Un citoyen corvéable

Au supermarché
(Photo AFP)

Environ quatre millions et demi de contribuables se sont précipités hier pour faire leur déclaration de revenus en ligne, ce qui a provoqué une panne générale, de la panique, l’affolement. Les services fiscaux ont vite fait de rétablir le système et le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin a donné deux jours de plus aux retardataires.

L’INCIDENT est bénin et je dois dire, avant toute chose, que les impôts savent réparer leurs erreurs, lisent les messages que leur envoie le contribuable, se conduisent en parfaits libéraux. Il se trouve cependant que, ignorant les malheureux vieillards cacochymes, les illettrés et les allergiques à Internet, M. Darmanin a juré de contraindre la totalité de la population française à déclarer en ligne dans un délai très court, sans doute l’année prochaine. C’est le nouveau monde, la jeunesse, la vitalité, l’avenir.  Mais c’est aussi, comme dans beaucoup de domaines, une manière de réduire le nombre de fonctionnaires et de faire faire par le consommateur le travail pour lequel quelqu’un devrait être payé. Je n’ai pas encore lu de loi qui m’oblige à savoir me servir de mon ordinateur. L’autre jour, j’avais un problème avec le courrier et le dépanneur téléphonique n’a pas cessé de me gronder comme un enfant de six ans, de me reprocher mon ignorance et de s’adresser à moi dans le langage des bébés comme si j’étais un demeuré.

Suprématie de la caissière.

Cela fait des décennies que nous payons l’essence de plus en plus cher sans obtenir le moindre service. À nous de nous servir à la pompe, à nous de payer, à nous de laver la voiture, à nous de regonfler les pneus. Au supermarché, on a installé des caisses automatiques, très utiles quand les clients font la queue, mais d’un maniement qui exige parfois des connaissances trigonométriques (j’exagère à peine). Le pire c’est que devant les caisses trône une surveillante qui vous observe avec suspicion, l’idée étant que vous êtes beaucoup plus malin que bête et que vous n’êtes venu que pour voler. C’est très humiliant pour le consommateur honnête qui voudrait bien qu’on le traite avec les égards dus aux personnes qui créent des emplois. Je n’ai jamais senti la moindre reconnaissance chez les caissières de supermarché, elles semblent toutes penser que si j’arrêtais de consommer, elles auraient moins de travail, sans se douter qu’à en avoir moins, elles risquent de le perdre.

Beaucoup de métiers en un seul.

Professionnellement, c’est un peu pareil. Les journalistes qui croient que leur métier, c’est de rapporter et d’écrire, se trompent. Ils ont désormais la tâche de corriger, de choisir les illustrations, de les télécharger et de les mettre en page. Bien entendu, ces systèmes créent des circuits courts au sein desquels des hommes et des femmes doivent être capables de tout faire, peut-être d’aller vendre leur journal le soir à la criée dans les rues de Paris et où les vieux journalistes, comme moi, rencontrent des « bugs » qu’ils ne savent pas éliminer, attirant sur leur personne le regard consterné de leurs collègues qui les croient sortis de Normale quand ils n’ont besoin que d’apprendre l’informatique. Et puisque je m’adresse à des médecins, j’ajoute que j’ai beaucoup de peine à obtenir mes rendez-vous, de sorte que je suis tenté par l’auto-médication, exercice interdit car dangereux. Ingénieur, pompiste, caissière de supermarché, programmateur informatique, j’en ai des métiers. Malheureusement, je les exerce très mal, on me croit débile ou sénile. Du coup, personne ne dit que mes articles sont intéressants.

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Wauquiez s’en va

le résultat logique de la défaite
(Photo AFP)

Les partis politiques ont salué la démission de Laurent Wauquiez, président des Républicains, dimanche soir à la télévision. Il a pris le temps d’y réfléchir et il s’y est résolu avec dignité. Les candidats à sa succession sont nombreux, mais LR doit comprendre deux choses : que la reconstruction d’un parti prend beaucoup de temps et que le choix d’un candidat est aussi celui d’un programme.

LA DÉROUTE de LR ne résulte pas en effet de la seule personnalité de Laurent Wauquiez. Sa première cause est que sa direction n’a pas compris qu’elle avait une responsabilité non pas envers le Rassemblement national et ses idées délétères, mais envers ses propres électeurs, lesquels comprennent un grand nombre de centristes, peu séduits par les extrêmes. Elle n’a pas compris non plus que, si le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des Français, l’écologie est devenue la deuxième. Elle n’a pas compris que le reflux de l’immigration en Europe a déjà affaibli le mouvement identitaire, sans compter que, dans ce domaine, LR ne battra jamais l’extrême droite dont elle continuera, à s’obstiner ainsi, à nourrir les rangs.

Les successeurs possibles.

Les centristes, en France, sont plus nombreux que ne le montrent les mouvements qui prétendent les représenter. Ils sont au MoDem, certes, ils sont à l’UDI, ils sont aussi à la République en marche. Mais s’il y avait un mouvement centriste avec un programme comprenant une forte dose d’écologisme et une autre dose de compassion pour les classes moyennes, avec un leader charismatique, il rassemblerait bien un tiers des suffrages. Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, François Baroin pourraient-ils devenir le nouveau patron dont LR a besoin ? Bien sûr. On ne choisira pas à la place des militants, mais il faut écarter les idées dangereuses.  Un Républicain envisageait ce matin que LR fît appel à Nicolas Sarkozy. C’est un retour au passé, non que l’ex-président ne soit devenu, dans l’oisiveté, très populaire, mais il devrait, pour incarner le leadership, réviser ses dossiers. LR souffre de ne plus être l’UMP, c’est-à-dire un mouvement qui rassemble des gens dont la droite est la référence et une touche de centrisme ou de gauche la personnalité.

Le chemin le plus long.

Pour le moment, et parce que les élections générales de 2017 l’ont largement prouvé, la REM semble séduire ces électeurs effrayés par l’autoritarisme de Jean-Luc Mélenchon, par l’inspiration néo-fasciste de Marine Le Pen et par des LR qui, en quelque sorte, auraient dû reprendre à leur compte le slogan « en même temps ». Pour qu’un parti prospère, il doit ouvrir ses portes à quasiment tout le monde, à la droite modérée, au centre, à la gauche modérée sur la base du respect des institutions (après tout, les Républicains sont les descendants des gaullistes), du patriotisme et de la réforme. La tâche de LR se révèle aujourd’hui d’autant plus compliquée qu’il existe un parti rassembleur qui s’adresse à des tendances opposées, c’est la REM. La démission de M. Wauquiez ne saurait résoudre à elle seule le problème d’un parti qui, au fond, et malgré son expérience, cherche son identité. Le mouvement de M. Macron n’a ses chances que parce que, même s’il gouverne dans le désordre, il gouverne, et il apprend. Il a donc appris qu’il était réformiste, de tendance libérale, qu’il penchait à droite alors qu’il voulait s’adresser aussi à la gauche. Il peut encore modifier sa trajectoire et quoi qu’il en soit, il a sur LR quelques coudées d’avance.

Le Pen n’est pas rassurante.

Accablé par à peu près tout le monde, vilipendé, harcelé chaque jour, considéré comme le seul épouvantail à abattre dans le paysage politique français, M. Macron n’a pas perdu une once de sa superbe. Le voilà dans tous ses atours : gaulliste en majesté, de droite,  plus libéral que social, mais avec la ferme intention d’aller grappiller des suffrages à gauche, plus écologiste que lui tu meurs, et muni de deux ans de mandat utiles qui lui permettent théoriquement d’achever les grandes réformes qu’il a commencé à mettre en place. La presse et les oppositions, si promptes à le diminuer, devraient se rendre compte, au lendemain de ces élections européennes, qu’il dispose d’un socle électoral capable, une fois encore, de battre Marine Le Pen. La vitalité du macronisme est d’autant plus étincelante que Macron a probablement commis le plus grand nombre d’erreurs que peut faire un président en exercice. Deux éléments expliquent cette suprématie d’autant plus inattendue que l’on craignait dimanche dernier un écart plus grand entre le RN et la REM.

Un Français sur trois.

Le premier élément c’est que depuis vingt ans, sous Jean-Marie ou sous Marine, le Front, puis Rassemblement national n’a jamais rassuré l’opinion, qui défend farouchement les principes démocratiques et républicains. Le deuxième élément, c’est la force du programme : si la crise des gilets jaunes a perdu de son intensité, c’est parce que les revendications raisonnables qu’ils ont exprimées ont été satisfaites. Du coup, ils se sont placés globalement dans une situation intenable. Ils ne peuvent pas continuer à réclamer la démission du président et la dissolution de l’Assemblée. La politique des folles illusions bénéficie certes d’un soutien dans l’opinion : un Français sur trois. C’est le plafond. Les deux autres tiers, quand ils auront le choix, voudront, comme en 2017, éloigner le danger.

RICHARD LISCIA

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Au secours de « nos » djihadistes

Jean-Yves Le Drian
(Photo AFP)

Plusieurs djihadistes français ont été condamnés à mort en Irak, ce qui a aussitôt entraîné l’inquiétude de tous les mouvements qui militent en faveur des droits de l’homme. Peu enclin à les recevoir sur notre territoire, ne fût-ce que pour qu’ils y purgent leur peine, le gouvernement est embarrassé.

UNE JUSTICE équitable est au cœur de la démocratie. L’affaire en question ne saurait donc être traitée d’un revers de la main. Le gouvernement, notamment le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, excipe de la régularité des procès intentés par la justice irakienne aux djihadistes de nationalité française et il s’est empressé de rappeler à Bagdad qu’en France la peine de mort n’existe pas. Jusqu’à présent, les Irakiens se sont gardés d’appliquer la condamnation à mort à qui que ce soit. Selon certaines informations, ils ne seraient pas hostiles à l’idée de commuer la peine en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes. La somme porterait sur deux milliards d’euros pour tous les condamnés à mort, ce qui n’est pas une bagatelle.

Le cas spécifique des djihadistes d’Irak.

Nous avons tous un devoir collectif envers les gens qui ont notre nationalité. C’est pourquoi je me suis élevé avec force contre le projet Hollande de déchéance de la nationalité pour les Français qui ont choisi le terrorisme. J’y voyais une intrusion dans un système considéré comme impénétrable : vous êtes français, vous le restez à jamais et vous êtes jugé, à l’occasion, en tant que citoyen de nationalité française. Le projet consistait au contraire à ne pas garantir la pérennité de la naturalisation. Ce principe est-il identique au cas des djihadistes français ? Non, parce qu’ils ont été jugés en Irak, et pas en France. Non, parce qu’ils ont bafoué, injurié, sali leur nationalité. Parce qu’ils sont devenus les ennemis déclarés de la France, parce qu’ils ont assassiné nombre de leurs concitoyens, parce qu’ils ont probablement battu tous les records de cruauté, de violence, de complaisance maladive pour l’horreur. Nous pouvons douter de l’intégrité des juges irakiens (certains procès auraient été bâclés), mais nous ne pouvons pas réclamer l’application des lois françaises en Irak ou en Syrie.

L’indescriptible réalité du terrain.

Si l’on tient compte de la nature des crimes commis, le débat n’aurait pas lieu, car il est déconnecté de quelques réalités accablantes. Sur ces terres de crimes et de sang que sont les pays du Proche-Orient, l’abolition de la peine de mort ne peut passer que par le retour au calme des sociétés, la fin des idéologies totalitaires ou suicidaires, l’avènement du droit. C’est quand il n’y aura plus de danger d’être pris en otage, abattu dans la rue, déchiqueté par une explosion, torturé pour rien, battu pour l’exemple ou un plaisir machiavélique, enlevé, violé, réduit à l’esclavage, déshumanisé, qu’une société irakienne ou syrienne pourra enfin adopter une loi fondamentale et des droits de l’homme exigeants. Français ou occidentaux, nous gardons nos principes arrogants en nous souciant davantage des assassins que de leurs victimes. C’est pourtant, les Yézidis, les Kurdes et d’autres encore qui ont subi les pires atrocités et pour la cause desquels nous n’avons pas vu beaucoup de cœurs s’embraser. Or il y a les principes, et il y a la réalité. Et celle-ci nous rappelle que, lorsque l’irréparable est commis, il y a rien qui puisse rendre sa vie à un mort, le reste de son existence à un enfant, sa dignité à une femme violée, une fois, des centaines de fois.

Ces assassins, abandonnons-les à leur sort. Ils ne méritent pas une once de la sollicitude que nous n’avons pas vraiment accordée à leurs victimes. Dans le fatras de nos devoirs et obligations, faisons enfin le tri afin de ne pas plonger dans le pire : l’injustice au nom de la justice. Les juges les plus sévères, munis des lois les moins démocratiques, ne réparent jamais le crime.

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Le blitzkrieg macroniste

Michel Barnier
(Photo AFP)

Une des particularités de la politique d’Emmanuel Macron s’appelle « battre le fer quand il est chaud ». On ne peut pas dire que la température soit très élevée depuis le scrutin des européennes, mais le chef de l’État fait comme s’il n’avait pas une seconde à perdre.

SUR LE PLAN intérieur, le clan « Agir », anciens républicains ralliés à la République en marche, annonce, par la voix de Frank Riester, qu’ils vont demander à tous les élus centristes de rallier le camp de la majorité. C’est une sorte de lancement de campagne par effraction, mais c’est aussi la leçon que M. Riester tire des élections de dimanche dernier : le vote d’une partie de la droite en faveur de la REM indiquerait que les Républicains n’auraient pas dans l’immédiat l’espoir de reconquérir leurs territoires. Si, contrairement à ceux de LR qui ont rejoint le Rassemblement national, ils veulent conserver une chance de voir leurs idées traduites dans la réalité, ils doivent prendre leur courage à deux mains. Ce n’est pas fair play, mais c’est la réponse du berger à la bergère : la droite classique n’ayant cessé de harceler le pouvoir en créant des scandales, en dénonçant avec une virulence grotesque ses initiatives, en dressant de la situation politique en France un tableau sinistre, la REM répond : que le meilleur gagne.

Barnier seul contre tous.

Sur le plan européen, Macron exige que le prochain président de la Commission européenne soit un Français. Angela Merkel veut un Allemand. Le froid franco-allemand se transforme en affrontement. La chancelière pense à Manfred Weber, rompu au travail européen, mais qui n’a jamais été membre de la commission. En lice, le Belge Frans Timmermans et la Danoise Margrethe Vestager, également d’excellents candidats, mais il se trouve que Michel Barnier a acquis une envergure exceptionnelle depuis qu’il a conduit la négociation sur le Brexit. Macron est un Don Quichotte qui s’engage dans beaucoup de batailles. Il en perd quelques-unes, mais pas toutes. Par un nationalisme un peu rétrograde, tous les Français sont en faveur de M. Barnier, mais avec de bonnes raisons : c’est un formidable négociateur, qui, d’ailleurs n’est pas un macroniste mais un gaulliste. Si, par extraordinaire, il était désigné à la tête de la Commission, le président de la République aurait un allié dans la place pour la réforme tant attendue des institutions européennes.

Risque de conflit entre PPE et centristes.

Réforme dont Mme Merkel ne veut pas entendre parler parce qu’elle est très contestée dans son pays et qu’elle cherche surtout à ne pas faire de vagues, alors qu’il faut évidemment un système en béton pour protéger les pays membres contre une nouvelle crise financière toujours possible et se lancer dans une politique sociale beaucoup plus généreuse. On voit ainsi que le danger ne vient pas de l’extrême droite européenne qui, en dépit de ses succès aux élections de dimanche dernier, n’aura pas un poids suffisant pour orienter la refondation de l’Union, mais d’un possible conflit entre la droite conservatrice, logée au PPE, parti populaire européen où siègent également les Républicains français, et ce nouveau centre réformiste dont M. Macron a favorisé l’avènement.

Le président peut échouer dans toutes ses tentatives. Il a gagné du temps grâce au délai d’un mois que les Européens se sont donné pour choisir un président de la Commission. Il ne lui sera pas facile de convaincre les États-membres qu’un Français mérite le poste ; il ne lui sera pas facile de damer le pion à la droite classique lors des municipales. Ses adversaires ne sont pas des bras cassés et ils disposent de ressources humaines et de talents que la REM n’a pas forcément. Mais les élections européennes, au delà de la confirmation de la suprématie de l’extrême droite française, ont montré très clairement l’ascension de l’écologisme comme mode d’action politique et un soutien à ce réformisme qu’incarne Macron.

J’ajoute que l’éparpillement des suffrages français en une foule de micro-partis pose la nécessité des rassemblements, par exemple celui pour lequel M. Riester a lancé un appel, mais aussi l’hypothèse d’un rapprochement entre écologistes et réformistes européens.

RICHARD LISCIA

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La stratégie de Macron

Wauquiez reste.
(Photo AFP)

La droite et la gauche ne sont pas seulement victimes de l’électorat. Elles ont subi de plein fouet l’effet de la stratégie d’Emmanuel Macron qui, depuis 2017, consiste à faire de la République en marche l’utile alternative à des partis fatigués auxquels les électeurs ne croient plus.

LE PRÉSIDENT de la République aurait certes souhaité l’emporter aussi contre le Rassemblement national. Mais il a eu recours avec succès au plan qui l’a mis au pouvoir : la REM est de nature à remplacer à la fois la droite et la gauche, elle se hisse au-dessus de querelles idéologiques dépassées par le mouvement de l’histoire. Les crises sérieuses qui ont jalonné l’action gouvernementale des deux premières années du mandat n’ont pas modifié ce schéma. Contrairement à toute attente, les mêmes électeurs ont voté de nouveau pour Macron, simplement parce qu’ils ne croient pas que les propositions des socialistes ou de LR soient suffisantes ou adaptées aux mœurs politiques contemporaines. Les « affaires » et la crise des gilets jaunes n’ont pas enlevé un iota à cette manière de penser. Il y a une coïncidence entre la vision macroniste des choses et les espoirs d’une partie de l’électorat. Bien entendu, l’éparpillement des partis de gauche, l’entêtement de tous à se présenter, chacun dans une niche exigüe, depuis Hamon jusqu’à Glucksmann qui, pourtant, a fébrilement cherché à rassembler toute la gauche démocratique, mais s’est contenté de coopter le PS, et d’un autre côté, le refus de Laurent Wauquiez de reconnaître à la majorité le moindre mérite et son acharnement à l’affaiblir par tous les moyens dont il disposait, notamment avec la majorité LR du Sénat, ont contribué à la déroute des sociaux-démocrates et des Républicains.

L’essor des écologistes.

Pourtant, la méthode de Macron crevait les yeux. Il ne l’a jamais cachée. Elle lui a réussi en 2017, il l’a testée une seconde fois cette année. Lui et la REM ne semblent pas trop chagrins d’avoir perdu devant le RN. Ils voient plus large, ils voient européen, et ils savent qu’ils peuvent constituer un groupe, nouveau et fort, au Parlement de Strasbourg. Il s’agit même d’une nécessité. Les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel arrivent en tête mais réalisent leur plus mauvais score historique aux élections européennes. Contestée, la chancelière ne pense qu’à finir son mandat en douceur. Or il est indispensable qu’une formation politique à Strasbourg se dresse devant le triomphalisme populiste ou d’extrême droite. Une fois encore, Macron se présente comme celui qui peut faire le travail, qui peut lancer la nécessaire « refondation » de l’Union européenne, qui peut réconcilier un jour les Européens avec l’Union. La REM trouvera-t-elle des partenaires ? Pour commencer, on la dénigre beaucoup moins en Europe qu’en France. Ensuite, il va falloir que le vaste mouvement écologiste que le scrutin du 26 mai a fait apparaître se pose enfin la question de la traduction de ses idées dans le réel quotidien. Les Verts allemands ont obtenu 20 % des suffrages, ils n’en ont pas moins besoin d’alliés au Parlement.

Le RN est-il, oui ou non, un danger ?

L’autre aspect du tableau général est que Macron, une fois encore, poursuit son match avec le RN de Marine Le Pen. Dieu sait que les autres partis le lui ont reproché et le lui reprochent encore plus depuis qu’ils ont été laminés par le scrutin. Mais il va falloir que chaque personne qui fait de la politique dans ce pays se décide à dire clairement si l’arrivée de Mme Le Pen au pouvoir est un événement supportable ou si c’est un désastre. Si j’ai insisté sur cet enjeu pendant toute la campagne, c’est parce que je n’en ai jamais sous-estimé l’importance. Le problème de la France aujourd’hui est-il de savoir si l’UDI, Générations.s ou M. Asselineau méritaient de faire de meilleurs scores ou, au contraire, de parer au danger le plus grave ? Observez l’Italie : Matteo Salvini (Ligue, néo-fasciste) a fait alliance avec Cinq Étoiles. Ils gouvernent ensemble, mais Salvini a largement gagné les européennes. Il n’a qu’une idée en tête, se débarrasser de Luigi di Maio (Cinq Étoiles) pour radicaliser un peu plus son programme anti-immigration, xénophobe et anti-européen.

On m’a souvent écrit pour me dire que plus on dénonce le RN, plus il progresse. C’est peut-être vrai, mais ce qui est sûr, c’est que pour éliminer la menace, il faut un parti politique qui atteigne la taille critique susceptible de dominer l’extrême droite. Or le résultat des élections européennes a donné un élan à la REM. Ce n’est pas une mince affaire. Voilà un mouvement que l’exercice du pouvoir a froissé, chahuté, blessé. Il reste opérationnel. Il garde son ambition. Il conserve son chef. Qui a cru Marine Le Pen quand elle a dit que Macron devait démissionner si la REM ne l’emportait pas sur le RN ? Le dit-elle encore aujourd’hui ? Dans ces conditions la question posée par la démission éventuelle de Laurent Wauquiez (qui ne veut rien savoir) celle du sort de Benoît Hamon, la remise en cause du statut de Mélenchon par Clémentine Autain, tout cela est secondaire. Il se joue une partie autrement plus sérieuse en Europe.

RICHARD LISCIA

 

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Le Pen l’emporte

Jordan Bardella
(Photo AFP)

Le résultat des élections européennes infirme les sondages d’opinion : ils avaient prévu la victoire du Rassemblement national, mais, s’il est vrai qu’il réalise le meilleur score, il devance la liste de la majorité (REM-MoDem) de 0,9 points seulement. La participation  est passée de 42 % en 2014 à 50,5 %; elle a bénéficié principalement aux écologistes, liste Yannick Jadot, qui recueille 13 % des voix. Les Républicains s’effondrent, à 8,48 %, ainsi que la gauche : PS, 6,2, France insoumise 6, 3.

Louis Alliot, du RN, a cru bon de dire qu’Emmanuel Macron avait reçu une claque. L’extrême droite est toujours en pointe dans l’insolence, même quand elle n’a pas de raison particulière de se pavaner. Certes, le président, en s’engageant dans la campagne, s’est exposé personnellement. Mais il n’a jamais dit qu’il tirerait les conséquences d’un échec et celui-ci n’est pas le plus grave qu’il ait essuyé. En politique, il y a toujours des gens, parmi vos adversaires, pour vous dire ce que devez faire. M. Macron n’a aucune raison légale d’obéir aux instructions de Mme Le Pen. Prévoyant qu’elle devancerait la liste de la majorité, la chef du RN, avant même le scrutin, avait demandé au chef de l’État de démissionner si la REM n’arrivait pas en tête. Elle le demande de nouveau aujourd’hui sans expliquer pourquoi  elle recueille un pourcentage  inférieur à celui de 2014. Il faut toujours relativiser une victoire, elle peut contenir des sources d’inquiétude.

Déroute de la droite classique.

La deuxième grande leçon du scrutin, c’est le recul énorme de LR par rapport à ce qu’annonçaient les sondages : cinq points de moins. Ce qui met en pièces la merveilleuse stratégie qui avait fait de François Xavier Bellamy l’homme-lige de la droite classique, capable non seulement de renforcer son parti mais d’en faire une alternative à la majorité actuelle. Je ne crois pas qu’il faille demander la démission de Laurent Wauquiez, comme l’a fait Valérie Pécresse (c’est décidément une manie nationale), mais une longue réflexion estivale sur l’avenir du parti serait salutaire. Ce qui compte, c’est ce qui marche. De toute évidence, LR n’est pas en phase avec la population et présente des idées auxquelles n’adhèrent que les amis de longue date du gaullisme.

L’effondrement de LFI.

Troisième point : la défaite du PS-Place Publique (6,2 %) prévue par les enquêtes d’opinion et la déroute de LFI, dont le score, à 6, 3 %, est en recul de deux points par rapport aux prévisions. Enfin, à 12 %, les écologistes se vengent de tous ceux qui avaient souhaité leur ralliement, par exemple Raphaël Glucksmann, qui voulait absorber EELV, mais en fait les socialistes n’auraient  pu être qu’un apport à une coalition conduite par les écologistes. Pendant ce temps, Nicolas Dupont-Aignan est au-dessous de la barre des 5 %, à 3,6 %, les gilets jaunes sont inexistants et d’autres professionnels désargentés de la candidature à tout auront beaucoup de mal à payer leurs dettes.

Macron reste.

Le monde politique étant ce qu’il est, Jordan Bardella, ce jeune homme de 23 ans qui vient d’apporter sa victoire au RN, peut bien lancer ses quolibets au président, M. Macron estime qu’il est au pouvoir pour les trois ans à venir, que, les Français n’ayant pas dit clairement dans quel sens ils veulent être gouvernés, son mandat de 2017 n’est pas périmé et que c’est ce mandat qui demeure applicable. Bien qu’il faille éviter tout pronostic car samedi prochain n’est pas loin, le mouvement des gilets jaunes vient d’encaisser une terrible défaite, preuve qu’il ne représente que lui-même. Son score à peu près nul signera-t-il son inéluctable déclin ? Les gilets peuvent être tentés de dire que, décidément, ils n’ont rien à voir avec la démocratie, et tout à voir avec la rue et la violence. En conséquence de quoi, ils reprendraient leur jacquerie. Il est clair toutefois qu’ils n’ont aucun soutien populaire et que, dans ces conditions, ils vont apparaître non pas comme le mouvement revendicatif qu’ils prétendent être, mais comme la nuisance insupportable qu’ils sont en réalité.

Bien entendu, les élections européennes ont des conséquences sur l’Europe où se confirme principalement un fort appétit de respect de l’environnement et une légère décrue du néo-fascisme, notamment en Allemagne, au profit des écologistes. En Italie, cependant, Matteo Salvini (Ligue) progresse, mauvais symptôme pour un pays endetté jusqu’au cou, dont la croissance, cette année, est quasiment nulle et dont le peuple croit pouvoir trouver le salut dans une expérience historiquement désastreuse.

RICHARD LISCIA

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Médiocre suspense

Mme May en larmes
(Photo AFP)

Dans l’univers des sondages, le scrutin lui-même, hélas ! perd de son importance. Il est probable que le Rassemblement national va arriver en tête des élections européennes de dimanche et la liste de la majorité en second. Dans ce cas, pourquoi le président de la République a-t-il pris le risque, insensé selon certains, de s’engager dans la campagne ?

IL Y A deux raisons à sa décision : la première est qu’il a estimé nécessaire de récupérer, par son action personnelle, les deux ou trois points de voix qui semblent lui manquer aujourd’hui par rapport au premier tour de la présidentielle en 2017 ; la seconde est qu’il devait compenser l’insuffisance de Nathalie Loiseau, qui ne mérite pas le déluge de quolibets qui lui a été adressé, mais qui n’a pas fait une bonne campagne. De toute évidence, il fallait désigner quelqu’un d’autre, une erreur en déclenchant une autre. Mais dans l’ensemble, la liste de la majorité a réussi à défendre à la fois la construction européenne et l’environnement. M. Macron a présenté un plan écologique qui est le plus fort de tous ceux qui été présentés mais qui, selon certains, serait inapplicable. Faux : qui peut le plus peut le moins. La prise de conscience des contraintes écologiques a gagné la République en marche à la faveur des affrontements électoraux. Mais peu importent ses motivations : l’essentiel est d’agir dans le sens d’un assainissement de la planète. Ce ne sont pas les multiples oppositions minoritaires qui le feront, c’est forcément l’exécutif. Certes, il risque de sortir affaibli des élections européennes, mais après tout, ce n’est pas la première que l’extrême droite l’emporte.

Le bon sens et la folie.

Beaucoup plus grave est l’installation dans le pays politique européen de nationalistes et de populistes voués, d’une manière ou d’une autre, à la destruction de l’Union. Il faut continuer à les combattre sans la moindre réserve. Le dialogue n’est pas possible avec des partis qui, s’ils parvenaient au pouvoir, s’empresseraient de limiter nos libertés et rendraient leurs actions irréversibles. On répète ici ou là que s’opposer au RN, c’est le renforcer, que plus on en dit du mal, plus il progresse.  C’est le genre d’analyse qui désespère : comment croire qu’en lui tressant des lauriers il dégringolerait ? Le seul remède contre la démagogie, c’est d’abord la réaffirmation permanente des principes qui unissent les Européens et qui ont si bien résisté à cette folie qu’est le Brexit. C’est ensuite une réadaptation de l’Union aux besoins réels des populations. Il faut du temps. Laissons le coup de la baguette magique aux Farage, aux Salvini et aux Le Pen. Il est indéniable que tout effort de persuasion rencontre rapidement ses limites. Ceux qui ont basculé dans le populisme demeurent insensibles aux arguments les plus convaincants. La bataille oppose la raison à la déraison, la logique à à la construction de l’esprit, le bon sens à la folie, comme on l’a vu en Grande-Bretagne, où Theresa May, après un long et vain combat, a décidé de démissionner le 7 juin prochain.

Mme May a voulu respecter le vœu exprimé par ses concitoyens ; elle a mis sa patience au service de la volonté populaire ; elle s’est crue indifférente au choix britannique ; elle a pensé qu’elle pouvait, de la même manière, servir le Brexit ou, au contraire, défendre le maintien du Royaume-Uni dans l’Union. Un immense besoin de légitimité l’a placée dans une situation inextricable, beaucoup de ses amis tories exigeant la rupture avec l’Europe, ses adversaires travaillistes refusant de conclure avec elle le moindre compromis. Mais qui, à part Nigel Farage, Méphistophélès du bord de l’abîme, pourrait admettre aujourd’hui que le référendum inventé en 2016 par David Cameron, aura été l’idée du siècle ? Où est l’Angleterre de Churchill, celle qui se battait le dos au mur contre la barbarie nazie ?

 

La nature du choix.

Même les horreurs du Brexit n’ont pas suffi à persuader ceux qui surfent sur les passions nationalistes. C’est parce qu’ils feignent de ne pas comprendre que leur programme est une machine à malheurs. Et c’est pourquoi pactiser avec eux, ou accepter de faire un bout de chemin avec eux est impossible. C’est pourquoi les partis de gouvernement ne doivent pas reprendre à leur compte les idées empoisonnées qu’ils souhaitent mettre en œuvre. Il ne s’agit plus véritablement de politique. Il s’agit de philosophie, et même d’éthique. Dans le spectre idéologique que nous offrent ces 34 listes françaises, le choix n’est pas entre droite et gauche, entre écologistes et non-écologistes, ni même entre pro-européens et anti-européens. Il est entre le mensonge et la vérité, entre l’illusion et la réalité, entre la promesse intenable et la promesse réalisable, et finalement entre l’honnêteté et la malhonnêteté.

RICHARD LISCIA

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Ascoval, ou la fatalité

Ouvriers inquiets à Saint-Saulve
(Photo AFP)

Ascoval, aciérie spécialisée dans les aciers spéciaux à Saint-Saulve (Hauts-de-France), est menacée de fermeture : son repreneur, British Steel qui, pourtant, avait conclu un accord avec le gouvernement français, a en effet été déclaré en état de faillite.

BRITISH STEEL est censé investir 40 millions dans Ascoval, il n’en a versé que cinq, tandis que le gouvernement, pour sa part s’est engagé pour 15 millions d’euros. Toute la journée d’hier, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et le Premier ministre, Édouard Philippe, se sont efforcés de rassurer les centaines de salariés d’Ascoval dont l’emploi est menacé sinon déjà perdu. Le gouvernement s’est informé auprès de British Steel qui offre une narration compliquée, à la limite de l’absurde, et selon laquelle sa mise en faillite ne l’empêche pas de tenir ses engagements. La démonstration du sidérurgiste britannique ne convainc pas en tout cas les salariés dont l’usine a déjà été rachetée trois fois mais n’en a pas pour autant obtenu un statut stable et définitif.

Une perte de rentabilité.

Ascoval (anciennement propriété de Vallourec) est la victime supplémentaire d’une désindustrialisation qui fait des ravages en France depuis trente ans. On peut relativiser ce phénomène en se disant que l’économie de marché détruit des emplois mais en crée de nombreux autres. Il n’empêche que, pour les travailleurs liés à un métier précis, (le seul qu’ils sachent  exercer) la perte de leur emploi représente un désastre : ils ne savent jamais comment se recycler dans un nouveau métier, ils ne peuvent pas forcément quitter la région où ils vivent : les remèdes à la catastrophe sont rares. Comme dans les multiples exemples précédents de désindustrialisation, le gouvernement est pressé de nationaliser. On comprend qu’il hésite ou, pire, qu’il n’en veuille pas du tout : s’il lui avait fallu racheter toutes les usines qui ont fermé, il aurait perdu, au total, une somme d’autant plus colossale que la raison pour laquelle ces usines disparaissent est qu’elles ne sont pas rentables.

Le long voyage dans le désœuvrement.

Cela ne signifie pas que l’État soit insensible au sort des travailleurs français qui ont été jetés au chômage par un phénomène lié aux concurrences injustes et même barbares inventées à l’étranger. Sur le plan macroéconomique, il s’agit d’un rééquilibrage entre pays riches et pays pauvres, les seconds n’obtenant leur expansion économique qu’en exportant leurs marchandises à des prix imbattables. Sur le plan individuel du salarié français, européen ou américain, c’est un drame. Dans une société comme la nôtre, les ouvriers ne devraient pas payer pour le développement de la Chine ou de l’Indonésie. Mais, à ce jour, la France n’a pas su inventer les techniques qui mettraient ses employés à l’abri. Nous nous sommes habitués au chômage parce que notre filet social est relativement solide.  C’est néanmoins une forme d’intoxication parfaitement inadmissible. Il n’y a pas que le salaire, il y a le métier dont les ouvriers sont fiers, il y a la dignité des travailleurs, il y a le voyage, parfois très long et plein de contraintes, dans le désœuvrement, qu’ils sont obligés d’accomplir.

Nous n’avons jamais été préparés à la désindustrialisation, nous n’avons pas vraiment mis en place un système d’amortissement susceptible de réserver une porte de sortie au chômage induit par la fermeture brutale des usines. Nous nous sommes contentés d’attendre que se réalisent les prédictions de Schumpeter. Certes, sur un siècle, le phénomène sera résorbé, mais entretemps, combien de souffrances ? En outre, rien ne nous dit qu’au terme d’une stabilisation de nos industries enfin modernisées, la concurrence étrangère ne va pas trouver le moyen de nous prendre encore des parts de marché.

RICHARD LISCIA

 

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Le RN en tête

Ennemis intimes
(Photo AFP)

La moyenne des enquêtes d’opinion les plus récentes, donc les plus crédibles, accorde au Rassemblement national un avantage d’un demi à un point sur la République en marche (REM). Si cet avantage est confirmé dimanche, Emmanuel Macron sera contraint de modifier en profondeur sa méthode de gouvernement.

C’EST l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. S’il réunit 22 à 23 % des suffrages, Emmanuel Macron se contentera de dire que son socle électoral n’a pas été amoindri par les crises de ces deux dernières années, y compris la plus récente, qui n’est pas terminée, celle des gilets jaunes. Il est trop tôt et de toute façon inutile de revenir sur les causes de l’éventuel échec de la REM. On débattra de la personnalité de Nathalie Loiseau, pourtant grandement aidée par le président et par le Premier ministre ; on cherchera le pourcentage de voix qui a permis à M. Macron d’arriver en tête du premier tour de la présidentielle de 2017 et qu’il n’aura pas tout à fait retrouvé ; on reconnaîtra que la campagne anti-Macron menée par les partis d’opposition a fait des ravages dans l’opinion et désigné un homme à abattre ; on s’inquiètera de cette dérive de l’opinion, insensible aux excès de langage, aux petits complots de l’extrême droite avec l’Américain trumpiste Steve Bannon et ses homologues européens, les Salvini, les Orban ou ces populistes autrichiens mêlés à un scandale sans précédent et contraints de quitter le pouvoir.

Un exercice de funambule.

L’opposition s’est acharnée à décrire une gouvernance de Macron contenant des procédés scandaleux, fictifs ou réels, mais dans tous les cas poussés jusqu’à l’outrance. Le président, l’Élysée n’ont pas su se protéger contre des personnages sulfureux, contre leur propre hubris, contre un triomphalisme qui a résisté à leurs premiers revers et a empêché la riposte idoine à des attaques politiques proches de l’hystérie. La majorité n’a cessé de croire en sa bonne foi, alors qu’elle rassemble des élus qui ne sont pas toujours d’accord ; elle a été contrainte par les crises de dresser un rempart pour protéger Macron alors qu’elle réclamait une politique capable d’inclure des préoccupations venues de la gauche du mouvement. Le « en même temps », qui n’est rien d’autre qu’un exercice de funambule, c’est un risque de chutes répétées.

Le poison démagogique.

Il est vrai toutefois que la popularité de l’extrême droite résulte du poison démagogique inoculé dans les esprits par une propagande mensongère. Et que, dans ce chaos contemporain qui maltraite l’information, la remplace par les produits de l’imagination, construit de faux procès fondés sur de fausses preuves, le rêve d’une forte partie de nos concitoyens est le cauchemar des démocrates. M. Macron n’est victime ni de ses provocations, ni de ses réformes, ni d’une culture qui effraie  ceux qui en sont dépourvus, ni de son inexpérience, ni de ses idées ou de ses choix. Il souffre du contexte. Il a pris le pouvoir parce qu’il apportait un changement capable de séduire un pays dégoûté de ses prédécesseurs. En récusant ceux-ci, les Français réclamaient aussi un changement de système, et le passage à une VIe République. Bref, ils ont élu Macron en croyant qu’il ferait un peu comme Mélenchon. Ce n’était pas du tout le projet du président, qui croit dur comme fer au libéralisme dans une période marquée par l’ascension de l’illibéralisme. Tous les Français ne votent pas RN, heureusement. Mais la plupart sont assez décontenancés pour espérer une révolution, à laquelle Macron a toujours opposé le réformisme.

En 2017, peut-être sur la base d’un malentendu, mais pas toujours, Macron a donné un coup d’arrêt à la dérive populiste et, déjà, il a rendu un grand service au pays en empêchant les expériences ineptes auxquelles nous convient les Marine Le Pen et les Jean-Luc Mélenchon. Maintenant, il doit non seulement poursuivre les réformes mais en finir avec le désordre. La tâche serait plus  facile s’il l’emportait dimanche. Et plus dure dans le cas inverse.

RICHARD LISCIA

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Macron dans la bataille

Macron à un sommet européen
(Photo AFP)

Dans un entretien avec une quarantaine de journaux régionaux, le président de la République souligne l’importance des élections européennes du 26 mai et insiste sur le danger que ferait courir une victoire du Rassemblement national à la société française.

EMMANUEL MACRON n’a pris de gants ni pour expliquer son irruption contestée dans la campagne ni pour ce qui concerne une élection qu’il considère comme « la plus importante depuis 1979 parce que l’Union est face à un risque existentiel. Si, en tant que chef de l’État, je laisse se disloquer l’Europe qui a construit la paix et apporté de la prospérité, j’aurai une responsabilité devant l’histoire ». Son analyse est donc cohérente avec  la gravité de la crise sociale et politique en France et, pour justifier sa présence dans la campagne, il en a souligné le caractère exceptionnel. M. Macron propose notamment « une convention fondatrice européenne après les élections » comprenant des élus et de simples citoyens et susceptible de changer le contenu des traités. Il a même envisagé la taxation du kérosène en Europe.  Il veut créer un parti centriste au Parlement de Strasbourg, avec le concours du Premier ministre portugais et avec l’Italien Matteo Renzi.

Tout dépend du score.

Il est logique de jeter sur ses propositions un regard sceptique, non seulement parce qu’un parti centriste européen apparaîtrait comme le rival du PPE, auquel les Allemands sont attachés, mais parce que la force d’entraînement que M. Macron pourrait acquérir dépend étroitement du score de la République en marche dimanche prochain. Ce qui n’empêche pas le président de se présenter comme le moteur de l’Union. Il a balayé en quelques mots les conséquences d’une victoire probable, en tout cas possible, du Rassemblement national et refuse même d’envisager le départ de son Premier ministre, Édouard Philippe. Dans un sens, il est fidèle à lui-même dès lors qu’il n’affronte le danger politique qu’en augmentant sa part de risque tant il croit, non sans raison, que, en dehors de la majorité, il n’y a pas en France une formation politique capable (et soucieuse) de réformer l’Union de telle manière qu’elle survive à la vague de populisme qui la menace.

Un projet cohérent.

Sans faire allusion à Marine Le Pen, il lui a donc répondu sur quelques points essentiels, à savoir que, si la REM arrive en second, il poursuivra son action et ne changera même pas de gouvernement, qu’il conduit la bataille sans se demander s’il va perdre ou l’emporter, qu’il n’est jamais obligé de céder aux critiques, invectives et menaces dont il fait l’objet et que son propre projet européen, même s’il semble un peu ambitieux pour les moyens de persuasion dont il dispose, est le plus cohérent, le plus réaliste, le plus nécessaire de tous les projets qui ont été présentés au cours de la campagne. On trouve sa résilience dans au moins deux aspects de ce scrutin : si le choix de la tête de liste de la REM, Nathalie Loiseau n’est pas le plus heureux, il s’en contente et lui apporte un soutien sans failles ; si l’Allemagne, qui, aujourd’hui, a peur de son ombre, rejette la refondation de l’Union, les faits politiques tels qu’ils vont se succéder obligeront Angela Merkel tôt ou tard à accepter quelques réformes.

Cette vision contient une bonne dose d’optimisme, mais quand tout va mal, on a besoin d’y croire. La description apocalyptique que les nationalistes font de l’Europe actuelle est tellement boursouflée qu’il faut bien quelqu’un pour riposter et ce n’est ni M. Bellamy ni M. Glucksmann. Il y a de la force dans la position de Macron et il a une sorte de témérité plaisante parce que lui, au moins, n’a pas peur du danger. C’est un virtuose de la partition constitutionnelle, il se sait protégé par les institutions et, même si les gilets jaunes ne désarment pas, ils ne peuvent pas dire qu’ils ont eu la peau de Macron. Il n’a pas encore gagné la partie, mais il survit.

RICHARD LISCIA

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