Trump trahi par l’Alabama

Roy Moore
(Photo AFP)

Le candidat démocrate à la sénatoriale de l’Alabama, Doug Jones, l’a emporté contre le candidat républicain, Roy Moore, par 49,9 % des suffrages contre 48,4%. Une victoire remportée de justesse mais qui porte un coup sévère à la présidence de Trump.

IL S’AGISSAIT seulement d’une élection partielle destinée à pourvoir un poste laissé vacant par Jeff Sessions, nommé attorney general, ou ministre de la Justice, par Donald Trump. Mais la victoire de Doug Jones était inattendue et se transforme donc en événement national : l’Alabama n’a pas eu de sénateur démocrate depuis 1992. C’est un fief du parti républicain, principalement parce que beaucoup d’électeurs noirs, lassés par une politique qui n’améliore pas leur sort, préfèrent l’abstention. Cependant, la candidature de Roy Moore, 70 ans, a été perçue comme une provocation. Président de la Cour suprême de son Etat, il avait installé devant l’immeuble abritant son tribunal une stèle de granit de 2,5 tonnes représentant les Tables de la loi et avait refusé de la faire enlever malgré une décision de la Cour suprême fédérale. En 2003, il fut donc limogé, mais il réussit à se faire réélire au même poste en 2013. Chrétien évangéliste qui place Dieu au-dessus des lois humaines, il n’en a pas moins été accusé il y a longtemps de s’être livré à des abus sexuels sur des petites filles.

Aller voter à cheval.

C’est Steve Bannon, l’ex-âme damnée de Trump, qui a incité Moore à se présenter au Sénat et c’est grâce à Bannon et contre la volonté du président que Moore a remporté la primaire, ce qui a provoqué l’ire de nombre d’électeurs habituellement abstentionnistes qui ont décidé de lui faire barrage. Mais, face au résultat de la primaire, Trump n’avait plus d’autre choix que de soutenir Moore. Mal lui en a pris. Doug Jones, ancien procureur général de l’Alabama, a été élu. Il avait fait condamner des membres du Ku-Klux-Klan coupables d’avoir incendié une église fréquentée par des Noirs, ce qui a entraîné la mort de quatre fillettes. Moore, qui était allé  à cheval au bureau de vote, a refusé de reconnaître sa défaite  et demandé un recomptage des voix qui n’aura lieu qu’entre le 26 décembre et le 4 janvier, après la certification du scrutin. Donald Trump, sans doute conscient que Moore n’était pas le meilleur cheval du parti républicain, a félicité les démocrates et leur candidat, et assuré que les républicains auraient l’occasion de gagner cette élection en 2020, lors des élections présidentielle et législatives.

Danger pour la majorité.

Ce qui dit le scrutin d’Alabama, c’est que le président et sa majorité sont en danger. Donald Trump commence à deviner que le genre d’homme qu’il est convient peut-être à la présidence, mais pas aux autres postes électifs et que, si les candidats républicains commencent à imiter ses provocations, son style et ses outrances, il risque de perdre sa majorité au Sénat, qui est de 51 sièges contre 49, alors que deux ou trois sénateurs républicains, ecoeurés par l’incompétence criante de la Maison Blanche, sont prêts à faire défection lors des  votes importants du Congrès. Trump a certes réussi à faire adopter sa réforme fiscale par le Sénat, mais il a perdu toutes ses autres batailles et notamment celle qui devait démanteler l’assurance-maladie instaurée par Barack Obama. Avant sa défaite en Alabama, le parti républicain a été battu lors de plusieurs élections partielles. La politique étrangère du président ne convainc pas grand monde dans son pays et à l’étranger. Sa gestion de la Corée du Nord est pathétique et dangereuse. Sa décision d’installer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem a été condamnée par la plupart des autres pays et déclenché de nouvelles tensions au Proche-Orient. Son protectionnisme concourt  à l’isolement croissant de l’Amérique. Il fait l’objet d’une nouvelle accusation de comportement sexuel délictueux par trois femmes.  Et l’enquête de Robert Mueller sur les ingérences russes dans la campagne électorale américaine de 2016 ne fait que commencer. A peine réveillé, ce matin, Trump a déclaré qu’il « avait raison » au sujet de Moore. Il savait qu’il échouerait. Fabuleuse intuition.

RICHARD LISCIA

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Faible espoir pour le climat

Macron reçoit des experts
(Photo AFP)

Le « One Planet Summit », qui se réunit aujourd’hui sur l’île Seguin, a été organisé par Emmanuel Macron en guise de riposte à la décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le climat.

LE NERF  de l’écologie, c’est l’argent ; et l’un des problèmes posés par le retrait américain, c’est que l’Amérique ne paie plus sa quote-part depuis qu’elle a dénoncé l’accord de 2015, conclu à Paris sous la présidence de François Hollande. Le grand manitou de la climatologie, Jim Yong Kim, évalue à 3 500 milliards de dollars en 30 ans l’effort financier à fournir pour empêcher la température de la planète d’augmenter de plus de 2 % d’ici à la fin du siècle. Si rien n’est fait, la température montera de 3 degrés. Par rapport aux objectifs fixés par les climatologues, la Terre s’est déjà réchauffée d’un degré, avec des conséquences que n’importe quel terrien peut observer : montée des eaux, qui menace des îles dont l’altitude se situe à peine au dessus du niveau de la mer, inondations, sècheresse, incendies de forêts, tous cataclysmes qui coûtent des sommes folles.

120 milliards par an.

S’exprimant sur la chaîne américaine de télévision CBS, le président Macron a exprimé l’avis que « Trump va changer d’avis dans les mois ou les années qui viennent ». Pour diverses raisons, on préfèrerait que Trump écourte son mandat et qu’il cède la place à un président qui a toute sa tête. Trois mille cinq cent milliards en 30 ans, c’est l’effort minimum qui, de toute façon, n’empêchera pas un réchauffement  relativement modéré de la planète. Ce qui signifie que, chaque année, les parties prenantes de l’accord de 2015 doivent réunir plus de 120 milliards de dollars pour avoir une chance d’atteindre leurs objectifs. D’ici à 2020, les pays dits industrialisés ont promis de porter leur contribution à 100 milliards par an. On ne peut pas demander aux pays les plus pauvres de trouver des fonds qu’ils n’ont pas, alors qu’un peu partout les nations donatrices renoncent aux crédits qu’elles ont accordés à ces pays. La réponse est claire : l’argent ne peut venir que des grandes entreprises, qui doivent orienter leurs investissements vers le développement durable. Il est impossible et en tout cas contre-productif de toujours tout demander aux Etats.

Une crise de la démographie.

De cette crise climatique, qui a commencé depuis longtemps et durera encore longtemps, on tire des observations peu optimistes. D’abord, par souci de réalisme, on a préféré ne pas exiger un arrêt complet du réchauffement, qui mettrait en danger le développement économique de toutes les nations ; ensuite, la question du financement, qui dépend tout de même de moyens budgétaires inexistants puisque tous les pays du monde, ou presque, sont endettés, fait peser sur l’objectif retenu une incertitude croissante ; enfin, le génie industriel de l’homme créera nécessairement des sources de pollution différentes de celles qui ont été identifiées . L’humanité mise sur l’électricité sans sembler se rendre compte que les sources d’électricité non polluantes, comme l’hydraulique ou la solaire, resteront insuffisantes pour les sept milliards de terriens que nous sommes et qui deviendront dix milliards ou plus à la fin du siècle.

Quand M. Macron, à Ouagadougou, s’est écrié, face à de jeunes Burkinabés : « Vous faites trop d’enfants ! », la réflexion lui a été reprochée par une foule de gens qui adorent les convenances, mais il a prononcé une vérité absolue. Vivre, c’est consommer, donc, c’est polluer. La vie est sacrée. Mais il n’existe qu’une Terre et il semble qu’elle peut accueillir deux  ou trois milliards d’êtres humains, mais pas dix. Personne ne demande à une partie de l’humanité de se faire harakiri. Il demeure que le planning familial, notamment en Inde et en Afrique, devient une nécessité environnementale prioritaire. Les gens, quels qu’ils soient, n’aiment pas qu’on leur dicte leur comportement sexuel ou familial. Mais il n’est pas plus difficile de composer des familles de quatre personnes que de trouver 3 500 milliards dans la nature.

 

RICHARD LISCIA

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Droite : Wauquiez plébiscité

Wauquiez hier soir
(Photo AFP)

Avec plus de 74 % des suffrages, Laurent Wauquiez a été très largement élu président des Républicains. Il a aussitôt annoncé une renaissance de la droite qui, en dépit de son score, ne sera pas facile à obtenir.

AUCUN suspense : M. Wauquiez était annoncé  gagnant dès le début de la campagne, il a gagné. Florence Portelli, qui n’a jamais cessé de répéter qu’elle était « absolument certaine » de l’emporter, arrive loin derrière lu, à 16 % et Maël de Calan (juppéiste) à 9 %. Premier constat : M. Wauquiez a quand même bénéficié du refus de Valérie Pécresse et de Xavier Bertrand de participer au tournoi. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a donc triomphé sans gloire. S’il est vrai qu’il a balayé de ce qu’il restait des forces fillonistes et juppéistes, une participation plutôt faible, 42 %, atténue la dimension de sa victoire. Cependant, personne ne lui contestera le titre qu’il vient d’acquérir et ce qu’il nous prépare en vérité, c’est le retour au bonapartisme de la droite, qui a toujours eu besoin de se trouver un chef avant de repartir à la bataille. De ce point de vue, il s’inscrit dans les méthodes du « vieux monde ». Il suit la trace laissée par MM.  Sarkozy et Fillon qui, tous les deux, mais à des stades différents, ont perdu  le premier la primaire, le second la présidentielle.

Un inquiétant euro-scepticisme.

Laurent Wauquiez n’est pas,  au demeurant, un président d’opérette et il faut le prendre au sérieux. Son parcours est remarquable, car il n’a pratiquement subi aucun échec. Agé de 42 ans, énarque et normalien à la fois, député à 29 ans, plusieurs fois secrétaire d’Etat ou ministre, il a déjà accompli un parcours particulièrement brillant. Il est trop intelligent et tacticien pour ignorer qu’il lui faut rassembler « le peuple de droite » au-delà des militants de Sens commun s’il ne veut pas se retrouver dans la situation qu’a connue François Fillon. Il le dit lui-même : naguère, il a été le chouchou des médias parce qu’il était jeune, beau, grand et policé ; aujourd’hui, il est combattu par tous parce qu’il ne craint pas d’incarner une droite qu’il qualifie de « décomplexée », mais qui est identitaire et hostile à l’immigration. Il doit toutefois reconnaître qu’il a changé de discours, ce qui explique le revirement des médias.  Pendant toute sa campagne pour la présidence de LR, il s’est bien gardé de débattre des dossiers économiques et sociaux. Il savait en effet que, sur ce terrain, il était distancé par la dynamique macronienne et qu’un discours critique serait apparu comme un rejet des réformes souhaitées par la droite et par lui. Convaincu, comme Sarkozy, qu’il ne lui reste plus qu’à aller chercher des suffrages dans le vivier toujours abondant du Front national, il a adopté, non sans cynisme, un ton très proche de celui de Marine Le Pen, notamment dans le domaine des affaires européennes, où il se situe à contre-courant de l’élan des « marcheurs »et commence à exprimer un inquiétant euro-scepticisme.

Où sont les Républicains ?

Un homme ou une femme politique n’étant jamais comptable des propos qu’il ou elle a tenus, M. Wauquiez s’apprête sans doute à verser un peu d’eau dans son whisky. Le scénario le plus en vogue est d’une consternante banalité : le président de région et président de LR n’aurait plus qu’à ouvrir les bras à ses adversaires intérieurs et extérieurs pour rallier autour de son nom le plus grand nombre d’électeurs et battre en 2022 un président Macron qui se sera usé à la tâche.  Remerciant ceux qui ont voté pour lui, il n’a pas hésité à faire l’éloge de ses concurrents, Maël de Calan et Florence Portelli qui, selon lui, ont eu beaucoup de courage à se dresser contre lui ; inversement, il a salué Mme Pécresse et M. Bertrand on ne sait trop pourquoi sinon pour la raison inverse, le courage de ne pas se présenter contre lui. Je veux bien qu’il faille ressouder un parti dont M. Wauqiez ne nous convainc pas encore qu’il est au mieux de sa forme. Mais la politique, en dehors des mots et des gestes, c’est aussi un programme. Cinquante-huit pour cent des militants LR ont jugé inutile de voter, alors qu’il suffisait d’envoyer son vote dans un courriel. Cela peut signifier qu’ils se réservent pour des affrontements ultérieurs. Cela peut signifier aussi qu’ils ne sont plus, tout simplement, chez les Républicains. Cela signifie peut-être qu’ils sont ailleurs. Suivez mon regard.

RICHARD LISCIA

PS-Je traiterai des élections en Corse dans « le Quotidien du médecin » qui paraît jeudi 14 mars..

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Douloureux Brexit

May et Juncker
(Photo AFP)

Au terme d’une longue et pénible négociation, la Première ministre britannique, Theresa May, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, sont parvenus à un accord qui dégage la voie pour la séparation de la Grande-Bretagne et de l’Union européenne.

LES DEUX partenaires ont consacré beaucoup de temps à trois dossiers qui se présentaient comme des obstacles à des pourparlers sur le fond : le règlement financier des engagements pris par le Royaume-Uni pour des travaux d’infrastructure européens,  dont le montant (pas encore fixé) est estimé à une cinquantaine de milliards d’euros ; Londres accepte de payer. Le sort des expatriés : Mme May consent à maintenir tous les droits dont bénéficient les travailleurs européens installés en Grande-Bretagne, en échange du même statut pour les Britanniques installés en Europe. Enfin, la frontière entre l’Irlande du Nord et la République irlandaise ne sera pas fermée, mais tout de même contrôlée.

Pas de « nettoyage ethnique ».

Jamais à court d’un compliment, M. Juncker a reconnu le talent de négociatrice de Mme May. C’est utile dans la mesure où vont très vite s’ouvrir les discussions sur le fond : la chef du gouvernement britannique a hâte de conclure avec les 27 une série d’accords commerciaux qui permettront à l’économie britannique de se maintenir à flot. Mais beaucoup de temps a été perdu au nom de la politique intérieure britannique. Mme May espérait imposer aux Européens un accord qui, en mettant en cause quelques vieilles habitudes, comme l’immigration des talents au Royaume-Uni, aurait satisfait les Brexiters les plus opiniâtres. À ceux-là même à qui Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, et l’extrême droite annonçaient, avant le référendum de juin 2016, des économies d’un montant si élevé qu’elles auraient financé le système anglais d’assurance-maladie, Mme May va bientôt dire que la réalité du Brexit, c’est d’abord la perte de 50 milliards et pas du tout le « nettoyage ethnique », si l’on m’autorise cette expression, des étrangers qui vivent en Grande-Bretagne. Il y a loin de la coupe aux lèvres et nos amis anglais en sont à avaler toutes les couleuvres pour n’avoir pas à reconnaître que le Brexit est pour eux un désastre.

Démons et merveilles.

En tout cas, le temps presse. Car le Royaume-Uni a décidé de fixer la fin des négociations à mars 2019, ce qui laisse quinze mois aux négociateurs pour conclure des accords infiniment complexes. On a tout dit des difficultés de Theresa May et on a même émis l’hypothèse qu’elle n’avait pas les compétences requises pour protéger les intérêts britanniques, comme si ce n’était pas le peuple souverain qui avait commis cette folie de quitter l’Union européenne. Sa détermination à ne rien lâcher a fini par céder le pas au réalisme. C’est une preuve d’intelligence. Il fallait impérativement que les Britanniques fussent placés devant la dure conjoncture qu’ils ont délibérément créée. Pour ce qui concerne les partisans de l’Union, cette première phase de la négociation sur le divorce est un crève-coeur. Ceux d’entre nous qui ont pensé que les Anglais finiraient par reculer devant les difficultés en seront pour leurs frais. Le royaume nous quitte, l’accord intervenu hier soir le prouve. Nous continuerons à penser que les gains de souveraineté obtenus par Londres ne sont guère compensés par une stimulation de leur économie, que le Brexit leur coûte un bras, que lorsque le soleil se lèvera en mars 2019 sur une Grande-Bretagne prenant le large, les sujets de la reine auront sûrement un pincement de coeur, comme au début d’une aventure qui promet plus de démons que de merveilles.

Mme May n’est pas un personnage inintéressant, qui a été galvanisée par le respect de la volonté populaire, du vote démocratique, de la loi d’airain que crée une majorité. Ceux qui ont raillé et condamné des référendums européens qui ne respectaient pas cette loi se féliciteront sans doute de la rigueur et de l’intégrité des choix britanniques. La démocratie au service d’une cause douteuse, bizarre, anachronique et passéiste.

RICHARD LISCIA

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Le coup de Jérusalem

Trump après sa décision
(Photo AFP)

La décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël va accroître les tensions au Proche-Orient et déclencher de nouvelles violences.

JÉRUSALEM fonctionne déjà comme une capitale. La plupart des institutions israéliennes s’y trouvent, notamment la Knesset ou Parlement, le gouvernement, la présidence. Jérusalem est un nom hébraïque. Elle a été pendant des siècles la ville-État vers laquelle se tournait tous les regards des juifs du monde. Conquise par les Romains, puis, beaucoup plus tard par l’empire Ottoman, elle fut reconquise en 1967 par Israël à la suite d’une guerre perdue par les pays arabes. En tant que capitale de l’État hébreu, elle a une légitimité historique, religieuse, juridique. Présentée parfois comme le troisième lieu saint de l’islam, elle n’en est pas moins le premier lieu saint du judaïsme.  Au moment de la création d’Israël par un vote des Nations unies en 1948, les Israéliens occupaient déjà une partie de leur capitale. La guerre de 1967 leur rendit l’accès au Mur des lamentations, symbole sacré de leur foi.

Ce qui est choquant et ne l’est pas.

Dans la décision des États de ne pas installer leurs ambassades à Jérusalem, mais à Tel Aviv, il y avait un souci de légalité internationale : le sort de Jérusalem devant résulter d’une négociation au terme de laquelle serait créé un État palestinien, l’ONU refusait de privilégier les Israéliens au détriment des Palestiniens ; il était question de leur accorder la vieille ville de Jérusalem comme capitale. Rien, sinon les passions religieuses que soulève le problème, n’est choquant au regard du droit : ni qu’il entérine un fait accompli et une routine de cinquante ans, ni qu’il crée une seule capitale pour deux États, idée très compliquée mais novatrice. Dans l’histoire des relations mouvementées entre le groupe qui a instauré la première religion révélée et son environnement hostile, il y a eu des phases où les juifs étaient un peuple fort et des phases plus longues où ils ont vécu les pires souffrances, l’exil et même le génocide. Aujourd’hui, ils ont reconquis une nation à l’endroit même où leur identité s’est affirmée il y a des milliers d’années. Depuis leur exil il y a plus de 2 000 ans, ils prononcent tous à la fin de la Pâque juive la phrase célèbre : l’an prochain à Jérusalem. Il n’existe pas pour eux de notion plus absolue que l’appartenance de Jérusalem au judaïsme.

Terribles conséquences.

Ce qui rend l’initiative de Donald Trump dangereuse et explosive, c’est la crise générale dans laquelle est plongé le monde musulman, les tensions très vives entre Israéliens et Palestiniens causées par l’absence, depuis les accords d’Oslo, de toute initiative diplomatique efficace, la radicalisation accrue des forces hostiles à Israël, de l’Iran à une Palestine frustrée, et, surtout, le refus de passer par une négociation internationale pour mettre un terme à un conflit si ancien qu’il en devient insupportable. M. Trump ne croyant en rien, ni en l’ONU, ni en ses propres alliés, ni aux vertus de la discussion, ni à la paix, ni au respect des communautés humaines, ni même aux moyens puissants dont dispose l’Amérique pour maintenir la paix, les conséquences de ses actes sont tout simplement terribles. Israël, sachant qu’une nouvelle intifada est plus que possible, a déjà mis en place des dispositifs de sécurité, alors que le déménagement de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem prendra des années. Mais le pire, peut-être, c’est que Trump, sous la pression du Premier ministre israélien et en dépit des avertissements de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte, et convaincu qu’il devait tenir une promesse électorale bien imprudente, a fait un geste pour apaiser le gouvernement israélien et pas du tout parce que la reconnaissance de Jérusalem serait, comme il l’affirme, le point de départ d’une grande politique proche-orientale qui règlerait le conflit.

Un allié de facto.

Ce qui est incompréhensible, c’est que l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Égypte, épouvantées par la montée en puissance de l’Iran, commençaient à considérer Israël comme un allié de facto, revirement extraordinaire que les Israéliens auraient dû encourager et acclamer, et les États-Unis comme le chef d’orchestre qui avait la capacité de négocier une paix durable englobant les pays arabes dits modérés, Israël et le nouvel État palestinien. Pour avoir cette capacité, il était donc essentiel que Washington fût un ami impartial des deux parties en conflit, ne fît aucun geste inamical contre les Palestiniens, conservât avec Riyad, Amman et Le Caire des relations parfaites. Il vient de briser d’un seul coup une politique qu’il a lui-même inventée. Non seulement il accroît l’isolement de son pays, mais, en tant que négociateur en chef, il est fini. Il a perdu sa crédibilité aux yeux du monde arabe, et il déclenche un de ces cycles de violence au Proche-Orient dont nul n’avait besoin, et surtout pas les Israéliens, quoi qu’en pense leur gouvernement.

RICHARD LISCIA

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Johnny, patrimoine national

Un magnifique Johnny à la soixantaine
(Photo AFP)

Johnny Hallyday est mort dans la nuit de mardi à mercredi d’un cancer des poumons, à l’âge de 74 ans. Sa disparition est accueillie par un chagrin et un deuil national. Il était, plus qu’un chanteur rock, un facteur d’unité du pays.

JE SUIS bien embarrassé pour écrire mon deuxième éloge funèbre en deux jours, après le décès de Jean d’Ormesson. Mes lecteurs voudront bien me pardonner de n’avoir pas partagé l’enthousiasme du public pour l’oeuvre musicale de Johnny, car c’est ainsi qu’on l’appelle. Mais, pour ma défense, je le considérais comme un remarquable acteur au cinéma. Comme pour d’Ormesson, j’ai une analyse qui passe par le prisme politique. Johnny soutenait la droite, notamment Giscard et Chirac, mais il n’a pas hésité à se rendre à la fête de « l’Humanité », ce qui traduit générosité et liberté. En tout cas, il pouvait se targuer de réunir autour de son art un immense consensus. Il faisait partie de ces hommes très rares dont l’immense notoriété les rend indiscutables. Ce qu’il disait ou pensait n’enlevait rien à ce qu’il apportait aux Français, cette communion de sentiments, d’admiration, de bonheur collectif. En le perdant, nous perdons non seulement un artiste estimable, mais un enchantement qui nous rapprochait, par opposition à tout ce qui nous divise, depuis les inégalités sociales jusqu’aux options politiques ou diplomatiques.

Une sorte de consensus.

Il y a quelques semaines, Line Renaud avait réuni autour de sa table le couple Hallyday et le couple Macron. Laetitia, l’épouse de Johnny, a téléphoné à deux heures du matin pour annoncer sa mort au président et l’Elysée a annoncé qu’Emmanuel et Brigitte Macron se rendraient aux funérailles du disparu. Cette proximité entre l’artiste et l’Etat peut être critiquée par ceux qui n’acceptent jamais de trêve dans le combat politique. Mais elle correspond  à ce que j’écris plus haut, à savoir que Johnny Hallyday, vivant ou mort, rassemble une proportion de ses concitoyens extraordinairement élevée autour de sa personne, ce qu’aucun candidat à un poste électif ne pourra jamais faire. L’intelligence et l’intuition  des Macron les ont conduits à s’associer au deuil des Français. Idéalement, nous devrions élire un jour un président qui ferait de la culture son programme. Nous habiterions alors une cité où, le confort étant assuré pour tous, nous consacrerions notre temps aux lettres et à l’art. Certes, il sera plus difficile de déclencher l’engouement dont bénéficiait Johnny pour Ovide ou Chateaubriand. Mais on peut commencer par Victor Hugo dont André Gide affirmait qu’il était « hélas ! » le plus grand écrivain français.

Nous sommes naturellement envahis par le regret d’avoir perdu un homme qui tenait une si grande place dans la vie de presque tous ses concitoyens. La colère nous gagne quand une voix si puissante se tait. Mais je crois que Johnny était un homme pour qui la liberté de vivre comme il l’entendait n’avait pas de prix. Comme pour beaucoup d’artistes, la mort a sanctionné cette liberté. L’essentiel étant peut-être qu’il a eu, grâce à une carrière inespérée, une existence de triomphes et de gloire. Une vie peut-être plus courte, mais si chargée de moments magnifiques qu’elle lui aura semblé plus pleine.

RICHARD LISCIA

 

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Jean d’Ormesson : leçon de vie

Jean d’Ormesson
(Photo AFP)

L’écrivain, chroniqueur, journaliste Jean d’Ormesson est mort à l’âge de 92 ans. Au-delà de l’auteur considérable qu’il était, il exprimait des idées qui méritaient d’être retenues par la classe politique. Son engagement à droite ne l’a pas empêché de penser pour tous, y compris des adversaires qu’il séduisait par sa souplesse intellectuelle et par l’auto-dérision.

LA POSTÉRITÉ dira si Jean d’Ormesson est du niveau des écrivains que l’histoire et l’enseignement retiennent. Peut-être le trouvait-on trop optimiste, même et surtout quand il décrivait un monde en souffrance. Pendant des décennies, par ses livres et davantage encore par ses prestations télévisées, il a incarné un bonheur d’autant plus compréhensible qu’il avait de la chance, entourage bourgeois, existence cossue, carrière éblouissante, toutes choses qu’il devait en partie au fait d’être bien né mais aussi à des dons éclatants, talent, vivacité d’esprit incomparable, culture insondable, humour ravageur. Un peuple pessimiste, méfiant à l’égard de toute réussite humaine, jaloux du succès des autres, n’a pas manqué, parfois, de ne voir en lui qu’un amuseur public, manière de dénigrer ses attitudes politiques, notamment à l’époque où l’avènement de la gauche avec François Mitterrand a trouvé en lui un détracteur, ce qui ne l’a d’ailleurs pas empêché d’avoir avec le même président une relation  où la curiosité et le partage culturel lissaient leurs différences. En tout cas, la liste de ses trophées consacre une dextérité et une abondance littéraires qui lui valait des millions de lecteurs.

Yourcenar et Finkielkraut.

Si je me permets de lui consacrer cet hommage, c’est principalement parce que Jean d’Ormesson n’a jamais adopté le point de vue de Sirius. Comme il était dans la vie, c’est-à-dire avec un appétit inextinguible, il était dans le combat. Académicien, c’est lui qui a fait entrer dans la vénérable institution la première femme, Marguerite Yourcenar. C’est lui aussi qui a menacé de quitter l’Académie, qu’il aimait énormément, si Alain Finkielkraut, harcelé par une cabale qui n’honorait guère quelques-uns de ses futurs collègues, n’y était pas admis. Mais il n’est jamais tombé dans l’engagement aveugle. Il était trop intelligent, trop bon observateur de la nature humaine pour ignorer les travers des hommes politiques du camp auquel il appartenait et en même temps trop libre et trop heureux de l’être pour se lier à une quelconque idéologie et ne pas avoir à l’endroit de ceux qui souffrent cette compassion que dicte la lucidité. Voilà pourquoi il valait bien mieux que ce qu’il montrait de son espièglerie. C’était, pour reprendre le titre d’une pièce sur Thomas More, un homme pour toutes les saisons. Il a mentionné dans son oeuvre toutes les raisons de désespérer, mais il était farouchement attaché à l’espérance.

Un extrémiste de la modération.

De ce point de vue, il représente un exemple pour ceux qui font de la politique. Elle ne  devrait pas être un ring ou un champ de bataille, mais opposer seulement diverses conceptions de l’humanisme. La simplification des idées, l’usage des slogans,  la passion de croire,  l’ardeur de conquérir, d’imposer, de vaincre conduisent le plus souvent à la catastrophe.  D’Ormesson était un extrémiste de la modération. Il voulait bien défendre son point de vue, mais pas au point de se prendre au sérieux et de ne pas rire de ce qu’il disait. Tous ceux qui, sur les tréteaux, nous abreuvent de mises en demeure, tentent de nous faire croire que, sans eux, nous courons vers le malheur, et en définitive, nous épouvantent jusqu’à nous priver de l’envie d’agir, feraient mieux de s’inspirer de cet écrivain qui vient de disparaître et qui, lui, trouvait son bonheur non pas dans  la force mais dans le savoir.

RICHARD LISCIA

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La Corse prend le large

Talamoni et Orsini
(Photo AFP)

La victoire de la coalition nationaliste aux élections corses est sans appel : 43,36 % des suffrages.  La seule réserve possible est dictée par l’abstention, près de 48 %, qui semble montrer qu’au « dégagisme » s’ajoute une méfiance à l’égard de l’aventure indépendantiste.

CEPENDANT, le rassemblement des partisans de Jean-Guy Talamoni (indépendantiste), et de Gilles Simeoni (autonomiste) distance de très loin la droite régionaliste (près de 15 %), les Républicains (11,77), la République en marche (11,26), la Corse insoumise, soutenue par le Parti communiste mais pas par Jean-Luc Mélenchon (5,68) et le Front national (3,28). L’idée de créer une coalition mêlant les indépendantistes aux autonomistes a porté ses fruits, en ce sens qu’elle a rassuré ceux des électeurs qui ne veulent pas larguer les amarres avec la métropole. Mais il faut ne se faire aucune illusion : quand M. Talamoni déclare que la Corse ne sera pas prête pour l’indépendance avant 10 ou 15 ans, ce qui compte, c’est qu’il la prévoit et s’y emploie. Les deux leaders de la coalition ont d’ailleurs demandé l’ouverture immédiate de négociations avec le gouvernement.

Rendez-vous dimanche prochain.

Il y a désormais une seule collectivité territoriale qui réunit les deux anciens départements et qui est représentée par une assemblée comptant 63 élus. Le scrutin prévoyant un second tour, on imagine que la coalition va renforcer sa victoire dimanche prochain et qu’elle dominera la nouvelle assemblée. A quoi ce succès des nationalistes peut-il être attribué ? Il y a deux ans, le FLNC déposait les armes et les actes de violence politique ont cessé. En échange de quoi, la métropole a accepté de faire de la Corse l’entité qu’elle est déjà géographiquement. La longue histoire des provocations , des règlements de comptes, des attaques, de l’exécution en pleine rue du préfet Claude Érignac en février 1998, de l’omertà, des défis adressés au pouvoir central par des irrédentistes ultra-minoritaires, a créé une incompréhension profonde entre les nationalistes corses d’une part, le reste de la population corse et la métropole d’autre part. Le conflit entre ces deux groupes a créé une double lassitude : celle des gouvernements français qui s’échinent depuis des décennies sur ce problème insoluble  et celle de la population corse dans son ensemble, pas vraiment heureuse du climat qui régnait jusqu’en 2015 dans l’île de Beauté, pas toujours fière d’une jeunesse excessive, pas convaincue que, sur le plan économique, la Corse est capable de vivre avec ses moyens.

La notion de patrie corse.

Car la Corse n’est pas la Catalogne. Elle n’en a ni le nombre d’habitants, ni la prospérité, ni les capacités industrielles. Elle bénéficie d’une fiscalité très privilégiée. Elle reçoit une aide substantielle de l’État. Mais le taux de chômage y est de 11 %, soit un point et demi de plus qu’en métropole et 19 % de la population se situe sous le seuil de pauvreté (cinq points de plus). Les conflits violents avec le pouvoir central ont sans doute pesé sur le sous-développement corse. Mais c’est au nom de ces difficultés économiques et sociales que les nationalistes revendiquent l’indépendance, même si la notion de patrie corse remonte à la fin du XVIIIè siècle, avec Pascal Paoli. Il est donc à la fois difficile d’ignorer des aspirations corses qui remontent à plus de deux siècles et d’imaginer comment une Corse indépendante pourrait atteindre ce plein développement que promettent les nationalistes à un électorat lui-même partiellement sceptique. L’abstentionnisme d’hier semble montrer que les Corses observent les changements apportés par la réunification de l’île et par la poussée nationaliste avec un peu de fatalisme et même d’indifférence. Pour la première fois, en tout cas, l’indépendantisme ne fait plus peur, bien qu’il pose des problèmes parfois comparables à ceux de la Catalogne : une Corse totalement livrée à elle-même devrait négocier sa réinsertion dans l’Union européenne. Il y a quelques semaines, M. Talamoni parlait de la France comme d’ « une puissance amie », ce qui a semblé choquant à ceux qui l’écoutaient, mais qui, dans vingt ans, pourrait bien être accepté.

RICHARD LISCIA

 

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Il y a un an, Hollande

François Hollande
(Photo AFP)

Les anniversaires ne sont pas ma tasse de thé, mais le 1er décembre nous rappelle qu’il y a un an, François Hollande a décidé de ne pas se présenter pour un second mandat. De cette décision, ont découlé divers événements qui ont fait de 2017 une année politique exceptionnelle.

LE PROGRAMME du candidat Hollande contenait des contradictions qui obèreraient son action s’il était élu. Ce qui lui est arrivé au bout de cinq ans de mandat était contenu dans sa collision avec une réalité économique et financière qu’il croyait temporaire. Ce fut, en quelque sorte, son péché originel. Il était convaincu que 2014 ou 2015 serait l’année de la reprise économique et que le plus important, pour lui, c’était moins de gérer le pays après son élection que de gagner d’abord. Quand Jean-Luc Mélenchon est arrivé sur la scène politique pour exposer une plate-forme de propositions extrêmes et donc irréalisables (comme le non remboursement de la dette publique), il s’est produit une surenchère qui a conduit M. Hollande à annoncer une super-taxe de 75 %  sur les revenus élevés (au-delà d’un certain seuil). Le message était : plus à gauche que moi, tu meurs. Cela revenait à ignorer totalement la réalité de notre endettement, la pesanteur de nos déficits, nos contraintes européennes, notre appartenance à la zone euro. M. Hollande a eu raison de M. Mélenchon grâce à ce stratagème et, une fois à l’Élysée, se garda bien d’appliquer sa super-taxe.

Deux graves erreurs.

En tant que président, il a donc fait une politique qui n’avait qu’un lointain rapport avec ses promesses électorales. Puis, il a commis deux graves erreurs : il a conditionné sa réélection à un second mandat aux résultats obtenus sur le front du chômage, puis il a augmenté follement les impôts, ce qui a assommé littéralement ceux, entreprises ou particuliers, qui les paient. Son impopularité ne vient pas d’autre chose que son désir d’apparaître comme authentiquement socialiste, alors que, partout en Europe, la social-démocratie déclinait. François Hollande est lui-même un économiste et il comprenait parfaitement que le problème du déficit résulte non pas d’une fiscalité trop laxiste, mais d’une dépense publique qu’il était urgent de réduire. En prenant M. Ayrault comme Premier ministre, il ne pouvait guère échapper à la doxa socialiste. Quand il a pu constater l’échec de son programme, il a changé de Premier ministre. Il s’est inspiré alors du rapport de Louis Gallois, qui préconisait des mesures libérales fortes, comme la reconstitution de la marge des entreprises et la réduction du coût du travail par la diminution des charges. M. Hollande a donc pris des décisions parfois utiles et elles ont eu, avec le temps, des résultats positifs pour les entreprises.

Règlement de comptes Valls-frondeurs.

Mais entretemps, le climat politique s’est fortement dégradé, notamment parce que le retour de M. Hollande aux concepts libéraux, en adéquation avec les normes économiques européennes, restait hésitant. Il a donc traité le chômage par des mesures, comme les emplois aidés, qui masquaient le problème sans le résoudre. Il n’a cessé, pendant au moins les deux dernières années de son mandat, de répéter que le retour à l’emploi était imminent, ce qui, au moment de son renoncement, le 1er décembre 2016, est devenu presque vrai. Sauf que l’autorité du président a été minée par la fronde d’une partie des députés socialistes. Cela a créé un climat étouffant dans les rangs de la majorité. Le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, qui a quitté le PS, a été confronté à une forme d’opposition intérieure qui frôlait la haine, quand il a voulu engager une réforme du code du travail qu’Emmanuel Macron, en tant que ministre de l’Economie, avait conçue mais que M. Valls a confiée à Myriam El Khomri, femme courageuse, confrontée, contre sa volonté, à un règlement de comptes entre M. Valls et les frondeurs. De son côté, Emmanuel Macron semble avoir compris que jamais le PS ne serait capable de lancer de grandes réformes. La fracture socialiste date de 2015-2016 et le parti ne s’en est jamais remis, d’une part parce que le conflit était de nature idéologique et, d’autre part, parce que François Hollande, quoi qu’il en dise, n’a pas su discipliner la majorité. De sorte que, selon un sondage publié aujourd’hui, 74 % des Français ne croient plus à l’avenir du PS.

Happening à l’Élysée.

Ce que la France a deviné en 2016, c’est qu’on ne pouvait faire les réformes à la moitié ou au quart, que le pays se trouvait dans un état assez faible pour que se produisit une sorte de révolution, qu’il fallait des idées neuves et un homme nouveau. M. Hollande a souvent agi avec détermination, notamment quand il a envoyé l’armée au Sahel ou quand il a décidé de participer aux batailles contre Daech en Irak et en Syrie, ou encore quand il était prêt à punir Bachar Al Assad après le recours aux armes chimiques contre des civils innocents. C’est aussi un homme simple, qui ne manque pas d’humour, avec qui le contact est facile et agréable. Il a été accablé par ses soucis sentimentaux qui plongeaient le pays dans un vaudeville à la Feydeau, puis l’épisode des visites en moto à Julie Gayet, puis ce livre de deux journalistes du « Monde », « Un président ne devrait pas dire ça », dans lequel il a dit à foison ce qu’il ne devait pas dire et par quoi il a été durablement ridiculisé. Pendant ce temps, M. Macron courait la campagne et Manuels Valls, qui s’est imprudemment fâché contre son ministre, alors que, sur bien des points, ils ont les mêmes idées, a compris qu’il était urgent pour lui de se déclarer candidat et faisait le siège du président pour qu’il consente à renoncer. Au début de l’année dernière, on nous aurait dit que les choses se passeraient de cette manière que nous aurions dénoncé l’absurdité du scénario. Ce fut la capacité des acteurs, Hollande, Valls, les frondeurs, Macron, Mélenchon, Fillon, à jouer leur rôle avec les outrances de la Commedia dell’arte qui a entraîné le séisme de 2017.  Il ne faut pas réfléchir trop longtemps pour comprendre que l’homme qui a eu une géniale intuition, qui a vu le soleil se lever sur un pays moralement dévasté, qui se sentait, plus que tous les autres, porteur du changement, qui a eu l’audace époustouflante de s’imaginer à la place du calife, c’est Macron.

RICHARD LISCIA

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La possibilité d’une guerre

Kim Jong-un à l’oeuvre
(Photo AFP)

Le lancement d’un nouveau missile balistique nord-coréen capable d’atteindre n’importe quel point du territoire des États-Unis accroît énormément les tensions internationales. L’hypothèse d’une guerre nucléaire, ou d’un début de guerre nucléaire suffisant pour provoquer des ravages incalculables semble de moins en moins déraisonnable.

KIM JONG-UN, le jeune dictateur surexcité qui règne à Pyong Yang, explique ses essais de missiles par la nécessité, pour son pays, de se protéger des États-Unis, pays voué, selon lui, à détruire la Corée du Nord. Il refuse de négocier l’arrêt du développement de ses moyens stratégiques et, à chaque essai, les Américains eux-mêmes reconnaissent qu’il fait des progrès. La réponse de Donald Trump est toujours la même : il promet à la Corée du Nord des représailles qui la feraient disparaître de la carte. Ce qui ne veut rien dire : on veut toujours la mort de son ennemi, on ne veut pas mourir avec lui, sauf dans le cas des kamikazes. Or le seuil d’intolérance à un conflit nucléaire commence très tôt. Un seul missile qui détruirait une seule ville américaine représenterait la mort de millions de personnes, des dévastations indescriptibles, une pollution qui nous renverrait tous à l’âge de pierre.

Une menace très sérieuse.

Les États-Unis ne peuvent pas conduire une action militaire préventive tant qu’un missile nord-coréen n’est pas tiré pour les atteindre. S’ils vitrifiaient la Corée du Nord en ripostant massivement, ils ne déclencheraient pas nécessairement une guerre tous azimuts capable d’éliminer l’humanité, car ils auraient avec eux la légitime défense. Mais s’ils tiraient les premiers, la Chine et la Russie pourraient se joindre à la Corée du Nord et participer à la punition des Américains. Dans cette voie extrêmement étroite, le seul moyen de contre-carrer les plans de Pyong Yang, c’est le recours à un système anti-missiles. Il existe. Il parviendrait sans aucun doute à neutraliser une demi-douzaine de missiles nord-coréens, même si l’on néglige une pollution radioactive qui mettrait en danger des millions de vies. Il ne parviendrait pas à empêcher l’arrivée sur le sol américain d’une partie d’une flotte de missiles.  Comme apparemment, rien, ni la situation économique de la Corée du Nord, qui est défavorable, ni l’insuffisance des connaissances des scientifiques nord-coréens, ni une politique d’agression pure, n’empêche les progrès nucléaires et balistiques de  Pyong Yang, Kim sera capable, dans quelques années, de représenter une menace pour l’Amérique (et peut-être d’autres pays) aussi sérieuse que celles de la Russie ou de la Chine.

Enjeux immenses et petits calculs.

Une explosion nucléaire serait un tel malheur pour l’humanité que le seuil de la dissuasion commence très tôt. M. Trump allie les imprécations aux suppliques adressées à la Chine pour qu’elle mette Kim au pas. Les Russes, pour leur part, ne veulent même pas accroître les sanctions. Ni Pékin ni Moscou ne sont inquiets d’une crise qui affaiblit les États-Unis moralement et militairement. Xi Jinping et Vladimir Poutine souhaitent seulement qu’elle ne se transforme pas en une guerre dont la Chine et la Russie paieraient les conséquences. Si nous en sommes là, ce n’est pas seulement à cause du laissez-faire d’une demi-douzaine de présidents américains qui n’ont pas su négocier à temps avec Pyong Yang :  la Corée du Nord exerce son chantage depuis fort longtemps mais il fallait la rassurer en dépit de la paranoïa des Kim passés et présent. Si l’inquiétude augmente dans le monde, c’est aussi parce que les dirigeants chinois et russe ne semblent pas comprendre clairement que l’enjeu de la paix est infiniment supérieur à leurs petits calculs pour empoisonner la vie des Américains.  Une chose est sûre. L’accord nucléaire avec l’Iran n’a jamais autant démontré son utilité. Donald Trump, qui voudrait sortir son pays de cet accord, se trompe lourdement. Il n’a rien à dire aux Coréens, mais son devoir est d’entamer des discussions très sérieuses avec la Chine et la Russie.

RICHARD LISCIA

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