Macron lasse sa gauche

Continuer la lecture

Publié dans Non classé | 4 commentaires

Trump dos au mur

Une partie du mur déjà construite
(Photo AFP)

Donald Trump réclame 5,7 milliards de dollars au Congrès pour construire son mur avec le Mexique. La Chambre des représentants, à majorité démocrate depuis les élections de mi-mandat,  les lui a refusés. Il s’est vengé en décrétant le « shutdown » ou arrêt de l’activité de quelque 800 000 fonctionnaires, ce qui a coûté très cher aux États-Unis, mais n’a pas fait bouger les démocrates.

SA STRATÉGIE s’est donc révélée erronée parce qu’il croyait que l’opinion américaine blâmerait les élus démocrates. Au contraire, elle l’a rendu responsable de la paralysie de l’administration. Il a mis fin au shutdown parce que le parti démocrate refusait de l’inviter à tenir son discours sur l’état de l’Union devant les deux chambres réunies. Il a donc cédé, rendez-vous est pris pour le discours, mais Trump continue de militer pour l’érection du mur. Entretemps, il aura compris qu’il peut prendre des décisions, mais dans le cadre de dispositions juridiques compliquées. Il ne suffit pas qu’il veuille un mur, il lui faut une majorité qu’il n’a plus et il  ne peut lancer la construction du mur sans l’aval des élus qu’en ayant recours à un texte, le National Emergencies Act, qui permet au président de réactiver ses pouvoirs exceptionnels au nom de l’urgence. Bien entendu, le président insiste sur la gravité de la crise migratoire. Entre octobre et décembre 2018, 153 000 immigrés ont franchi la frontière mexicaine. Mais cette loi ne l’autorise pas à dépenser 5,7 milliards de dollars.

Une autorisation provisoire.

Il y a des précédents : George W. Bush a eu recours au à cette disposition après le 11 septembre. Barack Obama l’a utilisée en 2009 pour renforcer la lutte des hôpitaux contre une épidémie de grippe sévère. Les démocrates considèrent que l’immigration clandestine ne pose pas un problème aussi aigu que Trump veut le faire croire. Ils font de leur différend avec le président un axe de leur bataille contre un exécutif qui ne respecte pas la procédure et qui a la mauvaise habitude de prendre des décrets sans consulter les parlementaires. En outre, la construction du mur pose différents problèmes logistiques et juridiques (par exemple les expropriations de terrains) qui ne peuvent être résolus qu’avec le temps. Enfin, même si Trump applique le National Emergencies Act, il devra répondre des coûts et résultats du chantier au bout de six mois devant le Congrès. Au bout d’un an, la décision peut être entérinée ou abolie.

Faire confiance à Erdogan ?

D’un côté, on peut voir l’aspect positif de l’affaire en soulignant que le président commence, mais un peu tard, à apprendre son métier. D’une autre côté, on devine que le mur avec le Mexique n’est que la partie émergée de l’iceberg. Donald Trump avait annoncé le résultat des élections de mi-mandat comme une victoire personnelle. Il n’en est rien. Avec le refus du Congrès d’édifier le mur, il paie la perte de sa majorité à la Chambre des représentants. Il n’est pas combattu que par les démocrates. Beaucoup d’élus républicains s’inquiètent d’une politique étrangère contraire aux intérêts américains. Sa décision d’évacuer la partie de la Syrie que des militaires américains occupent avec l’aide des Kurdes a provoqué la démission de son ministre de la Défense, Jim Mattis, et a été très vivement critiquée, y compris par certains commentateurs qu’il croyait acquis à sa cause. À tel point que Trump essaie maintenant de faire croire que l’évacuation des soldats américains prendra plus de temps que prévu et négocie avec Recep Yassip Erdogan, le président turc, la promesse que les forces turques n’envahiront pas cette partie de la Syrie avec laquelle ils ont une frontière.  À ce jour, on n’a jamais vu Erdogan ignorer une bonne occasion de renforcer son influence nationale ou internationale.  Les Kurdes se sont conduits jusqu’à présent comme les meilleurs amis des Occidentaux et sans eux, la victoire provisoire sur Daech n’aurait pas été remportée.

Pourquoi Trump agit-il avec si peu de scrupules ? Parce que, au delà de son incohérence apparente, il suit une ligne politique, celle de l’isolationnisme et celle des intérêts américains immédiats (économies, sauver des vies américaines), mais au mépris de l’histoire. De ce point de vue, il devrait donner satisfaction à tous ceux, et ils sont nombreux, qui demandent aux États-Unis de renoncer à s’ingérer dans les affaires des autres. L’expérience a largement démontré qu’avec l’Amérique, les choses peuvent empirer et que, sans elle, elles peuvent être catastrophiques. Livrer une partie de la Syrie à la Turquie, c’est encourager l’Iran à renforcer sa présence dans ce pays. C’est ignorer ce que l’Occident doit aux Kurdes. C’est améliorer les positions de Poutine. Quant à l’idéologie de Trump, c’est celle d’un enfant : il quitte la Syrie, mais il veut envoyer un corps expéditionnaire au Venezuela. Essayez de comprendre.

RICHARD LISCIA

 

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Référendum : mauvaise idée

Macron dans un débat
(Photo AFP)

L’Elysée, à dessein, a laissé flotter l’idée d’un référendum qui aurait lieu le même jour que les européennes (26 mai) de manière à éviter  à l’électorat une autre visite aux urnes. C’est une très mauvaise idée.

D’AUTANT PLUS mauvaise que la secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a souligné que l’Europe méritait à elle seule un scrutin et que le mélange des sujets était dangereux. Le « Journal du dimanche », hier, s’est emparé de l’information , que des sources élyséennes lui ont complaisamment suggérée afin d’observer les réactions. Les partis, qui réfutent le projet, seraient pourtant les premiers gagnants de cet accouplement des genres quelque peu hétérodoxe. La République en marche, en effet, se présente aux élections européennes en position forte et a une bonne chance d’y arriver en tête. La consultation aurait au moins un mérite qu’Emmanuel Macron ne semble pas avoir pris en compte : elle le renforcerait et ferait monter sa cote de popularité, qui en a bien besoin.

Ce que veulent les électeurs.

Ajouter à ce scrutin un référendum national qui risque de relancer la colère des Français pourrait affaiblir la position de Macron. Surtout si la ou les questions du référendum ne portent pas sur ce qui fait la force de la contestation : la question fiscale, le pouvoir d’achat, les retraites, le niveau de vie. S’il s’agit de réduire le nombre de députés et de sénateurs, de la validité du vote blanc et du non-cumul des mandats, les électeurs ne seront pas vraiment intéressés. Ils veulent que l’ISF soit rétabli et que la TVA et la CSG baissent.  Il est peu probable que le président de la République leur demande leur avis sur ces questions fiscales car, s’il doit en tenir compte, il doit réviser sa fiscalité de fond en comble et ajourner ses réformes.

M. Macron ne peut pas davantage céder à la pression des gilets jaunes qui réclament sa destitution ou des élections anticipées. Leur appel au RIC, ou référendum d’initiative citoyenne, n’est rien d’autre qu’un stratagème destiné à le contraindre à démissionner avant la fin de son mandat. Il ne s’y résoudra pas et, dans ces conditions, une consultation à trois ou quatre questions qui porterait sur le fonctionnement des institutions n’attirera pas beaucoup de votants. Ce qu’il y a de nouveau, depuis deux ou trois semaines, c’est le succès des débats, qui réunissent beaucoup de monde et ont permis à des milliers d’anonymes de s’exprimer. Le président est entré dans l’arène et a dialogué avec des centaines de maires qui, après avoir dénoncé avec colère son jacobinisme, se sont inclinés devant sa compétence et son art oratoire. Il va maintenant s’adresser directement au peuple.

Yin économique et yang social.

Le grand débat aura donc été, pour le président, un moment-charnière : il veut donner une suite positive à cet immense échange en satisfaisant une partie des revendications populaires. Il ne peut le faire qu’au détriment de son programme de réformes. Il n’a pas non plus les moyens d’une redistribution d’argent, sauf à taxer le capital et donc à décourager l’investissement en France. La trahison des promesses qu’il a faites au monde des affaires ressemblerait beaucoup à ce qui a été accompli par ses prédécesseurs, écartelés entre le yin libéral et le yang social. Il serait donc surprenant que ce président en exercice renonce tout d’un coup à être lui-même pour devenir ce que les gilets jaunes veulent qu’il soit. Qu’il parvienne à se faire aimer par ceux qui le détestent tant. Que ce pourfendeur de l’ignorance et de la bêtise se mette au service d’un mouvement à la fois minoritaire et capable de bloquer l’activité du pays.

Ami avec les gilets ?

Le chef de l’Etat a certes compris que les mesures d’urgence qu’il a prises en faveur de la classe moyenne ne lui suffisent pas, qu’elle réclame d’autres gestes et que sa violence ne sera pas contenue par une politique superficielle d’apaisement. Il a agi avec prescience quand il a lancé le grand débat, qui a remporté un succès plus large que prévu. Mais il livre aux gilets jaunes une guerre d’usure : c’est à qui sera lassé le premier. En conséquence, il ne faut pas leur donner à croire qu’ils ont une chance de gagner. Le meilleur moyen de leur démontrer que leur influence est nulle est de poursuivre les réformes et de gagner les européennes.

Quant au référendum, ou bien il n’est pas de nature à intéresser les forces sociales en ébullition depuis trois mois, et il faut y renoncer, d’autant plus que, franchement, le destin de la France et l’équilibre de ses dépenses ne dépendent pas du nombre d’élus. Ou bien il séduit le peuple, ce qui signifie que Macron aurait plus à perdre qu’à gagner en se lançant dans la consultation.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 5 commentaires

Une loi anti-casseurs

Charles de Courson
(Photo AFP)

L’Assemblée nationale a adopté la fameuse loi anti-casseurs destinés à interdire ou à sanctionner ceux qui profitent des manifestations pour se livrer à des actes de violence et à des déprédations. Le texte est vivement contesté par les défenseurs des libertés.

LE PROJET, présenté pour la première fois par le Sénat à majorité de droite, fera l’objet de plusieurs navettes entre les deux Chambres, ce qui laissera aux élus le temps de bien réfléchir aux conséquences d’une adoption éventuelle. Les débats à l’Assemblée ont été très animés, le député centriste de la Marne, Charles de Courson, connu pour son franc-parler, s’élevant avec force contre un texte qu’il considère comme liberticide. « Sommes-nous devenus fous ? », a-t-il demandé à ses collègues, tout en soulignant que, aux mains d’une droite extrême au pouvoir, la loi deviendrait un instrument de suppression du droit de manifester.

Rupture démocratique.

Le projet, en effet, confie au préfet le soin de décider qui a le droit de manifester et qui ne l’a pas. C’est une rupture démocratique car, en France, toutes les décisions passent par le droit, et seuls les juges (et non des policiers), jusqu’à présent, ont le droit d’appliquer des peines aux personnes en délicatesse avec la loi. D’autres dispositions sur le port de la cagoule et les fouilles préventives de manifestants font l’objet d’un débat intense. L’intervention de M. de Courson a impressionné l’Assemblée, mais la majorité des députés n’a pas tenu compte de ses objections qui sont pourtant convaincantes. Le vrai problème est que, en France, on a pris la mauvaise habitude de voter une loi pour chacun des problèmes qui peuvent surgir. De sorte que la question se pose de l’utilité de la loi : lors des samedis des gilets jaunes, des fouilles ont été pratiquées, ce qui veut dire que c’est déjà légalement possible.

Cependant, le mouvement n’a pas cessé et il est devenu un handicap économique pour la France, en prenant en otage la liberté de circuler des non-manifestants (l’immense majorité) et en causant des dégâts importants aux biens (sans compter les onze morts, et les deux mille cinq cents blessés, dont mille policiers). Le gouvernement n’a pas l’intention de limiter ou de supprimer le droit de manifester, inscrit dans la Constitution, mais il veut limiter la casse, sachant que le mouvement peut se prolonger pendant encore plusieurs semaines ou plusieurs mois. Ce sont les Républicains qui insistent pour qu’une nouvelle loi soit adoptée et appliquée. Ce sont eux qui ont présenté ce projet sénatorial et encore eux qui demandent au gouvernement de mettre un terme à un désordre inacceptable.

L’ordre est nécessaire.

Bien sûr, au-delà des jeux parlementaires, il y a le désir des oppositions de compliquer la tâche du pouvoir. Elles ont tout à gagner dans la description d’un gouvernement qui tente de se donner les moyens suspects de la répression, quitte, plus tard, à se les approprier dans d’autres circonstances.  Je ne suis pas sûr qu’un texte spécifique doive être adopté et je respecte les propos de Charles de Courson. Néanmoins, je ne crois pas qu’on puisse traiter la violence des anarchistes par l’angélisme. La démocratie a besoin, pour vivre, de l’ordre. Par tous ses aspects, sa durée, la répétition des samedis violents, la présence dans ses rangs de gens venus de l’ultra-droite, par son mépris pour les principes élémentaires, par l’ignorance contenue dans certains discours, le mouvement des gilets jaunes est sans précédent. Ce n’est pas mai 68 et ce n’est pas la prise de la Bastille, mais cela ressemble beaucoup à une insurrection permanente qui s’alimente d’idées simplistes sans pour autant parvenir à conquérir le pouvoir.

Les gilets jaunes représentent une minorité active, mais une minorité quand même. Ils ne disent jamais ce qu’ils savent parfaitement : sans la violence de l’ultra-droite, peu de leurs concitoyens s’intéresseraient à eux. Ce n’est pas seulement de la pure hypocrisie, c’est une attitude très dangereuse pour l’équilibre de la société française dont on ne dira jamais assez qu’il est particulièrement fragile.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | 9 commentaires

Combat « pour » l’inflation

Les prix ne seront plus ce qu’ils étaient
(Photo AFP)

La Loi alimentation entre en vigueur demain et elle se traduira par une hausse des prix d’un certain nombre de produits. Ou comment une bonne intention risque de se traduire par beaucoup de mécontentement.

CE QUI motivait le législateur, c’était la nécessité d’augmenter la part du producteur, souvent réduite à néant par un effet pervers de la concurrence et de la formation des prix. La loi devait protéger principalement les agriculteurs, ceux qui parfois vendent leurs récoltes à perte parce que, entre le moment où ils vendent le produit et celui où il est placé sur l’étalage, les coûts de distribution, transport, marge des intermédiaires et marge du distributeur, il ne peut plus être payé pour son travail alors que sans lui, les autres ne survivraient pas.

Curieux calcul.

Le gouvernement s’est emparé de cette injustice, en a analysé les causes, et a trouvé une parade en obligeant les distributeurs à cesser de vendre à prix coûtant, c’est-à-dire sans faire de bénéfice. Le seuil de revente à perte a donc été relevé de 10 %. Quelles sont les conséquences de cette mesure ? Personne n’en sait rien et les chiffres avancés ne sont guère convaincants. On ne sait pas davantage si le nouveau système favorisera les agriculteurs, et on ignore de combien les prix vont bondir à l’achat. L’Autorité de la concurrence affirme que le coût total pour chaque ménage augmentera de 14 à 38 euros par an, la hausse moyenne par produit étant limitée à 35 centimes. Mais on aimerait comprendre par quel calcul labyrinthique elle est parvenue à cette conclusion. De toute façon, nous explique-t-on, tous les prix ne vont pas augmenter et beaucoup baisseront. C’est ce qu’affirme Leclerc, qui jure que 1 000 produits subiront une hausse de 3 % tandis que le prix de  4 600 « références » diminuera. Bref, on se contente d’espérer que les agriculteurs vont y trouver leur compte, mais on est déjà certain que la hausse, c’est pour le consommateur.

Une atteinte au marché.

On verra si à l’usage le coût du panier de la ménagère va augmenter et de combien. On n’en est pas moins certain que, dans une période aussi agitée socialement, les consommateurs vont protester, ce qui risque de donner un prolongement à la crise provoquée par le matraquage fiscal. Le gouvernement a fait voter la loi pour répondre à la crise de la paysannerie, mais le système adopté, qui a si bien convenu aux parlementaires, est indéchiffrable et ne semble pas répondre au grave dysfonctionnement au nom duquel il a été adopté. L’intervention de l’État dans cette affaire est une atteinte à la libre concurrence, fondement de l’économie de marché, mais elle aurait été parfaitement acceptée au nom de la justice sociale si ses objectifs avaient été clairs et surtout si ses effets positifs étaient visibles. Il aurait sans doute été plus simple de fixer les prix de la production agricole de façon à ce que les paysans touchent d’abord leur part avant que se mette en marche le système de distribution complexe au sein duquel les prélèvements par les intermédiaires sont nombreux et coûteux.

C’est la concurrence effrénée entre les distributeurs qui a fait que les agriculteurs ont été sacrifiés. Il fallait se concentrer sur eux et sur le juste prix de leur production au lieu d’obliger les supermarchés à augmenter leurs étiquettes. Certes, la même concurrence les contraindra à en baisser d’autres, mais qui peut nier que la Loi alimentation est née dans une confusion extrême, que sa conception n’est pas forgée au coin du rationalisme et que ses effets potentiels sont dangereux, surtout dans le contexte social actuel ?

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Drôles de « rapatriés »

Christophe Castaner
(Photo AFP)

Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a confirmé hier à l’Assemblée nationale, que la France envisageait de « rapatrier » les quelque 130 djihadistes, hommes, femmes et enfants qui sont détenus par les Kurdes au nord de la Syrie.

JUSQU’A présent, la doctrine était simple : les citoyens français qui ont rejoint des mouvements terroristes ne sont plus considérés comme des Français et leur sort doit nous être indifférent. Ce qui a modifié la donne, c’est l’intention de Donald Trump d’évacuer les 2 000 militaires américains qui soutiennent le combat des Kurdes en Syrie. Du coup, ces Kurdes ne veulent plus détenir des djihadistes qui les encombrent et souhaitent les restituer à la France. C’est un dilemme insoluble, car la défaillance américaine porte un coup sévère à l’action des Kurdes qui sont nos alliés et ont aidé les forces occidentales en Irak et en Syrie. Sans eux, il est probable que les victoires contre Daech auraient été impossibles ou en tout cas auraient pris un temps beaucoup plus long, avec des pertes plus sévères.

Ce sont des traîtres.

La France a donc une dette morale à l’égard des Kurdes et il est juste qu’elle veuille s’en acquitter. Elle a toujours accepté de récupérer les enfants de terroristes pour des raisons humanitaires évidentes. Elle ne veut pas des adultes qui ont pris leur terrible responsabilité, se sont battus contre notre pays et sont des traîtres, dont la démarche a été aggravée par de nombreux cas de cruauté gratuite, d’exécutions expéditives, de décapitations et d’assassinats pour l’exemple. L’idée de leur appliquer le droit français alors qu’ils se sont comportés en sauvages donne la nausée à n’importe qui, y compris dans le cadre d’une  justice qui a éliminé la peine de mort.

Pourtant, ne pas contrôler la vie de ces assassins revient à leur rendre leur dangerosité. S’ils recouvrent la liberté, ils iront rejoindre Daech. Si nous les gardons en détention, ils resteront neutralisés, étant entendu que les peines de prison ne sont pas éternelles et qu’il n’est pas impossible qu’un jour ils se retrouvent libres en France et capables de se livrer de nouveau au terrorisme. La solution facile n’existe pas : les « exterminer », comme certains le suggèrent, en s’appuyant sur les assassinats ciblés auxquels notre armée procède parfois sous le contrôle du gouvernement, est inenvisageable : il existe une marge entre un assassinat ciblé et une campagne d’élimination massive. Créer, dans un un confetti éloigné de la République, une prison pour les y enfermer, comme le suggère Nicolas Dupont-Aignan, est absurde : on a vu ce qui s’est passé avec Guantanamo. Leur rendre la nationalité française pour les faire passer en justice, c’est leur accorder tous les droits qu’ils ont délibérément perdus et risquer de leur infliger des peines légères ou nulles qui les exonèreraient de leurs crimes tout en les aidant à reprendre leur tâche sinistre là où l’ont laissée.

Ils se situent au-delà du droit français.

Le renvoi devant une cour nationale ferait bon marché de la souffrance des victimes. Ce sont les mêmes qui, non contents d’attaquer des innocents en Syrie et en Irak, ont fomenté des complots pour assassiner en France, en Belgique et dans divers coins d’Europe, des civils sans défense. Quelles que soient leurs motivations idéologiques, ils n’ont jamais su mettre un frein à leur passion meurtrière. Ils ne se sont jamais dit que le jeu n’en valait pas la chandelle et que la culpabilité théorique dont ils chargeaient leurs victimes était un mythe monstrueux. En passant à l’acte, ils ont scellé leur propre destin. Les larmes d’une Française qui réclame son retour en France ne sauraient nous émouvoir au même titre que les souffrances de ceux qui sont morts, ont perdu l’un des leurs, sont restés handicapés ou mutilés. Le terrorisme, c’est aussi la rupture de tout lien avec le droit. Si nous ne voulons pas les juger, c’est parce que nous ne disposons pas dans notre code pénal des instruments susceptibles d’apporter une réponse à leur cas.

Alors, que faire ? La France ne peut pas demander aux Kurdes de les exécuter. Ce serait renoncer à un humanisme qu’ils ont acquis eux-mêmes dans des conditions d’extrême violence et malgré la férocité qu’ils ont subie. Ils n’obéiraient sans doute pas et, logiquement, nous demanderaient de faire le sale travail. Nous ne rétablirons pas non plus la peine de mort parce que ce ne sont pas les terroristes qui peuvent nous dicter notre posture morale. Nous devons documenter chaque cas pour que le tribunal puisse juger en connaissance de cause et les condamner séparément à des peines sévères, et justes. Mais, politiquement, l’affaire va soulever chez les victimes et leurs familles, un vif ressentiment. Le pouvoir doit réfléchir davantage à une solution moins troublante.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | 4 commentaires

Le scrutin aux cent listes

François-Xavier Bellamy
(Photo AFP)

La préparation des élections européennes donne lieu à des démarches idéologiques, politiques, politiciennes, mais  jamais à l’expression d’une vision et d’un leadership. Dans cet univers parcellaire, la victoire reviendra sans doute à l’un des deux partis les plus forts, car la perspective d’une coalition dans l’opposition semble désormais écartée.

POUR les Républicains, Laurent Wauquiez a décidé de ne pas faire campagne lui-même et formé une liste dont la tête est l’inconnu dont on parle le plus en ce moment : François-Xavier Bellamy, adjoint du maire de Versailles, professeur de philosophie aimable, mais déjà marqué par sa connivence avec Sens commun et la Manif’ pour tous, enclaves ultra-conservatrices de LR. À gauche ou ailleurs, on n’a pas manqué de dénoncer le conservatisme affirmé du choix, ce qui correspond à une sorte de procès d’intention, M. Bellamy n’ayant encore rien dit de ce qu’il allait faire et n’ayant donc pas (encore) exposé un plan plus consensuel que ses idées jusqu’à présent affirmées. C’est assez dire que nous sommes déjà en campagne, que les appétits sont puissants et que la bataille électorale ne sera une partie de plaisir pour personne.

Faure écarte Hollande.

Le Rassemblement national attend son heure calmement, persuadé qu’il arrivera en tête depuis qu’il a confié la tête de liste à Jordan Bardella, un jeune homme de 23 ans, suffisamment imprégné de ses convictions pour s’adresser à la classe politique avec une virulence exceptionnelle. Un politicien à la mode, en quelque sorte, dont la modernité se résume à la haine que lui inspire tout ce qui n’est pas le RN, et plus particulièrement le personnel de la République en marche. Il devrait pourtant se méfier de Nicolas Dupont-Aignan, chef de Debout la France (DLF) ! qui suffit à lui seul à lui prendre quelques 7 points de pourcentage. Sans DLF, le RN remporterait un triomphe historique.  Les socialistes essaient de trouver un thème porteur, un chef charismatique, la possibilité d’une revanche, mais ils sont mal partis, Olivier Faure s’efforçant principalement d’écarter François Hollande : il tente de le chasser de la fenêtre après lui avoir claqué la porte au nez. Ce qui ne grandit ni l’ancien président, naïvement persuadé que le succès de librairie de son livre le plus récent traduit une vive remontée de sa cote de popularité, ni l’actuel Premier secrétaire du PS qui, encombré par les tâches d’intendance, n’offre pas à ses (anciens) électeurs un programme susceptible de les enthousiasmer.

La gauche dispersée.

Ajoutez à cela la présence de la France insoumise, mais dont le score est de moitié inférieur (10 % ou moins) à celui de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. L’orateur hors pair a peut-être abusé de son talent et fini par lasser l’électorat, notamment quand il s’est décrit comme le peuple puis comme la République. Raphaël Glucksmann, non sans courage mais pas non plus avec beaucoup de réalisme, veut mettre sur pied une liste de gauche, Benoît Hamon tient bon sur ses positions infinitésimales, EELV se déclare présent. Bref, on assiste à une guerre picrocholine où tout le monde se bat contre tout le monde dans une un brouillard épais et sans savoir qui est l’ennemi. La gauche avait une chance de se rassembler pour offrir un après-Hollande convenable, elle l’a perdue. Laurent Wauquiez et l’UDI auraient dû admettre que ce qui se joue dans cette affaire, c’est certes la construction européenne, mais aussi la nécessité de contenir, une fois de plus, l’extrême droite ; ils préfèrent se placer, comme d’habitude, dans la querelle politicienne sous le prétexte que la République en marche risque de les phagocyter. Ils n’ont pas tout à fait tort, mais Macron n’est une réelle menace que pour l’extrême droite et pour l’extrême gauche, une menace pour tout ce qu’il y a d’intolérance dans le pays.

J’allais oublier les efforts des gilets jaunes pour constituer un parti, ce qui est rassurant, car c’est la première fois qu’ils entrent dans le moule institutionnel, mais ils ont beaucoup de mal à se mettre d’accord. Je ne saurais trop les encourager car, dans les sondages, ils prennent jusqu’à trois points au RN. Des affinités entre l’extrême droite et les gilets ? Mais bon sang, bien sûr !

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire

La presse brutalisée

Un contexte très troublé
(Photo AFP)

L’incendie des locaux de la radio France Bleu Isère de Grenoble serait de nature criminelle. Pour le moment, on ne peut accuser personne et donc toute évocation des gilets jaunes serait hasardeuse. En revanche, on peut lier cet acte aux relations décidément exécrables entre les protestataires et les journalistes.

LE PHÉNOMÈNE  n’est pas récent. Il s’est développé avec la montée irrésistible du mécontentement, lui-même nourri par les réseaux sociaux, qu’une majorité de Français semble préférer à la presse professionnelle. Cet appétit pour Internet est que chaque individu peut participer au débat national et proposer son opinion, sans avoir à respecter les règles en vigueur dans le reportage, c’est-à-dire la diffusion d’informations aussi sûres que possible et vérifiées par des sources différentes. Il est donc facile, pour tout un chacun, d’écrire un long commentaire sur une fausse nouvelle, d’en nourrir les aspects les plus spectaculaires avec d’autres bobards et beaucoup de colère, et de trouver ainsi, dans ce contexte complètement artificiel, une forme d’expression qui, étant souvent vulgaire et en tout cas forcément excessive, est considérée par l’auteur comme la preuve même de son talent.

Pas de démocratie sans une presse libre.

C’est pourquoi il est très irritant, pour ces écrivains auto-institués, de constater que toute la colère est chez eux et toute la contradiction dans la presse. Ils ne comprennent pas que les médias puissent contester leur certitude, surtout dans ces bijoux de correction qu’est devenu le « fact checking » auquel nombre de journalistes s’adonnent aujourd’hui, ce qui les distingue, à leur avantage, à la fois des créateurs de « fake news », merveille de l’imagination, et de pas mal d’éditorialistes dont la logorrhée n’apporte rien au débat. Mais au moins les commentateurs professionnels pèsent-ils le pour et le contre. Au moins savent-ils écrire. Au moins ont-ils le sens de la nuance. La presse, professionnelle et protégée par la liberté d’expression, est la seule qui puisse offrir au lecteur les instruments lui permettant de se forger une opinion, la seule qui annonce sa couleur sans chercher à convaincre les citoyens qu’ils sont victimes de complots politiques organisés par d’obscures officines de l’État. À ce titre, elle crée un contexte solide pour que, au moment du scrutin, le citoyen puisse faire un choix protégé contre toute influence extérieure.

Une radio publique, c’est une institution.

Tout le monde sait qu’aucune radio, sauf les stations privées qui affichent leur engagement politique, ne cherche à laver le cerveau des auditeurs, de sorte qu’aller incendier le local d’une radio publique de Grenoble n’est pas seulement un crime, c’est une bêtise monumentale, elle aussi liée au contexte émotionnel dans lequel évolue la crise en France. Sans aucun doute lassés par une condition médiocre qui les mine, les manifestants et autres mécontents, convaincus, comme Jean-Luc Mélenchon le fut, lorsque ses locaux ont été perquisitionnés à la fin de l’année dernière, qu’ils « sont le peuple », et même « la République », s’imaginent que l’ordre ne peut être rétabli que sur la base de leur propre opinion érigée en dogme comparable à l’infaillibilité du pape.  Il s’agit d’une sorte de délire constamment auto-alimenté, mais il ne ferait rire que s’il n’était pas lourd de conséquences.  La radio de France Bleu, c’est la liberté, c’est universel, c’est une institution à laquelle nous ne pouvons manquer de respect qu’en menaçant du même coup ce que nous avons de plus précieux. Car si nous incendions une radio, nous finirons par incendier aussi Internet et nous priverons  les excités de leur pain quotidien ; nous vivrons dans le mensonge permanent, justement parce que la presse suit des règles qui n’existent pas dans les échanges de messages sur la Toile, lancés à la cantonade. Relativiser ce crime, c’est pratiquement ignorer ce qui fait notre vrai bonheur et, quelque part au fond d’eux-mêmes, les délinquants qui se sont livrés à cette agression le savent.

Car ils en veulent à l’État, au monde, racine de mondialisation, et à quiconque gagne mieux leur vie qu’eux. Tout ce qui ressemble au confort pour les autres, par exemple le choix des sources d’information, leur est insupportable. Et, bien entendu, s’ils pouvaient ramener l’économie française au dénominateur commun qui égalerait les difficultés des autres aux leurs, ils se sentiraient beaucoup moins malheureux. Cela signifie, bien sûr, que nous ne pouvons pas nous détourner de leur sort et qu’ils ont raison de protester. Cela signifie que nous devons poursuivre les incendiaires. Cela signifie enfin que le gouvernement doit changer considérablement sa politique sociale, même s’il est incontestable qu’il a déjà fait des gestes coûteux et qu’il est parvenu au bout de ses efforts financiers.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 5 commentaires

L’économie réinventée

Mappemonde à Davos
(Photo AFP)

L’OCDE, Organisation de coopération et de développement économique, qui regroupe les pays les plus industrialisés, a confirmé hier que la France, avec des dépenses sociales qui atteignent 32 % de la richesse nationale produite chaque année, est le pays dont le montant des prestations sociales est le plus élevé.  Simultanément, c’est la France qui subit la crise sociale la plus grave.

DANS LE grand débat national, les suggestions pour une fiscalité plus juste abondent. Dès le début de « l’insurrection », c’est le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF) qui a été réclamé à l’unanimité des gilets jaunes, soutenus à la fois par la gauche, l’extrême gauche et l’extrême droite. Une hausse généralisée des salaires a été également exigée, ainsi qu’une baisse ou une disparition de la CSG. Voilà maintenant qu’est envisagée une baisse de la TVA. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la liste des doléances pour savoir que son application conduirait immédiatement l’Etat à la faillite, les 3,5 milliards que rapporterait l’ISF étant très insuffisants pour compenser une baisse de la TVA (2,6 milliards pour chaque point de réduction) et de la CSG (7,5 % sur tous les revenus), l’impôt social qui sert de vache à lait aux pouvoirs publics.

Mémoire de Rocard.

Divers intervenants sur les plateaux de télévision ont suggéré pour leur part de faire payer l’impôt, fût-ce modestement, aux 52 % des foyers français qui ne le paient pas. Leurs contradicteurs ont rétorqué que, si les ménages à revenus peu élevés ne paient pas d’impôt sur le revenu (IR), ils paient tous la CSG, la TVA et toutes sortes de taxes et contributions indirectes, ce qui est vrai. Quand Michel Rocard a inventé la CSG à 1 % du revenu brut, a-t-il imaginé qu’un jour elle serait multipliée par huit, ce qui, effectivement, correspond à un trou profond dans le budget des foyers les plus pauvres ? Le débat sur le paiement ou non de l’IR est purement moral. Il n’a rien à voir avec le montant de la pression fiscale, c’est seulement un débat sur l’égalité républicaine devant l’impôt.

Mais au moins les gilets jaunes devraient-ils comprendre, ce qui ne semble pas être le cas, que les prestations sociales (APL, allocations familiales, prime à l’emploi, etc.) dont ils bénéficient n’existent que parce que tout le monde en France paie ses cotisations sociales. Ils devraient comprendre que, si l’Etat ne se livrait pas à ce prélèvement massif sur la richesse nationale, il ne pourrait pas lisser les inégalités entre les revenus. Ce qu’ils demandent, en définitive, c’est qu’on les libère de toute contribution et que l’on aille trouver l’argent ailleurs, chez les riches, c’est-à-dire tous ceux qui gagnent un peu plus qu’eux. Bonne façon d’appauvrir les Français.

Qui est riche ?

Il va falloir en tout cas définir ce que l’on désigne par « riche ». N’est pas riche le cadre supérieur à la retraite qui a une confortable pension complémentaire. N’est pas riche le citoyen qui habite un appartement confortable qu’il a payé pendant trente ans. Les gilets jaunes pensent à ces capitaines d’industrie, ces actionnaires rapaces, ces lanceurs de start-up, ces hommes d’affaires de tout poil qui gagnent des centaines ou des milliers de fois le smic. La régulation du marché, des salaires et des revenus devrait faire l’objet, effectivement, d’une réforme prioritaire pour empêcher la formation d’une classe supérieure qui ne sait plus quoi faire de son argent alors que les smicards sont fauchés le quinze du mois. Mais qu’on se le dise : le transfert par le fisc de sommes massives entre les foyers les plus riches et les plus pauvres ne résoudront jamais le problème des inégalités. De la même manière que les réformes collectivistes de l’Union soviétique n’ont pas amélioré la production de son agriculture, prendre de l’argent dans une poche pour le mettre dans une autre ne résout pas les problèmes de formation et de qualification.

A propos de l’ISF.

Ce qui crée de la richesse solide et distribuable, c’est la productivité, la qualité du produit, la capacité à concurrencer les meilleurs usines étrangères. Ce n’est pas la recherche du dénominateur le plus bas. Nous sommes certes dans une société où, même socialisé, un revenu minimum reste insuffisant. Et, s’il faut empêcher les « riches » de se moquer du monde, de frauder le fisc, de rechercher un enrichissement excessif et éhonté, on ne peut pas accepter une théorie économique qui suggère de réduire drastiquement les prélèvements obligatoires et d’augmenter arbitrairement les revenus les plus bas. Ce sont deux propositions incompatibles.

Enfin, j’aimerais expliquer en trois mots pourquoi l’ISF est un impôt injuste. C’est un impôt sur une épargne qui a déjà payé l’impôt puisque le détenteur ne peut l’avoir accumulée qu’après avoir versé ses contributions sur le produit de son travail et de ses placements ; si l’épargnant possède cent et qu’on lui demande 5 %, on exige de lui que, chaque année, son épargne, au lieu d’augmenter, diminue et à terme disparaisse ; comme la plupart du temps sa fortune est placée à long terme, il paie l’impôt sur ses revenus de l’année et non sur son épargne. Je ne serais nullement scandalisé si l’ISF était rétabli. Mais on pourrait établir une différence entre un milliardaire et le retraité qui a un bon logement et une assurance vie. Très simple : il suffit de diminuer la taxe sur le premier million d’euros, et même le deuxième.

RICHARD LISCIA

PS- Pas de blog demain. Je vous retrouve lundi 28 janvier.

 

Publié dans Non classé | Un commentaire

Sur les violences policières

Gendarmes en action
(Photo AFP)

Le gouvernement a pris au sérieux les accusations lancées contre les forces de l’ordre au sujet des violences policières et plus particulièrement les lancers de balles (LDB) qui ont causé de graves blessures à un nombre indéfini de manifestants.

SELON les pouvoirs publics, quatre personnes seulement auraient perdu un œil après un lancer de balle, ce que les gilets jaunes contestent, en avançant un plus grand nombre de blessés. C’est pourquoi le gouvernement envisage d’équiper d’une caméra les policiers dotés de LDB . D’aucuns prônent la suppression des LDB, ce qui a été vivement récusé par les forces de l’ordre et par le ministère de l’Intérieur, qui soulignent la hausse de la violence pendant les manifestations.

La crise se poursuit.

Le ministère est placé dans une position contradictoire, qui tente d’augmenter la répression, notamment en faisant adopter une loi anti-casseurs, en cours de lecture au Parlement, mais doit veiller en même temps à ne pas causer des dommages physiques aux manifestants. Jusqu’à « l’acte X » du soulèvement, presque toutes les activités des gilets jaunes se sont terminées par de sérieux affrontements. Un début d’organisation et le respect des déclarations préliminaires de manifestation ont permis, le 19 janvier, de limiter la casse, le nombre de blessés et les dégâts. On doit donc donner la priorité au dialogue et à l’encadrement des démonstrations de force des gilets jaunes qui, de toute évidence, ne seront pas terminées de sitôt.

Dans la gestion de la crise, le gouvernement marche sur des œufs. Il doit éviter les actes de violence par tous les moyens et même indiquer à la partie de la population que ces actes horrifient qu’ils ne correspondent pas à une routine supportable. Il doit aussi faire en sorte que les manifestations, acceptées comme un droit par nos lois, puissent avoir lieu, fût-ce contre son gré. Un policier pris sur le fait quand il s’est acharné sur des manifestants vient d’être condamné à un an de prison dont six mois ferme. Mais quand toutes les journées de manif’ ordinaire se transforment en batailles rangées,  on ne peut pas s’étonner de ce que des dérapages puissent se produire. On compte plus de 1 500 civils blessés pendant les manifestations, mais aussi plus de 1 000 dans les forces de sécurité, policiers, gendarmes et CRS.

Mensonges répétés.

L’opposition politique ne manque pas de dénoncer les violences policières, mais elle-même n’a jamais été confrontée à une crise aussi longue. Le grand débat est censé drainer les colères et remplacer les affrontements par le dialogue. Il demeure que tout le monde jette de l’huile sur le feu, à commencer par les gilets jaunes, dont quelques « représentants », plus connus que d’autres, mais pas plus légitimes, annoncent tous les jours les mêmes revendications excessives. Parmi eux, Eric Drouet, qui continue à exiger la démission du chef de l’Etat tout en lui réclamant un entretien particulier. Il a aussi lancé un appel à une grève générale et illimitée à partir du 5 février, auquel s’est joint Olivier Besancenot (Nouveau parti anti-capitaliste, NPA). C’est le même Drouet qui a répandu quelques fausses nouvelles sur les réseaux, ce qui montre la fragilité de la cause qu’il défend car elle devrait se suffire à elle-même et ne pas avoir besoin de mensonges répétés pour triompher.

Il est certes beaucoup trop tôt pour savoir si le débat national a produit les effets souhaités par l’Elysée, mais, à entendre les déclarations irréductibles des gilets jaunes, on est incité à croire que rien, dans les propositions que pourrait faire l’exécutif et dans les décisions qu’il a déjà prises, ne sont de nature à les satisfaire. Leur intransigeance s’abreuve aux propagandes grotesques inspirées par une campagne électorale des européennes qui a déjà commencé. Marine Le Pen, aidée par les excès de langage de son nouvel homme-lige, Jordan Bardella, et Nicolas Dupont-Aignan en font des tonnes, en prenant des distances de plus en plus grandes avec la vérité.

Le complotisme se porte bien.

Le complotisme ne s’est jamais aussi bien porté, de sorte que les gilets jaunes n’ont envie, dans leur majorité, que d’en découdre. Le seul fait que Drouet ait tenté de faire une percée politique en tentant de se singulariser par un zeste supplémentaire d’extrémisme, (mais là, il est en très bonne compagnie), montre qu’il songe à une organisation du mouvement sous sa houlette. Il va trouver une forte opposition interne car les gilets jaunes sont l’incarnation de la contradiction. Ils ne veulent ni chef ni maître, ils ne veulent pas négocier, ils ne veulent pas du débat, ils ne veulent pas de ce président, ils ne veulent pas du Parlement et souhaitent en créer un autre. Certains membres du gouvernement ont dénoncé la tentative de subversion et les factieux qui la mènent. Ils n’ont pas tout à fait tort.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire