plus discret qu’elle et peut-être défendra-t-il mieux ses idées dans le secret des conversations internes du parti. Ce qui n’a pas empêché Alain Juppé, maire de Bordeaux, de déclarer que Virginie Calmels « a des convictions et du courage ». On peut toutefois se demander si elle dirige sa récente carrière politique avec la maîtrise nécessaire. Quand elle a rejoint M. Wauquiez, sa démarche a fait l’effet d’un coup de tonnerre, car le fossé est si grand entre l’actuel président LR et l’aile centriste du parti qu’on a attribué son geste à l’opportunisme, sans rapport aucun avec les idées qu’elle défendait. Elle a ensuite tenté de faire entendre sa voix : c’est un entretien avec « le Parisien » (de dimanche) qui a mis le feu aux poudres. Laurent Wauquiez, y disait-elle, « démontre, depuis son élection (à la tête du parti), qu’il est là uniquement pour défendre sa propre ligne. Ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron penche vers nos idées qu’on doit se déporter plus vers la droite. Je ne veux pas d’un parti qui se rétrécit ».

Un projet secret ?

Comme le dit un élu LR, ce discours valait démission. Mais ni la guérilla verbale qu’elle a menée contre le patron de LR, ni son départ forcé n’arrangent vraiment les affaires du parti. La suspicion, dans l’opinion, que M. Wauquiez est brutal, va croître. Mme Calmels paie cher son attitude, mais le parti ne sort pas grandi de l’épreuve. La violence des commentaires exprimés par la garde rapprochée de M. Wauquiez montre, une fois de plus, qu’une minorité agissante chez LR progresse sur une ligne qui ne permet pas le rassemblement capable de faire pièce à la République en marche. Le premier test  sera les élections européennes où LR risque de faire un score confirmant qu’il est en perte de vitesse. Mais il n’est pas impossible que Mme Calmels qui, elle non plus, n’en est pas à une provocation près, ait pour ambition, en se sacrifiant pour une cause encore obscure, de montrer que le leadership du parti n’est pas entre de bonnes mains. Au conseil national qui se réunit le 30 juin dans les Alpes-Maritimes, Valérie Pécresse, autre opposante de poids à Laurent Wauquiez, présentera ses idées pour les élections européennes. Elle n’est pas la seule à contester la ligne de M. Wauquiez. Avec d’autres, comme Xavier Bertrand ou Christian Estrosi, elle pourrait tenter de mettre le chef du parti en minorité.

Car, pour les Républicains hostiles à M. Wauquiez, il n’existe qu’un choix : ou bien ils parviennent à remettre LR sur les rails du rassemblement le plus large, ou bien ils n’auront plus, aux européennes, qu’à rallier la République en marche, avec tous ceux des centristes, UDI et autres, qui iront à ce scrutin pour défendre la construction européenne, pas pour la démolir.

RICHARD LISCIA

 

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La raideur de Macron

Impavide
(Photo AFP)

Emmanuel Macron est resté insensible aux appels lancés par sa majorité et par  l’opposition pour opérer un virage à gauche,  tenir compte des difficultés de ses concitoyens, peut-être faire une pause dans les réformes. Il pourrait consentir à amender son programme pour garder un avantage politique. Il s’y refuse.

SON INTRANSIGEANCE reflète-t-elle une recherche obsessionnelle de la victoire, ou n’est-elle à ses yeux que le moyen de réussir ses réformes ? Il est difficile de répondre à cette question tant, au fond, le chef de l’État et les ressorts qui l’animent sont non seulement incompris, mais méconnus. Il demeure qu’à ignorer l’art du compromis, à mépriser les syndicats, y compris les réformistes, à traiter l’opposition par l’indifférence et à imposer la discipline à sa majorité, il pourrait bien courir, à terme, à un échec. D’un côté, on est choqué par tant d’insensibilité. De l’autre, on commence à deviner vaguement que les réformes sont à ses yeux plus importantes que son parcours personnel : tant pis s’il n’est pas réélu, pourvu qu’il apporte ce changement dont le pays a tant besoin.

SNCF : crise résolue, grève permanente.

On mesure sa détermination quand la réforme de la SNCF est approuvée par les deux chambres alors que la grève continue. C’est étrange, parce que le rôle de l’État est tout de même de veiller au bien-être de ses administrés. Or, dans le double entêtement de ceux qui envisagent de poursuivre la grève jusqu’au coeur de l’été et d’un exécutif qui refuse tout compromis avec les cheminots (même si la négociation se poursuit sur la convention qui remplacera leur statut), il y a, prise en étau, la masse de la clientèle de la SNCF. Il ne semble pas que la grève soit populaire et, en tout cas, les Français acceptent que la réforme soit désormais dans la loi. Il ne semble pas que, dans leur irrédentisme, les cheminots aient la moindre chance de convaincre ceux qu’ils font souffrir. Mais l’opinion a le droit d’exiger du gouvernement qu’il fasse ce qui est en son pouvoir pour mettre un terme à la grève.

Avec Macron, ce n’est pas ainsi que les choses se passent. On ne fait pas une réforme aussi difficile, qui crée autant de remous, de rancoeur, de colère, pour ensuite accepter qu’elle soit détricotée. Par rapport à toutes les tentatives passées de réforme du réseau ferroviaire, MM.Macron et Philippe sont déjà allés plus loin que leurs prédécesseurs. Le voudraient-ils qu’ils ne pourraient pas faire machine arrière. Mais alors, peut-être que le gouvernement pourrait envisager de lâcher du lest dans d’autres domaines, peut-être serait-il tenté d’adoucir son image, de montrer sa compassion pour ce qui est, après tout, son électorat ? Eh bien, c’est non. On se demandait si le débat autour des aides sociales n’était qu’un ballon d’essai. Mais non, c’est un projet. Fidèle à lui-même, et il va bien falloir s’y habituer, le chef de l’État se livre, dans ce domaine comme dans tant d’autres, à la provocation. La dépense sociale, affirme-t-il, est trop élevée alors que le nombre de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté ne diminue pas. Il doit, par ailleurs, tailler dans une dépense publique qui dépasse 1 200 milliards d’euros, soit quelque 56 % du produit intérieur brut. Il y est tenu parce que la France ne peut être crédible en Europe que si elle parvient à réduire durablement son déficit budgétaire et diminuer sa dette.

Il ne suffit pas d’être de gauche.

Alors, voilà : Macron dit que, ce qui compte pour lui, ce n’est pas d’être aimé par les Français, ce n’est pas de rayonner, ce n’est pas d’avoir une popularité élevée, c’est de réaliser les objectifs qu’il s’est fixés. Et, après tout, qui ignorait que réduire la dépense tout en créant les conditions favorables à l’emploi était une tâche titanesque ? Rappelez-vous, ce président n’est ni de droite ni de gauche, mais  les deux à la fois. Quand il est sommé d’orienter un peu vers la gauche le train de ses réformes, il répond que moderniser le pays n’est ni de gauche ni de droite et que, de toute façon, une gauche qui préfère la stagnation à la reconstruction (c’est ce qui est arrivé sous le mandat précédent) ne mérite pas de gouverner. Bref, le président n’hésite pas à courir tous les risques, personnel et politique. Il semble prêt à sacrifier sa carrière au succès de ses réformes. Avec sans doute le sentiment secret que, lorsque la messe sera dite, lorsque les colères commenceront à s’éteindre, lorsque la France sera redressée, il sera félicité. Personnellement, ce dont je suis sûr, c’est que, s’il n’est pas réélu en 2022, il laissera une France transformée.

RICHARD LISCIA

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Paris-Rome : la crise

Giuseppe Conte
(Photo AFP)

Le refus du gouvernement italien d’accueillir « l’Aquarius », navire humanitaire chargé de 629 migrants dont des enfants et des femmes enceintes, a entraîné une vive polémique entre la France et l’Italie. Emmanuel Macron a accusé le nouveau gouvernement italien de « cynisme » et Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur, a répliqué vertement.

LA FORMATION d’un gouvernement composé de populistes et de néo-fascistes n’est certes pas de nature à favoriser les embrassades entre Français et Italiens. Le président de la République aurait dû néanmoins y réfléchir à deux fois avant de lancer son attaque contre les nouveaux dirigeants italiens. Si désagréables qu’ils puissent paraître, ils n’ont pas provoqué la crise migratoire. L’Italie est victime, depuis plusieurs années, d’un flux d’immigrants incessant, en provenance de Libye. En interdisant à « l’Aquarius » d’accoster dans un port de la péninsule, le gouvernement italien voulait poser le problème posé par l’absence complète de solidarité européenne dans cette affaire. Comme la France refoule autant qu’elle le peut les migrants venus d’Italie, elle ne peut pas émettre le moindre jugement sur un pays qui accueille un nombre d’étrangers infiniment plus élevé que celui dont nous prenons la charge.

Générosité espagnole.

En outre, les dirigeants français se sont montrés plutôt silencieux et absents pendant les trois jours chaotiques des errements d’un navire qui, en définitive, grâce à la générosité du nouveau gouvernement espagnol, se dirige maintenant vers Valence. L’affaire n’est glorieuse ni pour l’Italie ni pour la France. On se méfie des intentions de M. Salvini, mais il a su jouer sa carte politique, en posant le problème d’une manière urgente et bruyante, à propos d’un cas, celui de « l’Aquarius », affrété par une ONG, qui a déjà eu des démêlés avec l’Italie. Elle l’accuse, à tort, d’être complice des passeurs. Mais dès mercredi, un autre bateau déchargeait plus de 900 migrants à Catane, en Sicile. Ce qui signifie quand même que  l’Italie n’a pas, d’un seul coup, fermé tous ses ports aux migrants.  Le conseil européen doit se réunir le 28 juin et M. Macron souhaite déblayer le terrain politique avec l’Italie avant ce sommet. Comme l’Italie, ulcérée par les propos français, demandait des excuses, quelques ministres ont eu quelques paroles d’apaisement et un entretien à Paris entre M. Macron et le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, que Rome avait annulé, a été maintenu. On se dirige donc vers une détente entre les deux pays, et c’est préférable.

Alléger le fardeau des Italiens.

Car une discorde franco-italienne durable n’aurait pas permis d’avancer au sein du conseil européen. Il va falloir, cette fois-ci, non seulement prendre des décisions qui allègent le fardeau des Italiens, mais obtenir des 27 qu’ils acceptent une juste répartition des migrants entre eux. On sait que nombre de pays, comme l’Autriche, la Hongrie et d’autres ont érigé des barrières pour interdire l’accès de leur territoire aux immigrés clandestins.  Il est bien peu probable qu’ils changent d’avis. Mais les pays qui assurent le leadership de l’Union européenne, Allemagne et France, peuvent d’une part évoquer des sanctions contre leur comportement, qui bafoue les règles de l’UE, et tenter de trouver des solutions entre États raisonnables. Quelques principes simples doivent en tout cas guider l’action de la France : la formation d’un gouvernement italien qui ne convient guère aux démocrates européens ne doit pas clore le dialogue avec l’Italie ; celle-ci a énormément donné, et avec générosité, pour l’accueil des migrants, dont la plupart sont encore sur son sol ; la géographie ne doit pas condamner l’Italie à accueillir toute la misère du monde ;  l’Union européenne n’a de sens et de vocation que si elle partage les problèmes en même temps que la prospérité.

On peut espérer que les Italiens, un jour, se donneront des gouvernants plus acceptables que les néo-fascistes.  En attendant, il faut faire avec ceux qui ont été élus démocratiquement et qui ont déjà renoncé aux mesures les moins rationnelles qu’ils entendaient prendre, par exemple une hausse périlleuse de la dépense publique sous la forme d’un revenu universel. Les mêmes ont certes puisé leur stratégie migratoire dans l’intolérance à l’égard des malheureux poussés par une immense détresse vers les côtes italiennes, mais ils ont su faire valoir que leur pays est injustement traité par ses amis et partenaires européens.

RICHARD LISCIA

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Social : le pavé de Macron

« Un pognon de dingue »
(Photo AFP)

Il va falloir prendre au sérieux la menace qui pèse sur les aides sociales : Emmanuel Macron a prononcé à ce sujet des propos démontrant qu’il veut procéder à leur révision exhaustive.

DECIDEMENT, tout passe par la communication de nos jours. La directrice de la com de l’Elysée, Sibeth Ndiaye, a diffusé une vidéo dans laquelle on voit et on entend le président de la République s’insurger contre les incohérences des aides sociales, énorme budget de l’Etat dont on dit depuis plusieurs semaines qu’il pourrait être amputé de 7 milliards, ce que le Premier ministre s’est hâté de démentir, mais qui n’a pas empêché le chef de l’Etat de revenir à la charge. Il doit faire ce matin un discours à Montpellier sur les aides sociales, et, dans son bureau, il s’est livré à une répétition, filmée par Mme Ndiaye, et  aussitôt livrée à la curiosité publique. Ballon d’essai ou préparation de l’opinion à une mauvaise nouvelle ? En tout cas, Emmanuel Macron n’y est pas allé de main morte.

Un rapport qualité-prix.

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, a-t-il dit, et les gens ne s’en sortent pas. On doit avoir un truc pour  permettre aux gens de s’en sortir. Par l’éducation. » Et le président d’expliquer qu’il faut mettre de la cohérence dans la dépense publique. Par exemple, il estime que le reste à charge zéro pour les prothèses dentaires ou optiques est une bonne façon de dépenser de l’argent. On trouvera peut-être son langage un peu vulgaire, mais il explicite parfaitement sa pensée. Il veut que l’aide sociale produise de l’émancipation, pas de la stagnation. Il est incontestable que, plus l’Etat distribue de l’argent et plus les récipiendaires se plaignent, plus ils restent au chômage, alors que la France est l’un des pays au monde où le montant des aides sociales est l’un des plus élevés.

Certes, on n’est pas dupe d’une technique de communication qui consiste à roder un discours dans l’opinion avant de le prononcer réellement. Il se trouve qu’Emmanuel Macron fait face à la grogne croissante de nombreux élus d’En Marche ! qui s’inquiètent de ce que la politique économique du gouvernement penche trop à droite. Ce qui a conduit trois économistes français, proches du président (et qui ont contribué à l’élaboration de ses programmes), Philippe Martin, Philippe Aghion et Jean Pisani-Ferry, à publier samedi dernier dans « le Monde » une longue tribune dans laquelle ils lui demandent de rééquilibrer ses mesures en s’inspirant de quelques idées de la gauche. Ce texte traduit, à n’en pas douter, la perplexité de tous ceux qui, au sein de la République en marche, estiment que les décisions de l’exécutif ne vont plus que dans une seule direction, celle de la droite.

Et de droite et de gauche.

Liberté ou égalité ? En France, le souci égalitaire a toujours servi de garde-fou aux mesures libérales. Le phénomène n’est pas nouveau et n’est pas surprenant dans un parti tout neuf qui, dans l’enthousiasme, a accueilli toutes les bonnes volontés avec la confiance contenue dans sa devise : et de droite et de gauche, et en même temps. Voilà que les vieux clivages réapparaissent alors que le pouvoir est confronté à une crise sociale déclenchée par la réforme de la SNCF et alors qu’il s’apprête à engager d’autres réformes encore plus difficiles à accomplir. M. Macron compense les obstacles qu’il rencontre par la vitesse de son action. Là, en ce moment : la réforme de la SNCF va être adoptée demain définitivement par les deux chambres, la loi Elan sur le logement est en discussion, la loi sur l’alimentation aussi, puis on s’attaquera aux chantiers énormes de la retraite et de la formation professionnelle. La liste concise que j’en donne n’est pas exhaustive. Le flux réformiste est si puissant que les élus ahanent sous la charge, que l’opposition ne sait plus où donner de la tête, que les chroniqueurs politiques sont largement dépassés par les connaissances qu’ils sont censés avoir pour pouvoir discuter des réformes méthodiquement.

M. Macron a exposé, dans la vidéo, sa philosophie profonde. Elle n’est pas erronée. Le pays dépense beaucoup en aides sociales pour un maigre résultat. Tout le monde sait cependant que le filet social français rend la vie plus douce à nos compatriotes en temps de crise. En 2008, les Français ont tenu bon parce que Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à accroître lourdement le déficit budgétaire pour empêcher que des millions de nos concitoyens soient ruinés par la crise financière mondiale. L’aide sociale coûte cher, mais elle fait de la France un pays relativement privilégié. Même ceux qui paient des impôts pour que d’autres perçoivent leurs minima sociaux devraient être contents de savoir que leur confort n’est pas une île dans un océan de misère.

RICHARD LISCIA

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Trump-Kim : un succès

Ça baigne
(Photo AFP)

Le président des États-Unis, Donald Trump, et celui de la Corée du nord, Kim Jong-un, ont conclu ce matin à Singapour un accord qui les engage tous les deux dans la voie de la dénucléarisation. Présenté par les deux partenaires comme un triomphe « historique », l’accord n’est cependant que le début d’une très longue négociation.

IL SERAIT malsain de faire la fine bouche : le sommet américano-nord-coréen a bel et bien été un succès considérable, dont l’immédiat avantage est la détente non seulement entre les deux pays mais dans le monde.  L’accord est bon pour les États-Unis en ce sens qu’il les débarrasse pour le moment d’une inquiétude justifiée : le risque de guerre nucléaire.  Il est bon pour le peuple nord-coréen qui a payé de ses souffrances la constitution de sa capacité atomique. Il est bon pour les Sud-Coréens, qui ont toujours été très exposés et vulnérables à l’agression éventuelle de leur voisin du nord. Il est moins bon pour le Japon, dont l’anti-militarisme post-guerre mondiale le rend dépendant de l’armée américaine. Mais il est bon pour le monde, qui se passera avec bonheur de cette crise parmi tant d’autres.

Le dealmaker.

M. Trump a reconnu que la mise au point d’un accord substantiel, applicable, capable de lever toutes les craintes, prendrait beaucoup de temps. Conformément à sa phraséologie emphatique, il a fait du sommet un immense exploit personnel, car il est plus soucieux de gagner les élections législatives de novembre que de faire la paix à long terme. Il insiste sur ses talents de négociateur, de dealmaker, mais, il y a quelques jours encore, sur la base d’un malentendu ou d’une mauvaise préparation des négociations, il a failli rompre avec Pyong Yang. Entre diverses hypothèses soulevées par sa versatilité, l’accord a été la bonne, presque par hasard, dirait-on, si un tel raccourci n’était excessif.

Ce succès diplomatique, il le doit en outre aux concessions qu’il a pu faire et sur lesquelles il ne s’est guère étendu. Il s’est déjà engagé à mettre fin aux manoeuvres militaires menées de concert avec la Corée du sud. La dénucléarisation implique que son pays retire ses 28 000 soldats stationnés en Corée du sud et transporte ailleurs les armes atomiques qui y sont stockées. Kim Jong-un a tout le loisir d’exiger que les armes nucléaires repartent vers une destination très lointaine et être, par exemple, rapatriées aux États-Unis. Si la vérification du démantèlement de la capacité nucléaire de la Corée du nord prend dix ou quinze ans, la Corée du sud et le Japon ne devront pas être exposés, pendant la période de transition, au feu nucléaire. C’est un risque que Séoul est prête à prendre, mais pas Tokyo.

Pourquoi pas l’Iran ?

Donald Trump, qui n’en est pas à une contradiction près, vient de conclure un accord avec son pire ennemi, alors que le week end dernier, il a traité ses alliés du G7 par le mépris. Il a répété aujourd’hui que le Canada « paierait » pour les propos peu amènes que le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a prononcés après le départ de Trump pour Singapour : M. Trudeau avait jugé « insultantes » pour son pays les dispositions protectionnistes des États-Unis. De même, on s’interroge sur la facilité relative avec laquelle un accord entre Kim et Trump a été trouvé, alors que le président américain vient de sortir de l’accord nucléaire avec l’Iran, qui n’est pas, que l’on sache, plus dangereux que la Corée du nord : les Iraniens n’ont pas encore la bombe. Cette énorme contradiction dans l’action diplomatique américaine tient au caractère de M. Trump. Son comportement n’est pas dicté par la logique, mais par la hargne que lui inspirent les politiques de ses prédécesseurs : l’accord avec l’Iran est mauvais parce qu’il a été signé par Barack Obama. Et l’OMC (Organisation mondiale pour le commerce) est nuisible parce qu’elle a été inventée par d’autres présidents américains. Il existe entre Trump et Kim une affinité dont l’importance est cardinale : ils sont tous deux des capricieux, tous deux prompts à s’emporter, tous deux férus d’une communication féroce, tous deux capables de se lancer d’immondes injures et tous deux prêts à oublier leurs gros mots de la veille pour se réconcilier.

Cette diplomatie, entièrement livrée à deux individus, qui ne semblent pas trop écouter les voix de la modération, est dangereuse. La mise au point technique et scientifique de la dénucléarisation exige un travail rigoureux, conduit par des experts et une transparence absolue des deux parties. Non seulement on n’est pas sûr que la négociation sera une partie de plaisir, mais on craint que la même imprévisibilité qui a produit l’accord réapparaisse, avec des effets négatifs, pendant ce long et dur labeur.

RICHARD LISCIA

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Trumpissime…

Trump : j’ai raison
(Photo AFP

Le président des États-Unis, Donald Trump, a dénoncé le communiqué commun du G7, réuni au Canada, aussitôt après avoir pris l’avion pour Singapour. Le sommet occidental a donc été un fiasco complet. Historiquement, il représente la première grande fracture entre la superpuissance américaine et ses alliés.

M. TRUMP semble avoir cédé partiellement aux pressions qui ont été exercées sur lui par ses alliés. Il est toujours difficile, même pour un homme que la courtoisie n’a jamais étouffé, de résister indéfiniment aux arguments inspirés par la logique et par la raison. Le sommet a donc abouti à un communiqué commun qui, tout en reconnaissant de fortes divergences sur le néo-protectionnisme américain, préservait les apparences. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, ayant remarqué que les nouvelle taxes américaines sur les importations étaient « insultantes » pour le Canada, M. Trump, à qui rien n’échappe, même quand il voyage, a riposté d’un tweet vengeur, qui annule sa signature au bas du communiqué. On n’est jamais si bien soi-même que lorsqu’on est seul.

Poids historique.

Donald Trump , qui n’a pas un  caractère très policé, pèse quand même sur le cours de l’histoire. La vérité, depuis son tweet, sa marque de fabrique et sa façon de gérer les relations internationales, c’est que les États-Unis ne font plus partie du G7.  Ce rendez-vous annule une technostructure mondiale qui, jusqu’à présent, permettait à l’Amérique de retrouver ses marques de superpuissance. Pour Trump, le G7 est devenu une corvée. Il déteste s’expliquer au sujet de ses méchancetés, de ses pulsions, de sa brutalité. Il hait les nuances de style dont l’accablent ses partenaires. Il méprise tout ce qu’il peut y avoir de culturel dans les rapports diplomatiques. Il n’est à l’aise qu’avec lui-même ou entouré par des conseillers triés sur le volet : des clones de lui-même. La contradiction l’agace d’autant plus qu’elle le renvoie à son cynisme. Il ne pense et n’agit qu’à partir de la surface des événements. Tous ses commentaires sont explicites : il exagère, mais à partir de faits parfois indéniables. Ce qui devrait être traité par le dialogue se transforme en bras-de-fer. Il s’en est pris à l’Allemagne qui vend des voitures sur le marché américain, mais ne fait aucun effort pour augmenter sa participation au budget de l’OTAN, ce qui est vrai. Il ne veut pas qu’un jeune homme canadien, dont le pays n’existe que par le commerce avec son voisin du sud, lui donne des leçons de morale. Cette querelle américano-canadienne contient à elle seule toute la nature du différend entre les États-Unis et leurs (anciens) alliés : la finesse, la nuance, l’élégance, la subtilité, quelle horreur !

Les dangers du néo-protectionnisme.

Il porte aussi une vision du monde fondée sur l’égoïsme national, avec l’idée que d’autres puissances ont le droit, si ça leur chante, d’agir de la même manière, dans un monde livré au désordre et où tous les coups sont permis. C’est pourquoi il exalte curieusement les « vertus » de Vladimir Poutine. D’aucuns croient que, si Trump ménage Poutine, c’est parce que le Russe a sur lui un dossier compromettant. Il souhaite donc la levée des sanctions occidentales contre la Russie. Il n’est pas indigné par l’annexion de la Crimée, parce qu’il voit dans les sanctions une façon indirecte de critiquer sa politique mexicaine ou canadienne. Contre le multilatéralisme honni, il pratique le bilatéralisme. On a assez répété que c’est un hommes d’affaires qui a le sens du deal. Mais sa conception du business appliquée aux relations internationales est en train de démolir les règles qui régissaient le commerce mondial. Rien ne sortira de son néo-protectionnisme, sinon une baisse d’activité industrielle, une hausse du chômage partout, y compris aux États-Unis,  et une corruption généralisée.

Il est vrai que l’Allemagne n’a pas pris la mesure de ses responsabilités européennes, il est vrai que M. Trudeau aurait dû surveiller son langage (mais, après tout, il n’a pas été plus vulgaire que M. Trump); il est vrai que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne règle que trop lentement les litiges commerciaux entre ses membres. Mettre ses alliés devant le fait accompli, c’est pour Trump, le moyen de leur annoncer que la fête est finie. Il faut être aveugle pour ne pas comprendre ce qui se passe : l’Amérique s’est transformée en taureau irascible qui écorne tout le monde sur son passage, tandis que l’Europe a perdu tout pouvoir de décision et  tandis que se multiplient, chez les membres de l’Union, des majorités populistes ou même néo-fascistes pour qui le chaos diplomatique n’est pas autre chose que les malheurs qu’elles nous ont annoncés avant de prendre le pouvoir. Conformément à l’expression américaine, self-fulfilling thinking, qui signifie que, lorsqu’on fait tout pour aller à la catastrophe, on passe pour un devin quand elle se produit.

RICHARD LISCIA

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Le « retour » de Hollande

Un homme optimiste
(Photo AFP)

La retraite de François Hollande se passe bien et il tient à le faire savoir. La publication de son livre, « Les leçons du pouvoir » (Stock), est un succès de librairie et lui permet de retrouver le contact avec ses concitoyens, nombreux à lui demander une dédicace. On a voulu voir, dans l’engouement du public pour ses mémoires, l’amorce d’un retour politique. Lui-même, dans ses commentaires, de plus en plus vifs à l’égard du pouvoir actuel, semble y croire.

COMME d’autres ex-présidents, François Hollande semble confondre curiosité littéraire et popularité. Son optimisme est pardonnable : il a avalé tant de couleuvres pendant son mandat qu’il a maintenant le droit de se détendre un peu. On n’est pas surpris de ce qu’il ait gardé une dent contre Emmanuel Macron, dont il pense, à tort ou à raison, qu’il l’a trahi. Il s’en veut de ne pas l’avoir vu venir. Il était pourtant évident que lorsque, l’ancien ministre de l’Économie a démissionné, ce ne pouvait être ni pour retourner dans le privé ni pour prendre sa retraite à 39 ans. Certes, le président actuel a probablement fait preuve de duplicité, car il n’a pas franchement exposé ses intentions à M. Hollande quand il l’a quitté. Il n’empêche que l’ex-président n’a pas attendu un an pour s’engager contre M. Macron, dans l’esprit ordinaire du règlement de comptes. Pas plus qu’il n’y avait d’élégance dans le départ mystérieux de M. Macron, il n’y en a dans la charge permanente de M. Hollande contre son successeur.

Un censeur de plus.

D’autant qu’il rejoint ainsi les foules nombreuses et variées des oppositions vouées au discrédit de l’actuel pouvoir. M. Hollande, qui a un statut particulier, se joint à la meute. Mais peu importe : ainsi va la vie politique, qui n’est pas un bouquet de roses. Le problème, pour l’ancien président, c’est que, comme pendant son mandat, il a tendance à prendre ses désirs pour des réalités. De la même manière qu’il scrutait l’horizon pour y déceler le début d’un recul du chômage, il fait des comptes sur le temps qui nous sépare de 2022 pour évaluer ses propres chances de présenter sa candidature. Il oublie qu’il aura été le moins efficace des présidents de la Ve République, qu’en hésitant entre les méthodes de la social-démocratie et celles du libéralisme, il a plongé le pays dans l’incertitude et le désarroi. Il oublie des promesses de campagne excessives qu’il a été, forcément, incapable de tenir. Il oublie ses multiples erreurs de communication : lui qui avait juré d’exercer ses fonctions dans une dignité qui n’était pas, à ses yeux, le fort de Nicolas Sarkozy, nous a distraits avec ses frasques sentimentales et la publication d’un livre, « Un président ne devrait pas dire ça », qu’il a nourri de ses commentaires, allant jusqu’à franchir le cap de la confidentialité liée à ses lourdes responsabilités.

Un lecteur n’est pas un électeur.

On ne saurait dire si Emmanuel Macron voit en François Hollande un rival potentiel en 2022, s’il s’en alarme ou s’il s’en amuse, s’il est inquiet ou confiant à ce sujet, mais ce qui est sûr, c’est qu’en montrant le bout du nez, M. Hollande embarrasse surtout les socialistes qui ont déjà beaucoup de mal à se ressaisir après la raclée électorale qu’ils ont prise et qui ne souhaitent pas lancer un programme sur la base du retour à la case précédente. Ils lui ont déjà fait savoir que, si par extraordinaire il se portait candidat, il devrait participer à la primaire du PS. Dans le reste de la gauche, il ne trouve guère de soutien, ce serait plutôt le contraire. Bien entendu, tout peut arriver et nous avons assisté à assez de retournements de situation pour imaginer l’improbable et même l’impossible. Mais enfin les paramètres ne jouent pas en faveur de l’ex-président. Cent mille lecteurs et même plus ne font pas une majorité, ne font même pas un noyau appelé à s’élargir. Un lecteur n’est pas un électeur. Que M. Hollande, qui reste un homme affable, simple, accessible, qu’il trouve des poches de popularité dans une population indulgente, plus attachée à ses bonnes manières qu’à la qualité de sa gestion, cela fait partie de la nature humaine. Qu’à partir de là, M. Hollande puisse construire un projet aussi lourd et compliqué qu’un second mandat nous semble hors de sa portée.

RICHARD LISCIA

 

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Alerte au pouvoir d’achat

Pour Macron, un risque politique
(Photo AFP)

Le pouvoir d’achat des Français a légèrement diminué depuis le début de l’année, à cause de la hausse de la CSG, que la baisse de la taxe d’habitation ne compensera que vers la fin de 2018. Pour l’année prochaine, l’application du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu ne donnera pas aux contribuables l’impression que leur pouvoir d’achat augmente.

LE PRÉLÈVEMENT à la source est la norme dans le monde. Il est rationnel et n’ampute pas les revenus. Il évite l’épargne forcée à laquelle les contribuables doivent procéder pour payer leurs tiers provisionnels. En France, c’est quand même une révolution. L’économie, c’est moins des chiffres que de la psychologie. Prenons le cas d’un foyer gagnant 5 000 euros par mois avec un taux dit « neutre » de 10% : en plus des prélèvements sociaux, il devra payer chaque mois quelques centaines d’euros d’impôt et aura le sentiment que son pouvoir d’achat a subitement baissé. Le gouvernement estime que la mensualisation de l’impôt à laquelle ont adhéré une majorité de contribuables se traduit par des prélèvements plus élevés puisqu’elle est calculée sur dix mois, et non douze. Il n’empêche que ce sont toujours les mêmes qui paient l’impôt sur le revenu, puisque seulement 44 % des contribuables y sont assujettis. Toutefois, il n’y aura aucun changement dans le montant des impôts : les dépenses donnant droit à un crédit, comme les dons aux oeuvres, ainsi que les gains exceptionnels de l’année 2018 devront figurer dans la déclaration de 2019.

Une campagne d’explication.

Conscients du mécontentement profond que le prélèvement à la source pourrait engendrer, les pouvoirs publics se sont engagés dans une campagne promotionnelle qui ne suffit pas à cacher quelques vérités. L’idée d’année blanche en 2018 n’est qu’une chimère. Vous payez vos impôts pour 2017 cette année et vous devez de toute façon faire une déclaration en 2019 pour 2018. Vous finirez de payer ce que vous devez au fisc pour l’année 2017 vers la fin de 2018 et dès le 31 janvier 2019, vous aurez commencé à payer les impôts de la même année. Techniquement, le gouvernement n’a aucun état d’âme : la modernisation fiscale est en adéquation avec sa philosophie de la « transformation », même s’il évite une réforme plus profonde des impôts. Ce qui l’inquiète en revanche, c’est l’impact politique du prélèvement à la source. D’une part, il ajoute une contrainte à la hausse de la CSG, à la réduction des APL, au gel des retraites ; de l’autre, il oblige les contribuables et les entreprises à se débrouiller dans le maquis fiscal, dont la complexité embarrasse la plupart des foyers, partagés entre la nécessité civique de payer les impôts (la France est le pays où le taux de recouvrement des impôts directs est un des plus élevés) et le temps supplémentaire qu’il faudra consacrer à la tâche.

La polémique compliquera la tâche.

Le prélèvement à la source n’est pas pour autant une mesure scélérate. Dans certains foyers, ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, il peut engendrer une réduction de leur consommation à cause d’une perte apparente de revenus, ce qui se traduirait par un ralentissement de l’économie. Les économistes affirment que l’impact psychologique de ce prélèvement ne durera que quelques mois. On en aura la confirmation lorsque les dispositions seront entrées dans les faits, bien rodés, et acceptées. Cependant, les critiques que les diverses oppositions ne manquent pas d’adresser au projet pourraient entraîner l’adhésion du public et les inévitables couacs qui jalonneront une méthode entièrement nouvelle s’adressant à des millions de citoyens pourraient avoir, pour l’exécutif, un prix politique. Il est vrai que le président et le Premier ministre ne semblent pas reculer devant la difficulté d’une épreuve. Quelquefois, on se demande s’ils ne cherchent pas les difficultés avec avidité.

RICHARD LISCIA

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Le malaise de la droite

Il n’imprime pas.
(Photo AFP)

L’élection d’Emmanuel Macron a perturbé  tous les partis politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Les Républicains, en choisissant sans hésitation Laurent Wauquiez comme leader, semblaient mieux réagir au grand désordre qui a remplacé l’opposition classique entre droite et gauche. Pourtant, il devient de plus en plus évident que le parti, qui se réunit le 30 juin à Menton, n’est pas certain de la marche à suivre.

M. WAUQUIEZ regroupe autour de lui et de ses idées, notamment le traitement sévère de l’immigration, des hommes et des femmes convaincus, par exemple Eric Ciotti, Eric Woerth, Christian Jacob ou Brice Hortefeux, qui ont une forte expérience, ont eu l’occasion d’exercer le pouvoir et peuvent se présenter comme ceux qui détiennent la compétence face aux jeunes élus de la République en marche. Président de région, ancien ministre, M. Wauquiez se présente comme un homme en adéquation avec les fonctions qu’il exerce et celles auxquelles il aspire. Sa ligne politique, proche de celle de Nicolas Sarkozy, repose sur un renforcement des « valeurs de la droite », ce qui fait de lui, dans le rituel classement des caramels, un dur. Il a fort bien compris le problème de cette décennie, l’immigration, qui épouvante les Français comme d’autres peuples européens, et veut engranger des suffrages en se servant de cette peur. Il met le doigt sur un point stratégique essentiel: c’est sur la question des migrants, clandestins ou non, que se jouent tous les scrutins européens, comme on a pu le voir dans plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie.

Le trouble de l’opposition.

Sa première difficulté est celle qui a marqué le parcours de M. Sarkozy, élu président de la République en 2007 en « siphonnant » les voix du Front national, battu en 2012 avec la même stratégie. La forte présence de l’extrême droite, mouvement désormais susceptible de gouverner la France, le contraint à apporter un plus par rapport à Marine Le Pen. Le durcissement de la position de M. Wauquiez sur l’immigration semble avoir absorbé toute son énergie. Dans les autres dossiers, économiques, sociaux, diplomatiques, il se contente de critiquer chacune des actions du gouvernement, en le marquant à la culotte, si j’ose dire, ce qui n’est pas très original. Ni très utile quand on sait que l’exercice est partagé par ce qu’il reste des socialistes, par les mélenchonistes et par les lepénistes. Le président des LR pourrait dire  que son parti est dans une forme bien meilleure que celles des autres, fracturés par des querelles internes et doutant au fond d’eux-mêmes de la finalité de leur entreprise. L’une des forces du macronisme dont on dit tant de mal aujourd’hui, c’est d’avoir durablement jeté toute la classe politique dans une ornière d’où elle a beaucoup de mal à sortir.

Car Laurent Wauquiez, en dépit de son autorité, qui est grande, ne fait pas le plein des voix de la droite. Les anciens de l’UMP se sont dispersés : les uns ont vite fait de gagner le camp de Macron, celui de l’action politique, et finalement le seul qui bouge vraiment ; d’autres, et ils sont nombreux, ont abandonné la politique ; d’autres enfin sont, comme Christian Estrosi, toujours chez LR, mais ont pris clairement leurs distances ; d’autres, comme Valérie Pécresse et son mouvement bien nommé, « Libres », se tiennent en réserve de la droite et même du pays. La droite, tout entière contenue naguère dans l’UMP, a laissé les centristes de l’UDI retrouver leur autonomie. Le problème est qu’il ne suffit pas de singer Marine Le Pen pour obtenir le ralliement des suffrages du Front. Il faut aussi garder auprès de soi les Républicains modérés, et les centristes,  ceux qui, fascinés par Macron, se demandent encore si la REM n’est pas le parti où le confort intellectuel leur serait assuré. Beaucoup d’électeurs de droite veulent bien qu’on durcisse les conditions de l’immigration, mais sont totalement hostiles à une politique qui nous fâcherait avec l’Europe et  l’euro.

L’homme qui ne sourit pas.

Il appartient à M. Wauquiez de donner des assurances sur ces points à l’ensemble de LR. Il a maintenant assez d’autorité sur le parti pour pouvoir nuancer ses idées. Malheureusement pour lui, les sondages ne sont pas rassurants. Ils montrent en effet qu’il n’apparaît pas comme le chef d’une opposition capable de ravir le pouvoir à M. Macron. Laurent Wauquiez, qui a été plutôt absent de la scène publique ces dernières semaines, n’imprime pas. Pourquoi ? Parce que, quand il tonne contre les divers abus infligés au peuple, il effraie. Parce, pratiquement, il ne sourit jamais. Voilà un homme qui a pour lui la prestance, la culture, le savoir, et qui ne s’en sert jamais, tellement il est convaincu qu’il doit apparaître comme l’anti-Macron absolu. Là où le président feint de n’avoir que des amis, et poursuit une politique sociale dure tout en souriant, là où l’implacable machine de la réforme avance, Laurent Wauquiez, comme la plupart des opposants, ceux qui n’ont pas le pouvoir mais ont une forte dose de rancune, se livre à des actions verbales de guérilla. Dans le genre qui fait peur, Mme Le Pen et M. Mélenchon sont imbattables. M. Wauquiez devrait essayer la détente, la sérénité, l’assurance, la jeunesse, l’ouverture, l’amour des libertés et, surtout, exposer une vision, un projet rationnel et bien huilé.

RICHARD LISCIA

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