La justice rattrape la droite

Édouard Balladur
(Photo AFP)

Coup sur coup, la Cour de Justice de la République (CJR) a décidé de juger l’ancien Premier ministre Édouard Balladur et François Léotard, ancien ministre de la Défense, et confirmé le procès de Nicolas Sarkozy devant un tribunal correctionnel. Les deux affaires n’ont aucun rapport, mais ces toutes récentes décisions judiciaires, qui embarrassent la droite, risquent de peser sur le résultat des élections municipales.

M. SARKOZY a tout fait pour éviter son procès en correctionnelle, arguant principalement qu’ayant été déjà condamné à 363 000 euros d’amende pour les dépassements financiers de sa campagne de 2012, il ne pouvait être jugé une seconde fois pour les mêmes faits. Tandis qu’il réclamait des meetings de plus en plus vastes et de plus en plus coûteux, il restait indifférent aux alertes lancées par ses proches collaborateurs, notamment Jérôme Lavrilleux, député européen et directeur de sa campagne qui, sous le poids d’une culpabilité insupportable, est allé raconter toute l’affaire à la télévision. La ligne de défense de Nicolas Sarkozy est fondée sur l’idée selon laquelle il était alors président en exercice et n’avait guère le temps de s’intéresser aux dépenses, de plus en plus élevées de sa campagne, au total le double de ce que la loi autorise. Durant le procès à venir, il restera sans doute sur cette position.

Les onze morts français de Karachi.

La décision de le juger le contrarie à plus d’un titre, notamment parce que le niveau de sa cote de popularité l’autorise aujourd’hui à envisager de prendre la tête des Républicains, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022. Il a d’ailleurs le temps d’échapper à un jugement sévère et de faire une rentrée politique. L’affaire où sont impliqués Édouard Balladur et François Léotard est beaucoup plus grave parce qu’elle fait ressortir de possibles commissions versées à la campagne de M. Balladur en 1995. En 2002, un attentat à Karachi coûtait la vie à 16 personnes dont onze Français, tous des ingénieurs envoyés sur place pour assurer la livraison par la France de sous-marins au Pakistan. Pourquoi l’attentat visait-il les Français en particulier ? Parce que, disent des rapports d’enquête, les récipiendaires pakistanais de ristournes secrètes n’avaient pas touché l’argent promis par le gouvernement français. De fil en aiguille, les enquêteurs ont cru comprendre qu’une partie des sommes avait servi aussi à financer la campagne de M. Balladur.

L’attente des familles.

Les familles des victimes françaises attendent qu’on leur dise la vérité. Il aura fallu quelque 24 ans ans pour que le procès soit décidé et que soit dit clairement si, oui ou non, les onze morts de Karachi ont été sacrifiés par leur propre gouvernement. On le répète sans cesse :  le temps judiciaire est très lent. Ce qui ne l’empêche pas, dans la plupart des cas, d’aboutir à des condamnations. Le dossier de Karachi est énorme, à la fois par son poids et sa gravité. Il a des ramifications diplomatiques, commerciales, politiques. Il fait peser sur ses protagonistes le soupçon d’une terrible affaire de financement électoral, assortie de risques pris pour des concitoyens innocents qui faisaient confiance à leurs dirigeants. On ne va pas au Pakistan sans savoir qu’il existe des liens entre les services secrets gouvernementaux, capables de trahir leurs plus proches amis, et les organisations terroristes. On n’ignore pas non plus la corruption qui existe dans ce pays, si répandue qu’elle pourrait bien avoir corrompu le nôtre.

RICHARD LISCIA

 

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Lubrizol : la défiance

Rouen, jeudi dernier
(Photo AFP)

L’incendie de l’usine Lubrizol, un site classé Seveso, donc considéré comme très dangereux pour l’environnement, a provoqué une pollution qui s’étend jusqu’à 250 kilomètres au nord de Rouen. Les fumées incommodent les habitants de la ville ; les sols et les biens ont recouverts d’une couche sinistre de suie. Aussitôt, la population, les agriculteurs et les défenseurs de l’environnement ont accusé le gouvernement de ne pas réagir d’une manière transparente.

IL S’AGIT d’une catastrophe dont les conséquences immédiates et à plus long terme seront graves. Plusieurs enquêtes sont en cours et le gouvernement continue à recommander la prudence aux personnes concernées. On s’étonne, bien sûr, de ce qu’une usine Seveso existe au milieu d’un quartier résidentiel. Mais, d’une part, la pollution s’étend bien au-delà du site de l’incendie et, d’autre part, la dynamique immobilière a fait que des logements ont été construits de plus en plus près de l’usine.

Des procès en vue.

Ce genre d’accident est assez complexe pour que les pouvoirs publics essaient d’en savoir plus en s’appuyant sur les données et les analyses dont ils disposent. Ils affirment qu’il n’y a pas de danger pour les habitants, ce qui ne semble rassurer personne. Les victimes, gagnées par une colère bien compréhensible, portent plainte, et des procès se préparent. Les plaignants réclament une transparence complète des actes et initiatives des autorités politiques et sanitaires. Le Premier ministre se hâte de répondre que la transparence sera absolue. Plus il le répète, moins on le croit. Encore une fois et à propos d’une usine qui ne date pas d’hier et dont l’incendie ne saurait être attribué à la seule responsabilité du gouvernement actuel, le peuple fait une crise de nerfs et le pouvoir tente, mais en vain, de le calmer.

Le feu venait-il de l’extérieur ?

Bien entendu, il faut se mettre à la place des victimes et sans doute poser le problème de tous les sites Seveso de France, car un autre accident du même genre peut se produire ailleurs dans notre pays. Il demeure qui si l’on a relevé des cas de malaise sérieux, il n’y a pas de malades hospitalisés. Les habitants de Rouen et des alentours sont rongés par l’incertitude. Les résultats des analyses seront connus demain, ce qui devrait limiter la panique. La question de l’indemnisation des victimes, notamment des agriculteurs, doit être réglée aussi vite que possible. Rouen mérite la solidarité de la nation. Mais la frustration conduit la population à désigner un coupable et tombe dans ce travers éculé, l’interpellation systématique du gouvernement, forcément responsable de ce qui vient de se produire. Cette attitude est d’autant plus illogique qu’on ne peut pas exclure un acte terroriste depuis que les dirigeants de l’usine ont déclaré que le feu a pris en dehors du site.

Indemniser rapidement.

Lubrizol appartenant à un investisseur américain, le célèbre Warren Buffet, les victimes lui demandent des sous. Il est probable que M. Buffet, ou plutôt son entreprise, Berkshire Hathaway, ne sait pas grand-chose sur cette usine qu’il possède en France et, s’il est prouvé que l’origine de l’incendie est criminelle, ils commenceront pas se retourner contres les criminels ou les terroristes qui ont allumé le feu. J’ai entendu sur les radios des commentaires qui fustigent l’avarice de M. Buffet, cet homme si riche qu’il aurait dû envoyer des hélicoptères pour déverser des monceaux de billets de banque sur Rouen, mais enfin les choses ne se passent pas de cette manière : il faudra que la justice se hâte, si elle en est capable, et que les victimes soient rapidement indemnisées.

RICHARD LISCIA

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Un moment de réconciliation

Aux Invalides
(Photo AFP)

Après l’hommage populaire à Jacques Chirac, celui de la nation, peut-être le plus important. La présence de trois anciens présidents à la cérémonie de Saint-Sulpice aura été pour eux, et pour Emmanuel Macron, l’occasion d’une réflexion sur l’inévitable retraite qui suit une carrière de bruit et de fureur.

ON LAISSERA les thuriféraires de Chirac vider leur besace débordante d’éloges funèbres : ils ont le droit, dans le cadre de leur immense détresse, d’exagérer un peu. On laissera aussi les ronchons, qui se sont absentés ou n’ont pas voulu participer au carrousel funéraire, se distinguer par leur isolement : frustrés parce que le président décédé est couvert de gloire, ils resteront une exception. En revanche, ces quatre personnages,  Macron, Giscard, Sarkozy et Hollande auraient énormément de choses à se dire sur la conquête et l’exercice du pouvoir, dont ils savent qu’il est dur de l’obtenir et encore plus dur à gérer. Le premier constat, c’est qu’ils font comme tous les Français : aucun n’aurait consenti, malgré ce qui les différencie, à rester absent de la cérémonie. Il n’y a guère que Trump qui n’a pas cru bon d’envoyer à Bernadette Chirac un message de condoléances,  et encore moins d’arriver dare-dare à Paris, comme s’il gardait une dent contre Chirac, sous le prétexte qu’en 2003, la France s’est dressée avec vigueur contre le projet de George W. Bush d’envahir l’Irak, erreur stratégique lamentable qui a précipité le monde musulman dans le chaos. C’est Bill Clinton, un démocrate, qui représente les États-Unis, et il le  fera très bien.

Chirac vote Hollande.

Le deuxième constat, c’est que la mort efface les turpitudes de la vie. Une haine tenace a opposé Giscard à Chirac, qui a tout fait pour que Mitterrand fût élu en 1981. Il n’existe aucune affinité entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais une ressemblance entre leurs deux échecs. Et Macron ? Son « en même temps » s’élargit dans le temps et dans l’espace. Il a adopté une idéologie très spéciale, de droite et de gauche à la fois, il est donc le mieux placé pour rendre hommage à Chirac sans que Giscard ou Sarkozy ne puissent murmurer le moindre mot défavorable au président décédé. Le plus extraordinaire, c’est cette proximité inédite entre Chirac et Hollande, qui, à la faveur de l’ambiance chaleureuse de la Corrèze, sont devenus des copains. Personne ne peut oublier ce moment antérieur aux élections de 2012 où un débonnaire Chirac, les mains dans les poches et déjà quelque peu affaibli par l’âge, déclarait : « Si Alain  Juppé ne se présente pas, je voterai Hollande ». Et, devant le candidat à la présidence qui bafouillait de plaisir et de confusion à la fois, il a répété les mêmes mots.

Un temps pour tout.

N’était-ce pas déjà une forme de macronisme ? Est-ce que l’idéologie, à laquelle les socialistes restent tellement attachés, importe vraiment ? Un programme n’a-t-il pas une meilleure chance de réussir s’il est pragmatique ? Or c’est pour des nuances que ces géants de la politique se sont opposés. En 1981, la gauche n’a conquis le pouvoir que pour aller au bout d’une expérience qu’il a fallu ensuite amender. La semaine de 35 heures est l’idée la plus sotte qui ait jamais été mise en œuvre, non pas dans l’absolu, mais dans le contexte d’une France qui perdait sa compétitivité. Le pays est las des allers-retours, il ne croit plus ni à la gauche ni à la droite, ces deux testaments dont Macron se réclame. Souvenez-vous : Giscard a écarté Chaban, mais il a engagé des réformes de société irréversibles. Mitterrand, après avoir tout essayé, ne savait plus à quel saint économique se vouer. La réponse populaire aux réformes a fait reculer Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande qui, en deux ans, est passé d’une taxation confiscatoire à un plan de relance des entreprises. Tous les présidents ont été éblouis, au bout de leur tunnel philosophique, par la lumière aveuglante des réalités.

Même Macron peut se dire : Chirac a reculé sur les régimes spéciaux de retraite, il a reculé pour le CPE (contrat premier emploi, qui a embrasé les banlieues). Qu’est-ce qui m’oblige à faire mieux que lui? Mais il y a un temps pour tout, n’est-ce pas ? Il y a un temps pour faire et un temps pour défaire.

RICHARD LISCIA

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Chirac versus Macron

Chirac il y a cinq ans
(Photo S. Toubon)

Un deuil national sera observé lundi à la mémoire de Jacques Chirac. Emmanuel Macron a rendu hommage hier soir à l’ancien président de la République dans un discours bref mais fort qu’il a prononcé à la télévision. Peut-on parler d’une filiation entre le président décédé et le chef de l’État en exercice ? Homme politique caméléon, M. Macron a des ressemblances avec tous ses prédécesseurs.

CE QUI RAPPROCHE les deux hommes, c’est le projet de réforme. Celle de Chirac avait été présentée pendant sa campagne pour la présidentielle de 1995 comme une thérapie de la « fracture sociale ». Une fois élu, Jacques Chirac s’est engagé plutôt, avec Alain Juppé, son Premier ministre d’alors, dans une réforme d’inspiration néo-libérale. Le projet de M. Juppé, applaudi lors d’une standing ovation à l’Assemblée nationale, s’est fracassé sur les régimes de retraite dits « spéciaux » qui ont déclenché une grève mémorable des transports. Le plan de M. Macron voulait briser les résistances syndicales, il commence à être amendé et retardé pour éviter une explosion sociale. Le président actuel s’est souvenu des épreuves subies par Chirac, pour lequel il n’a jamais caché sa sympathie ni même son admiration.

Chirac aimait les gens.

Si Jacques Chirac a laissé un si bon souvenir aux Français, c’est parce qu’il les aimait et le leur faisait savoir. Il avait une sensibilité extrême pour les gens au travail ou sans travail, pour tous les déshérités et il n’hésitait pas à passer avec eux beaucoup de temps et à trouver les mots que M. Macron a tant de mal à prononcer. On peut dire que le sort des Français les plus démunis l’obsédait nuit et jour. Il allait à leur rencontre, il se mettait à leur niveau. Il savait ce qu’il en coûterait de changer les structures sociales de manière à donner chaque jour une chance à chaque chômeur, à chaque famille incapable de boucler ses fins de mois. Une telle empathie était admirable mais ne suffisait guère à régler le problème. Macron, pour sa part, ne voulait pas perdre de temps à exposer la consternation que lui inspirent les inégalités sociales. Il a cru qu’il pouvait dépasser le stade de l’émotion pour engager aussi vite que possible les changements, les bouleversements plutôt, qui devaient restructurer la société française. Il a changé d’avis. Il a besoin de temps.

Cinq ans de cohabitation.

Après sa défaite face à la rue (deux millions de manifestants et les transports paralysés), à la fin de 1995, Chirac renonça à une partie des réformes de Juppé et gouverna dans l’inquiétude pendant encore deux ans. En 1997, les perspectives économiques étaient particulièrement maussades, il n’y aurait pas de croissance, affirmaient les experts, et les grèves risquaient de reprendre. Juppé était le messager qui apportait à l’Élysée les mauvaises nouvelles. On ne sait pas qui a cru alors que le remède résidait dans une dissolution de l’Assemblée nationale. Quand on y pense aujourd’hui, on se demande comment Jacques Chirac a pu imaginer qu’il allait retrouver une majorité. On se demande aussi pourquoi les prévisions économiques étaient si pessimistes, alors que les élections anticipées en 1997 ont coïncidé avec le retour de la croissance. Entre les deux tours des législatives, Alain Juppé démissionna,  Chirac proposa Philippe Seguin comme recours. Rien n’y fit : de même que François Mitterrand avait cohabité avec la droite, Chirac dut travailler pendant cinq ans avec un gouvernement socialiste dirigé par Lionel Jospin, qui n’a pas gardé de cette promiscuité institutionnelle un bon souvenir.

Le triomphe de Le Pen.

C’est Jospin qui tira le meilleur avantage de la croissance, au point que Chirac lui reprocha de garder dans les coffres de l’État une « cagnotte » dont il exigea la redistribution aux Français. La cagnotte n’était en réalité qu’un mythe. Rapportée à la dette nationale, elle aurait pu être utilisée pour rembourser quelques emprunts. Elle permit au contraire de diminuer le taux de chômage. La France allait mieux et, à l’élection présidentielle de 2002, Jospin, bien placé dans les sondages, fut éliminé dès le premier tour à cause de la présence en lice d’un chef politique très encombrant : Jean-Marie Le Pen. Ce qui contraignit la gauche à lancer un appel à voter Chirac au second tour et donc à lui donner un destin historique. Aujourd’hui, on reproche à Macron de compter sur la présence de l’extrême droite pour être réélu. Comme s’il avait machiavéliquement organisé le rapport de forces. Mais cela fait dix-sept ans que l’extrême droite est aux marches du pouvoir.

RICHARD LISCIA

PS-Je publierai lundi dans le Quotidien du médecin un autre article sur la disparition de Jacques Chirac.

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Trump : incorrigible

Nancy Pelosi
(Photo AFP)

Un agent américain du renseignement affirme, enregistrement à l’appui, que Donald Trump a eu une conversation téléphonique avec le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelenski, au cours de laquelle il a demandé des informations sur le fils du candidat démocrate à la présidence, Joe Biden. Hunter Biden travaille en effet en Ukraine.

LA MAISON BLANCHE s’est empressée de publier la transcription de la conversation qui, selon elle, ne contenait aucune pression sur M. Zelensky, auquel M. Trump vient de livrer des armes. « C’est une blague », a commenté M. Trump. Nancy Pelosi, qui dirige la majorité démocrate au Sénat, a créé une commission d’enquête qui entendra au premier chef le lanceur d’alerte, un agent secret américain qui tient à garder l’anonymat.  L’appel téléphonique lancé au président ukrainien incrimine de toute façon M. Trump. La loi lui interdit de discuter de la famille d’un adversaire politique, par ailleurs bien placé pour gagner les primaires, en pleine campagne électorale. Ce n’est pas la première fois que le président des États-Unis viole la loi. Il a toujours refusé de publier ses déclarations fiscales alors qu’il y est théoriquement contraint, une vidéo témoigne de son machisme, les procédés utilisés par sa campagne pour affaiblir Hillary Clinton en 2016 étaient inacceptables et hors-la-loi.

La destitution est improbable.

Maintenant qu’elle est lancée, l’enquête suivra son cours. Elle renforcera sans aucun doute les électeurs démocrates dans leur détermination à écarter Donald Trump du pouvoir. Mais elle va galvaniser les électeurs républicains qui refuseront de réclamer un autre candidat pour leur camp. La réputation sulfureuse du président n’a jamais affaibli l’enthousiasme de ses électeurs. En se faisant élire en 2016, il a aussi conquis son parti dont de nombreux élus ont tenté, mais en vain, de lui barrer la route. Tant que l’économie est en forme, tant que le plein emploi demeure, tant que sa cote de popularité (43 %) ne baisse pas, les démocrates n’ont aucune chance de le destituer, tout simplement parce qu’ils n’ont pas la majorité requise des deux-tiers (67 élus) au Sénat. En effet si c’est la chambre des représentants qui amorce la procédure de destitution, il revient aux sénateurs de la voter. Pour Bill Clinton en 1998 et pour Andrew Jackson en 1868, on a dit que ces deux présidents en exercice avaient été empêchés, mais le mot ne signifie pas qu’ils ont été révoqués, il veut dire qu’ils ont subi la procédure exceptionnelle qu’est l’impeachment. Ils s’en sont sortis tous les deux. Quant à Richard Nixon, il a démissionné et il ne l’a fait que parce qu’il y avait clairement une majorité suffisante au Sénat pour le destituer.

Les turpitudes d’un président.

Toutefois, cette nouvelle affaire ukrainienne montre que le président Trump est incorrigible et que son comportement est dévoyé en permanence. Il se présente comme un homme d’affaires spécialisé dans le deal, mais en fait il n’hésite jamais à gagner une partie en recourant à des méthodes répréhensibles, dépourvues de tout scrupule et en définitive totalement illégales. Je ne crois pas que Mme Pelosi, vieille routière de la politique, ait vraiment conçu un projet pour démolir Trump avant les élections de novembre 2020. Il me semble plutôt qu’elle veut que l’opinion sache de manière détaillée et argumentée quel genre de type est M. Trump. Il n’a pas la carrure morale pour diriger le pays le plus puissant du monde ; sa gestion de l’économie finira pas provoquer une bulle financière et une crise ; il ne tire jamais la leçon de ses échecs et n’hésite pas à demander de l’aide à un chef d’État étranger pour qu’il apporte sa contribution à la défaite électorale de son principal adversaire. Il continue donc à se croire tout-puissant et au-dessus des lois, alors que tout président américain est enserré dans un maillage de lois et de règles qu’il doit respecter à tout prix. Même les républicains, même les électeurs les plus dévoués à Trump finiront par se poser des questions sur l’éthique de leur idole.

RICHARD LISCIA

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La taxe fantôme

Il y a plusieurs vérités
(Photo AFP)

Muriel Pénicaud, ministre du Travail, avait annoncé que les séniors de plus de 70 ans qui emploient une personne à domicile devraient dorénavant payer les cotisations sociales liées à l’embauche de cette personne. Un vent de fronde a traversé la majorité. La taxe n’a pas duré 24 heures. Hier, le Premier ministre a supprimé le projet.

CE N’EST PAS la première volte-face du gouvernement en matière fiscale. Ce n’est pas non plus une technique de gestion nouvelle. Tout gouvernement, avant d’enfoncer une couleuvre dans la gorge de l’opinion, se croit obligé de lancer d’abord un ballon d’essai, pour tâter le terrain avant que ne se produisent manifestations ou émeutes. Le gouvernement de M. Philippe affronte la rentrée avec courage : il n’a pas vraiment jugulé le mouvement des gilets jaunes et la CGT et FO sont bien décidées à démanteler une réforme des retraites qui a donné lieu, déjà, à des centaines d’annonces et de contre-annonces. La répétition de cette procédure aidant, il est possible qu’elle n’inspire plus qu’indifférence à l’opinion. Mais là, en pleine campagne des municipales, c’est la majorité qui s’est révoltée. En définitive, le paiement des cotisations par les retraités de plus de 70 ans ne rapporterait au fisc qu’une modeste recette (moins de 300 millions) et, bien entendu, il les encouragera à quitter leur domicile pour aller vivre dans une résidence collective. Ce qui ne serait pas souhaitable.

Un discours confus.

Pourquoi la communication entre les divers services de l’État n’a-t-elle pas fonctionné ? Pourquoi les arguments contre l’adoption des cotisations n’a-t-elle pas été préalablement évoquée ? À qui servent ces allers-retours décisionnels sinon à déclencher confusion, divisions et rancune ? On souhaiterait presque, en observant l’hésitation permanente du Premier ministre, qu’il nous fasse un discours philosophique sur la multiplicité des vérités et la difficulté d’en adopter une qui, une fois prise au nom du bon sens fiscal, se révèlerait délétère sur le plan politique. On retrouve les doutes métaphysiques du chef du gouvernement dans un discours parfois un peu confus inspiré par Pirandello : à chacun sa vérité, celle de Mme Pénicaud n’étant pas nécessairement celle de toute la majorité.

Une taxe qui baisse.

L’état d’esprit de la nouvelle loi qui va régir le fonctionnement de l’audiovisuel public est du même tabac. L’opinion et les élus craignent qu’elle renforce l’autorité de l’État sur le contenu des programmes, ce que je ne crois pas. Mais on trouve dans le texte une disposition qui est bien bonne : la taxe télé va baisser dans le prochain budget parce que la recette fiscale est excessive. Si, les années suivantes, la taxe se révèle insuffisante, eh bien, c’est simple, on l’augmentera. Une bonne nouvelle en cache donc une mauvaise. L’exécutif a forcé l’audiovisuel public à faire des économies pendant deux ans. Le résultat, c’est la baisse de qualité des programmes et, surtout, la répétition des programmes déjà diffusés. Il n’était pas absurde de consacrer le surplus de recettes fiscales à quelques émissions intéressantes pour l’été, saison sinistrée pour la télévision. J’accompagne Édouard Philippe dans le cheminement de sa pensée nuageuse. Aucune décision n’est forcément bonne. En revanche, il est impératif que toutes les décisions aient une cohérence, qu’elle forment un tout et un bloc. Le Premier ministre douterait moins de ce qu’il fait s’il était plus libre. Il subit les initiatives de ses ministres et les caprices de son président. À tous, un message unique : accordez vos violons.

RICHARD LISCIA

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PMA : science et conscience

Une revendication de plus
(Photo AFP)

La loi bioéthique sera examinée à partir de cet après-midi à l’Assemblée nationale, comme tous les sept ans. C’est donc plus un rituel qu’une nécessité. Cependant, les progrès de la PMA (procréation médicalement assistée) rendaient nécessaire l’ouverture ou l’interdiction de droits nouveaux.

JE N’ENTRE dans ce débat qu’à pas feutrés car, comme pour tout ce qui concerne la bioéthique, je ne dispose que de la faible compétence que me confère la sensibilité et parce qu’il y a en France des milliers de personnes, médecins, philosophes, spécialistes de l’éthique et j’en passe, qui ont les connaissances indispensables pour porter un jugement sur le dossier. Il existe un angle, dans le débat, qui est purement politique et qui ferait que, selon qu’on est conservateur ou libéral, le jugement sera différent. Voilà qui m’ouvre une fenêtre étroite pour accéder au débat.

Le droit à l’enfant n’existe pas.

Je constate que le droit d’avoir un ou plusieurs enfants relève d’une conception erronée de la justice. Un tel droit n’existe pas, comme le savent des quantités de couples hétérosexuels qui n’ont pas d’enfants car la conception est un processus particulièrement fragile. Je constate en outre que le désir d’enfant peut être considéré comme égoïste dès lors qu’il s’agit plutôt d’un enfant venu de sa propre chair, ce qui traduit plus la satisfaction d’une aspiration personnelle que le souhait de faire le bonheur de l’enfant à naître. Et enfin, je constate qu’il y a un remède très simple à l’absence d’enfant : l’adoption qui, elle, transforme le désir d’enfant en désir de le rendre heureux. Posé de cette manière, le problème exclut la PMA qui, il faut s’en souvenir, n’existe que depuis quelques décennies. S’il n’y avait pas de PMA, il n’y aurait que des adoptions. Il faut reconnaître toutefois que le processus d’adoption est au moins aussi compliqué que celui de la PMA, ce qui peut conduire un couple à renoncer.

On ne peut pas ignorer le progrès.

Cela dit, il est impossible de nier les progrès de la science. Ignorer la PMA, cela revient à rester indifférents aux traitements contre les maladies graves ou les progrès éblouissants accomplis par la longévité. On n’a peut-être pas besoin de revenir tous les sept ans sur les lois de bioéthique, mais nos sociétés sont bien obligées d’encadrer des avancées dont nous ne parvenons pas toujours à imaginer les conséquences. La seule question réellement importante est la suivante : si la PMA pour tous est adoptée, il faut qu’elle s’applique dans des conditions rigoureuses sur le plan médical et sur le plan éthique. Par exemple, on ne met pas au monde un enfant dans une famille déchirée ou incapable, pour quelque raison que ce soit, d’assurer son confort et son bonheur.

Au mariage pour tous, qui a soulevé tant de colères, succède donc la PMA pour tous parce que le gouvernement actuel a jugé qu’elle est déjà entrée dans les mœurs. Il demeure que la PMA n’a rien à voir avec la sexualité des parents et, si elle existe, c’est parce que des couples d’homosexuels l’ont réclamée et obtenue. Il vaudrait mieux parler de PMA officielle, celle qui va permettre par exemple aux enfants nés à l’étranger dans le cadre d’une GPA (gestation pour autrui) qui, elle, restera interdite dans notre pays, d’avoir la nationalité française. Pour tout ce qui concerne la PMA et le débat à l’Assemblée, je vous renvoie au « Quotidien » d’hier, avec son dossier et son éditorial remarquables.

RICHARD LISCIA

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La violence écrase le dialogue

Un samedi ordinaire
(Photo AFP)

On a pu assister, samedi dernier à Paris, à un phénomène récurrent mais auquel nous nous habituons dangereusement : une manifestation contre le réchauffement climatique gravement perturbée par une bande de casseurs. Greenpeace, indigné, a souhaité l’arrêt de la manifestation. Le question est maintenant la suivante : est-il possible désormais en France de manifester pacifiquement ?

LA QUESTION est capitale parce que le droit à manifester est inscrit dans la Constitution, alors que les actes de violence sont répréhensibles et font l’objet de poursuites. Si la multiplication des événements populaires cherchant à protéger la planète d’une dérive suicidaire montre l’ampleur du danger qui nous guette, l’usage qu’en font les black blocs vide de leur signification les efforts des partisans de la lutte contre l’effet de serre. Certes, il n’y a pas qu’en France que le pouvoir démocratique est contesté. La violence est devenue la drogue des casseurs qui ne se satisfont ni de la lenteur des réponses publiques à leurs appels, ni des règles qui régissent la pratique des libertés individuelles. De ce point de vue, nous avons eu, en France, un tableau exemplaire de ce qui devient la norme : une manifestation n’est que l’amorce d’une action révolutionnaire, il ne s’agit plus seulement d’exprimer colère ou indignation, il s’agit de pulvériser les institutions en créant dans le pays des tensions propres à alimenter le cycle violence-répression.

Le rapport moral est inversé.

Bien que les faits qui valent aux black blocs interpellations, garde à vue et mises en examen soient scandaleux, les casseurs et les gilets jaunes dits « ultra » ne se soucient pas des conséquences de leurs actes. Leurs techniques d’infiltration des manifestations les plus pacifiques les rendent presque invulnérables et jettent une ombre sur la sincérité du mouvement qu’ils accaparent pour transformer une simple protestation en chaos absolu. De sorte que, la violence appelant la violence, ils se réjouissent de ce que le gouvernement soit interpellé parfois sur ses méthodes répressives. Elles rassurent ceux qui ne veulent rien savoir de ces mini-révolutions lancées pour préparer le grand soir, mais qui indignent ceux pour qui la démocratie parlementaire est incapable d’entendre les cris de détresse lancés par les plus démunis. Du coup, le rapport moral est inversé : le pouvoir, dont le rôle principal consiste à faire régner l’ordre, est blâmé parce qu’il ne serait que la roue de secours d’un système de toute façon bancal et corrompu.

Pourquoi ils ne votent pas.

C’est sans doute ce qu’a pensé un juge qui, la semaine dernière, a relaxé des « décrocheurs », individus qui entrent dans les mairies, décrochent le portrait du président en exercice pour le brûler ou le déchirer au cours d’une manifestation. On ne dira pas assez combien cet exercice est enfantin et stérile. Mais bon, la mairie étant l’avant-poste de la République, le régime ne peut pas accepter que son premier représentant soit humilié de la sorte. On s’attendait à une sentence sévère, on a obtenu une relaxe. Excellente façon de donner à la violence un droit de cité. Mais quand les casseurs, ou les décrocheurs, déclarent qu’ils n’ont pas le choix et qu’il ne leur reste plus que la guérilla pour saper les fondements de cette société honnie, ils oublient qu’il leur suffit de voter pour peser sur l’évolution du pays. S’ils ne le font pas, c’est parce qu’ils sont terriblement minoritaires et qu’ils compensent le manque de voix par des saccages spectaculaires, espérant, non sans naïveté, qu’écœurés par les émeutes et l’instabilité, le bon peuple finira par exiger du gouvernement qu’il fasse ce que lui dictent des délinquants.

Le plus grave, c’est que nombre de médias, intoxiqués par le chaos, s’en prennent au pouvoir, façon d’exonérer les black blocs, sous le prétexte qu’il est le responsable d’une politique créant un tel mécontentement. Ce sont les mêmes qui, par ailleurs, n’ont cessé de dénoncer l’immobilisme français, la sclérose d’une République vieillissante et frileuse et ont exigé des réformes de fond. Des réformes, oui, mais pas celles de M. Macron. Et de rejoindre l’analyse qui oppose les rares « riches » aux « pauvres » si nombreux. Les black blocs ne sont pas les défenseurs des pauvres. Ils sont l’instrument, mais autonome, de ces mouvements, également minoritaires, qui souhaitent un changement de République et de régime et sont prêts, par ailleurs, à jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est-à-dire à sacrifier ce qu’il y a de bon, de durable et de satisfaisant en France pour atteindre le nirvana révolutionnaire, celui-là même qui a valu d’affreux déboires à d’autres pays.

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Mélenchon tel qu’en lui-même

Mélenchon aujourd’hui à Bobigny
(Photo AFP)

Qu’est-ce que nous ferions tous si des policiers et des juges débarquaient à notre domicile pour perquisitionner ? Nous protesterions de notre innocence, mais nous ne ferions pas, devant la porte d’entrée, barrage de notre corps. C’est pourtant ce que Jean-Luc Mélenchon a fait, le 16 octobre 2018. Cela ne lui a pas valu que des compliments.

SI LE procès ouvert hier contre lui et cinq membres de son parti, la France insoumise, se déroule, heureusement, dans le calme, M. Mélenchon n’est pas venu au tribunal pour fumer le calumet de la paix. Poursuivi par ceux-là même qui ont perquisitionné dans ses bureaux et chez lui, il fonde sa défense sur une accusation, lancée à la cantonade, de « procès politique ». On sait bien qu’il ne mesure jamais ses mots, sans quoi il ne serait pas l’éloquent tribun que nous connaissons. Mais cette idée qui l’obsède, à savoir que la République, celle de François Hollande, puis d’Emmanuel Macron, s’emploie à le détruire, est partout dans son discours. Sa charge est tellement énorme que l’on devine sans difficultés qu’il sera condamné car il n’a pas d’autres arguments à faire valoir ;  et celui qu’il invoque, grossier et mensonger, est un produit d’importation. Il a rencontré Lula dans sa prison brésilienne, il est allé voir Nicola Maduro au Venezuela. Il voit, évidemment, dans le premier la victime d’un pouvoir arbitraire qui n’a emprisonné son ex-président que pour le soustraire aux élections. Et dans le second,  il trouve l’imperturbable continuateur du chavisme, l’homme qui porte les espoirs de tous les peuples, un mur dressé contre l’impérialisme, l’exemple même du désintéressement et de la générosité.

Un personnage de Feydeau.

En conséquence, s’il se retrouve à la barre, lui, le héros de l’extrême gauche, c’est uniquement parce qu’il dérange un pouvoir « bourgeois » épouvanté par la perspective d’un Mélenchon élu président de la République. Dieu sait que l’on nous a rebattu les oreilles avec le talent de Mélenchon, son art oratoire, sa culture, sa manière d’électrifier les foules ; mais comment un homme aussi intelligent peut-il croire aussi profondément à de telles billevesées ? Il me semble que le caractère, bien plus que le savoir, est ce qui définit un homme ou une femme politique. M. Mélenchon est gouverné par ses pulsions, qui le conduisent immanquablement vers l’outrance. Sa prestation du 16 octobre 2018, abondamment filmée, ne l’a pas seulement exposé à l’application de la loi, elle l’a couvert de ridicule. Ce pantin atrabilaire, drapé dans son écharpe tricolore, qui déclarait aux policiers : « La République, c’est moi ! », était infiniment plus un personnage de Feydeau que de Shakespeare.

Rage et effroi.

Au risque de tomber dans la psychologie de pacotille, j’expliquerai bien sa colère de l’an dernier comme le produit de ses inébranlables convictions quant à la nature des démocraties. Tous pourris, en quelque sorte. Sauf lui.  Convictions assorties d’un narcissisme que certes il partage à peu près avec tous les hommes politiques mais qui est teinté, chez lui, par le sentiment que son immense intégrité lui confère le privilège de n’être pas un justiciable comme les autres. Dans sa rage, il y avait de l’effroi : non seulement il est la République, mais, semblait-il dire à des interlocuteurs (qui ont porté plainte) :« Grands dieux ! C’est de moi qu’il s’agit, de Mélenchon. Et je suis dans un temple sacré, vous n’avez pas le droit d’y pénétrer. » En d’autres termes, il ne saurait y avoir la moindre part de vérité dans ce que proposent les autres partis et c’est la raison pour laquelle il n’a pas poursuivi son chemin avec le parti communiste. Nous serions dans une sorte de pays factice, et il a tenté de le démontrer en jouant une opérette. Comme en plus il ne se sert guère des nuances, pourtant très utiles à l’expression d’une idée subtile en bon français, ceux qui ne sont pas avec lui sont automatiquement contre lui.

Je ne sais pas si la forme sévère d’intolérance dont il souffre lui aura coûté une grande fin de carrière, mais les sondages montrent que l’opinion française ne voit plus en lui un recours, ni même un homme politique qui mérite le respect. À répandre son mépris sur ceux qui prennent le risque de croiser son chemin et qu’il traite comme des petits et des sans-grade, il a cessé de plaire. Pire, il fait peur. Il aurait conservé l’affection du peuple, ce peuple au nom duquel se construisent tant de dictatures, s’il lui en avait donné un peu.

RICHARD LISCIA

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Israël : le partage suggéré

Gantz et Nétanyahu
(Photo AFP°

Le Premier ministre israélien,  Benjamin Nétanyahu, vient de proposer au chef de l’opposition (mouvement blanc-bleu) de former un gouvernement de coalition avec le Likoud.

CETTE ANNÉE, c’est la deuxième fois que les Israéliens se sont rendus aux urnes sans donner la majorité à un parti politique ou à plusieurs partis ayant des affinités.  M. Nétanyahu a souvent trouvé une porte de sortie en partageant le pouvoir avec des partis avec lesquels qui apportaient moins des affinités que des ambitions. Il croit renouveler l’exercice avec le mouvement dirigé par Benny Gantz, ancien chef d’État-major, dont le programme porte moins sur les fondamentaux, comme la sécurité d’Israël et les relations tendues avec le monde arabe, que sur la vie quotidienne de ses concitoyens.

La dernière carte.

Le Premier ministre joue sa dernière carte. Il a tout essayé, y compris les coalitions avec les partis religieux ou extrémistes qui prônent par exemple l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, déjà occupée par Israël. On n’a pas vu, jusqu’à présent que l’ex-général Gantz ait bâti un programme axé sur la négociation ou un projet de paix, laquelle serait l’aboutissement d’un dialogue pour établir deux États vivant côte-à-côte et pacifiquement. On se contente d’imaginer que, dans le filigrane des discours qu’il a tenus, se lovait un plan plus ambitieux, de nature historique, mais il ne l’a jamais dit en termes clairs. À cet homme que M. Nétanyahu présentait, pendant la campagne, comme un danger pour l’État juif, voilà que le Premier ministre en exercice propose de bâtir une coalition. D’un strict point de vue rationnel, cette offre traduit le grave désarroi du Likoud.  Depuis une altercation entre M. Nétanyahu et Avigdor Lieberman, le patron des immigrés russes,  le chef actuel du gouvernement n’a plus assez d’amis pour former l’une de ces coalitions protéiformes qui lui ont permis de rester dix ans au pouvoir: Gantz et Nétanyahu n’ont rien en commun. Les deux partis sont arrivés ex-aequo aux élections et le premier problème qui va se poser est la désignation de l’homme, donc du parti, qui dirigerait la coalition.C’est bien la première fois dans sa carrière de Premier ministre qu’il va défendre l’autorité que lui ont toujours reconnue les Israéliens.

Résignation.

Benny Gantz n’ayant pas révélé le fond de sa pensée pendant la campagne, on peut craindre qu’il ne ferait pas grand-chose, s’il parvenait au pouvoir, pour orienter Israël vers une voie pacifique. Bien entendu, le sujet sera au centre des discussions qui vont s’ouvrir entre Likoud et Blanc-Bleu. Mais l’ancien général, comme tous les militaires, connaît le prix d’une guerre et celle qui pourrait survenir dans le Proche-Orient surchauffé serait forcément terrible, dès lors que l’Iran et ses alliés au Liban et en Syrie, n’ont cessé d’accumuler armes et soldats dans la perspective d’un assaut contre Israël. D’autre part, la situation de M. Nétanyahu n’est exceptionnelle que parce que, ayant recouru à toutes les alliances possibles, il se retrouve assez isolé pour tendre la main à l’opposition. On ne voit pas les choses de la même manière lorsqu’on dispose d’une puissance irrésistible et lorsqu’on est obligé de pactiser avec son principal adversaire.

Changer de programme.

L’actuel Premier ministre n’a que les convictions idéologiques de ceux qui le soutiennent. Ce qui compte à ses yeux, c’est de garder le pouvoir. M. Gantz, pour sa part, aurait beaucoup de mal à trouver une majorité : à part les travaillistes, dont le score est infime, les autres partis se situent tous à droite ou à l’extrême droite. Du coup, l’association Likoud-Blanc-Bleu semble moins  ahurissante : il suffirait que chacune des deux parties fasse des concessions à l’autre. Ce n’est certes pas une bonne manière d’aborder l’immense question de la paix et peut-être serait-il préférable que les deux chefs la laisse de côté en attendant des jours meilleurs. Mais le scrutin, en dépit de l’égalité des résultats, montre clairement que M. Gantz, parti de rien, a mis en échec le Likoud qui a dominé la scène politique pendant de nombreuses années. Comme tous les démagogues, Benjamin Nétanyahu est aussi un réaliste. Changer de programme pour garder le pouvoir, voilà une option capable de le séduire.

RICHARD LISCIA

PS-Benny Gantz a rejeté l’offre de Nétanyahu, ce qui met le Premier ministre dans une situation désespérée. Le chef de Blanc-Bleu a pris son adversaire à son propre jeu. Ce qu’il veut, c’est l’exclure des consultations du président de la République avant de conclure un accord avec d’autres partis. Mais ce projet est tout aussi fragile que celui de Nétanyahu.

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