Trump en pleine forme

Heurts à la Cour suprême
(Photo AFP

Le Sénat a élu Brett Kavanaugh juge à la Cour suprême par une faible majorité de 50 contre 48. C’est néanmoins une victoire considérable pour Donald Trump qui dispose maintenant d’une Cour suprême avec une majorité conservatrice de cinq « justices » contre quatre.

POUR comprendre l’importance du basculement du tribunal fédéral le plus puissant des États-Unis, il faut se souvenir que les décisions de la Cour suprême ont, dans l’histoire du pays, beaucoup plus fait progresser les lois sociales et morales que le Congrès. La majorité démocrate qui régnait à la Cour jusqu’à présent est d’autant plus affaiblie que la « justice » Ruth Bader Ginsburg, probablement la magistrate la plus respectée, est âgée, et qu’elle songe à prendre sa retraite. Ce qui donnerait à Donald Trump une nouvelle occasion de nommer à sa place un autre juge conservateur. Or, depuis son élection, le président est très contesté non seulement par le camp démocrate mais par les minorités et surtout par les femmes dont le statut social est menacé par un retour rapide aux « valeurs » conservatrices. Sur l’avortement, la Cour suprême pourrait par exemple décider de renverser sa décision du 22 janvier 1973 (Roe versus Wade) qui autorise l’interruption volontaire de grossesse.

Trump, chef de parti.

Il est évident en outre que le président Trump se servira de la Cour pour s’opposer à la lutte mondiale contre le réchauffement climatique, à propos duquel le GIEC, groupement de chercheurs qui étudie l’évolution de l’effet de serre, publie aujourd’hui un rapport très alarmant. La composition de la Cour lui permettra de recourir aux énergies fossiles sans avoir de comptes à rendre à l’opinion publique. Il peut aussi durcir sa politique d’immigration déjà restrictive, poursuivre sa campagne protectionniste, et dicter ses conditions aux différentes minorités, Latino-Américains, Noirs, femmes, et minorités sexuelles. La minorité démocrate au Sénat étant forte (Trump a obtenu l’élection de Kavanaugh à l’arraché), les démocrates espéraient convaincre deux ou trois sénateurs républicains de voter avec eux. S’ils n’y sont pas parvenus, c’est parce que, depuis son élection, Trump a réussi à étendre son emprise sur l’ensemble de son parti dont les éléments les plus rebelles à son mode de gouvernement ont fini par se rallier à lui, pour ne pas être battus à l’occasion des échéances électorales.

Mobilisation populaire ?

En outre, en trouvant, pendant les auditions de la commission sénatoriale chargée d’examiner le cas Kavanaugh, un témoin, une femme de 51 ans, Christine Ford Blasey, qui a affirmé que trente ans plus tôt, M. Kavanaugh avait tenté de la violer, les démocrates n’ont réussi qu’à souder le camp républicain. La tentative d’écarter brutalement le juge avec des faits impossibles à prouver et de toute façon prescrits a été un échec monumental qui a accru la satisfaction et le triomphalisme de Trump. Ce qui ne veut pas dire que le président a assis son pouvoir durablement. Les élections législatives de mi-mandat, qui auront lieu dans quatre semaines, peuvent le priver de la majorité au Sénat, ce qui rendrait le remplacement éventuel de Mme Ginsburg particulièrement difficile et conduirait le parti démocrate à essayer de lancer une contre-offensive au Congrès plutôt qu’à  la Cour suprême. De même, la majorité républicaine à la Chambre des représentants pourrait être affaiblie. Il y a, dans le camp démocrate, une mobilisation considérable pour ce rendez-vous électoral, notamment chez les femmes, outrées par les commentaires sexistes de Trump et bien décidées à lui infliger une défaite.

Le problème se pose au niveau du sens civique des Américains. Des manifestations colossales ont eu lieu dans tout le pays pour dénoncer les mesures prises par Trump (« not my president ! « ), mais le taux d’abstention aux élections est souvent supérieur à 50 %. On pourra mesurer en novembre prochain les effets de la colère que Trump inspire à une large fraction du peuple. Ou bien les minorités et les femmes se contentent de protester, ce qui ne sert strictement à rien, ou bien elles vont aux urnes et envoient au président un avertissement solennel.

RICHARD LISCIA

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Poutine au banc des accusés

L’innocence incarnée
(Photo AFP)

Les États-Unis ont inculpé sept sujets russes qu’ils considèrent comme des espions, le gouvernement hollandais dénonce, preuves à l’appui, les attaques cybernétiques conduites par quatre de ces agents contre l’Organisation internationale contre les armes chimiques, la Grande-Bretagne, la France, le Canada et l’Australie se joignent aux Américains et aux Néerlandais : Vladimir Poutine peut bien ironiser sur « l’espionnite aiguë » des Occidentaux, la guerre froide recommence.

SI LA TENSION est forte entre Moscou d’une part, et l’Europe et les États-Unis d’autre part , c’est parce que les tentatives de la Russie pour infiltrer et affaiblir leurs réseaux Internet s’ajoutent à d’autres comportements hostiles et menaçants. Moscou n’a jamais pu fournir une explication satisfaisante sur le rôle de ses services de renseignement dans l’attentat contre l’ancien espion russe Sergeï Skripal, réfugié en Angleterre, et sa fille. Les deux victimes, longtemps hospitalisées, ont été empoisonnées au moyen d’un agent toxique, le Novitchok, dont la Russie a l’exclusivité. Le gouvernement britannique est formel : il dispose de preuves selon lesquelles la tentative d’assassinat a été organisée par Moscou. À quoi Vladimir Poutine a répondu en faisant diffuser une vidéo selon laquelle les deux hommes visés par Londres ne sont que de modestes et honnêtes citoyens. La Première ministre britannique, Theresa May, s’est empressée de balayer cette imposture. Il reste que les services russes n’hésitent pas à aller combattre sur le sol étranger, comme semble l’indiquer le jugement de Poutine : « Skripal n’est qu’un traître », donc forcément voué aux gémonies.

Les choix de Poutine.

La domination de l’Europe et, pourquoi pas ?, des États-Unis passe par tous les moyens bafouant le droit international que Poutine peut trouver ou inventer. D’abord, il s’efforce de déstabiliser les régimes en place, comme l’a démontré son ingérence plus que probable dans l’élection présidentielle aux États-Unis en 2016, qui a permis à Donald Trump de l’emporter avec un nombre de voix populaires inférieur à celui qu’a obtenu Hillary Clinton. Il était convaincu de pouvoir établir des relations de confiance avec  Trump, mais les relations américano-russes sont aujourd’hui exécrables. Ensuite, il n’a jamais caché qu’il préférait des régimes populistes ou néo-fascistes en Europe. Il a soutenu Marine Le Pen contre Emmanuel Macron. Enfin, son aviation se livre à des provocations incessantes contre les armées de l’OTAN stationnées aux confins de la Russie, comme pour les encourager à déguerpir. On ne le dit pas assez : il joue un jeu très dangereux car un incident militaire grave est vite arrivé.

Le bilan syrien de la Russie.

En Syrie, il est fier d’avoir d’avoir aidé Bachar Al-Assad à triompher des forces qui lui étaient hostiles. Si l’armée russe a contribué à la victoire contre l’État islamique, elle a aussi aidé Bachar à vaincre la rébellion syrienne. Russes et loyalistes syriens étaient prêts à écraser la région d’Idlib tout récemment, sous le prétexte qu’y seraient massés des « terroristes », et ils l’auraient fait si la Turquie n’était intervenue pour empêcher un massacre et une nouvelle tragédie humanitaire. En dépit de son triomphalisme affiché au sujet de la Syrie, Poutine peine à instaurer la paix russe en Syrie. Les pourparlers qu’il a eus jusqu’à présent avec les divers protagonistes du conflit ont échoué. Il n’a pas pu, à cause de la Turquie, lancer contre Idlib l’offensive qui aurait fait pencher définitivement la balance en faveur de Bachar. Il se flatte quand même de disposer d’armes supérieures dont la qualité a été testée par le conflit et d’avoir subi des pertes minimes. Les Syriens ayant abattu un avion russe au moment d’une attaque israélienne, Poutine a été prodigieusement embarrassé, laissant ses généraux menacer Israël, mais optant pour sa part pour une forme de compréhension.

Le roi des hypocrites.

Ce qui est sûr, c’est que conformément aux principes hérités de l’URSS, la Russie d’aujourd’hui ne recule jamais. Elle est en Ukraine et ne compte pas en partir. Elle a construit un pont qui relie directement son territoire à la Crimée, qu’elle a annexée. Elle a dépecé la Géorgie. Elle provoque l’OTAN et maintient un climat de crise propre à épouvanter les populations européennes qui, bien entendu, ne souhaitent pas d’une guerre avec une puissance nucléaire. C’est inquiétant, d’autant plus que Poutine est passé maître dans le recours à l’hypocrisie : il ne mérite, dit-il avec un sang-froid glaçant, aucune des accusations dont il fait l’objet. Il n’a pas fait empoisonner Skripal. Il ne menace pas l’OTAN, il est menacé par elle. Il n’a jamais tenté d’influencer un scrutin européen ou américain. Il déclare publiquement que la démocratie n’est pas le meilleur des systèmes et que celui qu’il a inventé fonctionne beaucoup mieux. Il vient de procéder à des manœuvres militaires spectaculaires avec la Chine, façon de laisser croire que, en cas de conflit, il ne serait pas seul. Il joue pourtant avec un allié voué à la protection de ses seuls intérêts.

RICHARD LISCIA

 

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Résistance de la Cinquième

Macron, Larcher, Rugy
(Photo AFP)

Emmanuel Macron s’est rendu aujourd’hui à Colombey-les-deux-Églises pour célébrer le soixantième anniversaire de la Constitution de la Ve République.  L’hommage ainsi rendu à Charles de Gaulle a d’autant plus de signification que les Français déclarent majoritairement, dans un sondage Odoxa pour « le Figaro », qu’ils ne sont pas attachés à la loi fondamentale.

C’EST d’autant plus surprenant que le texte, en soixante ans, a été amendé 25 fois et pourrait l’être de nouveau d’ici à quelques mois. Dans la mauvaise humeur des Français à l’égard de la Constitution, l’ingrédient principal n’est pas le texte lui-même, qu’ils ne connaissent pas, mais l’usage qu’en font les présidents de la République, et plus précisément Emmanuel Macron, considéré, à tort ou à raison, comme un chef d’État particulièrement autoritaire. On pourrait cependant leur en citer d’autres ; on pourrait leur rappeler les effets néfastes du « régime des partis » pendant la Quatrième République, mais ils n’ont pas une longue mémoire ; on pourrait leur dire que le projet de Sixième République, nourri d’abord par Arnaud Montebourg puis par Jean-Luc Mélenchon, risque de conduire à une impuissance de l’exécutif s’il renforce excessivement les pouvoirs des députés. On pourrait dire tant de choses. Mais, en réalité, les sondages ne prouvent rien et la seule vérité qui compte, c’est que la Cinquième a assuré à la France une stabilité remarquable pendant six décennies.

Tout dépend de celui qui a le pouvoir.

L’autre vérité est que la Constitution, qui n’empêche personne de s’exprimer, est jugée  négativement par l’opposition du moment et positivement par le pouvoir du moment. Le pire détracteur de la Constitution de la Cinquième République fut François Mitterrand. Il publia un pamphlet intitulé « le Coup d’État permanent » pour fustiger la Cinquième, mais quand il fut élu en 1981, il se coula avec délice dans les institutions inspirées par de Gaulle. Bien entendu, les pouvoirs du président sont excessifs et une réforme du texte fondamental serait la bienvenue qui rééquilibrerait l’influence de l’exécutif et celle du législatif. En revanche, il est bien peu probable que les Français, si peu enthousiastes au sujet du régime actuel, accepteraient d’être privés de l’élection du chef de l’État au suffrage universel. S’ils jugent que la Constitution n’est pas leur tasse de thé, c’est parce qu’ils entendent les médias et les oppositions beugler à longueur de journée contre un pouvoir qui, certes, commet des erreurs, mais n’a pas été, à ce jour, beaucoup plus autoritaire que les précédents. La différence qui favorise M. Macron et accroît son intransigeance, c’est qu’il dispose à l’Assemblée d’une majorité écrasante. On se demande qui la lui a donnée, sinon les électeurs, ceux-là même qui croyaient probablement qu’ils ne souffriraient pas des réformes.

Le risque du scrutin proportionnel.

Je ne vois pas, pour ma part, l’utilité d’une réduction de 30 % du nombre de parlementaires, comme si la République française ne pouvait pas payer le prix de ses institutions démocratiques et comme si les élus étaient trop nombreux pour être occupés à plein temps. Il n’est pas du tout certain qu’une fois qu’on aura taillé dans le « mammouth » des deux Assemblées, on obtiendra la même performance; et je suis profondément hostile, quoi qu’en pense François Bayrou, à l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le mode de scrutin. C’est une autre façon de porter atteinte à la stabilité gouvernementale. Enfin, aucun exécutif ne procèdera aux réformes, larges et profondes, qu’Emmanuel Macron a lancées, s’il est constamment soumis aux tirs d’artillerie d’une Assemblée puissante et rebelle. Le pouvoir doit respecter le Parlement et dialoguer avec lui, mais il doit aussi avoir sa marge de manœuvre. Enfin, on a observé, pendant le précédent mandat, que la Cinquième République ne rend pas autoritaire un président mollasson et que ses troupes peuvent se retourner contre lui et l’abattre. La Constitution n’empêche pas les députés de la République en marche de contester les décisions du pouvoir. C’est même le plus grave danger auquel le président soit exposé.

L’exemple italien.

Dans ce qui oppose aujourd’hui l’exécutif au législatif, il y a principalement l’absence de respect du premier pour le second. C’est une dérive relativement facile à corriger. En revanche, dans le désir de procéder à un changement de régime, il y a la volonté d’une minorité de donner tant de pouvoirs aux élus qu’ils se disputeront plus souvent qu’ils n’accompliront de réformes. J’ai entendu ce matin à la radio l’analyse d’une constitutionnaliste, suprêmement compétente et respectable, qui a fondé sa critique de la Constitution sur le seul exercice du pouvoir par Emmanuel Macron. Cela m’a paru un peu court. Elle a oublié ce que l’on reprochait jadis à ses prédécesseurs. Et elle a (presque) oublié ce que la Cinquième République a apporté, non seulement une stabilité qui est l’honneur du pays, mais des politiques économiques, sociales et étrangères aux effets souvent utiles et positifs.

On peut, pour bien comprendre l’importance d’un régime présidentiel, examiner le cas de l’Italie. Peu ou prou, elle a un régime parlementaire qui ressemble à celui de notre Quatrième République. Le centre gauche arrivé au pouvoir a voulu lancer des réformes indispensables. Il a été balayé par le vote du peuple. Lui ont succédé les populistes et néo-fascistes qui appliquent un programme fondé sur l’égoïsme national, sur la haine des migrants, sur des dépenses sociales insoutenables, sur leur hostilité à l’Europe alors que l’Italie, pays fondateur de la Communauté économique européenne, membre aujourd’hui de l’UE et de la zone euro, a une place centrale dans les dispositif européen. Si Matteo Renzi a échoué, si l’Italie s’est jetée dans les bras du populisme, c’est parce qu’elle n’a pas un régime présidentiel, et parce qu’elle n’a pas un scrutin majoritaire à deux tours.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Les embardées de l’exécutif

Gérard Collomb
(Photo AFP)

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb,  souhaitait démissionner de ses fonctions pour se consacrer à la mairie de Lyon, et donc aux élections municipales de 2020. Il a d’abord annoncé son départ prochain, dans « l’Express » du 19 septembre, puis a décidé de partir immédiatement, ce qu’Emmanuel Macron a refusé, puis il a maintenu sa démission dans un entretien avec « le Figaro » de ce matin. Une séquence incohérente.

M. COLLOMB n’a respecté aucune règle. Un ministre n’annonce pas sa démission, il attend que l’Elysée ou Matignon en parlent publiquement. Un ministre, surtout un ministre d’Etat occupant un poste régalien, ne part pas à sa convenance. Il a d’abord pensé qu’il pouvait se maintenir place Beauvau pendant quelques mois, puis, face aux critiques, toujours plus nombreuses et virulentes dans la classe politique, il a exprimé le désir d’en finir très vite. Sûr de lui, comme à son habitude, Emmanuel Macron l’a convaincu lundi de rester au gouvernement. M. Collomb n’avait pas plus tôt terminé sa conversation avec le chef de l’Etat qu’il annonçait au « Figaro » qu’il maintenait sa démission.

Coups de boutoir.

Dans cette affaire, encore une, les coups de théâtre ont été multiples, mais c’étaient autant de coups de boutoir portés à la cohésion gouvernementale et au fonctionnement de l’exécutif. De bout en bout de cette surprenante histoire, l’ancien ministre de l’Intérieur s’est conduit avec un mépris absolu de la hiérarchie. Il a bafoué les règles constitutionnelles qui régissent l’action politique en France. Il a traité les fonctions élevées à lui octroyées par le président de la République et par le Premier ministre avec une désinvolture telle qu’on en vient à se demander s’il a compris qu’il était le chef de la police et de la sécurité nationale.

Il existe, à n’en pas douter, une explication à son comportement. Il a très mal vécu  l’affaire Benalla et il en est la victime collatérale. Mais il est le seul responsable de ce qui lui arrive. Devant les commissions parlementaires, il a prétendu qu’il connaissait à peine Alexandre Benalla et qu’il n’a jamais su vraiment le rôle qu’il jouait. Ses explications embarrassées et hésitantes ont donné aux députés et sénateurs l’impression  qu’il leur cachait une partie de la vérité. Une telle impréparation à des auditions annoncées bruyamment rend perplexe : M. Collomb est-il un amateur qui, en dépit d’une longue carrière politique qui l’a conduit au cœur de l’exécutif, n’avait pas les compétences requises pour sa tâche ? Croyait-il, du haut de son âge et de son expérience, pouvoir enfumer ses interlocuteurs à sa guise ? Toujours est-il qu’il n’a pas accepté, et c’est là que le bât blesse, les commentaires qui remettaient en cause son habileté et son jugement.

Lâché par le pouvoir ?

M. Collomb est donc celui, au gouvernement, qui, à ce jour, a le plus souffert de l’affaire Benalla. Il a cru comprendre, dans l’évolution négative de cette crise, qu’il était lâché par le pouvoir au moment précis où il commençait à prononcer de petites phrases qui égratignaient Emmanuel Macron. L’effondrement de sa loyauté à l’égard du président est une sorte de tempête dans un crâne. M. Collomb vient du parti socialiste, il a cru en la candidature de M. Macron et il a été son premier grognard, l’homme, peut-être, qui a le plus fait pour que le jeune ancien ministre de l’Economie fût élu président de la République. Il a pleuré en public le jour de l’investiture de Macron.

Que, brusquement, en tout cas en quelques semaines, il ait conçu une telle aversion pour le métier qu’il exerçait, qu’il ait pris ses distances avec le président, qu’il ait organisé son départ au mépris des convenances et des dispositions constitutionnelles, que sur la forme et le fond de sa démission, il ait changé d’avis trois ou quatre fois, qu’il ait fait de son entêtement une crise politique, que son arrogance personnelle, ses propres désirs, sa volonté farouche de ne faire ce qui lui plaît sans tenir compte de sa relation avec le président et le Premier ministre, aient vaincu les pressions exercées sur lui par le chef de l’Etat, rien de tout cela n’est acceptable ou même compréhensible. Il y avait évidemment une manière infiniment plus discrète de quitter le gouvernement.

Macron et Philippe pas d’accord.

D’autant que les modalités invraisemblables de cette démission cachent, pour la première fois, une querelle au sein de l’exécutif. Edouard Philippe, qui occupe aujourd’hui les fonctions de ministre de l’Intérieur par intérim, estimait que les déclarations à « l’Express » de M. Collomb devaient se traduire par un départ immédiat. M. Macron n’a pas voulu que, après Nicolas Hulot et Laura Flessel, un troisième ministre, et pas des moindres, claque la porte. Une fois de plus ou de trop, il a cru à son pouvoir de persuasion, il s’est trompé, preuve qu’il ne connaissait pas Gérard Collomb aussi bien qu’il le croyait. Alors, bien sûr, après Benalla, après Hulot, le désordre réapparaît. En fait, il est apparu si souvent depuis la rentrée que l’opposition n’a pas besoin d’un porte-voix pour clamer son indignation. Il est vrai que M. Collomb a agi comme s’il se moquait de son travail, donc de la sécurité des Français. Il est vrai que sa maladresse n’a pas de limites. Il est vrai que l’on se demande aujourd’hui s’il était taillé pour le job. Je ne vois qu’un espoir : la reprise en main rapide et efficace de l’exécutif par le Premier ministre.

RICHARD LISCIA

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Aznavour, star improbable

Le talent de ses défauts
(Photo AFP)

Charles Aznavour est mort, provoquant un vif chagrin chez ses concitoyens, qui ne pensaient pas, malgré ses  94 ans, qu’il eût l’âge de mourir.

LA VIE n’a pas toujours été facile pour ce fils d’immigrés arméniens qui a commencé à travailler à neuf ans et ne semblait doué ni physiquement ni culturellement. Il a prouvé comme personne combien ce jugement méprisant était infondé. De sa taille courte et de son corps chétif, de sa voix rauque et de sa timidité apparente, de sa neutralité qui, au fond, correspondait au respect que lui inspiraient ses pairs, il a fait des atouts formi… formidables. Chanteur, Aznavour ? Parolier et poète inventif, il a d’abord écrit pour les autres, puis il a relevé un défi. Il s’est dit, avec la détermination sans failles que procure le mépris des autres (Edith Piaf, en particulier, l’a martyrisé), qu’il pouvait chanter lui-même, se produire sur scène, emballer les foules. Il y est parvenu. Il est devenu un grand chanteur, français et international, applaudi sur tous les continents. Assez stupidement, des Américains l’ont comparé à Frank Sinatra. Il en est tout le contraire. Sinatra avait une voix d’or indiscutable, Aznavour n’avait pas ce don naturel. Sinatra était un « crooner »,  je ne crois pas qu’Aznavour l’ait été : ses paroles, ses vers, devrais-je dire, étaient empreints de romantisme, souvent de réalisme dans ses chansons les plus sombres, et toujours cet amour de la vie qui fabrique le plus grand talent.

Poètes et saltimbanques.

Dans notre monde, les poètes n’écrivent plus de poèmes, mais des chansons. Ce qui a donné à la culture une dimension populaire phénoménale que nul écrivain, si talentueux qu’il fût, ne pouvait espérer. Aznavour a devancé et donné l’exemple à la lignée des Julien Clerc, des Hallyday, des Sardou et de tant d’autres ; et si lui-même ne se croyait pas au niveau de Brassens ou de Léo Ferré, il n’en a pas moins apporté au catalogue national des œuvres étincelantes, par la mélodie et par le texte. Les défauts qui lui ont été attribués par une critique cruelle et injuste et par un public sceptique  pendant ses débuts ont été pour lui des stimulants exceptionnels : il a tout simplement réussi à faire tout ce qui lui semblait interdit. Une fois qu’il a trouvé en France l’audience qu’il méritait, il est allé de par le monde chercher l’enthousiasme international. Il était capable de chanter dans des langues diverses. Ce besogneux, cet homme qui n’a jamais cessé de travailler et de produire, savait se mettre au service des publics divers en apprenant leur langue et en adaptant son « show » à la culture locale.

Parolier, chanteur, acteur.

Parolier, donc, mais de quelle trempe ! Chanteur, oui, mais parmi les plus grands : il a su faire de sa voix l’aimant qui sidérait les spectateurs et les auditeurs. Mais aussi acteur magnifique, par exemple pour François Truffaut,  dans « Tirez sur le pianiste » ; il n’a jamais joué que son propre personnage : un homme frêle, inhibé, incertain et en même temps tellement attachant, sans oublier « Un taxi pour Tobrouk », de Denis de la Patellière. Puis, le talent ne diminuant pas avec l’âge, il est devenu l’artiste qui dominait tous ceux qui sont arrivés sur la scène après lui, l’oncle omniscient dont les conseils étaient précieux. Le point cardinal de sa carrière, c’est moins l’étendue, le foisonnement et l’ampleur de ce qu’il avait à dire, c’est qu’il ait pensé que ne pas le dire aurait été un affreux gâchis, qu’il devait certes se venger des humiliations de ses débuts mais aussi que, s’il se résignait, le pays aurait perdu un grand serviteur de sa culture, de son romantisme et de sa manière de vivre. Le petit homme  négligeable est devenu l’artiste indispensable à la France, l’enfant d’immigrés s’est mué en icône nationale, l’insecte attiré par les feux de la rampe s’est transformé en éblouissante étoile.

RICHARD LISCIA

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L’Italie défie l’Europe

Salvini et Mattarella
(Photo AFP)

Le gouvernement italien a adopté un projet de budget qui prévoit un déficit de 2,4 %. Endettée à hauteur de 132 % de son produit intérieur brut, l’Italie va donc devoir emprunter de nouveau en 2019, alors qu’elle s’était engagée, avant l’arrivée des populistes et néo-fascistes au pouvoir, à réduire sa dette.

LE MEILLEUR moyen d’évaluer le parcours d’un pays, c’est son budget. Celui-ci indique les orientations, bonnes ou mauvaises, de la nation. Le déficit budgétaire italien pour 2019 est seulement de 2,4 %, inférieur aux 2,8 % du budget français. Mais la situation économique et financière chez nous et dans la péninsule n’est pas la même. L’endettement italien atteint 132 % du PIB quand il est en France de 99 %, ce qui est beaucoup, mais presque supportable. La décision, prise par Luigi di Maio, du mouvement Cinq Étoiles et par Matteo Salvini, de la Ligue, tous deux vice-présidents du conseil, a été acceptée par le ministre de l’Économie, Giovanni Tria, que le président de la République, Sergio Mattarella, avait installé à ce poste dans l’espoir qu’il calmerait les ardeurs de di Maio et de Salvini. M. Tria a pensé à démissionner, mais le président Mattarella, convaincu qu’il peut continuer à exercer un contrôle sur les actions du gouvernement, l’en a dissuadé.

Une hausse des taux.

En Italie, les mesures adoptées (création d’un revenu de citoyenneté de 780 euros, pour un coût de 10 milliards, départ à la retraite anticipé pour 400 000 citoyens, investissements de 15 milliards en trois ans en faveur des petites entreprises) ont été accueillies avec un tel enthousiasme que l’espoir de les modifier à la faveur d’une confrontation entre Rome et la commission européenne est à peu près nul. M. Salvini s’est empressé de dire qu’il servait les intérêts des Italiens, pas des Européens. Sauf qu’il met à mal la cohésion de la zone euro et qu’en annonçant son plan il a déclenché une hausse des taux d’intérêt et une chute de la bourse. Ce qui signifie que les prochains emprunts de l’Italie sur les marchés européens seront de plus en plus coûteux.

Le fait accompli.

Comme pour l’immigration, l’Italie met ses partenaires devant le fait accompli. La fermeture de ses ports aux navires, humanitaires ou non, chargés d’immigrants, bloque le flux migratoire en provenance de Libye, alors qu’elle bafoue le droit de la mer et la jurisprudence internationale en matière de secours aux bateaux en détresse. De la même manière, elle prétend se libérer d’un seul coup des liens qui la rattachent à l’Union européenne, mais elle ne peut financer ses largesses sociales sans aller chercher des dizaines de milliards sur les marchés, qui lui prêteront des fonds avec parcimonie et à des taux élevés, alors que son système bancaire est déjà fragilisé par des prêts qui ne seront jamais récupérés. Personne, en Europe, pas même les Italiens, n’ignore l’état calamiteux des finances du pays. Et c’est pourquoi, di Maio et Salvini, loin d’envisager une sortie de l’Italie de l’Union européenne, entendent en tirer le meilleur parti, mais à leurs propres conditions.

Les exemples précédents, comme celui de la Grèce, indiquent que l’Allemagne refuse de faire des cadeaux aux États qui vivent à crédit jusqu’au moment où il faut renflouer leurs finances. Pour retrouver un semblant de stabilité économique et financière, la Grèce a dû perdre un quart de son PIB. Les citoyens italiens qui applaudissent une politique socialement généreuse, semblent ignorer que, dans un an, ils risquent de ne plus pouvoir emprunter. Si Alexis Tsipras est encore au pouvoir à Athènes, c’est parce qu’il a accepté tous les remèdes de cheval que Bruxelles et le Fonds monétaire international lui ont imposés. Bientôt la Ligue et Cinq Étoiles devront soit faire machine arrière, soit renoncer au pouvoir.

RICHARD LISCIA

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Le duel droite-droite

Fraîche poignée de mains
(Photo AFP)

Le clou de « l’Emission politique », animée hier soir par Léa Salamé et Thomas Sotto, c’était évidemment le débat entre le Premier ministre, Edouard Philippe, et le chef de l’opposition LR, Laurent Wauquiez. C’est peut-être moins le fond des argumentations que ce que disaient leurs propos de leurs caractères qui aura été intéressant.

LES TÉLÉSPECTATEURS n’aiment pas en général les batailles bruyantes sur les plateaux. M. Wauquiez s’est rendu à la télévision pour tenter d’écharper son interlocuteur qui, pour une fois agacé, lui a envoyé à son tour quelques piques. Si M. Wauquiez est incapable de sourire, c’est parce qu’il veut dramatiser les problèmes et les transformer en crise. On a donc assisté à un débat tendu qui ne laissait guère la place aux amabilités et encore moins à la sérénité. Sûr et certain, l’immigration est une affaire des plus sérieuses et nous devons la juguler. Mais ce n’est pas sous l’effet de l’angoisse que M. Wauquiez a refusé d’appeler M. Philippe par sa fonction, c’est pour mieux faire croire au public qu’il parlait avec lui d’égal à égal. Tant pis pour le respect dû à un chef de gouvernement, mais j’appelle ce genre de comportement de l’enfantillage. C’est tellement facile de vilipender un homme sous prétexte qu’il détient une parcelle de pouvoir, comme si ses fonctions lui avaient été octroyées de droit divin et qu’il ne les méritait pas. C’est plus simple de guerroyer avec moult palabres et de tenter de déstabiliser l’adversaire, ce à quoi le chef des LR n’est pas parvenu, que de s’en tenir à la vérité sur l’immigration, épouvantail, cette fois encore, brandi avec une conviction qui renvoyait M. Wauquiez au niveau du Rassemblement national ou de M. Dupont-Aignan.

Un effort de pédagogie.

Je ne reviendrai pas sur le contenu de l’émission que vous avez peut-être vue ou dont vous avez lu les comptes-rendus dans les journaux. J’ai décelé en revanche chez Edouard Philippe un effort estimable de pédagogie et pour mettre en cohérence une foule de mesures prises par son gouvernement. Qu’on l’admette ou non, il avait réponse à tout. Il a résisté avec un stoïcisme remarquable aux attaques d’une élue locale et d’un retraitée qui, pourtant, avaient cent fois raison. Le défaut de ce genre d’émission, c’est qu’elle oppose les cas personnels à la macro-économie. Le Premier ministre ne peut pas rendre à une interlocutrice les quelques dizaines d’euros par mois que lui a fait perdre la hausse de la CSG. Mais il a su montrer que cet effort, fourni par les millions de retraités, peut avoir  des conséquences favorables à la relance de l’activité économique.

Un homme de cette trempe-là.

Boxeur et bon vivant, Edouard Philippe ne se prend pas au sérieux. Et si le sérieux est un impératif catégorique pour un chef de gouvernement qui s’exprime à la télévision, on devinait qu’il aurait préféré discuter d’une manière plus gaie et plus drôle. Il est apparu hier, mais ce n’est pas la première fois, comme une alternative rafraîchissante à Emmanuel Macron. Il n’en a pas l’arrogance, ni les petites formules, « pognon de dingue », ou « traverser la rue pour trouver un emploi ».  En ce sens, son discours peut avoir un effet apaisant, même si, pour la simple raison qu’il ne peut pas se désavouer lui-même, M. Philippe ne peut offrir aucun cadeau, y compris à ceux qui viennent lui en demander sur un plateau de télévision. Est-il permis de croire à la sincérité de cet homme-là ? Non, dit-il, il n’a pas de plan de carrière, non il ne veut pas devenir président. Je le vois si solidement attaché à ses fonctions actuelles, si loyal à son patron, si peu enclin à critiquer quelque membre de son gouvernement, par exemple Gérard Collomb, dont le comportement à l’égard du président devient quelque peu cavalier, que rien, pas même sa chute éventuelle, ne le troublera. Il me semble que, pour conduire des réformes affreusement impopulaires, il faut un homme de cette trempe-là. Il est de ceux qui partent sous les huées, mais après avoir accompli un travail utile, dont tireront avantage ses pires détracteurs.

RICHARD LISCIA

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Le rap de la haine

Des limites de la liberté
(Photo AFP)

Un rappeur, inconnu jusqu’à présent, Nick Conrad, a composé un clip de neuf minutes dans lequel il demande aux Noirs de « tuer tous les Blancs ».

J’AURAIS IGNORÉ cette affaire si je n’y trouvais la synthèse des dérives idéologiques et morales de notre époque. Je ne connais rien au rap et je n’y ai jamais entendu de quoi satisfaire chez moi le sens de la beauté. J’ai craint que le fait d’ignorer jusqu’au nom de ce rappeur me rangeait dans la catégorie des illettrés de la musique et de ses avatars, mais j’ai compris que M. Conrad n’est pas vraiment au firmament du rap et qu’il a un besoin urgent de se faire connaître.

Le chœur des outragés.

Il vient d’accomplir un tour de force qui lui assure, pour longtemps, une célébrité sinistre. Un court extrait de son chef d’œuvre suffit : « Attrapez-les vite (les bébés blancs) et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs, petits et grands ». Vous avez vu : ça rime. Mais je ne rejoindrai pas le chœur des outragés. Il a fort bien expliqué, dans un entretien avec RTL, qu’il avait voulu, par cette œuvre magistrale, « inverser » l’idée que l’on se fait des relations raciales et qu’il tentait seulement de faire comprendre aux Blancs ce qui se passe quand on se livre à l’esclavage, au lynchage, au génocide. A l’ignominie, il a donc ajouté un raffinement de la pensée qui ajoute  l’hypocrisie à la provocation. Car, bien entendu, l’artiste en question est un pur produit de la société contemporaine, des réseaux sociaux, des mensonges publics, du basculement des valeurs, de tout ce qui va mal dans les rapports entre nos communautés diverses. Son objectif, ce n’est pas la justice qu’il faut rendre aux Noirs, c’est la vente à grande échelle du produit de son cynisme. En revanche, il aura tout fait pour justifier le racisme des Blancs, notamment ceux qui n’hésiteront pas à généraliser et à affirmer que tous les Noirs ressemblent à Nick Conrad.

On a assisté déjà à des replis communautaires inquiétants, on voit encore les manifestations d’une sorte de patriotisme de groupe, de périmètre ou d’enclave, on entend tous les jours les éclats d’une colère ethnique qui fait la leçon à une majorité jugée apathique et inapte à la rédemption. Mais, de nos jours, plus aucune victime n’est seule. Il y a heureusement des gens pour défendre ceux que l’on martyrise, qu’il s’agisse de secourir des migrants en détresse, de dénoncer l’antisémitisme ou le racisme, de lutter contre l’aversion pour l’homosexualité, et même de partager le traumatisme de M. Conrad à propos de ce que l’on a fait à ses ancêtres et dont il prétend être victime aujourd’hui, alors qu’il s’est inséré dans la société par les moyens les plus contestables qu’elle puisse offrir.

Le ridicule ne tue plus.

Je ne tenterai pas d’expliquer pourquoi un appel au génocide des blancs est à la fois impraticable et inapplicable, pour autant qu’il faille le prendre au sérieux. Je veux bien que, face aux injustices, nos dénonciations d’un jour ne suffisent pas, tout en rappelant que la vie quotidienne ne permet pas forcément le militantisme antiraciste 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Je prétends qu’on ne lutte pas contre la haine raciale et l’intolérance par la haine et l’intolérance. M. Conrad lance un appel au meurtre en choisissant comme véhicule l’esprit de vengeance, après des crimes dont il n’a pas souffert personnellement. Stigmatisé par tous (le consensus est tonitruant), il aura affaire à la justice. Elle dira clairement s’il peut prononcer en public des propos ignobles et incendiaires et quelle sentence elle entend prononcer. Nous sommes dans un moment d’exaspération nationale qui autorise tout ce qui était naguère interdit, choquant et répugnant. Le phénomène le plus courant, c’est la culpabilisation des groupes, les Noirs, les Blancs, les juifs, les Arabes, les personnes aux sexualités diverses, et aussi les professionnels de tous les métiers, les flics, les juges, les journalistes, les médecins, les agriculteurs, les bouchers (parce qu’ils vendent de la viande, ce qui rend fous les militants végétariens). L’histoire de ce rap imbécile, c’est le coup de folie de trop dans un mode de pensée qui s’autorise toutes les outrances et qui, sachant que le ridicule ne tue plus, s’y plonge avec délectation.

RICHARD LISCIA

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Valls : retour aux sources

Valls hier à Barcelone
(Photo AFP)

Manuel Valls a déclaré hier sa candidature à la mairie de Barcelone. Sa décision ouvre la voie à une épreuve électorale dont il n’est pas difficile de mesurer les obstacles. Elle souligne néanmoins son audace.

L’ANCIEN PREMIER MINISTRE français a longtemps hésité à sauter le pas, mais, en définitive, il semble estimer qu’il a une bonne chance d’être élu. Pour y parvenir, il lui reste neuf mois pendant lesquels il lui faut intégrer un parti national, qui pourrait être Ciudadanos, formation de centre droit, et convaincre une population barcelonaise qui le ne le connaît pas du tout ou le connaît mal, ne comprend pas vraiment ce qu’il vient faire dans cette arène, qui n’est pas impressionnée par son curriculum vitæ, qui le considère comme un Français, même s’il est né à Barcelone et parle couramment l’espagnol et le catalan et qui, par dessus tout, est profondément indépendantiste alors que Valls défend l’unité de l’Espagne avec force.

Un « bon » Premier ministre.

M. Valls se plonge dans une mêlée où personne ne l’attendait et les Barcelonais ne lui feront pas de cadeaux. Sa décision, en outre, est vivement critiquée en France, notamment par la gauche qui le considère comme un traître. Elu de justesse député apparenté REM dans l’Essonne, sa démarche est vivement combattue par Benoît Hamon et par la France insoumise qui n’a cessé d’exiger de lui qu’il renonce à son mandat de député, ravi avec quelques dizaines de voix contre la candidate LFI, qui espère bien obtenir le siège après une élection partielle. Qualifié de « bon Premier ministre pour un mauvais président » par Jean-Christophe Lagarde, président du parti centriste UDI, Manuel Valls a laissé, dans la vie politique française, un sillon qui sent le soufre. A la tête du combat parlementaire pour l’adoption du Code du travail présenté par Myriam El Khomri, il a provoqué ou, en tout cas, accentué, la fronde du PS qui a conduit François Hollande à renoncer à se présenter à un second mandat. Il n’a pas non plus laissé un bon souvenir à M. Hollande, pressé par Valls d’abandonner la course à la présidence pour pouvoir lui-même se présenter dans de meilleures conditions. Malheureusement pour lui, la primaire socialiste a eu raison de son projet.

Député de l’Essonne, il a été snobé par Emmanuel Macron, qui n’a sans doute pas oublié l’algarade de M. Valls, en plein hémicycle, à son encontre, quand M. Macron n’était que l’un des membres de son gouvernement. M. Valls a franchement dit qu’il soutenait le programme réformiste de M. Macron et de la République en marche, ce qui ne lui a valu aucune reconnaissance du large groupe de jeunes gens qui a pris le pouvoir en 2017 et s’est hâté de le tenir à distance. Comme il n’a jamais appartenu à la droite, comme la gauche le haïssait parce qu’elle a tôt fait de voir en lui un social-traître, et comme enfin M. Macron ne lui a donné aucune responsabilité à hauteur son rang, il s’est retrouvé très isolé et a continué à faire l’objet des critiques acerbes des élus de LFI qui ont notamment dénoncé son manque d’assiduité aux travaux de l’Assemblée.

Un point de chute.

Voilà qu’il trouve un point de chute à Barcelone, où personne ne l’attend vraiment et où peu d’Espagnols sont flattés de compter parmi les candidats un ancien chef du gouvernement français. Peu d’Espagnols ou de non-Espagnols voient dans le projet de M. Valls l’instrument d’une carrière européenne que l’Union rend parfaitement plausible. Logiquement, il devrait essuyer une défaite, mais la vie politique est pleine de surprises et, au fond, ce que lui reprochent ses détracteurs, c’est son courage : rien, légalement, ne l’empêche de se présenter à un poste électif espagnol, si toutefois il démissionne de l’Assemblée française, ce qu’il ne tardera pas à faire, et même s’il « trahit », comme dit LFI, ses électeurs de l’Essonne. De son côté, François Hollande, qui n’a sans doute pas oublié que Valls l’a incité à sortir de la campagne présidentielle, accueille sa décision avec scepticisme. Les deux hommes ont pourtant un point commun : ils croient tous deux qu’ils ont un avenir politique au moment même où une telle hypothèse est des plus improbables. M. Hollande est convaincu que les Français recommencent à l’aimer, oubliant sans doute qu’un ancien président est d’autant plus populaire qu’il a cessé de faire de la politique et se fourvoyant dans l’illusion parce que son livre s’est bien vendu.

RICHARD LISCIA

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Aquarius : le dilemme

Migrants secourus par l' »Aquarius »
(Photo AFP)

Le navire humanitaire « Aquarius », avec 58 migrants à bord, a demandé à la France, à titre exceptionnel, de pouvoir accoster à Marseille. Le gouvernement n’est pas enthousiaste.

CE N’EST PAS la première fois que l’« Aquarius » fait parler de lui. Son équipage poursuit obstinément sa mission humanitaire, malgré le refus, tout aussi entêté, de l’Italie et de Malte de recueillir des migrants. Le gouvernement italien vient de durcir ses lois d’immigration. Sa législation prévoit maintenant des expulsions rapides de réfugiés délinquants, la suppression des autorisations de séjour pour raisons humanitaires,  et l’entrée en Italie ne sera permise que pour des motifs médicaux. L’« Aquarius » relève de deux ONG, Médecins sans frontières et SOS-Méditerranée. Il avait un pavillon panaméen que le Panama vient de lui retirer, de sorte que Malte et l’Italie n’ont pas la moindre raison légale de le laisser accoster.

Le flux se tarit.

Paris cherche, comme dans des cas précédents (l’« Aquarius » a secouru 1 200 migrants au large de la Libye) une solution européenne, avec une répartition des 58 personnes entre différents pays. Mais le temps presse et, s’il est absolument vrai que le droit international prévoit qu’un navire avec des réfugiés à bord doit se rendre au port le plus proche, la nouvelle donne instaurée par l’Italie empêche l’application de ce droit. Marseille n’est pas le port le plus proche et le gouvernement français s’appuie sur cet argument, en laissant de côté, pour le moment, l’urgence humanitaire. Mais combien de temps encore la France pourra-t-elle ignorer le cas de ce bateau soudainement plongé dans l’illégalité par le Panama ? On n’a pas de mal à comprendre la nature du dilemme. Le rappel du droit a été, jusqu’à présent, l’argument essentiel de la France. Emmanuel Macron n’a pas craint de se dresser contre le gouvernement italien, présidé par Giuseppe Conte, mais en réalité dominé par Matteo Salvini, de la Ligue, un parti d’extrême droite. Le durcissement des conditions d’accueil en Italie sous la houlette de Salvini a coïncidé avec une diminution considérable des immigrés clandestins. En 2017, l’Italie avait accueilli plus de 90 000 migrants, mais cette année, elle n’en a reçu « que » 18 000.

La volonté du gouvernement italien de mettre un terme définitif à l’immigration contribue au tarissement de l’immigration clandestine. A part « l’Aquarius », il n’y a plus de mission humanitaire en Méditerranée, il n’y a plus de marine nationale pour recueillir les migrants en détresse. Les spécialistes de la géopolitique nous parlent d’une vague à venir de centaines de millions d’Africains, mais, au fond, qu’en savent-ils ? La promesse d’un voyage en enfer et d’un péril mortel semble être entendue en Afrique. Les pays occidentaux ont en outre pris des mesures pour que les jeunes tentés par l’aventure renoncent au voyage. Il faudra aussi traiter le problème au fond, c’est-à-dire une contribution de l’Europe au développement des pays africains de manière à fixer les populations sur leur continent. Mais, bien entendu, il y aura toujours des Africains pour essayer de trouver une vie meilleure en Europe. M. Salvini tente de régler le problème en fermant les ports italiens et en se défaussant sur les autres Etats de l’Union européenne. Pour appliquer son programme, il faut se moquer du sort de ces malheureux, alors que la loi et la règle, sont toujours, immanquablement, de secourir les personnes en danger sur une mer hostile.

Menacés de mort par le cynisme.

Le problème vient moins de l’immigration elle-même, qui est sur la pente descendante, que de l’usage qu’en font des partis politiques qui se hissent au pouvoir en jouant sur l’idée de grand « remplacement » et sur la peur des Européens. Emmanuel Macron n’ignore rien des nécessités humanitaires. Mais d’une part, il veut tenir tête à un gouvernement italien dont les méthodes sont dangereuses pour ces malheureux, menacés de mort par le cynisme. D’autre part, il sait que l’opinion en France, n’éprouve pas moins d’aversion pour l’immigration que les partis politiques qui en font leur instrument de conquête du pouvoir. Le président sait parfaitement qu’il ne peut pas raisonner Matteo Salvini, qui fait très exactement ce qu’il a promis de faire avant d’être élu. Il s’efforce seulement de ne pas abandonner la politique européenne d’immigration à la seule Italie qui, aujourd’hui décide de tout et impose sa volonté. Quant à l’opinion française, elle en voudra à M. Macron s’il accepte d’accueillir les 58 migrants. Elle lui en voudra encore plus s’ils meurent de faim et de soif à bord du navire.

RICHARD LISCIA

PS-Un accord intervenu cet après-midi entre la France et Malte permet le débarquement des 58 migrants à Malte et leur répartition entre plusieurs Etats européens.

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