Le calcul de Mélenchon

Mélenchon chante la Marseillaise
(Photo AFP)

Cette série de grèves à répétition montre principalement que les effectifs des protestataires tendent à diminuer. Les manifestants sont heureux de s’opposer, il ne faut pas pour autant que la CGT leur prenne trop de temps. Pour Emmanuel Macron, le danger est-il plus politique que syndical ? Jean-Luc Mélenchon et ses amis s’agitent énormément. Mais les ordonnances, elles, sont adoptées et vont être aussitôt applicables.

M. MÉLENCHON joue un rôle d’autant moins négligeable que, même si la plupart des commentateurs ne soutiennent pas ses idées, ils l’encensent quotidiennement. Ses manières autoritaires, largement imprégnées du mépris qu’il voue à ceux qui ne partagent pas ses idées, ses numéros de prétendant à la couronne qui dénonce d’autant plus le pouvoir en place que lui-même fait partie des perdants des élections, son invention d’une légitimité alternative, très proche des réalités alternatives chères à M. Trump, lequel ne se contente pas de la vérité mais l’aime quand elle est maquillée, feraient de M. Mélenchon un personnage à peu près insupportable pour tout le monde si cette somme de travers ne séduisait énormément une bonne fraction de la population. Un sondage Odoxa publié aujourd’hui indique toutefois que 68 % des Français ne voient pas le chef de la France insoumise comme président. Il a donc assez de troupes pour conduire un soulèvement, mais pas assez pour créer la VIè République, sa vieille marotte. En même temps qu’il déploie ses stratagèmes pour conquérir le pouvoir, visiblement par les moyens hypertrophiés de l’agit-prop, qui remplacent les scrutins qu’il a perdus, il dévoile les points de sa stratégie que la majorité parlementaire et le gouvernement doivent combattre avec la dernière énergie.

Le pire choix du citoyen.

Les mésaventures du Front national traduisent le vrai rôle des partis de l’extrême. Le FN souffre aussi du fait que la France insoumise lui a ravi la place de premier parti contestataire et M. Mélenchon, qui ne respecte sa propre idéologie que pour saper l’adversaire, n’hésite pas à ouvrir les bras aux électeurs du Front. Ce sont en effet de « braves gens », comme l’écrit infailliblement une presse prudente, comme l’affirment les ténors de la politique, soucieux de ne pas s’aliéner cette forte fraction de l’électorat, comme le répète à satiété la doxa politiquement correcte. Ce seraient des démocrates dévoyés par les insuffisances de la démocratie. Vraiment ? Dans ce cas, voilà une bonne raison de rappeler qu’il leur manque une formation à la défense des principes républicains. Céder aux sirènes de l’extrémisme, d’extrême droite ou d’extrême gauche, c’est croire qu’il y a une vie décente en dehors de la démocratie. C’est le pire choix que puisse faire le citoyen.
Deux Français sur trois ont élu Macron président, deux Français sur trois refusent d’élire Mélenchon, et, parmi les 34 pour cent qui ont voté Marine Le Pen au second tour, beaucoup, semble-t-il, commencent à être lassés par le Front national. Que certains d’entre eux souhaitent troquer leur engagement avec le FN contre un autre avec LFI, ce que rien ne prouve, signifierait qu’ils se moquent de la légitimité du pouvoir. Ils sont prêts à avoir, à l’Élysée, un président inspiré par le « bolivarisme », admirateur de Castro et de Chavez et disposé à lancer en France une expérience comparable à celle de Nicolas Maduro. Ils préfèrent donc, au projet de Macron, une politique qui ruinerait la France. De « braves gens », vous dit-on.

La CGT bousculée.

Je suppose que la journée de demain, consacrée à la mécanique musculaire du mélenchonisme, sera un succès. Ce ne sont pas les syndicats, et surtout pas la CGT, qui peine à mobiliser ses troupes, qui s’en réjouiront. Ils craignent comme la peste le « remplacement » de la lutte syndicale par une agitation politique assez puissante pour troubler le pays. Au 23 septembre de Mélenchon, succèdera donc le 25 septembre de M. Martinez, qui se fera un devoir, grâce aux blocages des routes par les conducteurs de camions, de paralyser la France. Mais non, ce n’est pas pour vous empoisonner la vie. C’est pour démontrer que, dans le domaine du grabuge artificiel, un leader syndical qui ne sourit jamais est meilleur qu’un artiste de la pantomime. Je ne vois pas pourquoi, sous le prétexte que MM. Mélenchon et Martinez exercent un pouvoir avec lequel M. Macron doit compter, on oublierait de dénoncer le ridicule des deux personnages, leurs propos inquiétants, la victimisation du peuple à laquelle ils se livrent sans vergogne, l’insolvabilité du projet du premier, le super-conservatisme du second. Hier à la télévision, une femme à la recherche d’un emploi reprochait à M. Macron sa politique trop « libéraliste ». La réponse du président aurait dû être toute simple. Les ordonnances, c’est pour donner du travail aux chômeurs après que d’autres réformes auront été accomplies. C’est pour vous, Madame, que je travaille.

RICHARD LISCIA

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Rupture au FN

Philippot : fin de partie
(Photo AFP)

La démission de Florian Philippot, vice-président du FN, traduit une crise profonde au sein du Front national, un peu plus plus affaibli chaque jour par ses divisions et ses incertitudes idéologiques.

DEPUIS que M. Philippot a créé son association, « les Patriotes », qui ressemble furieusement à un parti politique, rien n’allait plus vraiment entre Marine Le Pen et le tout premier de ses collègues. Venu du chevènementisme, fortement inspiré par le souverainisme, le gaullisme et autres thérapies contre la mondialisation, Florian Philippot occupait au sein du Front une place que beaucoup lui enviaient, lui qui n’a que 35 ans et s’est déjà illustré comme l’idéologue de la droite extrême et le confident de Mme Le Pen. Dans cette officine, vaste mais sombre, où le pouvoir se transmet de père en fille, où les « trahisons », comme celle de Bruno Mégret à la fin des années 90, sont courantes, où les débats de toutes sortes sont à la fois interminables et foisonnants, la crise née de la défaite électorale couvait donc depuis juin dernier.
M. Philippot et sa carrière fulgurante ont suscité beaucoup de jalousies et le procès qui lui a été fait par de nombreux ténors du FN résulte davantage de son indépendance d’esprit, d’une certaine arrogance face aux caciques du Front, de son côté « à prendre ou à laisser » que d’un danger quelconque auquel il aurait exposé le FN. Marine Le Pen est entrée dans une période de doute : elle a très mal vécu sa détestable performance télévisée d’entre les deux tours, elle s’en remettait toujours à M. Philippot pour maintenir la ligne du parti et la cohérence de ses propres idées, elle ne l’avait hissé à ses côtés que pour en faire son numéro deux et peut-être même son successeur.

Le rôle d’Aliot.

Bien que la défaite et l’incapacité du parti à tomber d’accord sur une ligne politique soient les principales raisons de son affaiblissement, lequel est d’ailleurs davantage dans les têtes que dans la réalité électorale, aucun sujet de fond n’explique le divorce entre Mme Le Pen et M. Philippot. La haine que sa présence nonchalante de premier de la classe soulevait dans les rangs explique la création des « Patriotes », rempart contre les complots internes, qui lui-même a été compris comme un défi à l’autorité de la présidente. M. Philippot a voulu se protéger contre les révolutions de palais, Mme Le Pen a vu dans la manoeuvre le début d’une trahison, née de son propre désarroi. Et c’est donc à son compagnon, Louis Aliot, qu’elle a demandé de sonner l’hallali dans un tweet vengeur où il ne se prive pas de couvrir d’épithètes l’ex-vice-président. Ainsi en va-t-il dans les systèmes totalitaires, où il faut toujours justifier un limogeage par les tares, naguère inconnues mais soudainement insupportables, du limogé.

Les clés de la maison.

Fidèle à lui-même, Jean-luc Mélenchon a appelé les « fâchés, mais pas fachos » (et surtout pas M. Philippot) à rejoindre la France insoumise, confirmant de cette manière ses affinités avec un mouvement censé se situer à l’opposé du spectre idéologique. La rupture entre Marine et Florian entraînera inévitablement des défections de militants lassés par les palinodies de la direction. M. Aliot dit que M. Philippot, parce qu’il ne travaillait plus, ne servait plus à rien. Il avait pourtant imposé à l’opinion l’image du personnage jeune, cultivé, disert, moderne qu’il est encore. Il ne pouvait occuper une place de premier plan sans être indispensable à Marine Le Pen qui, déjà très déconcertée par sa défaite, va se sentir bien seule au pouvoir, pour autant qu’elle compte y rester encore longtemps.
Il y aurait, dans ce cas, beaucoup de candidats à la relève. Le départ de M. Philippot va sans doute mettre un terme au programme le plus absurde du FN, la sortie de l’euro. De ce point de vue, c’est un facteur de réunification du parti. En revanche, d’autres personnalités fortes, comme Marion Maréchal-Le Pen, pourraient revenir sur la scène lors d’une quête de principes solides (immigration, religion, moeurs) sur lesquels l’action du FN pourrait être recentrée. Le retour aux fondamentaux, en quelque sorte. Tant que la famille a les clés de la maison, le Front survivra à ses crises. Quand la famille se déchirera, processus déjà bien entamé avec la guerre entre Jean-Marie et Marine, le danger sera mortel.

RICHARD LISCIA

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Macron défie Trump

Macron avec le secrétaire général de l’ONU, M. Guterres

L’un après l’autre, Donald Trump et Emmanuel Macron ont prononcé devant l’Assemblée générale de l’ONU des discours diamétralement opposés, dans la forme comme dans le fond.

L’EXERCICE du pouvoir et la confrontation aux réalités du monde n’ont pas convaincu le président des États-Unis qu’il devait tenir un langage différent, plus conciliant, plus diplomatique, surtout dans une enceinte dont la vocation est le maintien de la paix. M. Trump a exprimé hier sa vraie nature, belliqueuse, sûre de sa force, arrogante. Il a dit qu’il est prêt à tout, y compris à raser la Corée du Nord, à se retirer de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran et à abandonner le projet mondial de lutte contre le réchauffement climatique. Le président Macron, pour sa part, a énoncé des idées inverses, véhiculées par une langue impeccable. Il a soutenu à plusieurs reprises le multilatéralisme, dont les effets sont bien plus pacifiques que les menaces lancées au nom de la supériorité militaire, il a insisté avec humanisme sur la détresse indescriptible des immigrés, apporté son aval à l’accord nucléaire avec l’Iran, dénoncé Bachar Al-Assad tout en admettant qu’il faut négocier avec lui. Bref, Macron dit le contraire de Trump et ce qui se passe sur la scène internationale est tout à fait nouveau.

La défense du multilatéralisme.

Rex Tillerson, le secrétaire d’État américain, sait nuancer les propos de Trump : une renégociation de l’accord climatique nous permettra d’y rester, dit-il en substance ; des garanties nouvelles apportées par l’Iran nous convaincront de rester signataires du pacte que nous avons conclu avec lui. M. Macron répond qu’il n’est pas du tout question de renégocier quoi que ce soit dans chacun des deux dossiers. Cela signifie que, en dépit de la chaleur des rencontres Trump-Clinton, le président français qui a fait entendre un son agréable à la réunion des Nations-Unies, offre une alternative à l’unilatéralisme américain et que, de facto, il est en train de contribuer à l’isolement croissant des États-Unis.
Car il ne faut pas s’y tromper : l’Amérique ne peut raser la Corée du Nord que si, au préalable, Pyong Yang attaque le territoire sud-coréen, japonais ou américain. Si Trump se livrait à une attaque préventive, ce serait une déclaration de guerre à la Chine et sans doute à la Russie. Pour le moment, et en l’absence d’un acte insensé de Kim Jong-Un, le seul moyen de faire baisser la tension entre Washington et Pyong Yang, c’est la négociation par l’entremise de la Chine. Aucun allié traditionnel des États-Unis, même pas la Corée du Sud, même pas le Japon, n’a envie de se lancer dans une aventure suicidaire parce que M. Trump ne croit qu’aux vertus de la force. Le président américain peut déjà dresser un premier bilan de son action à l’étranger : ce sont la Russie et l’Iran qui mènent le bal en Syrie, où les Américains ne défendent plus que des positions éparses. Dans la question iranienne, M. Trump est le seul à vouloir renvoyer l’Iran à son statut de paria. Dans la question climatique, c’est également l’Amérique contre tous.

L’isolement des États-Unis.

Si M. Trump, pour une fois, va au-delà de ses pulsions, il ne manquera pas de constater que son action est en train de rétrécir l’influence américaine, que la Chine et la Russie font ce qu’elles veulent dans le monde sans tenir compte du point de vue de M. Trump, que l’isolationnisme éteint le rayonnement américain et que le protectionnisme finira par coûter très cher aux salariés américains. L’aveuglement du président, entretenu par ses électeurs, mais par bien peu d’élus républicains, le conduit tout simplement à la faillite.
Ce qui ne veut pas dire que nous évoluions vers un monde meilleur. La disparition du sens de la nuance et de la subtilité en diplomatie peut produire le pire des désastres, aussi bien à cause de la Corée qu’à cause des points chauds du globe où le retrait américain donne leur chance aux criminels de tous bords, de Bachar au Hezbollah, des passeurs libyens à Nicolas Maduro. La conduite hégémonique de la Chine dans le Pacifique oriental, la pax poutina qui se dessine en Syrie et en Irak, les premières victoires du chiisme contre le sunnisme au Proche-Orient, la montée en puissance de l’Iran sous le parapluie russe, la crise de nerfs permanente du président turc, Recep Erdogan, la lutte contre le terrorisme qui absorbe beaucoup d’énergie européenne, la défaite américaine en Afghanistan montrent que les successeurs de la superpuissance seront bien moins commodes qu’elle.

RICHARD LISCIA

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Pauvre Allemagne !

Merkel en campagne
(Photo AFP)

Dimanche, les Allemands voteront aux législatives. Angela Merkel, chancelière et chef de file de la CDU/CSU, est censée obtenir un quatrième mandat, même si l’extrême droite (AfD) a grappillé quatre points dans les sondages, risquant ainsi de relativiser la victoire attendue de Mme Merkel.

BIEN QU’ELLE dispose de quelque 14 points d’avance sur les sociaux-démocrates du SPD, la chancelière sera contrainte, une fois encore, de constituer un gouvernement de coalition. Elle s’adressera donc au parti qui fera le meilleur score après la CDU. Le candidat du SPD, Martin Schultz, ancien président de l’Assemblée européenne, qui a quitté ses fonctions pour tenter de battre Mme Merkel, pourrait envisager de participer de nouveau à cette coalition, mais ses collègues du SPD n’ont pas l’impression que ce type de gouvernance leur profite. Cela fait douze ans qu’ils n’ont pas remporté une élection législative, ce qui fait d’eux, en quelque sorte, d’éternels seconds. Mme Merkel pourrait se tourner vers les libéraux du FDP, qui semblent revenir en force. Leurs idées européennes, malheureusement, ne sont pas en accord avec celles de la CDU. La formation du prochain gouvernement prendra donc du temps. C’est tout l’art des Allemands de se concerter longtemps avant de passer un accord garantissant la stabilité politique pendant quatre ans. Nous devrions commencer par admirer leur méthode, démocratique, subtile et intelligente.

Les faiblesses du modèle.

Mais non. Le premier réflexe en France est de décrire par le menu tout ce qui ne va pas en Allemagne. L’exercice a pris la forme de nombreux reportages, écrits, radiodiffusés ou télévisés, qui insistent sur la précarité de nombreux Allemands, soumis à des conditions de travail parfois iniques et souvent obligés de cumuler les emplois pour joindre les deux bouts. Sur une chaîne de télévision française, hier, était exposé le cas d’une femme qui, pour gagner 1 450 euros par mois, occupait trois jobs. « Le Monde » de samedi dernier a publié une enquête ravageuse sur « les faiblesses du modèle allemand ». Absence de débats de fond pendant la campagne, scandale du « dieselgate », handicap démographique, l’exposé montrait minutieusement les insuffisances de la société allemande. Aussi bien n’est-il pas question de dire que l’Allemagne, c’est le paradis. Les réformes engagées à l’aube du millénaire par le chancelier Gerhardt Schröder ont permis au pays, à l’époque où les performances économiques de l’Allemagne étaient inférieures à celles de la France, de sortir du marasme. Aujourd’hui, la dette allemande a diminué, le taux de chômage ne dépasse pas 5 %, le budget est excédentaire. Énoncer un verdict sévère sur la situation de l’Allemagne, c’est donc chercher de faux arguments pour ne pas l’envier et pour encourager le statu quo en France : dette, déficits, plus de 9 % de chômage.

Retour aux équilibres.

Mme Merkel a certainement eu de la chance : M. Schröeder a perdu les élections de 2005 parce qu’il a réformé l’économie allemande en imposant des sacrifices à ses concitoyens. Mme Merkel a bénéficié du rebond économique pour prolonger sa présence au pouvoir. Elle n’est pas restée inerte : sa rigueur, sa sobriété sémantique, son art infini de la négociation (avec les syndicats, mais aussi avec ses partenaires européens) lui ont permis de gagner trois législatives d’affilée et peut-être celles de dimanche prochain. Certaines de ses décisions ont pourtant affecté sa cote de popularité. Quand elle a accueilli à bras ouverts un millions d’immigrants clandestins en 2015, son geste a déclenché un tollé national et européen ; quand, après Fukushima, elle a décidé de fermer aussi vite que possible ses réacteurs nucléaires, elle n’a pu faire autrement que de miser sur le développement des centrales à charbon ; quand elle a imposé son point de vue à l’Europe sur la dette de la Grèce et sur la nécessité, pour tous les États de la zone euro, y compris la France, d’équilibrer leurs comptes, on lui a proposé des politiques alternatives qu’elle a rejetées (avec l’assentiment du peuple allemand, qui ne veut pas financer les déficits des autres).
Le gouvernement de Macron ne fait pas, en gros, autre chose, que de revenir aux équilibres fondamentaux, ce qui implique une diminution de la dépense publique, donc de la dépense sociale, donc davantage d’efforts. S’il parvient à « transformer » la France en dépit d’une grogne sociale dont nous n’allons pas tarder à subir les effets, il pourra faire mieux que Mme Merkel et s’attaquer enfin aux inégalités.

RICHARD LISCIA

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Un nouveau plan Hulot

Hulot : déterminé
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Ministre de l’Environnement, Nicolas Hulot annonce, dans « Libération » de nouvelles mesures contre la pollution. Il confirme ainsi que le gouvernement ne se laissera pas détourner d’une tâche qu’il considère comme essentielle : la création d’un réseau assez serré de dispositions pour contraindre les Français à changer leurs habitudes et lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique.

M. HULOT accorde une prime de 2 500 euros pour l’achat d’un véhicule électrique ; l’acquisition d’une voiture moins polluante (même d’occasion) donnera lieu au doublement de la prime, de 500 à 1000 euros. Un chèque énergie sera accordé à 4 millions de foyers pauvres et son montant sera compris entre 48 et 227 euros ; le Cite, crédit d’impôt pour la transition énergétique, sera versé immédiatement après la fin des travaux d’isolation d’un logement ; la transformation d’une chaudière au fuel (en chaudière à bois ou à pompe à chaleur) donnera lieu à une contribution de l’État plafonnée à 3 000 euros. Il s’agit d’une partie seulement d’un vaste plan d’ensemble qui contient aussi la fermeture d’un certain nombre de réacteurs nucléaires (jusqu’à 17) et l’amélioration des transports en commun. À ce jour, toutefois, aucune fermeture n’a été décidée, même pas celle de Fessenheim. Nicolas Hulot semble disposer d’une certaine autonomie au sein du gouvernement, mais sa détermination est assortie d’une certaine prudence. Il fait ce qu’il veut et multiplie les initiatives personnelles. Il ne sort pas d’un périmètre au-delà duquel il ne peut rien décider sans l’accord formel du président ou du Premier ministre.

Où trouver l’électricité ?

On notera néanmoins qu’il existe une contradiction entre la volonté de passer au tout-électrique et celle de réduire la production d’électricité par des centrales atomiques. L’achat d’un automobile électrique pose déjà) la question de la recharge des batteries. Peu de conducteurs opteront pour la filière zéro pollution s’ils ne sont pas assurés de disposer d’un maillage serré de stations-service pour recharger. Les constructeurs en sont à l’aube de l’automobile électrique et non pas, comme ils l’affirment, dans une ère nouvelle, avec une adhésion massive de la population. La voiture électrique n’est viable que si son prix correspond au budget du client, si la recharge est assurée à tout moment, si l’on parvient à produire massivement de l’électricité avec des sources non-polluantes (soleil, vent, mer), et, enfin, si la technologie des batteries s’améliore grâce à la miniaturisation et à la simplification. Aujourd’hui, on utilise des métaux rares que l’on extrait seulement en Chine et dont le minerai n’est pas renouvelable. L’actuelle expérience des batteries est donc limitée dans le temps : ou bien on met au point une source électrique beaucoup plus légère et durable, ou bien le moteur hybride (électricité-essence) s’imposera. A moins que l’on explore une autre filière, par exemple celle de l’hydrogène dont certains experts affirment qu’elle produit de la vapeur d’eau qui contribue à l’accumulation des gaz à effet de serre.

Le pétrole a encore de beaux jours.

Le tout-électrique ne représente donc pas, au niveau de la planète, une solution pour l’automobile de demain. La technologie de ce type de véhicule en est à ses balbutiements ; la quantité d’électricité à produire dans un monde où l’amélioration du niveau de vie, par exemple, en Chine, mettra des centaines de millions de conducteurs supplémentaires sur les routes, est tout simplement inimaginable. On a peut-être conçu un véhicule électrique qui fonctionne bien. On n’a pas prévu l’immense logistique sans laquelle il ne remplacera pas le moteur à explosion. Exposer les contradictions contenues dans les efforts des gouvernements pour réduire l’émission de gaz et de polluants ne traduit pas une quelconque hostilité à la sauvegarde de l’environnement. C’est seulement un moyen de rester lucide avant d’accomplir une tâche peut-être insurmontable. L’auto du particulier se situe à la fin d’une chaîne de production qui remonte à l’existence du pétrole, à la relative facilité avec laquelle on s’en procure et à son prix, considéré comem élevé mais qui, en réalité, est imbattable.

RICHARD LISCIA

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La barbarie se porte bien

La détresse des réfugiés
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Le « nettoyage ethnique » (expression utilisée par l’ONU) des Rohingyas de Birmanie, aujourd’hui appelée Myanmar, semble d’autant plus révoltant qu’il a lieu dans un pays bouddhiste censé cultiver la non-violence.

L’APPARITION d’Al Qaïda, puis de Daech (ou « État islamique ») décrit un paroxysme d’inhumanité qui a été comparé au nihilisme hitlérien. On en a conclu que tous les peuples du monde risquent d’être saisis par une haine qui les conduirait aux pires exactions. On trouve, à ce malheur du monde qu’est la violence des hommes, toutes les raisons possibles et imaginables, comme la colonisation, triste page de l’histoire européenne, ou l’esclavage, où les actes d’injustice infligés à des groupes, ethnies ou peuples traités avec une telle cruauté par des communautés plus puissantes que l’objectif de celles-ci ne pouvait être que génocidaire. La « vengeance » des terroristes semble n’être jamais assouvie, ni dans la victoire ni dans la défaite. En Afghanistan, en Irak et en Syrie, le recul des djihadistes ne les empêche pas de fomenter chaque jour des attentats qui font des centaines de morts, parfois dans les lieux les mieux protégés.

Un modèle de non-violence.

Les Birmans sont des gens très différents. Le bouddhisme, tel que le pratique le dalaï lama, devrait leur interdire tout acte de violence. Les Birmans se sont soulevés contre un pouvoir militaire qui écrase leurs libertés depuis plus d’un demi-siècle. Leur idole, Aung San Suu Kyi, a été, pendant plus de trois décennies, un modèle de non-violence, de patience politique et de résilience. Elle a brandi l’étendard de la justice sociale, elle a milité contre la junte, et elle s’est opposée aux militaires avec tant de dignité que, malgré sa solitude et sa fragilité, elle a fini par obtenir des élections et partager le pouvoir avec eux. Pour son peuple, elle a littéralement sacrifié sa propre personne. Maintenue en résidence surveillée, elle n’a pas pu assister aux derniers instants de son mari britannique, malade du cancer. Elle savait que, si elle partait pour l’Angleterre, elle ne reviendrait jamais à son pays natal. Veuve, elle a poursuivi le combat.
On ne peut pas dire, cependant, que le peuple birman, bien qu’il se fût dressé contre la dictature, ait jamais eu empathie ou compassion pour les minorités qui vivent en Birmanie, même si le bouddhisme est une philosophie universelle, qui attire d’ailleurs nombre de personnes de confession différente. Au Tibet, vaste région qui représente près d’un tiers du territoire chinois, le dalaï lama réclame pour son peuple des droits qui n’ont jamais été accordés par le pouvoir central, lequel fait tout pour implanter des Chinois parmi les Tibétains. La jeunesse tibétaine a exprimé à ses chefs religieux son impatience face à un principe de non-violence qui n’a produit aucun résultat politique. Mais, jusqu’à présent, le bouddhisme est resté une référence pour la conquête des droits par d’autres moyens que la guérilla ou la guerre civile.

Riposte écrasante.

En Birmanie, malheureusement, l’aspiration à un système démocratique débarrassé de la clique des généraux n’empêche pas le nationalisme, lequel s’exprime avec un absolutisme qui conduit à la pire des intolérances. Les bouddhistes sont des victimes au Tibet, des bourreaux en Birmanie. En Asie, comme ailleurs, les frontières n’empêchent pas des ethnies (et des religions) différentes de cohabiter au sein du même pays. C’est le cas de la Birmanie, où les Rohingyas, musulmans, ressemblent plus aux habitants du Bangladesh voisin qu’à des Birmans. La précarité indescriptible dans laquelle ils vivent a donné naissance à un groupe d’insurgés qui a attaqué l’armée. La riposte, aujourd’hui, est écrasante. Les civils sont assassinés sur place ou fuient en masse vers le Bangladesh qui n’a ni les moyens ni peut-être même la volonté de les accueillir. Que pense Aung San Suu Kyi de ces massacres? Elle a répondu par un coupable silence, alors que le monde attendait du symbole mondial de la non-violence une condamnation sans appel du régime. Depuis quelques jours, elle commence à parler et fait passer l’idée dans les médias que, si elle veut peser sur la junte, elle ne doit pas adopter une position qui l’exclurait du pouvoir.
En attendant, c’est un peuple que les généraux birmans assassinent. Les reportages filmés et écrits sur l’abjecte condition des Rohingyas soulèvent le coeur et, si l’on désespère du pouvoir birman, on ne pense pas à exiger du Bangladesh qu’il prenne en charge les réfugiés, quitte à réclamer d’urgence une aide internationale.
Le plus décevant, peut-être, c’est la diplomatie, compliquée et tortueuse, d’Aung San Suu Kyi qui, certes, songe à l’avenir de son pays, mais semble croire que le peuple birman ne se salit pas par une action indigne. Et que, malgré son prix Nobel de la paix, elle n’est pas obligée d’injecter un peu de droits de l’homme dans ses calculs politiques.

RICHARD LISCIA

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JO : illusion d’optique

Le triomphe de Mme Hidalgo
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Le choix, par le Comité international olympique (CIO), de Paris pour les jeux Olympiques de 2024, a été salué par un cri de joie national. Cela se comprend puisque la France n’a pas accueilli les jeux d’été depuis un siècle. Mais la « victoire » française résulte d’un arrangement avec Los Angeles qui ne laissait aucune place au suspense.

SANS minimiser les efforts de la maire de Paris, Anne Hidalgo, et de son équipe, sans rester insensible à la détermination des grands sportifs qui ont participé au projet, sans nier que les JO favorisent l’unité d’un peuple, et enfin, sans vouloir jouer les rabat-joie, je ne peux pas laisser dire que le choix de la France résulte de la seule qualité de son projet. Le CIO a versé la somme de 87 millions de dollars à la ville de Los Angeles pour qu’elle accepte de ne recevoir les JO qu’en 2028. Sa décision n’est donc pas le produit d’une consultation démocratique. En outre, les exemples catastrophiques de la Grèce et du Brésil, qui ne sont toujours pas remis de la dépense pharaonique à laquelle ils ont été exposés, a raréfié les capitales candidates. En réalité, ils n’en restait que deux, ce qui a conduit le CIO à prendre une décision sans précédent, celle de désigner deux villes, l’une pour 2024, l’autre pour 2028. Aurions-nous obtenu les jeux pour dans onze ans que nous nous en serions fort bien accommodés. A contrario, cette bonne entente entre Paris, Los Angeles et le CIO relativise le « triomphe » que nous aurions remporté au terme d’une longue bataille. Elle n’a jamais eu lieu.

À quel prix ?

La France est, sans conteste possible, un pays plus fort économiquement que le Brésil ou la Grèce. Elle n’en est pas moins affligée d’une dette énorme qui affaiblit sa position en Europe, d’un chômage de masse qu’il est urgent de réduire et de problèmes sociaux très coûteux. Le budget de nos JO a d’abord été fixé à plus de trois milliards d’euros, ce qui n’était pas crédible. Il est maintenant de six milliards et doublera ou triplera dans sept ans. Quels que soient les concours privés, cette somme pèsera sur le budget de Paris et sur celui de l’État. Il est contradictoire que, pour nous évader en quelque sorte de nos soucis quotidiens en prévoyant une grande fête en 2024, nous aggravions notre insolvabilité. Nous allons créer de nouvelles infrastructures dont rien ne nous assure qu’elles seront durables et utiles à la population française, et pour un mois de sport à tout-va, nous risquons de devoir éponger une nouvelle dette pendant des années alors que toute l’action du gouvernement aujourd’hui tend au retour des équilibres fondamentaux.

Deux bizarreries.

Le formidable consensus national qu’entraîne le choix de la France ne cache pas le lien de plus en plus puissant entre le sport, l’argent et la politique. Comme sport gratuit, il n’y a plus que la marche à pîed. Les matches, tournois, coupes, événements internationaux se font à coups de dizaines de millions. Les « achats » de joueurs par le PSG coûtent des sommes monstrueuses. En même temps, les politiques applaudissent à tout rompre à la décision du CIO parce que, s’ils exprimaient leurs réserves, ils devraient démissionner. Mme Hidalgo n’ignore pas qu’elle vient de remporter un succès que son prédécesseur et mentor, Bertrand Delanoë, n’a pas obtenu il y a quelques années bien qu’il eût déployé d’intenses efforts. Pour la maire de Paris, qui, vraisemblablement, n’entend pas rester éternellement à son poste, sa victoire n’en est que plus utile à sa carrière. Quant au président Macron, qui pense à son second mandat, il se voit comme le président qui ouvrira les jeux en 2024. Personne ne mérite d’être accablé, ni Mme Hidalgo, ni M. Macron, mais je note au moins deux bizarreries dans cette affaire : il est curieux que les opposants aux jeux n’aient pas voix au chapitre et ne puissent exposer leurs arguments ; il est encore plus curieux que, dans ce pays que la moindre réforme risque d’embraser, il faille jeter des milliards dans le bûcher des JO pour que la France soit unie, enthousiaste, fraternelle, ravie, émerveillée, festive. Les JO en 2017 auraient été bien utiles à Emmanuel Macron.

RICHARD LISCIA

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L’échec de la CGT

Ciotti, l’as de la météo
(Photo AFP)

Peur d’un triomphalisme prématuré ou respect de cette démocratie directe qui favorise toutes les contestations, même les moins efficaces, aucun éditorialiste n’a voulu dire clairement ce matin que les rassemblements populaires contre la réforme du code du travail ont été un échec.

LA CGT explique (laborieusement) que le 12 septembre a été l’occasion de lancer un mouvement qui va grossir avec le temps, notamment grâce aux manifestations prévues pour les 21 et 23 septembre. On lui souhaite beaucoup de courage. La vérité est qu’il n’y a pas d’embrasement des foules, que les syndicats sont divisés, que le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, et le chef suprême de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, ne sont pas sur la même longueur d’ondes, montrant ainsi qu’il existe diverses façons d’être irréductible et que le premier rejette l’incursion de la politique dans le syndicalisme tandis que le second, qui croit à son destin, se voit à la tête de tout ce qui s’oppose en France à la « transformation » voulue par Emmanuel Macron.

Paralyser le pays.

Nous déchanterons plus tard si, à force d’attaques et de transgressions, M. Martinez ou M. Mélenchon parviennent à convaincre un nombre plus élevé de citoyens qu’ils doivent faire de leur corps un barrage à la réforme. Pour le moment, les ordonnances sont en place et le nouveau code du travail sera appliqué. En outre, la CGT sortira l’artillerie lourde le 25 septembre ; elle prévoit une grève des routiers avec blocage des dépôts de carburant, pour s’assurer ainsi qu’une fois de plus elle immobilisera partiellement le pays.
La vie sociale ne manquera donc pas d’être animée, à l’occasion, notamment, d’une nouvelle baisse des aides au logement HLM dont le Premier ministre nous a répété ce matin qu’elle sera totalement compensée par une diminution identique des loyers (il s’agirait de 50 euros par mois), de la confection du budget 2018, qui contraint le gouvernement à trouver au moins une vingtaine de milliards, de la réforme de la formation professionnelle, un tonneau des Danaïdes et, plus tard, de la réforme des retraites. Le pouvoir envisage non pas de reculer l’âge de la retraite, ce qui serait le seul moyen de dégager des masses financières importantes et correspondrait mieux à l’évolution de la démographie française et de la nature même du travail contemporain, mais de baisser le niveau des pensions.
Quinze millions de retraités descendront-ils dans la rue ? Méritent-ils une baisse drastique de leur pouvoir d’achat ? Aux yeux du gouvernement, ils présentent l’avantage de ne pas être organisés en une force de protestation, mais l’inconvénient de voter en plus grand nombre que les actifs. Il semblerait que le dossier ne serait pas examiné avant 2019. En conséquence, si la grande explication révolutionnaire devait avoir lieu sur le thème des retraites, ce ne serait pas avant 18 mois, ce qui permet d’étaler dans le temps les motifs de mécontentement.

La vieille politique.

A droite ou à gauche, les oppositions, en tout cas, s’expriment sur le mode de la continuité de la vieille politique, qui a toujours consisté à bloquer les infrastructures pour éviter le changement. Il y a beaucoup à redire sur chacune des initiatives gouvernementales qui contiennent leur part d’injustice, c’est-à-dire l’écrasement de la classe moyenne. Il appartient au président de corriger le tir et de trouver des solutions qui ne soient pas pénalisantes pour trop de gens. Le contournement de l’âge du départ à la retraite exprime davantage la pusillanimité de M. Macron que la sincérité de ses convictions. Il sait que la solution, c’est la retraite à 63 ou même 64 ans. Il sait aussi qu’il faut, à terme, instituer le permis à points pour les nouvelles générations, de façon à faire de la fin de la vie active le choix personnel de chaque citoyen.
Pour engager les réformes pour lesquelles il a reçu un mandat populaire (quoi qu’en disent ceux qui continuent d’affirmer qu’il ne représente qu’un quart des Français), il doit porter sur la réalité du pays ce regard lucide qui lui a été si utile pendant la campagne. La vieille politique, c’est fini. Démolir systématiquement l’action gouvernementale sans être en mesure d’exercer le moindre pouvoir est un médiocre exercice. On a en a vu un exemple grotesque quand Eric Ciotti, président du conseil général des Alpes-Maritimes, a dénoncé (lui aussi) l’impréparation du gouvernement au sujet du désastre provoqué par l’ouragan Irma, en expliquant que le cyclone, arrivant des côtes américaines, avait donné largement le temps au gouvernement de secourir les habitants des deux îles avant qu’is ne fussent sinistrés. Pour ce genre de bévue infantile, existe-t-il une punition, par exemple l’obligation de se taire pendant six mois (au moins) ?

RICHARD LISCIA

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Un front anti-Macron

Mélenchon aujourd’hui à Marseille
(Photo AFP)

L’opposition contre le président Macron et sa politique prend des formes à la fois diverses et incisives. À la fronde syndicale, caractérisée aujourd’hui par 184 manifestations dans toute la France, s’ajoute la tentative de discréditer la personne elle-même du chef de l’État.

EMMANUEL MACRON a quelque peu contribué à ses propres difficultés. Il n’a pas cru bon de freiner la chute de sa popularité en faisant provisoirement profil bas ou en tenant des propos feutrés. Au contraire, il s’exprime avec une liberté croissante, comme la semaine dernière, quand il s’est dressé contre « les fainéants, les cyniques et les extrêmes » qui sont vent debout contre ses réformes. Prononcée par un autre que lui, cette déclaration n’aurait eu aucune conséquence. Mais ceux qui le haïssent, notamment à l’extrême gauche, donnent à ses mots une interprétation qui les rend scandaleux. M. Macron s’en serait donc pris aux chômeurs qui n’ont pas besoin de la réforme parce qu’ils ne veulent pas travailler. Ce n’est pas ce qu’il a dit, mais qu’importe ? Sa liberté de ton, dans le contexte de guérilla que Jean-Luc Mélenchon veut créer, devient une maladresse insigne.

Formules vindicatives.

De la même manière, le chef de l’État n’a pas jugé nécessaire de laisser au peuple le temps de digérer une réforme, celle du code du travail, avant de parler des suivantes, parmi lesquelles l’abolition ou le réaménagement des régimes spéciaux dont bénéficient les cheminots, les employés d’EDF et ceux de la RATP qui, dans de nombreux cas, prennent leur retraite à 52 ans. Leur statut n’est pas seulement injuste, il est absurde. Mais parce qu’il l’est, la CGT s’y accroche comme au droit de respirer. C’est pourquoi les manifestations d’aujourd’hui et du 23 septembre ne s’adressent pas seulement au code du travail. Il s’agit de mener contre la réforme de la société française l’ultime bataille mais aussi la plus dure, la plus suicidaire. On a le sentiment que M. Macron, qui est trop intelligent pour ignorer les énormes difficultés de la tâche qu’il s’est assignée, espère, en ripostant du tac au tac aux « extrêmes », drainer l’opinion vers lui, se rendre sympathique en démontrant, que pour être président, on n’en est pas moins homme, et qu’il a le droit de parler avec des formules aussi vindicatives que celles qui lui sont adressées.
Aucun d’entre nous n’est le spectateur désintéressé de ce match de football américain entre le président et une partie du peuple. L’enjeu n’est pas le sort personnel de M. Macron qui peut bien brûler sur le bucher des réformes pour peu qu’il les impose en définitive à une France conservatrice et rebelle. La bataille, en vérité, est si rude que la totalité des nouveaux dispositifs que le président veut mettre en place risque, avant la fin de son mandat, de le rendre aussi insupportable que le fut naguère François Hollande. Tant pis, si c’est le prix du changement. Mais celui-ci peut-il être instauré par un chef d’État impopulaire, donc affaibli ?

La faute du président.

Chaque fois que le soleil se lève, un obstacle apparaît. On en veut à M. Macron parce qu’il a été élu, contre toute vraisemblance. On cherche à l’abattre parce qu’il a remporté l’élection « imperdable » que la droite a perdue. M. Mélenchon veut le détruire parce qu’il ne s’est pas qualifié pour le second tour. Mme Le Pen souhaite sa chute parce qu’il l’a ridiculisée dans un débat télévisé tragi-comique. Le président s’appuie sur sa forte majorité pour gouverner. Mais il doit mesurer l’épaisseur des haines qu’il a soulevées contre lui. Elles le rendent plus vulnérable et, si un cyclone de force 5 s’abat sur Saint-Martin et Saint Barthélémy, voyez ce qui se passe : c’est la faute du président, ce que croient dur comme fer la plupart des sinistrés qui couvrent M. Macron de leur mépris au moment où il se rend à leur chevet. Qu’il s’expose à son tour à la tempête des récriminations, quoi de plus naturel ? Mais son chemin est jonché de tant d’obstacles qu’il doit faire preuve de la plus grande prudence, dans ce qu’il dit et dans ce qu’il fait. S’il est vaincu un jour par l’indélébile morosité de ses concitoyens, ce n’est pas grave. Mais s’il s’en va sans avoir changé le pays, nous nous en mordrons les doigts.

RICHARD LISCIA

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Irma politisée

Un hélicoptère apporte des vivres
(Photo AFP)

C’était inévitable : droite et gauche ont vivement critiqué « l’impréparation » ou « l’amateurisme » du gouvernement au sujet de la lenteur des secours apportés aux sinistrés de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy.

COMME dirait l’autre, la critique est aisée, l’art difficile. Que les habitants des deux îles, à bout de nerfs, réclament des mesures plus rapides et plus efficaces, qu’ils dénoncent le pillage et l’insécurité qui s’ajoutent à leur dénuement, qu’ils ne comprennent pas forcément que l’acheminement des secours doive aussi se faire sans mettre en danger les secouristes, quoi de plus normal ? Mais que les partis politiques dont les instances se sont réunies au cours du week end pour mieux mesurer ce qui les fragmente plutôt que ce qui les unit, aient trouvé cet os à ronger, à savoir le malheur des sinistrés, pour continuer à faire de la politique et tenter d’affaiblir le pouvoir, c’est tout simplement pathétique. Même si, bien sûr, tout n’est pas parfait dans les décisions du gouvernement. Ceux qui essaient cyniquement de tirer avantage de la douleur de leurs concitoyens perdus à des milliers de kilomètres de la métropole en s’en servant comme d’un instrument de la lutte politique ne pourraient pas, pourtant, nous certifier qu’ils auraient été plus efficaces s’ils étaient à la manoeuvre.

Un réflexe de survie.

Bien entendu, il y a une distance entre les déclarations rassurantes de la ministre des Outremer, Annick Girardin, et les images que nous envoient les programmes de la télévision. Les pillards se sont multipliés, ils sont parfois violents, mais dans une île où il n’y a ni eau, ni vivres, ni électricité, ils sont plus guidés par un réflexe de survie que par le désir de voler. La sécurité des habitants était donc en question. À l’heure qu’il est, tout devrait rentrer dans l’ordre, assuré par deux mille soldats, gendarmes et pompiers. On a vu des personnes en larmes, partagées entre le projet de partir et celui de rebâtir leur vie, qui cherchaient et trouvaient un bouc émissaire, c’est-à-dire les pouvoirs publics. Un tel ouragan vaut bien une crise de nerfs. D’autres, plus tortueux, exposent, de leur point de vue confortable, celui de Sirius, des analyses alambiquées qu’ils sont bien incapables de soumettre à la réalité des faits. Il fallait envoyer les secours avant l’arrivée d’Irma ; il suffisait de consulter la météo pour savoir qu’il s’agissait d’un phénomène sans précédent, exigeant donc des efforts exceptionnels de la communauté nationale. Ils ne nous disent pas que si l’on avait stocké vivres et eau, générateurs et personnels militaires, on n’aurait protégé contre la force de l’ouragan ni les moyens humains ni les moyens matériels.

La nature est plus forte.

La grande leçon de cet ouragan, c’est que la société moderne, si inventive et si puissante, n’est pas plus forte que la nature aujourd’hui qu’il y a cinq mille ans. Un ouragan balaie une île et la fracasse. Il est plus puissant qu’un gros navire apportant des secours, que n’importe quel aéronef, que n’importe quelle troupe astucieuse qui voudrait en limiter les effets. Il y a tout à faire sur les deux îles et il faudra des mois pour qu’un semblant de vie normale apparaisse. Il faudra rétablir les communications et l’approvisionnement. Déblayer les routes et aller voir les gens là où ils sont, c’est-à-dire parfois loin du centre. Et après, la reconstruction, dont le financement posera problème, même avec le concours des assurances, prendra des années. À remarquer toutefois que c’était écrit. Nous savions, avec le réchauffement climatique, que les paradis du monde, à fleur d’eau, sont menacés. Nous savions qu’avec cette nature déchaînée, il devient de plus en plus dangereux de vivre isolé sur une terre exposée aux effroyables caprices du climat. La question se pose partout où vivent des insulaires.

RICHARD LISCIA

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