Trump : le parti de Poutine

La confiance règne
(Photo AFP)

Faut-il s’en étonner ? Donald Trump croit Vladimir Poutine, mais n’accorde aucun crédit à ses propres services. La rencontre entre les deux hommes à Helsinki aura été le plus récent épisode d’une farce qui se poursuit allègrement, devant un congrès américain médusé.

TRUMP l’a dit et répété : il ne croit plus du tout à cette histoire d’ingérence russe dans les élections présidentielle et législatives américaines de 2016. « La dénégation de Vladimir Poutine a été forte et puissante », a-t-il juré devant les journalistes, conformément à une attitude qui l’a conduit à féliciter Kim Jong-un pour son « autorité » naturelle. Avec son aplomb habituel, Poutine, un expert en hypocrisie, a dit de son côté : « La Russie ne s’est jamais ingérée dans un processus électoral et ne le fera jamais ». Sauf que les preuves s’accumulent sur le bureau du procureur spécial Robert Mueller : une ressortissante russe a été arrêtée lundi. L’homme du Kremlin ne pouvait attendre plus de ses entretiens avec le président des États-Unis. Il a trouvé la rencontre utile. Le problème, c’est que la complicité entre les deux hommes ressemble plutôt à une forme de chantage : si Poutine est si beau aux yeux de Trump, c’est que le Russe détient, au sujet de l’élection de son partenaire, des informations qui suffiraient à le détruire politiquement si elles étaient publiées.

La colère des élus.

Les attaques contre Trump ne viennent pas seulement de la presse. Il lui est facile de les dénoncer comme des « fake news », alors qu’il est le premier producteur de ce genre d’ingrédient. Elles viennent aussi des élus, non seulement démocrates, mais républicains. L’ancien directeur de la CIA, John Brennan, a même accusé Trump de « trahison ». « La Maison Blanche est maintenant confrontée à une seule et sinistre question : qu’est-ce qui peut bien pousser Donald Trump à mettre les intérêts de la Russie au-dessus de ceux des États-Unis ? » demande le sénateur démocrate de New York Charles Schumer, pendant que le républicain Lindsey Graham ajoute : « Le président a raté une occasion de tenir la Russie clairement responsable pour son ingérence (…) et de lancer un avertissement ferme pour les prochaines élections ». Effectivement, les électeurs américains craignent que les résultats des législatives de mi-mandat, en novembre prochain soient faussés par des attaques cybernétiques russes.

La sécurité sacrifiée.

Le problème est aigu parce que Trump a décidé, pour se protéger contre l’enquête de Robert Mueller, de sacrifier partiellement la sécurité des États-Unis. La Russie ne se contente pas d’interférer dans le processus démocratique américain (elle l’a fait aussi pour le référendum britannique sur le Brexit), elle cherche à diviser les Européens et à briser les liens atlantiques. Trump est devenu un élément négatif dans l’équilibre Est-Ouest. Il est trop tôt pour affirmer que le candidat Trump a coopéré avec les Russes pour s’assurer son élection et tant que M. Mueller n’a pas la preuve de cette collusion, il est préférable de ne pas compter sur une destitution du président. En revanche, sa politique, encore applaudie dans certains cercles conservateurs et par ceux qui ont voté pour lui en 2016, rend perplexe son propre camp. Aussi fascinants que soient le populisme et l’agitation ubuesque du chef de la première puissance mondiale, la vérité, assénée par les élus et par cette majorité de médias américains qui refuse de s’inféoder au pouvoir, finira par l’emporter. M. Trump peut multiplier les provocations, il est quand même le premier président américain à jouer avec la sécurité de son pays. Il l’a montré après son entretien avec Kim Jong-un, il le montre encore après sa rencontre avec Poutine. Or rares sont les Américains qui croient que la Russie est un pays affable, prêt à coopérer avec les États-Unis. La plupart la considèrent comme une adversaire. Jusqu’à quand Trump leur fera-t-il prendre des vessies pour des lanternes ?

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Une victoire pour tous

Le baiser de Mbappé
(Photo AFP)

La liesse nationale qui a suivi notre exceptionnelle victoire à la coupe du monde de football est celle de tous les citoyens français. En ce sens, elle a apporté un stimulant rare et précieux à la cohésion du pays.

LES PEUPLES ne se réjouissent pas du plein emploi, des équilibres budgétaires et des excédents commerciaux. À cette aune,  l’Allemagne serait championne du monde. La France vient d’accrocher une deuxième étoile à son maillot et, spontanément, une foule innombrable a envahi non seulement les Champs-Élysées et la place Charles-de-Gaulle, mais plusieurs quartiers de Paris et des centres-villes. On peut s’étonner d’un enthousiasme aussi intense et durable, il n’est pas question de le minimiser, de le relativiser ou de l’ignorer. Il fait du bien aux Français, comme aucune autre bonne nouvelle ne pourrait les embraser. Même si des incidents ont été relevés ici et là, dans l’ensemble nous avons assisté à une communion nationale comme rarement la France si divisée en classes et en convictions contradictoires peut en produire. Le phénomène est bien plus durable pour l’avenir du football français, qui a trouvé ses marques et crée un climat de confiance indissoluble, que pour l’harmonie des groupes antagonistes. Mais personne, pas même ceux qui font métier de nous dresser les uns contre les autres ne niera que, quelles que soient nos différences, nous avons été emportés par la saine bourrasque d’une fierté indicible. Elle a tout balayé, nos préventions, nos inquiétudes, nos malaises, nos récriminations, et, plus encore, cette agressivité qui nous fait tant de mal.

La politique à l’écart.

Il faut se placer ici sur le plan purement national et éviter toutes les récupérations politiques qui n’ont pas tardé à se manifester, par exemple sous la plume de François Hollande, lequel n’a jamais été aussi actif politiquement que depuis qu’il a quitté le pouvoir. On n’empêchera pas le président en exercice d’honorer les champions du monde et de leur témoigner notre gratitude. Même si l’acquisition du trophée tant désiré relève du miracle, il n’a été possible que grâce au talent des joueurs et surtout de leur coach, Didier Deschamps, remarquable général dont la stratégie a eu raison, comme ce fut le cas avec Aimé Jacquet il y a vingt ans, de toutes les critiques et de toutes les opinions contraires. La finale n’a pas été une partie de plaisir et la moindre des choses est de rendre hommage à une équipe croate qui n’a pas démérité. Mais, si le foot soulève un peuple de joie, c’est du foot et il ne doit rien aux politiques gouvernementales. Ce soir, nos héros à peine fatigués défileront sur les Champs-Élysées et seront reçus à l’Élysée. Le rapport entre sport et politique s’arrête là.

Bonne thérapie.

Il me semble que, jusqu’à présent, le président de la République n’en a pas trop fait, dans le sens de la récupération. Quant à ses opposants, ils sont à court de mots, car qui prononcerait autre chose que des éloges ou ignorait le bonheur national serait aussitôt massacré. Mais bien sûr, même si l’effet coupe du monde ne dure pas trop longtemps, il sera, il est déjà, bénéfique au pouvoir qui,  plutôt enlisé ces jours-ci dans le marais de ses erreurs, a soudainement une chance de plus. C’est une équipe qui gagne, c’est la France qui triomphe, c’est Macron qui ramasse la mise. Voilà pourquoi M. Hollande a mis son grain de sel dans la liesse collective. Si, en plus, le foot pouvait nous épargner tous ces calculs politiciens, sa capacité thérapeutique serait décuplée.

RICHARD LISCIA

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L’enfer du Brexit

May (à droite) avec les Trump
(Photo AFP)

La position de la Première ministre britannique, Theresa May, devient intenable. Deux de ses ministres, et pas des moindres, Boris Johnson (Affaires étrangères) et David Davis (Brexit) ont démissionné. Ils estiment que le « Livre blanc » qu’elle a publié et qui contient toute sa méthode, fondée sur le principe d’un Brexit « doux », ne correspond pas aux engagements gouvernementaux tels qu’ils ont été prescrits par le référendum de 2016.

MME MAY, lorsqu’elle a pris la la succession de David Cameron, a été placée dans un dilemme qui continue à la torturer jusqu’à présent : elle n’était pas favorable au Brexit mais, nommée à ses nouvelles fonctions, elle ne pouvait faire autrement qu’appliquer la décision du peuple britannique. Dès qu’elle s’est plongée dans le dossier, elle en a vu tous les écueils et s’est donc orientée vers un vaste accord de libre-échange avec l’Union européenne pour préserver les positions commerciales du Royaume-Uni. Cependant, elle refuse la libre circulation des personnes, règle d’or européenne, et souhaite conserver ses services financiers. Tout le monde s’est employé alors à démontrer la faiblesse de ses propositions : les ministres démissionnaires parce qu’ils exigent la rupture complète des amarres avec l’Europe, la commission de Bruxelles parce qu’elle ne veut pas que les Britanniques aient le beurre et l’argent du beurre,  les Irlandais du nord qui craignent la fermeture de la frontière avec la république irlandaise, ce qui serait une catastrophe commerciale, susceptible de relancer la guerre civile qui a ravagé l’Ulster pendant des décennies, les Écossais qui, eux, ne veulent pas du Brexit et qui, s’ils veulent y rester, doivent déclarer leur indépendance et faire exploser l’unité du royaume.

Un gouvernement divisé.

Or Mme May dirige un gouvernement divisé entre brexiters et anti-brexiters. Sa majorité à la chambre des communes ne tient qu’à une coalition avec un petit parti très à droite qui ne demande qu’à jouer les empêcheurs de tourner en rond. Les Tories risquent bel et bien d’être battus si Theresa May annonce des élections anticipées. Dirigés par l’impénétrable Jeremy Corbyn, qui n’est pas à proprement parler favorable au maintien du royaume dans l’Union, les travaillistes, pour leur part, n’ont pas une idée claire de ce qu’ils feraient au pouvoir. Récemment, une énorme manifestation anti-Brexit a eu lieu à Londres. D’aucuns se demandent s’il n’est pas possible de procéder à un nouveau référendum. Mais Mme May, par honnêteté et respect du suffrage universel, refuse cette option.

La voilà donc qui est menacée par le démantèlement de la Grande-Bretagne, par une nouvelle crise irlandaise, par la certitude que son plan, de toute façon, mécontentera la moitié de son peuple, par une chute de la livre, par un ralentissement sérieux de la croissance, alors même que le Brexit n’est pas encore en place, et par les déclarations de Donald Trump, qui est arrivé à Londres aujourd’hui et dont le premier propos a consisté à assassiner le plan de la Première ministre. Or la démission de Davis et de Johnson montre que le plan de Mme May est le maximum que les Britanniques puissent faire pour éviter les conséquences les plus néfastes du Brexit. Tandis que les anti-brexiters ne cessent de crier que le pays va dans la gueule du loup, Boris Johnson continue à dire que la sortie de l’Europe conduira le pays au paradis. Pur mensonge, bien sûr, mais son objectif n’est pas idéologique ou économique : il s’agit pour lui de prendre la place de Mme May.

Le malheur britannique.

Toutes les solutions à la crise invraisemblable que les Britanniques se sont infligée à eux-mêmes sont du type cataclysmique : si Mme May se ravise et décide de ne pas sortir de l’Union, il s’en suivra une crise politique capable de déboucher sur l’effondrement institutionnel du pays ; si elle fait trop de concessions, par exemple sur la circulation des personnes, elle devra démissionner et l’accord conclu avec Bruxelles sera dénoncé par ses successeurs ; si elle durcit ses positions, il n’y aura pas d’accord, incertitude presque mortelle pour l’économie britannique ; si elle peut garder l’espoir de préserver son économie en faisant du Royaume-Uni une zone de liberté commerciale et financière absolue, un peu comme Singapour, c’est l’Europe qui paiera les pots cassés. Car nous n’avons aucune raison de nous réjouir du malheur britannique, et j’emploie ce mot à dessein. La perte de la Grande-Bretagne sera, pour l’Union, une très mauvaise nouvelle. Comment le grand peuple britannique a-t-il pu se lancer dans une telle mésaventure et nous y entraîner restera à mes yeux un mystère.  Qui pose le problème de la compétence de l’électeur. Le dossier anglais est d’une complexité inouïe à laquelle la plupart des gens ne comprennent rien. La question, en effet, portait sur le sort d’un pays associé à l’Europe par une multitude de liens tissés pendant 45 ans. Des liens si touffus et enchevêtrés qu’il est peut-être impossible de les rompre. Les Britanniques pouvaient-ils vraiment voter en connaissance de cause ?

RICHARD LISCIA

 

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Quel homme, ce Trump !

Brigitte et Melania
(Photo AFP)

Donald Trump était à Bruxelles pour un sommet de l’Otan. De sa prestation, on pouvait redouter le pire. On l’a eu.

DANS une déclaration filmée, le président des États-Unis s’est lancé dans une algarade contre l’Allemagne, accusée d’acheter du gaz russe au lieu de se servir chez les Américains. Après quoi, il a assuré publiquement que ses relations avec Angela Merkel étaient excellentes. La chancelière lui a répondu du tac au tac, mais avec élégance. Elle a rappelé qu’elle était née dans cette partie de l’Allemagne qui se trouvait sous le joug de l’URSS  et qu’elle est aujourd’hui contente de diriger une Allemagne assez indépendante pour importer du gaz du pays qui lui convient. A l’époque où a été prise la décision de doubler le gazoduc russo-allemand, l’Amérique n’était pas encore exportatrice de carburants.

Démanteler l’Union.

Dans la foulée, le remarquable Trump a exigé des Européens qu’ils doublent, à 4 % du PIB, leur budget de la défense. Et pourquoi pas 10 % ? Tout cela ne semble pas très sérieux à quiconque a encore un peu de jugeotte, mais qu’à cela ne tienne. Il y a assez d’observateurs superbement informés pour nous décrire en long et en large la « cohérence » de la diplomatie trumpienne. C’est le même Trump en effet qui, après avoir signé l’accord du G7, l’a dénoncé une fois qu’il était à bord d’Air Force One. C’est le même qui estime que l’Europe est « plus dangereuse » que la Chine. C’est le même qui préfère  Poutine aux Européens. C’est le même qui, bousculant toutes les affinités politiques, idéologiques et éthiques qui liaient  les États-Unis à l’Europe d’une manière que l’on croyait irréversible, désigne l’Union européenne comme un « complot » contre les intérêts américains. Qu’Emmanuel Macron, dans ce contexte, continue d’avoir des relations amicales avec Trump, qu’ils continuent à échanger sourires et poignées de main viriles, un peu comme si, en Europe, il y avait de bons et de mauvais leaders, ce qui n’est pas favorable à l’unité du continent, ne changera rien à l’affaire. Trump a effectivement, avec Poutine, un projet, celui de démanteler l’UE et d’en finir avec une construction qu’il juge artificielle, factice, et menaçante pour le statut de superpuissance de son propre pays.

Les limites du cynisme.

À cet exercice original, il y a des limites. Vous pouvez, sur le papier, transformer vos adversaires en amis, il y aura toujours un moment où vous vous heurtez à leur inimitié. Trump dit qu’il se moque bien de ce que Poutine ait annexé l’Ukraine et qu’il ait fini par imposer en Syrie une paix destructrice qui n’a été obtenue que sur un amas de cadavres et de gravats. Il est bien obligé de protéger les Kurdes dans le nord syrien et ne peut pas soutenir l’érosion de l’Ukraine par le « soulèvement » du Donbass organisé par l’armée russe. On est même en droit de se demander si Trump ne tente pas de se rapprocher de Moscou parce que les Russes ont des informations explosives sur les conditions de son élection. La vérité, la voici : le cynisme, le mensonge, l’indifférence au sort de l’humanité ne font jamais une politique. Tôt ou tard,  un potentat est appelé à disparaître, tôt ou tard, la roue tourne et les Poutine, Erdogan, Xi Jinping finiront par disparaître. On ne construit rien de durable avec des dictatures. De la même manière, Trump a trouvé en Kim Jong Un un partenaire sérieux, qui dirige la Corée du Nord avec « fermeté » (délicat euphémisme) et avec qui on peut passer des deals. Il n’empêche que l’encre de l’accord entre les États-Unis et la Corée du Nord était à peine sèche que le secrétaire d’État, Mike Pompeo, était contraint de retourner à Pyong Yang pour réclamer que la dénucléarisation du pays le plus fermé du monde soit effectivement amorcée.

Remodeler le monde.

Trump croit, avec sa business diplomacy, qu’il va remodeler le monde. Il serait naïf de ne pas voir qu’il a des alliés partout, en Europe et ailleurs, les populistes, les démagogues, les néo-fascistes, toutes personnes qui lui ressemblent. Mais il reste plus dans le verbe que dans l’acte. L’Otan, par exemple, existe et se porte bien. On a pensé, après la chute du mur et la « fin de l’histoire », que l’Organisation atlantique n’avait plus de raison d’être. Alors voilà : celui qui donne à l’Otan tout son intérêt, c’est Poutine. Ce qui va accélérer la refondation de l’Union européenne, c’est Trump. C’est le principe de la réaction immunitaire : vous êtes infecté et malade, votre organisme réagit contre le mal. Il va falloir construire une défense européenne avec la force atomique combinée de la Grande-Bretagne et de la France et avec une armée commune du continent. Il va falloir réagir au protectionnisme par des représailles commerciales. Il va falloir que les Européens comprennent, Mme Merkel en tête, que le parapluie américain, c’est fini.

RICHARD LISCIA

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Le foot unitaire

Liesse nationale
(Photo AFP)

Le football, quand il produit des succès, est un facteur d’unité nationale alors que la politique n’apporte au pays que des divisions irréductibles. On en a encore trouvé la preuve lors de cette demi-finale de la coupe du monde que l’équipe de France a remportée hier avec panache.

LE FOOT acquiert, cette fois-ci comme dans de précédentes circonstances, une grâce particulière qui confine à l’art. Cette histoire, où il s’agit d’envoyer un ballon au fond d’un but, déclenche, comme aux échecs, une multitude de réflexes, de difficultés angoissantes et de miracles. Que la France gagne un match, et voilà le peuple transfiguré de joie, mué en une foule compacte qui envahit les villes et que meuvent le même soulagement, le même bonheur, le même enthousiasme à fois gratuit et éphémère, qui n’en est pas moins le meilleur remède aux maux sociaux. Il ne faut jamais oublier le football. C’est un sport collectif, qui n’a peut-être pas la grâce et l’élégance du tennis, mais qui galvanise le peuple comme aucun autre sport.

Une équipe qui n’a pas démérité.

La France est en finale et elle y est arrivée avec une crédibilité qu’elle n’a pas eue depuis vingt ans. Tout est possible aujourd’hui, y compris la défaite, mais parvenue à ce point, elle pourra dire, même si elle est battue dimanche prochain, qu’elle n’a pas démérité. Cela vient principalement de la cohésion de son équipe, de son abnégation, de sa détermination à ne pas jouer perso, à ne songer qu’au résultat, à ne jamais croire qu’elle a vraiment gagné tant qu’elle n’est pas parvenue au dernier but victorieux. L’équipe de cette année remplit  ces conditions, ce qu’il faut attribuer au mérite de son coach, Didier Deschamps. Cet homme nous a donné une leçon universelle : pour cette course de haies où on trouve des haies jusqu’à l’objectif ultime, il faut que chaque joueur puise des ressources, dans la force physique bien sûr, mais aussi dans la patience, l’humilité,  comme la passe indispensable à celui qui marquera le but, dans le sens du labeur en commun.

La chance aussi.

Voilà pourquoi le foot incendie les coeurs comme aucun autre sport et pourquoi il lui arrive de dominer une actualité pourtant riche en événements graves et complexes. Il devient une discipline exemplaire dont feraient mieux de s’inspirer ceux qui nous gouvernent. On ne fait bien que ce que l’on fait ensemble avec un minimum de consensus sur la méthode, l’organisation et le partage des compétences. Il nous est arrivé d’oublier cette somme de principes indispensable à la victoire et tant que nous n’avons pas mis au point la chronologie des idées et des actes, nous avons perdu. Nous avons excessivement célébré notre triomphe de 1998, puisqu’il a été suivi de quelques honteuses défaites. Mais M. Deschamps a su réunir cette année tous les ingrédients sans lesquels nous ne pouvons prétendre à aucune suprématie. La France a battu la Belgique qui, elle-même, est une très grande équipe. Elle a montré son talent, elle aurait pu gagner. C’est un sport d’où la part de chance n’est jamais absente et c’est pourquoi on ne parvient  pas au dernier match sans un minimum de chance.

Il reste une réflexion qui me semble essentielle. Autant le succès sportif nous réunit, autant il est éphémère. Il y a vingt ans, souvenez-vous de l’enthousiasme avec lequel nous avons érigé en mythe le concept de France black-blanc-beur. Il n’a résisté ni aux défaites suivantes ni au communautarisme, ni à la xénophobie croissante. Jean-Marie Le Pen avait exprimé des doutes sur la nature de l’équipe nationale, il a dû s’en repentir en 1998. Aujourd’hui voilà que revient en force la France multicolore, avec son médicament princeps qui apaise la société française et, au moins pour quelque temps, ridiculise les xénophobes et les racistes. Certes, une victoire en finale n’empêchera pas les peurs, l’intolérance, la haine de ressurgir. En tout cas, Emmanuel Macron n’a pas eu tort de prendre l’avion pour Saint-Pétersbourg.

RICHARD LISCIA

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Macron s’assagit

Un discours d’une heure et demie
(Photo AFP)

Comme tout est polémique, on ne distingue plus le bon grain de l’ivraie. Il y avait, dans le (long) discours du président de la République devant les deux chambres réunies en congrès à Versailles plusieurs éléments intéressants à retenir.

D’EMBLÉE, on a pu noter d’ailleurs que la polémique sur la « convocation » des parlementaires par le chef de l’État n’a pas lieu d’être. C’est Nicolas Sarkozy qui a institué ce rendez-vous annuel en se fondant sur un argument important, à savoir qu’il était anormal qu’un chef d’État ne pût s’adresser directement aux élus. Ceux de LR qui ont refusé de se rendre à Versailles se sont plus opposés à M. Sarkozy qu’ils ne se sont dressés contre M. Macron. Quant à la France insoumise, qui s’est fait porter pâle, elle s’est appuyée sur le fait qu’elle préconise l’instauration d’une VIè République et que, par conséquent, elle ne saurait obéir à des dispositions constitutionnelles qu’elle renie. Autrement dit, elle a préféré le rêve à la réalité, avec une logique si puissante qu’on est en droit de se demander si LFI pourra jamais nous gouverner, ce qu’à Dieu ne plaise. Le président a néanmoins calmé le jeu en informant son audience qu’il a allait introduire un amendement permettant le dialogue entre lui et les élus. Ils pourront le critiquer, il pourra leur répondre. C’est l’extension du domaine de la lutte.

Un cap est franchi.

Mais il a fait amende honorable. Il a reconnu « avec humilité » qu’il n’avait « pas tout réussi ». De la part de Jupiter, c’est inattendu. Est-ce que l’opposition, sous toutes ses formes, ne pouvait pas, ne devait pas reconnaître, que le chef de l’État a franchi un cap hier et a décidé, face au mécontentement populaire, de policer quelque peu sa communication et de ralentir le rythme de ses réformes ? D’autant qu’il a expliqué ce qui l’anime. Il ne distingue pas l’économique du social et permettez-moi de vous dire que, sur ce plan, il a raison. Pour réduire les inégalités, mais sans y parvenir, nous avons distribué des tombereaux d’argent. On ne lutte pas contre le chômage et la pauvreté par des dons mais en créant les conditions pour qu’un emploi soit plus facile à conquérir. D’où l’énorme malentendu entre le président et le peuple, dont les composantes ne sont pas nécessairement spécialisées dans les sciences sociales, et qui, quand il se sent oublié, réclame des gestes financiers aux pouvoirs publics. Lesquels, s’ils cèdent, entrent aussitôt dans une spirale de la dépense dont l’expérience a montré que le pays ne sort jamais.

Assurément, le président aurait pu se dispenser de cette mise au point générale sur ses intentions et ses actions s’il avait évité de multiplier les erreurs de communication et de jugement. Ce qui a créé une tension presque insoutenable, c’est qu’il semblait rigide, insensible aux appels, au besoin de soulagement que réclament nos concitoyens les moins favorisés. Il a admis que sa trajectoire a dérapé, mais il ne renonce pas à une philosophie qui, dans l’économie de marché, doit guider l’action de son gouvernement. On le juge parfois si intelligent qu’on ne comprenait pas bien pourquoi il se livre souvent à des provocations, comme « le meilleur moyen de se payer un costume, c’est de travailler », remarque insolente qui rappelle Marie-Antoinette.  Eh bien, il apparaît que ce président qui semble tout savoir, est, comme d’autres, capable de se tromper ou de céder à l’hubris. Cela ne fait de lui ni un monstre ni un incompétent. Beaucoup de ses initiatives ont choqué, on veut espérer qu’il va les corriger.

Une nécessité historique.

Le discours devant le congrès aura-t-il convaincu l’opinion, sa cote de popularité va-t-elle remonter ? Je ne le crois pas du tout, d’autant que le pays a la tête ailleurs qu’en politique, et ne s’intéresse ces jours-ci qu’à la coupe du monde de football. À n’en pas douter, la cote du président et du Premier ministre est en train de chuter lourdement. Ce qui ne veut pas dire pour autant que le mandat de M. Macron sera raccourci ou que les forces vives de la nation vont lui tenir la dragée haute. Observez bien le tableau : l’extrême gauche refuse de participer au congrès de Versailles au nom d’une constitution « idéale » qui n’existe pas ; la droite représentée par Laurent Wauquiez ne sait même plus reconnaître  ce qu’il peut y avoir de positif dans un discours et s’enferme dans une opposition systématique, apportant des réponses préfabriquées ; le Rassemblement national est en perte de vitesse. J’ai eu l’occasion d’écrire que Macron tire sa force de la faiblesse des diverses oppositions, de droite ou de gauche. Et, encore une fois, peu importe qu’il soit impopulaire.  Ce qui compte, ce n’est sûrement pas l’adoration du totem, c’est la nécessité historique, pour le pays, de « transformer » ses structures de production, la répartition de ses richesses, la formation, l’apprentissage, le renforcement de l’Union européenne, et de garder l’inébranlable méthode qui fait de l’éthique l’instrument de la réforme.

RICHARD LISCIA

 

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Le Front, l’argent et la justice

MLP dans la tourmente
(Photo AFP)

Dans une décision qui remonte au 28 juin, les juges du parquet financier français ont décidé la « saisie pénale d’une somme destinée au Front national au titre de l’aide publique apportée au parti ». Le FN, désormais RN (Rassemblement national) est en effet poursuivi pour avoir payé les assistants des députés européens avec des fonds prévus pour le fonctionnement du parti en France et non au parlement de Strasbourg.

LES JUGES financiers estiment que le RN risque de n’avoir pas l’argent nécessaire pour payer les sommes auxquelles il devrait être condamné. Marine Le Pen, comme on pouvait s’y attendre, a réagi avec une virulence qui ne surprend personne. « Les juges, a-t-elle déclaré, nous appliquent la peine de mort à titre conservatoire ». On peut douter de ce que la décision judiciaire ait pour intention ou pour effet de « tuer » le parti de Mme Le Pen. En tout cas, elle a fait appel, mais cet appel n’est pas suspensif et, effectivement, compte tenu des difficultés financières qu’elle ne cesse de rencontrer dans la gestion du RN, notamment parce que les banques refusent de lui faire crédit, elle pourrait être obligée d’arrêter quelques-unes de ses activités. Il ne semble pas que le parquet ait envisagé cette issue.

Une erreur du parquet ?

Mais il ne devrait pas ignorer les conséquences politiques de son geste. Même si Mme Le Pen excelle dans sa propre victimisation, autre moyen de rallier ses troupes autour d’elle et de déclencher la colère de ses électeurs, aucun juge ne devrait interférer dans la vie politique nationale. Or le risque existe d’un affaiblissement du RN qui, déjà et pour diverses raisons, en particulier sa lourde défaite à la présidentielle de 2017 et le leadership contesté de Mme Le Pen, ne va pas fort. Mais la France ne se débarrassera pas du Rassemblement national par le biais de la justice. C’est un parti solide, qui a été présent au second tour de la présidentielle et pour qui un tiers des Français ont voté. C’est pourquoi même les formations politiques qui n’ont aucune sympathie pour le RN ont dénoncé, pour la plupart, la démarche des juges, dans laquelle ils ont vu une atteinte au fonctionnement de la démocratie. Le parquet financier a adopté une mesure conservatoire alors que le RN est présumé innocent tant qu’il n’a pas été condamné. Il est inadmissible que la vie du parti soit menacée par une décision qui anticipe le jugement, celui qui sera prononcé par un juge différent. Nul doute que les électeurs du RN vont prendre fait et cause pour leur parti. De leur côté, les juges seront soupçonnés, à tort ou à raison, par une partie de l’opinion, d’avoir eu des arrière-pensées.

Sur la « probité » du RN.

Les deux millions d’euros en question représentent moins de la moitié de la somme (4,5 millions) à laquelle le RN a droit en 2018, conformément à ses résultats aux législatives. Mme Le Pen peut certes crier au « coup de force sans base légale », elle ne peut plus nier que le RN, parti censé renouveler les méthodes politiques et avoir les mains propres, est au moins aussi corrompu que d’autres partis. Non seulement de l’argent public a été détourné, mais il est question de quelques dépenses somptuaires ou d’agapes qui semblent démontrer que Mme Le Pen et ses amis ne sont pas vêtus de lin blanc et de probité candide. Elle veut à tout prix, aujourd’hui, un peu sous l’emprise de la panique, prouver que la justice participe à un complot politique contre son parti, mais si le RN, naguère le FN, avait observé quelques règles élémentaires de financement, il ne serait pas aujourd’hui dans la tourmente.

RICHARD LISCIA

 

 

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Lanzmann et la vérité

Une vie riche
(Photo AFP)

La mort de Claude Lanzmann, à 92 ans, met un terme à l’une des vies les plus riches et utiles qu’un homme pût avoir. En se lançant avec une force inouïe dans des combats terribles et contradictoires, il s’est chaque fois métamorphosé pour mieux fasciner ses contemporains.

C’ÉTAIT il y a plus de 30 ans. Dans une salle de rédaction, je travaillais aux côtés de l’écrivain Jacques Lanzmann. Il nous a annoncé une nouvelle qu’il considérait comme énorme, à savoir que son frère, Claude, allait diffuser un film extraordinaire, unique, sans précédent, sur les camps nazis. Comme nous l’interrogions sur le film, il nous répondit qu’il durait au moins neuf heures et qu’il fallait, séance tenante, monter un dossier à la mesure de l’événement. Ses propos furent accueillis avec scepticisme, en partie parce que, à l’époque, les Français avaient oublié les horreurs de la Seconde guerre mondiale et en partie parce qu’une paresse coupable ne nous encourageait pas à visionner un film aussi long. Jacques Lanzmann exprima sa colère devant notre indifférence et, aussi incroyable que cela puisse paraître a posteriori, la conversation se déplaça vers d’autres sujets.

La force de l’émotion.

Bien entendu, nous avons mesuré quelques jours plus tard l’importance du film que, par bêtise, inconscience ou faute professionnelle nous n’avions pas flairée. Nous avions attribué à la solidarité familiale l’enthousiasme de Jacques, lui-même écrivain célèbre et adulé par le public. Ce que nous n’avions pas compris, peut-être, c’est la force créatrice que l’émotion peut conférer à un artiste. Claude Lanzmann n’était pas préparé aux fonctions d’historien hors pair, de cinéaste majeur, et d’artiste incomparable. Juif et athée, il entra dans la résistance, celle qui s’est battue les armes à la main contre l’armée allemande d’occupation alors qu’il n’avait pas encore 18 ans. La paix revenue, il entra aux « Temps modernes » de Jean-Paul Sartre, dont il devint le secrétaire particulier. Ce qui lui permit de travailler avec Simone de Beauvoir avec laquelle il eut une liaison passionnée.

Shoah, mot hébraïque.

Si son appartenance précoce au parti communiste français explique son engagement dans la résistance, rien ne laissait prévoir qu’il allait soudainement se passionner pour l’holocauste, pour le monde juif et pour Israël. Il n’avait aucun document pour faire son film, aucune image, aucune trace des atrocités (que les nazis s’employèrent à effacer avec minutie, tant ils savaient que, aux yeux de leurs ennemis, ils seraient considérés comme de grands criminels). Et c’est alors que, par la nécessité même où le plongeait le dénuement, il adopta un principe qui a fait le succès du film. Loin de reconstituer la mise à mort des victimes, il s’est employé, au cours d’une quête qui a duré une quinzaine d’années et l’a conduit à produire 225 heures de pellicule, à faire parler les survivants, bourreaux compris. Le résultat est implacable pour les négationnistes et les révisionnistes. En trouvant dans l’hébreu le beau nom de Shoah, il a assuré l’identification d’une oeuvre immense qui est la convergence du reportage, de la création minutieuse et parfaite et de la révélation d’une accablante vérité : le degré d’inhumanité que l’humanité peut atteindre.

On dit, ici et là, que Claude Lanzmann n’a jamais été commode. Comme si, par rapport à ses qualités de cinéaste et d’écrivain (notamment le splendide « Lièvre de Patagonie »), son mauvais caractère avait la moindre importance. Un caractère sans lequel il ne se serait pas battu contre les Allemands et n’aurait pas produit l’oeuvre la plus étrange, la plus convaincante, la plus foisonnante et somptueuse, la plus utile du XXè siècle. Dans les débats à la radio ou à la télévision, il était redouté par ses contradicteurs car son dernier argument reposait sur leur disqualification : « Avec vous, c’est toujours comme ça ». Même dans ses excès, il avait raison. À quoi bon concourir au dénigrement du judaïsme et d’Israël quand il y a tant de gens pour le faire ?

RICHARD LISCIA

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Retraites, pomme de discorde

Un projet complexe
(Photo AFP)

Après un an de réformes à tout-va, le gouvernement semble vouloir faire une pause. Il a, par exemple, repoussé à septembre les annonces relatives à la réforme de la sécurité sociale. Pour celle des retraites, il a principalement lancé l’idée d’une suppression de la pension de réversion, qu’il a rapidement corrigée, tant les critiques étaient acerbes.

QUE LE président se donne le temps de respirer et permette à ses administrés de souffler un peu ne peut être qu’une bonne chose. Le rythme de l’activité gouvernementale et parlementaire devenait exténuant. M. Macron peut d’ailleurs se targuer d’avoir, en un an,  bouleversé le paysage administratif français. De nombreuses lois ont été adoptées, moralisation de la vie publique, loi anti-terroriste, droit du travail, suppression de l’ISF, réforme contre les violences sexuelles, loi asile-immigration, apprentissage et formation professionnelle, logement, assurance-chômage, enseignement à l’école primaire, et la liste n’est pas exhaustive. Qu’il réponde aux cris de douleur poussés par les députés face à une tâche accablante et conduite frénétiquement ne peut que satisfaire tout le monde.

L’acharnement contre les retraités.

Mais le chantier commence à peine. Lundi, le président s’adressera au congrès réuni à Versailles dans une atmosphère marquée par la défiance de ceux des députés et sénateurs qui n’ont pas envie de l’entendre et sont hostiles à ses réformes, notamment la révision de la constitution, qui irrite la droite et la gauche à la fois : la réduction du nombre de parlementaires entraîne des choix dont aucun élu ne veut être la victime. La réforme des retraites ne sera amorcée que l’année prochaine, mais elle va donner lieu à une passe d’armes particulièrement violente. En effet, non seulement le gouvernement a posé une question sacrilège, celle de la pension de réversion, dont il a suggéré, du bout des lèvres, la suppression ou la réduction,mais il est tenté, dans le cadre de l’unification des régimes, de mettre la main sur les excédents des caisses de retraite. Les régimes du privé, conscients depuis plusieurs années que la démographie ne jouait pas en faveur de l’équilibre de leurs comptes, ont amassé des réserves estimées à 165 milliards d’euros, dont 70 pour la seule caisse des cadres du privé, Agirc-Arrco. Personne ne dit que ce sont les retraités qui ont payé pour emplir cette tirelire, eux dont les pensions sont gelées depuis cinq ans alors que la hausse de la CSG leur a été appliquée sans compensation.

Une difficulté de plus.

Emmanuel Macron a décidé de ne pas différer l’âge de départ à la retraite, un peu comme si, à une réforme d’une complexité extrême, il avait voulu ajouter une difficulté de plus à résoudre. Tous les pays européens ont été contraints de prolonger les carrières professionnelles. La longévité et la qualité de vie du troisième âge autorisaient cette révolution, pendant que le chômage réduisait les recettes des caisses. Le gouvernement s’oriente vers une retraite à points, estimant qu’un euro versé doit donner droit à un euro de pension. Mais ce principe entraîne un bouleversement historique car, à ce jour, la retraite à points n’existe que pour les pensions complémentaires, non pour la retraite de base, qui est financée par les cotisations des actifs pour le compte des pensionnés. Dans le cas d’une retraite à points appliquée à tous, les actifs paient pour eux-mêmes.

L’idée d’un payeur unique, en l’occurrence l’État, est à la fois séduisante et dangereuse. L’unification du système passerait en effet par la création d’un fonds national assez substantiel pour diminuer la dette publique, mais qui ne verrait le jour que si l’on dépouillai de leur cagnotte les professions du secteur privé. Or celles-ci, qui ont cotisé pour leur régime, deviendraient dépendantes du bon vouloir des pouvoirs publics, dont chacun sait qu’en période de vaches maigres ils sont capables de réduire les prestations, comme cela s’est vu pour l’assurance-maladie (dont la couverture, souvent très insuffisante doit être complétée par une mutuelle), et pour les collectivités locales, soumises au régime de l’eau et du pain sec.  Nul doute que cette réforme va soulever un vent de révolte au seul énoncé des principes adoptés par le gouvernement. Et que, si des dispositions ont été prises pour calmer le jeu en été, la bataille des réformes recommencera dès septembre.

RICHARD LISCIA

 

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Sur l’émeute de Nantes

Un centre médical dévasté
(Photo AFP)

A Nantes hier soir, dans le quartier dit « sensible » de Breil, un jeune homme de 22 ans, arrêté par la police pour un contrôle d’identité, a tenté de s’échapper en blessant un policier et a été abattu. Il s’en est suivi une série d’attaques au cocktail Molotov contre un centre commercial qui abritait un centre médical, lequel a été dévasté.

LES émeutes se sont ensuite propagées aux quartiers des Desvallières et de Malakoff. Le calme est revenu après minuit. Ces incidents graves répondent désormais à un enchaînement classique : les policiers affirment avoir agi en légitime défense quand le jeune homme, par sa manoeuvre, a blessé l’un des leurs. Les émeutiers, comme de coutume, et sans tenter d’en savoir plus sur l’affaire, s’en sont pris alors à tout ce qui leur tombait sous la main. Toujours en vertu du même scénario, les partis politiques se sont crus obligés de prendre position sur la question, soit en soulignant la fatigue extrême des forces de l’ordre, soit en stigmatisant les conditions de vie dans les cités, soit en dénonçant la violence policière, soit en prenant parti pour les émeutiers. On peut aussi dire, pourquoi pas, que la chaleur qui règne en France depuis plus d’une semaine est une explication.

Un délit.

Il demeure que ne pas se soumettre à un contrôle de police constitue un délit sérieux. Le jeune homme, qui est mort en arrivant à l’hôpital, avait de bonnes raisons de ne pas sortir de son véhicule : il s’agit d’un repris de justice. Bien entendu, il n’est pas question, ici, d’offrir une version des faits qui ne pourra être corroborée que par les enquêteurs. Bien entendu, il eût été préférable de ne pas utiliser une arme à feu, quitte à rechercher plus tard celui qui a cru bon de se soustraire à la loi. La seule question porte sur la responsabilité individuelle et sur le cycle de violence qu’impliquent les délits passés d’un homme, situé de facto hors la loi. Pour éviter une émeute, on ne peut pas à la fois exiger que la population soit protégée contre le banditisme et laisser un homme faire usage de la force. La réaction des casseurs et incendiaires qui ont dévasté quelques quartiers est pour le moins disproportionnée. La confrontation entre délinquants et policiers est l’éternel prétexte des mises à sac des cités.

21 millions d’heures non payées.

Les moyens d’empêcher qu’un incident dégénère sont structurels. Un rapport parlementaire vient d’indiquer l’état de fatigue alarmant des forces de l’ordre, contraintes d’effectuer plusieurs missions nationales à la fois. Non seulement le matériel et les locaux sont souvent dans un état proche de la déliquescence, mais l’Etat doit aux policiers plus de 21 millions d’heures supplémentaires qui n’ont pas été payées. Pis encore, le taux de suicides chez les policiers et gendarmes est le double du taux dans la population générale. Ajoutez à cela les banlieues qui, quoi qu’il arrive, accusent toujours les forces de l’ordre, les trafics de drogue et les quartiers de non-droit, et vous avez tous les ingrédients d’un dérapage. Avant d’envoyer les enquêteurs aux policiers impliqués dans ce drame, il faudrait qu’on  traite leur métier avec respect, qu’on crée de bonnes conditions d’exercice et qu’on leur paie ce qu’on leur doit.

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