Macron parmi les « Grands »

Poignée de mains virile
(Photo AFP)

Emmanuel Macron a couru avec beaucoup d’aisance un marathon diplomatique, à Bruxelles, pour un sommet de l’OTAN, et à Taormina, pour le G-7. Donald Trump ne s’en tire pas mal non plus.

A TORT ou à raison, on pensait que le président Trump ne ferait qu’une bouchée de son collègue français, pas tant parce qu’il aurait plus d’expérience que lui mais parce que ses manières de vieux dinosaure auraient déstabilisé M. Macron. Lequel a même obtenu des compliments appuyés du président américain, qui l’a félicité pour sa victoire électorale, sans sembler se souvenir qu’il militait naguère pour celle de Marine Le Pen. Sur ce, M. Trump s’empara de la main de M. Macron, qui se laissa faire, au risque d’être broyé par le shakehand le plus dangereux du paysage international. Il réussit néanmoins à soutenir le choc et même à exercer une pression inverse. Rien de mieux qu’un jeune bien portant pour se défendre contre l’arrogance des plus vieux.

Un Trump assagi ?

Le président Trump a bénéficié de son voyage en Arabie saoudite, en Israël, en Cisjordanie, au Vatican, à Bruxelles et à Taormina. Le périple lui a permis de mettre entre parenthèses ses difficultés de politique intérieure et de trouver hors de son pays une sorte de popularité internationale liée, il faut bien le dire, à son assagissement espéré, ses pairs souhaitant qu’à la faveur des conversations, le chef de l’exécutif adoucisse un peu la potion qu’il veut leur prescrire. Il n’a pas vraiment de projets, s’efforçant plutôt de se montrer saoudien en Arabie, israélien en Israël, presque palestinien à Ramallah, moins remonté contre l’OTAN et l’Union européenne à Bruxelles, et leader du monde libre au G-7. L’attentat de Manchester lui a offert une occasion unique de participer au rassemblement du monde occidental contre le terrorisme et, du coup, il semble désireux de mettre l’OTAN et l’Europe à contribution dans cette lutte et donc de leur trouver une raison d’exister.

Le troisième camouflet.

Les deux institutions ne l’entendent pas de cette oreille mais s’empressent d’envisager une hausse de la part de leur produit intérieur brut (à 2 %) affectée à la défense. Il est bien trop pour dire que M. Trump a été amadoué par ses alliés, d’autant que, malgré le succès de sa tournée, dont il se flatte comme d’un exploit exceptionnel, il a été poursuivi par de mauvaises nouvelles du front intérieur. D’abord la première ministre britannique, Theresa May, s’est indignée de retrouver dans la presse américaine des informations secrètes qu’elle avait livrées au gouvernement américain au sujet du drame de Manchester ; puis la CIA a fait savoir qu’elle s’occupait plus particulièrement de Jared Kushner, le gendre et homme de confiance de M. Trump à la Maison Blanche, dans l’affaire des ingérences russes pendant la campagne électorale de l’an dernier aux Etats-Unis ; enfin un juge américain a décidé en appel que le projet de décret présidentiel anti-immigration était contraire à la lettre de la constitution américaine, de sorte que l’affaire ira vraisemblablement jusqu’à la Cour suprême, et que, sur ce point, M. Trump reçoit un troisième camouflet de la justice ordinaire. Le désordre engendré par une Maison Blanche déboussolée continue.
Emmanuel Macron s’est bien gardé de s’intéresser aux démêlés de M. Trump avec la justice et avec le gouvernement britannique. Auréolé d’une victoire électorale que M. Trump n’est pas le seul à admirer, il a été accueilli très chaleureusement pas les représentants de l’Union à Bruxelles et n’a pas eu de mal à s’imposer comme un président qui, malgré son jeune âge, connaît parfaitement ses dossiers. Il sait très bien ce qu’il représente, l’espoir qu’il a apporté à son pays, la stimulation qu’il donne à l’Europe, le dépit qu’il inflige à Poutine, qui a tant espéré une dislocation de l’Union et constate amèrement que, à cause du jeune Macron, l’Europe et l’OTAN renaissent déjà de leurs cendres. Bien entendu, une bonne prestation sur la tribune internationale ne préjuge pas de la qualité des solutions qu’il faut trouver pour tant de querelles, mais, après tout, la performance aurait pu être médiocre, un qualificatif qui ne sied pas du tout au président français.

RICHARD LISCIA

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Macron se porte bien

Richard Ferrand
(Photo AFP)

À l’orée de la campagne des élections législatives, le président Macron ne donne pas de signes d’affaiblissement en dépit des attaques dont la République en marche fait l’objet. Il ne bénéficie pas encore d’une forte adhésion populaire, mais il fait l’objet d’une certaine curiosité.

« LE CANARD ENCHAÎNÉ », toujours lui, a découvert ce qui ressemble à un conflit d’intérêts dans le passé de Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires et ancien dirigeant de la campagne présidentielle d’En Marche ! M. Ferrand aurait impliqué sa compagne dans le développement des mutuelles de Bretagne, au bénéfice des patients, affirme-t-il, mais aussi, selon le « Canard », du sien. M. Ferrand rejette toute accusation de conflit d’intérêts, mais l’occasion est trop belle, pour les oppositions de droite et de gauche, de s’emparer d’une affaire susceptible d’endommager la bonne réputation du gouvernement ; lequel s’apprête à présenter son projet de loi de moralisation de la vie publique. Jean-Christophe Cambadélis, opposé à Mounir Mahjoubi, par ailleurs ministre du Numérique, dans la 16ème circonscription de Paris, exige du président et du ministre de la Justice, François Bayrou, qu’ils donnent une explication des faits et gestes de M. Ferrand. Il est vraisemblable que le tollé ne fera que s’amplifier, en partie à cause de la crédibilité du « Canard » dans ce genre d’affaires, en partie parce que la République en marche (REM) fait une campagne triomphale. Il est urgent, pour la droite et le PS, tous deux à bout de souffle, de donner un coup de frein à cette marche forcée.

Sacrifier M. Ferrand ?

M. Macron a tout le loisir, s’il le faut, de sacrifier M. Ferrand pour s’enlever une épine du pied. Mais la morale va dans les deux sens : il ne serait pas bien vu qu’il se sépare d’un ministre qui a beaucoup contribué à sa victoire à la présidentielle. Si le problème qui lui est posé est aigu, il ne semble pas que l’affaire puisse avoir le moindre impact sur le résultat des législatives. Sondages et projections accordent en effet à REM une bonne avance sur les autres partis politiques, à 32 % contre 19 % pour la formation arrivant en second, les Républicains (LR). Il n’est pas impossible que le mouvement de Macron emporte la majorité absolue. Mais, même s’il n’y parvient pas, il peut se réjouir de l’effet asphyxiant que REM exerce sur ses adversaires. Non seulement REM a évité de présenter des candidats dans les circonscriptions où il a de bonnes raisons de croire que les concurrents les mieux placés rejoindront la majorité présidentielle, mais nombre de candidats du PS n’hésitent pas, dans leurs affiches électorales, à oublier leurs origines et se réclament de la majorité présidentielle, même si M. Macron ne leur en a pas accordé le label, le cas le plus cité étant celui de Marisol Touraine, ancienne ministre de la Santé, qui se présente dans la troisième circonscription d’Indre-et-Loire. Le cas aussi de Malek Boutih, ex-PS, dans la 10ème circonscription de l’Essonne et de Myriam El Khomri, ex-ministre de M. Hollande dans la 18ème circonscription de Paris.

Macron cherche l’affaiblissement de la droite et de la gauche.

La campagne de M. Macron, n’en doutons, est très agressive : il s’agit pour lui d’administrer la preuve que les partis traditionnels sont finis et qu’il a inauguré une façon différente de faire de la politique. Il espère avoir convaincu l’opinion que l’on retrouvera l’accomplissement de son projet dans la composition de la prochaine assemblée. Il souhaite que LR fera un score insuffisant et que la déroute du PS sera confirmée, avec un nombre de députés socialistes qui ne dépassera pas la soixantaine. Face à une telle offensive, il est parfaitement logique que les deux partis visés se défendent par tous les moyens, même si, parfois, ceux-ci sont pathétiques. François Baroin, chef de la campagne de LR, présente M. Macron comme le champion de la pression fiscale alors que le programme de REM prévoit certes une hausse de la CSG mais une baisse de la fiscalité pour une forte partie de la population (par le biais d’une suppression de la taxe d’habitation). De la même manière, l’appel strident de M. Cambadélis à la mise en ordre morale de « l’affaire » Ferrand est quelque peu téléguidée : on n’a pas fini, en France, de peser sur le suffrage universel par le biais de scandales vrais ou non confirmés.
Il ne faut pas faire la moindre exception pour le nouveau venu dans la politique, ce jeune homme à la fois très ambitieux et clairvoyant, qui a enfourché une vague immense. Le fond de l’affaire, c’est que le président Macron a senti la force du mouvement et l’accompagne au lieu de s’y opposer. Ses adversaires, et Dieu sait qu’ils sont nombreux, refusent pour le moment de jouer dans ce registre. Il faudra bien, pourtant, qu’ils fassent peau neuve, s’adaptent aux aspirations populaires, et reconnaissent ce qu’il y a de positif, et même de vital, dans le macronisme : il accepte les exigences inédites du peuple et les fond dans son programme. Ce faisant, il nous a épargné jusqu’à présent le triomphe des deux extrêmes qui menacent le pays.

RICHARD LISCIA

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Le terrorisme vise l’enfance

Sous le choc
(Photo AFP)

Comme l’a dit la Première ministre, Theresa May, c’est un attentat « épouvantable » qui a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi à Manchester, faisant 22 morts et 59 blessés.

UN ACTE épouvantable parce que, cette fois, ce sont des enfants et des adolescents qui étaient visés par le terroriste, porteur d’une bombe de grande puissance et qui est mort dans la déflagration. En effet, dans la Manchester Arena, une salle de 21 000 places, la chanteuse Ariana Grande venait de donner un concert. Ses chansons sont particulièrement appréciées des enfants, jeunes ou moins jeunes. Le terroriste s’est fait sauter dans le hall de l’Arena alors qu’en sortaient les spectateurs au terme du show. La chanteuse hésite à poursuivre sa tournée en Europe (elle est censée venir à Paris), la campagne électorale en Grande-Bretagne a été suspendue après un accord entre Mme May et le chef de l’opposition travailliste, les messages de soutien et de condoléances arrivent de toutes parts à Londres, notamment du président Macron, qui devait téléphoner à Mme May dans la journée et du Premier ministre, Edouard Philippe.

Le risque zéro n’existe pas.

C’est le plus gros attentat commis au Royaume-Uni depuis ceux de 2005 contre les transports en commun, qui avaient fait de très nombreuses victimes. La première leçon de ce crime odieux, c’est qu’il visait des enfants. La deuxième, c’est qu’il n’y a évidemment pas de fouille des spectateurs à la sortie et que le kamikaze, porteur d’une bombe dite artisanale mais affreusement efficace, a choisi le moment, la fin du spectacle, où il ne serait pas repéré. Cela entraîne un nécessaire accroissement de la sécurité et le contrôle de la sortie des salles de spectacle, et va singulièrement compliquer la tâche des forces de police. Les Anglais sont parfaitement aguerris dans la lutte contre le terrorisme, puisque chez eux, elle a commencé non pas avec les combattants islamistes mais avec l’IRA. Ces derniers mois, des attentats individuels ont eu lieu au Royaume-Uni, mais celui-ci est particulièrement meurtrier.
On peut compter sur les Britanniques pour garder leur sang-froid. Le message envoyé par Daech, qui n’a pas encore revendiqué le crime de Manchester, concerne évidemment toute l’Europe qui, au-delà de la solidarité qu’elle a naturellement exprimée, s’inquiète pour sa sécurité, tout en essayant de de maintenir les activités culturelles. Anne Hidalgo, maire de Paris, a confirmé ce matin qu’il n’est pas question de réduire le nombre des concerts ni de les annuler tous. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a tenu une réunion pour renforcer les dispositifs de sécurité en France. Le gouvernement ne doit pas néanmoins céder à la peur. Il doit s’assurer que tous les plans sécuritaires sont en vigueur, mais la France n’a pas besoin de nouvelles lois pour la protéger. Il faut bien admettre que, si les Britanniques ont subi ce nouveau choc en dépit d’un système de protection exemplaire, c’est bel et bien que le risque zéro n’existe pas. Ce qui signifie qu’un surcroît de vigilance est nécessaire mais pas une hausse du nombre de dispositions. Quand un attentat a lieu, il faut se rappeler tous ceux qui ont été déjoués.

Trump : des « losers ».

La police britannique dit que l’auteur de l’attentat-suicide était seul. Il demeure que, pour préparer une bombe qui a fait autant de victimes, il fallait disposer d’une logistique considérable. L’enquête démontrera sûrement de quels soutiens matériels et humains le kamikaze bénéficiait. On peut s’attendre à une chasse à l’homme dans les prochaines heures. Au Proche-Orient, où il est en visite officielle, Donald Trump a dénoncé les « losers » (les perdants) qui continuent à accomplir en Europe des attentats meurtriers. Je veux bien que, d’un point de vue philosophique, ils aient perdu la bataille avant de l’engager. Mais leur ambition est satisfaite : tout ce qu’ils veulent, c’est rendre notre vie impossible et nous priver ainsi de nos libertés. Les sociétés occidentales sont d’autant plus fragiles qu’elles sont ouvertes et que, dans le monde civilisé, normalement, on ne fouille pas les spectateurs qui vont au concert ni les passagers qui prennent un avion. Nous avons tous déjà payé un lourd tribut au terrorisme, non seulement à cause du nombre des victimes et de leurs souffrances, mais parce que nous avons été contraints à faire de notre sécurité physique la toute première de nos priorités. Les assassins sont peut-être des « losers », ils représentent cependant bien plus qu’une nuisance.

RICHARD LISCIA

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Tous optimistes

Bruno Le Maire, candidat incertain dans l’Eure
(Photo AFP)

Tous les partis politiques se déclarent optimistes quant à leurs chances aux élections législatives. Il vaut mieux partir pour le combat avec confiance, mais il ne faut pas y aller en se faisant trop d’illusions.

EN RÉALITÉ, deux partis, la République en marche (REM) et les Républicains (LR) sont assurés de faire un score significatif. Ils se disputeront donc la première place, avec un avantage certain pour REM. Tout ce que l’on voit des préparatifs engagés par le gouvernement, notamment ces circonscriptions où REM s’est privé de candidat dans l’espoir de faire élire un LR Macron-compatible, indiquent que le président cherche à obtenir la majorité absolue et, à défaut, une majorité présidentielle grâce à une forte représentation de REM à l’Assemblée et un ajout de députés LR acquis à la réforme. Le nouveau parti du président s’est imposé néanmoins quelques contraintes qui peuvent lui coûter des sièges, par exemple, sa décision d’obliger tout candidat à la députation mais déjà ministre à démissionner du gouvernement s’il perd sa législative.

La perplexité des électeurs de droite.

Mais le président Macron compte sur sa chance et sur les changements multiples qu’il a déjà apportés à la vie politique en France (verrouillage de la communication qui n’est pas, disons-le, ultra-démocratique, exigence de probité pour tous les membres du gouvernement, pour leur personnel et pour les élus REM, premières discussions autour de la loi sur la moralisation politique confiée à François Bayrou, ministre de la Justice qui est à son affaire, concertation déjà annoncée avec les syndicats sur la loi Travail) pour séduire un électorat qui ne cache pas sa perplexité. En effet, les électeurs traditionnels de la droite ne comprennent pas très s’ils doivent voter pour le candidat LR ou pour celui de M. Macron. S’ils sont hostiles à la feuille de route fixée par le président, ils ne sont pas certains que leur député ne votera pas les réformes qu’il propose. Pour tout politologue, il est déjà ardu d’appréhender l’ampleur du basculement de la société française ; pour un citoyen lambda, c’est encore plus dur.

Le plan B de Macron.

Il demeure que REM et LR ne sont pas solubles l’un dans l’autre. Leurs programmes sont très différents. François Baroin, qui dirige la campagne de LR, a adopté une attitude offensive, de sorte que ses candidats s’exprimeront avec vigueur contre ceux de M. Macron et se battront pour obtenir un maximum de sièges. L’entourage du président souligne de son côté la refonte du programme de LR, qui ne correspond guère à celui de François Fillon, lequel avait été perçu comme le plus novateur, le plus complet et le mieux financé. Du coup, LR se concentre sur la hausse de la CSG, prévue par M. Macron, et qui va toucher plus particulièrement les retraités, dont les pensions sont pourtant gelées depuis près de quatre ans. La suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des contribuables va, par ailleurs, créer un trou de quelque dix milliards dans les recettes de l’État. Le gouvernement actuel affirme qu’il va les financer mais, pour le moment, il ne nous dit pas comment. LR, de son côté, prévoit une baisse de 10 % de l’impôt sur le revenu, pas financé non plus, et a diminué de 60 % son programme de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui partent à la retraite.
Sur la base des contenus des programmes, ni REM ni LR n’offrent des perspectives très réjouissantes. En revanche, REM fournit des efforts considérables pour puiser dans le vivier des candidats LR et compte sur la dynamique créée par l’élection de M. Macron. Les électeurs n’ont pas l’intention ou ne croient pas qu’il soit possible d’inverser le sens de l’élection présidentielle, et ils sont familiarisés avec une République dont la constitution et en particulier le scrutin majoritaire à deux tours favorisent une majorité pour le président. M. Macron et son entourage espèrent une majorité absolue. Comme ils ne sont pas certains de l’obtenir, ils ont déjà préparé le terrain pour quelques précieux ralliements à leur politique.

RICHARD LISCIA

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Les passions négatives

Macron ne craint pas de s’exposer
(Photo AFP)

La formation du gouvernement dirigé par Édouard Philippe a déclenché, y compris dans cet espace, un déluge de critiques. Elles s’expliquent sans doute par le fait que peu de Français, surtout ceux qui sont affiliés à un parti, réalisent que l’homme qui a été élu président de la République s’appelle Emmanuel Macron.

LE PRÉSIDENT a composé un gouvernement qui correspond pleinement aux engagements qu’il a pris avant son élection. Sur les 22 ministres et secrétaires d’État, 11 sont des femmes. On y trouve trois hommes de droite, deux du MoDem, d’anciens socialistes et plusieurs personnalités de la vie civile. Tous sont tenus à une discipline de fer, notamment en ce qui concerne l’abandon de leurs autres mandats. Cette diversité fait l’objet d’un scepticisme affiché par les partis et leurs affidés qui veulent, et c’est bien normal, faire le meilleur score aux législatives. Sans nous dire d’ailleurs comment un président qui n’aurait pas la majorité absolue ou qui aurait une opposition majoritaire pourrait gérer le pays utilement. On peut tout imaginer, y compris un triomphe de la droite qui forcerait M. Macron à cohabiter. La formule est cependant peu propice aux thérapies exigées par les maux économiques et sociaux de notre société. En outre, elle donnerait un coup de frein à un mouvement original qui nous propose une autre façon de gouverner. On peut donc dire que souhaiter l’affaiblissement d’un président qui a été élu par deux Français sur trois ne correspond pas vraiment à l’intérêt national.

Macron est compatible avec la droite.

D’autant que M. Macron n’est ni Mme Le Pen ni M. Mélenchon. Il ne nous offre pas une aventure dans des abysses révolutionnaires. Il ne procède pas à une aventure à la Sarkozy où des ministres venus de l’opposition ou de la vie civile ne représentent qu’un habillage électoraliste. Il veut gouverner en prenant dans les diverses et nombreuses idéologies qui coexistent dans ce pays ce qu’elles ont d’utile. Par exemple, la droite hurle au débauchage de MM. Philippe, Darmanin et Le Maire ; elle pourrait aussi considérer que trois hommes de droite dont l’un est le chef du gouvernement vont participer aux grandes réformes, ce qui est valorisant pour elle. Je n’ai cessé de répéter ici que le réflexe d’autodéfense des Républicains est éminemment compréhensible. Ils voient trois membres de leur famille comme des dissidents ou des déserteurs. Ils constatent que l’électorat de la droite et du centre risque d’être déboussolé par cet étrange appareil gouvernemental qui est et de droite et de gauche. Ils ressentent leur défection comme une agression.
Leur perplexité, parfois leur colère et même leur rage sont de très mauvais conseilleurs quand passe le vent de l’histoire. M. Macron est élu pour cinq ans et il faut que chaque électeur, chaque parti s’y adapte. Je ne défendrais pas cette idée, bien sûr, si Mme Le Pen avait été élue ; elle aurait logiquement provoqué une forte opposition. En revanche, on ne peut pas combattre avec la même vigueur un gouvernement dirigé par un homme venu de la droite, mais désireux de réconcilier les partis de gouvernement. M. Philippe n’est pas responsable de l’élimination d’Alain Juppé au second tour de la primaire ; il n’est pas responsable de l’entêtement de François Fillon à rester, avec l’aide de Nicolas Sarkozy, le candidat de LR et de l’UDI ; il n’est pas responsable de l’élimination d’un Fillon avec lequel, peut-être, il aurait consenti à travailler. D’un autre côté, le débat sera tranché par les législatives. Leur résultat nous dira si ce gouvernement hybride est capable d’imposer le changement tant attendu par la société française.

Des sondages encourageants pour le président.

J’ai mentionné hier un sondage qui montrait que le gouvernement d’Édouard Philippe ne bénéficiait que d’une faible cote de confiance. Mais d’autres sondages tendent à prouver le contraire. Une enquête Opinion Way-Orpi pour « les Échos » accorde 27 % des suffrages à la République en marche aux législatives, contre 20 à la droite, 20 au FN, 14 à la France insoumise, 11 au PS. « Les Échos » en concluent que LREM a une bonne chance de remporter entre 280 et 300 sièges à l’Assemblée. Mais un autre sondage, celui de Harris-Interactive pour LCP, donne 32 % des voix à LERM, ce qui assurerait à Emmanuel Macron la majorité absolue de 289 sièges (19 % au FN, 18 % à LR, 16 % à LFI). Enfin un sondage Odoxa diffusé ce matin par France Info situe à 69 % le taux d’opinions favorables au nouveau gouvernement. Bien sûr, ces chiffres ne prouvent rien et ne préjugent pas du résultat réel du 18 juin. Mais ils montrent que, parmi les innombrables paris pris par le président (qui, à ce jour, n’en a perdu aucun, dois-je le rappeler à mes lecteurs les plus sceptiques ?), celui d’une majorité absolue à l’Assemble n’est pas le plus fou en apparence.

RICHARD LISCIA

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Un gouvernement éclectique

Agnès Buzyn, ministre de la Santé
(Photo AFP)

Bric à brac, bazar oriental ou addition des talents ? L’équipe gouvernementale formée par Edouard Philippe répond essentiellement aux critères fixés par le président Macron. Avant l’action, la force des symboles.

AUTANT de femmes que d’hommes, des personnalités venues de la droite (mais trois seulement en comptant le Premier ministre), de la gauche et du centre, des technocrates issus de la vie civile, le président de la République a réussi, avec le concours de son Premier ministre, à tenir toutes ses promesses relatives à son mode de gouvernance. La droite constate avec plaisir que M. Macron ne lui a pris que trois membres de LR, le MoDem est récompensé bien au-delà de ce qu’il ne cessait d’exiger, François Bayrou est ressuscité, les hommes et femmes qui ont accompagné M. Macron depuis le début de son aventure, comme Gérard Collomb, maire de Lyon, nommé à l’Intérieur, et Richard Ferrand, d’origine socialiste, mais combattant d’En Marche ! à l’aube du mouvement, nommé à la « Cohésion des territoires », c’est-à-dire aux collectivités territoriales, où il aura fort à faire. Quant à Jean-Yves Le Drian, valeur sûre du hollandisme, VRP français numéro un, brillant stratège de la sécurité extérieure, il passe aux Affaires étrangères, avec une mission précise : accroître l’engagement européen de la France.

Des ministres compétents.

Les choix faits pour l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, et pour la Santé, l’excellente Agnès Buzyn, ont également un avantage : ils nous rassurent sur la compétence des membres du gouvernement. Bien entendu, la droite en critique la composition parce qu’elle veut se distinguer suffisamment de la « République en marche » pour gagner les législatives. C’est de bonne guerre. L’exclusion de LR de Bruno Le Maire, nouveau ministre de l’Economie et de Gérald Darmanin, nommé à l’Action et aux Comptes publics, domaine particulièrement sensible, surtout pour nos relations avec l’Allemagne, est néanmoins le produit de la mesquinerie. Il reste que, en dépit de ce bras-de-fer entre la République en Marche et les Républicains, la relation n’ignore pas complètement de fortes affinités portant toutes sur la nécessité de la réforme.
Le président de la République a déclenché un changement de nature historique qui mérite la considération de tous. On ne peut pas dire tout à la fois qu’il faut des jeunes aux manettes, qu’il faut des têtes nouvelles pour affronter les nouveaux défis, qu’il faut enfin essayer ce qui ne l’a jamais été, et fournir de ce tsunami politique, déclenché délibérément pas un homme de 39 ans, une analyse enracinée dans des concepts surannés, dans des querelles de clocher et dans nos bonnes vieilles guerres picrocholines. Il est logique que LR se défende contre un changement qui menace ses effectifs, ses idées et ses projets. Les Républicains, cependant, ne peuvent pas ignorer que, au-delà de ce qui fait leur spécificité, il existe une attente populaire, un espoir national, une recherche d’optimisme que M. Macron a le talent de satisfaire.
Parmi les hommes et femmes choisis pour entrer au gouvernement, beaucoup, y compris Edouard Philippe, ont critiqué sans la moindre bienveillance les débuts de M. Macron. Qu’aujourd’hui ils soient aux commandes signifie d’abord que le président, l’homme qui a eu l’intuition de ce qui était possible et qui a même intériorisé le fait que même des hommes et des femmes de bonne volonté ne le comprenaient pas, est incapable de rancune ; et ensuite qu’il tient dur comme fer que des différences entre les membres de son équipe naîtra à coup sûr une étrange harmonie : pour une crise dont les effets sont aussi contrastés, une variété d’intelligences sera peut-être salutaire.

La machine roule.

Maintenant que nous avons un gouvernement, il doit mesurer avec précision l’ampleur des tâches qu’il lui faut accomplir. Une équipe dosée au milligramme ne donne pas un emploi à un chômeur. Les injustices et inégalités qui ont provoqué la colère populaire et favorisé les extrêmes dans les urnes ne vont certainement pas disparaître du jour au lendemain, mais l’important est que les Français commencent à croire que ce gouvernement ne pense qu’à eux et situe sa réussite non pas à quelques effets superficiels mais à un apaisement général de ceux qui souffrent le plus et attendent la solidarité des autres. Bien sûr, tout dépend encore du résultat des législatives. Les Républicains disent d’ailleurs qu’ils auraient préféré que, avant de faire appel à trois de leurs membres, M. Macron attende le résultat du scrutin. Encore une fois, on devine là l’ancienne façon de penser. Le président, lui, fait un pari historique, dans la lignée de tous ceux qu’il a faits depuis un an. En Marche ! n’est pas seulement un mouvement politique ultra-original. C’est devenu une très grosse machine dont la progression risque, pour les attardés qui voudraient se mettre en travers de son chemin, d’être implacable.

RICHARD LISCIA
PS- Un sondage Elabe, publié aujourd’hui, montre que, à 45 %, la cote de confiance de M. Macron n’est pas élevée (comparée à celles de M. Hollande et de M.Sarkozy au lendemain de leur élection). Celle d’Edouard Philippe atteint seulement 36 %. Ce qui signifie que le président et son Premier ministre doivent faire leurs preuves avant que les Français leur accordent majoritairement leur confiance. Cependant la popularité de Jean-Luc Mélenchon, à 34 %, s’effondre de 17 points et celle de Marine Le Pen tombe de 7 points, à 25 %.

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Le siège de la Maison Blanche

Scandale et désordre
(Photo AFP)

La présidence de Donald Trump s’est transformée ces derniers jours en une sorte de happening imprévisible qui, pour la première fois, pose la question de son éventuelle destitution.

LE RECIT des plus récents démêlés du président Trump avec des institutions dont il semble ignorer les contraintes est en tous points édifiant : dans une séquence qu’il a délibérément ouverte, il a limogé, par une lettre comminatoire, le directeur du FBI, James Comey, dont le mandat courait jusqu’en 2023. Il invoque, comme raison officielle de sa décision, l’enquête du FBI sur emails d’Hillary Clinton, qui a probablement coûté à la candidate son élection. Le « Washington Post » révèle alors que, en réalité, le président s’inquiétait d’une autre enquête du FBI sur les relations de Michael Flynn, ancien conseiller sécurité de M. Trump, avec le gouvernement russe. La proximité de M. Flynn avec Moscou était considérée comme une menace sur la sécurité des Etats-Unis. Bien entendu, M. Trump dément les informations du « Post », mais, au Congrès, y compris dans le camp républicain, on se demande si M. Trump n’a pas pris des risques inconsidérés : il aurait transmis, uniquement pour se mettre en valeur, à Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, des renseignements sur l’activité des terroristes de Daech, qui lui auraient été confiés par Israël.

Les révélations de la presse.

Hier, le « New York Times » a révélé que, dans des conversations avec M. Comey antérieures à son limogeage, en février, M. Trump a demandé au directeur du FBI de mettre un terme à son enquête sur Michael Flynn. La réponse a été négative, ce qui aurait aussitôt déclenché son éviction. La Maison Blanche a démenti cette information, tandis que M. Comey s’enferme dans un mutisme absolu. La seule question qui vaille concerne la culpabilité du président : avait-t-il le droit, ou non, de peser sur le directeur du FBI pour qu’il renonce à une enquête et avait-il le droit de le limoger pour s’assurer que ne seraient pas livrés au public les éléments d’information que pouvaient réunir les enquêteurs ? Il faut encore que les révélations des journaux américains soit officiellement confirmés, ce qui passe par la nomination d’un procureur spécial indépendant, en capacité de convoquer les acteurs de la séquence russe, dont M. Comey, pour qu’ils s’expriment sous serment. Il faut ensuite démontrer que M. Trump a outrepassé ses droits, ce qui n’est pas, sur le plan constitutionnel, aussi évident quel croient les nombreux ennemis de M. Trump.

Scandale et désordre.

Ce qui joue contre le président, en définitive, c’est autant l’arrière-plan de sa présidence où s’accumulent des problèmes graves, que son mode de gouvernement qui a le parfum entêtant du scandale. Donald Trump, pour le décrire simplement, c’est le désordre. C’est un programme en partie non appliqué, et dévastateur pour l’écologie et les démunis pour la partie qui est mise en oeuvre. C’est une gouvernance conflictuelle qui dresse contre lui non seulement l’opposition démocrate mais nombre de républicains, profondément inquiets de l’amateurisme, de l’ignorance des fonctionnalités de Washington, de la puérilité de son triomphalisme permanent, de l’absence de cap politique, d’une communication débridée, incontrôlée, fondée essentiellement sur Twitter, de l’improvisation accompagnée par sa propre évaluation des mesures qu’il prend, et qu’il considère comme des succès personnels.
Une entreprise de destitution, menée par le Congrès reste improbable. Il n’est pas certain non plus qu’elle soit souhaitable, dans la mesure où elle aggraverait le désordre allègrement institué par M. Trump. D’aucuns pensent qu’il est assez borné pour ne pas se rendre compte des atteintes aux droits auxquels il se livre. Il est vrai qu’il ne lit pas, qu’il ne se plonge pas dans les dossiers et que la télévision est sa source principale d’information. Mais il a déjà fait quelques expériences, concernant l’immigration et l’assurance-maladie, qui lui ont permis de comprendre les limites posées à son pouvoir. Trump est le produit d’une aberration du fonctionnement de la démocratie. Le peuple souverain a élu un homme non seulement immoral mais incompétent. Il va, hélas, en payer le prix.

RICHARD LISCIA

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La dynamique présidentielle

Le retour de l’axe franco-allemand
(Photo AFP)

Rien, en cette année 2017, n’était prévisible. De coup de théâtre en coup de théâtre, nous en sommes à avoir un président idéologiquement hybride doté d’un Premier ministre issu de la droite. Le plus curieux, peut-être, c’est que les Républicains, qui ont perdu l’élection présidentielle, semblent juger majoritairement que la nomination d’Edouard Philippe à ce poste est un coup de Jarnac.

EMMANUEL MACRON poursuit son chemin à un rythme rapide. Il n’oublie personne, il a même accordé des circonscriptions supplémentaires au MoDem pour calmer la colère de François Bayrou. Il s’apprête maintenant à désigner des candidats de la droite à la députation et sans doute des ministres de droite. Il ignore superbement les quolibets de M. Mélenchon ou de Mme Le Pen, la stratégie engagée par François Baroin pour obtenir une majorité à l’Assemblée nationale, les promesses d’échec aux législatives des commentateurs hostiles, les analyses considérées comme pertinentes parce qu’elles prennent leur distance par rapport à une aventure politique hasardeuse, les états d’âme anachroniques du PS, démentis par les éloges adressés par Bernard Cazeneuve à Edouard Philippe, les caresses et embrassades d’un François Hollande qui prétend avoir mis M. Macron au pouvoir, alors qu’il a été plutôt subjugué puis emporté par son blitzkrieg, tout ce cortège négatif des vaincus qui accompagne le vainqueur. La même intuition qui a conduit le nouveau président à croire que la crise nationale ouvrait un boulevard à son propre pragmatisme lui suggère aujourd’hui de foncer sans trop se préoccuper des chausses-trapes et des croche-pieds.

Le voyage à Berlin.

Ce qui ne signifie pas qu’il ne calcule pas au millimètre chacune de ses démarches. Dimanche, il a pris le temps d’aller à l’hôpital militaire Percy pour rendre visite à nos soldats blessés au combat. Il va se rendre au Mali. Et, bien sûr, il a conclu avec son Premier ministre un accord de gouvernement, fondé sur l’indispensable réforme économique, sociale, morale et politique dont le pays a besoin. Hier, il était à Berlin, ce qui permet au Front national de trouver dans ce voyage la preuve de notre dépendance de l’Allemagne, alors que nous sommes tous interdépendants et que le sursaut français s’inscrit principalement dans la relance de l’Union européenne. Il ne faut pas s’y tromper. Il sera ardu de passer des intentions aux actes, mais le simple fait de tracer une voie, de l’exposer avec clarté, de souligner les principes auxquels le pouvoir est attaché a des effets bénéfiques sur le moral des Français, sur celui des Européens, et incite le monde à passer de l’étonnement à l’admiration.
Ce que la droite doit se dire alors qu’elle organise sa défense contre le président de la République, c’est qu’elle a échoué et qu’il a réussi. A elle seule, avec les 20 % de M. Fillon, elle n’aurait terrassé ni le Front, ni la France insoumise qui, tous deux, ont perdu une occasion unique de s’emparer du pouvoir. Aujourd’hui, ils en sont à souhaiter ouvertement l’échec de M. Macron, alors que son échec serait celui du pays qu’ils prétendent aimer de toutes leurs fibres. Tandis que le président nous convie à une fête oecuménique où droite, centre et gauche peuvent communier, la droite reste au dehors en nourrissant un espoir qui n’est pas conforme à l’intérêt national.

RICHARD LISCIA

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Un accouchement laborieux

Déjà amis il y a plus d’un an
!Photo AFP)

C’est après un délai de plusieurs heures que, peu avant 15 heures, a été annoncée par Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, la nomination du nouveau Premier ministre, Edouard Philippe.

LES MEDIAS se sont perdus en conjectures sur ce retard, qu’ils ont attribué à diverses raisons : la plus vraisemblable eût été que M. Philippe, maire du Havre, LR tendance Juppé, 46 ans, ne fût plus disponible pour des raisons politiques, son parti d’origine faisant feu de tout bois depuis quelques jours pour empêcher tout membre du parti de rejoindre le président Macron. Edouard Philippe est donc considéré comme « une belle prise », à entendre les commentateurs, mais l’évolution des événements dans les jours à venir nous semblent plus compliqués à décrire.

Une question d’équilibre gouvernemental.

Le nouveau président, en effet, lutte pour une avoir une majorité absolue à l’Assemblée pendant cinq ans et, si possible, gouverner sans frein ou obstacle posé par une forte opposition. La nomination d’Edouard Philippe va dans ce sens, mais encore faut-il que le nouveau Premier ministre puisse faire entrer dans son gouvernement d’autres personnalités politiques de la droite. Compte tenu de l’hostilité manifestée par tous les membres de LR qui, depuis huit jours, ont pris la parole publiquement, il est probable que M. Philippe, après avoir annoncé, sans doute demain, la composition de son gouvernement, a eu du mal à satisfaire cette exigence du président Macron. Ce qui expliquerait peut-être que sa propre nomination ait été annoncée par l’Elysée avec au moins cinq heures de retard.
Quoi qu’il en soit, on saura demain soir si M. Macron aura tenu son pari de constituer une équipe qui soit à la fois de droite et de gauche. En tout état de cause, il ne peut attirer vers lui que des juppéistes, c’est-à-dire des personnalités de LR ouvertes aux réformes et prêtes, comme l’est M. Philippe, à les engager avec détermination. La démarche du président n’est pas comparable aux précédentes « ouvertures » : il ne s’agit pas de débaucher tel ou tel personnage qui serait vite mis en minorité au sein de son gouvernement et ne pourrait imprimer sa marque ; il s’agit d’associer des hommes et femmes politiques attachées à l’idée centrale que le pays doit être changé structurellement pour répondre aux défis économiques et sociaux qui lui sont posés.

Une tâche sacrée.

La droite, bien entendu, peut refuser de suivre l’exemple donné par les quelques personnalités qui rejoindront le gouvernement d’Edouard Philippe. Elle affiche son intention d’obtenir la majorité absolue pour que M. Macron soit contraint de former un gouvernement de cohabitation. Ce qui voudrait dire que l’expérience Philippe serait de très courte durée. La question, en réalité, porte non pas sur les jeux partisans dont les Français sont saturés, mais sur l’intérêt bien compris du pays. De Juppé à Fillon en passant par Sarkozy, je ne crois qu’il y a ait chez LR le moindre refus de la réforme que nous avons tant tardé à mettre en place. Un jeune homme a surgi dans le monde politique -et dans le monde tout court- qui s’est montré assez irrésistible pour obtenir la magistrature suprême. Emmanuel Macron a mis en minorité l’extrême gauche et l’extrême droite. Celles-ci ne seront durablement affaiblies que si une nouvelle gouvernance montre à nos concitoyens que les maux du pays peuvent être soignés sans que nous sombrions tous dans la paranoïa, l’intolérance et même la haine de l’autre. M. Macron n’a peut-être pas rassemblé toutes les tendances idéologiques dont il veut faire sa mosaïque, mais il a sans nul doute réuni des gens de bonne volonté pour qui le redressement de la France constitue une tâche sacrée.

Evitons une expérience négative.

C’est en ces termes que les Républicains doivent se poser la question de leur participation ou non au gouvernement. Certes, ils peuvent se targuer d’avoir été moins affaiblis par l’élection présidentielle que la gauche socialiste ou les écologistes. Mais le danger posé par les extrêmes reste vivace. En vérité, si Macron échoue, je ne suis pas certain que LR sera en mesure de ramasser les morceaux d’un pays brisé, ni que quiconque doive souhaiter une telle éventualité, car nous risquons d’être engloutis par une nouvelle expérience négative. J’ajoute que, si M. Macron présente des avantages et des inconvénients, il a déjà prouvé qu’il est assez sûr de lui pour aller au bout de ses projets. Je veux parler du couple qu’il forme avec Mme Macron, lequel, sûrement, n’a pas été bien accueilli dans la bonne ville d’Amiens mais a si bien réussi avec le temps que M. Macron a été élu président et qu’il souhaite donner à son épouse, pour la première fois dans l’histoire de nos cinq républiques, le statut de « Première dame ». Si la transgression d’il y a un quarte de siècle a réussi, les nouvelles transgressions qu’il s’apprête à accomplir pourraient elles aussi réussir parce que ce jeune président est plus adapté à son temps, à la société d’aujourd’hui, aux défis du XXIè siècle qu’aucun des compétiteurs qu’il a coiffés au poteau.

RICHARD LISCIA

PS-L’appel de 28 élus républicains (dont MM. Estrosi, Apparu, Solère, Darmanin, Riester et Mme Kosciusko-Morizet) va dans le sens d’une coopération avec le nouveau pouvoir. La direction du parti devra-t-elle, pour défendre son point de vue, exclure 28 personnalités de cette importance?

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Macron-Bayrou : le clash

Il y a un mois, tout allait bien
(Photo AFP)

François Bayrou s’insurge contre une répartition des investitures de la République en marche qui, selon lui, ne fait pas la part juste au MoDem. En effet, pour le moment, une quarantaine de circonscriptions ont été attribuées au MoDem, contre les 90 qui leur avaient été promises.

RICHARD FERRAND, qui désigne les candidats d’En Marche !, a affirmé que tout allait s’arranger entre le président Macron et le président du MoDem. Les investitures, pourtant préparées de longue date, ont donné lieu à un cafouillis où les ennemis de M. Macron, prompts à dénoncer ses faiblesses, voient beaucoup d’amateurisme. Pour un parti qui n’a que quelques mois (un bébé par rapport aux autres), l’indulgence est requise. Pour la « République en marche », il ne s’agit pas seulement de constituer un groupe parlementaire. Il s’agit de désigner des gens censés contribuer à un changement de politique, à une amélioration de l’éthique et des nouveaux comportements en public. Ce n’est pas une tâche facile et, au final, 428 candidats ont été désignés, avec un respect absolu de la parité hommes-femmes et 52 % des personnes choisies venant de la société civile. C’est dans la composition même de ce groupe que s’établit une façon différente de faire de la politique et, même s’il y a eu des erreurs, même si des hommes ou des femmes ont été désignés bien qu’ils n’eussent pas fait acte de candidature, même s’il a fallu les remplacer à toute allure, même si les sarcasmes ont fusé de toutes parts, l’exercice à lui seul a apporté une surprenante nouveauté.

Une ombre sur la politique exemplaire.

Il en va autrement du différend qui oppose le président et François Bayrou. Celui-ci jure qu’il avait été décidé que le MoDem serait candidat dans 90 circonscriptions. Peut-être ne sont-elles pas toutes gagnables, mais ce qui est certain, c’est que l’accord Macron-Bayrou était anormalement généreux à l’égard du MoDem. Le président Macron peut espérer un groupe de 250 à 300 députés. Au sein d’un tel groupe, la part prévue pour le MoDem donnerait au parti centriste une influence exceptionnelle, susceptible de jouer contre les décisions de M. Macron. Celui-ci a-t-il réalisé un peu tard qu’il s’était trop avancé ? A-t-il voulu corriger le tir ? Il est bien improbable que, dans le groupe des 150 investitures que la République en marche doit encore annoncer, M. Bayrou obtienne plus qu’une vingtaine de représentants de son parti. D’autant que la proportion des anciens socialistes est trop élevée et qu’elle doit être contre-balancée par davantage d’hommes et de femmes issus de la droite. Dans ce cas, le différend est beaucoup plus sérieux qu’il n’en a l’air. Il risque de compromettre la délicate construction que M. Macron met en place. Il jette une ombre sur la politique exemplaire que le nouveau président entend appliquer.

Le choix du Premier ministre.

Il serait surprenant qu’il accepte in fine de se lier les mains et d’obérer son avenir. Il devrait préférer passer en force, ou compenser par un autre geste en faveur de M. Bayrou l’absence d’une trentaine de députés du MoDem. Pour l’heure, M. Macron ne sait pas du tout s’il peut espérer obtenir la majorité absolue à l’Assemblée (290 députés). Les sondages accordent, au premier tour des législatives, 29 % à la la République en marche, 20 à LR, 20 % au FN (chiffre très élevé, mais qui diminuera au second tour), 14 % à la France insoumise. Le choix du Premier ministre de M. Macron sera annoncé lundi après la passation de pouvoirs, dimanche, à l’Élysée. Ce sera l’acte le plus important de M. Macron après son élection. Soit il choisit un homme neutre qui n’augmentera pas l’élan populaire en sa faveur ; soit il nomme un homme de droite, ce qui devrait encourager (mais ce n’est pas sûr) un afflux de voix en provenance des électeurs de LR. Les Républicains ont fort bien perçu le danger qui, sans insulter un avenir où se dessinent la cohabitation ou la coalition, tirent à boulets rouges sur le nouveau pouvoir présidentiel.
Tout cela démontre que, en dépit des puissants efforts d’En Marche ! pour échapper aux tractations politiciennes d’antan, les gestes symboliques, les conversations secrètes entre partis, l’accumulation d’hypothèses contradictoires sont inévitables, et qu’il y a une limite à l’angélisme. Où est l’intérêt du pays dans cet imbroglio ? Dans une majorité absolue, indispensable à l’application d’une ferme réforme économique et sociale. Ce qui ne lève pas une inconnue : qui, d’En Marche ! ou de LR, obtiendra cette majorité.

RICHARD LISCIA

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