Hollande torpille la réforme

Frondeur en chef
(Photo AFP)

En politique, on ne meurt jamais. François Hollande vient de prouver son immortalité en attaquant, brusquement et brutalement, Emmanuel Macron, au sujet des réformes que le président actuel veut engager et que son prédécesseur a jugées hier dangereuses, dans des propos qu’il a tenus au festival d’Angoulême.

M. HOLLANDE n’a pas cédé à un imprévisible accès de colère ou à un ressentiment qu’il aurait été incapable de contrôler. Il a voulu envoyer au pays un message dans lequel il critique M. Macron uniquement pour s’assurer que les Français se félicitent de l’héritage qu’il a laissé. Il ne faut pas, a-t-il déclaré, « demander aux Français des sacrifices qui ne sont pas utiles (…) Il ne faudrait pas flexibiliser le marché du travail au-delà de ce que nous avons fait, au risque de créer des ruptures. » En d’autres termes, M. Macron et son mouvement seraient sur une course au terme de laquelle le pays pourrait dépasser le point de non-retour. Aussitôt, le parti socialiste en a rajouté une couche en prétendant que le « redressement est le produit des efforts des Français et des décisions que François Hollande et ses gouvernements ont prises pendant cinq ans ».

Le coup de l’héritage.

Ces déclarations additionnées sont mensongères. M. Hollande a quitté l’Elysée après avoir détruit au moins six cent mille emplois. Le retournement de tendance constaté depuis le début de l’année 2017 résulte peut-être des timides réformes de M. Hollande mais peut aussi être attribué à une amélioration de la conjoncture dans toute l’Europe, toutes politiques économiques confondues. Emmanuel Macron a imité M. Hollande lui-même qui, en 2012, avait cru bon de décrire l’ampleur de sa tâche en soulignant que Nicolas Sarkozy lui avait laissé une situation catastrophique. Ce qui n’a pas empêché l’ancien chef de l’Etat d’expliquer la victoire de M. Macron comme un peu la sienne ni de rendre à son successeur, dès la fin du premier tour de l’élection présidentielle, l’hommage dû au candidat que lui, Hollande, aurait formé. Le voilà qui, aujourd’hui, massacre son ex-chouchou et, avec lui, l’espoir des changements sans lesquels il sera impossible de relancer l’économie française. Victime de la hargne de ses propres partisans quand il était aux affaires, le voilà président de tous les frondeurs. Spécialiste du propos feutré, le voilà qui distille un poison capable d’envahir les artères politiques et sociales du pays. Adepte de la modération verbale et de l’apathie physique, le voilà qui se livre soudain à une attaque nucléaire.

Hollande craint-il la réforme ?

Il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler où l’on en était du dialogue social. Il y avait tout lieu de craindre les actions des insoumis et des syndicats au mois de septembre. Tout à coup, Jean-Luc Mélenchon, Jean-Claude Mailly et Philippe Martinez ont trouvé leur maître : à quoi bon attaquer la réforme du travail après l’assaut lancé par l’ancien président ? Ils diront néanmoins le mois prochain que, pour avoir entraîné un jugement aussi négatif chez un président qui, naguère, flirtait avec le libéralisme, il faut bien que le projet du président Macron soit monstrueusement injuste. La vérité se situe ailleurs. Quand M. Hollande demande au gouvernement de ne pas aller au-delà de ce qu’il a fait lui-même, cela signifie que la réforme du travail par sa ministre de l’Economie de l’époque, Myriam El Khomri, serait suffisante. Non seulement elle a été accueillie par une levée de boucliers sans précédent mais elle n’a pas créé un seul emploi. Et il faudrait que le pays s’en tienne à ce très mauvais résultat ? Ce que craint M. Holland en vérité, c’est que la réforme finisse par passer, consacrant la défaite du PS sur tous les fronts et apportant à M. Macron une forme d’invincibilité.

Avant la curée.

L’ex-président n’est pas le seul, en France, à tenter d’empêcher le passage en force du changement politique. Avec les frondeurs, les insoumis, les communistes, le Front national, les opposants sont nombreux. Et c’est dans ce camp-là que se situe M. Hollande ? Craint-il les « ruptures » ? Il les appelle de ses voeux. Se soucie-t-il des salariés dont les acquis sociaux seraient menacés ? Peut-être, mais au détriment de six millions de chômeurs. Souhaite-t-il que le pays change ? Seulement si on lui en accorde le mérite. De sorte que, ne trouvant pas dans le peuple ou chez ses partisans la ferveur qui ferait de son rôle personnel un moment historique, il se met à brandir triomphalement un « bilan » qui est non pas le sien, mais celui des aléas de l’économie, non pas le résultat de son action, mais de la fin de la crise, non pas la preuve d’une injustice commise à son égard, mais l’aboutissement inéluctable d’un quinquennat fait d’à-coups, de quelques scandales et de mortelles hésitations. On peut s’attendre à une vive réponse de l’équipe Macron. Malheureusement Hollande a sonné l’hallali, avant la curée de septembre, et c’est tout simplement dommage pour le pays.

RICHARD LISCIA

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Un job pour Mme Macron

La fonction crée l’emploi
(Photo AFP)

Emmanuel Macron qui, il y a quatre mois, envisageait un amendement à la Constitution pour créer la fonction de Première Dame, a préféré lundi accorder à son épouse Brigitte une sorte de statut qui ne vaut que pour son ou ses mandats.

IL S’AGIT de « clarifier et rendre publics tant la mission du conjoint du chef de l’État que les moyens alloués pour la remplir ». Le président de la République a tenu compte de l’opposition à son projet. Trois cent mille citoyens ont signé une pétition hostile à tout « changement de statut » de l’épouse du chef de l’État et un député insoumis a déposé un amendement pour que tout financement lui soit refusé. Les fonds consacrés au travail de Mme Macron, qui disposera de quatre collaborateurs, seraient inférieurs à cinq cent mille euros, sur un budget global de l’Élysée d’un montant d’une centaine de millions.

Travail sans salaire.

La rigueur exigerait que le produit des impôts n’aille jamais rémunérer une personne qui n’a pas été élue. Justement, Mme Macron ne touchera aucun salaire pour sa peine, mais il faudra bien verser des émoluments à ceux qui l’aideront dans la tâche. De même, l’idée que l’épouse d’un président bénéficie de tous les avantages liés à la fonction de son mari sans encourir le moindre inconvénient est complètement erronée : la curiosité populaire pour la « présidente » ne s’est jamais démentie dans toute l’histoire des Républiques. Certes, les médias jouent un rôle puissant dans le développement considérable de cette curiosité. Mais on peut affirmer sans se tromper que, dans la popularité d’un président, la présence de sa femme et l’impression qu’elle donne au peuple apportent leur contribution. De sorte qu’Emmanuel Macron ne se trompait guère quand il signalait, en avril dernier, « l’hypocrisie française » qui consiste à nier tout statut à la première dame et à s’intéresser néanmoins à tous ses faits et gestes. Selon les sondages, quelque 70 % des Français sont hostiles à ce qu’un rôle soit reconnu à l’épouse du président. Ce qui n’empêche pas épouses ou compagnes d’alimenter une presse affamée d’informations personnelles sur celle qui occupe le coeur du président et d’être souvent portées aux nues ou contestées avec la même passion que celle qui nourrit le débat politique.

Une femme très occupée.

D’autant que la première dame, qu’elle le veuille ou non, a forcément du travail. On peut même dire qu’elle a une fonction évidente, celle qu’a la reine en Grande-Bretagne. Elle représente la personne idéale pour un myriade d’événements protocolaires et elle est constamment sollicitée par des milliers de correspondants auxquels il faut bien qu’elle réponde. Elle décrit d’ailleurs fort bien son activité dans un entretien (le premier) qu’elle a accordé à « Elle » de la semaine dernière. À quoi il faut ajouter que Brigitte Macron est une femme cultivée dont les propos, discours ou commentaires publics ne peuvent que faire honneur au pays. La décision du président d’accorder à sa femme une fonction officielle dont il ne cherche pas à faire un précédent ou une nouvelle règle valable pour ses successeurs exprime, à n’en pas douter, l’affection et l’amour qu’il lui porte, mais elle propose aussi une solution à un problème qui n’est pas mineur dans la mesure où les Français seront toujours fascinés par le couple présidentiel et formeront nécessairement leur propre jugement, en bien ou en mal, sur Mme Macron. Ce couple, qui n’est pas banal, se compose de deux fortes personnalités. L’épouse, certes non élue, d’un président, ne doit pas être une étrangère pour le peuple. On ne sait pas à quoi ressemblera la prochaine première dame, expression récusée par Brigitte Macron, mais celle-ci est capable de jouer un rôle utile.

RICHARD LISCIA

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Barcelone : le besoin d’Europe

La Sagrada Familia
(Photo AFP)

L’attaque contre Barcelone et Cambrils a fait 14 morts et des dizaines de blessés, dont 16 Français et de nombreux étrangers. Si la maison de la cellule terroriste n’avait pas explosé, le bilan aurait été plus lourd.

LES TERRORISTES s’apprêtaient en effet à conduire une vaste opération contre la Sagrada Familia, le monument le plus visité d’Espagne. Ils en ont été empêchés par l’explosion de la maison d’Alcanal, où ils étaient retranchés avec de bonbonnes de gaz. Les survivants de l’accident ont alors mené plusieurs raids contre les Ramblas et Cambrils. Si le projet a partiellement échoué, il a été conçu pour causer les plus grands dommages humains et matériels. En visant Barcelone, les assassins savaient qu’ils s’attaquaient à l’Europe. On peut même dire qu’ils ont fait l’unité du continent depuis longtemps. Ils n’ignoraient pas que l’été, en Espagne, des touristes viennent de toute l’Europe. Ce n’est pas un hasard si la France compte autant de ses citoyens parmi les victimes.

Le danger du séparatisme.

Face à une force décidée à déstabiliser l’Union, nous disposons collectivement de moyens considérables. On ne peut pas affirmer pour autant que l’intégration européenne soit suffisante pour garantir la sécurité de ses 500 millions d’habitants. Dans ce contexte, le séparatisme ou les velléités qu’il exprime dans divers pays membres n’est que plus consternant. Bien qu’il nous soit sans cesse répété que la coopération sécuritaire entre la Grande-Bretagne et l’Union n’est pas compromise par le Brexit, nous sommes en droit de douter que la sécession britannique joue dans le sens d’une meilleure protection des populations civiles. Quant à ces pays de l’Est qui prennent de l’UE ce qui leur convient et rejettent ce qui les contraint, ils croient principalement qu’ils seront d’autant mieux protégés contre le terrorisme islamiste qu’ils limiteront à zéro le nombre d’immigrés, clandestins ou non. Des normes européennes de sécurité devraient être rapidement édictées. La tuerie au moyen d’une voiture bélier dans les Ramblas montre que les autorités espagnoles n’avaient pas intégré l’idée qu’une attaque de ce genre, dont l’un des premiers et funestes exemples a eu lieu le 14 juillet 2016 à Nice, suffit à démontrer que toutes les zones piétonnes d’Europe doivent être protégés contre n’importe quel véhicule.

L’axe Paris-Madrid-Rabat.

Les attentats contre l’Espagne ont montré qu’une coopération intense est facile à mettre en place entre Madrid, Paris et Rabat. Les informations dont dispose le gouvernement marocain sont essentielles à la défense de l’Europe. Le fait que la violence terroriste ne diminue pas indique seulement qu’il y a une limite à la prévention et que le risque zéro n’existe pas. Les attentats sont douloureux pour les populations menacées. Ils ne prouvent pas nécessairement que le danger est plus grand aujourd’hui qu’autrefois. Daech n’est pas au mieux de sa forme, qui recule sur les fronts irakien et syrien, perd des territoires et de l’influence, a abandonné Mossoul (Irak) et va subir le même sort à Raqqa (Syrie). Bien sûr, l’idée que l’hydre aux mille tentacules gagne en agressivité contre les civils européens ce qu’elle perd en crédibilité militaire sur le terrain n’est nullement satisfaisante.
Bien plus que la démonstration de force, la prévention est la clé de la sécurité. Les Européens ont largement prouvé qu’ils ne se laissent pas terroriser et qu’après le chagrin et les larmes, la vie reprend ses droits. Cette excellente disposition d’esprit doit être accompagnée par l’extrême vigilance des forces de l’ordre et des citoyens eux-mêmes.

RICHARD LISCIA

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L’été productif

Muriel Pénicaud : imperturbable
(Photo AFP)

Loin d’être abandonnées ou retardées, les réformes se mettent en place, en dépit de la confusion qui a régné ces dernières semaines au Parlement. C’est l’occasion de rappeler qu’il faut toujours relativiser des couacs qui ne remettent pas en question l’action politique.

LE MEILLEUR EXEMPLE de ce que j’avance, c’est le projet de loi travail qui vient de faire l’objet d’un accord entre l’Assemblée, à majorité République en marche, et le Sénat, à majorité les Républicains. Cela montre d’abord que la vaste entreprise réformiste du gouvernement n’est pas altérée par les inconsistances, les erreurs de procédure et l’apprentissage, lent et chaotique, des nouveaux députés macroniens ; et cela indique que, sur un dossier d’une inextricable complexité, qui a déjà produit dans le pays de vives rébellions, accompagnées de manifestations monstres, une forme de consensus a émergé au Parlement, pendant que le gouvernement poursuit et termine ses conversations avec les syndicats, largement associés à la réforme.
Il y aura toujours une forte opposition à un projet de loi qui brise plus d’un tabou et remet en cause les acquis sociaux. Elle existe et s’exprime à l’Assemblée tous les jours ; elle constitue le coeur de la revendication syndicale. Mais, au fond, qui croit désormais en France que cette réforme n’aura pas lieu? Qui ne sent au fond de lui-même qu’il est temps de moderniser le pays et de lui donner quelques chances de se ressaisir ? Qui ne comprend pas que, en s’opposant pour s’opposer, il se marginalise ? On peut imaginer en septembre quelques barouds d’honneur, des manifestations, des émeutes peut-être (dès lors qu’on trouvera toujours quelques centaines de malandrins prêts à casser quelques vitrines). Mais l’atmosphère générale des débats et des discussions est infiniment plus sereine que lorsque Manuel Valls a voulu réformer le code du travail au moyen de l’article 49/3 de la Constitution.

Une vente légale.

Or la loi Valls a changé beaucoup moins d’éléments essentiels du système qui régit les relations entre patron et salarié que le projet présenté par Muriel Pénicaud, ministre des Affaires sociales. Il se trouve qu’elle fait l’objet de soupçons divers qui menacent sa présence au sein du gouvernement, mais elle résiste. On lui a d’abord reproché d’avoir organisé, alors qu’elle dirigeait Business France, un organisme qui promeut l’image commerciale du pays, une visite d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, à Las Vegas. Visite qui a coûté cher (près de 400 000 euros), alors que le voyage du ministre n’a pas fait l’objet d’un appel d’offres. L’affaire n’est pas close. Ensuite, « l’Humanité », quotidien communiste a révélé que Mme Pénicaud, ancienne directrice des ressources humaines chez Danone, a vendu des actions de son entreprise, ce qui lui aurait rapporté un million d’euros en plus-value. Cependant, Muriel Pénicaud, à l’époque, n’était ni élue, ni nommée à un poste de l’exécutif. Elle a fait ce que d’autres cadres supérieurs de Danone ont fait. La vente des actions était parfaitement légale.

Transparence et « voyeurisme ».

Bien entendu, la question porte moins sur son intégrité personnelle que sur l’effet que de telles informations exercent sur l’opinion. Jusqu’à présent, Mme Pénicaud a tenu bon. Ni le président ni le Premier ministre ne semblent désireux de la remplacer, en plein débat sur la loi travail, par une autre personnalité. Pourquoi ? Parce qu’on peut penser ce qu’on veut d’un cadre qui s’enrichit par le biais de la Bourse (d’autant que Mme Pénicaud a vendu ses parts quelque temps après un plan social qui a permis à la valeur de l’action Danone de remonter), on ne peut pas nier que la ministre des Affaires sociales est ultra-compétente dans son domaine et qu’elle sait dialoguer avec les syndicats sans cris d’orfraie et sans claquements de porte. C’est un don, et le pays ne doit pas s’en priver. Peut-être aussi que l’opinion commence à réaliser qu’à aller fouiller dans le passé de leurs ministres et à tenter ainsi de les discréditer, on va parfois un peu loin. Jusqu’au « voyeurisme », dit avec assurance Mme Pénicaud. Le sort personnel de la ministre n’est pas encore décidé, une enquête sur Business France est encours et sa vente d’actions est complètement honnête. Laissons faire la justice, mais laissons aussi Muriel Pénicaud obtenir bientôt une réforme de travail qui constitue la clé de voûte de tout le programme d’Emmanuel Macron.

RICHARD LISCIA

PS-Je m’absente pendant deux semaines. Pour ceux qui m’accordent le privilège de me lire, je reviendrai le 22 août.

R.L.

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Maison Blanche, bateau ivre

John Kelly
(Photo AFP)

Le président Donald Trump a engagé un nouveau secrétaire général de la Maison Blanche, John Kelly, un ancien général et, dans la foulée, il s’est débarrassé du nouveau directeur de la communication de la Maison Blanche, Anthony Scaramucci, engagé il y a à peine dix jours.

DÉCIDÉMENT, le président des États-Unis n’est pas au bout de ses peines. Il avait suffisamment critiqué son porte-parole, Sean Spicer, pour que celui-ci, à bout de forces, épuisé par les contradictions répétitives auxquelles il était exposé, démissionnât. Qu’à cela ne tienne. Donald Trump a trouvé la perle, un homme d’affaires du nom irremplaçable de Scaramucci, qui se crut obligé de lancer contre Reince Priebus, le secrétaire général de la Maison Blanche, une algarade dont la sémantique grossière le disputait à la diffamation. La vulgarité de M. Scaramucci a lassé M. Trump, qui a finalement trouvé son maître dans ce domaine. Et il a décidé de demander au général Kelly de remettre de l’ordre dans une maison secouée par les scandales, les propos indignes, les difficultés insurmontables. Il lui a mâché le travail puisque, pour nommer le général, il devait se débarrasser de son prédécesseur, Reince Priebus.

L’expulsion de 755 Américains.

L’opinion américaine, cependant, se montrera sceptique au sujet d’une pacification de l’entourage de M. Trump. Depuis un peu plus de six mois qu’il est au pouvoir, le président a prouvé à plusieurs reprises qu’il ne savait pas choisir ses collaborateurs, qu’il changeait de conviction comme de chemise et qu’étant imprévisible, avec ses tweets vengeurs mais puérils, il a abaissé sa fonction, peut-être de façon irrémédiable. D’autant que sa lamentable communication résulte principalement de son incapacité à convaincre ses concitoyens de l’harmonie de sa pensée et de son action et que ses volte-face plongent les Américains dans la perplexité, l’incertitude et l’inquiétude liée aux divers dossiers dont Donald Trump, semble-t-il, a perdu le contrôle.
Par exemple, la Corée du Nord multiplie les provocations en lançant des missiles en direction de l’Alaska et clame que, dans peu de temps, elle sera en mesure de frapper n’importe quel coin des États-Unis. M. Trump se contente de la menacer, réclame en vain une action diplomatique chinoise qui ne se produit jamais, et se perd dans des commentaires qui font apparaître son pays comme une puissance de seconde zone incapable de se faire respecter. Certes, cela montre au moins qu’il veut éviter une guerre mondiale. Mais, pendant ce temps, la Russie se réjouit de l’affaiblissement américain auquel elle vient de contribuer en fermant des locaux américains en Russie et en expulsant pas moins de 755 diplomates. Comme ce genre de mesure appelle la réciprocité absolue, bientôt, les canaux de communication entre Washington et Moscou seront coupés et il ne sera pas facile de désamorcer une crise plus grave entre les deux capitales.

Embrouillamini avec la Russie.

M. Trump ne s’est pas non plus libéré de la menace que font peser sur sa présidence les relations que son entourage a pu avoir avec les autorités russes pendant la campagne électorale. Selon de nouvelles révélations, les étranges explications fournies par son fils Donald Jr sur un entretien qu’il a eu avec une avocate russe auraient été dictées par Donald père. Simultanément, un ancien directeur du FBI, Robert Mueller enquête sur les ingérences électroniques russes dans le processus électoral aux États-Unis. L’idée que le Kremlin a tenté de fausser le résultat des élections de novembre dernier, celles qui ont porté M. Trump au pouvoir, n’est pas écartée. D’une façon générale, et en dépit de ses propres jugements emphatiques sur le bilan de ses six premiers mois à la présidence, M. Trump accumule les échecs. Ainsi, il a tenté de démanteler l’assurance-maladie mise en place par Barack Obama mais le Sénat a voté contre le remplacement du système par un autre, plusieurs sénateurs républicains, avec à leur tête John McCain, ancien candidat à la présidence en 2008, ayant rejoint l’opposition démocrate. C’est un échec de taille pour Donald Trump qui l’a commenté en prédisant que l’Obamacare finirait par imploser, comme s’il n’était pas essentiel que les Américains disposent d’une protection sociale. De la même manière, en sortant de la COP 21, c’est-à-dire de l’accord climatique remporté de haute lutte à Paris, Trump croit qu’il montre ainsi la force de son pays alors que, en réalité, il en a fait un paria international.

Un discrédit durable.

Ce tableau général de l’Amérique de Trump montre surtout que le président n’est pas à la hauteur de sa tâche. La Russie agit comme si elle était convaincue que la paralysie américaine allait se poursuivre ; il en va de même avec la Chine qui sait très bien discerner la rhétorique trumpiste du danger inexistant d’une action militaire américaine. M. Trump se félicite de la bonne santé de l’économie et de la baisse du chômage, en feignant de croire que les Américains lui doivent quelques bons chiffres qui sont, en réalité, l’héritage d’Obama. Twitter, l’esbroufe, les manipulations grossières de l’information, le langage de palefrenier, les provocations et l’immobilisme diplomatique ne représentent pas les instruments d’une bonne gouvernance. De même que des paroles autoritaires ne renforcent pas toujours l’autorité du président. Nombre de personnalités de son entourage sont compétentes. Reince Priebus, par exemple, est l’ancien président du parti républicain et il était parfaitement adapté à son travail à la Maison Blanche. M. Trump limoge des gens ou les laisse partir, il se prive de leur talent. Ses erreurs de casting, comme la nomination de Scaramucci, sont multiples. Il n’a pas fini de jeter le discrédit sur ses méthodes.

RICHARD LISCIA

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Caracas : le pouvoir aux abois

Le triomphe de Maduro
(Photo AFP)

Il est difficile de sous-estimer la ténacité d’un homme, Nicolas Maduro, président du Venezuela, qui a réussi à inventer tous les stratagèmes pour rester accroché au pouvoir en dépit d’une opposition forte, permanente et au moins aussi tenace que lui.

M. MADURO a organisé des élections pour former une Assemblée constituante. Contrairement à celle qui est en place et a largement discrédité le successeur d’Hugo Chavez, mort il y a quatre ans, la constituante sera chargée, nul ne l’ignore, de placer le peuple vénézuélien sous le joug d’une dictature. L’impopularité de Maduro n’est pas à démontrer mais il garde à ses côtés une fraction non négligeable de la population. Quarante deux pour cent des Vénézuéliens ont participé au vote pour la constituante, ce qui permet à Maduro de crier victoire : sa présidence n’est faite que de vocables triomphalistes alors que son pays sombre dans une misère noire. Mais la vérité est que la moitié au moins des citoyens sont hostiles au président en place et réclament son départ. Ils n’ont pas voté. Ils ont manifesté, souvent de manière violente, et, depuis plusieurs mois, les émeutes et d’échauffourées avec un service d’ordre implacable se sont multipliées ; on ne compte plus les morts.

Une imposture.

La « révolution bolivarienne », tant voulue par Chavez et tant estimée par Jean-Luc Mélenchon, n’est donc qu’une imposture morale, politique, économique et institutionnelle. Au Venezuela, la seule recette de l’État, c’est le pétrole. Les structures du pays n’ont pas résisté à la baisse de l’or noir. Inflation galopante, paupérisation des classes déjà pauvres, régime autoritaire et violent, la prétendue révolution est surtout un prétexte pour refuser au peuple toute alternative politique. Il en va ainsi des gouvernements qui refusent de se soumettre au verdict des urnes à intervalles réguliers. M. Maduro a mis au point un système qui ne donne la parole qu’à ses affidés. Ce genre de tour de passe-passe est infailliblement le produit d’une situation désespérée. Mais les partisans de Maduro existent et ils lui accordent massivement leurs suffrages parce qu’ils sont tous les chouchous d’une révolution qui a financé les foyers les plus modestess en leur offrant un logement et des avantages sociaux.

Une faillite.

Ce qui explique la faillite économique du Venezuela : une dépense sociale que ne compensent plus les recettes du pétrole. Autant dire, si l’on note tout ce qui divise la population, qu’il existe là-bas cinquante nuances de gris et qu’il faut éviter les jugements manichéens. Mais au moins Chavez avait-il le souffle oratoire des démagogues. Maduro, lui, n’a rien pour plaire. Il n’est déterminé que par sa volonté de rester au pouvoir et, à la déréliction d’une nation qui aurait pu être riche, il ajoute le ridicule dans lequel le plonge son ignorance crasse des principes démocratiques et du fonctionnement des institutions.
Les opposants à Maduro ne peuvent nourrir d’espoir que dans une intervention internationale. Nombreux sont les pays, notamment les voisins latino-maéricains du Venezuela, qui ont condamné ces élections scélérates. Mais la pression morale ne semble pas suffire. Dans son lent retour à la guerre froide et en dépit de son abandon du marxisme, la Russie est pratiquement la seule à soutenir le gouvernement de Maduro, comme si la vision de Poutine se limitait au renforcement de tout ce qui, dans le monde, combat le modèle de la démocratie parlementaire. Les péripéties d’une relation très détériorée entre Vladimir Poutine et Donald Trump ne vont pas faciliter l’émergence d’une solution négociée au Venezuela. Cependant, la détermination des dissidents vénézuéliens est immense. La guerre civile est proche, et, malheureusement, aucune influence extérieure ne semble capable de ramener Maduro à la raison.

RICHARD LISCIA

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La roue de secours du libéralisme

Le colossal « Harmony of the seas »
(Photo AFP)

Le gouvernement a décidé de nationaliser les chantiers navals de Sain-Nazaire pour empêcher l’Italien Ficantieri, déjà présent dans le capital, de prendre la majorité absolue. C’est une mesure presque inattendue, à contre-courant du libéralisme et particulièrement mystérieuse.

LA DÉCISION du gouvernement fait consensus en France, avec des commentaires chaleureux de la droite et de la gauche, un soutien sans failles des syndicats, et les applaudissements de l’opinion en général. Il s’agit d’un choix hautement politique, mûrement réfléchi, et destiné essentiellement à protéger les emplois des chantiers navals. Il a été rendu possible par une loi qu’Arnaud Montebourg a fait adopter quand il était ministre de l’Économie. Quel rapport y a-t-il entre MM. Macron et Montebourg ? Aucun, sinon que la législation est tombée à point nommé pour empêcher le triomphe de Ficantieri. Au demeurant, le rachat des parts nécessaires pour assurer la majorité absolue à l’État ne coûte pas cher : 80 millions d’euros seulement, les chantiers navals commençant à peine à faire des bénéfices, mais disposant de commandes qui assurent l’activité de l’entreprise pendant plusieurs années.

La fureur des Italiens.

L’inconvénient de la mesure, c’est qu’elle est très mal accueillie à Rome où l’on dénonce amèrement le comportement français, nationaliste, fort peu européen, et qui consiste à traiter l’Italie comme une puissance de seconde zone. Aussi bien, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, artisan de l’opération, part pour la capitale italienne où il va tenter de calmer l’ire du gouvernement, après qu’Emmanuel Macron a appelé le président du conseil de la péninsule, Paolo Gentiloni, pour le rassurer sur les intentions françaises. En effet, il ne s’agit que d’une nationalisation temporaire et non d’un basculement idéologique du gouvernement français. D’ailleurs, le ministère de l’Économie a fait fuiter des rumeurs sur de nouvelles privatisations. L’objectif de M. Macron n’est pas de nationaliser, mais seulement d’assurer un avenir à une technologie et à des salariés qui ont fait largement leurs preuves en produisant les plus beaux navires, du « Queen Mary » à de gigantesques paquebots de croisière. Le marché des chantiers navals devient essentiellement chinois. Ficantieri travaille beaucoup avec la Chine, d’où viennent et viendront les plus grosses commandes. La France craint que les chantiers navals soient délocalisés.

Un précédent.

Un compromis peut-il être trouvé entre Paris et Rome ? C’est peu probable, sinon impossible. Les deux logiques s’opposent : l’une, la française, donne la priorité à la pérennité de l’emploi, l’autre, l’italienne, ne raisonne qu’en termes de marché. Les salariés de « Naval Group » (nom des chantiers navals de Saint-Nazaire) sont d’ailleurs convaincus que les Italiens sont infiniment plus intéressés par l’outil technologique français, de niveau supérieur, que par le sort des ouvriers. On ne sait pas trop bien comment la commission européenne va réagir, mais nul doute que les autorités françaises vont multiplier les déclarations rassurantes et mettre l’accent sur le caractère temporaire de la nationalisation. De toute évidence, après le « rabotage » de l’aide au logement, le gouvernement a voulu envoyer un signal à forte connotation sociale, et il a réussi, si l’on en juge par le concert harmonieux des approbations qu’il entend.
Il faut néanmoins espérer que la France saura calmer le jeu. La prochaine fois qu’elle voudra acheter une entreprise en Europe, elle, qui a vendu quelques bijoux de famille à des pays beaucoup moins sûrs que l’Italie, risque de rencontrer de vives difficultés et sera sans défense si on lui fait valoir que son attitude, dans l’affaire des chantiers navals, mérite rétribution.

RICHARD LISCIA

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Pouvoir et désordre

Pour le moment, ça baigne
(Photo AFP)

Faut-il s’inquiéter des premiers balbutiements de la majorité République en marche qui, à l’Assemblée, bouscule les habitudes, au grand dam des oppositions ? La presse recense les désordres introduits dans l’hémicycle par l’enthousiasme expéditif et l’inexpérience des nouveaux députés. Elle remarque que le fonctionnement du tandem Macron-Philippe ne semble pas satisfaire le président de la République.

LA PLUPART de ces constats sont exacts : dans l’examen et les votes des projets de loi, les élus REM vont parfois plus vite que la musique. Ils semblent parfois manipulés par leurs leaders. Richard Ferrand, chef du groupe REM à l’Assemblée, a tenté, mais vainement, d’empêcher la suppression de la réserve parlementaire, qui constitue pourtant l’une des promesses de campagne du candidat Macron. Il s’est également distingué en déposant un amendement destiné à éviter l’adoption d’une mesure, la nécessité d’avoir un casier judiciaire vierge pour briguer une élection. Là encore, il s’agissait d’un engament de M. Macron. Or Richard Ferrand est cet ancien socialiste, passé parmi les tout premiers dans le camp d’En Marche, le grand appariteur des investitures pour la députation, devenu un très proche du président, mais embringué dans une affaire, celle des Mutuelles de Bretagne. Il a dû quitter son poste de ministre de la Cohésion des territoires pour prendre la tête du groupe REM à l’Assemblée, mais même cette position est fragile si, au décours de l’enquête sur son cas, il est mis en examen.

Le mystère Ferrand.

Le fait qu’il représente un handicap pour le président et que, simultanément, il se comporte avec une étrange liberté qui le conduit à saper les engagements de son ami relève du mystère. À son tour, comme tous les élus qui ont maille à partir avec la justice, le voilà qui joue un jeu personnel, pas nécessairement en phase avec les intérêts des pouvoirs exécutif et législatif. Personne ne niera que le « nouveau monde » apparemment créé par l’élection à la magistrature suprême d’Emmanuel Macron suit une course aussi chaotique que l’ancien. M. Macron, en effet, a dû se séparer de quatre ministres mêlés de près ou de loin à des affaires. Sa communication, vigoureusement contrôlée, n’en est pas moins jalonnée de dissonances. Des décisions en nombre croissant, la toute dernière étant le rabotage de 5 euros par mois de l’aide au logement qui a soulevé un tollé à droite et à gauche, sont très contestées. Est-il possible de dire que, la nouveauté apportant son cortège de couacs et de faux-pas, la majorité finira, avec un peu de temps et de patience, à se ressaisir ? La cohésion du tandem de l’exécutif elle-même a été mise à mal quand M. Macron a effacé la plus grande partie du discours de politique générale d’Édouard Philippe. Le Premier ministre a annoncé des reports d’un an de baisses d’impôt, le président de la République en a exigé l’effet immédiat. Ambiance.

Les changements prennent forme.

Pour autant, la menace d’une rupture entre les deux hommes est inexistante. À ce jour, M. Philippe ne s’est pas dressé contre le président. Sa discrétion constitue le meilleur rempart pour protéger le chef de l’État. Il a d’ailleurs avalé quelques couleuvres avec une remarquable sérénité. Sa docilité est une forme de talent : il croit profondément aux réformes qu’il veut engager et refuse de se détourner de son objectif pour des questions liées à l’ego et au prestige. Avec une inlassable énergie, il reprend les dossiers à l’endroit où M. Macron les a replacés. Et il repart de plus belle. On dit que le président contrôle sa communication, mais le Premier ministre en fait tout autant. Personne ne l’aura jamais entendu se plaindre. D’aucuns auront vite fait de dire que M. Macron « l’humilie », mais dès lors que lui-même arbore son optimisme, l’humiliation n’existe que dans la tête de ceux qui, de toute difficulté de parcours, font une catastrophe. Non pas que les discordances gouvernementales et celles de la majorité puissent être minimisées. Mais le gouvernement travaille et les changements commencent à prendre forme. C’est encourageant.

RICHARD LISCIA

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Le refus de la transparence

Nicole Belloubet
(Photo AFP)

La loi de moralisation de la vie publique a déjà changé de nom : elle s’appelle maintenant « loi pour la confiance dans notre vie démocratique ». Elle rencontre à l’Assemblée de vives résistances et sera tout aussi difficile à adopter que les autres projets de réforme.

ON CROYAIT, après une cascade d’affaires impliquant des élus, que le projet naguère porté par François Bayrou, mais aujourd’hui défendu par sa remplaçante, Nicole Belloubet, serait vite voté par une Assemblée rajeunie, où les « marcheurs » font désormais la pluie et le beau temps. Il n’en est rien. D’abord parce que des milliers d’amendements ont été déposés, ce qui indique une totale absence de consensus sur le contenu du projet, ensuite parce que les groupes politiques, République en marche comprise, se révèlent hostiles à plusieurs dispositions de la loi.

Voter contre son intérêt.

Les élus macronistes ont été considérés, alternativement, comme des godillots de l’exécutif et comme des jeunes gens capricieux dépourvus de discipline. Ils ont montré qu’ils ne sont ni l’un ni l’autre, mais qu’il est difficile pour tout député de voter contre son propre intérêt. On assiste donc à une rébellion qui est de toutes les époques. Elle nous laisse imaginer ce qui se passera quand le gouvernement voudra diminuer d’un tiers le nombre de députés, exigeant ainsi de sa majorité qu’elle se fasse hara-kiri. Dans le cas présent, celui de la réserve parlementaire, la révolte vient plutôt des Républicains, qui estiment qu’elle est indispensable au député.
De quoi s’agit-il ? D’une somme allouée à chaque député qui peut la dépenser chaque année pour satisfaire des demandes en provenance de ses électeurs. Pour mémoire, un simple député dispose de 130 000 euros, et la somme mise à la disposition d’un élu doté de responsabilités (président de groupe par exemple) est beaucoup plus élevée. Dans le cas du président de l’Assemblée, elle atteint plusieurs centaines de milliers d’euros. On devine où le bât blesse : l’élu est libre d’octroyer des fonds à qui bon lui semble, de son statut dépend la somme distribuée, et il n’a aucun compte à rendre sur l’usage de l’argent, même si tout enrichissement personnel est impossible.

La forme aboutie du clientélisme.

Pourquoi ne pas en revenir à une idée toute simple, celle de l’attribution de crédits publics soumise au vote de tous ? Parce que, en réalité, la réserve parlementaire est la forme aboutie du clientélisme. Elle renforce la pérennité du mandat, celui-là même qu’on limite désormais dans le temps et dont on empêche le cumul avec un autre mandat. La logique exige la suppression de la réserve, qui a coûté 147 millions l’an dernier (Assemblée et Sénat confondus). La résistance à un article de la loi qu’inspire le souci de transparence montre que, dans beaucoup de partis, règne encore un état d’esprit que les « affaires » devraient pourtant avoir changé. Un état d’esprit qu’on a déjà pu déceler la semaine dernière quand des députés se sont révoltés contre l’idée que toute dépense devait être justifiée par une facture et que le député ne peut pas faire ce qu’il veut de l’allocation qui s’ajoute à son indemnité (c’est-à-dire son salaire). Ce sont les vestiges d’un système qui, avec le temps, a littéralement construit une série de privilèges autour de la fonction élective. Il est temps de les abolir. « On ne va tout de même pas aller au MacDonald’s quand on invite un chef d’entreprise », a déclaré un élu qui ne se rendait pas compte de son propre ridicule.
En effet, il n’existe aucune entreprise privée qui accorde de telles largesses à ses employés et les élus agacés par la réforme feraient bien de s’en souvenir. L’argent public est celui du contribuable. Il doit être dépensé avec une parcimonie extrême. Beaucoup de gens n’ont pas encore compris que le monde a changé.

RICHARD LISCIA

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Turquie : les libertés supprimées

Manifestation turque en faveur des journalistes
(Photo AFP)

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a riposté à une tentative ratée de coup d’État militaire l’année dernière par une répression sans précédent qui a éliminé des dizaines de milliers de fonctionnaires, jeté en prison des milliers de citoyens turcs considérés comme des personnes favorables au putsch, et liquide lentement ce qu’il reste de presse libre en Turquie.

DIX-SEPT journalistes du quotidien Cumuhuryiet, un des journaux les plus lus de Turquie, subissent en ce moment un simulacre de procès. Ils risquent jusqu’à 43 ans de prison. Leur crime ? Ils croyaient pouvoir dire la vérité. Tous leurs droits sont bafoués. Leurs avocats n’ont pas accès au dossier, ils ne sont pas autorisés à étayer leur cas par les notes qu’ils ont accumulées, tout est fait pour que seule la thèse de l’accusation soit entendue dans l’enceinte du palais de justice de Caglayan. Le putsch, où Erdogan a failli laisser sa vie ou au moins sa liberté, l’a rendu paranoïaque : il voit des ennemis partout et il est convaincu qu’un Turc, naguère son allié, Fehtullah Gülen, exilé aux États-Unis, est à l’origine du complot manqué. Comme le gouvernement américain refuse de lui livrer M. Gülen, Erdogan voit en l’Amérique un des participants au coup d’État, ce que rien ne vérifie. Cent-cinquante organes de presse divers ont été fermés en un an et plus de 160 journalistes sont en prison.

Fort soutien populaire.

Pour le moment, Erdogan bénéficie d’un fort soutien populaire, même si l’opposition réussit à rassembler des foules de plus en plus importantes contre des mesures autoritaires qui sont en train d’achever ce qu’il reste de liberté en Turquie. Il veut jouer un rôle essentiel dans le monde musulman et, tout en combattant le régime syrien, il s’oppose aux Kurdes, forte minorité installée dans le sud-est de la Turquie, qui en Irak et en Syrie, est soutenue par les Occidentaux. Ce que Erdogan fait à ses concitoyens n’est pas encore comparable à sa haine des Kurdes, dont les revendications croissantes et quelques succès militaires en Irak et en Syrie ont renforcé le nationalisme. En Irak, ils ont formé une entité dans le nord du pays, où ils vivent une vie paisible et prospère. Le président turc voit en eux une force qui menace l’unité de son pays et il ne pense qu’à les éliminer.
Mais, théoriquement, Recep Erdogan est censé être un allié des Occidentaux car la Turquie est membre de l’OTAN et a accordé aux Américains la base importante d’Incirlik. Il ne serait pas faux de dire que ces très anciens arrangements avec l’OTAN et les États-Unis commencent à être caducs, tant le régime turc a évolué vers une forme de dictature en totale contradiction avec les principes occidentaux. De la même manière, l’espoir de la Turquie de rejoindre un jour l’Union européenne a peu de chances de se concrétiser.

Un Kemal islamiste.

M. Erdogan a choisi plutôt d’adopter un type de régime incompatible avec les « valeurs » européennes. Porté jusqu’à présent par une incontestable croissance économique qui a fait de son parti, l’AKP, une formation disposant de la majorité absolue, et de lui-même un leader sans rival, il est devenu allergique à toute forme d’opposition et s’appuie sur une propagande inlassable pour stimuler, au sein du peuple turc, une vive aversion contre toutes les formes d’occidentalisation. C’est une sorte de Kemal Atatürk à l’envers. Son prédécesseur lointain avait modernisé et laïcisé la Turquie, Erdogan en fait de nouveau une puissance religieuse qui, dans son esprit, doit servir de phare aux pays musulmans.
Si les États-Unis éprouvent beaucoup de mal à se séparer de la Turquie et surtout de leur base d’Incirlik, l’Union européenne n’a aucune envie de passer des compromis avec une dictature naissante dont l’action politique est jalonnée de provocations quotidiennes. M. Erdogan ne semble pas mesurer, dans l’ivresse du pouvoir absolu qu’il est en train de se forger, les conséquences économiques et politiques dommageables qui ne manqueront pas de se faire sentir dans les années qui viennent. Tant d’absolutisme dans un pays ouvert à tous les courants de pensée, qui dispose d’une presse objective, d’intellectuels remarquables, conduira nécessairement à une désaffection des Turcs, qui préfèreront alors le retour de la démocratie.

RICHARD LISCIA

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