Europe : premières manoeuvres

Guy Verhofstadt
(Photo AFP)

Les yeux de l’Union européenne étaient fixés sur les résultats des élections législatives en Suède, mais les Suédois n’ont pas voté clairement. D’où des incertitudes sur l’avenir du royaume.

LES SUEDOIS ont placé les sociaux démocrates et les conservateurs au même niveau, et n’ont assuré à l’extrême droite qu’une progression de trois points plutôt qu’un triomphe. Il demeure que les « Démocrates de Suède » (ainsi s’appelle l’extrême droite) ont une position d’arbitre. Les électeurs ont si mal voté qu’ils ont déclenché une instabilité politique qui risque de durer. Ce qui n’a pas empêché la France insoumise et le Rassemblement national de trouver excellents les résultats de la consultation suédoise. On verra dans les jours qui viennent comment la Suède va sortir du guêpier où elle s’est fourrée.

La rencontre de Marseille.

La menace d’un triomphe de l’extrême droite en Suède est en tout cas écartée, ce qui n’est pas négligeable en ces temps de montée des extrémismes en Europe. Emmanuel Macron en est parfaitement conscient qui s’est rendu jeudi dernier au Luxembourg pour renforcer ses affinités avec les démocrates du Bénélux et vendredi à Marseille, où il a envisagé, avec la chancelière allemande, Angela Merkel, les prémices d’une alliance des « progressistes » européens par rapport aux « nationalistes ». En se promenant dans la cité phocéenne le soir, le président a eu une rencontre « impromptue » avec Jean-Luc Mélenchon qui, pour une fois, s’est montré aimable, ce qui lui a été évidemment reproché par les plus sectaires de ses amis. On ne s’en surprendra pas, même si on beaucoup de mal à s’y faire : pourquoi un chef de l’opposition ne pourrait-il pas bavarder avec  le président ?

Bien que ses proches aient réagi prudemment, le président de la République a reçu une bonne nouvelle : Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et actuel chef de file des libéraux et des centristes (ADLE) au Parlement de Strasbourg, propose une alliance entre son mouvement et celui de M. Macron. Christophe Castaner  est « ravi » de la  proposition de M. Verhofstadt, mais il n’a pas voulu s’engager tout de suite. Parmi les élus progressistes au Parlement européen, il y aura pas qu’une coalition à deux, mais à plusieurs.

Une affaire prise au sérieux.

Ces premières rencontres à l’étranger, la détermination des nationalistes à « gagner » le scrutin de mai 2019, ce qui serait une première historique, la parade recherchée par les progressistes montre que, l’an prochain, tous les partis d’Europe prendront très au sérieux les élections européennes. Si  les extrêmes croient dur comme fer à leur victoire parce qu’ils s’estiment portés par un vent nouveau qui leur est favorable, tous les autres partis sont bel et bien décidés à les arrêter net dans leur élan. Malheureusement, pour le moment, on n’a pas le sentiment que les partis d’inspiration démocratique aient compris que l’enjeu de ce scrutin européen est particulièrement important. A droite, mais au au centre, personne ne songe publiquement à rejoindre la République en marche pour gonfler son électorat. Ni Alain Juppé, ni Xavier Bertrand, ni Valérie Pécresse n’ont laissé entendre pendant le week end qu’ils étaient acquis au principe d’une large contre-offensive destinée à contenir les extrêmes. Et, bien entendu,  pour Laurent Wauquiez, la droite ira au combat avec l’UDI, elle ne risque pas de s’inféoder à la REM.

Que va faire Wauquiez ?

Il y a de bonnes raisons, pour les partis, de rester à l’écart  d’un parti présidentiel que l’opinion publique commence à rejeter sévèrement. En quelque sorte, Emmanuel Macron ne « mériterait » pas le soutien de la droite et du centre. Dans le cas de M. Wauquiez, on peut dire qu’il est plus hostile à la REM qu’au Rassemblement national, même s’il répète à l’envi qu’il ne s’associera jamais avec l’extrême droite. Mais LR et UDI ont le temps de mûrir : que vaut leur stratégie si elle divise le camp des progressistes pour mieux faciliter la tâche des nationalistes ? Même si M. Wauquiez a des reproches idéologiques à faire à M. Macron, il se situe naturellement plus près de la REM que de Marine Le Pen. En réalité, le chef de LR est dans une situation que décrit parfaitement l’expression anglaise : « You’re damned if you do, you’re damned if you don’t ».  (Dans tous les cas, tu perds). Pour pouvoir snober le parti de Macron qui, dans les sondages, est en pôle position aux européennes, il faudrait qu’il ait plus de troupes. Le rapprochement avec Macron n’est peut-être pas possible, mais le rapprochement avec le RN est pire encore.

RICHARD LISCIA

 

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Etats-Unis : vent de folie

Trump hier dans le Montana
(Photo AFP)

On se perd en conjectures sur la décision du « New York Times » de publier la tribune anonyme d’un important membre de l’exécutif américain qui dénonce le comportement de Donald Trump, ses coups de tête, ses caprices, son incompétence et son manque de cohérence.

AU FOND, le collaborateur dépité du président ne nous annonce rien que nous ne savions déjà. Il se contente d’ajouter ses critiques à celles de la presse, il confirme le désordre qui règne à la Maison Blanche et le danger que représente le chef de la nation la plus puissante du monde dès lors qu’il fonctionne sous l’emprise de ses impulsions, de ses velléités, de ses changements de cap, de ses tweets vengeurs, rageurs, multiples, et de ses jugements péremptoires qu’aucune argumentation sensée ne soutient. Ce qui gêne, dans cette affaire, c’est que le grand dénonciateur n’a pas cru nécessaire de fournir son identité et qu’il continue à occuper ses fonctions alors même qu’il prétend éprouver de l’aversion pour son patron. C’est aussi que ce grand journal qu’est le « New York Times » a consenti à publier sa tribune en dépit de l’anonymat. Ce n’est pas exactement fair play. Le problème n’est plus Trump et sa manière délirante de gouverner, mais l’identité de l’homme ou de la femme qui a écrit cet article. Le tout-Washington n’a plus qu’une idée, trouver le délateur. Et  les journalistes du « Times » eux-mêmes participent à la chasse à courre.

L’accusation réciproque de mensonge.

Le « Times » se défend en disant que, après réflexion, ses dirigeants ont estimé que l’article valait la peine d’être publié. Mais ont-ils vraiment besoin d’une information obtenue dans des circonstances aussi peu déontologiques pour augmenter le nombre de leurs lecteurs ? Ils auraient pu laisser l’affaire à une publication moins prestigieuse. Et ils doivent maintenant prouver qu’ils n’ont pas été manipulés, qu’il ne s’agit pas d’un faux, que la personne existe, qu’elle est au service de Donald Trump et qu’elle a seulement voulu exprimer le désespoir des femmes et des hommes qui travaillent pour le président des Etats-Unis. Victime d’une manoeuvre emberlificotée, Trump a beau jeu aujourd’hui de se présenter en victime, d’appeler ses employés les plus loyaux à écrire des textes à sa gloire, de réclamer que tombe le masque de son accusateur et de montrer comment se comporte cette presse qu’il a si souvent accusée de mentir.

Mais ce bizarre épisode de la présidence Trump ne serait jamais advenu si le président lui-même n’entretenait tous les jours un climat de tension sans précédent,  insultes lancées à ceux qui ne marchent pas droit, tweets contradictoires et incessants qui remplacent la discrétion de la diplomatie, attaques contre le quatrième pouvoir, éloges emphatiques de ses pires ennemis, comme Poutine ou Kim Jong Un, dénigrement de ses amis ou alliés, insensibilité pathologique aux souffrances humaines. Le désordre est tel dans la capitale des Etats-Unis et l’inversion des valeurs si implacable que même le « New York Times » se fourvoie dans un opération qui n’est pas digne de lui.

Un scandale au mois d’août.

Trump ne se maintient au pouvoir que par une politique de force qui continue à séduire son électorat. Le seul moyen de le combattre, c’est de se servir des institutions, non d’adopter les méthodes du président. Il ne fait pas de doute que ce que l’on voit de la pièce qui se joue à la Maison Blanche n’est que la partie émergée de l’iceberg et qu’il est facile de deviner les abus commis dans les relations entre le chef de l’exécutif et ses fonctionnaires. Ce n’est pas non plus en le déclarant idiot ou ignare qu’on le poussera dans ses retranchements. Chaque fois qu’il est attaqué au moyen d’épithètes diverses, il prend à témoin son électorat pour lui faire savoir que la minorité insulte la majorité.

L’affaire du « New York Times » rappelle un épisode qui a eu lieu au mois d’août. Une femme de 44 ans, Omarosa Manigault Newman, qui avait participé à deux émissions de téléréalité de Donald Trump (oui, il a fait ça aussi), a obtenu un des postes les mieux payés à la Maison Blanche. Pendant les réunions auxquelles elle était conviée, elle enregistrait les conversations. Elle compte publier un livre de révélations. Mme Manigault a trahi son engagement auprès de Trump, elle a commis un délit en enregistrant des propos confidentiels tenus au coeur de l’exécutif, elle risque des poursuites judiciaires et c’est elle qui va nous exposer honnêtement la dépravation du pouvoir ? Il faudrait, au contraire, que les adversaires de Trump soient irréprochables.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 2 commentaires

Le vertige allemand

Merkel sanctionnée
(Photo AFP)

Les manifestations et violences de Chemnitz, la création d’un nouveau parti de gauche, Aufstehen, dont Sahra Wagenknecht, ex-Die Linke, prend la tête, l’ascension de Alternative für Deutschland (AfD) qui, selon les sondages, recueille 16 % des suffrages et talonne le SPD (sociaux-démocrates) : l’Allemagne, prospère et puissante, vacille, se cherche et tente des expériences inquiétantes.

LA CRISE politique allemande n’a aucun rapport avec sa situation économique et sociale, qui est brillante. Protégés par une économie dont les exploits se répètent d’année en année, les Allemands, ou plutôt une partie d’entre eux, semblent ne pas avoir pardonné à la chancelière Angela Merkel sa décision, prise en 2015, d’accueillir près d’un million d’immigrés sur le territoire allemand. La chancelière a réussi à obtenir un nouveau mandat de quatre ans l’année dernière, mais les élections législatives de septembre dernier ont montré l’affaiblissement de son parti ainsi que celui des sociaux-démocrates (SPD). Au terme de longues tergiversations, une coalition entre la CDU (conservateurs) et le SPD a été élaborée, mais les reproches adressés à Mme Merkel n’ont jamais cessé et, au sujet de l’accueil des migrants, elle a même été mise au défi par son propre ministre de l’Intérieur, membre de la CSU, un parti très à droite représentant la Bavière et associé à la CDU.

Les incidents de Chemnitz.

L’équilibre de la coalition est empoisonné par les assauts de l’extrême droite, qui rassemble beaucoup d’Allemands de l’Est, apparemment frustrés parce qu’ils ne parviennent pas tout à fait à rejoindre le niveau de vie de leurs compatriotes de l’ouest, et de l’extrême gauche. A Chemnitz, ville de l’Est, un Allemand de 35 ans a été tué par un immigré irakien, ce qui a mis le feu aux poudres et conduit l’extrême droite (essentiellement des membres de l’AfD) à manifester. Des scènes de violence se sont produites parce que les contre-manifestants étaient au moins aussi nombreux que les membres de l’AfD. Depuis 1945, on n’a jamais vu l’Allemagne aussi déstabilisée, son gouvernement aussi choqué et perplexe, des divisions aussi profondes. La crise est d’autant plus paradoxale que la croissance de l’Allemagne n’a pas ralenti, que le quasi-plein emploi y est assuré et que ses usines tournent rondement. Nul doute que les inégalités dues une insuffisante répartition de la richesse, un autre effet de la mondialisation, jouent contre tous les consensus possibles : nombre d’Allemands de l’Est pensent que l’afflux d’immigrés fait d’eux des citoyens de seconde zone, d’autant que les efforts du gouvernement allemand pour insérer les réfugiés dans la société grâce à une assistance coûteuse et une formation très poussée, ont été couronnés de succès, au moins pour la majeure partie des étrangers concernés.

La cause de tous nos maux.

L’intolérance et la xénophobie ne sont pas limités, cependant, aux anciens citoyens de la RDA. Au sentiment national de culpabilité lié au passé hitlérien a succédé le bon vieux nationalisme, celui qui, jadis, conduisit  l’Allemagne à une catastrophe historique. Depuis 1945, ce pays a toujours été gouverné par des démocrates convaincus, dans une stabilité remarquable. Et puis, au tournant du siècle, les vieux démons, favorisés par une mémoire chancelante, ont surgi de nouveau. La nouvelle excroissance de l’extrême gauche, Aufstehen, semble vouloir faire la synthèse entre la satisfaction des aspirations populaires par l’abandon du libéralisme, et une plus grande fermeté face à l’immigration, fondée sur l’idée que les étrangers prennent les emplois des gens nés en Allemagne. Ce qui pose un problème aigu pour toute l’Europe. La lutte contre l’immigration débouche sur des actes contre nature, comme le démontre l’attitude du ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, qui refuse l’accès des ports de son pays aux bateaux chargés de migrants, ce qui crée un conflit pour chaque navire. Et une politique plus généreuse finit par se retourner contre le gouvernement qui l’a décidée : Mme Merkel paie d’un prix accablant son geste de 2015 et elle est maintenant obligée de gouverner dans un climat d’hostilité et de défiance créé de toutes pièces par l’extrême droite.

Dans toute l’Europe, l’évolution vers « l’illibéralisme » et l’autoritarisme met en garde les partis ancrés dans la démocratie contre le risque d’une politique migratoire appuyée sur un élémentaire humanisme. C’est l’immigration qui a conduit le Royaume-Uni à cette catastrophe historique qu’est le Brexit, au sujet duquel il est bien peu probable qu’un accord soit conclu entre Londres et les Vingt-Sept ; c’est l’immigration qui a porté les populistes et les néo-fascistes au pouvoir en Italie ; c’est elle qui permet à Viktor Orban, en Hongrie, de gouverner au mépris du droit ; c’est elle qui, en affaiblissant l’Europe, renforce le pouvoir de nuisance de Vladimir Poutine. De sorte que le discours humaniste devient dangereux pour les partis politiques qui le prononcent. Leur dilemme est affreux. S’ils devancent les voeux de la population en durcissant leur programme d’accueil des réfugiés, ils perdent le sens même de leur vocation ; s’ils tiennent bon, ils seront électoralement battus.

RICHARD LISCIA

 

 

Publié dans Non classé | 9 commentaires

Un gâchis

Darmanin ou la persuasion
(Photo AFP)

L’épisode du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu n’aura pas été glorieux pour le gouvernement. On se demande pourquoi le président de la République a déclenché une tempête dans un verre d’eau il y a dix jours environ pour que le Premier ministre annonce finalement le maintien de la collecte à la source.

RIEN N’EMPÊCHAIT les pouvoirs publics, s’ils nourrissaient un doute sur l’efficacité de la méthode, de régler le problème en interne sans le jeter en pâture à l’opinion. Les raisons qui ont poussé Emmanuel Macron à exprimer ses doutes sur l’efficacité de Bercy restent mystérieuses et donnent lieu à des hypothèses multiples. Sans doute a-t-il craint principalement le mécontentement de l’opinion, dont le pouvoir d’achat s’est érodé, face à une ponction des revenus qui, même si elle n’augmente pas l’impôt, serait de toute manière désagréablement perçue. Mais le pire, dans l’affaire, c’est que M. Macron a laissé percer un doute sur la capacité des 40 000 fonctionnaires chargés de conduire la réforme à éviter des « bugs » majeurs et à apaiser les esprits.

Les efforts de Darmanin.

Quand le président a exprimé son inquiétude, ses concitoyens ont cru qu’il voulait en finir avec la nouvelle collecte de l’IR, sinon, pensaient-ils, il n’aurait pas mis ses appréhensions sur la place publique. C’est le corollaire de l’autorité : si elle manque d’enthousiasme pour une réforme, la réforme est morte. D’aucuns pouvaient donc penser que le psychodrame de quelque dix jours qui a suivi les questions posées publiquement par le président ne correspondait qu’à une feinte agitation et que le sort du projet était scellé. En tout cas, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a tellement pris au sérieux les états d’âme du président qu’il s’est évertué, avec un acharnement plutôt louable, à lui démontrer que le prélèvement à la source ne poserait aucun problème.

Incroyable pantomime.

M. Macron a-t-il cédé parce que son jeune ministre a été convaincant ? Ou a-t-il compris qu’il allait se livrer à une reculade qui l’eût affaibli bien plus que les difficultés de la mise en route du nouveau système ? S’est-il seulement exprimé avec sincérité ? A-t-il admis que ses inquiétudes ne portaient pas sur la technique, mais sur le risque d’un nouvel accroissement de son impopularité ? Toujours est-il que, au lendemain de cette incroyable pantomime (la remise en cause d’une réforme préparée par François Hollande, reportée d’un an, testée à multiples reprises par les services administratifs et, tout à coup menacée de report ou de suppression à cause d’un caprice présidentiel), on n’a pas l’impression que le chef de l’Etat a maîtrisé cette séquence de bout en bout. Il l’a déclenchée trop vite, sur un coup de tête, semble-t-il, et il n’en a pas cru ses yeux quand il a vu quel chapitre désordonné et alarmant de sa gouvernance il a ouvert.

Dans ces conditions, il n’y a même plus lieu de se prononcer pour ou contre la réforme. Ce ne sont plus ses défauts ou qualités qui nous préoccupent. C’est la facilité, la négligence,  la nonchalance avec laquelle le pouvoir s’empare d’un dossier, celui des impôts, qui constitue la clé de voûte de la démocratie. C’est le consentement à l’impôt qui assure le fonctionnement de toute la société : 98 % de la totalité de l’IR sont collectés chaque année. Si le civisme est progressivement remplacé par le doute, la colère, l’hostilité au pouvoir issu des urnes, le désordre est proche.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 4 commentaires

Un mini-remaniement

François de Rugy
(Photo AFP)

C’est un peu la montagne qui a accouché d’une souris. Le remaniement gouvernemental est limité à deux ministres : François de Rugy, jusqu’à présent président de l’Assemblée nationale, remplace Nicolas Hulot à la Transition écologique et Roxana Marcineanu, ancienne championne de natation, prend le poste de Laura Flessel (qui démissionne pour des raisons de convenance personnelle) au ministère des Sports.

FRANCOIS DE RUGY a les qualifications requises : c’est à la fois un homme politique et un écologiste sincère. Il a été l’adjoint du maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, qui fut nommé Premier ministre par François Hollande. Militant écologiste, puis socialiste, il a refusé, malgré un engagement collectif d’apporter sa caution au vainqueur de la primaire socialiste, en l’occurrence Benoît Hamon, imitant de la sorte Manuel Valls. Ce qui lui a permis de rejoindre la majorité de la République en marche. Un opportuniste ? Un homme pour toutes les saisons et qui a le sens du compromis, ce que ses amis écologistes lui reprocheront si la politique du gouvernement, qui a tant déçu Nicolas Hulot, ne les rassure pas.

L’art du compromis.

Cependant, M. de Rugy n’a pas l’aura de M. Hulot. Emmanuel Macron, après avoir sollicité Daniel Cohn-Bendit, ce qui aurait produit une nomination très médiatisée, a fait un choix raisonnable en désignant un homme qui, malgré sa jeunesse (44 ans) a accompli un parcours politique et a toujours soutenu la lutte contre le réchauffement climatique. Mais cette nomination permet au chef de l’Etat de faire la politique qui lui convient. Il est à peu près sûr que son nouveau ministre n’aura pas les états d’âme ou les crises de conscience de M. Hulot. M. de Rugy, en effet, a montré par le passé, qu’étant un modéré, il connaît l’art du compromis. Il ne ressemble guère à ces écologistes absolutistes ou punitifs qui rejettent toutes les concessions et décrivent l’avenir en des termes de cinéma-catastrophe. Ce n’est pas qu’ils aient tort. C’est qu’il faut du temps pour placer l’écologie en tête de toutes les priorités dans un pays qui compte de nombreux chômeurs et réclame un meilleur niveau de vie.

Le sort de M. Ferrand.

La présidence de l’Assemblée nationale, autrement appelée le « perchoir », devrait revenir à Richard Ferrand, chef de la majorité à l’Assemblée nationale, qui l’a réclamée dès l’élection de M. Macron, mais ne l’a pas obtenue. Il avait néanmoins conclu un accord avec M. de Rugy pour que celui-ci lui passe le flambeau à la moitié du mandat présidentiel. Voilà une affaire réglée et M. Ferrand, s’il est élu, bénéficiera de 45 mois d’activité au perchoir plutôt que les 30 qu’il escomptait. On veut croire à tout prix que le nouveau ministre n’a pas été désigné seulement pour satisfaire les vastes ambitions de M. Ferrand, proche du président de la République.

Ce qui est sûr, c’est que le remaniement tant attendu ne bouleversera pas les foules. On avait lancé toutes les hypothèses, notamment celle d’un remaniement plus large. On espérait surtout, dans le camp écologiste, une personnalité d’un poids égal à celui de M. Hulot. Le remaniement a été précédé par un débat public autour de notre politique environnementale, que les écologistes en général considèrent comme faible, pour ne pas dire médiocre. M. Macron n’a pas répondu à cette attente, pas plus qu’à cette aspiration extrême. Si le projet a pu être, un moment, celui d’un Hulot au carré, l’ambition a vite été abandonnée.

Publié dans Non classé | Un commentaire

Trump : rendez-vous en novembre

Trump en forme
(Photo AFP)

Il est impossible de dresser quotidiennement la nomenclature des frasques, tweets et bizarreries de Donald Trump. Mais le président des États-Unis sait que son mandat dépend du résultat des élections législatives de novembre prochain. Le parti républicain, dont Trump a fini par prendre le contrôle absolu, n’est pas, à proprement parler, en mauvaise posture. Mais le camp démocrate commence à s’imposer dans nombre de circonscriptions.

LE PHÉNOMÈNE le plus remarquable est le nombre accru de femmes dans les primaires, comme si, médusées par le comportement sexiste du président, elles voulaient prendre leur revanche dans les urnes.  Les provocations du chef de l’exécutif n’ont pas conduit le parti démocrate à adopter des attitudes virulentes ou extrémistes mais à rechercher une victoire électorale avec les méthodes habituelles de maillage de la population et en soulignant l’aggravation des inégalités par des mesures gouvernementales qui favorisent les entreprises au détriment des citoyens. On n’a pas l’impression, en tout cas pour le moment, que la philosophie de Bernard Sanders, ancien candidat à la présidence qui se situe à l’extrémité gauche de l’échiquier politique, ait fait des émules, mais plutôt qu’il existe, chez les démocrates, le désir de rétablir l’équilibre pas des succès régionaux susceptibles de donner un coup d’arrêt à la dérive populiste.

Le bastion du président.

Les démocrates ont donc une bonne chance de conquérir la majorité à la Chambre des représentants, mais il est peu probable qu’ils s’emparent du Sénat. Leur succès à la Chambre suffirait à envoyer un avertissement à Donald Trump : même si sa cote de popularité est, à quelque 40 %, bien meilleure que celle d’Emmanuel Macron, il serait obligé d’admettre, au lendemain d’une perte éventuelle de sa majorité, qu’il ne peut pas continuer à gouverner sans se soucier de l’opposition. Ces éléments politiques sont distincts des affaires qui continuent à peser sur sa gouvernance. L’été a été riche en mauvaises nouvelles pour lui, par exemple la condamnation de Paul Manafort, son ancien directeur de campagne et les aveux de son ancien avocat, Michael Cohen, qui a reconnu avoir payé deux femmes pour qu’elles ne divulguent pas les rapports sexuels qu’elles ont eus avec le milliardaire de l’immobilier élu président en 2016. Le scandale n’a cessé de nourrir le feuilleton indescriptible d’une présidence vouée à l’indécence, mais il n’a jamais entamé les convictions de ceux qui, ayant voté Trump, continuent de penser qu’il les protège, même si la guerre commerciale qu’il a déclenchée au nom de la fidélité à ses idées et à son programme, ne sert pas vraiment les intérêts des agriculteurs ni même, dans nombre de cas, des ouvriers.

Ce que Trump ne fera pas.

Le chemin de la destitution est donc à la fois très long et semé d’embûches. Trump, visiblement, est tenté de se protéger personnellement en prenant des mesures, comme le limogeage de son ministre de la Justice, Jeff Sessions, qui est tétanisé à l’idée que son patron le force à ignorer le droit, ce qui, effectivement serait curieux chez un homme censé l’appliquer en toute circonstance. Ou encore de licencier le procureur spécial qui enquête sur l’ingérence russe dans les élections américaines de 2016, Robert Mueller, un geste qui aurait l’effet d’une bombe, que les élus au Congrès craignent comme la peste, parce qu’il serait complètement contraire aux prescriptions de la Constitution. Il existe un précédent historique : Richard Nixon, menacé par l’enquête d’un procureur spécial, Archibald Cox, nommé pour enquêter sur un cambriolage des locaux du parti démocrate (le fameux Watergate, qui est le nom d’un immeuble sis à Washington), avait viré celui qu’il avait mis en place. La crise, déclenchée en 1973, prit une telle ampleur, que Nixon fut contraint de démissionner en août 1974. Même si Trump ne connaît pas l’histoire récente, il aura trouvé des conseillers pour lui rappeler le sort de Nixon.

Bien que les démêlés avec la justice l’importunent et l’humilient, Donald Trump saura sans doute éviter de se retrouver dans une situation désastreuse. Il ne faut donc pas compter pour le moment sur une destitution du président. En revanche, les démocrates, même s’ils n’ont pas encore trouvé un  candidat ou une candidate à la présidence, peuvent tirer un sérieux avantage des élections de mi-mandat.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Cafouillages

Daniel Cohn-Bendit
(Photo AFP)

Le choix du remplaçant de Nicolas Hulot est à la fois urgent et compliqué, la question du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu donne lieu aux déclarations les plus contradictoires, alors que s’ouvre une période de grandes incertitudes dans un climat où tous les partis d’opposition veulent prendre leur revanche en tirant profit du soudain affaiblissement du pouvoir.

QUE SIGNIFIE ce débat confus, uniquement voulu par le président, et donnant lieu à des informations sur des tests qui auraient démontré que la méthode n’est pas encore au point ? Emmanuel Macron souhaite-t-il arrêter le mouvement descendant de sa cote de popularité ou bien craint-il vraiment que l’entrée en vigueur du nouveau système de collecte de l’impôt se traduise par un collapsus, comme un précédent, la paie électronique des militaires, l’a démontré et comme l’a rappelé l’ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian ? Si la démarche du président était politique, dictée par le souci de ne pas aggraver ses relations avec l’électorat, la décision de reporter le prélèvement à la source aurait dû être déjà prise. Au lieu de quoi, deux ministres, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin déclarent que, aujourd’hui, le système est au point et ne risque pas de tomber en panne. Pendant que « le Parisien » de dimanche explique que, en février, les tests ont produit des résultats inquiétants.

Un autre risque à prendre. 

Ce débat technique est absurde. Nous n’avons pas été capables, depuis près de six mois, de colmater les brèches et de rendre le système viable ? N’est-il pas normal que, dans les premiers mois d’application, des « bugs » puissent se produire, ce qui serait une catastrophe seulement si on ne parvenait pas rapidement à les réparer ? M. Macron a peut-être demandé à ses ministres de lui jurer que le prélèvement à la source fonctionnerait sans le moindre incident technique et qu’en aucun cas la catastrophe de « Louvois », le paiement des salaires des militaires, ne se reproduirait. Dans ce cas, cela signifierait qu’il craindrait moins le prélèvement à la source qu’un mauvais fonctionnement, lequel, évidemment, serait porté au passif du pouvoir. Mais tout cela revient au même. La décision de réexaminer la réforme de la collecte de l’impôt reste politique. Le président a pris tous les risques pour lancer ses réformes, pourquoi hésiterait-il à prendre celui-là ?

Le pire est qu’un nouveau report du prélèvement à la source n’aurait pas soulevé une grande émotion populaire, alors que le débat au sujet de la préparation technique de la nouvelle collecte enrage les entreprises qui ont besoin de visibilité et ne peuvent pas attendre indéfiniment le bon vouloir du prince. Il en va de même avec le remplacement de Nicolas Hulot, qui a pris par surprise l’exécutif et auquel M. Macron cherche une réponse, certes compliquée, puisqu’elle oppose la réalité économique à l’idéal écologique, mais dont les données politiques sont néanmoins très claires : on ne choisit pas, pour lui donner le siège de M. Hulot au Conseil des ministres, une personnalité de second rang.

Un panier de crabes.

L’hypothèse Daniel Cohn-Bendit était excellente. On ne peut qu’approuver la rencontre entre l’ancien député Vert et le chef de l’État et l’on comprend que, pour diverses raisons, ils soient parvenus tous deux à la même conclusion, à savoir qu’ils devaient renoncer. On regrettera cet échec convenu par les deux parties, mais il est dû principalement à la lucidité de M. Cohn-Bendit, bien placé pour savoir que l’écologie politique en France est un panier de crabes. La preuve en est fournie par  le raidissement des écologistes, extrémistes ou centristes, qui, après la démission de M. Hulot, ont redoublé d’exigences et réclamé que l’économie tout entière soit mise immédiatement au service de la dépollution et de la lutte contre le réchauffement climatique. Est-ce bien raisonnable dans un pays où il y a encore trois millions de chômeurs ?

L’intérêt présenté par M. Cohn-Bendit, c’est que l’ancien leader de la révolte de mai 68 s’est transformé en 50 ans en militant écologiste et élu européen et que, à neuf mois des élections européennes, il était le parfait candidat au poste de Nicolas Hulot. De sorte que, si son nom a été mentionné (largement) pendant le week end, le choix définitif ne peut être qu’à la hauteur de ces deux hommes, Hulot et Cohn-Bendit. On parle de Barbara Pompili et de Pascal Canfin, deux personnalités éminemment respectables, mais qui n’ont pas le poids des deux autres. M. Macron se trouve sur une ligne de crête qui en fait une proie facile, dans une période quelque peu critique pendant laquelle le risque de bascule du pouvoir n’est pas négligeable. La moitié au moins de ses problèmes d’aujourd’hui résultent de sa seule volonté. Le reste est lié à une séquence de réformes à laquelle les conservateurs de tous bords, de droite et de gauche, veulent mettre un terme, principalement parce qu’ils cherchent à exister.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 4 commentaires

Le premier renoncement ?

Le père de la réforme
(Photo AFP)

Le doute semé par Emmanuel Macron au sujet de l’entrée en vigueur du prélèvement à la source ne peut avoir qu’une raison. Elle est politique. L’impôt sur le revenu payable tous les mois était prévu pour le 1er janvier 2018. Il a déjà été reporté d’un an. Le pays était prêt.

IL NE S’EN réjouissait pas pour autant. C’est entendu, le prélèvement à la source ne change rien au montant de l’impôt. Mais, d’une part, il oblige les entreprises à assumer une partie du travail du fisc et, d’autre part, il complique la trésorerie des particuliers tout en améliorant celle de l’État. Surtout, on aura constaté, en lisant les dispositions adoptées par le gouvernement, que le prélèvement à la source ne simplifie en rien les rapports entre les pouvoirs publics et les contribuables. Dans certains cas, on a prévu de différer ou d’annuler le paiement de l’impôt par quelques catégories professionnelles. Les crédits d’impôt (donations, métiers bénéficiant d’une décote) ne seront versés au contribuable qu’après le paiement de l’impôt. On ne peut pas dire que l’on remplace une machine à gaz par un long fleuve tranquille.

La réforme de Hollande.

Pourquoi le président a-t-il subitement envisagé un report, alors que toute la France était convaincue que la réforme serait mise en place le 1er janvier prochain ? On est tenté de croire que, après les criailleries déclenchées par sa réflexion sur les « Gaulois réfractaires », le chef de l’État qui, le lendemain, a tenté d’atténuer la portée de ses propos, s’est souvenu qu’il se trouve décidément sur la pente de plus en plus glissante de l’impopularité. Le voilà qui se pose soudain en protecteur de ses concitoyens en imaginant l’ajournement de la mesure. Mais il s’agit plutôt, chez lui, d’une réflexion peut-être plus vaste sur le cours que prennent les choses, et qui ne joue pas en sa faveur. La rentrée va être extraordinairement tendue dans tous les secteurs sociaux et le président se demande maintenant s’il ne peut pas élaguer l’arbre touffu de ses réformes. Celle-ci, en tout cas, ne lui appartient pas. Elle a été lancée par François Hollande, dont les amis ont déjà dit en 2017 que, si M. Macron repoussait d’une année la réforme, c’est parce qu’il voulait que les Français voient clairement les effets, pour eux bénéfiques, de ses premières réductions d’impôt, l’abolition de l’ISF et la diminution des cotisations sociales pour les actifs, certes assortie d’une hausse de la CSG que les retraités ont eu beaucoup de mal à encaisser, si j’ose dire.

Le règne de la confusion.

Les mêmes socialistes, et notamment Michel Sapin et Christian Eckert, respectivement ancien ministre des Finances et ancien secrétaire d’État, dénoncent aujourd’hui un nouveau report que rien ne justifie techniquement car, selon eux, les 40 000 personnes qui, à Bercy, s’occupent du prélèvement à la source, sont parfaitement préparées ; et ils reprochent à Emmanuel Macron de laisser entendre que nos fonctionnaires ne seraient pas capables d’affronter la mise en place, dès le 1er janvier, du prélèvement à la source. Ce n’est pas vraiment ce que le président a dit, mais peu importe : si la mesure est reportée, beaucoup de contribuables, habitués à gérer leur trésorerie sans que le fisc s’en mêle, seront soulagés de ne pas constater, chaque mois, que leur revenu a été amputé. En revanche, la décision du report ajouterait beaucoup de confusion dans un domaine qui est déjà d’une complexité extrême. On s’inquiètera de ce « fait du prince » (l’expression, bien sûr, a fleuri dans l’opposition) accompli par Macron, capable de différer une réforme qu’il n’a pas inventée pour avoir plus de marge dans la mise en oeuvre des siennes. M. Eckert a raison quand il rappelle que le report doit passer par un vote au Parlement. Mais il semble surtout que, avec les « Gaulois réfractaires », on aura assisté à la provocation ultime d’Emmanuel Macron, soucieux maintenant de faire moins de vagues pour gouverner dans un climat plus apaisé.

Il ne s’agit là que d’une hypothèse, surtout si, dans quinze jours, le prélèvement à la source est maintenu pour 2018, et si, hélas, M. Macron se livre de nouveau à quelques saillies assassines.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 3 commentaires

La drogue des mots

Macron au Danemark
(Photo AFP)

Les mots sont une drogue qui intoxique tout le monde, ceux qui parlent et ceux qui leur répondent. Emmanuel Macron, au Danemark, a parlé des « Gaulois réfractaires » (au changement), ce qui lui a valu un tombereau d’injures. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’il utilise ces termes, avec l’intention de souligner la difficulté de réformer la France.

ON NE S’ARRÊTERAIT pas sur cet épisode, un de plus, de la litanie des propos qui bouleversent, irritent, soulèvent la colère des gens. Et surtout celle des partis politiques qui s’inscrivent dans des oppositions auxquelles tout convient, les actes, mais aussi la sémantique du pouvoir, dans leur exercice désormais prévisible et répétitif de la guérilla anti-Macron. D’aucuns penseraient que la référence aux « Gaulois » rappellerait à leurs descendants leur amour de l’indépendance. Mais non, les déclarations du président sont une « sottise » (Alexis Corbière) et le reste des ripostes est à l’avenant. On me permettra de ne pas partager l’émoi de vierge effarouchée qui fait résonner si fort les cymbales des oppositions. Dénoncer le chef de l’État quand il réforme, ce qui apparaît comme une inévitable évidence depuis quinze mois, ou quand il prononce des propos quelque peu provocateurs (la marque même de son discours), c’est en quelque sorte une façon d’entrer dans son jeu, lequel consiste à réveiller les Français d’une torpeur qui les empêche d’évaluer les dangers auxquels est exposée notre société.

L’exemple danois.

Il faut reconnaître que le président ne peut pas « ironiser » sur le comportement de ses concitoyens car son rôle premier est de les protéger. Il se trouve qu’il était au Danemark, paradis de la flexisécurité, système de protection sociale qu’il souhaite ardemment appliquer à la France. Il s’est empressé de dire que, son pays n’étant pas réformable, il avait choisi la voie de la « transformation ». Il y a encore quelques semaines, j’exprimais la conviction qu’il devait se montrer plus vigilant et s’adresser aux Français sur un ton plus oecuménique. Mais, cet homme intelligent, qui semble savoir ce qu’il fait, a choisi le parti-pris de la provocation. C’est son affaire. Mais, dans ce cas, pourquoi, ce matin, a-t-il pris le soin de s’expliquer sur ses propos, comme s’il regrettait le lendemain ce qu’il avait dit la veille ? Ce genre d’aller-retour est de nature à semer le doute chez ceux qui subissent à la fois sa politique et son franc-parler. Y aurait-il une forme de repentir au sujet d’une maladresse qu’il aurait commise  et qu’il tenterait de rattraper ? Il aurait mieux fait de ne pas commenter les commentaires, dont l’agressivité n’a pas de limites sous le prétexte que la souffrance éprouvée par les indignés les autorise à l’irrespect. Mais, franchement, que vaut la politique quand elle se concentre sur des mots qui s’envolent à peine prononcés ? Le débat idéologique ramené à Astérix est nul.

Dynamisme.

Nous avons le Macron qui a été élu en 2017, qualités et défauts inclus. Certes on peut dire la même chose de tous ses prédécesseurs, mais nul ne peut nier qu’il a déjà accompli et qu’il accomplira encore quelques actes qui changent et changeront le pays. Le voici, en cette fin d’été, confronté à de dures réalités : démission de Nicolas Hulot, réouverture probable des conflits à la SNCF et à Air France, veillée d’armes pour les prochaines réformes, plan Pauvreté, loi Pacte, constitution, retraites, et j’en passe. Le tout dans un climat qui est d’autant moins favorable au pouvoir que, au nom de sa propre logique, son projet de budget est construit de manière à ne pas épargner les retraités et la classe moyenne. « Décomposition » de son mouvement, « échec », et autres évaluations sont pour le moins prématurés. De la même manière, on le déclare isolé en Europe alors qu’il en est la dernière chance. Quand la France aura cédé aux sirènes du populisme, les Gaulois seront bien malheureux et regretteront peut-être un président qui, quoi qu’il dise ou fasse, n’aura pas manqué de panache et aura donné un peu de dynamisme au pays.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | 9 commentaires

Le choix de Macron

Mme Royal candidate
(Photo AFP)

Entre un remaniement limité au remplacement de Nicolas Hulot par une femme ou un homme, et la nécessité d’un nouveau coup d’éclat pro-environnemental, Emmanuel Macron n’a pas vraiment le choix. M. Hulot étant « irremplaçable », le président de la République doit maintenant prouver par un signal fort qu’il poursuivra une politique écologique au moins aussi ambitieuse que la précédente.

C’EST LE SEUL moyen, pour lui, d’atténuer les conséquences négatives de la démission de M. Hulot, qui, prise dans le secret, a ajouté la surprise à l’inquiétude. Le départ de l’ex-ministre de la Transition écologique prolonge la série de déboires auxquels le gouvernement n’a pas échappé depuis le début de l’été, dans une atmosphère de tension croissante, soigneusement entretenue par les oppositions et qui, à quelques mois des élections européennes, a permis aux Républicains de sortir de leur silence relatif, de se transformer en chefs de file de la contestation et de ravir à la France insoumise son rôle de premier opposant. Tant il est vrai que des jugements tonitruants et stridents, prononcés de façon répétitive,  finissent par porter leurs fruits, même s’ils sont dictés par la démagogie.

L’environnement, une priorité pour les Français ?

A une majorité écrasante, selon un sondage Odoxa pour France Info et « le Figaro »,  les Français (84% des personnes interrogées) approuvent la démission de M. Hulot. Ce qui laisse penser qu’ils se satisfont du coup ainsi porté à l’exécutif sans guère se préoccuper de l’affaiblissement possible de son programme pour lutter contre le réchauffement climatique. Un autre sondage, celui de Harris Interactive montre d’ailleurs qu’ils ne sont que 61 % à considérer la lutte contre la pollution comme une priorité. C’est une des nombreuses contradictions que l’on trouve dans les enquêtes d’opinion : pour Hulot, le sort de la planète est le seul sujet ; pour n’importe quel gouvernement, le respect de l’environnement ne doit pas se faire au détriment de l’emploi ou du niveau de vie.

Il faut, pour ce travail, un homme ou une femme d’exception, capable, en outre de concilier le réalisme économique et social et les progrès dans l’assainissement de l’atmosphère. Une personne qui ait en même temps la foi et la ferveur de M. Hulot, mais assez de sens politique pour ne pas se heurter sans cesse au reste de l’exécutif. Franchement, pour ma part, je pense plus à un politique qu’à une personnalité de la vie civile. Quand on a été échaudé, il ne faut plus s’approcher de la bouilloire. Mais qui ? La multiplicité des candidatures, plus ou moins discrètement exprimées depuis hier, montre que les candidats pullulent, avec, à leur tête, l’éternelle Ségolène Royal qui a assez de légitimité pour briguer autre chose que son poste actuel d’ambassadrice dans les deux pôles. Elle n’a pas manqué d’exprimer son aspiration sans nuances, mais beaucoup d’autres noms circulent et en particulier ceux des écologistes Macron-compatibles.

Ce qu’il ne faut pas faire.

On nous a même proposé un canevas qui correspond exactement à ce qu’il ne faut pas faire : nommer François de Rugy, grand écologiste, actuellement président de l’Assemblée nationale, afin qu’il laisse ses fonctions à Richard Ferrand, chef de la majorité REM à l’Assemblée, censé, en vertu d’un accord fort bancal, remplacer M. de Rugy au terme de deux années et demi de mandat présidentiel (nous n’y sommes pas). Ce serait mettre l’écologie au service des petits calculs politiciens et là, on court à la catastrophe. Je ne vois vraiment que deux hommes capables de reprendre le flambeau de Hulot : Alain Juppé,  qui, du même coup, scellerait avec Macron un accord électoral pour les européennes ; et, si ce n’est pas possible, Jean-Louis Borloo qui, après l’échec de son rapport sur les cités, que Macron a mis dans un tiroir, serait heureux de reprendre du service pour une cause sacrée à laquelle il est déjà identifié.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | 8 commentaires