Wauquiez dans la tourmente

Drôle d’histoire
(Photo AFP)

Des propos que Laurent Wauquiez, président des Républicains, a tenus vendredi dernier devant une école de commerce de Lyon ont embrasé le monde médiatique. Ils avaient l’avantage de la sincérité et l’inconvénient de la provocation.

ON POUVAIT ne pas être d’accord avec la stratégie mise en place par M. Wauquiez, mais le plus grand affabulateur n’aurait pas imaginé qu’il pût s’exprimer en de tels termes. Convaincu qu’il s’adressait à un petit cénacle qui ne révèlerait jamais la teneur de son discours, il s’est déchaîné. Pas de pitié pour la chancelière allemande, Angela Merkel : « Pour lui trouver du charisme, il faut se lever de bonne heure ». Une charge également impitoyable contre Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, auquel le président de LR voue une haine inextinguible, sans doute parce que, comme d’autres, il est passé de la droite au macronisme et qu’il est accusé de harcèlement sexuel : « C’est du Cahuzac puissance 10. Le type sait très bien ce qu’il a fait, ce qui va lui arriver.  Je ne lui promets pas un grand destin. Il va tomber ». Mais, de son côté, Laurent Wauquiez n’a-t-il pas mis en péril son propre destin en devançant la justice et en bafouant, et avec quelle violence, la présomption d’innocence ?

Mensonge et forfaiture.

Et voilà que, non content de bombarder ses adversaires, il s’attaque aussi à ses meilleurs amis, comme Nicolas Sarkozy qui en serait arrivé « au point où il contrôlait les téléphones portables de ceux qui entraient au Conseil des ministres. Il les mettait sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos et vérifier ce que chacun des ministres avait dit au moment où l’on en entrait au Conseil ». Bien entendu, M. Sarkozy a démenti, M. Wauquiez lui a téléphoné pour s’excuser et l’ancien président « en a pris bonne note ».  Probablement plus qu’embarrassé, le chef des Républicains affirme qu’il n’a pas prononcé les mots rapportés, qui ont pourtant été enregistrés, ajoutant ainsi le mensonge à la forfaiture. Dans son propre parti, le trouble est considérable et les commentaires agacés, fâchés ou sévères. Dans le reste du monde politique, la stupéfaction le dispute à l’incompréhension. Dans cette affaire, pas de justice, pas d’enquête, pas de procès. N’importe qui peut écouter l’enregistrement du « cours » donné par M. Wauquiez aux étudiants. Et bien entendu, les porte-paroles de M. Wauquiez nous jouent la chansonnette du harcèlement médiatique. La victime, c’est lui, le président des LR, les monstres, c’est tous les autres. Et, bien sûr, un homme qui réussit si bien dans la vie ne peut qu’être attaqué par  les jaloux, les envieux, les méchants.

L’imitation de Trump.

Pourquoi M. Wauquiez s’est-il lancé dans une aussi périlleuse aventure ? Quel profit pouvait-il tirer de déclarations soit fabriquées de toutes pièces, soit grossières, soit provocatrices ? Si son objectif était de convaincre des étudiants en économie, il a utilisé un marteau pour tuer une mouche. S’il se croyait immunisé contre toute révélation dans la presse (pas vu, pas pris), il a commis une erreur colossale. Si, devant un parterre restreint, il a laissé libre cours à ses opinions, il aura effrayé au moins la moitié de ses partisans. S’il l’a fait exprès, il s’engage délibérément dans la voie du trumpisme. Car ses propos auraient pu être un copier-coller des déclarations à l’emporte-pièce du président américain. Dire n’importe quoi pour qu’au moins la moitié de ce qui est dit soit crue. Lancer de fausses nouvelles pour atténuer l’impact des vraies. Attaquer n’importe qui et tout le monde pour émerger de la mêlée. Après tout, Trump a bel et bien été élu de cette manière.

Quant aux électeurs français, ils ont tout le loisir, d’ici à 2022, de se demander s’ils veulent vraiment élire un président de cette nature, si l’absence totale d’éthique en politique est une bonne façon de se rendre populaire, si la politique peut se passer de la décence, de la dignité, de la prudence verbale.  Laurent Wauquiez vaut beaucoup mieux que ce qu’il est train de devenir. Il aurait fait un excellent candidat sur la base de son parcours, de son expérience d’ancien ministre et d’actuel président de la région Rhône-Auvergne. En rejetant le rassemblement de la droite, en singeant le Front national, en adoptant les mimiques et la vulgarité d’un président américain voué à affaiblir et même à détruire son pays, il prend un chemin sinistre. Ce n’est parce que le monde contemporain perd tout sens des principes qu’un homme politique doive se mettre à ce niveau. Tout au contraire, son rôle est de tracer, dans le cloaque, une voie salutaire.

RICHARD LISCIA

PS- Je m’absente une semaine. Je vous retrouve le lundi 26 février.

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Emploi : l’embellie

Merci Hollande ?
(Photo AFP)

C’est une épiphanie : le taux de chômage en France est repassé (dans le bon sens) sous la barre des 9 %, à 8,9 % (DOM-TOM compris) et 8,6 % pour la métropole. Les commentaires politiques sont abondants.

EN TROIS MOIS, la France a créé 205 000 emplois, ce qui ne s’est pas vu depuis très longtemps et la hausse de l’emploi profite aux jeunes et aux seniors. C’est le Bureau international du travail, référence respectée, qui annonce ces chiffres. 65,7 % de la population en âge de travailler a un emploi, record historique. Il y a quelques semaines, je consacrais un article à la résistance du chômage, où je croyais voir une malédiction, c’était une erreur d’analyse. En réalité, il semble bien que la croissance en 2017 a été plus forte et qu’elle a dépassé 2 %, ce que l’on saura quand les chiffres des quatre trimestres de l’an dernier auront été révisés.

Une tendance qui remonte à Hollande.

Stéphane Le Foll, ancien porte-parole du gouvernement de François Hollande, s’écrie : « Merci, Hollande ! «  Il n’a pas tout à fait tort de rendre à l’ancien président de la République ce qui lui appartient, les réformes favorables aux entreprises adoptées après le remplacement du gouvernement Ayrault par le gouvernement Valls. Elles auront sans nul doute produit des effets positifs, notamment la reconstitution des marges des entreprises, enfin capables de faire des investissements, ce qui est l’une des clés de la  création d’emplois. Mais le vif rebond de l’emploi est tout de même plus récent. Il s’est concrétisé depuis novembre, donc entre cinq et six mois après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Le même Macron a toujours été, et encore récemment, prudent au sujet de la résorption du chômage. Le gouvernement estime que le taux de chômage se situera à 7,4 % à la fin du quinquennat, soit en 2022.

Une chance pour Macron.

Ce serait, par rapport aux performances des pays membres de l’Union européenne, bien insuffisant et on peut se montrer plus optimiste que Macron lui-même. Qu’est ce qui explique le taux de croissance et la baisse du chômage ? Quelques fortes mesures antérieures, certes, mais aussi le climat de confiance rétabli par le chef de l’État avec le monde des entreprises. Du coup, les patrons embauchent parce que, après avoir eu si peur, pendant si longtemps, de rester avec des employés coûteux et sans carnets de commandes, ils craignent aujourd’hui  de rater le coche et de ne pouvoir honorer  les commandes à venir. Ils font donc le calcul inverse de celui qui prévalait il y a quelques mois : pas d’embauches sans commandes fermes. En outre, les perspectives macro-économiques sont toutes dans le vert et ce n’est pas le soudain accès de faiblesse de la bourse (en voie d’amélioration) qui les dissuadera d’investir.

La hausse de l’emploi est un facteur essentiel de la politique socio-économique du président. Elle lui permet de justifier des réformes sur la base d’un argument simple : c’est grâce à elles que l’emploi repart. Les syndicats hurlent au crime pour les réformes du travail, de l’éducation, de l’assurance-chômage, de la SNCF, et dans tant d’autres domaines, le gouvernement excipera de résultats essentiels dans l’emploi. La crédibilité accrue du gouvernement devrait, en principe, apporter à M. Macron un regain de popularité. Mais il ne faut jurer de rien : dans un pays où on doit faire les réformes pratiquement contre la volonté du peuple, le même peuple risque de bouder la lumière au bout du tunnel.

RICHARD LISCIA

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SNCF : l’heure de vérité

Jean-Cyril Spinetta
(Photo AFP)

Ancien PD-G d’Air France, Jean-Cyril Spinetta a remis aujourd’hui au gouvernement son rapport sur la réforme et l’avenir de la SNCF. On en connaît les grandes lignes, à commencer par la transformation des trois sociétés d’établissements publics (EPIC) en société anonyme, ce qui, du coup, est censé abolir le statut de cheminot à l’embauche.

LES PROPOSITIONS de M. Spinetta, que le gouvernement n’est pas obligé d’appliquer totalement et qu’il peut même ignorer, s’apparentent à un remède de cheval. Il s’agit, tout simplement de mettre un terme aux avantages acquis par les cheminots à l’époque des Trente Glorieuses et qui auraient acculé l’entreprise à la faillite si elle n’empruntait à des taux très favorables et n’était soutenue par l’État. Le rapport de M. Spinetta est un document d’expert et donc d’une complexité qui obscurcit sa portée. Mais nul besoin d’être grand clerc pour savoir que la SNCF a une dette colossale qui ne cesse de croître, qu’elle ne rend pas les services escomptés, que certains choix stratégiques, et notamment ceux dictés par  la passion nationale pour les lignes à grande vitesse, ont été soit erronés, soit mal calculés.

Une dette de 45 milliards.

Tout n’est pas mauvais dans ce que nous avons fait en matière d’équipements ferroviaires : comme pour le transport routier, facilité par d’excellentes et multiples autoroutes, les Français peuvent se déplacer en train à une vitesse comparable à celle de l’avion. Mais le choix du TGV présente de sérieux inconvénients. D’abord, nous avons été incapables de l’exporter, ce qui aurait permis d’amortir les énormes financements qu’il a fallu réunir pour lancer les chantiers des lignes. A l’étranger, le Japon, l’Allemagne, la Chine ont créé eux-mêmes leurs LGV. Ensuite, la dette de la SNCF s’élève à 45 milliards, elle augmente de trois milliards par an, et son lent remboursement coûte 1,5 milliard par an, dépense qui pèse sur le budget de la société et limite ses investissements.

À tel point que l’entretien des lignes, grandes ou moins grandes, en a pâti, que les retards s’accumulent, que la promesse d’un déplacement ultra-rapide se transforme en sinistre farce quand des passagers sont bloqués pendant des heures en rase campagne, sans chauffage ni nourriture. Enfin, la dette de la SNCF est considérée comme une dette privée, alors que, dans la réalité financière, elle s’ajoute à la dette publique, car on ne pourra l’éponger qu’en s’adressant au contribuable. Grave injustice pour tous ceux qui préfèrent l’avion au train ou ne quittent jamais leur ville ou leur village et auxquels on finira par demander qu’ils paient pour ceux qui voyagent en train.

Indifférence collective.

Comme pour l’énergie nucléaire, le coût du transport ferroviaire est incalculable. Si les tarifs tenaient compte de la dette, du coût de la retraite des cheminots, ou encore des indispensables investissements à faire pour maintenir le réseau en état et pas seulement entre les grandes villes,  les gens ne prendraient plus le train et l’autocar, cher à M. Macron, aurait un grand succès. Oui, c’est vrai, nous avons un beau réseau ferroviaire. Mais, d’une certaine façon, nous n’en n’avons jamais payé le prix. Et M. Spinetta arrive avec son rapport pour nous montrer la facture. On souhaite bonne chance à l’exécutif pour trouver des solutions à un autre de ces problèmes nationaux que nous avons collectivement ignorés pendant des décennies.

RICHARD LISCIA

 

 

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Macron dans le texte

Confort oratoire
(Photo AFP)

Le président de la République a reçu hier l’Association de la presse présidentielle et, devant quelque 120 journalistes, il a procédé à un tour d’horizon de son action depuis son élection, parfois en donnant des réponses évasives, parfois en se tenant au plus près de la vérité.

SUR LE pouvoir d’achat de ses concitoyens, sujet qui fait l’objet des plus vives polémiques, le chef de l’Etat a répondu qu’il ne satisferait pas les exigences populaires par un surcroît de dépense publique. « Je ne suis pas, a-t-il dit, prisonnier des sondages, je ne suis pas obsédé par (la nécessité) que l’on me fasse confiance ou non. Nous sommes tous pareils, ce n’est jamais assez. Il faut convaincre les Français au moment où » ils arrivent aux urnes. Si le trait est courageux, il ne lui vaudra pas que des applaudissements. Pendant la campagne, Emmanuel Macron était convaincu que la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des Français suffirait à apporter aux foyers un soulagement qui lui vaudrait un fort regain de popularité. La taxe est néanmoins progressive, la hausse de 1,7 % de la CSG affecte durement les retraités et la combinaison de cette effort insuffisant pour le plus grand nombre avec la suppression de  l’ISF a créé un profond mécontentement. Depuis qu’il est élu, M. Macron s’arrange toujours pour trouver un commentaire en harmonie avec sa philosophie, mais sa phraséologie ne satisfait pas forcément les électeurs.

La République du soupçon.

Il a été meilleur quand les affaires Darmanin et Hulot ont été évoquées. Il a souligné le danger, réel, que s’instaure une « République du soupçon » qui paralyserait le pays. Il est en effet évident que si l’on ne respecte ni le secret judiciaire, ni la présomption d’innocence, comme le fait actuellement la majorité de la presse, on va jeter le discrédit sur l’ensemble du travail de l’exécutif. Le soupçon érigé en tribunal risque de ronger les institutions et de paralyser l’Etat, même si, dans toutes les affaires de harcèlement ou de viol qui ont occupé la majeure partie de l’actualité ces dernières semaines, il est indispensable que les personnes les plus haut placées ne bénéficient pas de privilèges, comme ce fut le cas si souvent dans le passé, mais comme ce n’est plus le cas aujourd’hui, si l’on tient compte de la vague énorme des « révélations » ou plutôt des accusations lancées par les victimes. M. Macron n’est pas entré dans les détails, mais il est bien prématuré de lui faire un procès en aveuglement. La position générale du gouvernement semble la plus appropriée : pas de démission sans mise en examen. Certes, les faits reprochés aux deux ministres sont plus qu’évanescents, de sorte que le risque qu’ils courent est minime. Mais ce n’est pas leur faute si les dossiers de l’accusation sont faibles.

Propos philosophiques.

Sur les sans domicile fixe (SDF) dont un ministre a dit récemment qu’ils étaient pratiquement tous hébergés, ce qui a fait hurler les organisations caritatives, le chef de l’Etat a reconnu qu’il n’a pas pu tenir sa promesse électorale de donner un abri à chaque SDF. Il a mis son échec sur le compte d’un accroissement de l’immigration clandestine, ce qui ressemble plutôt à un prétexte.  Sur l’Europe il a confirmé son ambition : non seulement il s’en tiendra à une liste unique par parti, ce qui a déclenché les vociférations des Républicains, mais il a bon espoir de constituer une force centrale qui regrouperait la République en marche, le MoDem et tous les centristes désireux de rejoindre cette coalition. On verra plus tard quelle place les élus de ce mouvement occuperont dans l’hémicycle du Parlement de Strasbourg. Le projet de service militaire pour tous est encore dans les limbes. Il pourrait durer de trois à six mois, se limiter à un service civique (avec une composante militaire), il faudra attendre la présentation du projet en avril.

Les commentaires de M. Macron ont pris toute leur densité quand il a reconnu, non sans une certaine candeur, que « l’exercice du pouvoir n’est pas une épreuve, mais une ascèse, une fonction qui marque la fin de l’innocence. Je ne suis pas l’enfant naturel des temps calmes de la politique, je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’Histoire, une effraction ». Ce genre de réflexion ne fera pas progresser sa popularité, mais il offre l’occasion d’une utile méditation.

RICHARD LISCIA

 

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Service militaire pour tous

Les étudiants vent debout
(Photo AFP)

Le gouvernement est décidé à créer, pour chaque classe d’âge, un service militaire obligatoire, celui que Jacques Chirac avait supprimé, longtemps après la guerre d’Algérie. Le porte-parole, Benjamin Griveaux, a confirmé ce matin que tous les jeunes devraient impérativement faire leur service.

LE SERVICE militaire est moins l’instrument numéro un de la défense nationale qu’une remarquable expérience sociale pour tous ceux qui le font. Le brassage des classes permet à toutes les couches de la population de mieux se connaître, donc de se comprendre. Toutefois, il est bien rare qu’on en sorte avec un métier et que le service prépare mieux à amorcer sa vie professionnelle. En temps de guerre, il est logique que tous les jeunes soient appelés et partagent les risques. Mais tous les appelés ne sont pas des militaires d’élite et il leur arrive de perdre leur temps au service, de s’y ennuyer et souvent, de ne pas comprendre une vocation qui leur est étrangère.

Un coût énorme.

En temps de paix, ce qui, en dépit des menaces qui pèsent sur notre pays, est le cas depuis la fin de la guerre d’Algérie, la conscription universelle a un coût énorme et le temps du service est perdu pour ceux qui ont surtout besoin de trouver un emploi. De ce point de vue, l’entêtement d’Emmanuel Macron à revenir au bon vieux service, alors que le pays n’a vraiment pas les moyens de financer une telle entreprise, est à la fois curieux et contestable. L’homme qui a coupé les crédits des armées l’an dernier (pour les rétablir et augmenter cette année) ne nous dit pas comment il va financer le service militaire universel, comment il va équiper les jeunes recrues, comment il va assurer leur encadrement, comment il formera les officiers formateurs, et pourquoi il y tient tellement. Encore une fois, pour les jeunes, la discipline, la connexion avec leurs concitoyens de tout bord, la confrontation physique et sociale au sein de l’armée sont d’excellentes choses. Mais aucun projet militaire moderne ne peut s’appuyer sur des effectifs imparfaitement formés, qui ne font que passer dans l’armée, qui attendent leur retour à la vie civile.

Pas dans la loi de programmation.

Quand le service militaire a été supprimé en France, on nous a fait valoir que l’armée avait besoin de spécialistes, d’hommes et courageux capables de s’exposer au danger, dotés de connaissances multiples et de matériels de plus en plus sophistiqués et de plus en plus coûteux. La masse humaine n’est pas le secret de la victoire, comme l’a prouvé la Première guerre mondiale. La bataille se joue sur des critères technologiques avec des hommes dont elle est le métier.  Il y a des exceptions à cette philosophie, soit dans des pays à régime autoritaire qui font de l’armée leur instrument de pouvoir, soit dans des pays comme Israël, Etat dont la superficie est dérisoire, et qui, pour avoir des effectifs militaires capables de battre les armées hostiles qui l’entourent, a créé le concept du citoyen-soldat. Hommes et femmes de l’Etat juif font tous leur service et restent réservistes jusqu’à un âge avancé.

La France n’est pas dans ce cas. La lutte intérieure contre le terrorisme s’appuie sur des policiers, des gendarmes, parfois des militaires qui ont des missions spécifiques que tout le monde ne peut pas accomplir.  Les expéditions à l’étranger nécessitent des soldats particulièrement bien formés et des armes qui représentent le dernier cri technologique. C’est cette armée qu’il faut renforcer, en y mettant le prix, mais comme le montre la loi de programmation militaire, qui élude complètement la question du service pour tous, c’est en formant des militaires d’élite et en les dotant d’armements efficaces qu’on assurera au mieux la défense du pays.

RICHARD LISCIA

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Syrie : l’embrasement

Netanyahu, hier à Jérusalem
(Photo AFP)

Des forces iraniennes ayant envoyé un drone au-dessus du territoire israélien, la chasse israélienne a riposté et un appareil de l’Etat hébreu a été détruit, ce qui est sans précédent depuis la guerre du Liban. Les deux pilotes, blessés, ont été recueillis par les services de secours.

IL NE S’AGIT pas d’un épisode sans importance dans la guerre civile de Syrie. Il souligne la gravité du conflit auquel Vladimir Poutine croit  avoir mis un terme alors qu’il fait rage plus que jamais. Les Turcs tentent d’écraser les Kurdes dans le nord. Les Iraniens et leurs affidés du Hezbollah libanais menacent la frontière nord d’Israël, tandis que des éléments de Daech continuent à guerroyer, que Bachar Al-Assad assassine sa population au chlore, que des combats incessants opposent les forces loyalistes aux forces islamistes.  Sans compter les Américains, qui ont eu un accrochage sanglant jeudi dernier, avec des forces de Bachar, qu’elles ont repoussées, pour défendre une milice syro-kurde, les FDS. Menacé par à peu près toutes les parties en présence (sauf les Kurdes et les Américains), Israël est bien obligé de protéger sa frontière. Ce que n’a pas manqué d’expliquer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Contradictions turques.

Depuis longtemps, Israël bombarde les positions du Hezbollah et les transports d’armements iraniens à travers la Syrie. Autant on peut se satisfaire de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran, autant il faut se souvenir qu’il n’a pris aucun autre engagement que le gel de sa recherche atomique. Le gouvernement israélien a pris fermement position contre l’accord, de même que le gouvernement américain.  On peut le regretter, on ne doit pas jeter un voile sur une détérioration de la crise syrienne qui risque de s’étendre non seulement à Israël,mais au Liban et à la Jordanie, alors que, au Yémen, l’Arabie saoudite est confrontée à un soulèvement houtiste qui se traduit par la famine et par la destruction du pays. Dans l’affaire syrienne, le président Poutine a pris ses responsabilités. Contre les Occidentaux, il a choisi le camp de Bachar, s’alliant avec le dictateur le plus sanguinaire de la région. La Turquie, jamais à court d’une politique de force, a rejoint le camp russe, alors que le président Erdogan voue à Bachar une haine inexpiable.

Un échec de Poutine.

Les Turcs ne sont pas embarrassés non plus par la présence militaire de l’Iran en Syrie. Il est pourtant évident que la Turquie sunnite est en concurrence avec l’Iran chiite pour le leadership du monde musulman. M. Erdogan compte d’abord empêcher les Kurdes de menacer sa frontière sud-est, sans doute avec l’idée de combattre plus tard les Iraniens. Vaste programme, bourré de contradictions et qui implique une complicité opportuniste avec la Russie. On peut être certain que si les Russes et les Turcs parvenaient à leurs fins, ils se querelleraient ensuite sur les décombres de la Syrie.  La situation est d’autant plus compliquée que la Turquie appartient à l’OTAN et que des règles régissent ses relations avec ses alliés, eux-mêmes embarrassés par un régime turc de plus en plus autoritaire, qui a pratiquement bafoué toutes les libertés et en fait à sa guise parce que la Turquie occupe à l’est de l’Europe une position stratégique de la plus haute importance.

Pour le moment, M. Poutine joue sur tous ces tableaux, mais il est bien obligé de dresser de son action politico-militaire un bilan négatif puisqu’il avait promis une paix improbable et, maintenant, impossible. Il apprend de cette manière la difficulté d’acquérir le rôle de superpuissance. Il croyait apaiser la crise syrienne en quelques mois de violence sans précédent contre les insurgés syriens et, accessoirement, contre l’Etat islamique. Il s’aperçoit que, entretemps, d’autres forces ont surgi, qui viennent de Turquie, d’Irak, d’Iran,  d’un peu partout, et dont chacune d’elles a son propre agenda qui ne correspond ni à celui de la Russie ni à celui de Bachar. Poutine a apporté au régime syrien une victoire à la Pyrrhus que les Turcs et les Iraniens viennent de faire voler en éclats en convoquant dans cette effroyable mêlée la puissance militaire israélienne, toujours déployée avec vigueur quand il s’agit de protéger le sol de l’Etat juif.

RICHARD LISCIA

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L’affaire Hulot

Nicolas Hulot
(Photo AFP)

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, fait l’objet d’accusations d’agression sexuelle et de viol dans deux affaires qui ont été examinées à la loupe par un nouvel hebdomadaire, « L’Ebdo ». Le ministre se défend avec force et a obtenu le soutien sans failles du gouvernement.

LA VAGUE de révélations sur le passé sexuel de nombre de célébrités à travers le monde n’a pas épargné le gouvernement qui a maintenant deux cas compliqués sur les bras, celui de M. Hulot et celui de Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics. Le public est stupéfait par le nombre exponentiel de ces révélations, mais il se demande aussi, si, dans le lot, il n’y a pas des cas fabriqués de toutes pièces. « L’Ebdo », dirigé par Thierry Mandon, ancien secrétaire d’Etat de François Hollande (y a t-il un concept purement politicien de l’information ?) raconte, en long et en large, une affaire qui remonte à 2008 et a été classée sans suite par le parquet. Il en décrit une autre, celle qui concerne une ancienne collaboratrice de son ex-fondation, qui, elle-même, affirme que Nicolas Hulot est totalement innocent et qu’elle n’a jamais subi ses avances. En conséquence, s’il existe une rumeur et un soupçon sur la conduite de l’actuel ministre, il y a aussi un doute particulièrement fort sur sa culpabilité.

Le vrai et le faux, tout est bon.

Le problème résulte de plusieurs facteurs. Le premier est lié à l’activité d’une presse jeune qui a besoin de se faire connaître. « L’Ebdo », face aux dénégations d’au moins une des deux « victimes » et surtout de M. Hulot, qui lui a accordé un entretien pour déminer l’entreprise de destruction à laquelle le journal se livrait, a jugé tout bon : une rumeur aux conséquences délétères, les démentis, les propos de M. Hulot. Est-ce que cette somme fait progresser la vérité ? Elle est surtout utile à la vente de papier, au sujet d’une histoire qui, étant invérifiable, n’a pas été vérifiée par cette publication. Ce comportement vaut ce qu’il vaut, c’est-à-dire pas cher, puisqu’il place l’intérêt commercial du journal au-dessus de la vie personnelle et familiale du ministre ou, pire, le cynisme au-dessus de l’éthique. Je l’écris ici en toute sérénité sans être capable de dire si M. Hulot est coupable ou non. Car il est clair que, dès lors que la justice et les enquêteurs de « L’Ebdo » en sont au point mort, je n’ai accès pour ma part à aucune preuve allant dans le sens de la culpabilité ou de l’innocence. « L’Ebdo », de son côté, se justifie au nom du journalisme et de la liberté d’expression et, maintenant qu’il est attaqué à son tour, il promet de nouvelles révélations. Cycle infernal.

Un comportement peu professionnel.

Mais de quoi s’agit-il ? Il ne s’agissait pas, pour l’hebdomadaire, d’apporter une vérité fracassante, mais de sortir de la vase du passé des anecdotes croquignolettes susceptibles d’intéresser un large public et peu importaient alors l’atteinte à la vie privée, le coup porté à la présomption d’innocence, et la violation du secret judiciaire.  Parler de deux affaires plus qu’incertaines, ce n’est pas révéler des éléments nouveaux. J’ai dénoncé ce comportement  dans l’affaire Darmanin, je ne me prive pas de le faire dans celle qui nous préoccupe aujourd’hui. Je me suis prononcé à plusieurs reprises pour les droits des femmes, mais il ne faudrait pas que leur juste colère révolutionnaire se transforme en Terreur. On essaie de couper plus de têtes que celles qui le méritent, on sème le désordre dans les institutions, notamment la justice, qui ne sort jamais grandie de ces rumeurs, on tend à paralyser un gouvernement et surtout, on n’a aucune pitié pour un homme qui, s’il n’est pas coupable, subit une torture insupportable. Ce qui me conduit à penser que, même si, en définitive, la justice finissait par trouver un substrat de vérité dans les allégations de « L’Ebdo », ses enquêteurs ne pourraient pas s’enorgueillir d’avoir abattu un membre du gouvernement par leurs contestables méthodes. Ils ont, en quelque sorte, publié leurs articles trop tôt. Ils devaient enquêter davantage. Tous les journalistes ne peuvent pas publier les « Pentagon Papers » ou obtenir, par leur talent, la démission d’un président, comme dans les deux cas mémorables du « New York Times » et du « Washington Post ».

Le cas Hulot est exemplaire des dérives de la société. Une vague salutaire de féminisme se transforme en raz-de-marée qui n’épargne personne, et surtout pas les probables innocents. La concurrence avec les réseaux sociaux pousse les détectives de la presse à aller chercher le scandale là où il n’est pas nécessairement. Sur les laves brûlantes crachées par un volcan rédempteur, on fabrique une vérité alternative qui joue le même rôle que la drogue du toxicomane. Fake news, comme dit Donald Trump. Cette fois, il aurait raison.

RICHARD LISCIA

 

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Armées : Macron fait son service

Macron et Lecointre
(Photo AFP)

Le Conseil des ministres examine aujourd’hui une Loi de programmation militaire (LPM) qui contient une vive hausse des dépenses d’ici à 2025, soit un budget de près de 300 milliards d’euros en sept années.

IL S’AGIT de l’actualisation de la LPM qui expire en 2021. Elle devrait permettre d’atteindre en 2025 un budget représentant 2 % du PIB, comme l’exige l’OTAN. Pour cette année, le budget des Armées sera de 34,2 milliards. Il augmentera de 1,2 % par an jusqu’en 2023, puis de 3 % par an. La LPM est de nature à réconcilier les militaires français avec le chef de l’Etat, auquel ils reprochent encore d’avoir annulé un crédit de plus de 800 millions d’euros pour le renouvellement d’équipements l’année dernière. Ce qui avait conduit le chef d’Etat-Major des Armées, Pierre de Villiers, à exprimer un courroux assez vif pour qu’il aboutisse à sa démission. Le président de la République, l’été dernier, entendait réaffirmer son autorité fraîchement acquise à la faveur des élections. Il semble aujourd’hui souhaiter donner satisfaction aux cadres de l’armée et achever une réconciliation avec eux qu’il avait amorcée en nommant le général François Lecointre à la place de Pierre de Villiers.

Batailles complexes.

D’aucuns estiment qu’Emmanuel Macron aurait pu faire l’économie de cette crise entre les dirigeants politiques et militaires puisque, de toute évidence, il devait tôt ou tard, reconnaître les immenses besoins des armées en matière d’effectifs et d’équipements. Déployés sur le territoire français pour assurer la prévention du terrorisme et à l’étranger pour le combattre là où il est, nos militaires n’ont pas chômé ces dernières années. Ils ont besoin de matériels performants pour survivre aux batailles sophistiquées de la lutte anti-terroriste et d’être plus nombreux pour  effectuer les missions multiples qu’ils doivent accomplir. La priorité a donc été donnée à l’amélioration de la vie quotidienne des soldats et à la modernisation d’équipements à bout de souffle. Entre 2005 et 2015, La France a diminué de 60 000 ses effectifs militaires, elle va créer 6000 postes supplémentaires d’ici à 2025. L’effort financier sera considérable.

Quinquennat et septennat.

Il s’agit d’améliorer les équipements usés (parfois jusqu’à la corde) et acquérir de nouveaux avions, des drones et des satellites.  L’armé de terre sera fournie en véhicules blindés (avec 50 % de nouveaux modèles avant 2025). Les fameux VAB, âgés de 40 ans, seront remplacés par des Griffon, dont 150 exemplaires seront commandés. La marine aura quatre ravitailleurs pétroliers nouvelle génération et des études seront menées pour envisager le remplacement en 2050 de notre unique porte-avions, le Charles de Gaulle. L’aviation acquerra de nouveaux avions légers de surveillance et renouvellera ses appareils ravitailleurs. Enfin, la défense nucléaire n’est pas oubliée, qui fera l’objet d’une modernisation, pour laquelle est prévu un budget de 37 milliards d’euros, qui sera financé en sept ans, entre 2019 et 2025.

Beaucoup de ces dispositions sont prévues pour un avenir assez lointain pour qu’il dépasse la durée du quinquennat de M. Macron. Mais c’est la règle qui régit, par définition, la Loi de programmation militaire, laquelle s’étend sur plusieurs années. Certes, le successeur du président actuel peut avoir une autre idée de la défense mais on ne peut pas écarter l’hypothèse d’une réélection de M. Macron en 2022.

RICHARD LISCIA

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Deux idées de la Corse

Macron avec la femme de Colonna
(Photo AFP)

L’Etat et les nationalistes ou indépendantistes corses s’affrontent depuis deux jours au sujet de l’avenir de l’île de Beauté. Le premier veut la maintenir « dans le giron de la République », les seconds entendent s’affranchir du pouvoir central.

EMMANUEL Macron s’est rendu en Corse, où il termine son séjour aujourd’hui, avec la volonté de rappeler que la victoire incontestable des nationalistes aux élections corses n’entraîne pas automatiquement une évolution de cette région vers l’autonomie et, plus tard, vers l’indépendance. Il l’a fait en liant sa visite au vingtième anniversaire de l’assassinat du préfet Claude Erignac, commémoration à laquelle il a invité Mme Erignac et ses deux enfants. En dévoilant la stèle érigée en souvenir du préfet, le seul qui ait été assassiné depuis Jean Moulin, le président ne courait pas le risque de prononcer un discours laxiste. Il a dénoncé la « lâcheté » des assassins de M. Erignac, coupables « d’un des actes de terrorisme dont notre nation a encore récemment subi la barbarie ».

Le ton était donné. En appelant les terroristes par le substantif qui leur convient, il a provoqué un choc psychologique qui douchait aussitôt l’ardeur indépendantiste. Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, s’est d’ailleurs gardé d’assister à la cérémonie, alors que Gilles Simeoni, qui fut pourtant l’avocat d’Yvan Colonna, condamné pour avoir tiré les coups de feu contre M. Erignac, avalait quelques couleuvres.  M. Macron a aussi donné la parole à Dominique Erignac qui ne croyait pas qu’elle reviendrait un jour en Corse, ce « lieu maudit », a-t-elle dit avec toute la sincérité qu’inspire la souffrance. Comme l’a si bien dit M. Macron, « un assassinat ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas ».

Des revendications excessives.

Cette manière de convoquer un passé de douleur pour faire reculer les effets d’un succès démocratique, de s’adresser au coeur avant d’entendre les bonnes raisons, de rappeler le parcours effrayant de l’irrédentisme corse avant d’admettre le changement d’époque a servi, pour le chef de l’Etat, de pare-feu à l’incendie nationaliste. Il est incontestable que les amis de Gilles Simeoni, président de la collectivité locale corse, et les indépendantistes, dirigées par M. Talamoni, ont le vent en poupe. D’une certaine manière, ils ne demandent rien qu’une majorité indiscutable ne pourrait exiger.

Mais ils ont tendance, d’une part à oublier le chemin sanglant qu’eux ou leurs prédécesseurs ont suivi jusqu’en 2015, année où le Front national de libération de la Corse (FLNC) a renoncé à la violence, et, d’autre part à rayer d’un trait de plume les presque trois siècles qu’ils ont passés au sein de la République française. C’est très facile de réclamer le changement de la Constitution (la réécriture de l’article 74), encore faut-il une majorité des trois-cinquièmes pour y parvenir et, pour une révision constitutionnelle, ce ne sont pas les 330 000 insulaires qui votent, mais l’ensemble des citoyens français. C’est très facile de demander l’amnistie pour les prisonniers « politiques », comme ils disent, ce l’est moins de remettre en liberté des assassins dûment condamnés par nos tribunaux. C’est facile de vouloir un statut de résident pour les Corses vivant dans l’île, mais la majorité des Corses habite dans l’hexagone ou à l’étranger.

Franchise et transparence.

Sans compter tous ces Corses, comme Eric Ciotti, élu LR, qui récusent la « spécificité » corse au nom de la République une et indivisible.  Mais, au fond, M. Macron a riposté à la fébrilité corse par la franchise et la transparence qui sont devenues sa marque de fabrique. Il a rappelé à ses interlocuteurs l’univers d’où ils viennent, et qui n’est pas glorieux, mais il est prêt à les accompagner vers une forme d’autonomie qui, sans égaler celle de la Nouvelle-Calédonie, permettrait aux Corses de gagner quelques libertés capables de les arracher au jacobinisme enraciné d’un Etat très méfiant, et parfois sévère, à l’égard des régions. Les positions de Paris et des Corses sont éloignées. Le président fera quelques gestes, dont le rapprochement des détenus et de leurs familles, qu’il a confirmé dans un entretien impromptu, dans la rue, avec Mme Colonna. Le voilà parti vers une nouvelle aventure qui ne manquera pas de compliquer sa tâche. Certes, il ne sera pas le président qui aura bradé la Corse. Mais il n’a rien à y gagner, ni dans une rectitude républicaine qui plongera les nationalistes dans la colère, ni dans des concessions qui indisposeront les Français et, parmi eux, bon nombre de Corses.

RICHARD LISCIA

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Panique à la bourse

Mario Draghi
(Photo AFP)

Dans le sillon de Wall Street, les bourses mondiales ont lourdement chuté hier et aujourd’hui.  La tendance est encore à la baisse depuis ce matin. Assistons-nous à un début de krach ? Il est probable que les marchés, qui jouent à se faire peur, se ressaisiront. Mais on peut s’attendre à une chute des valeurs sur le long terme.

QU’EST-CE QUI a provoqué cette chute à la fois inattendue et brutale ? La conviction des acteurs que les taux d’intérêt vont repartir à la hausse, ce qu’ils ont commencé à faire il y a plusieurs semaines, et la tendance semble ferme. Les investisseurs sont notamment surpris parce que le marché ne suit pas le calendrier de hausses très progressives, et chaque fois de faible ampleur, mis au point par la Banque fédérale (Fed) des réserves aux États-Unis. Ce qui signifie qu’existe un mouvement des taux à la hausse lancé par des prêteurs qui estiment qu’ils sont trop bas, que cela ne leur convient pas ou que, quoi qu’en pensent les banques centrales, la remontée des taux est irrésistible. Enfin, les salaires américains ont augmenté en moyenne de 2,9 % en 2017, ce qui fait craindre une hausse de l’inflation aux Etats-Unis, laquelle contribuerait elle aussi à la hausse des taux.

Politique de Gribouille.

Que l’on soit boursicoteur ou non ne signifie pas que vous et moi ne sommes pas concernés par une chute de la bourse. Depuis la crise de 2008, le monde en général et la France en particulier ont bénéficié de taux extraordinairement bas et maintenus à ce niveau par les programmes de rachats de créances de la Fed et de la banque centrale européenne (BCE). Aux États-Unis, la Fed a déjà procédé depuis plusieurs trimestres à des hausses de taux de l’ordre de 0,25 %.  Mario Draghi, le flamboyant président de la BCE, n’a pas exprimé la même volonté que la présidente de la Fed, Janet Yellen.  Mais le marché  voit la hausse comme une sorte de fatalité et imite Gribouille en se jetant à l’eau pour ne pas être mouillé.

La hausse des taux permettra sans doute de mieux rémunérer l’épargne privée qui, pratiquement, ne rapporte plus rien. Elle sera plus en phase avec les hausses de prix qui commencent à rejoindre l’objectif des banques centrales, à savoir 2 % par an, ni plus ni moins. Mais elle risque de poser au gouvernement français un sacré problème. Il doit en effet, cette année, emprunter quelque 200 milliards d’euros. Il a bénéficié l’année dernière de taux de l’ordre de 0,70 %. Ils sont déjà passés à un pour cent. Un point de pourcentage supplémentaire représente, sur l’année, une dépense supplémentaire de 4 milliards. Lesquels s’ajouteront au déficit budgétaire et à la dette publique qui se situe à plus de 2 200 milliards. Pour nos dirigeants, la hausse des taux est donc une très mauvaise nouvelle. Elle compliquera la résorption tant promise et tant attendue du déficit budgétaire ; elle montre que le fameux « alignement des planètes » est en train de disparaître. De quoi s’agit-il ? Nous avons eu la chance d’avoir un euro relativement faible, sa parité avec le dollar remonte ; de payer notre pétrole bon marché, le prix du baril atteint maintenant 70 dollars ; d’avoir une inflation nulle, elle augmente. Les bonnes circonstances qui nous ont permis l’an dernier de retrouver un peu de croissance sont en train de disparaître.

La France mal préparée.

Le gouvernement était averti, notamment par la Cour des comptes, qui lui a rappelé sans cesse qu’il devait moins compter sur la croissance pour réduire le déficit budgétaire que sur la diminution des dépenses. Mais l’opinion publique envoie à nos dirigeants le message opposé : elle ne veut pas que soit diminué le nombre de fonctionnaires, que les collectivités locales reçoivent des aides insuffisantes de l’État, elle ne veut pas non plus de la hausse des impôts et des taxes. L’environnement économique et financier est sous tension. Il nous invite à une extrême prudence et à la recherche d’équilibres plus durables. Même si la crise des marchés boursiers n’est qu’une alerte, à court ou moyen terme, les actions surévaluées finiront par baisser. La France n’est pas suffisamment préparée à une crise financière. Elle doit réduire son endettement le plus vite possible. S’il est encore temps.

RICHARD LISCIA

 

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