Sur la loi anti-casseurs

Gérard Larcher
(Photo AFP)

Le Conseil constitutionnel a censuré l’article 3 de la nouvelle loi anti-casseurs parce qu’il contenait une disposition instaurant l’interdiction administrative de manifester, soit le droit pour la police d’empêcher des citoyens, même s’ils ne sont pas dangereux, de participer à une manifestation sans que la justice en soit saisie.

L’ACTION du Conseil constitutionnel est en tous points édifiante, ce qui permet de rappeler un processus hautement démocratique. La loi anti-casseurs, en effet, vient du Sénat, qui a voulu ainsi apporter sa contribution au rétablissement de l’ordre, sérieusement menacé par les gilets jaunes et par les black blocs. À l’Assemblée nationale, la gauche, mais aussi une cinquantaine d’élus de la République en marche, ont rué dans les brancards parce que la loi, disaient-ils, était liberticide. Quand le texte est revenu au Sénat pour relecture, la droite, qui domine la chambre haute, a refusé de le modifier. En dernière lecture à l’Assemblée, il est resté inchangé. Le président de la République, qui a aussitôt prévu le risque de l’adoption d’une loi qui allait ajouter une polémique à une situation constamment conflictuelle, a soumis la proposition de loi du Sénat au Conseil constitutionnel. Lequel a joué son rôle de garant des libertés.

L’ordre peut être respecté.

Faut-il s’en désoler, comme Éric Ciotti, élu des Républicains, qui estime que le Conseil constitutionnel ne s’intéresse pas assez à la sécurité des Français ? Sûrement pas. Nous ne pouvons pas défendre nos institutions avec vigueur si, en même temps, nous essayons d’en ôter la substantifique moëlle. Le droit de manifester est une liberté nationale, qui devrait être liberté universelle, et nous ne devons pas soumettre les institutions à un projet politique, fût-il fondé sur une sérieuse préoccupation. Le Conseil appartient à la Nation, pas à un exécutif, pas à des élus, pas aux circonstances. Quand la crise des gilets jaunes sera passée, nous serons très heureux d’avoir respecté la décision du Conseil (et d’ailleurs, nous n’avons pas le choix). Au demeurant, la nouvelle loi ne permet-elle pas au gouvernement de respecter l’ordre ? Bien sûr que si et il l’a prouvé en empêchant la casse lors des manifestations de samedi dernier. Pour la vingt et unième journée de protestation, il sera, comme la semaine dernière, vigilant. Il était donc inutile de durcir la répression anti-casseurs, ce que j’affirme tout en espérant ne pas me tromper.

Tension entre deux présidents.

Ce qui est également intéressant, dans cette affaire, c’est que les Républicains du Sénat ont tenté, mais en vain, de mettre en œuvre une loi plus répressive. C’est le même Sénat qui a envoyé à la justice le dossier des auditions de sa commission des Lois dans l’affaire Benalla, justice qui a convoqué trois membres haut placés de l’Élysée. La saisine du Conseil constitutionnel par l’exécutif est la réponse du berger à la bergère : vous affirmez que vous ne faites qu’appliquer le droit, mais de ce point de vue nous sommes encore plus légalistes que vous. Le président du Sénat, Gérard Larcher, se plaindrait, si l’on en croit des articles de presse, de ce que le président de la République le batte froid et ait arrêté de discuter avec lui au sujet de la réforme de la Constitution. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. LR ne cesse, à la faveur de la campagne des élections européennes, de combattre la majorité avec une virulence digne des surexcités des partis extrêmes. Mais le pouvoir n’est pas dépourvu de moyens. Il peut même obtenir une réforme constitutionnelle par référendum, réforme dont le premier objectif consisterait à diminuer sensiblement le nombre de sénateurs, ce qui convient parfaitement à une opinion qui pense, à tort ou à raison, que sa représentation démocratique lui coûte trop cher.

RICHARD LISCIA

 

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Un président récusé

Macron dans un débat
(Photo AFP)

Emmanuel Macron est en Corse. Il achève ainsi une longue tournée nationale qui lui aura valu de nombreuses interpellations marquées par la colère et le ressentiment.

L’ATTITUDE des nationalistes corses aura contribué à faire de cet épilogue le symbole d’une incompréhension absolue entre le président de la République et une partie de ses concitoyens. Il est récusé quand il s’exprime, il est récusé après et avant de parler. Les gilets jaunes, les Corses, une forte fraction de ses concitoyens ne veulent même pas savoir ce qu’il a à dire. La presse compte ses échecs et ses erreurs, sans guère se soucier d’introduire la notion d’équilibre dans ses jugements. J’ai encore entendu hier, dans la bouche d’un confrère habituellement très avisé, que Macron n’avait rien fait, et personne ne l’a repris sur ce point. Rien ? Faut-il rayer d’un trait de plume les réformes déjà accomplies et celles qui arrivent, comme celle de l’Etat et de la fonction publique, celle des retraites et peut-être celle de la Constitution ? N’a-t-il pas, à ce jour, maintenu l’économie dans un état relativement bon, notamment si on le compare à celui de l’Allemagne ? A-t-il seulement diminué les dépenses sociales ? Non, il a augmenté le pouvoir d’achat, selon toutes les statistiques. Quand on veut tuer son chien…

Agacement national.

De toutes parts, sont poussés des soupirs, parfois des cris, d’agacement. Ce débat national est trop long. Il est interminable. Il ne sert à rien. Macron n’en tirera pas les leçons qui s’imposent. Mais, me semble-t-il, personne n’est obligé de participer aux rencontres, personne n’est forcé de les suivre dans les médias, personne n’est contraint de les commenter. Dès lors, comment se fait-il que des centaines de milliers de personnes aient apporté leur contribution ? Comment se fait-il que le pays ait eu la sensation d’un répit, d’une pause propice à la réflexion et à l’analyse ? Comment se fait-il qu’à la popularité du débat, les oppositions de toutes sortes, partis politiques, enragés de la subversion, presse qui ne croit trouver sa vocation que dans l’insolence, le déni et la cruauté, se contentent de nier le moindre intérêt à l’exercice avant même qu’il ne soit terminé et quoi qu’il en ressorte ?

Non à la crise de régime.

Et qu’importe, après tout que le chef de l’exécutif ait trouvé dans le débat la meilleure idée pour sortir de l’ornière profonde où l’a jeté la crise sociale. N’est-ce pas de bonne guerre ? N’est-ce pas le réflexe qui lui a permis de se maintenir au pouvoir ? Si on attend de lui que, cédant aux vociférations incessantes de la haine, il s’en aille et nous abandonne aux ambitions exprimées par les surexcités, les extrêmes de droite et de gauche, et ceux qui font métier d’être ennemi, destructeur et tueur, on se trompe. Par devoir ou par intérêt personnel, et parce qu’il a entre les mains les instruments institutionnels de sa survie, il ne va pas faire plaisir à ses adversaires et provoquer une crise de régime.

Les erreurs de communication de la majorité et du président ont été multiples, graves et répétitives. Elles expliquent en partie la vigueur négative des réactions. Dans la critique existe un non-dit périlleux : récuser le chef de l’Etat, c’est ouvrir quelle voie qui va vers quel résultat ? Tout se passe comme si chacun a fait sien le programme de la France insoumise. Les gens ordinairement les plus raisonnables ne semblent pas se rendre compte qu’à soumettre M. Macron à ce tir de barrage, ils s’associent à ceux qui réclament sa destitution et une VIe République. Qu’ils prennent leurs responsabilités, qu’ils disent sur les plateaux vers quel destin incertain ils nous entraînent, vers quelle abomination coûteuse et irréversible leurs propos pontifiants nous conduisent. Qu’ils fassent un peu de synthèse après l’analyse et nous expliquent comment un changement de régime expurgerait la France de ses maux.

Libéral et social.

Qu’ils regardent autour d’eux et, avant de gémir sur le sort du pays, qu’ils le comparent à des démocraties semblables. Qu’ils disent enfin la vérité sur ce Macron si libéral qu’il n’a pas réduit d’un iota la dépense sociale. Qu’ils disent que les gilets jaunes n’ont pas bénéficié de la prime défiscalisée de cent euros par mois. Qu’ils réaffirment que la prime des entreprises n’est ni suffisante ni utile. Qu’ils aient le courage de prétendre que la suppression de la taxe d’habitation pour les moins riches n’a pas amélioré leur pouvoir d’achat. Qu’ils éliminent le paradoxe d’une critique infondée, non appuyée sur les chiffres. Qu’ils admettent que, s’ils hurlent à l’impéritie de ce gouvernement, c’est d’abord pour se rendre intéressants et pour rester, comme d’habitude, et conformément à tout ce qu’il y a de conventionnel en France et que Macron essaie de changer, les observateurs impavides, les béni-oui-oui de l’expertise et les conformistes du politiquement correct.

Ils se hâteront bientôt de dire que ce président, comme ses prédécesseurs, n’a aucune chance, qu’il ne fera qu’un mandat, qu’il échouera et même, sur toute la ligne. En réalité, d’ores et déjà, il a posé les bonnes questions et apporté un certain nombre de réponses. Il laissera donc une trace tandis que la crise des gilets jaunes sera mentionnée en quelques lignes dans les manuels.

RICHARD LISCIA

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Algérie, nouvelle ère

Abdelaziz Bouteflika
(Photo AFP)

La démission officielle, à compter du 28 avril, du président Abdelaziz Bouteflika met fin à vingt ans de pouvoir sans partage et à 57 ans de domination du pays par le Front de libération nationale.

SOUS la forte pression de la rue, l’armée a mis un terme à la présidence Bouteflika et probablement au système qui régit l’Algérie depuis 1962, date de l’indépendance. Elle reste néanmoins l’arbitre de la situation politique et il est fort peu probable que, dans la procédure qui va être mise en route (élection présidentielle dans trois mois), elle ne cherche pas à protéger ses intérêts et ses privilèges. Toute comparaison est forcément hasardeuse mais on a bien constaté, au Venezuela, que les forces militaires continuent à soutenir Nicola Maduro (certes avec l’aide des Cubains et des Russes), et que la volonté du peuple vénézuélien n’a guère été exaucée. Bien entendu, l’Algérie est un cas unique. C’est le pays arabe et musulman où la foule a déclenché le changement, celui où des manifestations monstres n’ont engendré aucune violence ; celui  où l’éducation politique, notamment chez les jeunes et plus particulièrement chez les étudiants, est la plus développée ; celui, en conséquence, où le peuple se montre le plus méfiant à l’égard de l’oligarchie et de la hiérarchie militaire, qui savent que, si elles prennent des mesures trompeuses ou cosmétiques, la rue restera dans le mode de la protestation.

Des élections libres et démocratiques.

Ce que le peuple algérien demande, c’est ce qui doit être fait dans toute démocratie. Un pouvoir intérimaire chargé d’expédier les affaires courantes ; des élections libres, démocratiques et pluripartites ; une neutralité absolue de l’armée pendant le processus électoral ; le choix d’un président vierge de toute compromission, avec un parti composé de nouveaux venus qui n’ont pas trempé dans les combines de naguère. C’est en réalité une tâche énorme, mais à la mesure de ce peuple qui a donné, en ces temps très troublés, une immense leçon de sagesse au reste du monde. Il est d’abord extrêmement difficile de trouver des candidats qui n’aient pas un passé politique. Il existe un risque de pléthore de candidats et de mouvements, de recoupements de programmes, d’un débat national dont la floraison serait cent fois celle du débat français, avec la part inévitable du déraisonnable. Il n’est pas aisé d’entrer en démocratie après tant d’années d’apathie politique. Il n’est pas aisé d’oublier les tâches spécifiques qui relèvent de la compétence algérienne, comme sa participation à la lutte contre le terrorisme et sa contribution à l’ordre dans le Sahara et à ses frontières. Il n’est pas aisé de préférer les principes républicains au nationalisme algérien, qui n’a cessé de jouer un rôle, dans ses relations avec le monde arabe, plus particulièrement avec le Maroc, et avec l’Europe.

Le choix d’un destin.

Cependant, insister sur les difficultés qui vont jalonner la voie choisie, c’est accueillir avec un pessimisme excessif des changements déjà puissants et historiques. Les Algériens sont un modèle, ils méritent qu’on fasse confiance à leur vigilance. Ils ont déjà démontré que, sans la moindre violence, ils ont fait plier le pouvoir et l’armée. Ils ne seront pas dupes de l’enfumage auquel les militaires risquent de se livrer. Ils ne sont pas rentrés chez eux. Ils continuent à exiger non pas des décisions superficielles, mais un changement de fond qui ne peut se produire que si les hommes qui détiennent les clés du pouvoir disparaissent et si l’armée, comme elle le prétend, se met enfin au service du peuple, conformément à une disposition qui est gravée dans la Constitution algérienne. L’Algérie est en passe de définir son destin grâce à une avancée démocratique que rien, dans le monde arabe actuel, ne favorise. Le tableau offert par la quasi totalité des pays arabo-musulmans, au lendemain d’un « printemps » dont ils auraient pu faire l’économie, est plutôt désastreux sur tous les plans, et notamment celui des droits de l’homme. Non seulement l’Algérie est en passe de donner l’exemple au monde arabe, mais elle peut créer au nord de l’Afrique un État fort et libre, capable de faire rougir de honte quelques « démocraties » européennes plutôt brinquebalantes.

RICHARD LISCIA

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Londres : hystérie souverainiste

May : l’enfer
(Photo AFP)

La chambre des Communes a encore voté pour rejeter les plus récentes propositions de Theresa May au sujet d’un accord qui permettrait à la Grande-Bretagne de quitter l’Union européenne dans l’ordre et le respect des intérêts britanniques et européens.

L’USAGE du vote parlementaire, au Royaume-Uni, est devenu l’ultime et unique expression de la démocratie. Le referendum de 2016 a déclenché une frénésie chez les élus. La Première ministre est elle-même convaincue qu’en respectant la décision du peuple quoi qu’il en coûte, elle ne fait que son devoir : avant toute chose, ce qu’elle veut, c’est rester fidèle au vœu populaire. Dans sa résistance à l’adversité, dans une longévité politique assez surprenante si l’on tient compte des conditions épouvantables dans lesquelles se déroule ce scénario grotesque, dans son acharnement à tenir bon, à ne pas lâcher prise et à parvenir à une solution décente, elle se nourrit exclusivement de sa passion démocratique.

Un  divorce s’organise.

Les oppositions qui se manifestent au sein des tories, membres de son propre parti, et des travaillistes conduits par Jeremy Corbyn, homme indéchiffrable dont toute initiative est marquée par la doctrine socialiste, mais qui n’est pas sûr d’être en faveur du maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union, se sont emparées de la fragilité délibérée adoptée par Mme May pour lui faire subir les pires avanies. Le spectacle de ce Parlement éparpillé, colérique, qui a fait du préfixe anti l’alpha et l’oméga de sa politique, est pour le moins décevant, à tel point que l’on voudrait démontrer aux amis anglais qu’ils ont, en réalité, totalement perdu le contrôle de leur machine parlementaire et qu’ils se sont transformés en robots programmés pour démolir le système politique, un peu comme si, loin d’organiser et de poursuivre le débat jusqu’à son terme, ils s’étaient enfermés à Westminster, nouvel enfer sur terre, pour ne plus en sortir et voter, voter jusqu’à la fin des temps. « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ». (1)

Mais la chambre des Communes n’est pas hors du monde et le royaume, dans son dialogue avec 27 pays (ou ce qu’il reste de ce dialogue) ne peut pas ignorer que, quoi qu’il fasse, qu’il parte ou qu’il reste, qu’il y ait ou non un accord, sa décision certes souveraine aura des conséquences pour la Grande-Bretagne et pour l’Union européenne. Un divorce, par définition, implique deux personnes. Les Britanniques ne sont pas uniquement confrontés à la terrible torture mentale qu’ils se sont infligée, ils n’ont jamais été aussi fortement en relation avec les Européens. Ils ne souffrent pas aujourd’hui d’avoir commis l’erreur d’avoir adhéré en 1973 à l’Union, ils souffrent de ce que, en 46 ans, ils ont créé entre eux et nous des liens de toutes sortes, financiers, commerciaux, militaires et moraux qui se présentent maintenant comme un écheveau impossible à démêler. S’ils consentaient, les uns et les autres, à se dépassionner quelque peu, et à observer avec calme les enjeux du Brexit, ils y arriveraient parfaitement.

Un credo absolutiste.

Ils font de leur souveraineté un credo absolutiste et irréfragable, de sorte qu’ils voient dans la moindre proposition raisonnable une atteinte au dogme. Mais ce n’est pas vrai. Ils n’étaient pas dans la zone euro, ce qui aurait dû leur faciliter grandement la tâche. Ils avaient déjà adopté à leurs frontières un dispositif qui contrôlait mieux que d’autres l’immigration clandestine. Ils avaient une position financière dominante qu’ils sont en train de perdre. Ils étaient infiniment plus libres au sein de l’Union européenne qu’ils ne le seront une fois en dehors. Des monceaux d’ego ont été jetés dans ce tonneau des Danaïdes qu’est le Brexit. Une rage folle, ajoutée au sentiment que la survie du Royaume-Uni dépendrait des élus, comme à l’époque où l’Angleterre se battait seule contre le nazisme et craignait d’être dévorée par lui, exclut chez eux tout raisonnement.

L’honneur et le bon sens.

Le temps presse. Le risque d’un Brexit sans accord est immense, et la responsabilité de ceux qui s’y résoudront en fera pour l’histoire des coupables éternels. Le Brexit dur, c’est le populisme parvenu au degré de l’évaporation. C’est la destruction des forces vitales de la Grande-Bretagne par ceux qui prétendent les défendre. Il ne vaut ni que les Anglais se précipitent dans l’abîme, ni que le commerce européen soit disloqué, ni les privations qu’il entraînera nécessairement. Jamais, depuis la Deuxième Guerre mondiale, le Royaume-Uni n’aura été aussi grand que s’il accepte l’accord proposé par Theresa May, ou tout moins si la chambre des Communes propose à son tour un accord viable. Contrairement à ce que croient la Première ministre et ses députés, la souveraineté de leur pays ne sera pas amoindrie par un accord. Si l’honneur consiste consiste à respecter le vote des Britanniques, le bon sens, encore lui, réside dans une solution.

RICHARD LISCIA

(1) Dante Alighieri.

 

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Hollande : le coup de Jarnac

Donneur de leçons
(Photo AFP)

François Hollande a de nouveau attaqué Emmanuel Macron au cours du week end, à deux reprises, sans doute avec l’espoir de le discréditer un peu plus dans le cadre des élections européennes.

M. HOLLANDE étant un auteur à succès, il exploite à l’infini l’occasion de rencontrer la foule dans les librairies de France. Il vient d’ajouter trois chapitres à son livre le plus récent et il est donc reparti pour une grande tournée nationale, ce qui lui permet de se livrer à la péroraison la plus confortable, celle qui consiste à dénigrer le pouvoir actuel, non sans espérer qu’un jour,  et dans des temps meilleurs, il va lui céder la place. Il n’est pas le seul à jouer ce jeu-là, sauf qu’il n’a pas attendu longtemps, après sa décision de ne pas se présenter à un second mandat, pour dénoncer son ancien ministre de l’Économie, sa trahison et même pour reconnaître qu’il s’était fait avoir comme un bleu par Emmanuel Macron. Tant de roublardise chez le candidat de la République en marche méritait sans doute une vive contre-offensive, sauf  qu’elle a été associée, par M. Hollande, à un éloge permanent de sa propre personne et à une révision curieuse et quelque peu fallacieuse de son bilan.

Du neuf avec du vieux.

Tout le monde, sauf M. Hollande, sait en effet, que ce bilan a été négatif. Il l’a été d’abord parce qu’il a menti sur son programme. Il n’a pu l’appliquer qu’avec son premier Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui a mis la classe moyenne à genoux en la taxant excessivement. Inspiré ensuite par le rapport de Louis Gallois, M. Hollande a changé de cap. Aujourd’hui, il se présente comme un socialiste ou un social-démocrate, ce qui veut dire tout et son contraire. En réalité, il n’a cessé de piloter à vue, dans une grande confusion et, en somme, à la fin de son mandat, la France allait moins bien qu’au début. On l’oublierait aisément s’il ne cessait de jouer la mouche du coche et de vouloir apparaître, par d’incessantes interventions médiatiques, comme le grand sage dont nous nous sommes collectivement privés et qui pourrait apparaître comme un espoir pour demain. Bref, M. Hollande n’est pas à l’abri du narcissisme et tout ce qu’il nous propose, c’est de faire du neuf avec du vieux.

Dimanche, et à deux reprises, dans le « Parisien » et sur France 2, il a curieusement inversé les termes de la situation nationale en laissant entendre que l’action du président actuel revenait à accélérer, et non à nous protéger contre, l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir. « Un jour, l’extrême droite arrivera au pouvoir en France », a-t-il sentencieusement déclaré au « Parisien », un peu comme si nous ne le savions pas ou qu’il fallait s’nquiéter davantage.  « Le résultat (de l’action de Macron) n’est bon ni pour la vitalité économique ni pour la cohésion sociale ». En comparaison avec le bilan de François Hollande, celui de Macron est tout de même meilleur. Et on se demande pourquoi M. Hollande n’a pas prévu que, cette fois, il allait déclencher dans les médias une critique unanime.  Ce n’est pas que ce qu’il dit soit foncièrement faux. Mais il ne trompe personne. Il ne critique Macron que pour se mettre lui-même en valeur, en comptant sans doute sur une défaillance de mémoire du peuple, celui-là même qui lui a si bien fait sentir sa déception qu’il n’a pas osé se lancer dans une nouvelle campagne.

Pas rassasié.

De sorte qu’il nous a semblé plus réaliste quand il s’est retiré que lorsqu’il a fait une rentrée épistolaire prématurée, qui n’était que l’habillage de sa tentation à revenir en politique, et même à revenir, déjà, en 2022. Ses propos montrent qu’il se considère en outre comme un recours pour la gauche, celle qu’il a massacrée en la précipitant dans le labyrinthe de ses initiatives contradictoires, qui ont commencé par une surtaxe de 50 % pour ceux payant l’ISF en 2012, méthode confiscatoire qui a été subie sans le moindre scandale public, puis en taxant la classe moyenne, pour revenir ensuite au secours des entreprises qui n’en pouvaient mais. Une longue méditation solitaire eût été préférable, après ça, à son agitation médiatique dépourvue de tout scrupule, sous le prétexte que d’avoir été celui que l’on raille l’autorisait à contribuer à sa manière au délitement du pays.

Lui, l’unificateur de la gauche ? Lui, dont on ignore complètement le programme dès lors qu’il les a tous essayés successivement ou en même temps ? Lui, qui fait de la politique depuis près d’un demi-siècle et n’est toujours pas rassasié ? Lui qui a reconnu son échec, en a tiré la leçon, et se présente à nous aujourd’hui comme s’il  n’avait pas ce passé délétère ? Certes, il a de bonnes raisons d’en vouloir personnellement à Emmanuel Macron. Mais on ne bâtit pas une seconde carrière sur les fondations qu’offrent la rancune et la colère. François Hollande a décidé d’introduire dans la crise du pays sa personne et son jugement et d’exposer son expérience comme une valeur sûre. Il montre au contraire que, aveuglé par son estime de soi, il ne peut nous proposer que sa propre confusion politique et idéologique. Il croit que cent mille lecteurs représentent des millions d’électeurs. Le pire, c’est que, en agissant de la sorte, il n’apporte aucun baume aux maux dont nous souffrons. Il les aggrave, avec un cynisme de circonstance, (on m’a fait du mal, j’en fais à mon tour) tout à fait dommageable à l’unité du pays.

RICHARD LISCIA

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Un début d’anarchie

Radar démoli
(Photo AFP)

La mortalité routière a vivement augmenté au mois de février, ce qui incite le gouvernement à en trouver la cause dans la destruction systématique des radars.

COMME pour tout le reste, les raisons de cette hausse inquiétante de la mortalité par accidents de la route sont plus diverses que ce qu’en disent les pouvoirs publics, ne serait-ce que parce qu’on relève une augmentation des décès de piétons et de cyclistes. Ce serait donc moins sur la route qu’en ville que se produiraient les accidents. La destruction des radars, qui aura coûté 600 millions d’euros, ne traduit pas, en tout cas, une prédominance du civisme ; et il n’est pas interdit d’imaginer que l’ambiance créée par les gilets jaunes a contribué à la démolition systématique des radars.  Toute la théorie des gilets est fondée sur leur absence de responsabilité dans les casses diverses qui ont lieu dans les villes. Il leur convient de se décharger sur les black blocs, sans se souvenir que, en aucun cas, ils ne se sont opposés à leurs actes et que, de toute façon leur mouvement n’a pris de l’importance que parce qu’il est associé à la violence. Dans leur démarche, il n’y a pas que de l’incohérence, du mensonge et du mépris pour tous ceux qui ne les suivent pas. Il y a le refus de dialoguer, le remise en cause de nos institutions, une haine épaisse contre tout ce qui ne leur ressemble pas et une jubilation malsaine dans la destruction.

Une France livrée à ses pulsions.

Ce qu’ils nous annoncent, c’est l’anarchie. Le gouvernement montre les dents, mais le recours aux forces de l’ordre et à la justice est diminué par le respect des lois et des procédures. Dans toute activité de foule, il est pratiquement impossible d’identifier les casseurs et les vrais délinquants. Eric Drouet vient d’être condamné à 1 500 euros d’amende pour avoir organisé une manifestation interdite, ce n’est pas ce qui va le neutraliser. Dans cette partie de France débridée, livrée à ses pulsions, totalement indifférente à la morale, il existe une prédilection pour le chaos. Gilet jaune est devenu un job. Cela consiste à occuper des ronds-points pour y ressasser sa hargne et son aversion à l’égard de la population qui travaille et à aller démolir les centres des villes.  Nous verrons demain où en est cette admirable révolution dont l’imbécillité économique le dispute à la perte de tous les repères civiques,  où l’espoir d’en finir avec la République et ceux que nous avons élus concourt avec l’ignorance des fondamentaux, et où perdure le sentiment qu’un maximum de haine rend majoritaire, l’intensité de cette passion triste étant censée compenser l’insuffisance du nombre de militants.  Or les gilets jaunes, quelle que soit la mesure avec laquelle on les compte, sont infiniment minoritaires. S’ils se présentent aux échéances électorales des trois prochaines années, ils feront un score dérisoire. S’ils ne se présentent pas, ils iront gonfler les rangs du RN, démentant de la sorte la fiction en vertu de laquelle ils seraient la nouvelle gauche, celle qui ne boucle pas ses fins de mois et qui considère comme des ennemis ceux qui gagnent 100 euros de plus qu’eux par mois.

Les mœurs nationales se sont dégradées.

On les laisserait à leurs divagations si on n’observait cette anarchie qui s’installe dans les mœurs nationales, qui permet de rouler vite au mépris de la vie des piétons et des cyclistes, d’insulter son prochain en toute circonstance, de participer à toutes les entreprises funestes des réseaux sociaux, amalgames indécents et grotesques où se mêlent, la haine, le racisme, l’antisémitisme, et, en plus, le mépris. Le mépris d’une société fondée sur les principes démocratiques, mais fragile face à l’épreuve de force quand les gouvernés décident qu’aucune autorité, aucune loi, aucun principe ne les  feront changer d’avis. Il n’y a pas si longtemps, avant le terrorisme et les gilets jaunes, tout se faisait dans notre pays à la confiance. On ne verrouillait pas sa porte. On était rarement contrôlé. On était libre. C’est de ce confort, plus intellectuel que matériel, de cette liberté qu’ils cherchent à nous priver. Ils ont posé leurs revendications, obligeant le pouvoir à leur distribuer de l’argent, qu’ils touchent tout en disant que ce n’est pas assez, mais qu’est-ce que c’est, sinon une incessante surenchère ? Très peu de gens osent le dire. Chacun, par précaution, rappelle que les gilets sont pauvres, qu’ils ont le mal de vivre, qu’il faut les aider. Mais qui peut les aider sinon ceux qu’ils haïssent avec tant de persévérance ?

RICHARD LISCIA

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Confusion électorale

Griveaux à l’Assemblée
(Photo AFP)

Trois ministres quittent le gouvernement, la première, Nathalie Loiseau, parce qu’elle va conduire la liste de la République en marche aux élections européennes, les deux autres, Benjamin Griveaux et Mounir Mahjoubi, parce qu’ils sont candidats à la mairie de Paris, donc aux municipales, qui, pourtant, n’auront lieu qu’en 2020.

IL SE DIT qu’Emmanuel Macron est agacé par les ambitions précoces de ses ministres. M. Griveaux ne s’en va que parce que M. Mahjoubi a voulu le court-circuiter dans la candidature de la REM à la mairie de Paris. Il n’est pas osé penser que les carrières personnelles auraient dû céder le pas à la discipline de parti. Cette frénésie autour des élections municipales est certes déterminée par l’affaiblissement apparent de la maire actuelle, Anne Hidalgo qui, cependant, reste, dans les sondages,  en avance à la fois sur Griveaux et sur Mahjoubi. Il sera donc très difficile de la déposséder de sa fonction. Cela peut changer bien sûr, de même qu’il ne devrait pas être interdit de prendre son souffle avant une campagne marathon. Mais le gouvernement a une tâche assez lourde à accomplir pour ne pas subir des remaniements à répétition. Résultat : M. Macron cherche trois ministres, ce qui va prendre du temps.  Et l’opposition d’ironiser.

Le calcul de LR.

Le président Macron ne dispose plus que de deux années utiles pour accomplir ses réformes, dans un climat politique détérioré à la fois par la crise des gilets jaunes et par les attaques de plus en plus venimeuses des Républicains, convaincus qu’ils ne réémergeront que s’ils affaiblissent chaque jour un peu plus la majorité. C’est un calcul qui vaut ce qu’il vaut et, après tout, on se reverra au lendemain du scrutin européen, dont la particularité, cette année, sera de représenter un test du rapport de forces politiques en France. LR fait tout ce qui est en son pouvoir pour abattre Macron, mais ne gagne guère du terrain dans les sondages. Tout au plus peut-on dire que les Républicains se sont réunifiés autour de l’anti-macronisme, soutenu par diverses erreurs du gouvernement, jeunesse et inexpérience des nouveaux venus, insuffisance des programmes sécuritaires, déficiences diplomatiques, désordre dans la gestion, incidents de parcours dus aux maladresses et aux petites phrases. Là-dessus, Macron poursuit ses provocations, comme lorsqu’il a conseillé la « sagesse » à la militante d’Attac, grièvement blessée samedi dernier dans un manifestation de gilets jaunes.  Ce n’était sûrement pas délicat de sa part, mais il y a des millions de Français, excédés par l’arrogance et la violence des gilets jaunes, qui pensent exactement comme lui sans oser le dire.

Retour à l’obscurantisme.

« Le Figaro » de ce matin titre en manchette : « La droite veut perturber le duel Macron-Le Pen ». Cela s’appelle prendre ses désirs pour des réalités. Le gouvernement actuel présente, comme je viens de l’écrire, ses idiosyncrasies et ses failles. Il n’est pas aussi impopulaire que LR veut bien le faire croire et LR n’est pas en mesure d’arriver en tête aux élections européennes. Ce que fait la force de la REM, c’est que l’opinion est au moins certaine que ce parti a une très bonne chance d’écarter le Rassemblement national dans  les trois rendez-vous électoraux à venir. En même temps, comment nier que ce gouvernement, si désordonné qu’il soit, ne poursuit pas les réformes dont nous avons tant besoin (retraites, fonction publique, éducation) avec une assiduité exemplaire ? Si les Républicains reviennent un jour au pouvoir, ils ne seront que trop heureux de trouver un pays guéri, au moins partiellement, de ses scléroses. Sinon, ils peuvent s’attendre à un déchaînement d’hostilité au moins aussi ravageur que la haine presque irrationnelle qu’inspire Macron. La droite classique pense que le duel Macron-Le Pen est « mortifère », comme l’écrit l’éditorialiste du « Figaro ». Ce qui est mortifère, en réalité, c’est que le Rassemblement national risque d’arriver au pouvoir au terme du mandat de Macron. Ce qui est mortifère, c’est le risque d’une sortie de l’euro et même de l’union européenne. Ce qui est mortifère, c’est un pouvoir politique aux mains de personnages sombres et incompétents, comme Mme Le Pen, qui croit  que le Smic est payé 36 euros de l’heure (vite, tous smicards !). Ce qui est mortifère, c’est le simplisme en politique, la croyance en la baguette magique, en cette révolution rétrograde qui nous demande de haïr les riches, les minorités, les vieux ou les jeunes. Ce qui est mortifère, c’est ce lent retour à l’obscurantisme.

RICHARD LISCIA

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Algérie : coup de théâtre

Le général Ahmed Gaïd Salah
(Photo AFP)

Dans un discours de portée historique, le chef d’état-major des armées algériennes, le général Ahmed Gaïd Salah, a appelé à l’empêchement du président Abdelaziz Bouteflika.

LE GENERAL a donc donné le coup d’envoi d’un changement politique très important. Il s’agit davantage d’un coup de théâtre que d’un coup d’Etat, car il y a toutes les raisons de penser que la décision d’Ahmed Gaïd Salah a été mûrement réfléchie avec le clan familial de M. Bouteflika, qui continue à tenir les rênes du pouvoir, sous l’œil vigilant de l’armée, laquelle n’a cessé, pendant la crise qui a duré un mois, de répéter qu’elle était « dans le camp du peuple ». Cependant, on se trouve devant un paradoxe : pour éviter toute violence et, de ce point de vue, les Algériens ont été exemplaires, il fallait bien que l’évolution politique vînt de ce « système » vilipendé par le peuple. Mais, en même temps, le fait que l’armée, par son premier représentant, a pris l’initiative d’intervenir dans le jeu politique, risque de déboucher sur une solution qui protège les personnes, apparatchiks ou oligarques, souvent corrompus, dont les Algériens ne veulent plus entendre parler.

Une solution du système ou hors du système.

Il serait néanmoins erroné de minimiser la force du changement qui vient de se produire. C’est la réponse de l’institution-arbitre à une revendication essentielle. Il ne fait aucun doute ce matin que la démission du président Bouteflika n’est plus qu’une question d’heures. Bien sûr, les questions se bousculent : quelle solution de rechange le pouvoir et l’armée vont-ils proposer aux Algériens ? Les oppositions, qui sont multiples, dénoncent en chœur « l’enfumage » qui se préparerait. Il y aura inévitablement des élections, mais le pouvoir, en place depuis 1962 et soutenu par l’armée,  a administré la preuve à plusieurs reprises qu’il était capable de se maintenir en dépit du choix apparent qu’il proposait au peuple.

Il faudrait donc que l’armée ait le courage d’organiser,  ou d’exiger, des élections libres et pluripartites, qui permettraient aux Algériens d’élire les candidats avec lesquels ils ont des affinités. La tentation est grande de comparer la crise algérienne à la crise française. La première donnerait une leçon de modération aux gilets jaunes ; la seconde montrerait le côté irrationnel de la comparaison : quoi qu’on en dise à gauche et à droite, l’élection de M. Macron est parfaitement légitime ; et on demanderait presque, pour l’Algérie, l’application du programme de Jean-Luc Mélenchon, démission du président, dissolution de l’Assemblée nationale et création d’une Assemblée constituante qui favoriserait l’avènement d’une VIe République.  On pourrait même se mettre à croire que le « système » français date, lui aussi, de soixante ans.

Des élections libres sont-elles possibles ?

En réalité, il s’agit d’un amalgame. La non-violence des Algériens résulte des dix années noires de 1990 à 2000, où les djihadistes se sont livrés à des crimes de masse contre le peuple, contre des civils. La France, de son côté, n’est pas un pays qui n’a jamais compté que sur la rente pétrolière et n’a pas su diversifier son économie. C’est aussi un pays démocratique, de sorte que toute solution radicale à la crise qu’il traverse ne peut constituer qu’un déni de démocratie.

D’une part, on est donc amené à souhaiter des élections libres en Algérie. D’autre part, on risque d’assister à la floraison d’une pléthore de partis qui rendrait impossible une majorité parlementaire. Là encore, l’armée jouera son rôle de contrôleur. Elle peut, sous le prétexte d’assurer l’ordre, doucher l’enthousiasme populaire. Et si elle contribue elle aussi à la recherche d’une majorité, elle risque de s’assurer que cette majorité ne se débarrassera pas de sa propre influence. Pour que la liberté ne soit pas tempérée par des prétextes, il est souhaitable qu’un leader charismatique incarne le changement, qu’il soulève les foules, et qu’avec leur soutien, il forme une majorité. Le chemin, pour parvenir à ce moment, est long et ardu. Mais, si l’on observe l’Algérie avec assez de distance, si l’on se souvient de l’échec complet des « printemps arabes » (sauf en Tunisie), si l’on admet que la Syrie, après 350 000 morts, trois millions d’exilés, des destructions massives, a été le cimetière de toutes les illusions arabes et enfin, si l’on voit que la révolution égyptienne a abouti au maintien de l’armée au pouvoir, sans même citer l’Irak et le Yémen, on peut se dire que, pour le moment, l’Algérie a déjà triomphé des démons qui détruisent de l’intérieur les sociétés arabo-musulmanes.

RICHARD LISCIA

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Chine : le front européen

Juncker, Macron, Merkel, et Xi
(Photo AFP)

Emmanuel Macron a tenu à conclure ce matin le sommet franco-chinois par une réunion entre Xi Jinping, lui-même, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker. Bonne initiative destinée à rappeler au pouvoir chinois qu’il ne saurait y avoir de relations bilatérales entre Pékin et un seul pays membre de l’Union européenne.

LA VISITE d’État de Xi en France a été conforme au décorum traditionnel : luxe, amabilités et flonflons. La Chine a passé, à cette occasion, un commande d’Airbus pour la somme de 100 milliards d’euros, mais, compte tenu du déficit commercial croissant de la France dans ses échanges avec la Chine, il serait temps de diversifier nos exportations vers l’empire du milieu. Xi Jinping n’est pas, comme Trump, hostile, à l’intégration européenne, qu’il considère comme un moyen d’augmenter les exportations chinoises. Mais, pas plus que ses prédécesseurs, il n’a été le champion de la réciprocité en matière commerciale. En Europe, seule l’Allemagne tire son épingle du jeu dans ses rapports avec Pékin. Aussi était-il courageux, pour Mme Merkel, de participer au sommet sino-européen de ce matin.

L’alimentation du peuple.

Le projet chinois de « nouvelle route de la soie » ressemble plus à un instrument pour accroître les ventes de la Chine à l’étranger qu’à une méthode pour équilibrer les échanges. Le gouvernement français n’est pas dupe des intentions chinoises, mais, contrairement à Donald Trump, qui a déclenché une guerre commerciale sans effet (puisque le déficit américain a encore augmenté), les Européens espèrent établir un partenariat plus juste avec la deuxième puissance mondiale. C’est un projet très ardu parce que la Chine est à la fois le pays le plus libéral en matière d’économie et de finance, quoiqu’en préservant ses intérêts par des astuces protectionnistes, et le pays politiquement le plus fermé depuis que Xi a décidé de revenir au maoïsme, en devenant pratiquement président à vie, en renouant avec la culte la personnalité, en renonçant au respect des droits de l’homme, en utilisant les techniques les plus modernes pour ficher la totalité de son peuple, un milliard trois cents millions de citoyens chinois. Bien entendu, le président Macron, dans ses entretiens, a insisté sur les « préoccupations » de la France au sujet des droits de l’homme en Chine. Les Européens ne manquent jamais de défendre leur point de vue humaniste, que Xi peut accueillir avec un sourire d’autant plus aimable qu’il ne donne aucune suite aux remarques de ses homologues.

Une société inégalitaire.

L’autre problème, c’est que plusieurs pays appartenant à l’UE, notamment l’Italie et le Portugal, accueillent la Chine à bras ouverts, sans concertation avec l’Union. Certes, ils sont habilités à conclure des accords avec des pays étrangers ou non-européens, mais les méthodes de séduction chinoise, principalement de gros investissements dans de gros projets, sont de nature à diviser les pays membres de l’UE. Rome et Lisbonne n’ont pas vraiment le choix qui souffrent d’une lancinante crise économique et ont plus besoin que d’autres de créer des emplois. L’important, c’est qu’ils ne s’accoutument pas trop à l’argent chinois qui a déjà permis à Pékin d’acheter de vastes territoires en Afrique et en Amérique latine pour y cultiver des denrées destinées à l’alimentation du peuple le plus nombreux du monde.

Derrière l’apparat de la visite d’État, il y a donc plusieurs points de friction grave, dont la domination navale de la Chine dans le Pacifique sud n’est pas le moindre. Bien entendu, les Européens ne souhaitent pas déclencher avec Pékin une guerre froide comparable à celle qui oppose la Russie au monde occidental. En faisant avaliser son point de vue par la chancelière allemande et par le président de la Commission européenne, M. Macron a donc indiqué au maître de la Chine les limites qu’il ne peut pas dépasser. Et tente de lui vanter les bénéfices, pour tout le monde, d’échanges équitables et pacifiques. L’Union européenne n’a pas l’espoir de changer le régime chinois, mais elle peut contribuer à l’apaiser. De son côté, Xi sait qu’il n’est pas sur une trajectoire ascendante. Le rythme de la croissance (officielle) de la Chine ne cesse de faiblir, passant en près de dix ans de plus de 10 % par an à 6%, alors que la société chinoise, sous l’emprise du capitalisme sauvage, est l’une des plus inégalitaires du monde, ce qui représente un danger pour l’avenir.  Parvenu à son apogée politique, Xi ne peut que redescendre. Si la Chine résiste avec tant de vigueur à la libéralisation du régime, c’est parce qu’elle redoute une crise sociale qui, compte tenu de sa démographie, serait très difficile à gérer. La direction chinoise semble néanmoins avoir compris qu’elle doit développer son marché intérieur, favoriser la consommation, accroître le niveau de vie de sa population, toutes choses qui la rendraient moins menaçante.

RICHARD LISCIA

 

 

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Le pouvoir se ressaisit

Nathalie Loiseau
(Photo AFP)

Un mini-remaniement gouvernemental est attendu pour ce soir ou demain. Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, devrait quitter le gouvernement pour devenir tête de liste de la République en marche aux élections européennes. D’autres ajustements pourraient être effectués au sein de l’équipe d’Édouard Philippe.

LE PRÉSIDENT et le Premier ministre ont redressé la barre samedi dernier en jugulant les manifestations des gilets jaunes sans qu’il y ait eu des dégâts notables. Une militante d’Attac âgée de 73 ans, a été gravement blessée à la tête à Nice et ses trois filles ont porté plainte. M. Macron a souhaité un prompt rétablissement à la victime tout en lui recommandant la « sagesse », façon de lui dire qu’à son âge on évite les manifestations. Cela sera sûrement ajouté à son passif et ce n’est sûrement pas de cette manière qu’il se rendra plus populaire. Il l’a dit un jour : « Je ne changerai pas ». Mais les gilets jaunes non plus. S’il est vrai que le nouveau préfet de police, Didier Lallement, a réussi à verrouiller les Champs-Élysées, il sait que les gilets tenteront samedi prochain de contourner les nouvelles règles appliquées par la police. Ils ont déjà demandé l’autorisation de manifester aux Champs-Élysées le 30 mars. Un responsable d’Attac a souligné que la multiplication des interdictions de manifester sous tel ou tel prétexte a pour effet de dénier le droit de manifester, qui est constitutionnel. Cet après-midi, le procureur a indiqué que les images de la chute de la militante d’Attac  sont en cours d’exploitation.

La REM en tête.

Le mini-remaniement résulte moins de la crise d’autorité de l’État que de la nécessité de désigner un chef de file REM pour les élections européennes.  Deux sondages publiés aujourd’hui montrent que la REM arrive en tête (23 %), devançant d’un point et demi le Rassemblement national, tandis que LR réunit 12 à 13 % des suffrages, et la France insoumise seulement huit. « Place publique », le mouvement lancé par Raphaël Glucksmann et adoubé par le PS obtient, selon Harris, 7 % des voix. M. Glucksmann a quand même été capable de rassembler des électeurs disparates, ce qui est souhaitable pour toutes les tendances qui ont de fortes affinités. Il est bon, par exemple, que l’écologiste Pascal Canfin ait décidé de rejoindre la REM. Il sera second sur la liste.

Une fois de plus, les élections européennes se résument, pour l’électorat français, à un affrontement entre REM et RN. Même si les Républicains semblent décoller, ils jouent largement au-dessous des 20 % et n’entament pas le score des macronistes, ce qui représente un paradoxe au moment où le chef de l’État est vitupéré par tous les partis et par tous les médias. Peut-être l’électorat a-t-il constaté que les reproches adressés au président sont contradictoires : LR, par exemple, l’a successivement critiqué pour son manque et pour son  excès d’autorité. Le Sénat n’a pas pu s’empêcher de faire de la politiquement bassement politicienne en désignant à la justice trois conseillers très proches du président dans l’affaire Benalla. Le retard pris par LR explique la virulence sans doute excessive de ce parti. Elle l’a peut-être aidé à gagner quelques points, mais le socle de votants favorables à Macron ne bouge pas.

Chercher une solution.

Emmanuel Macron doit s’investir dans les européennes, alors que d’autres pensent depuis longtemps aux municipales de 2020. C’est ainsi que l’on évoque, de manière prématurée, une démission de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, et de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique, tous deux candidats à la mairie de Paris. Le job d’Anne Hidalgo semble fasciner des dizaines de candidats et la meilleure chance de la maire actuelle de la capitale, c’est, à n’en pas douter, la pléthore d’adversaires que son poste prestigieux a inspirés. Quoi qu’il en soit, les aventures politiques personnelles de quelques ténors n’ont rien à voir avec la dure tâche qui attend M. Macron. Il n’a pas réussi à mettre fin au mouvement des gilets jaunes qui continuent à réclamer sa démission et la dissolution de l’Assemblée. Ils ont été au nombre de 300 000, puis de 50 000 mais ils ne forment nullement une majorité. La violence seule a galvanisé le mouvement et en assure la longévité. Mais il existe et il empêche le fonctionnement normal des institutions. Ce n’est pas parce que la réponse politique est difficile à apporter qu’il ne faut pas la rechercher ardemment.

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