Couvre feu, arme ultime

Macron hier
(Photo AFP)

Le président de la République a annoncé hier soir qu’il décidait un couvre feu de 21 H à 6 H qui s’appliquera, dans la pratique, à quelque vingt millions de Français. Cette disposition sera contrôlée et ceux qui voudraient lui échapper seront sanctionnés. L’épreuve commence vendredi soir.

IL S’AGIT principalement d’empêcher les réunions familiales privées qui ont beaucoup augmenté, ces dernières semaines, le nombre de contaminations, de séjours  à l’hôpital, de réanimations et de décès. Les diverses mesures prises contre les formes publiques de rassemblement ont en effet soulevé bien plus de polémiques qu’elles n’ont freiné la progression de la pandémie. Le couvre-feu sera abondamment critiqué mais peut-être empêchera-t-il la saturation du système hospitalier. Il durera environ six semaines, autorisera les Français à se déplacer pour les vacances de la Toussaint, mais, comme pour le confinement, il ne peut pas durer indéfiniment. Dans cette perspective, le Salon de l’Agriculture de l’an prochain a déjà été annulé. L’application StopCovid, dont les résultats sont à peu près nuls, sera remplacé par une nouvelle application.

Macron pessimiste.

Le corps médical a approuvé ces nouvelles mesures, mais personne ne peut dire avec certitude que le couvre-feu transformera la pandémie en un phénomène plus facile à gérer pour le gouvernement, qui a déjà eu recours à diverses dispositions, dont le confinement, lequel, aux abords de l’été, a produit d’excellents résultats. Mais l’exécutif ne s’est résolu au couvre-feu que parce qu’il se refuse à décréter un second confinement. Celui-ci aurait en effet des conséquences désastreuses sur l’économie alors que les demandes d’aides des entreprises, notamment les petites et les moyennes affluent de toutes parts et ne seront satisfaites qu’un prix du creusement du déficit. Clairement, M. Macron n’est pas optimiste qui a reconnu hier qu’il est dur d’avoir vingt ans en 2020 et admet que la jeunesse paie le prix fort de la pandémie. Aussi bien a-t-il a adopté un ton plus compassionnel qu’autoritaire et en a appelé, une fois encore, à la bonne volonté de ses concitoyens, dont certains, mais pas tous, continuent à défier l’État au nom de leur liberté.

Virus politisé.

La France est atteinte de plein fouet par la pandémie, mais elle n’est pas la seule dans ce cas et, si les comparaisons se multiplient pour démontrer la part des hésitations du gouvernement français dans la recrudescence de la pandémie chez nous, des esprits plus raisonnables admettent que d’autres pays vont encore plus mal que nous. Le virus a été politisé dès qu’il a commencé à frapper. Absence de matériels indispensables, impréparation des décideurs, pérégrinations des mesures tour à tour fortes, longues, pas assez longues, protégeant les vieux, puis les jeunes, ce chaos apparent n’exprime que la complexité de la crise à laquelle il n’y a pas eu de riposte internationale ou, tout au moins, européenne. Pourtant, le pire, quoique inévitable, était d’introduire la politique dans un phénomène sanitaire d’ordre mondial. Elle s’y est prestement invitée, justifiant, par une logorrhée verbale, les attitudes qu’on a pu observer dans une partie de la population. L’idée même qu’il existait des alternatives au programme sanitaire du gouvernement contenait la recrudescence de la maladie car, si le gouvernement peut se tromper, les gouvernés s’arrogent le droit de n’en faire qu’à leur tête.

Calendrier électoral.

Signe de cette politisation : on envisage de reporter les élections régionales, prévues pour le printemps de l’année prochaine. C’est beaucoup trop tôt pour le dire car, dans cinq mois, peut-être serons-nous tirés d’affaire. Mais cela convient  aux partis qui s’apprêtent à perdre les régionales, par exemple la République en marche ou la France insoumise. Le seul argument qui vaille, c’est le précédent des municipales : Macron voulait les ajourner, la droite l’a supplié de les tenir, le premier tour, avec une participation dérisoire, a bien eu lieu et le second a été reporté à un moment plus faste. Le calendrier électoral doit être indépendant des aléas de la conjoncture. Si toutes les précautions sont prises, masques, gel, distanciation sociale, les Français pourront voter sans crainte. Nous éprouvons tous une immense frustration face à la pandémie. Nous n’avons pas besoin d’avaler davantage de couleuvres. Le virus est un ennemi à combattre, le suffrage universel doit être préservé tout autant que notre santé.

RICHARD LISCIA

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Impact politique du Covid

Giuseppe Conte
(Photo AFP)

La pandémie a altéré en profondeur la gouvernance d’à peu près tous les pays. Selon la nature des institutions, le virus est en train d’indiquer le sort prochain, faste ou néfaste, des gouvernements en place.

EN FRANCE, le président de la République, qui s’exprime ce soir et pourrait annoncer de nouvelles mesures déplaisantes pour l’opinion, commence à être sérieusement affaibli par la colère populaire, par le ras le bol de soignants et par une communication qui ne s’est jamais améliorée. Ses défaites électorales, aux municipales et probablement aux régionales, semblent tracer le chemin de l’échec aux élections générales de 2022, surtout si, dans moins de dix-huit mois, nous en sommes encore au confinement et à la pénurie des soins. Inutile de préciser que l’exécutif n’a pas de martingale pour redresser la barre : les insuffisances structurelles du système de soins, ajoutées à à usage désastreux des effets d’annonce, ne seront corrigées qu’au terme d’un effort bien plus long que ce qu’il reste du premier mandat de M. Macron.

On observera que le chef de l’État est moins victime de la pandémie que de la manière de réagir à ses conséquences. Contrairement à ce que nous disent ses détracteurs professionnels, il a fait quelques bons choix stratégiques, sans lesquels il ne pourrait plus s’exprimer comme il le fera ce soir : le choix du confinement, puis du retour au travail, se présentait comme un impératif catégorique, de sorte que lui reprocher de dépenser trop d’argent sans avoir vaincu la pandémie est une façon de dire qu’il y avait une alternative là où n’en existait aucune.

Un héros italien.

La pandémie, puis des mesures de discipline dont on ne soupçonnait pas les Italiens, ont fait du président du Conseil italien, Giuseppe Conte, un héros national. Son improbable popularité a rassuré un peuple qui se voyait durablement voué au déclin. Comme M. Conte l’a déclaré, il ne s’agit pas de mots, mais du sacrifice de tout un peuple. On voudrait bien que les Français, sourds aux exhortations du pouvoir, entendent la parole de Rome. Mais il y a pire que le sort, désormais incertain, de Macron. Il y a le cas de Boris Johnson, en Grande-Bretagne, qui conduit la négociation sur le Brexit avec l’Union européenne en recourant à des manœuvres tactiques extrêmement subtiles (et perverses) alors que la fin des pourparlers doit avoir lieu avant la fin de l’année et que M. Johnson continue à chipoter sur la pêche et la gouvernance, notamment.

Hier, devant la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée, le ministre Jean-Yves le Drian, a simplement dit ce qui crève les yeux, à savoir que le no deal est très probable, ce qui transformera le Royaume-Uni et l’UE en adversaires commerciaux. Ce n’est sûrement pas bon pour l’Union, mais ce l’est encore moins pour la Grande-Bretagne qui s’aventure dans un domaine capable de la ruiner et de créer de terribles tensions entre les Anglais et les Écossais, entre les Anglais et les Irlandais.

Le patient anglais.

Comme on fait on lit, on se couche. M. Johnson ne peut pas se croire le plus malin alors qu’il n’a pas jugulé la pandémie et qu’il a été lui-même contaminé et croit que, en dépit de la crise sanitaire, il peut en ajouter une autre, peut-être plus grave. On remarquera que les populistes, dans cette affaire ont moins de marge que les dictateurs purs et durs. Donald Trump aussi a été malade, il a tenté d’apparaître comme un Superman qu’aucun virus ne peut abattre, mais, même ses plus farouches partisans constatent aujourd’hui que, loin de contribuer à la disparition d’un virus qui a tué plus de 210000 citoyens américains, il s’en sert pour tenter désespérément de gagner une élection que, sur le papier tout au moins, il a perdue.

Il n’en va pas de même en Chine qu’une discipline de fer semble avoir débarrassée de la pandémie ou dans d’autres pays, comme la Russie, où le mutisme règne. On dit que la grippe espagnole de 1918 a fait un nombre beaucoup plus élevé de victimes. C’est vrai, mais un siècle plus tard, les gens n’acceptent pas leur sort avec fatalisme. Ils refusent obstinément la souffrance et réclament des moyens radicaux que l’on ne peut obtenir que par la patience et avec le temps. Un laboratoire vient de renoncer à un essai clinique de vaccin qui a produit des effets secondaires. C’est un coup de frein à la course folle vers la vaccination. Voilà la réalité d’un monde capable d’immenses conquêtes technologiques, mais encore soumis aux caprices de l’infection.

RICHARD LISCIA

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Castex : premier bilan

Jean Castex
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Jean Castex, était ce matin sur France Info, l’occasion pour lui de dresser un premier bilan de ses premiers cent jours passés à la tête du gouvernement.

IL A SU défendre son action politique, même au moment où il a été interrogé, de manière embarrassante, sur la nécessité de limoger Édouard Philippe qui, depuis qu’il a quitté ses fonctions, caracole sur les cotes de popularité. De deux manières : en donnant la mesure de sa tâche, au moins aussi accablante que celle de M. Philippe naguère, mais aussi sa prédilection pour le dialogue social qu’il a illustré par diverses négociations suivies de quelques succès.

Il est courant de décrire le parcours chaotique du gouvernement, par goût de la critique, à cause du contexte électoral qui, depuis les élections européennes, demeure permanent, et sans doute parce qu’il y a un siècle que la France n’avait pas connu une menace pandémique aussi violente. M. Castex n’a pas à se justifier, et il l’a rappelé à ses interlocuteurs : sa nomination par le président de la République suffit à assurer sa légitimité. En outre, il ne risquait pas dire s’il était meilleur ou moins bon que M. Philippe.

Un appel au civisme.

Il a annoncé notamment que le gouvernement allait lancer une nouvelle application StopCovid que, cette fois, il chargera sur son téléphone cellulaire. Il s’est montré martial au sujet des attaques insupportables contre les policiers et les commissariats de police. Il ne procèdera pas à un nouveau confinement national, mais il confinera partout où il y aura de nouveaux clusters. Il est conscient de l’usure des soignants, de leurs défections, de la difficulté à les remplacer, mais, dit-il, le gouvernement fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la saturation des hôpitaux et, plus particulièrement, celle des salles de réanimation. Il a lancé à ses concitoyens un appel au civisme, plus solennel qu’alarmant, selon une méthode qui le caractérise et prend soin de ne pas épouvanter l’opinion, déjà très inquiète et proche de la crise de nerfs.

M. Castex est bien placé, par son cartésianisme, pour tenir un langage rationnel et logique et il réussit, parfois mais pas toujours,  à galvaniser les foules sans les plonger dans la panique. Simplement, il lui faut des résultats. Il ne suffit pas de hausser le ton et de recourir à la fermeté : il sait que les Français veulent en finir avec ce cauchemar qui dure depuis huit mois et semble interminable. Comme son prédécesseur, il appuie sa démarche sur les avis du Conseil scientifique, mais les médecins, qui ont maintenant une bonne expérience de la gestion du virus, ne savent pas tout, ce qui donne à la démarche du gouvernement cette allure empirique inévitable qui déconcerte l’opinion.

Le temps fera son œuvre.

M. Castex a éludé la question sur sa nomination et a suggéré de la poser à Emmanuel Macron. Un point est clair : la popularité d’un homme politique monte quand il ne fait plus rien, ce qui est le cas de M. Philippe. Sur l’utilité de son remplacement par M. Castex, n’est-il pas oiseux de se poser la question au sujet d’un fait accompli et irréversible ? Le Premier ministre, comme il se doit, a perdu des plumes en gouvernant un pays clivé par tant de divisions. Il n’a pas de baguette magique et aucun chef de gouvernement, à commencer par M. Philippe, n’aurait fait sans doute mieux. Certes, il doit régler quelques problèmes d’une complexité inouïe, à propos desquels le temps fera mieux son œuvre que l’action politique. Il se trouve que M. Castex n’a pas besoin d’une leçon d’humilité ; qu’il est superflu de poser une question quand tout le monde connaît la réponse : M. Castex est là pour préparer le terrain électoral ; que le jugement dernier est dans le verdict des urnes. Et que jamais le Premier ministre actuel ne se plaindra de n’avoir fait qu’une petite moitié de mandat.

RICHARD LISCIA

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Sophie Pétronin libérée

Sophie Pétronin avec son fils
(Photo AFP)

Membre d’une organisation humanitaire au Mali, Sophie Pétronin, 75 ans, enlevée par des terroristes en décembre 2016, a été libérée hier et rentre en France aujourd’hui. Emmanuel Macron a salué l’effort de la junte militaire au pouvoir à Bamako.

ELLE ÉTAIT l’« oubliée » de la République. Même si toute négociation pour la libération d’un otage se déroule dans le secret, on n’avait pas beaucoup d’espoir pour Mme Pétronin à l’époque où Ibrahim Bacar Kéïta était président du Mali. Or il a été déposé par un coup d’État militaire au mois d’août dernier et les militaires qui se sont emparés du pouvoir souhaitaient obtenir des djihadistes islamistes la libération de Soumaïla Cissé, membre de l’opposition politique qui a fait campagne trois fois pour être élu et a été capturé au moment où il haranguait les foules maliennes. Les militaires maliens semblent bien avoir payé une forte rançon et ils ont relâché dans la nature quelque deux cents terroristes détenus dans les prisons de Bamako. Mme Pétronin a bénéficié de la transaction, ainsi que deux Italiens, dont un prêtre.

Émouvantes retrouvailles.

La libération de Mme Pétronin, qui est malade et dont le sort inquiétait sa famille, a donné lieu à de magnifiques retrouvailles avec son fils, venu à Bamako à cette occasion. Leur rencontre, au bout de presque quatre années de détention affreusement injuste, a donné lieu à un beau moment d’émotion. La courageuse Mme Pétronin, apparemment en bonne forme, a affirmé qu’à aucun moment elle n’a désespéré : elle était convaincue qu’elle ne resterait pas aux mains de ses geôliers. Elle entend retourner au Mali pour reprendre ses activités humanitaires, réservées aux enfants dénutris. Les images heureuses de la réunion  avec son fils valaient, à n’en pas douter, les sacrifices consentis par le régime. Mais le problème politico-militaire du Sahel reste entier.

Deux cents ennemis de plus.

La junte a toujours promis d’organiser des élections libres pour désigner un nouveau président, ce qui lui permettrait de retourner dans ses casernes. La transaction qu’elle a conclue avec les terroristes constitue indirectement, une réponse aux critiques européennes, toutes fondées sur l’idée que le temps des coups d’État est révolu en Afrique. La libération de Sophie Pétronin est la réponse vertueuse à ces critiques. Elle empêche le gouvernement français de camper sur le respect des institutions puisqu’il ne peut que se réjouir du dénouement de la mésaventure infligée à l’otage, la dernière citoyenne française emprisonnée par des terroristes. Elle confirme en outre que les militaires souhaitent relancer le processus électoral au Mali. Mais elle ne dit rien de l’avenir. Pendant la négociation avec les djihadistes, les opérations militaires françaises de pacification ont été limitées. Barkhane fait face maintenant à 200 ennemis de plus qu’il faudra aller chercher dans les montagnes. Si la junte suit méticuleusement un plan de retour du Mali à la normale, elle a pris des risques pour la stabilité du pays. Elle aurait été plus convaincante si elle avait réussi à monter elle-même des attaques contre les terroristes et si elle avait rétabli la sécurité d’un certain nombre de villes situées à l’est du pays.

Tous négociateurs.

Le dialogue que Paris mène avec la junte est influencé par le respect dû à la souveraineté malienne. Il appartient aux Maliens de décider de leur sort politique, même si, cette fois, leurs militaires ont choisi la voie brutale pour se débarrasser d’un pouvoir d’ailleurs fort peu efficace et sans doute corrompu. Le succès des putschistes leur donne un avantage puisque la France ne peut que se réjouir d’avoir récupéré une otage. Ils ont du même coup amélioré leur image et deviennent des négociateurs politiques capables, au nom de leur propre autonomie, de remettre en question le rôle joué par la France au Sahel. La mise sur pied d’une force inter-africaine susceptible de repousser durablement les terroristes n’est pas achevée. Le Mali seul ne peut, de toute évidence, liquider les terroristes. il vient de les renforcer, car, de même qu’il s’octroie une médaille politique, il accorde à ses impitoyables adversaires le statut d’interlocuteurs valables. Or ce qui se joue dans le Sahel n’a rien à voir avec une négociation commerciale. Les islamistes représentent un danger qu’il faut éliminer à tout prix si on ne veut pas que le Mali, pendant qu’il se cherche, tombe aux mains des terroristes et devienne une rampe de lancement vers le territoire français.

RICHARD LISCIA

 

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Inondations : la tâche de l’État

Macron avec des secouristes
(Photo AFP)

Les inondations dans les Alpes-Maritimes ont fait cinq morts du côté français (deux morts du côté italien) et une vingtaine de disparus, mais aussi des dégâts énormes chiffrés par Renaud Muselier, président de la région, à un milliard d’euros.

LE PRÉSIDENT de la République a visité la région, en commençant par Tende, village reculé où les secours sont arrivés avec un certain retard, dénoncé par ses habitants. La visite d’Emmanuel Macron a été accueillie avec scepticisme, comme toujours, mais il a pris des engagements et a promis aux populations, littéralement sonnées par le désastre, qu’elles ne seraient pas seules et qu’un grand plan de reconstruction allait être mis en place. Il n’a pas contesté l’évaluation de M. Muselier : sur TF1 et France 2, il a d’abord parlé de plusieurs centaines de millions, puis d’un milliard. Cette reconstruction sera lente, parce que les dommages sont considérables, parce qu’il faudra faire le tri entre ce que l’on garde et ce que l’on reconstruira autrement et ailleurs et parce que la France, à l’avenir, est promise à de nouveaux phénomènes du même genre dus au réchauffement climatique.

Pas de baguette magique.

C’est assez dire qu’il n’y aura pas de baguette magique pour rendre aux sinistrés le confort et la sérénité dont ils bénéficiaient. Les secours affluent en nombre dans la vallée de la Roya, mais il y a des routes arrachées et des maisons démolies, ce qui pose un sérieux problème d’hébergement, à quoi s’ajoute la paupérisation des habitants. On comprend que beaucoup d’entre eux restent sceptiques devant les promesses de l’exécutif. Ils ont même demandé à M. Macron « de ne pas les oublier » et il a répondu qu’il reviendrait dans un an pour s’assurer que tous les travaux promis ont été engagés. La question posée ne porte pas seulement sur l’effort financier de l’État et des collectivités, même si le coût du désastre s’ajoute à celui de la pandémie et creuse un peu plus le déficit et la dette. Elle concerne la prise de conscience de tout le pays d’un réchauffement climatique qui produit un déchaînement des éléments et interdit d’envisager des tracés de route et des reconstructions de maisons à l’identique.

Un avenir incertain.

Pour le moment, une voie d’accès aux endroits les plus isolés sera dégagée à partir de l’Italie. Autant dire que les choses ne s’amélioreront que lentement, ce qui exige des habitants une patience qu’ils ne sauraient avoir dans un contexte de manque d’eau et d’électricité. L’inondation a arraché la totalité du système d’adduction d’eau et il faut en refaire un autre tout neuf, ce qui demandera du temps. On achemine de l’eau potable en quantité suffisante, ce qui ne garantit rien pour les autres usages de l’eau, hygiène et cultures. Les habitants devront donc attendre plusieurs mois avant de retrouver un peu de confort et peut-être des années pour que leur vie redevienne normale. Dans tout le sud de la France, les conditions de vie vont donc changer durablement et l’adaptation des sinistrés à ces conditions dépendra aussi de leurs efforts individuels. Ils ne sont pas sûrs d’habiter au même endroit, pas sûrs d’y avoir les mêmes activités et pas sûrs de vouloir y rester dès lors que la zone, considérée il y a encore quelques jours comme un paradis risque de se transformer en enfer.

Tenir les engagements.

Il est logique que des gens frappés de plein fouet par une telle catastrophe s’adressent avec véhémence à l’État et plus particulièrement à celui qui l’incarne. Il n’est pas excessif, pour les défenseurs de l’environnement, de montrer que tel ou tel phénomène dépend directement d’une politique écologique insuffisamment stricte. Mais il est aussi plus facile de critiquer que de réparer. Les gens installés au bord d’un fleuve encaissé entre les montagnes devraient, avant tout, se poser la question du choix de leur lieu d’habitation. Il est vrai qu’un chef d’État se livre au simple exercice d’aller leur rendre visite, leur apporter son soutien et prendre des engagements. Il ne convaincra les gens qu’en tenant ses promesses. Contrairement à ce que l’on dit de ses pouvoirs, il ne peut pas tout faire et il ne peut pas le faire vite. Jupiter a ses limites.

RICHARD LISCIA

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Baroin renonce

Baroin : le jeu n’en vaut pas la chandelle
(Photo AFP)

Maire de Troyes, président de l’Association des maires de France (AMF), ancien ministre, François Baroin a annoncé qu’il se retirait de la course présidentielle de 2022. C’est un événement politique important, dans la mesure où il facilite la campagne d’Emmanuel Macron et oblige les Républicains à chercher un autre candidat pour les représenter.

Il NE S’AGIT pas à proprement parler d’une surprise, mais le retrait de M. Baroin, très populaire à droite, amorce une décantation des candidats LR ou classés à droite qui, en premier lieu, va donner des ailes à ceux qui laissent entendre ou sont déjà sûrs de se présenter, comme le sénateur Bruno Retailleau ou Rachida Dati. Ils sont aussi ceux, si Baroin avait décidé de tenter sa chance, dont le parcours aurait été le plus difficile. La non-candidature de M. Baroin reflète en partie son caractère : ce n’est pas un monstre sacré avide de pouvoir, mais un homme réfléchi qui pèse les avantages et les inconvénients de la magistrature suprême. Il aurait pu néanmoins céder aux sirènes de sa popularité, atout essentiel qu’il aura finalement écarté. Mais il y a une autre raison à son désistement : c’est le tableau accablant des factures de droite et de gauche et la crainte que, dans ce paysage plutôt crevassé, il lui aurait fallu davantage que l’adhésion de la droite classique, par exemple un mouvement d’opinion massif en faveur d’un candidat « naturel ».

L’analyse de Macron.

Sans le dire, M. Baroin partage avec le président de la République, qu’il a beaucoup combattu, notamment au sujet de la décentralisation, son analyse. Le chef de l’AMF croit beaucoup moins à la puissance des partis pour introniser un candidat qu’à l’enthousiasme populaire. Bon observateur de la vie politique, il n’aura pas manqué de noter qu’Emmanuel Macron laisse se déliter la République en marche et que, depuis quelques mois, il s’adresse directement aux Français, comme doit le faire d’ailleurs un chef d’État qui veut être le président de tous ses concitoyens. Peut-être aura-t-il compris qu’il ne pourrait pas s’arracher à l’emprise de LR, avec ses règles et ses habitudes, qu’il ne lui suffirait pas d’être l’homme-lige de LR, et qu’il n’obtiendrait pas une majorité absolue sur ses thèmes de prédilection, par exemple la délégation de pouvoir aux régions et aux communes pour gérer le pays au microscope. En outre, en renonçant, il est le premier à déclarer implicitement que la crise sanitaire et économique laissera tant de séquelles à la fin du mandat de M. Macron qu’il hériterait d’un chaos plutôt que d’un pays viable.

De Bertrand à Pécresse.

D’un point de vue plus général, la difficulté à gouverner devient si sérieuse en France qu’elle risque d’écarter du pouvoir les personnalités les plus compétentes, comme M. Baroin, ancien « bébé-Chirac », dévoré par l’amour filial qu’il vouait au président disparu.  C’est un danger pour l’avenir car les conditions, divisions, protestations, colère populaire, défi lancé à l’autorité, sont réunies pour freiner et même bloquer les décisions d’un exécutif, quelle qu’en soit la couleur. Dans l’immédiat, on ne voit que deux candidats, affirmés ou potentiels, capables de barrer la route à des ambitions plus radicales : Xavier Bertrand, président des Hauts de-France, qui doit cependant être réélu président de sa région avant d’entrer dans la mêlée présidentielle. Il doit aussi rentrer dans le rang LR après l’avoir quitté avec panache ou arrogance, c’est selon. L’autre candidate crédible est Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France, qui, elle aussi a quitté LR, et ne saurait se lancer dans la bataille sans le soutien complet d’au moins toute la droite classique. Il ne fait pas de doute que le retrait de François Baroin affaiblit LR et renforce M. Macron. Car, pour le moment, les sondages ne décèlent pas un candidat potentiel, dans toute la gamme politique, qui soit vraiment capable, à part Marine Le Pen, de tenir tête au président en exercice.

C’était déjà vrai avant le renoncement de M. Baroin. Ce le sera davantage maintenant qu’il n’est plus dans la course. Il est à la fois l’homme irremplaçable et celui qui fait défaut. Il s’en va parce que le paysage politique n’a jamais été aussi incertain qu’aujourd’hui et que la violence des discours obère l’analyse réaliste : une majorité silencieuse aurait pour lui les yeux de Chimène, mais la calomnie permanente aurait vite fait d’assécher le flot de tendresse qu’il soulève. On ne saurait nier sa perspicacité et sa froide détermination à ne pas écouter sa propre ambition. Il sait que l’action politique est très salissante. Il préfère garder ce qu’il a toujours été, un jeune homme brillant et intègre, pour ne pas devenir celui que l’on désigne inévitablement comme l’homme à abattre.

RICHARD LISCIA

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Trump : un Covid bien commode

Trump déjà guéri ?
(Photo AFP)

Le président Donald Trump n’a passé que trois jours à l’hôpital militaire Walter-Reed à Bethesda, près de Washington et il en est ressorti, comme d’habitude, avec sa mimétique triomphaliste. Il aurait, en effet, vaincu la pandémie à lui seul grâce à un traitement de cheval, mais expérimental. Il a jeté son masque dès qu’il est rentré à la Maison Blanche.

TRUMP a repris sa lancinante antienne, à savoir que le virus n’est pas dangereux et que nul n’est obligé de porter le masque et de garder ses distances, oubliant un peu vite que la Maison Blanche s’est transformée en foyer infectieux. Sa provision de cynisme étant inexhaustible, il n’a pas manqué, à l’occasion de son expérience personnelle, de faire le récit de tout ce qu’il a appris pendant son séjour à Walter-Reed, comme s’il ne le savait pas déjà ou feignait de l’ignorer. Son message est double : d’une part, il est lui, Trump, invincible, et d’autre part ses concitoyens ne doivent être soumis à aucune contrainte. Une attitude révoltante quand on sait que la pandémie à déjà fait plus de 200 000 morts aux États-Unis et qu’il n’a jamais eu un mot de compassion pour les victimes et leurs familles, alors qu’il tente par tous les moyens de détruire le système d’assurance maladie mis en place par son prédécesseur Barack Obama. Son calcul électoral crève les yeux : ceux qui votent pour lui doivent se croire eux aussi invulnérables et imiter son comportement périlleux et fallacieux. Faites-lui confiance : ne meurent que les démocrates.

Un problème institutionnel.

Le deuxième débat avec le candidat démocrate, Joe Biden, aura lieu comme prévu le 15 octobre. L’ancien vice-président devrait insister sur le risque qu’il court en s’approchant ainsi d’un malade contagieux et réclamer des mesures de précaution exceptionnelles. Comme toujours, depuis le 20 janvier 2017, toute prévision politique est complètement aléatoire. Si l’état de santé du  président s’aggrave, ce qui ne serait pas surprenant dès lors qu’il ne cesse de jouer avec le feu, il sera battu à plate couture. Même son noyau irréductible d’électeurs ne croira pas son récit d’une maladie bénigne, jalonnée par des épisodes qui feraient plus rire que pleurer. On sait que les plus fanatiques de ses électeurs sont prêts à le réélire dans l’enthousiasme, mais l’épisode Walter-Reed, avec toutes les manipulations de l’opinion qu’il comporte, ne passera pas. Le pire, c’est que sa maladie risque de poser un sérieux problème constitutionnel : doit-il se faire remplacer par le vice-président, Mike Pence, alors que des millions de votes par correspondance seront déjà partis ? Il a déjà répondu d’un « non » sec. Doit-il, au contraire, rester candidat pendant sa maladie ? Inversement, s’il est guéri, beaucoup d’Américains voteront pour lui, façon de lui donner une médaille pour son courage et sa résistance. Et voilà de quoi dépend, désormais, l’issue de l’affrontement.

Trump sait qu’il a déjà perdu.

Car, pendant ces manigances, qui s’intéresse aux programmes des deux partis politiques en lice ? Comment reconquérir l’emploi ? Comment diminuer la dette ? Comment réduire les inégalités ? Toutes questions auxquelles seul Biden tentera de donner des réponses. Une fois encore, la raison et la logique se heurteront de plein fouet à l’irrationnel. On l’a déjà vu quand le New York Times a annoncé que Trump n’avait payé que 750 dollars d’impôts en 2019, et n’avait rien payé pendant les années précédentes, ce qui a déclenché un scandale dans le pays mais a laissé de marbre l’électorat du président. Il faut dire ici que Trump sait déjà qu’il a perdu les élections du 3 novembre prochain. Et que les neuf dixièmes de ses manipulations lui sont dictées par la nécessité de sortir du guêpier dans lequel il s’est lui-même fourré. Il a fait, pour gagner, tout ce qu’il a pu : d’abord il reste ancré dans l’illégalité tant qu’il ne publie pas ses déclarations de revenus ; ensuite, il rejettera le verdict des urnes s’il lui est défavorable ; enfin, il désigne une juge conservatrice à la succession de la très libérale Ruth Bader Ginsburg, avec l’espoir de porter le résultat du scrutin devant la Cour suprême pour qu’elle avalise sa « victoire ».

Ne sous-estimons pas, toutefois, la solidité de Biden qui, cela n’a pas été assez dit, a gagné le premier débat, même si, emporté par l’indignation, il a donné deux ou trois noms d’oiseau à un adversaire qui en abuse. Le débat a apporté deux ou trois points supplémentaires à Joe Biden. Il doit donc continuer ce tournoi au sabre qui, certes, est dangereux, mais a de bonnes chances de transformer en triomphe, en voix populaires et en voix de grands électeurs, la victoire démocrate du 3 novembre. C’est important car, si Biden l’emporte de justesse, le résultat sera contesté par Trump, qui s’accrochera à son bureau comme un singe à son arbre.

RICHARD LISCIA

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Caldoches et Canaques

Le vote canaque
(Photo AFP)

Le référendum en Nouvelle-Calédonie s’est traduit par le maintien dans le giron français. La majorité qui a voté en faveur du maintien a diminué par rapport au référendum précédent. Le processus permet l’organisation d’un troisième référendum, ardemment réclamé par les partisans de l’indépendance.

EMMANUEL Macron, qui a accueilli la victoire du « non » avec une « profonde reconnaissance et avec humilité », a pris de nouveau l’engagement, inscrit dans les textes, de procéder à un troisième référendum qui dira, de manière définitive, si oui ou non, la Nouvelle-Calédonie devient indépendante.  Le président de la République gère avec honnêteté l’héritage procédurier que lui a laissé il y a longtemps Michel Rocard, dont la sagesse et la générosité ont toujours été saluées. Les Calédoniens blancs, ou Caldoches, veulent de toute évidence rester français. Mais leurs rapports avec les Canaques ont été marqués par des troubles et de la violence. De sorte que le référendum lui-même n’a rien résolu : tant qu’une petite moitié de la population de l’île reste mécontente, la tension ne diminuera pas.

Les écueils de l’indépendance.

Faut-il donc creuser le sillon jusqu’à l’indépendance ? Les précédents historiques, par exemple celui de l’Algérie, montrent qu’il n’est pas forcément juste de sacrifier les intérêts des Caldoches à ceux des Canaques, l’exode des premiers étant alors inévitable, pour autant que les Blancs (et ceux des Canaques qui ne réclament pas l’indépendance) acceptent d’aller en France. Contrairement à l’Algérie de 1962, la densité démographique en Nouvelle-Calédonie est faible (environ 270 000 personnes) et le rapatriement des Blancs poserait un problème logistique acceptable. Malheureusement, comme l’ont montré les actes de violence entre les deux communautés, les Caldoches, pour le moment, se sentent chez eux en Nouvelle-Calédonie et rejettent le projet des Canaques de vivre sur l’île en leur absence. Se pose également la question de la gestion d’un État indépendant exclusivement assurée par les Canaques qui ont, pour le moment, une efficacité administrative moins grande. De même que l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie qui, les premières années, ne saurait être livrée à elle-même et sans subsides, entraînerait, ipso facto, de puissants et coûteux accords de coopération  entre Paris et Nouméa.

Le sort des Blancs.

La comparaison avec la Corse est plus judicieuse que celle avec l’Algérie : même démographie, même aspiration d’une fraction du peuple corse à l’indépendance, même problème posé par une économie tenue à bout de bras par la puissance française. La politique française de l’Outremer n’a jamais brillé par ses succès économiques et politiques. Le système est à sens unique : nous n’avons pas mis au point un développement susceptible d’émanciper les indépendantistes, de sorte que le budget français est constamment sollicité par les besoins des territoires situés hors de l’Hexagone, ce qui crée des tensions entre ceux donnent et ceux qui reçoivent. Il y a longtemps que la France, et c’est heureux, a renoncé à ses ambitions coloniales, le colonialisme étant, selon M. Macron, un « crime contre l’humanité », ce qui est moins excessif qu’il n’y paraît. Au fil du temps, la France a compris que, plus elle se désengageait des territoires et mieux elle se portait. L’époque des appétits d’espace et de biens à confisquer est bel et bien révolue.  Maintenant, il s’agit d’une part de satisfaire les doléances des natifs, d’autre part de ne pas oublier que les Blancs sont aussi des Français qui méritent toute notre attention.

Le processus historique engagé par Rocard est lent et complexe. Malgré la sagesse qui l’a inspiré, son application est à la fois douloureuse et dangereuse. Le troisième référendum, en 2022, peut signifier la fin des aspirations indépendantistes. Il faudra alors s’en tenir à la légitimité du scrutin et gérer le mécontentement et une violence toujours possible. Certes, les Canaques estiment que leurs droits sont plus forts que ceux des Blancs. Mais rien ne leur interdit de reconnaître à ceux-ci un statut parfaitement identique au leur. Aucune fatalité n’empêche un Blanc d’être calédonien.

RICHARD LISCIA

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Trump et son Covid

Maladie électorale ?
(Photo AFP)

Le président Donald Trump et son épouse Melania ont été contaminés par le virus. Elle semble légèrement atteinte et n’a pas quitté la Maison Blanche. Le cas de son mari paraît plus grave car il a été admis à l’hôpital Walter Reed de Washington.

AVEC TRUMP, aucun événement n’est simple : il a marché jusqu’à son hélicoptère et encore gagné à pied sa chambre d’hôpital, donnant ainsi l’image rassurante d’un homme qui ne souffre pas et dont la vie n’est pas en danger. Ses médecins ont publié un communiqué succinct, de nature technique, sur un état de santé qui ne serait pas alarmant. Ce qui n’a pas empêché une « source anonyme » de diffuser un diagnostic beaucoup plus sévère dont les implications politiques sont considérables. Personne n’est obligé de croire cette version plutôt sinistre des faits. Force est de constater, cependant, que les médecins du président ont choisi le remdesivir, médicament déjà utilisé contre la pandémie, et le regeneron, association de molécules destinée à renforcer le système immunitaire. Les responsables de la communication à la Maison Blanche insistent sur le fait que, pour un malade encore en forme, les médecins ont choisi un traitement sérieux, susceptible de tuer dans l’œuf la charge virale.

Quel avantage ?

Tout cela est plausible et le président a réagi personnellement à l’information anonyme en faisant enregistrer, à l’hôpital, un discours dans lequel il a répété qu’il allait bien et qu’il avait beaucoup de choses faire, en gros rendre l’Amérique encore plus grande, avant de rendre son tablier. Ce qui a contraint les médias à adopter un ton beaucoup moins inquiétant sur les éventuelles conséquences politiques d’un séjour trop long à Walter Reed. On peut compter en revanche sur des faits certains : le président est âgé, il a 74 ans et il est en surpoids, proche de l’obésité, deux facteurs qui ne militent pas en faveur d’un prompt rétablissement. Et, comme pour tout malade du Covid, son état d’hier peut empirer. On mettra de côté la théorie de type complotiste selon laquelle la contamination du président serait fausse et annoncée uniquement pour lui offrir un atout de plus dans une campagne électorale qui ne tourne guère à son avantage. Il est difficile de croire ce scénario qui, s’il avait été écrit à la Maison Blanche, aurait été aussitôt démenti par d’autres sources anonymes. En revanche, on peut se demander de quelle manière M. Trump tirera un avantage de son état de santé.

Un démenti tonitruant.

Si tout va bien, il fera un retour triomphal à la Maison Blanche et se dira au mieux de sa forme.  Dans ce cas, il reprendra sa campagne. Il demeure que le Covid lui aura infligé bien plus qu’une maladie. Il a ajouté un démenti tonitruant à la théorie trumpiste d’un virus bénin qui ne ferait pas autant de morts et de blessés qu’on ne le dit (plus de 200 000 Américains sont décédés à ce jour de la pandémie). S’il est vrai que sa base électorale ne s’est jamais détournée de lui à cause de ses milliers de mensonges, le coronavirus est une affaire assez grave, sur les plans sanitaire et social, pour qu’une frange de la droite conservatrice s’abstienne. Cela améliorerait le score de son opposant démocrate, Joe Biden, qui, dans ce cas, achèverait Trump par K.O. Issue très souhaitable pour ceux qui craignent un match nul et un Trump accroché au fauteuil de son bureau Ovale.

La plupart des Américains n’ont pas lu « Ubu-Roi » ou « l’Irrésistible ascension d’Arturo Ui », mais ils ont vécu ces deux histoires en une fois et à leurs dépens. Il y a un moment où la dérision et le grotesque apparaissent clairement aux yeux de l’électeur le plus aveugle. Comme le disait Abraham Lincoln :  « Vous pouvez tromper tout le peuple une fois, mais vous ne pouvez pas tromper tout le peuple toutes les fois ». Cette ironie du sort qui a voulu que Trump tombe malade à cause d’un virus dont il n’a cessé de contester la nocivité sanitaire, économique et sociale montre les limites du personnage et met l’accent sur son incompétence. En politique, Trump a montré qu’il résistait à tout, à sa propre violence, à ses colères, à sa vulgarité, à son faible niveau intellectuel et à son cynisme, cet ennemi numéro un de la démocratie. Résistera-t-il au ridicule ? Ce n’est pas sûr, quoique les Américains nous aient habitués à des choix bizarres et, surtout, à leur indulgence pour le manque de transparence de leurs dirigeants. Nous-mêmes avons glosé sur les rapports entre Trump et le fisc, mais il aura commis une lourde erreur si ses bulletins de santé ont été manipulés. Les prochains présidents devront dire la vérité absolue sur leur santé.

RICHARD LISCIA

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Séparatisme : Macron s’explique

La vision de Macron
(Photo AFP)

C’est dans la matinée, aux Mureaux, dans les Yvelines, que le président annoncera les grandes lignes de son plan de lutte contre le séparatisme, l’appellation qu’il a choisie pour désigner le terrorisme islamiste.

CE PLAN, le chef de l’État le prépare depuis deux ans. Il a consulté les religieux, les politiques, les spécialistes de la loi de 1905 et il nous assure qu’il n’entend ni durcir les dispositions déjà en vigueur ni traiter le sujet, sans doute l’un des plus importants de l’époque, d’une façon flexible ou nonchalante. Il est difficile de dire que le terme de séparatisme est mieux adapté que islamisme politique à la sémantique des conflits religieux qui nous préoccupent. On se demande pourquoi, après avoir choisi Lunel, haut lieu de la formation des djihadistes désireux d’aller se battre sur les fronts syrien et irakien, M. Macron a préféré les Mureaux. Mais la vaste communication organisée autour de cette affaire ne semble pas indispensable à tout le monde. La loi de 1905 et celles qui font un délit des injures contre les femmes ou contre les juifs devraient suffire à nous offrir les armes de la dissuasion qui ne demandent qu’à être utilisées.

Ce que veut le pouvoir.

Il est vrai, néanmoins, qu’il est préférable de faire savoir que le gouvernement ne reste pas inerte face à un problème qui menace notre conception de la vie dans la cité, dans la République et dans le pays. Il est vrai que les apprentis sorciers du terrorisme doivent être prévenus. Les mesures de fermeture des mosquées où l’on dispense un enseignement subversif me semblent salutaires. L’exécutif a en tout cas exposé son plan au CFCM, organisation musulmane puissante, qui l’a approuvé. Il s’agit d’un exploit qui dégage l’horizon. L’aval du CFCM montre qu’en aucun cas les musulmans ne seront les boucs émissaires d’une opération qui serait destinée à les éloigner de leur pratique religieuse. Ce n’est ni le rôle de la laïcité, ni l’objectif des pouvoirs publics. Ce qu’ils veulent, c’est séparer l’islam de la politique, faire en sorte que le territoire français ne soit plus propice à l’organisation de complots contre notre sécurité. Cependant, depuis la recrudescence des attaques islamises en 2015, les gouvernements Hollande et Macron ont déjoué de nombreux attentats, ont fermé des écoles religieuses ou des mosquées et ont infiltré des réseaux en cours de constitution.

Une discrimination fine.

Bien que le sujet soit dans la première liste de nos priorités, le texte sur le séparatisme ne sera pas adopté avant la fin de l’année et ne sera pas présenté au Parlement avant le début de l’année prochaine. M. Macron a donc voulu faire aujourd’hui ce qu’il aime le mieux, s’expliquer sur ses intentions, qui ont certes besoin d’un moment de pédagogie, et montrer sa vision des choses. Il a insisté sur les précautions prises par l’Élysée et par Matignon pour que le nouveau texte soit compatible avec la Loi fondamentale. On sait donc que, en principe, il ne vas ni déclencher une bataille contre l’islamisme politique ni le laisser prospérer sur notre sol. Depuis que le terrorisme en France s’est transformé en mal endémique, je n’ai cessé de souligner qu’il faut respecter la très grande majorité des musulmans de France qui ne sont pas du tout tentés par une mésaventure. La répression est indispensable parce qu’il s’agit de vies d’innocents. Elle ne doit pas être aveugle. C’est parce qu’ils constituent une minorité que les musulmans, français ou non, qui vivent en France, doivent être protégés. Depuis que les terroristes ont pris les armes contre nous, nous sommes obligés de procéder à une discrimination fine entre ceux qui n’ont pas de remède contre la haine et ceux qui ne demandent qu’à être intégrés dans la société française.

RICHARD LISCIA

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