Mélenchon complotiste

Jean-Luc Mélenchon
(Photo AFP)

Chef de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a prononcé pendant le week end des propos que ne désavouerait pas le plus agité des complotistes : il affirme que nous allons assister à des attentats meurtriers à la veille de chaque échéance électorale, car, explique-t-il, de nombreux faits précédents l’ont démontré, notamment les crimes ignobles de Mohamed Merah qui ont été commis avant une élection présidentielle.

SI M. MÉLENCHON voulait attirer l’attention, il a été servi. Ses propos sont fâcheux à plus d’un titre : ils signifient que le terrorisme est au service d’un parti politique (lequel ?), il relativise l’intention des djihadistes, qui ne serait pas de déstabiliser la société française mais d’empêcher la gauche de gagner, et il se moque des victimes. Le tollé qui a suivi son discours a incité une de ses lieutenantes, Clémentine Autain, à le défendre. Il ne visait que l’extrême droite, dit-elle,  ce qui serait déjà très excessif car on ne décèle aucune relation entre celle-ci et les terroristes islamistes, et tout ce qu’il aurait dit ne consisterait qu’à établir une chronologie des coïncidences entre attentats et élections.

Fausses révélations.

De cette manière, Mme Autain sombre dans une analyse qui a pour effet flagrant de minimiser la gravité des attentats et la souffrance des familles. Nous savions déjà que la campagne électorale a commencé, nous n’avons pas imaginé qu’elle ferait émerger une série de discours irresponsables. Créer une relation de cause à effet entre actes terroristes et résultats électoraux revient à mettre en scène d’horribles officines du cynisme qui auraient l’oreille des djihadistes, alors que ceux-ci récusent toute complicité avec quelque parti ou mouvement ou organisation que ce soit. Le pire, dans ce genre d’accusation annoncée à la cantonade, c’est qu’elle est impossible à prouver. Il demeure que M. Mélenchon a cédé à la tentation de « révéler » des faits fort improbables, mais suffisants pour jeter le trouble dans l’esprit des électeurs.

Un label diffamatoire.

Sans doute son comportement est-il dicté par la panique : il ne peut absolument pas démontrer ce qu’il avance, mais il sait déjà avec certitude qu’il n’a pas la moindre chance de franchir le cap du premier tour de l’élection présidentielle. Il essaie donc de renverser un courant irrésistible en plaquant sur tous les non-insoumis et pas seulement sur l’extrême droite un label diffamatoire. C’est sa manière de riposter aux accusations d’islamo-gauchisme dont son parti et la gauche en général font l’objet. Il serait d’autant moins pro-islamiste qu’il considère les terroristes islamiques comme des ennemis au service d’autres partis que le sien. Tout cela est d’une gravité insigne et mérite, plus que l’indignation, l’action en justice. Les victimes du terrorisme n’ont pas fini de payer le crime après le sang versé : M. Mélenchon, et d’autres avec lui, laisse planer le doute sur les raisons pour lesquelles elles ont été tuées. C’est une double peine, avec en outre une confusion des valeurs plus qu’inquiétante : on dit partout qu’il faut se souvenir des crimes et génocides qui ont été commis, mais on passe son temps, ici et là, à en faire un propos d’estrade, comme s’ils pouvaient avoir une utilité quelconque pour qui que ce soit.

La volonté de mentir.

Fort du soutien de Mme Autain, M. Mélenchon est sans doute prêt à récidiver. Parlant de la crise sociale, il a déclaré également que 1 000 sociétés étaient en voie de liquidation. Ce matin, France Info est allé vérifier le chiffre et n’en a trouvé que 281. Le chef de LFI s’est contenté d’arrondir aux trois quarts supérieurs. Ainsi vont la vie politique et les mensonges qu’elle charrie. M. Mélenchon est un homme politique averti, cultivé, parfois animé par la colère, mais connaissant fort bien ses dossiers. S’il s’aventure dans des discours mal étayés par les faits, c’est qu’il le veut. L’amalgame entre terrorisme et extrême droite n’est rien d’autre qu’un flambeau pour rameuter ses troupes. Du coup, il tombe dans le piège qu’il n’a cessé d’éviter : celui de la confusion entre extrémistes de tout bord. Une chatte n’y trouverait pas ses petits.

RICHARD LISCIA 

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La panne de l’année

Stéphane Richard
(Photo AFP)

Les numéros d’appel aux services d’urgence et de secours (15,17,18 et autres) sont tombés en panne pendant près de 24 heures, ce qui a compliqué la tâche des urgentistes. Quatre ou cinq cas suspects de décès dûs au retard de l’aide réclamée font l’objet d’enquêtes.

LE GOUVERNEMENT a réagi sévèrement à cette panne totalement inédite et le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui se trouvait en visite officielle en Tunisie avec le Premier ministre, Jean Castex, a été contraint de rentrer prématurément à Paris. Théoriquement, la responsabilité de l’État n’est pas engagée puisque Orange est une société complètement privée, mais le sentiment qu’un service essentiel garanti par l’État n’a pas fonctionné pendant 24 heures a choqué la population tout autant que nos dirigeants qui n’avaient sûrement pas besoin de cet accident industriel.

Un florilège de conseils.

Le P-DG d’Orange, Stéphane Richard, a présenté ses excuses aux Français et s’est hâté de prendre des mesures visant au retour à la normale. Les commentaires de presse sont vifs et parfois cruels, avec un florilège de mesures qui auraient dû être adoptées mais ne le sont pas, comme la création d ‘un numéro unique qui mettrait fin au système actuel, un fouillis de numéros qui conduit nécessairement à l’erreur. D’autres suggèrent le doublement des lignes, ce qui permettrait d’empêcher une panne aussi brutale et longue. L’incident en lui-même, et bien qu’il y ait eu des décès, n’est sans doute pas la pire catastrophe qui risque de se produire, par exemple, une coupure d’électricité intempestive, comme celles qui se sont produites aux États-Unis, ou une panne ferroviaire généralisée. Si se produisent de tels incidents, tout le pays serait victime d’un progrès dont les fonctionnalités ne seraient pas suffisamment encadrées.

L’apport fabuleux du progrès.

Mais il est temps pour nous tous de nous réconcilier avec les aléas que ne cessent de nourrir les avancées scientifiques. Nous  disposons de moyens modernes dont n’évaluons pas assez le fabuleux apport : contacts immédiats avec qui vous voulez dans le monde, voyages transatlantiques en quelques heures, confort du foyer, frais l’été et chaud l’hiver, communication certes hypertrophiée mais instantanée. Nous avons le droit de nous référer au monde d’avant, à des loisirs plus bucoliques et plus paisibles, mais ne prétendons que nous pouvons nous passer des instruments contemporains de la communication et de la liberté d’expression. Vous ne liriez pas ces lignes si les ondes ne les portaient jusqu’à votre regard. C’est seulement un exemple de ce que vous pouvez faire si vous êtes assis devant votre ordinateur.

La science n’est pas perverse.

On aura tôt fait de politiser la panne de l’année et de situer les responsabilités sans doute là où elles ne le sont pas. Il y aura toujours un débat sur le verre à moitié plein et à moitié vide. Je suis, pour ma part, le premier à reconnaître que, en dépit de nos acquis technologiques, l’époque ne me convient guère et que j’aurais préféré naître un siècle plus tôt, avant la voiture, avant l’avion, avant le téléphone, avant l’ordinateur. On peut toujours rêver de la période romantique du dix-neuvième siècle, mais, en même temps, on ne peut pas échapper à celle-ci. C’est maintenant que les débats sont engagés, maintenant que nous sommes placés, par la force des choses, entre le meilleur et le pire et que, au fond, les progrès scientifiques ne sont pas porteurs de maux. C’est l’humanité qui les a détournés de leur vocation économique et pacifique.

RICHARD LISCIA

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Israël : une défaite de « Bibi »

Yaïr Lapid
(Photo AFP)

Chef d’un parti centriste, Yesh Atid, Yaïr Lapid a réussi à réunir une coalition politique représentant 61 sièges à la Knesset (Assemblée) avec le concours de huit autres partis dont un, Raam, est islamiste. Pour Benjamin Netanyahu, c’est la fin d’un règne qui a duré douze ans.

IL FAUT souligner que le but de la manœuvre n’était autre qu’une victoire sur l’ancien Premier ministre qui aura été au pouvoir au total pendant quinze ans, trois ans entre 1996 et 1999 et douze depuis 2009. L’objectif n’était pas secondaire dans la mesure où Netanyahu, surnommé « Bibi » par les Israéliens, a tout fait sauf rechercher un accord de paix avec les Palestiniens et livré plusieurs batailles contre le Hamas depuis que, en 2005, Ariel Sharon a ordonné l’évacuation des forces israéliennes, faisant de Gaza une base militaire liée à l’Iran et aux frères musulmans et d’où partent les roquettes. Mais l’ambition de M. Lapid est vraisemblablement limitée au départ de M. Netanyahu. Il n’y a rien, dans son passé, qui permette d’espérer la recherche sérieuse d’un accord de paix sur la base deux États vivant pacifiquement côte-à-côte. Tout au plus peut-on dire que son approche sera plus pacifique que celle de son prédécesseur.

Une coalition fragile.

Pour autant que sa coalition fonctionne. Le président Reuven Rivlin s’est réjoui d’un accord de coalition qui évite aux Israéliens de se rendre aux urnes pour la cinquième fois en deux ans. Mais la coalition hétéroclite bâtie par Yaïr Lapid est déjà branlante : elle compte en effet huit partis politiques, trois de droite, deux de gauche, deux du centre et un parti, le Raam, qui, merveille des merveilles, est islamiste. On devine sans effort ce que chacune de ces formations, dont l’agrégation doit être entérinée par la Knesset, aura à dire lorsqu’elle sera au pouvoir. Irradié par la grâce,  M. Lapid pourrait certes engager une négociation de paix, ce qui suffirait à faire chuter son gouvernement à cause d’une ou plusieurs défections de la droite.

La stature du héros ?

Personne encore n’a suggéré au nouveau et sans doute éphémère Premier ministre d’aborder la montagne par son flanc le plus escarpé et donc de s’attaquer au scrutin, la proportionnelle intégrale, qui a conduit à 25 ans d’apathie politique, ce qui a à la fois exaspéré les Palestiniens et contraint M. Netanyahu à composer des coalitions absurdes car pleines de contradictions idéologiques. Il est peu probable que les députés votent pour leur suicide, mais il faudra bien un jour en passer par là si Israël doit dégager une majorité capable de gouverner vraiment et de faire les réformes indispensables, depuis la paix tant attendue par les Palestiniens et par le reste du monde jusqu’au choix de la laïcité qui mettrait à l’abri du sexisme les femmes israéliennes, dont les devoirs sont multiples et les droits antédiluviens.  Pour tout dire, pour le moment, on ne voit pas en Yaïr Lapid la stature du héros capable de secouer son peuple, de fermer leur bec aux ultra-religieux, de dénoncer l’hypocrisie de la sécurité pour mieux maintenir les Palestiniens dans l’injustice. N’oublions pas que le plus récent épisode militaire a commencé avec l’éviction de quelques familles arabes de leurs logements à Jérusalem-Est, ce qui a déclenché les plus de 4 000 roquettes qui se sont abattues sur l’État juif.

Un besoin de gauche.

Il est vrai néanmoins que M. Lapid, à ce jour, n’a pas écarté la solution à deux États, qui a été suggérée à « Bibi » par Anthony Blinken, secrétaire d’État américain lors d’un voyage à Jérusalem. Il y a des résistances énormes à la paix en Israël, mais il y a aussi un contexte que la récente bataille avec le Hamas rend la guerre de plus en plus insupportable pour tout le monde. En dehors d’un autre mode de scrutin, Israël a aussi besoin de la gauche qu’il a perdue et qui a produit les Ben Gourion, Yitzhak Rabin et Shimon Peres. Face aux Palestiniens qui, parfois, demandent tout mais n’ont rien à perdre, Israël, qui a tout à gagner à la paix, doit échapper à l’influence des religieux car on ne peut rien faire de bon au Proche-Orient au nom de la religion. Il faut impérativement les écarter du pouvoir où ils jouent depuis longtemps un rôle maléfique. La plus grande faute qu’ait commise M. Netanyahu, c’est de n’avoir pas mis sa popularité au service de la paix, comme l’a fait Rabin, assassiné par un voyou de l’extrême droite qui refusait qu’Israël pactisât avec les Palestiniens.

RICHARD LISCIA

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La salut, c’est le Front républicain

Valérie Pécresse sur le terrain
(Photo AFP)

Valérie Pécresse était ce matin sur France Info. Elle y a exposé une stratégie électorale capable de redonner des ailes aux Républicains (LR), en excluant toute coopération avec la macronie.

CETTE EXCLUSIVE, censée ouvrir le chemin à une victoire de LR à la présidentielle, nous semble erronée. Mme Pécresse, assurée d’obtenir sa réélection à la présidence de la région Île-de-France, admet que Xavier Bertrand, candidat le plus plausible de la droite à la présidence de la République, pourrait être réélu à la tête des Hauts-de-France. Lui non plus ne souhaite pas devoir quoi que ce soit à Emmanuel Macron. Tous les deux se trompent, dans la mesure où Marine Le Pen représente un danger tangible et dont les vœux ne seront repoussés que si se crée une majorité des bonnes volontés. On n’en est pas là. La droite classique n’a jamais été aussi faible et divisée, ce qui fait peser sur l’avenir une menace très sérieuse. Traiter Macron comme un pestiféré, c’est signer la victoire de Marine Le Pen.

Les macronistes comptent.

C’est d’autant plus regrettable qu’il n’y a aucune raison de croire que le pays, dans son ensemble, souhaite être gouverné par l’extrême droite, composée en partie d’éléments irréductibles pour qui la protection des institutions n’est pas la première préoccupation. Certes, les régionales et départementales ressemblent de plus en plus à une répétition générale de la présidentielle, mais on ne peut pas effacer d’un trait de plume un mouvement qui, s’il a rencontré de lourdes difficultés dans l’exercice du pouvoir, continue de recueillir les suffrages d’une bonne fraction de l’électorat. Il est permis de dire que, sans les macronistes, aucune victoire des modérés ne sera possible.

La répression n’est pas la panacée.

Le problème du Front républicain, ce n’est ni les macronistes ni les électeurs. Ils ne souhaitent être gouvernés ni par l’extrême gauche ni par l’extrême droite qui, toutes deux, ont adopté des positions toujours anti-européennes, souvent pro-russes, et promptes, sous l’effet de la fréquences des actes violents dans le pays, y compris des attentats terroristes, à préconiser davantage d’autorité. Or nous devons lutter avec les moyens que nous offre la démocratie. Si nous nous en privons, non seulement nous ne sommes pas sûrs de réduire la fréquence des actes de violence mais nous risquons même une forme de représailles qui en augmentera le nombre.

La même aversion pour le RN.

Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ne se sont pas ralliés au discours dans lequel Guillaume Peltier, ténor de LR, s’est découvert des points communs avec Robert Ménard, maire de Béziers et apparenté RN. Ils insistent sur leur propre liberté de mouvement puisqu’ils ne sont même plus chez les Républicains. Ils pensent peut-être qu’en exposant leurs idées plutôt centristes, ils finiront par créer une majorité. Le chef de l’État leur a pourtant prouvé qu’il a commencé très tôt sa campagne électorale, qu’il annonce un projet par jour, qu’il est toujours doué de charisme, qu’il n’a en somme que 43 ans et que, si, dans quelques coins du pays, il soulève une forte antipathie, il a su, jusqu’à présent, rester le le garant de la stabilité politique en France. Le paradoxe est que, dans une période qui expose le désarroi de la droite classique et les divisions de la gauche et des écologistes, personne ne veut voir, y compris ces modérés que sont Bertrand et Pécresse, que Macron est leur ami naturel, idéologique, mû par la même aversion : celle que leur inspire le RN à tous les trois.

La vraie majorité.

Pendant plus de deux ans, depuis les gilets jaunes et avec la pandémie, tous les partis politiques ont cru que l’affaiblissement du président ouvrait un boulevard à leurs ambitions. Mais, d’une part, ce n’est pas ce que disent les sondages ; et d’autre part, les commentaires, toujours soucieux de ménager la chèvre et le chou, imaginent des scénarios qui orienteraient Emmanuel Macron vers la défaite. Elle n’est nullement hors de portée de ses adversaires. Mais ni Pécresse ni Bertrand ne sont les ennemis du président. Ils cherchent une voie où on ne saurait les accuser de pactiser avec lui et se présentent comme ceux qui vont casser la machine de la macronie. Le projet est vicieux parce qu’il est négatif. Il serait courageux de leur part de reconnaître ce qu’ils ont en commun avec le président et de laisser se produire une majorité qui ne manifeste pas, qui ne casse pas le mobilier des villes, qui n’incendie ni voitures ni autobus. Une majorité raisonnable, pacifique, assagie, celle qu’ils préconisent avec la même ferveur que Macron.

RICHARD LISCIA

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La droite fascinée par le RN

Guillaume Peltier
(Photo AFP)

Numéro 3 des Républicains (LR) et député, Guillaume Peltier vient de déclarer qu’il se voyait des affinités avec Robert Ménard, maire de Béziers, et apparenté Rassemblement national (RN). Une remarque qui n’a pas plu à ses collègues LR.

M. PELTIER s’est expliqué sur les conséquences de sa déclaration qu’il attribue entièrement à la nécessité de faire barrage, lors de l’élection présidentielle, à Emmanuel Macron. L’aversion que le président de la République inspire à la droite serait donc plus forte que la dérive idéologique largement entamée chez LR. Les protestations de Christian Jacob, président du parti et d’autres LR sont les bienvenues. Mais la fracture est béante : une partie de l’électorat LR est certes tentée de voter en faveur de Marine Le Pen au second tour, mais une autre partie veut se distinguer de l’aventure que serait l’élection de la cheffe du RN. M. Peltier a voulu certes se présenter comme un recours, ou un nouveau chef de bande capable de rassembler une droite en lambeaux, mais au prix d’un renoncement à quelques principes jusqu’à présent respectés par les gaullistes, ou plutôt leurs descendants, car on ne voit plus l’influence du gaullisme sur le comportement de ses prétendus héritiers.

Un maître penseur !

Guillaume Peltier a eu droit à quelques volées de bois vert lancées par ses amis. Le plus grave est qu’il a acté la scission du parti avant même qu’un candidat soit désigné et qu’un programme soit mis en place. On est donc en droit d’imaginer qu’il a surtout tenté de sortir bruyamment du lot et s’imposer à l’opinion comme une sorte de maître penseur. Il l’a fait sans grâce et en ouvrant la voie à un gouvernement qui serait dirigé par l’extrême droite, avec le soutien et la caution de la droite. Celle-ci serait d’autant plus associée et compromise avec le RN que, en dépit d’une gauche en peau de chagrin, elle ne parvient pas à trouver un candidat capable de franchir le cap du second tour. Elle ne donne pas l’occasion à l’électorat centriste, plus large qu’on ne croit, la possibilité d’élire un président qui représente bien ses idées. Elle semble saisie d’une telle épouvante qu’elle est prête à se livrer au RN avec armes et bagages.

Les affinités entre centristes.

La macronie offre pourtant une alternative à LR. Dans son action et dans son programme de gouvernement, il existe un vaste terrain à partager avec la droite. Si les Républicains constatent, comme ils ne l’ont pas fait, qu’ils  ne seront pas mûrs, l’an prochain, pour gagner les élections, ils doivent, effectivement, faire partie d’une coalition. Le choix de M. Peltier est solitaire. Il trouvera certainement des soutiens mais il ne saurait prétendre qu’il est adoré par l’électorat de LR. Au-delà de tous les calculs politiciens, le sien n’étant qu’un parmi d’autres, il faudrait se poser la question de l’éthique politique, celle-là même qui ne semble plus inquiéter grand-monde. Depuis longtemps, tout le monde se demande si le RN va absorber LR ou l’inverse. Il faut donner du temps au temps, comme disait Mitterrand. Le temps de la reconstitution d’un grand parti de droite doté d’une aile extrémiste n’est pas encore arrivé. M. Peltier ne se contente pas de paniquer en se jetant prématurément dans les bras de M. Ménard, il signe la reddition au FN, alors que ses amis veulent continuer à se battre.

Tout sauf Marine.

Il accentue le désarroi à droite même si, tous les sondages le prouvent, le rapport droite-gauche est de 60-40. Gauche et écolos sont éparpillés dans la nature et ne se rassembleront pas avant l’élection présidentielle, quoi qu’ils en disent : la multiplicité des candidatures chez les socialistes, chez les verts, au PC, à la France insoumise témoignent que les appétits personnels sont insatiables et qu’il n’y aura pas de sursaut unitaire. Il y a une autre façon de gagner : celle qui consiste à rassembler un parti naturellement majoritaire, un parti sans nom, qui est celui de la majorité silencieuse. M. Macron ne peut pas vaincre Marine Le Pen avec le score de 2017 : l’écart sera seulement de quelques points. Mais toutes les enquêtes d’opinion réalisés à partir d’aujourd’hui le démontreront : le seul qui puisse la battre, c’est lui. Et, faut-il l’ajouter, le « tout sauf Marine » doit être le mot d’ordre.

RICHARD LISCIA

 

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Mourir pour le Mali ?

Macron en Afrique
(Photo AFP)

Dans un entretien avec « le Journal du dimanche » (JDD), hier, le président de la République a menacé de rapatrier les troupes françaises engagées au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane si la junte  au pouvoir, qui a procédé à deux coups d’État en neuf mois, persiste à vouloir négocier avec les djihadistes islamistes.

LES DÉCLARATIONS du chef de l’État ne sont pas surprenantes. L’irruption des généraux maliens dans la gestion du pays a été contestée par la France qui en a dénoncé la légalité. En outre les cadres militaires ont une approche nouvelle de la longue crise provoquée par le terrorisme : ils envisagent d’ouvrir un dialogue avec les différents groupes qui menacent la stabilité de l’État malien. Deux problèmes s’additionnent : le premier est la longueur du conflit qui a commencé avec l’envoi d’urgence, en janvier 2013, d’une force française qui a repoussé une colonne terroriste. Celle-ci, après avoir occupé Tombouctou, s’approchait dangereusement de Bamako, risquant de balayer le pouvoir. La France n’est intervenue qu’à la demande du Mali. Nul ne pouvait prévoir que notre engagement dans ce pays africain durerait huit ans, avec certes quelques résultats sur le plan militaire mais sans avoir apporté la stabilité démocratique dont il a besoin pour se défendre contre des combattants venus de l’étranger.

Un malaise croissant.

Il en est résulté un malaise : de plus en plus, la population ressent la présence française comme une atteinte à sa souveraineté, alors qu’à aucun moment, les opérations de notre armée ne se sont dispensées de l’aval des autorités politiques à Bamako. Notre action militaire nous expose à des sacrifices : nous avons perdu plus de cinquante militaires en huit ans et Barkhane nous coûte environ un milliard d’euros par an. Il n’est pas question que de tels sacrifices soient consentis au détriment des relations entre Paris et Bamako et c’est pourquoi, non sans agacement, M. Macron s’est déclaré disposé à envisager un retrait de nos troupes.

Un échec.

Du point de vue politique, ce serait néanmoins un échec : Macron et François Hollande n’ont cessé de répéter qu’en se battant au Mali, nos troupes assuraient aussi la sécurité de la France et de l’Europe. Ce discours a gagné en force et en gravité tant que nous assurions la stabilité politique du pays. C’est le deuxième problème : la facilité avec laquelle les militaires ont mis à bas, deux fois en neuf mois, le pouvoir politique, leur prétention à se présenter comme les vrais représentants du peuple malien, les vains espoirs qu’ils nourrissent d’un dialogue constructif avec de multiples mouvements voués à mettre le Mali sous coupe réglée ont complètement désorganisé une stratégie qui, si elle n’a pas pu éliminer la subversion islamiste, l’a quand même cantonnée hors des grandes villes. Nous n’avons pas envoyé au Mali un corps expéditionnaire de plus de 5 000 hommes pour nous soumettre aux caprices de généraux parfaitement impuissants à éradiquer le terrorisme mais capables d’avoir des projets politiques dont l’idée centrale est de donner par la négociation ce qu’ils refusaient  de céder par la force.

Conséquences négatives.

Les conséquences d’un départ français seraient profondément négatives : il ouvrirait la voie à une invasion du Mali qui a été évitée de justesse il y a huit ans ; il menacerait d’effondrement toute l’Afrique occidentale ; il permettrait à une force islamiste installée confortablement à Bamako de faire des projets d’attentats en France et en Europe. Le gouvernement français souhaite vivement que les généraux s’effacent devant un pouvoir politique issu d’élections libres et exerçant démocratiquement la souveraineté du Mali. Nous n’avons jamais eu pour objectif de conquérir ne fût-ce qu’une parcelle du Mali. Nous y sommes allés pour protéger au contraire un système fondé sur les libertés et le droit. Cependant, il fallait tenir compte de l’usure produite par une présence trop longue de nos militaires au Mali : fatigue de nos soldats, lassitude d’une population prête à déceler des relents de colonialisme alors que nous avons lié leur sort au nôtre, incapacité des Africains de se défendre seuls, indifférence des Européens qui ne nous guère aidés dans la tâche protectrice que nous nous sommes attribuée et, en définitive, rôle néfaste d’une armée malienne impuissante contre les vrais dangers mais prompte à retourner ses moyens contre le pouvoir politique, et contre la France.

RICHARD LISCIA

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Rwanda : lucidité de Macron

Macron et Kagamé
(Photo AFP)

Sans présenter les excuses que d’aucuns, en France et en Rwanda, réclamaient à propos des responsabilités de la France dans le génocide d’il y a quelque trente ans, Emmanuel Macron, en visite à Kigali, a saisi la main tendue par le président Paul Kagamé et renoué les relations diplomatiques entre les deux pays.

LE CHEF DE L’ÉTAT avait le choix : ignorer, à la manière de Mitterrand, le rôle de l’armée française lors du génocide rwandais, soit l’admettre une bonne fois pour toutes, comme l’a fait Jacques Chirac à propos de la contribution de notre pays au génocide des juifs européens. Il a choisi la seconde solution et il lui a fallu du courage pour le faire. Il a été aidé par le rapport Duclert qui lui a dicté sa voie en soulignant les manquements de la France mais sans l’accuser de complicité du génocide. Et par le président Kagamé, qui a compris le changement d’orientation adopté par le gouvernement français actuel.

L’erreur de Marine.

Il s’est trouvé aussitôt un nombre excessif de détracteurs professionnels, qui se moquent du passé, sont tout entiers impliqués dans les campagnes électorales, et pour qui le mot responsabilité fait partie du vocabulaire des gouvernants qu’ils ne sont pas. Aussi bien, Marine Le Pen, d’ailleurs sans trop grande conviction, s’est dite lassée par la manie de la repentance, qu’elle voit comme une forme d’abaissement de notre pays. Ce en quoi elle se trompe lourdement. Derrière les débats, se profile un sujet sérieux, celui de l’innocence des nations. Il n’y en a pas. Que le pouvoir en place soit démocratique ou autoritaire, il y a fort peu de cas de construction nationale qui ne se soit pas édifié sur la violence, notamment parmi les plus grandes puissances, soit qu’elles ont conquis le territoire sur lequel vivaient d’autres peuples, soit qu’elles y ont installé des régimes totalitaires, soit qu’elles ont inscrit l’inégalité dans l’ordre des choses.

Les ressorts d’une conquête.

M. Macron n’est pas homme à se dérober quand il s’agit de qualifier les crimes : il est même allé un peu loin quand il a dit que la conquête de l’Algérie était un crime contre l’humanité. Mais au moins a-t-il dit la vérité sur un point précis : l’armée française n’a pas occupé l’Algérie pour délivrer et éduquer les masses populaires, elle l’a fait parce que le pouvoir français avait des objectifs mercantiles. Au XIXè siècle, rappelez-vous, la France, la Grande-Bretagne et d’autres cherchaient à étendre leur empire. La guerre, ce jeu sinistre, était livrée hors d’Europe, au détriment des peuples asservis. Comment pourrait-on croire le contraire, comment dire que nous avons volé au secours de peuples ignorants, comment imaginer que nous n’avons été guidés que par notre générosité ?

Vérité historique.

De sorte que, la vérité historique dominant toute autre théorie artificiellement fabriquée, l’énoncé des certitudes fonctionne à la façon d’une thérapie. On s’est senti guéri de la culpabilité liée au génocide des juifs et la repentance, systématique ou non, loin d’affaiblir la France, la renforce au contraire. Il est même possible d’ouvrir le livre de nos conquêtes et de nos crimes et de les expurger en les reconnaissant. Nous n’en serons pas moins forts, que les États-Unis par exemple, dont la puissance résulte du génocide indien et de l’esclavage (ou encore d’une guerre civile déclenchée par des Blancs, dont la statue du Commandeur actuel est Donald Trump) , ou que le Royaume-Uni dont l’empire a été construit par des expéditions militaires lointaines à l’étranger. Dans tous ces exemples, la parole est libératrice, voilà c’est dit et on se sent mieux. Vivre avec quelques squelettes dans son placard n’est pas une situation enviable. Et il est probable que la recherche de nos culpabilités passées n’est pas finie. Un ange diplomatique est passé enfin sur les relations franco-rwandaises, il est absent des rapports franco-algériens.

Le cas de l’Algérie.

Mais l’Algérie est un autre cas. Certes, nous y sommes allés sans invitation. Cependant, à la violence de la conquête, a succédé la violence du terrorisme, avec cette épouvantable surenchère dans la bataille, attentats contre des innocents, torture des terroristes ou exécution des ennemis à la faveur des « corvées de bois ». La repentance, si décriée par Mme Le Pen, n’est pas à sens unique. L’usage que les Algériens ont ensuite fait de leur indépendance, avec les horreurs commises par le djihadisme islamiste, a montré une spirale suicidaire dont le peuplea été la première victime. Nous en sommes à dire au gouvernement d’Alger : « Vous voulez en parler ? Mettons tout sur la table ». Un dialogue n’est pas un soliloque. Mais il serait bon qu’avec l’Algérie aussi nous nous délivrions de cette hypocrisie qui suinte de toutes les relations diplomatiques et que nous reconnaissions les exactions que nous avons commises. Macron a ouvert la voie.

RICHARD LISCIA

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Biden sur tous les fronts

Liz Cheney
(Photo AFP)

Joe Biden entre dans le vif du sujet : il rencontre des difficultés sur le front intérieur (il a été contraint de limiter ses dépenses) et sur le front extérieur : il ne souhaitait pas intervenir dans le conflit israélo-palestinien.

LES AMBITIONS du président des États-Unis ne sont pas à la hauteur de ses moyens : il dispose d’une majorité très mince au Sénat au sein duquel un démocrate, le sénateur de Virginie-Occidentale, Joe Manchin, refuse de se plier à la discipline de son parti. Ce qui est suffisant pour empêcher l’adoption par la chambre haute d’un des plans fiscaux les plus ambitieux de l’histoire américaine. Biden a déjà réduit de 650 milliards le projet pharaonique de quelque 4 000 milliards qu’il veut consacrer à son nouveau New Deal. Sa référence, en effet, est moins Obama que Franklin Delano Roosevelt. Au Sénat, il dispose d’une majorité de 50 voix (contre 50 pour les Républicains) portée à 51 par le vote de Kamala Harris qui, en tant que vice-présidente, est automatiquement présidente du Sénat. De sorte que, si Manchin fait un caprice, les plans de la Maison Blanche s’effondrent.

Majorité fragile.

En même temps, c’est une présentation des faits un peu caricaturale. Joe Biden a 40 ans d’expérience parlementaire et diplomatique. Il a su par le passé convaincre des adversaires autrement plus belliqueux que M. Manchin. Son retrait de 650 milliards de dépenses (sur huit ans et seulement pour des projets infrastructurels, dont l’étalement dans le temps sera moins douloureux qu’une diminution des aides à l’emploi) montre qu’il s’achemine, dans tous ses projets, vers le compromis, y compris avec les Républicains. Mais la partie n’est pas gagnée. En effet, Donald Trump, l’adversaire qu’il a expulsé de la Maison Blanche, a réussi à renforcer son pouvoir sur le parti républicain. Il dispose de fonds considérables et s’apprête à lancer la campagne des législatives de 2022. Il veut faire en sorte que les démocrates perdent la majorité au Congrès.

L’éviction de Liz Cheney.

Trump a écarté tout républicain susceptible de lui faire de l’ombre. Il a maille à partir avec le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, mais celui-ci est indéboulonnable. En revanche, il s’est offert le luxe d’ôter à Liz Cheney, numéro trois du parti, les fonctions qu’elle avait à la Chambre des représentants. Fille de l’ancien vice-président de George W. Bush, Dick Cheney, Mme Cheney n’est pas une gauchiste, c’est une élue qui se situe à droite, notamment sur les questions sociétales. Elle est seulement hostile au mythe trumpiste d’une « vérité alternative ». Non, a-t-elle déclaré fermement, Trump n’a pas gagné l’élection de nombre 2020. Elle a été trahie par les siens, ce qui montre clairement que, désormais, tout le parti est à la botte de Trump.

Trump reste très puissant. 

La persistance d’un mouvement trumpiste vaste et puissant conduit les commentateurs à faire de multiples réserves sur les chances de Biden d’appliquer la majeure partie de son programme. Il ne faut pas perdre de vue, cependant, que si, pour Trump tous les coups sont permis, le programme des démocrates (hausse des impôts pour les plus riches et nouvelles mesures sociales) est au service de l’électorat le plus pauvre qui, jusqu’à présent, pensait que Trump était un bon président parce qu’il savait gagner de l’argent en tant que businessman. Cet électorat peut changer de point de vue l’année prochaine car c’est pour son intérêt que sont mises au point les mesures de Biden.

Des Insoumis américains.

On insiste aussi sur la fronde des démocrates de gauche. De Bernie Sanders à Alexandra Ocasio-Cortez, ce sont, en quelque sorte, les Insoumis de Biden et ils ont pris prétexte du conflit Israël-Hamas pour réclamer au président une politique plus stricte à l’égard d’Israël et plus compassionnelle à l’égard des Palestiniens. Le chef de l’exécutif, agacé par Benjamin Netanyahu qui l’a obligé à réitérer son soutien au droit d’Israël de se défendre,  a assez d’expérience pour caresser ses gauchistes dans le sens du poil. Et peut-être leur faire remarquer qu’ils ont sur le conflit israélo-palestinien une grille de lecture qui n’est pas la bonne. Il y a au Proche-Orient un conflit militaire, puis religieux (ce qui en soi est déjà un désastre puisqu’on n’arrive jamais à un  résultat par la religion), mais il ne s’agit pas d’une crise raciale. Jusqu’à présent, juifs et musulmans vivaient en  bonne intelligence ; il est impossible de distinguer un juif séfarade d’un arabe ; de très nombreux Noirs venus d’Éthiopie, ou leurs enfants, se sont intégrés à la société israélienne. Israël n’est pas un pays où l’on doit crier « Black lives matter ! », les vies noires y comptent déjà.

RICHARD LISCIA

 

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De l’usage de l’étoile jaune

Étoile jaune
(Photo AFP)

Certains de nos concitoyens, réfractaires au passe sanitaire, dont ils estiment qu’il rend la vaccination obligatoire, ce qui n’est pas vrai, ont sombré dans une furie alarmante : ils préconisent le port de l’étoile jaune, jadis réservée aux juifs sous l’Occupation, pour lutter contre ce qu’ils croient être un diktat gouvernemental.

CES GENS-LÀ, qui n’ont jamais subi la moindre discrimination, se livrent en public à une triple besogne mortifère : ils relativisent la pratique de l’étoile jaune. Sous l’Occupation, les juifs auraient été contents d’être seulement vaccinés contre une pandémie et non broyés par une machine de guerre ; il n’y a aucune comparaison possible entre l’extermination des juifs par les nazis et l’interdiction d’aller au restaurant si on n’est pas vacciné ; et la confusion des époques entre la Seconde Guerre mondiale et la France d’aujourd’hui représente un amalgame propre à dérouter les esprits. Sur la vague, très médiatique, des récriminations dans les réseaux sociaux, caracolent des hommes ou des femmes un peu connus, qui profitent de leur notoriété pour en rajouter une couche. C’est très inquiétant parce que les Français juifs ont toutes les raisons de se demander ce qu’ils viennent faire dans cette galère.

L’ignoble sortie de Bigard.

Il n’est donc pas négligeable que l’humoriste Jean-Marie Bigard, sans doute éméché, ait pris à partie l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, sur laquelle il a déversé des monceaux de haine dans le langage de gougnafier qu’il affectionne et que la décence m’interdit de reproduire ici. Non seulement il lui a attribué des épithètes que seuls prononcent les pires antisémites (ce que l’on savait vaguement de lui, même si on ne lui accordait aucune attention), mais il a ajouté : « Crève, c… ».  Une de ses spectatrices lui a demandé de baisser d’un ton, il est reparti de plus belle. Pour lui, le passe sanitaire est un spectacle. Quel sombre crétin ! Peut-être le lecteur mesurera-t-il l’ignominie de cet homme s’il apprend qu’Agnès Buzyn est la fille de parents déportés qui ont survécu à la Shoah. Vous avez tout le temps de méditer sur l’élégance du personnage qui ne fait d’ailleurs rien au hasard, essaie de retrouver son audience par des excès de langage, et se croit peut-être en compétition avec Dieudonné qui, par comparaison, pourrait passer pour un arbitre des bonnes manières. L’aspect anecdotique de cet épisode, dans la longue histoire des horreurs sémantiques et des agressions d’un groupe contre un autre, ne saurait être passé sous silence. Il montre la chute du respect que nous nous devons les uns aux autres, le désir de plus en plus répandu de faire « mieux » que les autres dans la recherche de la provocation et le succès consternant d’un art oratoire dévoyé.

Eaux usées.

D’aucuns rechercheront les moyens que le droit français met à la disposition de la magistrature pour punir la pollution du dialogue par les eaux usées des égouts. Le plus simple consisterait à identifier les porteurs contemporains d’étoiles jaunes et à les vacciner sans autre forme de procès. On pourrait aussi leur faire payer la dose. Ou mieux, on pourrait créer un centre d’accueil à Drancy et les y envoyer pour qu’ils prennent quelques cours d’histoire. On n’en a jamais fini avec la bête immonde et on est autorisé à observer 2021 sous les traits de 1940 ; les non-vaccinés sont menacés par le Covid, les antisémites d’il y a quatre vingts ans bouillaient d’une haine si maladive qu’ils méritaient un traitement, mais ils croyaient qu’il fallait éliminer les pelés et les tondus qui furent exterminés dans les camps de concentration.

L’ombre de la croix gammée.

Que Bigard ait choisi de sombrer dans une telle abjection, c’est son affaire. Dans sa recherche d’un public qui commence à se détourner de lui, il veut maintenant projeter une image si provocatrice qu’il pourrait garnir quelques salles de spectateurs dérangés. J’ajouterais que son humour envoie les auditeurs vers les larmes plutôt que vers le rire si je ne savais qu’il y a des gens qui aiment ça. Rien n’est impossible : on a parlé de lui  comme candidat à la présidence de la République, ce joyeux drille s’y croit peut-être. Ce serait magique : le président de la France des palefreniers juché sur un volcan crachant à n’en plus finir des torrents de lave brûlante. Tout ce qu’il nous faut pour prendre un nouveau départ.

Nous voici dans une période où nous n’en avons pas fini avec les actes et les crimes antisémites et où quelques pervers réécrivent l’histoire pour en faire un usage délétère. Nous sommes quelques-uns à être nés sous l’ombre de la la croix gammée et à en distinguer le dessin dans le discours d’un certain nombre de nos concitoyens, comme si, au soir de notre existence, nous étions condamnés à comprendre que, au fond, rien n’a changé et que la bravoure de ceux qui sont morts pour la liberté de tous les autres aura abouti à un sacrifice presque inutile. À l’heure où l’environnement devient la priorité nationale, la tâche est rude : il faut aussi nettoyer au Kärcher la bouche de certains humoristes.

RICHARD LISCIA

 

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Poutine teste l’Europe

Roman Protassevitch
(Photo AFP)

Si Vladimir Poutine souhaitait savoir comment l’Union européenne réagirait à l’arraisonnement d’un avion civil dans l’espace aérien de la Biélorussie, il a été servi : les Européens ont condamné l’action rocambolesque du dictateur bélarus, Alexander Loukachenko, et annoncé une série de sanctions contre son pays.

M. LOUKACHENKO, en effet, ne peut pas avoir commis cet acte de piraterie internationale sans l’aval du Kremlin. Au moins quatre de ses agents sont montés dans un appareil de Ryan Air, où ils surveillaient une jeune journaliste et dissident biélorusse, Roman Protassevitch, et sa compagne, Sofia Sapega. Au moment où l’avion, parti d’Athènes en direction de Vilnius et passait dans l’espace aérien biélorusse, un avion militaire a informé le pilote d’une alerte à la bombe et l’a obligé à se poser à l’aéroport de Minsk où M. Protassevitch a été arrêté. Quelques heures plus tard, il apparaissait devant les journalistes, se livrant à un  mea culpa misérable où il reconnaissait qu’il avait agi d’une manière hostile contre le régime et affirmait qu’il allait bien. Ces aveux extorqués n’ont trompé personne, ni parmi les amis du jeune homme, ni en Europe. Ils sont le produit d’une des techniques les plus connues du KGB, qui consiste, par la force, à entraîner leur victime dans un parcours infernal d’humiliation et d’auto-flagellation.

Retour à la guerre froide.

L’épisode n’est pas seulement scandaleux. Depuis l’année dernière, la réélection de M.Loukachenko avec les résultats d’une république bananière a déclenché une révolution que le dictateur s’est contenté de réprimer avec une brutalité exceptionnelle, faisant de son pays « la dernière dictature européenne ». Tous les éléments de la vieille bonne guerre froide sont inclus dans cette histoire. La présence à l’étranger de gros bras qui surveillent les dissidents, l’invention d’un mensonge, l’alerte à la bombe, propre à nourrir un dessein spécifique, la violence de méthodes qui mettent en danger des civils innocents et fort peu adaptées au cas singulier de M. Protassevitch. L’adoption de nouvelles sanctions contre la Biélorussie, la suspension de tout vol européen au-dessus du territoire de la Biélorussie, l’unité et la rapidité de réaction dont ont fait preuve les États-membres de l’Union européenne ne suffisent pas. Idéalement, il faut obtenir la libération du journaliste dissident et de sa compagne, et la mise en place d’élections nouvelles contrôlées par l’ONU. Il est peu probable que les diplomaties du Traité atlantique y parviennent, dès lors que Poutine et Loukachenko ont montré les dispositions belliqueuses auxquelles nous avons assisté. Mais il faut, avant tout, qu’ils se rendent compte que, cette fois, ils sont allés trop loin.

Ta loi et la mienne.

Or, à les entendre commenter l’événement avec un remarquable sang-froid, on relève qu’il y a deux lois internationales : celle qui s’inspire du droit et celle qui est fondée sur les services secrets et l’armée. Il est cependant curieux que Poutine, embarrassé par les provocations de son ami biélorusse, alors que ses relations avec les États-Unis se sont quelque peu détendues, ait, pour cette occasion, concouru à son projet. Mais, de toute évidence, le diable ne sait faire que des choses diaboliques. Ce qui fait la gravité de cet épisode dans la lignée des tentatives d’assassinat et assassinats de dissidents russes, c’est le choix, en toute circonstance, de la force pure et simple. M. Loukachenko, bien sûr, n’est encore au pouvoir que parce qu’il a le soutien de Poutine. Mais il dirige une coquille vide. Si beaucoup de dissidents sont en prison et d’autres à l’étranger où ils conspuent Loukachenko tous les jours, l’affaiblissement moral du pays est surtout celui du régime. Le coup de force est un symptôme supplémentaire d’affaiblissement et souligne la nécessité d’un grand chambardement en Biélorussie. Ce que les manifestations de l’an dernier n’ont pas réussi à faire, l’arrestation de M. Protassevitch le fera peut-être.

En tout cas, la preuve vient d’être fournie que l’Union européenne sait serrer les rangs devant une menace sérieuse, en dépit des liens que Viktor Orban, le chef de la Hongrie, entretient avec Poutine. Sa réaction a été vive et unitaire. Personne ne souhaite en arriver à la guerre avec la Biélorussie et encore moins avec la Russie. Mais il est absolument certain que Poutine et Loukachenko ne sont pas d’accord sur tout et que le maître du Kremlin préfèrerait que celui de Minsk ne lui mette pas des bâtons dans les roues. L’accumulation des sanctions occidentales commencent à peser sur des économies qui ont moins besoin de frictions avec l’étranger que de commerce et de gros sous.

RICHARD LISCIA

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