Le calvaire de Fillon

Un moment désagréable
(Photo AFP¨)

Comme on pouvait s’y attendre, François Fillon, invité de l’Emission politique sur France 2, a moins exposé son programme qu’il ne s’est défendu contre des accusations et des jugements portés par des interlocuteurs particulièrement hostiles.

LE CANDIDAT de la droite et du centre aurait dû comprendre depuis plusieurs semaines qu’il serait pratiquement empêché de faire campagne et que ses propositions seraient constamment étouffées par des questions incessantes sur ses déboires judiciaires. L’émission de France 2 était importante pour lui parce que, au lieu d’être confronté à des concurrents, il était le seul à s’exprimer et pouvait donc, théoriquement, orienter le débat dans un sens qui lui fût favorable. Sauf que ce n’est pas vrai, car les questionneurs choisis par les organisateurs, de l’écrivaine Christine Angot à l’ancienne ministre socialiste Aurélie Filipetti, étaient remontés contre lui comme des manivelles. Il a donc été contraint tantôt de s’excuser pour les costumes (qu’il a rendus), tantôt de se fâcher, tantôt de nier ce que la justice lui reproche. On serait médusé par la violence verbale des « agresseurs » si on ne savait que M. Fillon s’est lui-même mis dans la nasse.

Une mauvaise défense.

Le problème, pour lui, va s’aggravant, parce qu’à l’inconfort du mis en examen s’ajoute une défense très mal construite et très contradictoire. Quand il continue à dire qu’il est victime d’un scandale d’État, il dramatise la situation de manière tout à fait artificielle. Même si le « cabinet noir » de l’Elysée existe, M. Fillon ne pourra jamais le prouver. Il a donc donné l’occasion à François Hollande de démentir immédiatement. Personne ne sort grandi de ce débat sulfureux, pas plus M. Fillon que ses interlocuteurs et que le chef de l’État, dont on apprend qu’il réagit au quart de tour et ne semble manquer, le soir, aucune émission qui l’intéresse. François Hollande n’aurait pas dû réagir personnellement et aurait dû laisser ses services répondre à M. Fillon. Le président a encore récidivé ce matin en prononçant une déclaration tout aussi sévère pour M. Fillon à France Bleue. Cet acharnement contre le candidat de la droite et du centre est suspect : on se demande si M. Hollande ne craint pas que les propos accusateurs de M. Fillon fassent boule de neige. C’est comme si le président brûlait de participer aux débats de la campagne et qu’il regrettait de ne pas être candidat lui-même.

« Le Canard », cet ami.

M. Fillon, pour étayer son propos, se réclame d’un ouvrage qui n’est pas encore paru mais dont il a lu les bonnes feuilles : « Police : les secrets inavouables d’un quinquennat » affirme que M. Hollande lit toutes les renseignements apportés par ses services et toutes les écoutes judiciaires, ce qui, dit M. Fillon, est illégal. L’un des deux auteurs du livre, Didier Hassoux, est journaliste au « Canard », le même « Canard » dont M. Fillon ne cesse de dénoncer les articles qu’il publie sur lui mais dont il fait maintenant son allié objectif. Bien sûr, M. Hassoux a démenti sans réserves la notion de cabinet noir. Et le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, rappelle que M. Fillon a voté contre toutes les mesures favorisant l’indépendance de la justice. Autrement dit, quand on s’enfonce dans un noeud de vipères, on risque d’être empoisonné. M. Fillon exige qu’une enquête soit lancée à la suite de la parution de l’ouvrage, mais il ne semble pas comprendre que, même si des juges finissaient par traîner M. Hollande en justice (après son quinquennat), il ne serait pas pour autant lavé des soupçons qui pèsent sur lui et que seule la justice peut lever.
Ainsi se déroule une campagne qui se rapproche de son terme, ne ressemble à aucune autre, ne dessine aucune victoire, apporte peu d’éléments sur les intentions des candidats, et devient chaque jour un peu plus hystérique, non pas seulement parce que les partis politiques cèdent à la panique mais parce que, dans le débat, même les questions sont empoisonnées. Quarante pour cent des électeurs n’ont pas encore décidé pour qui ils vont voter. C’est énorme et cela veut dire que n’importe quoi peut arriver.

RICHARD LISCIA

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Terrorisme low cost

Le recueillement des parlementaires
(Photo AFP)

Le première réflexion induite par l’attentat de Londres, qui a fait trois morts et une quarantaine de blessés, porte sur le mal infini qu’un homme seul mais déterminé peut faire à l’ensemble d’une population.

LE BILAN de l’attentat est d’ailleurs, comme tous les autres, difficilement quantifiable. Le traumatisme infligé aux Britanniques, comme à tous les peuples qui ont eu à subir les assauts du terrorisme, va bien au-delà du nombre des morts et des blessés. À l’heure du Brexit, les gouvernements européens, notamment celui de la France, ont exprimé leur solidarité, preuve que ce qui nous unit, c’est-à-dire notre choix de vie, est de loin supérieur à nos différences et nous apporte le seul vrai rempart contre la barbarie : la coopération sécuritaire que la séparation du Royaume-Uni avec l’Union européenne n’entamera pas. Allemands, Belges, Espagnols, Italiens ou Français, nous avons tous subi les immondes attaques de terroristes spécialisés dans l’agression contre les civils, les femmes et les enfants. Ils n’ont certes jamais relâché leur pression, mais chacun de leurs crimes renforce notre solidarité, notre détermination à résister, à les pourchasser et à les combattre avec les armes de la démocratie.

La question du communautarisme.

Entre les sociétés française et britannique, il existe une différence considérable, qui concerne le traitement de la laïcité. Nous faisons de celle-ci, pour le moment, une interprétation stricte qui tend à réduire le communautarisme. Les Anglais, au contraire, ont laissé aux diverses religions et nationalités la faculté de s’épanouir sans vraiment s’intégrer. La réalité du terrain oblige à dire qu’aucune des deux méthodes n’a éradiqué le terrorisme. S’il est vrai que les sicaires de l’EI ou d’Al Qaïda sont souvent empêchés d’agir grâce à la qualité des services de renseignement, il demeure que, laïcité ou pas, les prêches contre la société occidentale, les appels au meurtre, la référence à une religion qui ne serait respectée que par la culture de la mort continuent à faire des ravages dans les esprits les plus fragiles.

Détruire les officines du crime.

Comme nous, les Anglais doivent donc s’en prendre à ces officines du crime qui bafouent l’hospitalité qui leur est accordée. Le débat sur l’immigration s’arrête quand il faut assurer la sécurité publique. Il n’y a aucun gage, aucune concession, aucune indulgence possibles. Notre salut dépend de notre résistance aux idées et aux campagnes d’épouvante, de notre capacité à prévenir les attentats, ce que souvent nous faisons bien, et enfin de notre volonté d’appliquer aux assassins les règles qu’ils ont inventées plutôt que nos propres méthodes humanistes. Nous ne pouvons pas nous permettre d’accepter le moindre vulnérabilité devant une haine aussi bien partagée, aussi définitive, aussi mortelle.
Il faut aussi que ce nouveau drame rappelle à tous les Européens ce qu’ils ont en commun et qu’ils doivent défendre, quelles que soient leurs difficultés à s’entendre et à s’unir. Voilà au moins une menace qui nous concerne tous, contre laquelle nous ne pouvons qu’être d’accord pour unir nos efforts et nos moyens. Aussi méfiants qu’ils soient à l’égard de la construction européenne, les Britanniques qui, une fois encore, ont dépassé leurs différences internes pour montrer qu’ils font front commun contre le terrorisme, doivent savoir aussi qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils appartiennent à une école de pensée qui sacralise la vie. Face au nihilisme, nos vieux antagonismes, nos sarcasmes nationalistes, nos jugements superficiels sur tel ou tel peuple voisin doivent disparaître. Seule compte la lutte contre le mal absolu.

RICHARD LISCIA

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Les affaires reprennent

La passation de pouvoirs entre Le Roux et Fekl
(Photo AFP)

Le répit aura été court : coup sur coup, le ministre de l’Intérieur démissionne et François Fillon fait face à de nouvelles accusations.

BRUNO LE ROUX, ministre de l’Intérieur jusqu’à ce matin, a quitté des fonctions qu’il n’a occupées que pendant 106 jours. Il est remplacé par Mathias Fekl, jeune énarque à la carrière fulgurante. Ancien président du groupe socialiste à l’Assemblée, M. Leroux est accusé d’avoir payé ses deux filles adolescentes comme assistantes parlementaires, ce qui est toujours légal, mais dans un cas au moins, l’une de ses filles aurait perçu des salaires alors qu’elle était en stage en dehors de Paris. Le parquet national financier (PNF) s’est saisi de l’affaire en moins d’une journée. Sans doute parce que les juges veulent montrer leur impartialité : ils ne font aucune distinction entre les élus, de droite ou de gauche, qu’ils poursuivent. On pourrait dire que cette deuxième affaire d’assistant parlementaire relativise celle de M. Fillon, mais ce n’est pas sûr du tout. Si la carrière de M. Le Roux semble très compromise, l’enjeu n’est pas le même, M. Fillon étant le seul candidat de la droite et du centre à la présidence de la République.

Une accusation d’escroquerie.

Les trois juges chargés de l’affaire Fillon ajoutent un nouveau chef d’accusation aux charges qu’ils ont accumulées contre l’ancien Premier ministre. Ils le soupçonnent maintenant d’avoir créé des faux pour justifier les versements faits à Mme Fillon. Ce soupçon serait né d’une perquisition à l’Assemblée nationale. On ne sait pas si les juges veulent seulement étayer une accusation insuffisante pour confondre le candidat (qui, rappelons-le, fonde sa défense sur la légalité de ses actes) ou s’ils disposent vraiment d’un nouvel atout. Par ailleurs « le Canard enchaîné », encore lui, publie aujourd’hui un article selon lequel la société conseil de François Fillon aurait reçu 50 000 dollars pour avoir mis en contact un milliardaire libanais, le P-DG de Total et Vladimir Poutine.

La chance de Macron.

Il n’y a aucune raison d’être surpris par ces rebondissements : ils étaient inévitables dès lors que M. Fillon a fait le choix définitif de maintenir sa candidature à la présidence de la République. Ils continueront d’empoisonner sa campagne, qui ne va pas fort. Un sondage Elabe pour « L’Express » et BFM-TV, réalisé au lendemain du débat télévisé, montre que Emmanuel Macron arrive en tête à 26 %, devant Marine Le Pen à 24,5 % et François Fillon à 17 %, en baisse de 0,5 %. Selon le même sondage, M. Mélenchon ravit la quatrième place à Benoît Hamon. Force est de constater que le socle de soutiens sur lequel M. Fillon semblait compter commence à s’effriter sérieusement. Sans doute est-il beaucoup trop tard pour que la droite s’en inquiète, mais la stratégie fondée sur l’idée que le « courage » de M. Fillon allait effacer tous les doutes de ses partisans ne semble pas produire des résultats positifs, alors que le temps imparti à la campagne se réduit.
M. Macron bénéficie directement des soucis judiciaires de M. Fillon. Le lent recul de celui-ci dans les sondages est accompagné par une ascension proportionnelle du leader d’En Marche !, le déficit de l’un nourrissant la progression de l’autre. En se présentant comme le refuge accueillant tous les frustrés, les dégoûtés, les sceptiques, M. Macron a instauré une dynamique électorale infiniment plus performante que ses projets. Il a vu juste quand il a décidé de brouiller les clivages, mais il ne pouvait pas prévoir que la droite se casserait une jambe sur le chemin de la victoire. Sa stratégie a été amplifiée par cette soudaine anémie d’un parti promis à l’alternance. Ainsi s’écrit l’histoire.

RICHARD LISCIA

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Du bon usage des débats

Macron et Fillon avant le débat
(Photo AFP)

Le débat d’hier sur TF1 hier était long, portait sur les programmes des cinq candidats retenus par la chaîne, et n’a pas manqué d’informer minutieusement l’électorat. Ceux de nos concitoyens qui s’intéressent à cette passionnante séquence électorale n’ont pas, pour autant, fait de grandes découvertes. Ces grand-messes télévisées sont-elles indispensables ?

ELLES LE SONT pour ceux qui n’ont pas le temps ou la patience de lire et auxquels elles offrent les images vivantes de la politique. Mais même ceux qui ont déjà acquis une culture des partis et des institutions trouvent dans les propos de chacun des candidats des éléments susceptibles de les convaincre et dont ils aimeraient faire la synthèse, celle que représenterait leur candidat idéal. Ce n’est pas de la sorte que les choses fonctionnent. Il n’y a pas d’élu fabriqué sur mesures. Il faut choisir celui qui se rapproche le plus des idées que l’on a. Déjà les primaires ont contraint nombre d’électeurs à faire leur deuil du candidat qu’ils appelaient de leurs voeux. Aujourd’hui encore, pour le premier tour, nous devons choisir non pas le meilleur selon nous, mais le moins mauvais. Ainsi, le jeu des éliminations successives nous envoie vers une second choix, puis vers un troisième, pour autant qu’au terme de la course nous ne soyons pas placés devant un insoluble dilemme.

Fillon sur la défensive.

Le débat d’hier a-t-il changé la donne, renforcé ou affaibli l’un ou l’autre des personnalités en présence? Les rendez-vous télévisés vont-ils avoir sur le cours de la présidentielle un impact inattendu? Peut-être parce que les gens avertis n’ont rien appris hier qu’ils ne savaient déjà, on n’a pas eu l’impression d’avoir assisté à un événement décisif, bien que le spectacle ait attiré près de dix millions de téléspectateurs, que le débat ait été approfondi, plutôt décent, souvent animé, quelquefois drôle. Les distributeurs de bons et mauvais points n’ont exprimé que leur subjectivité. Je n’ai pas retrouvé dans leur palmarès une hiérarchie des comportements comparable à la mienne. À gauche, Benoît Hamon ne parvient pas encore à faire président. Jean-Luc Mélenchon, conforme à lui-même, a su mettre une sourdine à ses emportements traditionnels sans quitter le ring où il aime boxer. Marine Le Pen a prononcé, notamment sur l’Europe et à la demande de François Fillon, quelques-unes des énormités (ou des mensonges) qui lui valent de faire la course en tête. François Fillon a été « solide », tout le monde le dit, surtout ses amis et ses proches, mais il n’a pas été éblouissant au point de fasciner les quatre ou cinq millions d’électeurs dont il a encore besoin pour franchir le premier tour. Enfin, il y avait dans le studio ce jeune homme aux yeux bleus qui n’a plus comme rivale que Marine Le Pen et qui l’a prise au mot chaque fois qu’elle l’agressait, fût-ce dans un langage modeste. Ces deux-là se battent déjà pour le second tour et ont la complicité des premiers de la classe.

Ralliements à Macron.

Je constate donc qu’à sa progression dans les enquêtes d’opinion, M. Macron ajoute des gains quotidiens de ralliements, grâce à l’arrivée de nombreux socialistes accablés par ce concours des utopies organisé par MM. Hamon et Mélenchon, de pas mal de jeunes auxquels il offre le changement qu’ils réclament à cor et à cri, et de cette large fraction du peuple qui en a marre de l’affreuse coupure du pays entre droite et gauche. On était dans le bain de la synthèse, hier. On aurait bien pris une grosse tranche de Fillon, une pincée de sel Hamon, un doigt de poivre Mélenchon, un bon morceau de Macron, et, pourquoi pas, une grain d’hellébore de chez Mme Le Pen qui, entre cent fadaises, glisse parfois une petite vérité aussi toxique que la plante que je viens de citer. M. Macron est celui qui semble apporter le plus grand nombre de ces ingrédients. Son programme n’a pas la vigueur de celui de M. Fillon, mais voilà : il est bon, il est beau, il est bio.

RICHARD LISCIA

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Tout peut basculer

Une foule dense hier au meeting de Hamon
(Photo AFP)

Le débat de ce soir sur TF1 apporte un puissant stimulant à la campagne électorale. Les trois débats prévus avant le premier tour ne manqueront pas d’influencer l’électorat et seuls émergeront de la mêlée les candidats auxquels leurs électeurs sont le plus fidèles.

ON NE S’ATTARDERA pas trop sur la décision de TF1 de limiter à cinq le nombre de participants au débat, alors que onze candidats ont été confirmés par le Conseil constitutionnel. La chaîne de télévision a d’excellentes raisons, pratiques et professionnelles, pour ne retenir que les candidats auxquels les enquêtes d’opinion donnent une chance de réaliser un score élevé. MM. Fillon, Mélenchon, Macron, Hamon, et Mme Le Pen n’en sont pas moins, sur le plan démocratique, les égaux des candidats dits « petits » parce qu’ils ne dépassent pas les 10 % dans les sondages. D’autant que l’incertitude des électeurs quant à leur choix définitif, le nombre apparemment élevé des abstentionnistes cette année, les « affaires » qui ont bousculé les convictions, le malaise général du public qui, au fond, ne croit pas trop à ce que lui disent les candidats, apportent les ingrédients nécessaires à des modifications dans l’ordre établi par les instituts d’opinion.

Quelque chose de tragique…

Sans jouer à me faire peur, j’ai le sentiment que quelque chose de tragique peut encore se produire dans le rapport de forces. Les démocrates français, la presse nationale et étrangère ont déjà écarté l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen (et même celle de M. Mélenchon). Mais pour entretenir leur insouciance, ils ne disposent que de paramètres qui vont rapidement devenir obsolètes. Pour au moins deux raisons : la première est que, dans une campagne aussi passionnée et qui oppose des idéologies aussi divergentes, les meetings, comme celui de M. Hamon hier, où il a remporté un indéniable succès, les débats et la force des arguments échangés, le climat général qui favorise le « tous pourris » et le populisme à la manière de Trump, tout cela contribue à des déplacements non négligeables d’un camp vers un autre et d’un candidat vers un autre. L’analyse la plus courante et certainement pas la plus nulle est que l’électorat de Mme Le Pen est soudé à elle à proportion de 80% et que, en gros, elle ne risque pas d’être déçue. L’électorat d’Emamnuel Macron, en revanche, est considéré comme le plus friable, le moins attaché à son candidat et celui qui risque de rejoindre un programme à la fois moins ambitieux et plus simple à comprendre que celui de M. Macron. Lequel a tiré son succès jusqu’à présent de sa volonté, partagée par beaucoup de François, d’éliminer les barrières idéologiques. Cependant, il peut répéter à l’envi qu’il est et de droite et de gauche, une partie de ses « fans » préfèreront peut-être, à la faveur des débats, s’inscrire dans un camp défini avec plus de précision.

Une campagne populiste.

La deuxième raison est que la campagne 2017 est totalement populiste. Sur ce positionnement, Marine Le Pen est concurrencée, à des degrés divers (et par ordre décroissant), par MM. Mélenchon, Hamon, Macron et Fillon. Ils ont tous des formules simplificatrices chaque fois qu’ils s’adressent à une foule acquise à leur cause. Et, en dépit de leurs différences considérables, ils sont unanimes à exalter la nation indivisible, à radicaliser leurs propos, à chanter la Marseillaise avec une belle vigueur. Même M. Hamon a montré hier qu’il était capable d’imiter M. Macron dans le genre du candidat qui hurle à en perdre la voix. Et M. Fillon, au Trocadéro, nous a fourni l’exemple inattendu d’un homme qui, cerné de toutes parts, en appelle au peuple pour se sortir de l’embarras. Sa phrase : « Je m’en remets au jugement du peuple » est un modèle de populisme. Il s’agit ni plus ni moins que d’être amnistié par les urnes quand on est poursuivi par la justice.
Cette dérive de la campagne est inédite : naguère, peu de candidats cédaient au populisme ; et elle est lourde d’incertitudes. Tout devient possible quand l’électeur peut changer d’avis chaque jour, quand, écoeuré, frustré, mécontent, il estime ne rien devoir à personne et ne court donc pas le risque de faire preuve de déloyauté ; et quand le choix d’un président dépend moins de ses idées et de sa capacité à les appliquer que des émotions que ses discours procurent au peuple. Les analyses valables jusqu’à présent devront donc s’adapter presque chaque jour à la versatilité de l’électeur.

RICHARD LISCIA

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Une gauche cassée

Sourires de façade
(Photo AFP)

Si la droite a quelques très bonnes raisons de douter de son succès à l’élection présidentielle, la gauche ne va pas mieux qui, déjà très incertaine au sujet de son résultat, voit s’échapper ses derniers espoirs, depuis que Manuel Valls, contrairement à un engagement antérieur, refuse de soutenir Benoît Hamon pendant la campagne de celui-ci.

L’ANCIEN Premier ministre aurait été mieux inspiré s’il n’avait fait une promesse de Gascon. Lorsqu’on lui a demandé, avant la primaire, s’il soutiendrait celui qui l’emporterait, il avait répondu par une pirouette : « Oui, et c’est pourquoi je dois gagner ». On ne pouvait être plus sincère. Il ne se sentait aucune affinité, ni avec M. Hamon, ni avec M. Montebourg et il n’avait pas démissionné de son poste de chef du gouvernement pour jouer le godillot d’un candidat qui appliquerait des idées diamétralement opposées aux siennes. Il s’est donc déjugé, il est critiqué avec hargne par Martine Aubry et il plonge le parti socialiste dans l’embarras.

Ce que Valls tente de faire.

Nous ne nous joindrions au choeur des lamentations socialistes que si notre capacité, individuelle et collective, à nous indigner ne commençait pas à nous faire défaut, après que tant d’autres sujets de mécontentement et de colère nous ont été infligés par la classe politique. Non, là encore, il faut déchiffrer le comportement de Manuel Valls. Il faut le comprendre. Il a réellement tenté de refonder le PS en lui imposant sa ligne social-libérale ; il a voulu en faire un vrai parti de gouvernement ; avec l’autorité qu’on lui connaît, il a pris tous les risques, recourant au 49/3, secouant le président de la République que, visiblement, il trouvait trop mou, et faisant le siège de l’Élysée jusqu’à ce que, le 1er décembre 2016, François Hollande finît par annoncer qu’il ne se représenterait pas. Dans la série des événements sans précédent qui jalonnent cette campagne électorale, M. Valls a pris sa large part. Cela dit, il a fait une campagne très médiocre, il a prononcé quelques propos à la fois provocateurs et absurdes, comme son serment d’abolir le 49/3 (l’hôpital qui se moque de la charité) et enfin, il a été battu.

Refonder le PS.

Ce qui lui posait un sérieux problème. M. Valls est assez intelligent pour avoir envisagé son échec. Il avait donc un plan B. Celui-ci consiste à préparer son retour en 2022. Dès lors que M. Hamon a peu de chances d’être élu et que sa défaite produira un éclatement durable du PS, M. Valls dira que ce revers historique nécessite la thérapie qu’il propose : une refondation du parti qui ferait en quelque sorte son aggiornamento, à la manière des socialistes allemands qui renoncèrent une bonne fois pour toutes au marxisme en 1959 à leur congrès de Bad Godesberg et qui, quelques quarante années plus tard, lancèrent, sous la houlette du chancelier Gerhard Schröder, une réforme socio-économique qui aura fait de l’Allemagne le pays le plus puissant d’Europe. Pourtant, au début des années 2000, les poids respectifs de l’économie allemande et de l’économie française étaient comparables, avec peut-être un avantage à la France.
M. Valls a donc une idée très forte qui structure son action politique. Mme Aubry peut toujours lui dire qu’il se trompe de A à Z ou qu’il poursuit des chimères, il a d’excellentes raisons de lui rétorquer que c’est elle et son ami Hamon qui commettent une terrible erreur de jugement historique. En France, on trouve toujours de formidables arguments pour ne jamais imiter les pays européens voisins (il n’y a pas que l’Allemagne) sous le prétexte que nous serions culturellement différents, que chez nous, ce n’est pas pareil, ou encore que nous sommes si malins que nous nous en sortirons par le système D.
M. Valls n’ignore aucune des résistances qui l’empêchent de progresser. Il sait qu’il n’aura une chance réelle de prendre le PS en mains que lorsque la déroute qui attend le parti l’aura plongé dans un si profond désarroi qu’il finira par brûler ses vaisseaux et renier enfin les principes et croyances qui l’auront conduit au désastre. Mais rien n’est simple : ce qui se passe sur le terrain, c’est que, pour le moment, les socialistes séduits par les idées de Valls constatent qu’il a perdu son tour en 2017 et que, tôt ou tard, ils devront rejoindre M. Macron, celui-là même que M. Valls n’a jamais pu sentir, celui qui, en fait, le concurrence. Si Macron est élu, hypothèse de moins en moins improbable, il faudra qu’il échoue dans sa tâche pour que Valls ressuscite politiquement. Ce qu’aucun Français ne peut souhaiter.

RICHARD LISCIA

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L’exemple néerlandais

Rutte ne cache pas sa joie
(Photo AFP)

Le Premier ministre libéral hollandais, Mark Rutte, a clairement remporté les élections législatives dans son pays. Il obtient 33 sièges à la chambre basse du Parlement, une perte de huit sièges par rapport à 2012, mais le parti populiste de Gert Wilders, qui dispose désormais de 19 sièges et en a gagné quatre, n’est pas en mesure de former le prochain gouvernement.

LA VICTOIRE de M. Rutte, homme de 50 ans aux habitudes simples et bon enfant, réside principalement dans le coup d’arrêt porté au populisme dans son pays. Les Pays-Bas, nation de 17 millions d’habitants, risquaient en effet de basculer cette année dans l’hostilité à l’Europe, ce qui, après le Brexit, aurait été un très mauvais signal envoyé à l’Union européenne. D’où les chaleureuses félicitations adressées par François Hollande et Angela Merkel à l’homme qui semble en mesure de former un gouvernement de coalition. Les Néerlandais restent néanmoins clairvoyants. Ils savent que Gert Wilders pourrait un jour fédérer une série de petits partis. Le mode de scrutin est la proportionnelle intégrale, de sorte que 28 partis sont représentés au Parlement. On ne répètera jamais assez que la proportionnelle, réclamée à gauche et à droite en France, représente le véhicule d’une irruption de l’extrême droite à l’Assemblée nationale. Un journaliste hollandais indiquait ce matin qu’il est possible, sur le papier, de former un gouvernement populiste disposant de la majorité absolue à la chambre basse.

De vrais Européens.

Les Pays-Bas sont l’un des pays fondateurs du marché commun. Leur comportement européen a toujours été exemplaire, jusqu’au moment où une forte immigration a fini par provoquer chez les Néerlandais une vive acrimonie que M. Wilders a su capter à son avantage. De ce point de vue, la Hollande n’est pas différente de plusieurs pays de l’Union, tous confrontés à d’énormes flux migratoires qu’ils ont beaucoup de mal à contenir et qui entraînent la radicalisation d’une forte proportion de citoyens. De ce point de vue, le résultat obtenu par M. Rutte représente un exploit parce qu’il semble marquer la fin, ou tout au moins une pause, dans la dérive populiste de l’Europe. Le succès de M. Rutte montre que l’on peut limiter l’influence des milieux intolérants et xénophobes en introduisant assez de didactisme dans une campagne pour convaincre les électeurs de se détourner des choix dangereux.

La France n’est pas la Hollande.

François Fillon s’est félicité de la victoire « de la droite et du centre » en Hollande, sans cacher qu’il y voyait un signe prémonitoire de sa propre victoire à l’élection présidentielle. Mais les situations des deux pays sont très différentes. Il n’y a pas de scandale judiciaire affectant tel ou tel candidat aux Pays-Bas, monarchie où les élections législatives précèdent la désignation comme Premier ministre de l’homme (ou de la femme) capable de former un gouvernement. En revanche, il est vrai que M. Rutte apparaît comme le meilleur leader de la droite et du centre et que sa politique du statu quo tend à rassurer ses concitoyens alarmés par les vents mauvais qui soufflent sur l’Europe. En France, Marine Le Pen méditera à souhait sur la difficulté, pour un parti comme le sien, à passer de la protestation aux responsabilités gouvernementales. Sa stratégie est fondée sur la respectabilité qu’elle aurait donnée au Front, notamment en éliminant les éléments inspirés par le fascisme, le révisionnisme historique ou le négationnisme. Mais l’existence du Front sert de recours à tous ceux que fascinent encore l’hitlérisme et ses succédanés ; et Mme Le Pen ne peut garantir à personne qu’elle a nettoyé son parti de tous les suspects habituels.
L’exemple hollandais apporte en tout cas une bonne dose d’oxygène aux démocrates européens. Il montre que la dérive populiste n’est pas une fatalité, en dépit des sérieux problèmes d’immigration qui affectent l’Union. Au second tour, en France, il nous appartiendra de suivre cet exemples. Marine Le Pen étant à peu près certaine de franchir le premier tour, les électeurs hostiles au FN doivent faire de sa défaite une priorité.

RICHARD LISCIA

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Fillon dos au mur

Fillon s’explique
(Photo AFP)

François Fillon a été mis en examen par ses trois juges, pour trois chefs d’accusation. Cette fois, il a su contrôler sa communication en se rendant avec un jour d’avance à la convocation qu’ils lui avaient adressée, ce qui lui a permis d’éviter la cohue médiatique.

M. FILLON mérite que tout commentateur consacre une analyse approfondie à son programme, le plus réformateur d’entre tous, le seul qui, à notre avis, permettrait le redressement économique, social et politique du pays. Si on est contraint de revenir sans cesse à ses démêlés avec la justice, c’est parce que son calvaire est semé de rebondissements imprévus. Il se trouve donc enfermé dans une contradiction lancinante, l’obligation qui lui est faite de minimiser ses fautes et leurs conséquences, et sa tentative permanente de recouvrir le fracas des affaires sous le bruit, beaucoup moins puissant, de ses propositions.

Deux vérités.

Chez les Républicains, à l’UDI qui, après avoir dit le contraire, s’est ralliée à lui, non sans perdre, dans l’exercice, un certain nombre des siens séduits par Emmanuel Macron, on continue à faire bloc autour de lui. Tous ceux qui, après un parcours en zigzags, fait d’appels à son retrait et d’appels à le soutenir, pour-que-la-droite-ne-soit-pas-privée-de-son-candidat, lui font encore confiance, n’ignorent pas deux vérités fortes : la première, c’est le temps désormais très court qui nous sépare du premier tour, mais un temps pendant lequel il devra rapidement montrer que sa popularité monte s’il veut figurer au second tour. La seconde, c’est sa capacité à triompher de Marine Le Pen après le premier tour. Pour ce triomphe, il faut un candidat qui rassemble 60 % de l’électorat.
Il y a deux sortes d’électeurs : ceux qui votent Le Pen sans états d’âme et sans se cacher. Et ceux qui, quelles que soient les circonstances, n’accorderont jamais leur suffrage au Front national. Or, à 39 jours du premier tour, soit moins de six semaines, M. Fillon est toujours scotché à 20 %. Tous ses amis disent que c’est un résultat brillant pour un homme harcelé par la justice. Mais tous oublient de dire que c’est insuffisant pour rassembler deux électeurs sur trois.
Bien entendu, le camp Fillon affirme que son homme-lige, libéré pour un moment des poursuites dont il fait l’objet, va progresser dans les enquêtes d’opinion, lesquelles sont d’ailleurs brocardées chaque fois qu’elles ne sont pas rassurantes. Mais comment ne pas se poser la question de l’effet que diverses révélations produisent sur la mentalité de l’électeur ? M. Fillon minimise les erreurs qu’il a pu commettre. Avoir des attachés parlementaires, fussent-ils ses proches, c’est légal. Se faire offrir des costumes de luxe à 7 000 euros, c’est légal. Obtenir un prêt de 50 000 euros sans intérêt, c’est légal. Payer ses enfants sur des fonds publics, puis obtenir le remboursement partiel des émoluments qu’ils ont touchés, c’est légal. Pour mieux nous convaincre de l’inexistence des charges qui pèsent contre lui, on nous rappelle le coiffeur à 9000 euros par mois de François Hollande. Comme si les manquements du président excusaient ceux du candidat.

Le malaise de l’électeur.

C’est nier le ressenti populaire, qui fut choqué par le salaire du coiffeur, comme il est choqué aujourd’hui par ce qui ressemble bien à un système inventé pour améliorer, et de beaucoup, les revenus de M. Fillon. Aucun d’entre nous ne paie si cher pour une coupe de cheveux, mais aucun d’entre nous n’aurait l’idée de demander à un riche ami de payer pour des costumes neufs d’un prix fabuleux. C’est peut-être légal, mais c’est culotté. Un abîme sépare M. Fillon d’un peuple qui n’est pas limité aux plus pauvres et s’indigne de pratiques dont l’ingéniosité le dispute au sordide.
En définitive, on se moque de savoir combien de temps va durer le feuilleton, si la justice est fondée ou non à poursuivre le candidat, si, en somme, c’est légal ou non, si c’est immoral ou non. Ce qui est palpable, sûr, gênant, c’est le malaise que ressent tout électeur, fût-il parfaitement en phase avec les idées et le programme de M. Fillon. Mais même ce malaise n’est pas important. Ce qui compte, c’est la capacité de François Fillon à augmenter le nombre de ses électeurs. S’il reste à 20 %, il offre un boulevard à Emmanuel Macron. Non seulement il a besoin de quelque deux ou trois millions de suffrages supplémentaires au premier tour, mais il doit les prendre à M. Macron, dont l’électorat est versatile, contrairement à celui de Mme Le Pen.

RICHARD LISCIA

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Brexit : c’est parti

Theresa May
(Photo AFP)

Le Parlement britannique a autorisé le gouvernement à enclencher la procédure de sortie du pays de l’Union européenne. Les objections formulées par la Chambre des Lords ont été effacées. La Première ministre, Theresa May, peut dès aujourd’hui activer l’article 50 du traité de Lisbonne qui prévoit la séparation d’un pays membre de l’UE.

LA CHAMBRE des Communes a rejeté la proposition des Lords de garantir le statut des quelque 3 millions d’Européens qui vivent au Royaume-Uni. Elle a également rejeté la proposition des Lords de laisser le dernier mot au Parlement au sujet de l’accord final avec la Commission européenne. Les députés qui souhaitaient que la représentation nationale garde le contrôle du processus ont donc exprimé leur déception : Mme May, non sans habileté, a réussi à éviter d’avoir les mains liées par les députés dans ses négociations avec Bruxelles. Elle risque néanmoins d’aboutir à un divorce plutôt qu’à un accord. Il lui fallait le soutien populaire et parlementaire pour engager des discussions serrées, notamment sur l’accord de libre-échange qu’elle veut conclure, mais que les Européens ne veulent pas signer s’il ne contient pas une clause sur la libre circulation des personnes, c’est-à-dire sur les modalités de l’immigration, première cause du choix du Brexit par les électeurs britanniques.

Le royaume menacé d’éclatement.

Mme May n’ignore pas non plus qu’elle s’engage dans une action d’importance historique car l’Écosse, qui a voté à 56 % contre le Brexit annonce déjà que son gouvernement, dirigé par la Première ministre Nicola Sturgeon, va organiser un nouveau référendum sur l’indépendance écossaise. On reproche sans cesse aux partisans de l’Union européenne de décrire de façon inutilement tragique les conséquences du Brexit, mais il est clair que l’une de ces conséquences pourrait être l’éclatement du Royaume-Uni. D’autant que l’Irlande du Nord est elle aussi entraînée conter son gré dans l’aventure. La frontière entre la République irlandaise et l’Irlande du Nord a pratiquement disparu et les habitants de l’Ulster ont pris l’habitude de vivre, de consommer et de penser selon les normes européennes. La logique voudrait que, dans le cas d’une séparation du Royaume-Uni, une frontière soit érigée entre les deux Irlande, ce qui est impensable pour la plupart des Irlandais.
On connaît déjà les points de la négociation qui seront les plus âprement disputés : l’accord de libre-échange, indispensable à la croissance britannique mais qui, sans la liberté de circuler entre l’Europe et la Grande-Bretagne, reviendrait à accorder un privilège à Londres en récompense de la sécession; et le paiement par le gouvernement britannique des quelque 60 milliards d’euros qu’il doit à l’Union au titre de divers engagements qu’il a pris antérieurement. On voit mal Mme May annoncer qu’elle a « acheté » l’indépendance de la Grande-Bretagne à un tel prix et on voit mal la commission lui faire un cadeau aussi coûteux. Les multiples obstacles qui jalonneront la négociation, censée durer deux ans, expliquent sans doute que Mme May ne soit pas trop pressée d’aborder un dossier affreusement épineux qui va absorber toute son énergie.

Enchaînement tragique.

On peut se demander pourquoi elle se montre, à l’égard de UE, d’une intransigeance plus courante dans les conflits que dans les discussions entre amis. La première raison de son attitude réside dans la nécessité pour elle de partir d’une position dure pour accepter de faire quelques indispensables concessions. Il s’agit donc uniquement d’une raison tactique. La seconde est qu’elle est très sincèrement attachée à respecter les termes de la démocratie britannique : le peuple s’étant prononcé pour le Brexit, elle veut satisfaire le choix du peuple. Elle songe sans doute à devenir suffisamment populaire pour gagner les prochaines élections.
Mais, quoi qu’en pensent les partisans français de la dislocation de l’Europe, elle ne peut pas ignorer que le Brexit, jour après jour, apportera un nombre considérable de mauvaises nouvelles aux Britanniques et qu’il serait paradoxal qu’elle en tire un surcroît de popularité. On ne sait que penser de l’aventure, quelque peu fantastique, dans laquelle les Britanniques se sont engagés, et on comprend mal l’enchaînement des événements. L’ex-Premier ministre, David Cameron, a pris le risque insensé de lancer son idée de référendum (avec la certitude que ses concitoyens voteraient le maintien du pays dans l’Union), mais la moitié au moins du peuple est profondément hostile au résultat du scrutin ; la livre a déjà subi une forte dévaluation qui enchérit les coûts à la consommation, le Royaume-Uni est menacé d’éclatement, l’opposition du Labour a été inexistante, un peu comme si, au fond, son chef, Jeremy Corbyn, approuvait le Brexit ; un vertige populaire que rien ne justifiait, a conduit à cette crise sans précédent, les conservateurs au pouvoir sont divisés à propos du Brexit et Theresa May va se trouver dans une situation d’autant plus compliquée que les négociateurs européens vont quand même essayer de prouver aux 27 pays restant dans l’Union ce qu’il en coûte de la quitter.

RICHARD LISCIA

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La Turquie contre l’Europe

Manifestation turque à Rotterdam
(Photo AFP)

Le refus d’un certain nombre d’États européens, notamment l’Allemagne et les Pays-Bas, assorti d’un consentement de la France, à propos de la campagne électorale que les autorités turques veulent mener en Europe dans le cadre d’un référendum, souligne à la fois les provocations incessantes d’Ankara et l’incapacité de l’Union européenne à adopter une position commune sur des sujets importants et urgents.

FRANÇOIS HOLLANDE et son gouvernement estiment normal d’autoriser cette campagne conduite sur notre sol par un gouvernement étranger. Un meeting turc a donc eu lieu hier à Metz. Il n’y a pas de règle en la matière. Cependant, on compte 650 000 sujets Turcs vivant en France qui disposent, comme tout le monde, de la liberté d’expression. Il est logique qu’ils puissent voter dans leurs consulats, ce qui a déjà eu lieu à plusieurs reprises. Il est moins logique de demander à un pays d’immigration d’ajouter à ses propres campagnes électorales celles que souhaiteraient y tenir de multiples nationalités. On n’en finirait plus, sur un plan exclusivement pratique. Et on est en droit de s’inquiéter des menées du président turc, Recep Erdogan, dont chacun sait qu’il a des relations exécrables avec les pays de l’Union européenne depuis que, tirant parti d’un putsch organisé l’an dernier contre lui, il se livre à une répression d’une incroyable violence contre ses militaires, ses juges, ses policiers, ses enseignants, des dizaines de milliers de fonctionnaires et fait régner sur la Turquie une atmosphère de suspicion permanente, de peur, de haine, sans compter les familles dévastées par la perte d’un emploi ou par leur mise au ban de la société.

La facile accusation de « nazisme ».

Fidèle à un comportement populiste poussé jusqu’à la vulgarité, M. Erdogan a accusé l’Allemagne et les Pays-Bas de « nazisme » et ses militants à Metz nous ont donné une « leçon de démocratie » en nous rappelant vigoureusement une liberté d’expression dont nous aurions oublié le caractère sacré. Cette attitude est agaçante, mais, surtout, elle couvre d’un voile pudique les vraies intentions de M. Erdogan, qui n’est pas certain d’obtenir la majorité absolue lors de son référendum, destiné à changer la Constitution turque pour qu’il ait les pleins pouvoirs, et qui cherche un complément de voix turques en Europe. La France n’a pas à entrer dans ce débat strictement interne à la Turquie. Tous les ressortissants turcs vivant en France sont en mesure de s’exprimer en déposant leur bulletin dans l’urne. Monter des meetings pour exalter la puissance de M. Erdogan n’est pas notre tasse de thé.

Relations tendues avec l’Europe.

Les relations de l’Europe avec la Turquie sont d’une complexité extrême. Il est désormais très improbable qu’un accord d’adhésion de la Turquie sera signé. Il n’était déjà plus souhaitable depuis que les autorités turques ont choisi l’islamisation au détriment de la laïcité. Il devient carrément impossible parce que la Turquie est en train de perdre les libertés indispensables à sa qualification. Il ne faut pas oublier que la chancelière Angela Merkel a conclu avec M. Erdogan un accord qui, moyennant quelques milliards, a presque figé l’immigration en Europe de personnes en provenance du Proche-Orient. L’accord fonctionne mais, régulièrement, M. Erdogan menace de le dénoncer. Ce n’est pas la moindre des ironies que l’Allemagne a interdit les meetings de la campagne turque en dépit de l’existence de cet accord, censé fournir un moyen de pression à Ankara, alors que la France, qui ne doit rien à la Turquie, s’est montrée excessivement conciliante avec elle. Il ne suffit pas de dénoncer la dérive du régime turc vers l’autoritarisme, pour ne pas dire pire. Il faut lui montrer à quelles conséquences il s’expose s’il renonce aux valeurs démocratiques.
La sévère attitude de la Hollande, qui a reconduit deux ministres turcs à la frontière, ce que a fait hurler de rage le président turc, est sans doute dictée par l’approche des élections aux Pays-Bas, où le parti équivalent à notre Front national, est devenu, comme le Front, la première formation néerlandaise, donc susceptible de gagner les législatives. Le Premier ministre devait sans doute donner un gage à son opinion. Il aurait pu toutefois éviter d’humilier le gouvernement turc. Il ne faut pas s’étonner, en tout cas, du durcissement hollandais : les méthodes du gouvernement turc finissent par entraîner des réactions d’intolérance, y compris aux Pays-Bas, nation naguère attachée à la modération mais inquiète et frustrée depuis qu’elle est coincée dans l’étau immigration-populisme.

RICHARD LISCIA

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