La France a changé

Macron et son épouse
(Photo AFP)

Avec presque 23,90 % des voix, Emmanuel Macron a remporté le premier tour de scrutin de l’élection présidentielle grâce une avance de deux points et demi sur la deuxième, Marine Le Pen, à 21,40. Avec 19,90 % des suffrages, François Fillon est éliminé, ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui le talonne à 19,60 %. Benoît Hamon recueille seulement 6,30 % des voix.

CES RESULTATS indiquent un bouleversement du paysage politique français beaucoup plus profond que le laissait croire une campagne constamment centrée sur les déboires judiciaires de M. Fillon et de Mme Le Pen. Par miracle, un jeune homme de moins de 40 ans, que personne ne connaissait il y a trois ans, s’est imposé au sein d’un maelström qui a permis aux deux extrêmes de réunir 42 % des suffrages. Ce qui signifie qu’une très forte minorité (et même une quasi majorité si l’on ajoute les scores obtenus par les petits candidats) s’est prononcée contre le partage du pouvoir entre la gauche et la droite, contre le « système », contre l’Europe, contre un certain nombre de libertés fondamentales. En outre, M. Macron lui-même, certes favorisé par des circonstances exceptionnelles (retrait de François Hollande, échec de Manuel Valls, problèmes personnels de M. Fillon, stratégie inepte de M. Hamon, affaiblissement de Mme Le Pen en fin de campagne), représente aux yeux de l’électorat une alternative franche à la domination socialistes-conservateurs.

Unique rempart contre les extrêmes.

Il va en bénéficier lors du second tour parce que, aux yeux de tous les démocrates, il apparaît comme l’unique rempart contre l’extrême droite et l’extrême gauche, dont le score est anormalement élevé et a infligé une déroute aux socialistes, victimes par ailleurs de leurs propres divisions. Il est essentiel que François Fillon appelle à voter Macron, comme presque tous les ténors des Républicains et que la gauche de gouvernement en fasse tout autant. Cela n’empêchera pas les règlements de compte au sein des partis : un comité politique, puis un bureau politique sont prévus aujourd’hui chez les Républicains et M. Fillon, qui « assume entièrement » son échec, dira s’il veut être le chef de l’opposition ou s’il préfère laisser ce rôle à un autre, à l’occasion des législatives de juin.
En effet, si, pour l’instant, M. Macron est certain d’obtenir de multiples soutiens susceptibles de lui assurer l’élection à la présidence de la République, la gauche et la droite, très bien implantées sur le territoire, vont tenter d’envoyer une majorité à l’Assemblée nationale. Personne ne fera de cadeau à M. Macron à l’occasion des élections législatives et le risque existe d’un gouvernement de cohabitation qui, si LR évite de commettre une fois encore une erreur stratégique, pourrait être formé avec la droite.

Les outsiders dictent les règles.

Ce premier tour inaugure donc une période politique complètement nouvelle. Ce sont des outsiders qui dictent les règles; les deux grandes formations de gouvernement sont plongées dans une crise profonde qu’elles vont devoir surmonter au moment même où l’histoire semble les avoir rejetées sur le bord de la route ; l’extrémisme strident, intolérant et sectaire fait peser sur le pays une menace que seule une réduction du chômage pourra atténuer ; peu ou prou, le pays va s’investir dans Macron dont personne ne sait s’il peut affronter les vents violents qui soufflent sur la France.
La leçon de ce premier tour est rude pour quiconque a une idée bien ordonnée de la politique. Elle souligne l’extraordinaire intuition de M. Macron qui a su capter et canaliser la fureur populaire à son avantage et pour notre profit à tous, tant les alternatives à son projet sont alarmantes. Il a une chance inouïe mais, en même temps, il en a fait le meilleur usage. Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre que, au-delà des rebondissements imprévisibles d’une campagne complètement atypique, il y avait une lame de fond que M. Macron a récupérée partiellement. Macron, c’est un Trump sage qui a ramassé la mise.

Le parti-pris n’empêche pas la lucidité.

Je voudrais enfin saisir cette occasion pour faire une mise au point : le 6 mars dernier, soit il y a sept semaines, j’ai publié un blog intitulé : « La droite a déjà perdu ». Cet article, prémonitoire, et ceux qui ont suivi ont souvent été perçus comme injustes par un certain nombre de mes lecteurs soutiens de M. Fillon. Mais le parti-pris ne doit pas empêcher la lucidité. Les idées les plus folles, vote « secret » pour M. Fillon, sondages forcément faussés, et je ne sais quelles intentions funestes qui me furent prêtées ont alors imprégné certains courriers qui m’étaient adressés. D’une part, les sondages ont été, cette fois, en parfaite adéquation avec le résultat électoral ; d’autre part, envisager la défaite du camp auquel on appartient est une attitude adulte si les éléments d’appréciation dont on dispose l’affirment. La passion idéologique déforme le raisonnement alors que l’analyse fondée sur les faits permet de garder des idées claires ; et peut-être faut-il enfin accepter que le journalisme, si décrié aujourd’hui, est encore un métier.

RICHARD LISCIA

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La riposte, c’est le vote

Le pouvoir au travail
(Photo AFP)

L’attentat des Champs-Élysées, comme celui qui été déjoué il y a quelques jours, n’avait qu’un objectif : perturber une consultation électorale et, si possible, affaiblir la démocratie française. La meilleure réponse est une participation massive aux quatre tours de scrutin.

CETTE NOUVELLE attaque contre les forces de l’ordre, en première ligne contre le terrorisme, augmente certes le sentiment d’insécurité. Elle ne doit pas augmenter le pourcentage des abstentions qui, cette année, devrait être élevé de toute façon (un sondage situe la participation à 71 %). La plupart des candidats, réunis sur France 2 hier pour une série d’entretiens, ont adopté une attitude digne, en évitant la moindre récupération politique. Cependant, ce n’est pas le cas de Marine Le Pen qui, distancée dans les sondages par Emmanuel Macron, n’a pas hésité à se servir d’une blessure douloureuse infligée au pays pour en faire, toute honte bue, le miel de sa campagne. Elle a prononcé ce matin un discours où elle a énuméré les nombreuses mesures anti-démocratiques qu’elle prendrait si elle était élue. Tous les moyens sont bons pour gagner cette élection, y compris les mensonges les plus énormes, comme celui-ci : « Depuis dix ans, sous les gouvernements de droite et de gauche, tout a été fait pour que nous perdions la guerre » contre le terrorisme. Mme Le Pen est la candidate du scandale, des contre-vérités et de la démagogie facile, ce qui ne l’empêche pas de vouloir gouverner le pays sur une série d’illusions programmatiques.

Le vote utile.

On n’a même pas envie de lui rappeler l’extraordinaire appareil sécuritaire qui a été mis en place pour combattre le terrorisme en France. Ni de lui citer le nombre d’attentats qui ont été déjoués grâce au travail et à la vigilance de nos services de renseignements et de sécurité. D’une certaine manière, la meilleure façon de dégonfler la baudruche serait de la laisser exercer le pouvoir. Elle aurait alors le temps de nous démontrer que la déchéance de nationalité, qui lui est si chère, et l’expulsion des fichés « S » n’empêcheraient pas les attentats. La peur de la violence peut jouer en sa faveur et, dans ce cas, le vote utile devrait consister à nous débarrasser d’elle, de son parti et de sa clique. L’attentat des Champs-Élysées ne modifiera pas, toutefois, la structure du vote. Les tout derniers sondages avant la pause forcée de samedi indiquent une bonne avance de deux à trois points d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen. François Fillon, à 19 ou à 20 %, a encore une chance de ravir la seconde place si convoitée à la candidate du FN (à 21,5 % dans un sondage).

Tout est possible.

On a pu entendre, avant l’émission de France 2, quelques déclarations qui valent leur pesant d’or, comme celle d’Anne Hidalgo, maire de Paris, qui a tenu à souligner que « Macron n’est pas de gauche », comme si l’unique enjeu électoral, pour un pays où l’on dénombre dix pour cent de chômeurs, se limitait au dilemme de Hamlet : être ou ne pas être (de gauche). Ou celle de Jean-Luc Mélenchon qui s’est défendu, avec la vigueur qu’on lui connaît, d’avoir jamais soutenu des dictateurs. On se souvient pourtant qu’il a encensé Hugo Chavez et Fidel Castro et qu’il n’a jamais eu des mots sévères pour Vladimir Poutine. Un refus de s’assumer lui-même qui va mal avec sa prétention à diriger le pays.
Le nombre encore élevé des indécis, la transhumance-éclair entre des candidats idéologiquement opposés, le trouble causé par le terrorisme, la surabondance des informations, qui se semble pas forger des argumentations solides dans la tête des électeurs, montrent que tout est possible, y compris une victoire de François Fillon ou une qualification de Jean-Luc Mélenchon. Il est sage désormais d’attendre et de voter. Dimanche soir, le résultat électoral sera d’autant plus décisif que l’on connaît à peu près le rapport des forces au sein des binômes issus du premier tour : par exemple, si les deux qualifiés étaient M. Macron et Mme Le Pen, l’ancien ministre de l’Économie battrait la candidate au second tour sans difficulté.

RICHARD LISCIA

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Les cartes ultimes de Fillon

Macron en meeting
(Photo S. Toubon)

Les sondages les plus récents ne confirment pas la dynamique de François Fillon, pas plus que celle de Jean-Luc Mélenchon. En revanche, il apparaît clairement qu’Emmanuel Macron arrive maintenant en tête et devance Marine Le Pen, ce qui, sauf très grande surprise, devrait indiquer que le second tour se jouera entre M. Macron et la candidate du FN.

DANS UNE DYNAMIQUE, le plus important, c’est le temps laissé au candidat pour accentuer son rebond. La moyenne des sondages publiés d’hier à aujourd’hui, étant entendu qu’il n’y en aura pas samedi et que les ultimes enquêtes seront publiées demain, accorde une avance de M. Macron sur Mme Le Pen, de l’ordre de deux à trois points, ce qui représente tout de même un million deux cent mille électeurs. Selon Harris Interactive, M. Macron se situerait à 25 %, Mme Le Pen à 22, MM. Fillon et Mélenchon ex-aequo à 19. La campagne extraordinairement puissante et fructueuse du leader de la « France insoumise » semblerait donc buter sur le seuil de 19%, ce qui est insuffisant pour qu’il se qualifie pour le second tour. En même temps, les chiffres semblent prouver que M. Fillon est dans la même situation.

La « réunification » de la droite.

La droite et le centre ont fait d’immenses efforts de réunification autour de leur candidat. Nicolas Sarkozy a diffusé une video dans laquelle il soutient M. Fillon « sans états d’âme ». Ce matin encore, les deux hommes se sont rencontrés. Alain Juppé a fait un tour de piste public avec le candidat, mais semblait peu enthousiaste. Plusieurs commentateurs ont estimé que ces soutiens arrivent un peu tard, mais si M. Juppé n’a pas caché son ressentiment contre une manoeuvre des sarkozystes qui a empêché tout désistement de M. Fillon après sa mise en examen, l’ancien président, pour sa part, s’est rallié à M. Fillon, depuis le discours du Trocadéro, le 5 mars dernier, en échange, semble-t-il, de concessions acceptées par celui-ci au sujet de la composition d’un gouvernement de droite que dirigerait François Baroin. S’agissant de M. Sarkozy, on ne peut donc pas dire que son soutien est mitigé.

Fillon tient bon.

M. Fillon s’efforce de rester lui-même. Il a refusé de participer à toute émission de radio ou de télévision où des questions lui auraient été posées sur l’affaire judiciaire qui le concerne, ce qui lui a valu un différend avec RMC et BFMTV. Il est revenu sans hésitation sur sa décision de ne pas remplacer 500 000 fonctionnaires partant à la retraite, en réaffirmant, par exemple, qu’il y a plus d’agents pour gérer la santé que de médecins et d’infirmiers pour soigner les patients. Il attaque M. Macron plus souvent que Mme Le Pen car son rêve est de se retrouver au second tour face à la candidate du Front national. Il est bon, et même utile, qu’il défende son programme plutôt que sa personne et qu’il réaffirme les principes d’une réforme adaptée au mal français.
Il porte néanmoins une lourde responsabilité : s’il ne franchit pas le premier tour, il expose la droite à un risque de décomposition comparable à celui qui menace la gauche, qui ne se relèvera pas de sitôt de l’échec annoncé de Benoît Hamon, doté de 8 % des suffrages par les enquêtes d’opinion. L’ancien Premier ministre peut encore espérer attirer vers lui des indécis, dont la proportion est relativement élevée, mais je doute, pour ma part, que leur rôle puisse être décisif. Pour la raison suivante : si, à 19% des voix, on peut se qualifier, M. Mélenchon est dans une situation identique à celle de M. Fillon. On ne voit pas pourquoi les deux challengers dépasseraient les deux premiers dans une sorte de renversement de la hiérarchie. En outre, un duel Fillon-Mélenchon au second tour ne tournerait pas forcément à l’avantage de l’ancien Premier ministre, selon les sondages.
Pour la droite, un échec à la présidentielle devrait jouer le rôle du stimulant pour les législatives. Car cette droite majoritaire existe dans le pays et elle n’a fondu que parce qu’une partie de ses électeurs porte un jugement négatif sur M. Fillon. Il demeure donc un électorat qui n’accepte pas que la victoire tant attendue lui soit « volée ». Une majorité LR-centristes à l’Assemblée écarterait durablement le danger d’une explosion de la droite et le nouveau président serait contraint de former un gouvernement de cohabitation.

RICHARD LISCIA

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Elections et terrorisme

Le Pen en campagne
(Photo AFP)

L’attentat déjoué hier par les services français de police montre qu’une menace lourde pèse sur les scrutins à venir, premier et second tour de la présidentielle, deux tours des législatives.

L’ETAT ISLAMIQUE et ses tentacules européennes aimeraient bien démontrer l’inanité de nos procédures électorales en les rendant assez risquées pour réduire la participation, en favorisant les querelles post-électorales, en jetant la suspicion sur leur validité. Ce danger, d’autant plus sérieux qu’il s’ajoute aux divisions nationales, à une féroce bataille des idées, aux tensions entre divers types d’électeurs, ne peut être combattu que par un pouvoir fort, servi par des systèmes d’investigation et de répression à toute épreuve. Ici ou là, on s’est rebellé contre un François Hollande interventionniste et omniprésent malgré son désistement, mais, au total, il est logique qu’il reste en place jusqu’au dernier jour de son mandat. Il peut agacer par ses commentaires de journaliste, il importe qu’il tienne les rênes du pouvoir avec fermeté sans tenir compte de la date de son départ.

Formidables nouveautés.

Les candidats hostiles à ce « système » qu’ils ont bien du mal à définir et dont ils ne prouvent jamais qu’ils n’en font pas partie, d’autant que parmi eux, on compte une forte proportion de vieux chevaux de retour, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, formidables nouveautés, en passant par Jacques Cheminade, ou Nicolas Dupont-Aignan, parfaits exemples de l’entêtement érigé en métier, sont peut-être partagés entre la perspective d’une élection soumise à la violence, qui pourrait jouer en leur faveur, et leur détermination à réussir en restant assis dans le wagon pour arriver en gare. Personne n’aurait rien à gagner d’une disruption provoquée par un ou plusieurs attentats, autre facette du même miroir ; personne n’aurait rien à gagner non plus d’une action politique conduisant à d’autres explosions, celles qui feraient sauter le fameux « système ».
Lequel est néanmoins indispensable pour assurer, chaque année, la stabilité politique, la production économique sinon la croissance, la fermeté de nos partenariats, bref, le niveau de richesse que nous avons atteint et dont leurs idées destructrices annoncent la chute. Parmi les tâches qui attendent la prochaine équipe dirigeante, aucune ne sera accomplie dans un climat de guerre civile ou par la démolition rapide des structures qui portent notre économie, toutes seront réalisées par des changements en profondeur dans chaque secteur, capables de s’adresser d’ailleurs aux tonitruantes revendications exprimées par les groupes qui s’estiment victimes de l’injustice sociale.

Gardons nos amarres.

Augmenter le pouvoir d’achat de diverses manières, et notamment par la baisse des coûts salariaux ; créer des emplois en libérant l’investissement ; donner aux Européens, nos amis et non nos rivaux, le sentiment que notre pays s’engage fermement dans le développement, ce qui doublera notre crédibilité politique et rendra à la France son statut de nation européenne majeure avant même que se produisent les résultats escomptés ; conserver nos lois de société pour montrer que nous restons les accompagnateurs du progrès social, soumettre une bonne fois pour toutes le système éducatif à une obligation de résultats, défendre la laïcité avec assez de fermeté pour que les promoteurs du fondamentalisme religieux sachent qu’ils n’ont plus le choix, maintenir un très haut niveau de sécurité sans lésiner sur les moyens financiers, sévir sans ménagement contre toutes les formes de corruption politique, prendre, avec l’Allemagne, l’initiative d’une réforme indispensable de l’Union européenne, tous ces projets peuvent être réalisés par la dynamique réformiste sans que nous soyons obligés de trahir nos principes démocratiques, de réinventer une autocratie perverse ou cruelle, de jeter des Français contre d’autres Français, de rompre nos amarres avec nos partenaires en démocratie, de brûler nos vaisseaux sous prétexte de recommencer sur une meilleure base.
Mettre le véhicule France dans la bonne direction, celle qui nous conduit vers l’avenir, n’exige ni haine ni violence ni peur ni colère. C’est une tâche qui demande un travail énorme et peu séduisant pour les foules intéressées uniquement, et c’est bien compréhensible, par un emploi, une hausse du pouvoir d’achat, une réconciliation entre le poste de travail obtenu et un salaire mensuel permettant de vivre un mois. Toutes ces doléances françaises, il faudrait être sourd pour ne pas les entendre. La plupart des candidats ont vu dans le désespoir populaire le prétexte d’un règlement de comptes entre classes sociales. C’est ce qui a inspiré leur discours arrogant, hostile, menaçant. Mais encore une fois il n’y a pas d’abcès, dans le tableau du pays en 2017, qui ne puisse être soigné et guéri par des femmes et des hommes résolus plutôt que par des incendiaires.

RICHARD LISCIA

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Le comeback de Fillon

Fillon hier à Nice
(Photo AFP)

L’attitude la plus maline, en cette campagne ô combien tourmentée, consiste à jeter le même opprobre sur tous les sondages sans distinction, ce qui rend tout commentaire nul et non avenu. Pourtant, il faut bien se risquer à faire des évaluations, fussent-elles grossières.

SINON, on pourrait dire que Benoît Hamon sera au second tour ou que Philippe Poutou sera élu président de la République. On voit bien, en faisant une comparaison entre candidats du peloton de tête et candidats du peloton de queue, qu’il existe bel et bien une hiérarchie des candidatures. Ce qui n’enlève rien à l’incertitude créée par la proportion, plus élevée que lors des présidentielles passées, des indécis et des abstentionnistes. Il n’est pas interdit, pourtant, de répartir les indécis en fonction des intentions de vote telles qu’elles sont rapportées par les enquêtes d’opinion. Ni d’appliquer aux abstentionnistes le même principe. Le sondage ultime, c’est le scrutin lui-même et le résultat qu’il fournit n’est pas contesté, quel que soit le pourcentage de ceux qui votent blanc ou ne se rendent pas aux urnes.

Fillon devant Mélenchon.

La moyenne des sondages publiés jusqu’à aujourd’hui, c’est-à-dire à cinq jours du premier tour, montre en gros que M. Macron et Mme Le Pen se partagent la pole position, tandis que M. Mélenchon progresse, mais aussi M. Fillon qui, selon un sondage Elabe de ce matin, parvient à 19,5 % alors que M. Mélenchon, malgré ses meetings monstres et ses hologrammes, reste à 18 %. Selon Elabe, Emmanuel Macron est en tête, avec 24 % des voix, contre 23 % à Marine Le Pen. Selon Opinion Way/Orpi, Macron et Le Pen sont tous deux à 22 %, Fillon 21 et Mélenchon 18. Premier constat, une dynamique Fillon a soudainement doublé celle de Mélenchon, quatrième dans les deux sondages.
L’enquête Opinion Way indique par ailleurs un effritement des deux candidats de tête, ce qui ouvre clairement, depuis aujourd’hui, la possibilité pour François Fillon de figurer au second tour. Il se passe, pour le candidat de la droite et du centre, ce qui s’est passé lors de la primaire, où sa dynamique n’a été décelée par les sondages que lors des derniers jours précédant le scrutin et s’est poursuivie pendant les dernières heures, ce qui lui a permis non seulement d’arriver en tête au premier tour de la primaire, mais de l’emporter largement contre Alain Juppé au second tour. Une troisième enquête, Ifop-Fiducial, infirme les résultats précédents, avec Macron à 23, Le Pen à 22, en recul de deux points, Mélenchon à 19,5 et Fillon à 19. Néanmoins, elle indique elle aussi l’affaiblissement de Mme Le Pen qui, s’il se poursuivait, pourrait modifier la sélection du second tour.

Le Pen inquiète.

Cette configuration durera ou non, sera confirmée ou non, mais elle permet de faire de nouvelles hypothèses. M. Fillon, en effet, ne peut se qualifier que s’il élimine soit M. Macron, soit Mme Le Pen. Pour le Front national, une élimination dès le premier tour aurait des conséquences négatives durables et remettrait en cause toute la stratégie mise au point par la candidate, qui a durci ses positions récemment, sur l’Europe et l’immigration, dans l’espoir de rassembler plus de monde. Une cinquantaine de prix Nobel de l’économie ont mis en garde les Français contre le vote Le Pen et certains d’entre eux lui reprochent de se réclamer d’eux, alors qu’ils contestent son projet. Ou l’art de s’attribuer des soutiens qui n’existent pas.
Quant à Emmanuel Macron, il reste l’un des deux candidats, avec M. Fillon, capable de faire échec aux deux extrémismes, de droite et de gauche. S’il est éliminé, c’est François Fillon qui doit battre Mme Le Pen au second tour, tâche qui serait moins difficile que dans le cas d’un duel avec Jean-Luc Mélenchon, qui attirerait vers lui toutes les gauches en déshérence. En outre, M. Fillon dominerait les sondages depuis longtemps si Nicolas Dupont-Aignan, qui oscille entre 3 et 4 %, s’était désisté. Par ailleurs, l’annonce par le ministre de l’Intérieur, aujourd’hui, qu’un attentat déjoué semblait viser M. Fillon renforcera sa popularité. Bien qu’il n’ait pas vraiment su apaiser les esprits au sujet de ses attachés parlementaires, il se présente aujourd’hui comme bien plus qu’un candidat de droite : celui qui est capable d’écarter ces deux dangers que les extrêmes font peser sur le pays.

RICHARD LISCIA

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Macron en tête

Devant Le Pen au premier tour ?
(Photo AFP)

Les erreurs prévisionnelles des sondages nous ont enseigné la prudence en la matière. Il ne faut jamais se fonder sur une seule enquête d’opinion. Il est préférable d’en faire la moyenne.

À NEUF JOURS du scrutin, il est possible de dégager quelques fortes tendances. On trouve quatre « grands » candidats qui, à cause de la marge d’erreur, se retrouvent dans un mouchoir de poche et peuvent avoir une chance de l’emporter au second tour. Marine Le Pen semble avoir cédé la première place à Emmanuel Macron, qui se situerait à 24% contre 22 à la présidente du FN. François Fillon a certainement progressé et se situe aujourd’hui entre 18 % (hypothèse basse) et 20% (hypothèse haute). Un sondage Harris Interactive publié ce matin lui accorde 20 % en tout cas, ce qui semble confirmer sa progression. Jean-Luc Mélenchon, dans le même sondage Harris Interactive, atteint 19 %, alors que, selon d’autres enquêtes, il ne dépasse pas 18 %. Enfin, la moyenne des sondages accorde seulement entre 8 et 9 % à Benoît Hamon.

Le Pen privée de second tour ?

On ne se souvient que M. Macron avait subi une baisse de régime la semaine dernière. Nombre de sondages constataient son effritement ainsi que celui de Marine Le Pen mais, en moyenne, confirmaient la présence en tête de la présidente du Front. Ce ne semble plus être le cas aujourd’hui, sans doute parce qu’elle a refusé de retirer ses propos sur la rafle du « Vél d’Hiv ». En évoquant ce sujet, ce que personne ne lui demandait de faire, elle a effrayé ceux de ses électeurs qui ne veulent pas être associés à l’antisémitisme. Cependant, rien n’indique que Mme Le Pen pourrait être éliminée au premier tour. Si on admet que M. Macron fait maintenant la course en tête, il faudrait, pour que la représentante du Front ne franchisse pas le cap, qu’elle soit rattrapée par M. Fillon (avec au moins trois points supplémentaires) ou par M. Mélenchon qui, lui, aurait besoin de quatre points de plus.
La présence ou non de Marine Le Pen au second tour est d’une importance cardinale. Tout se passe comme si l’électorat qui veut tout changer, et avec lequel il faut diablement compter, trouvait ces jours-ci chez M. Mélenchon les « avantages » liés à Mme Le Pen. Le fossé idéologique qui les sépare ne compte même pas. Toutes les enquêtes montrent que les indécis sont capables de passer sans le moindre scrupule de Hamon à Macron, de Mélenchon à Macron et, donc, de Le Pen à Mélenchon. Si les transferts en dehors du Front national seront rares (80 % des électeurs de Mme Le Pen sont sûrs de leurs votes), trois candidats, Fillon, Macron et Mélenchon peuvent, au moment du test décisif, améliorer leur score ou, au contraire, perdre des points par rapport aux sondages.

Le résultat sera forcément surprenant.

Le premier enseignement est qu’il ne faudra pas être surpris d’un résultat qui a de bonnes chances de surprendre tout le monde. Le second est que, du point de vue des démocrates, il existe deux dangers graves : Le Pen et Mélenchon. Il se trouve que Harris Interactive a fait des tests pour le second tour qui opposent :
1) Macron contre Le Pen. Macron l’emporte dans un rapport 67/33.
2) Fillon contre Le Pen. Rapport beaucoup plus serré, mais suffisant : 58/42
3) Macron contre Fillon : 70/30 en faveur de Macron.
4) Mélenchon contre le Pen : 64/36
5) Macron contre Mélenchon : 58/42
On n’en tirera aucune conclusion, mais on voit bien que les candidats qui ont la cote sont ceux qui proposent des changements en profondeur. De ce point de vue, Emmanuel Macron apparaît comme un innovateur capable d’obtenir les votes de gauche pour vaincre le candidat de la droite. Le désir de faire table rase du passé est si fort dans l’électorat que l’affrontement entre Macron et Mélenchon au second tour donne un résultat beaucoup plus serré que l’hypothèse Macron-Le Pen. Enfin l’exploit de M. Fillon, qui consisterait à se qualifier pour le second tour, ne suffirait pas pour une victoire finale si M. Macron restait en lice.

RICHARD LISCIA

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Ingérence hollandaise

Hollande juge la campagne
(Photo AFP)

Dans un entretien avec « le Point » d’aujourd’hui, le président de la République dénonce « les simplifications et falsifications » de la campagne de Jean-Luc Mélenchon et semble se rallier, sans le nommer, à Emmanuel Macron.

FRANÇOIS HOLLANDE prononce un jugement sans appel contre les élections primaires et s’inquiète du comportement des électeurs. « Il y a un péril (…) qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». Au sujet de M. Macron, M. Hollande estime « que la politique a besoin de renouvellement » ; il souligne qu’il n’exprimera son choix personnel qu’après le premier tour. On retrouve là la crainte d’une dérive marxiste en France, l’absence d’empathie pour le candidat socialiste, Benoît Hamon, qui ne récolte plus que 8 à 9 pour cent des intentions de vote, la résignation à adouber le candidat Macron, qui a trahi le président pour lancer son aventure personnelle. M. Hollande, dont le besoin de parler est irrépressible, ne peut pas ignorer, cependant, que son soutien à peine ébauché risque de coûter des voix à M. Macron. Quant à son jugement sur M. Mélenchon, il a été accueilli par une riposte particulièrement hargneuse du candidat de la France insoumise.

Une campagne malodorante.

En privé, selon « le Monde », le chef de l’État aurait déclaré que la campagne « sent mauvais », ce que nul ne contestera. Comme pour le Brexit et la victoire de Trump, elle aura été celle où l’on a entendu le plus de mensonges et où les candidats se sont combattus avec une haine qui a obscurci le débat démocratique. Les journaux, avec leur rigueur professionnelle habituelle, ont abondamment exposé le contenu des programmes. Huit sur onze sont fondés sur des propositions aventureuses dont le risque est masqué par un discours sur les lendemains qui chantent. Il est quand même curieux que des personnages comme MM. Asselineau, Dupont-Aignan, Cheminade poursuivent leur campagne perdue d’avance sur le thème de la destruction de l’Europe, du renversement des alliances, de l’égoïsme national ; comme si nous devions collectivement renoncer à des principes humanistes qui ont contribué à forger la nation, sous le prétexte que nous subissons une crise économique et sociale dont nul ne nie la gravité, mais qui est décrite par les mêmes comme une Apocalypse. Dramatiser le diagnostic, comme le font les « petits » candidats, Mme Le Pen et M. Mélenchon, permet de proposer un remède pire que le mal. Cela s’appelle tromper l’électeur et c’est un peu ce que François Hollande, par ailleurs personnellement attaché à la réputation de son bilan, veut dire.

Thérapie de charlatan.

À l’analyse poussée au tragique s’ajoute donc une thérapie de charlatan : la France est un pays à faible croissance, mais elle produit bon an mal an plus de 2 200 milliards d’euros de richesse. On peut toujours proposer le Frexit, la fin de l’euro, la fin de nos alliances traditionnelles, il faudrait qu’on nous dise comment, pour commencer, on va remplacer les revenus produits par le système actuel. Sous le prétexte que nous avons 3 ou 4 millions de chômeurs, on va commencer par mettre en danger tous les emplois existants. Cette imposture passe très bien dans l’électorat parce qu’elle est assortie de propos revanchards, la revanche de l’extrême droite contre la démocratie qui la fustige, la revanche du communisme contre l’histoire qui l’a condamné ; et la tentation totalitaire si bien incarnée par M. Mélenchon et Mme Le Pen. Or il n’y pas une majorité de chômeurs et de pauvres. Ce qui s’est produit n’est pas la révolte de tout un peuple contre le système abhorré, c’est une surexcitation de la campagne par des discours privés de la décence la plus élémentaire.
Les derniers sondages montrent un nouvel affaiblissement des deux candidats qui font la course en tête, Mme Le Pen, à 23 % et M. Macron, à 22,5. M. Fillon ne bouge pas : 18 %. M. Mélenchon semble avoir atteint son maximum, 17,5 %. À dix jours du premier tour, il faudrait un miracle pour que M. Fillon se qualifie pour le second, et un autre miracle pour que M. Mélenchon arrive à dépasser à la fois M. Fillon et M. Macron. Tout républicain qui se respecte voudra, au second tour, pouvoir élire un candidat qui nous protège contre les mensonges de l’extrême gauche et de l’extrême droite.

RICHARD LISCIA

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La chute de Hamon

La révolution « soft », ça ne paie pas
(Photo AFP)

Selon un sondage, Jean-Luc Mélenchon arrive désormais en tête des personnalités politiques les plus populaires, devançant l’indéboulonnable Alain Juppé. La montée en puissance du candidat de l’extrême gauche signe aussi la défaite annoncée du socialiste Benoît Hamon.

IL EST IMPERATIF d’observer la vaste redistribution des cartes au sein de la gauche, prise dans un spectre le plus large possible, en tenant compte de l’irrationnel qui accompagne une élection où le populisme a surgi avec une force irrésistible. La primaire socialiste n’a pas servi les intérêts du PS, elle l’a marginalisé en désignant un candidat qui, par bien des aspects, va à rebours de la social-démocratie et n’a pas, de surcroît, le charisme du leader du Parti de gauche (PG). Pour tout électeur qui souhaiterait que ses concitoyens se portent massivement vers des solutions préservant le socle institutionnel et structurel sur lequel est bâtie, bien ou mal, notre protection sociale, le concours incessant entre deux candidats de gauche qui ont joué à « plus à gauche que moi, tu meurs » ne risquait pas d’être remporté par M. Hamon, car il n’a pas ce souffle révolutionnaire qui embrase un si grand nombre de nos concitoyens.

Le mensonge économique.

C’est l’année où la démagogie est rentable ; la plupart des candidats sont prêts à présenter des programmes soit insoutenables dans la durée, soit assez marginaux pour n’avoir pas la moindre chance d’aboutir, comme c’est le cas pour M. Hamon. La fragilité presque criminelle des plates-formes présentées par M. Mélenchon ou par Mme Le Pen le dispute, dans les deux cas, à une haine de classe bien peu respectueuse de la démocratie. M. Mélenchon se croirait presque en 1789, alors que la gestion d’une économie moderne, d’une effrayante complexité, interdit l’aventurisme fondé sur l’esprit de revanche : l’ennemi, clairement désigné, c’est le possédant, le banquier, le cadre supérieur, celui à qui le candidat de l’extrême gauche promet de prendre par le biais de la fiscalité tout revenu supérieur à 4 000 euros par mois. Sauf que, pour passer à une telle transgression, il est indispensable de transformer l’économie de marché qui régit la France en machine communiste. L’imagination faisant partie intégrante de la démarche de M. Mélenchon, nous sommes assurés de tout pouvoir faire, c’est-à-dire concilier le marché et l’égalitarisme intégral. C’est un mensonge, bien sûr, mais une bonne partie de l’électorat est prête à croire au paradis sur terre et ne craint pas d’être encore plus appauvrie par des mesures destructrices qui anéantiraient un produit intérieur brut encore assez élevé pour situer la France dans les puissances moyennes. Il en va de même pour Marine Le Pen, dont la cote a un peu baissé, ce qui a déclenché chez elle un torrent de propositions à la fois hystériques et suicidaires qui, rapidement, nous mettraient au ban des nations avec le soutien enthousiaste d’un quart de l’électorat.

Archaïsme et sadisme.

Ce qui rend perplexe, c’est que, face à tant de populisme hypocrite, M. Hamon a été distancé alors que son programme contient lui aussi une bonne partie d’idées périlleuses. Cette année, la révolution « soft » ne fait pas le poids. M. Hamon est sincère, honnête, et très à la mode, en ce sens qu’il se présente comme proche d’un peuple qui souffre. Le génie de M. Mélenchon, si l’on peut dire, c’est d’avoir su allier l’arrogance triomphaliste au revanchisme de classe. Il s’y voit, et ses partisans avec lui. Nous allons écraser, dit-il, ceux qui nous ont tant fait souffrir. S’il était au pouvoir, il s’inspirerait de Robespierre et inventerait la guillotine fiscale. En somme, ce qu’ils nous proposent, lui et Marine Le Pen, c’est la recherche du plus petit dénominateur commun. Ils ne vont enrichir personne en France, ils vont appauvrir les riches, les nantis, la classe moyenne, les bourgeois et les bobos pour que les déshérités se retrouvent en bonne compagnie et qu’ils se sentent moins pauvres, même s’ils le restent.
On est fasciné par tant d’archaïsme et par ce sadisme qui consiste à entretenir la peur, la colère et le ressentiment pour que nos concitoyens les moins aisés se vengent de ceux qui ont un emploi et ne souffrent pas ou souffrent moins. Leurs programmes sont deux recettes pour la division du peuple, pour entretenir durablement un climat de haine qui ne créera pas un seul emploi mais en détruira des millions. M. Hamon s’est effondré parce qu’il est désireux d’apporter des changements d’inspiration socialiste, mais n’ose pas promettre la lune en sachant qu’il créerait un enfer en France.

RICHARD LISCIA

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Un suspense sans précédent

La surprise de cette campagne
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Il est désormais bon et utile d’observer la scène électorale avec humilité. Le jeu incessant des pourcentages en hausse ou en baisse obtenus par les candidats dans les enquêtes d’opinion ne permet aucune prédiction fiable.

FRANÇOIS FILLON a encore une chance de se qualifier pour le second tour. On note un frémissement à la hausse de sa popularité, qu’il a encore le temps d’améliorer, sans que l’on puisse encore parler de dynamique. Jean-Luc Mélenchon s’y voit déjà, mais il n’est pas certain de franchir le cap du premier tour. Marine Le Pen faiblit (d’au moins deux points, à qui la faute ?) mais elle reste en tête de tous les sondages. Emmanuel Macron perd un peu de terrain et ce pourrait être la conséquence d’une légère remontée de M. Fillon.

Une dynamique Mélenchon ?

Mais le tableau général qui s’imposait encore il y a une ou deux semaines n’est pas radicalement transformé. Mme Le Pen semble indestructible et M. Macron la talonne. Le seul changement, c’est l’ascension de M. Mélenchon, susceptible de modifier la donne. En effet, sa progression peut encore évoluer de deux manières : soit il atteint un plafond que son programme marginal ne lui permet pas de crever ; soit au contraire, il attire comme un aimant tous les électeurs mécontents, et Dieu sait qu’ils sont nombreux, et alors il prend un point chaque jour, double Fillon, puis dépasse Macron. Le choix laissé à l’électorat au second tour serait entre deux candidats qui se ressemblent : anti-européens, anti-OTAN, et décidés à balayer structures et institutions pour instaurer un ordre nouveau. M. Mélenchon n’aimerait pas qu’on le compare à Mme Le Pen et vice versa. Ils ont pourtant et quoi qu’ils en disent de curieuses mais profondes affinités.
Cet état des lieux au second tour semblerait confirmer l’extraordinaire évolution des esprits, à l’image de ce qui s’est produit aux États-Unis, où le peuple n’a eu de cesse d’abattre l’Establishment. Il démontrerait que, après avoir empêché des hommes prestigieux, Hollande, Sarkozy, Juppé, les Français s’attelleraient à la démolition systématique des deux grandes forces qui se partagent le pouvoir depuis 57 ans, le PS et la droite. Et accepteraient tous les risques que présenterait une aventure de type révolutionnaire.

Entre Charybde et Scylla.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que, si M. Mélenchon et Mme Le Pen sont qualifiés au second tour, la droite de gouvernement votera massivement pour la présidente du Front national et la gauche pour le chef du parti de gauche. Un électorat capable d’écarter à la fois M. Fillon et M. Macron n’hésitera pas à afficher sa volonté de changement. La droite votera pour conjurer le danger d’une gestion trotskiste et la gauche pour écarter le néo-fascisme. C’est Charybde et Scylla, un choix insupportable pour tous les démocrates. L’admirateur de Chavez et de Castro, l’homme qui annonce sans ambages qu’il va dépouiller les épargnants, l’islamo-gauchiste impénitent n’a rien à envier, dans le genre destructeur, à la femme qui a cru bon de relancer le débat sur les responsabilités de l’État français pendant l’Occupation, qui nous présente un programme propre à nous ruiner tous et qui, en dépit de la menace qu’elle fait peser sur tous les Français, est acclamée par ses partisans.
Dans ce tableau consternant, MM. Fillon et Macron apparaissent comme des planches de salut. Malheureusement, M. Fillon est convaincu qu’il ne peut gagner des points qu’en les prenant au leader d’En Marche ! tandis que celui-ci critique M. Fillon dans l’espoir de l’empêcher de se qualifier. Il ne reste plus qu’à attendre que les événements se décantent, mais il demeure que jamais campagne n’aura été aussi hargneuse, jamais les enjeux n’auront été aussi importants et jamais l’offre politique n’aura été aussi médiocre, incertaine, insuffisante.

RICHARD LISCIA

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Le Pen fait des siennes

Un accès de révisionnisme
(Photo AFP)

Marine Le Pen a estimé dimanche que la France n’est pas responsable de la rafle du Vel’ d’Hiv’. A deux semaines du premier tour, elle a donc jugé utile de relancer une polémique que l’on croyait enterrée.

C’EST SANS DOUTE pour apaiser des tensions internes au Front national que Marine Le Pen a jugé utile de prononcer des paroles de type révisionniste. Il ne s’agit pas du tout d’un dérapage. Elle a confirmé la teneur de ses propos dans un communiqué publié dans la soirée de dimanche. Cette prise de position est d’autant plus surprenante que Mme Le Pen, à plusieurs reprises, a exprimé son intérêt pour les Français juifs et pour Israël. Ce brusque changement de la ligne officielle du parti montre qu’elle n’attend plus un vote juif en sa faveur et, surtout, qu’elle veut rassurer les éléments antisémites, révisionnistes et négationnistes qui peuplent le FN.

Le discours de Chirac.

Il est facile à Marine Le Pen de s’appuyer sur les opinions de Jean-Pierre Chevènement et de Henri Guaino qui, tous deux, dans un effort pour réhabiliter, en quelque sorte, l’image de la France, se sont opposés à la décision, prise par Jacques Chirac en 1995, de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans la rafle du Vel d’Hiv’. Il n’est pas inutile de rappeler que les gendarmes et policiers français ont assuré, en 1942, le rassemblement de plus de 13 000 citoyens juifs à Drancy, obéissant certes à des exigences allemandes mais assurant leur tâche morbide sans le concours des nazis. Puis, au bout de quelques journées affreusement pénibles, les Français ont envoyé leurs victimes dans des wagons à bestiaux vers les camps de la mort. Le discours de M. Chirac ne faisait donc que reconnaître une réalité qui n’est contestée par aucun historien, et qui n’avait que trop tardé car François Mitterrand s’était toujours opposé à cette lecture de l’histoire.
Ce que ne comprennent pas les souverainistes qui, cette année, ont décidément une forte emprise sur les élections, c’est qu’une nation ne s’abaisse jamais quand elle reconnaît ses fautes ou même ses crimes. Car il n’existe pas de nation totalement innocente : des guerres de Napoléon aux guerres coloniales, sans oublier la Saint-Barthélémy, nous traînons un lourd bagage d’atrocités. Ce qui ne fait pas de la France un Etat plus coupable que la Grande-Bretagne à l’époque de l’Empire, ou les Etats-Unis bâtis sur l’esclavage et l’extermination des Indiens. En revanche, regarder sans baisser les yeux la dure réalité du passé est un bon moyen de rester vigilant pour le présent. Si des voix de la communauté juive de France se sont élevées contre l’impudence de Mme Le Pen, c’est parce que la vulgarisation d’une fausse idée, son adoption par un plus grand nombre de consciences, la légitimité qu’elle acquiert avec le temps peuvent avoir des conséquences graves, dans un climat déjà tendu par les querelles communautaires et qui doit être apaisé à tout prix.

Le mal qu’elle fait.

Je ne suis pas sûr que Marine Le Pen, par ce seul mot désagréable, ait obtenu la réunification d’un parti où les querelles sont notoires, mais je mesure le mal qu’elle a fait : elle a participé cyniquement à la résurgence de l’antisémitisme en France ; elle a ainsi sacrifié son dernier espoir de conquérir quelques âmes juives ; elle a montré que ces questions fondamentales qui concernent la cohésion d’une nation ne valent rien à ses yeux et qu’elle peut librement, comme une enfant gâtée, piétiner ce qui nous réunit parce que ce qui nous réunit n’est jamais sa priorité du moment. Et dire qu’elle a voulu nous faire croire qu’elle n’avait rien à voir avec son père, ni même avec sa nièce, qu’elle est la tendre amie de ces juifs ingrats qui ne considèrent pas le FN comme un parti « normal ». Le masque tombe. Mais qui serait assez bête pour exprimer de l’étonnement ? Voilà qui elle est, Marine Le Pen ; et il est inutile de chercher à donner d’elle une autre définition. Elle dirige un parti violent, xénophobe et raciste.

RICHARD LISCIA

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