Biden la joue cool

Biden, ou le triomphalisme « soft »
(Photo AFP)

Joe Biden a donné une conférence de presse hier dont l’essentiel reposait sur le changement radical de style, de sémantique et de langage corporel. Mais le principal effet d’annonce a été son projet de se présenter de nouveau en 2024. 

C’EST une surprise, car elle balaie l’analyse selon laquelle le président des États-Unis, trop âgé, ne pouvait faire qu’un seul mandat. La vice-présidente Kamala Harris doit être déçue, qui pensait prendre la suite du chef de l’exécutif. Mais Biden n’a pas conclu de marché avec Mme Harris dans le sens des ambitions qu’elle nourrissait et continuera à nourrir quoi qu’il arrive.

Du coup, on découvre un Biden un peu moins raisonnable et beaucoup plus combatif qu’on ne le croyait. C’est parce qu’il est fier de son premier bilan : il a rendu la Maison Blanche à la décence et à la dignité, il a rétabli les relations de son pays avec l’Europe et l’OTAN, il a arrêté le financement du mur avec le Mexique, il a promis de veiller sur les immigrés, il a lancé un plan hors normes pour renforcer la croissance, il a fait vacciner les Américains à tour de bras. Tout juste peut-on le critiquer, et l’opposition républicaine ne manque pas de le faire, pour avoir créé, par des paroles généreuses, un appel d’air pour les migrants.

Fermeté avec Moscou et Pékin.

Joe Biden a aussi prouvé que « Sleepy Joe » n’existe que dans la tête de Donald Trump. Ses positions face à la Chine et à la Russie sont d’une fermeté extrême et ont provoqué une vive réaction des deux pays, qui ont sombré dans une logorrhée agressive, toute faite d’invectives et d’insultes. L’histoire retiendra cependant que les États-Unis ont donné un coup d’arrêt aux régimes autoritaires qui menacent la stabilité du monde : ils seront moins dangereux qu’aujourd’hui s’ils connaissent le prix à payer pour leur expansionnisme militaire, pour l’élargissement de leur zone de sécurité, pour la violence de leurs régimes, pour la façon qu’ils ont de se victimiser alors qu’ils se comportent en agresseurs systématiques. Biden a changé la donne : il y aura désormais une ligne jaune à ne pas franchir si l’autoritarisme de la Chine et de la Russie n’est pas contenu. Il montre à Poutine et à Xi qu’il peut les concurrencer sur le plan de l’agressivité et, au fond, ils en sont tout étonnés.

Droit et justice.

Si Biden est content de lui, c’est parce qu’il sait que les Américains ont obtenu de lui plus qu’ils ne le croyaient, qu’il a surpris ses alliés et ses adversaires à la fois, qu’il a apporté au peuple une raison d’espérer. Dans ces conditions, sa cote de popularité devrait augmenter et ceux qui ont voté Trump, mais ont bénéficié des largesses de Biden, commenceront à se demander si leur président actuel est vraiment le personnage lâche et laxiste que Trump avait décrit pendant la campagne électorale. Les quatre années de Trump ont fait régresser l’Amérique sur tous les fronts, économique, social, et surtout moral.

S’il avait obtenu un second mandat, il aurait achevé son programme de destructions des valeurs démocratiques, il aurait encouragé les actes les plus impies, comme le sac du Capitole en janvier, et aurait donné droit de cité au racisme, à la xénophobie et à des divisions idéologiques telles que le pays ne s’en serait sans doute pas remis. Voilà pourquoi le changement de programme et de style apporté par Biden a impressionné les Américains de la même manière que les méthodes éléphantesques de Donald Trump. L’ex-président célébrait la violence, le nouveau célèbre droit et justice.

Le trumpisme n’est pas un programme.

C’est important pour eux et pour nous. Inutile de nier que Trump avait déséquilibré les relations euro-américaines dès lors qu’il trouvait l’Union européenne « pire que la Chine », avec son sens si développé de l’amalgame. La nouvelle Amérique que Biden cherche à construire vient de sa propre formation, de son appartenance à un parti qui a toujours cherché l’apaisement et le compromis, elle vient du parcours politique accompli, de sénateur à vice-président de Barack Obama, ce qui n’est pas une carte de visite négligeable, de la confiance qu’il a dans les principes de la démocratie parlementaire. On a voulu parfois décrire ce pays comme le théâtre d’un affrontement idéologique entre deux tendances. Ce n’est plus vrai. Le « trumpisme » n’est pas un programme, c’est seulement une marque de fabrique et la pire expression de l’« unamericanism ».

On verra si l’âge et la santé de Biden l’autoriseront à briguer un second mandat. Quatre ans, pour un homme de 78 ans, c’est long et un homme qui veut rester président jusqu’à 82 ans, record de la gérontologie présidentielle, ce n’est pas très raisonnable. Mais cet homme-là surprendra encore.

RICHARD LISCIA

 

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Xavier Bertrand candidat

Xavier Bertrand
(Photo AFP)

Dans un entretien avec « le Point », Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé de Jacques Chirac,  et président de la région Hauts-de-France, a officialisé sa candidature à la présidentielle.

CE N’EST PAS une surprise dans la mesure où c’est la quatrième fois que M. Bertrand se déclare candidat. N’étant plus chez les Républicains, il récuse à l’avance toute primaire et veut se présenter en tant que candidat libre qui s’intéresse aux autres couleurs du spectre idéologique.

Il a pour lui plusieurs atouts : c’est un modéré, un homme qui a su prendre ses distances avec l’exagération et la boursouflure, ces nouveaux modes de l’expression politique ; il a peaufiné son discours et apparaît comme une alternative crédible aux offres politiques actuelles. Cependant, il n’a pas de martingale, pas de recette pour combattre les maux de la société française, depuis la pandémie jusqu’aux inégalités. Il se situe dans une zone qui n’est délibérément ni à gauche ni à droite. De fait, il ressemble à un Macron-bis, c’est-à-dire un homme qui compte plus sur son talent personnel et sur son pouvoir de persuasion que sur la définition du cap idéologique.

Un caméléon de la politique.

Un homme pour toutes les saisons, en quelque sorte, un caméléon de la politique. Sa candidature a été accueillie par les quolibets de l’extrême droite et de l’extrême gauche, sans compter ceux de la gauche, qui rappellent opportunément que M. Bertrand est candidat aussi aux régionales et que,  en se déclarant disponible pour la présidentielle, il livre un message à l’électeur des Hauts-de-France, région dont il est président. Le message suivant : « Je ne ferai que passer ».

Sa double candidature correspond en réalité à une forme de courage et Xavier Bertrand n’en manque pas, lui qui a choisi de se battre en solo. Il a lui-même conditionné sa campagne présidentielle au renouvellement de son mandat dans les Hauts-de-France. S’il perdait cette première bataille, il ne livrerait pas la seconde. Les modérés du pays seraient donc vaincus deux fois, la première avec la victoire du Rassemblement national dans les Hauts-de-France, la seconde avec le retrait d’un candidat peut-être capable d’offrir, au cas où Emmanuel Macron ne franchissait pas le cap du premier tour, l’indispensable alternative à Marine Le Pen. Enfin, le sénateur Bruno Retailleau, a annoncé aujourd’hui que la primaire des Républicains aurait bien lieu, « même si M. Bertrand n’en veut pas ».

Une tâche herculéenne.

Il y a loin entre le projet et sa réalisation et, d’une certaine manière, les choix successifs de Xavier Bertrand compliquent une tâche qui, de toute façon, aurait été herculéenne. Pour le moment, les sondages ne lui accordent guère le crédit, en nombre de primo-électeurs, qui lui assurerait de reléguer Macron à la troisième place. Il ne veut pas rentrer dans le rang de la droite, mais il durcit ses intentions sur la sécurité et le terrorisme, s’adressant de la sorte à la droite mais aussi aux réactionnaires.

La mauvaise humeur de son parti d’origine, figé dans la frustration et les manœuvres d’appareil, le prive du soutien immédiat d’un cinquième de l’électorat, celui qui a voté pour François Fillon au premier tour en 2017 et qu’il ne récupèrera pas dès lors que LR  proposera un autre candidat. Après quoi, M. Bertrand, soumis au syndrome général qui affecte les partis d’opposition, minimise les capacités du président sortant, celui-là même dont il imite les méthodes, en se présentant hors du parti et en comptant sur son seul pouvoir d’attraction. Et c’est lui qu’il veut battre ?

Méthode Coué. 

Xavier Bertrand est assez intelligent pour comprendre que sa candidature en 2022 ne lui permet pas d’être désigné, mais qu’elle lui donnera une stature pour le tournoi suivant. Cependant, le nombre de candidats de la droite en 2027, avec Bruno Le Maire, Édouard Philippe et d’autres, sera pléthorique et comptera surtout des hommes avec une expérience de gouvernement largement supérieure à la sienne. Je crois qu’il y a, dans cette manière généralisée de négliger Macron, une forme de désespoir et de méthode Coué. Macron ne saurait être exclu, alors on fait comme s’il l’était, comme s’il avait eu un mandat si catastrophique qu’il en deviendrait inéligible.

Ceux qui ne veulent pas d’un troisième match entre la droite et l’extrême droite et sont prêts, pour l’empêcher, de voter pour un « perdant naturel », commettent l’erreur d’oublier la formidable élasticité du président sortant. Personne ne se pose la question : si Macron a, malgré ses déboires, une cote de popularité que n’avaient pas ses prédécesseurs à la même époque, que se passera–t-il si la campagne vaccinale se termine avant la fin de l’année par l’immunisation collective et un rebond de la croissance ? Il n’est pas si périlleux de faire cette prédiction. En tout cas, les jeux ne sont pas faits.

RICHARD LISCIA 

 

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Une Chine déchaînée

Lu Shaye
(Photo AFP)

Un incident diplomatique vient d’opposer la Chine continentale à la France qui risque de laisser des traces. Les relations entre les deux pays n’ont jamais été aussi tendues, depuis que l’ambassadeur chinois à Paris a tenu des propos peu amènes contre un chercheur français.

IL S’AGIT de Lu Shaye, 56 ans, déjà connu pour les discours virulents qu’il prononce là où il est en poste, notamment au Canada en 2019 : il s’en est pris à la presse canadienne qu’il a accusée d' »égotisme occidental et de défendre la suprématie de la race blanche ». Ses débordements calculés n’ont jamais indisposé son gouvernement qui l’a nommé ensuite en France, où des journalistes avisés ont aussitôt lancé l’alerte et affirmé qu’il n’avait pas sa place à l’ambassade de Chine. Manifestement, le gouvernement français, qui pouvait le récuser, lui a accordé ses lettres de créance, ce qui lui a permis de chanter de nouveau, chez nous, l’air de la xénophobie.

« Petite frappe ».

Il s’en est pris à un chercheur français, Antoine Bondaz, qui travaille pour la Fondation de la recherche stratégique, et a évoqué le sort de Taïwan dans ses études. Lu Shaye l’a traité de « petite frappe » et de « hyène folle, troll idéologique ».  On est confondu par une telle imagination sémantique. Ainsi le Parti communiste chinois en est-il revenu à l’époque des insultes, celle où les accusations de « tigre de papier », description singulière  des États-Unis, étaient monnaie courante. En France, Lu a affirmé que les soignants des EHPAD avaient laissé leurs patients mourir de faim et de maladie. Il a écrit au sénateur Alain Richard, ancien ministre socialiste, pour exiger de lui qu’il ne se rende pas en délégation sénatoriale à Taiwan.

Le soutien de Pékin.

Convoqué au Quai d’Orsay, il a d’abord refusé de s’y rendre en prenant pour prétexte son agenda chargé. Mardi, il a fini par céder, et un diplomate français de haut rang, Bernard Lortholary, a fait savoir que les « méthodes de l’ambassadeur de Chine étaient inacceptables », ce qui ne semble pas l’impressionner. En mars 2020, il justifiait le travail forcé en Chine et le comparait aux travaux agricoles des ouvriers intermittents en France. On peut se demander à quoi rime ce comportement fort peu diplomatique et si M. Lu en devine les conséquences sur les relations entre les deux pays et sur la recherche d’un modus vivendi entre Paris et Pékin. Mais le fait que Lu n’ait pas été limogé dans un pays où le gouvernement fait un sort rapide à n’importe quel individu qui ne respecterait pas l’ordre communiste, montre que Lu bénéficie de l’aval de ses dirigeants.

Inquiétudes chinoises.

On notera qu’il est très facile de franchir la ligne jaune chaque fois que l’on en a envie et que, au fond, Lu Shaye a pour mission d’empoisonner les rapports de son pays  avec la France. Ses excès contrôlés traduisent une inquiétude sur la possibilité, pour Pékin, de perdre des parts de marché en Europe et en Amérique. Car le projet du dictateur à vie Xi Jinping de  « routes de la soie », instrument privilégié de l’indispensable expansion de la Chine en Europe, est compromis par la résistance des pays concernés. En outre, le contexte international a profondément changé depuis l’élection de Joe Biden qui, contrairement à Trump, tient la dragée haute à Pékin et à Moscou, recharge les batteries de l’OTAN et reprend le leadership occidental sans vouloir faire de cadeau aux pays qui insultent  l’Occident, la démocratie parlementaire et la bienséance diplomatique à longueur de journée.

Le sentier de la guerre.

Certains observateurs craignent que les tensions voulues par la Chine préparent quelque action militaire contre Taïwan. Les États-Unis, certes, ne souhaitent pas entrer en guerre, mais sont en train d’organiser, avec l’Inde, un front de résistance aux menées politiques et territoriales chinoises. C’est une option sage. Néanmoins, elle présente l’inconvénient de minimiser l’agressivité de la Chine ; pour le moment, cette fureur chinoise n’est que verbale, mais la conquête du Pacifique sud par sa flotte ressemble fort à des préparatifs de guerre qui inquiètent beaucoup des pays comme l’Australie et les Philippines. Il ne fait pas de doute que la fermeté de Washington augmente l’irritation des autorités chinoises, qui redoutent d’aller plus loin dans l’affrontement mais qui, sous la houlette de Xi, ivre du pouvoir immense qu’il a accumulé, pourrait commettre un grave faux-pas.

RICHARD LISCIA

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UNEF : folle dérive

Mélanie Luce
(Photo AFP)

Présidente de l’Union nationale des étudiants de France, Mélanie Luce, 24 ans et un discours radiophonique tout à fait modéré, a reconnu que des « réunions non-mixtes »  sont organisées de temps en temps dans les instances du syndicat étudiant. Le tollé qui a suivi montre que le grand public ignorait jusqu’à présent la dérive de l’UNEF ; les partis politiques et les syndicats, pour leur part, ont feint de ne rien savoir.

MÉLANIE LUCE tombe des nues : elle ne comprend pas la colère exprimée, à la suite de ses propos, par les médias et par nombre d’élus de gauche. Elle croit sincèrement que les réunions réservées aux femmes, aux Noirs ou aux musulmans constituent le bon instrument pour défendre la cause de chacun de ces groupes, alors même que des hommes militent pour le féminisme, que des Blancs soutiennent la cause des Noirs. Elle ne voit pas ce qu’il y a de si tragique dans un choix idéologique importé des États-Unis, où les étudiants sont adeptes de la cancel culture et du racisme à rebours. Elle pense qu’un Noir est le mieux placé pour contribuer à l’émancipation des Noirs et qu’il n’a pas besoin des Blancs. Elle ne voit pas que les assemblées réservées à une race ou une religion sont des machines à fabriquer du racisme. Elle ne comprend pas qu’une idée aussi simple que celle qu’elle a exposée librement soit choquante, inadmissible, scandaleuse.

La riposte Blanquer.

Personne ne sera surpris par la réaction véhémente du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui parle de résurgence du fascisme, ni par celle de la droite classique qui songe à une dissolution de l’UNEF, et encore moins par la condamnation, prononcée par le Rassemblement national, des propos de Mélanie Luce. La vraie question porte sur les mérites d’une répression pure et simple, qui risque d’être disproportionnée au regard des influences que subit l’UNEF, de la candeur personnelle de Mme Luce, et de la métaphore du marteau utilisé pour tuer une mouche. Il serait déjà utile que la gauche, toute la gauche, se dresse comme un seul homme et dénonce une évolution de l’UNEF qui la disqualifie. Malheureusement, les étudiants sont nourris tous les jours par les prises de position électoralistes de plus en plus exagérées de l’extrême gauche et, hélas !, des Verts. Peut-être que, avant de condamner la jeunesse française et de se couper d’elle, il serait utile de voir dans quelle eau empoisonnée elle puise des idées dont la logique implacable transforme le geste le plus généreux en racisme pur et simple. Il n’est pas indifférent que Jean-Christophe Cambadélis (PS) se voie « dans la Chine maoïste des gardes rouges ». Il faut ajouter à ce propos le danger que les étudiants font courir à nos valeurs démocratiques communes.

Voyage en absurdie.

Le problème avec la folie, c’est que le fou ne sait pas qu’il l’est. Mélanie Luce est visiblement interloquée ; comment pourrait-on la soupçonner de participer à un mouvement raciste ou fasciste, alors qu’elle se considère comme un pur produit de la gauche ? Il faut donc lui expliquer que, peut-être à son corps défendant, elle est en train de cautionner un mouvement anti-démocratique et anti-républicain. Ce n’est pas tâche facile, l’ultra-gauche estimant que la démocratie parlementaire n’est pas autre chose qu’un vernis sur un régime capitaliste corrompu qui exploite à peu près tout le monde. On peut contrer cette analyse en démontrant à quelles extrémités conduit la démarche de l’UNEF. Elle justifie les accusations d’islamo-gauchisme adressées à l’extrême gauche, et en particulier à la France insoumise ; elle renforce l’idée selon laquelle, au-delà du bavardage révolutionnaire, existe le danger de la violence et donc du terrorisme ; elle avalise la mise au point d’une loi contre le séparatisme : que fait l’UNEF sinon séparer les minorités les unes des autres ?

Il faut rappeler à la jeunesse française que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Que saccager un pays au nom de la justice sociale ne saurait traduire une amélioration de la société ; que livrer chaque groupe à sa solitude sous le prétexte de lui rendre tous ses droits, c’est une forme terrible d’exclusion ; que combattre le racisme par l’antisémitisme, exercice pervers et absurde mais très à la mode, revient à renforcer deux démarches de bannissement ; que renoncer à la laïcité, au suffrage universel, à l’alternance des majorités, c’est préparer un torrent de haine qui aboutit à des actes terroristes. Les jeunes peuvent toujours répondre qu’ils rejettent cette argumentation. Mais ils ne se seront pas lancés dans ce voyage en absurdie sans préparer le déclin assuré de leur mouvement.

RICHARD LISCIA

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Covid : du chaos à l’espoir

Splendide carnaval à Marseille
(Photo AFP)

La politique vaccinale en France fait l’objet de diverses suggestions contradictoires qui, toutes, ignorent la dure réalité : l’insuffisance des moyens face à une pandémie en pleine expansion.

PARMI les nombreuses décisions prises par le gouvernement, une au moins contient enfin un peu de bon sens : la suppression de l’attestation dérogatoire de sortie, sorte de concept kafkaïen qui repousse les limites de la bureaucratie la plus absurde. Le mystérieux document, en effet, revient à dire : « Je m’autorise à sortir parce que j’ai une bonne raison de sortir et ma volonté permet de légaliser ma démarche ». Cette procédure quelque peu hallucinante est remplacée par : « Je sors pour de bonnes raisons et la police ne peut pas m’interpeller ».

Confinement aéré.

Cela fera des millions de citoyens soulagés, mais rien, dans ce confinement « aéré » qui, selon le président de la République, n’en est pas un, ne permet de prédire une soudaine amélioration de la situation. Je ne sais pas si nous sommes en guerre, mais, assurément, personne ne peut prédire la fin de la crise sanitaire. L’attitude d’Emmanuel Macron qui, pour des raisons politiques et du fait qu’il a refusé de confiner en janvier dernier, consiste à nier la réalité du troisième confinement n’est pas raisonnable. Politique de Gribouille. De même, la consigne imposée au porte-parole de l’exécutif, Gabriel Attal, de claironner à l’envi qu’il ne s’agit pas d’un confinement est pathétique.

Carnaval criminel. 

D’autant que les efforts de nos dirigeants pour discipliner une population rebelle ne convainquent toujours pas tout le monde, comme ce « carnaval » de Marseille, hier, où des milliers de gens non masqués ont fait la fête jusqu’à ce que policiers et gendarmes arrivent à la rescousse pour les disperser et en arrêter quelques uns qui devront rendre des comptes à la justice. C’est une insulte aux soignants, débordés depuis quinze mois, aux citoyens de ce pays soumis au confinement et bien sûr au gouvernement, dont la poigne est testée à chaque instant et, à chaque fois, pour démontrer qu’il ne l’a pas. Pendant ce temps, Anne Hidalgo, maire de Paris et candidate probable à la présidence de la République, lance un pavé dans la mare en proposant une vaccination pour tous, sans distinction d’âge ou de co-morbidité. Autrement dit, elle fait un rêve et nous demande de le partager. Il n’est pas difficile de lui faire remarquer qu’une campagne vaccinale vigoureuse et universelle, c’est justement ce que nos dirigeants, soumis à la portion congrue du vaccin, ne peut pas accomplir. Mais qu’importe, pourvu qu’elle fasse croire aux plus crédules qu’avec elle, tout irait bien.

La force de l’illusion.

Le gouvernement mérite les critiques les plus intenses, mais comment approuver les propositions des partis d’opposition quand elles sont aussi peu crédibles ? On souhaiterait, dans cette période de crise alarmante, que les préoccupations électorales soient laissées de côté pour que tout le monde se concentre sur les moyens de réduire les effets de la pandémie. Certes, de la résolution de la crise dépend l’avenir des forces politiques en présence mais le pire, dans cette affaire, serait que nous nous jetions à corps perdu dans une voie sans issue. La vaccination universelle laisserait à n’en pas douter des centaines de milliers de personnes sans vaccin et les exposerait, s’il s’agit des vieux, au danger de l’hospitalisation et, au-delà, au danger de mort pur et simple.

De la coupe aux lèvres.

Là dessus, Thierry Breton, commissaire européen, qui s’agite depuis quelques jours pour obtenir de nouveaux contrats de livraison de vaccins, annonce qu’il peut réunir 350 millions de doses qui suffiraient à immuniser toute l’Union européenne d’ici à la fin de juillet. On ne lui reprochera pas de faire un effort aussi considérable, ni même d’en parler publiquement, comme s’il voulait ajouter une note optimiste dans un contexte affreusement pessimiste, mais on a le droit de lui répondre qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.

Puisqu’on additionne la crise sanitaire et les perspectives électorales, il est temps de mettre au défi les « inyaquà » : ils n’ont pas le monopole de la stratégie et, en attendant de prendre les rênes du pays, ils doivent se taire s’ils n’ont pas autre chose à suggérer que des vœux pieux. Nous finirons, un jour, par être tous vaccinés. La première dose suffit à écarter le protocole de réanimation. En attendant, pas d’autre protection que les gestes barrières et le confinement.

RICHARD LISCIA

 

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Reconfinés !

Castex : plan A-B
(Photo AFP)

La décision de reconfiner un tiers de la population française n’aura surpris personne, elle n’en est pas moins accablante pour les personnes concernées.

AU DELA de chacune de ses contradictions, le gouvernement a toujours raison. Avec 30 000 nouveaux cas quotidiens, la situation devenait insoutenable. La lenteur de la campagne vaccinale a entraîné un retour aux bonnes vieilles mesures de protection. Une nécessité, mais aussi un aveu d’échec. La bonne nouvelle, c’est qu’AstraZeneca a été réhabilité par l’Agence européenne du médicament, ce qui permet à tous ceux de nos concitoyens qui désirent se protéger d’avoir accès plus vite à l’injection salvatrice. Le principal objectif des autorités, c’est d’apporter un soulagement assez rapide aux hôpitaux dont les salles de réanimation sont saturées. Fallait-il confiner il y a plus d’un mois, quand le Conseil scientifique du président Macron le réclamait à cor et à cri ? Le « courage » du président à l’époque (comme le temps passe vite !) n’aura été que provisoire. Voilà qu’aujourd’hui il rentre dans le rang.

Une discipline pesante.

On tiendra compte du fait que les Français n’acceptent plus, dans leur majorité, une discipline dont ils ne savent plus si elle est efficace ou non. Par exemple, l’autorisation dérogatoire de sortie, curieuse invention de la toute-puissante bureaucratie française, revient perturber notre vie quotidienne. C’est une manière de s’auto-autoriser à prendre l’air en invoquant n’importe quel prétexte. On pouvait très bien s’en passer, mais il faut que les règles qui nous régissent semblent sévères, ce qui est en contradiction parfaite avec la notion de rassemblement autour d’une cause, celle de la santé nationale. Il n’y a qu’un moyen de se débarrasser de ce fardeau inutile, c’est de l’ignorer et de faire l’idiot si on est arrêté par un agent de police.

Accélérer la vaccination.

On en est en droit d’attendre de ce troisième confinement des résultats rapides et positifs. Une offensive aussi large contre la contagion diminuera sans doute la mortalité et le nombre de cas. Il est pourtant souhaitable que le gouvernement mettre ce répit à profit pour accélérer la vaccination, pour trouver enfin les doses qui lui manquent, pour élargir le nombre de vaccins autorisés, pour en trouver au moins un avec lequel une seule injection suffit et enfin pour finir la campagne auprès des personnes âgées, qui n’est pas du tout terminée. Nombre de vieux qui ne sont pas en Ehpad ne sont pas en mesure de rejoindre un centre de vaccination éloigné. Il faut leur apporter une aide, les transporter ou, encore mieux, leur envoyer une infirmière pour les vacciner, ce que, pratiquement, aucune mairie ne fait, malgré les appels lancinants de ces personnes.

Une crise orwellienne.

En effet, l’effort exigé des soignants, que nous ne remercierons jamais assez, n’est pas partagé par les autres corps constitués, les mairies par exemple, qui se déclarent débordées, mais vous accueillent avec une lâche condescendance. Certains fonctionnaires oublient tout le temps qu’ils n’ont un emploi que grâce à l’argent du contribuable. J’ose en parler parce que, depuis deux mois et demi, j’ai fait à plusieurs reprises cette expérience, exactement comme si ma demande d’accès à la vaccination avait une dimension anormale, hors sol, arrogante. L’arrogance, en réalité, vient forcément de ceux qui disposent d’un minimum de pouvoir et sont incapables, ne fût-ce qu’hypocritement, de vous manifester un peu de compréhension. C’est ainsi que la pandémie a pris sa dimension orwellienne : on pleure officiellement les victimes, mais quand on rencontre un cas singulier, on ne fait rien pour résoudre le problème ; on exalte l’abnégation des soignants, mais on leur demande toujours plus ; on prétend vénérer les plus de 75 ans, on se moque d’eux. Eux, ils ont leur dignité, ils ne disent même pas l’évidence, à savoir que, s’ils ne sont pas vaccinés à temps, ils peuvent être contaminés et mourir au terme de la maladie dans une salle de réanimation.

RICHARD LISCIA 

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Biden maltraite Poutine

Le calme de Biden
(Photo AFP)

Joe Biden n’a pas hésité à traiter Vladimir Poutine de « tueur » lors d’un entretien avec la chaîne de télévision ABC. Moscou a rappelé son ambassadeur à Washington.

ANCIEN directeur de la communication à la Maison Blanche, au temps de Bill Clinton, George Stephanopoulos a posé au président des États-Unis une question piège : « Poutine est-il, selon vous, un « tueur » ? « Oui », a répondu sans trop hésiter Joe Biden. Peut-être se serait-il dispensé de ce jugement si la question avait été moins directe. La réponse, en effet, a eu des conséquences immédiates : Poutine a appelé son ambassadeur aux États-Unis pour des « consultations ». On peut déjà dire deux choses contradictoires : la première est que le maître du Kremlin ne comprend que le langage de la force, la seconde est que, dans sa relation compliquée avec Moscou, Biden doit apprendre la prudence. Aussi bien s’est-il empressé de dire qu’il souhaitait maintenir le dialogue avec la Russie, qu’il s’entretenait régulièrement avec Poutine, et qu’il a très vite conclu avec lui le renouvellement pour cinq ans de l’accord sur les armements nucléaires Start qui empêche la course aux armements stratégiques des deux  pays.

Un signal envoyé à Navalny.

Le nouveau président américain est conscient à la fois des difficultés à pactiser avec l’adversaire russe, comme il l’est avec la Chine, et de la nécessité de poursuivre le dialogue avec un homme qui ordonne, de temps à autre, l’assassinat de dissidents russes. Il devait envoyer un signal à Alexei Navalny, qui a fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement des services secrets russes et croupit dans une prison où il est soumis au travail forcé. Mais au moins Biden n’est-il pas, comme Trump, soumis au diktat russe : la protection des droits de l’homme ne saurait être sacrifiée à la paix sinon la paix ne profiterait qu’aux régimes les plus violents. De toute façon, Poutine n’est pas surpris par le comportement de Biden. Il savait que, une fois élu, il serait beaucoup moins facile à manipuler que Donald Trump, qui fut si désireux de ménager le président russe qu’il n’a jamais dénoncé ses provocations contre l’OTAN et ses ingérences dans les campagnes électorales américaines.

Un regain américain.

Justement, un tout récent rapport américain affirme que, une fois encore, les Russes ont tenté de se livrer à des manipulations pendant la campagne de l’an dernier. Biden doit aussi démontrer qu’il ne laissera pas Poutine saper les régimes démocratiques, dont le Russe tente de prouver qu’ils sont infiniment moins stables que les régimes autoritaires qui ressemblent à celui qu’il a mis en place dans son propre pays. C’est une guerre d’idées que se livrent Moscou et Washington et, de ce point de vue, Biden a la responsabilité de la protection des systèmes parlementaires dans le monde entier. Ils doivent continuer à représenter la vertu en politique, combattre les efforts pour les détruire de l’intérieur et, de ce point de vue, le regain américain sous Biden est encourageant. Non seulement la campagne vaccinale contre le Covid est un succès, mais le rebond économique a commencé et le chômage ne sera plus que résiduel l’année prochain, à moins de 4 %.

Le laxisme, c’est fini.

Il faut à Biden de la force, celle-là même que Trump lui a toujours niée en le traitant, mais sans succès, de « Sleepy Joe ». Et c’est pourquoi, il a répondu en un quart de seconde que Poutine était un tueur. Le premier acte de résistance, c’est d’abord de dire la vérité comme elle est, sans l’édulcorer. Le second est d’établir le rapport de forces équilibré avec un adversaire tenté de devenir le premier ennemi de l’Amérique et de l’Occident. Poutine est sûrement en colère contre Biden et n’a pas manqué de le lui faire savoir. Pour autant, il ne pouvait pas s’attendre à trouver chez Biden la moindre mansuétude. Depuis que Trump a gagné la présidence, il a cru qu’il pouvait faire ce que bon lui semblait dans ses relations avec Washington. Ce temps-là est terminé et les intérêts américains dépendent de la capacité à dénoncer les intentions russes ou chinoises tout en poursuivant le dialogue.

Certes, l’opposition républicaine sera peut-être amenée à dénoncer une politique du bord de l’abîme. Certes, la gauche du parti démocrate peut réclamer un traitement plus nuancé de la Russie. Mais Biden a déjà démontré qu’il est capable à la fois de calmer l’aile gauche de son parti et d’amener l’opposition à résipiscence quand il le faut. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas seul. Dans un communiqué publié ce matin, le G7, le groupe des sept pays les plus riches du monde, confirme qu’il ne reconnaît pas l’annexion de la Crimée et de la ville de Sébastopol par la Russie.

RICHARD LISCIA 

 

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La culture à l’encan

Corinne Masiero en 2020
(Photo AFP)

La semaine dernière, la cérémonie (télévisée) de la remise des Césars a été marquée par quelques actes de provocation qui ont embrasé les médias, même si ce n’est pas la première fois que des esprits quelque peu marginaux se livrent à ce genre de comportement.

L’AFFAIRE a pris un tour strident depuis le début de la semaine. La chronique du Covid devenant presque ennuyeuse et en tout cas obsédante, peut-être n’est-il pas inutile, ne fût-ce que pour changer de sujet, de se pencher sur cette nouvelle polémique franco-française. Pour ma part, je n’ai pas regardé le programme, car je me contente, chaque année, d’en apprendre le résultat. Cette fois, la ministre de la Culture, l’excellente Roselyne Bachelot, est partie avant la fin de la cérémonie, ce qui semble traduire sinon son écœurement, sa lassitude, après les pires blagues et private jokes de l’année et la mise à nu, au sens propre du terme, de l’actrice Corinne Masiero, qui triomphe à la télévision avec le succès de sa série policière, « Capitaine Marleau ».

Les méthodes du capitaine Marleau.

J’ai vu les premiers épisodes de cette série, qui prétend renouveler le genre, très usé il est vrai, mais qui ne m’a guère convaincu. Le capitaine Marleau a des méthodes proches de la brutalité et probablement dénuées de tout fondement juridique. Mais elle est efficace et finit toujours par arrêter le coupable. Mme Masiero offre de la féminité une image révolutionnaire, en ce sens qu’elle éloignerait l’homme le plus affecté par la misère sexuelle, qu’elle tient un langage de palefrenier, et qu’elle atteint des sommets de vulgarité, sous le prétexte qu’elle défend les innocents et demeure intraitable avec les criminels qu’elle démasque. La loi ayant le dernier mot, nous sommes censés tout lui pardonner, mais nous sommes tentés également  par le zapping implacable qui nous ramène vers des eaux plus calmes et un peu de sérénité.

Un exercice dans la vulgarité.

Mme Bachelot s’est expliquée brièvement sur son attitude : cette cérémonie très particulière des Césars « ne sert pas les intérêts du cinéma français ». Dans le registre de la dignité, on ne pouvait mieux dire. Mme Masiero, pour sa part, n’a pas froncé un sourcil. Elle nous a déjà prouvé, en exerçant son art, qu’elle est imperméable aux critiques et elle a sans doute raison de penser que l’incident, au cours duquel elle s’est complètement déshabillée et a proféré quelques imprécations contre tous les pouvoirs, n’a pas desservi sa série, promise, grâce à son genre inimitable, à de nouveaux succès.

Ce qui me semble certain, c’est que non seulement la cause du cinéma n’a pas été servie par cette Coluche féminine, mais que le bon goût subit avec elle un sérieux revers. C’est le problème posé, dans le cadre d’une abondance de navets culturels de toutes sortes, par la nécessité du renouvellement ; l’imagination, stimulée par la nécessité de changer l’évolution des programmes télévisés, se heurte rapidement à un obstacle qui, à mon sens, n’est pas négligeable : cette formidable vulgarité qui ressemble à une tempête de sable dans le Sahara. Elle envahit tout, l’esprit comme la bouche et la gorge et elle devient très vite un terrible handicap.

Molière est immortel.

Derrière cette affaire, il y a évidemment, les rapports très tendus entre le pouvoir politique, complètement dominé par la pandémie, et des artistes révoltés contre les mesures qui les ruinent. Si le Premier ministre, Jean Castex, n’était pas contraint à la sobriété par sa fonction, il dirait que la culture française n’est pas menacée tant qu’elle est attaquée par des artistes qui la servent si mal et qu’on peut, dans notre cher pays, se dispenser de l’apport de Mme Masiero, que l’on considèrera sans risque comme le poison de la création. Il ne faut voir dans ma réaction qu’un point de vue de Sirius, car je ne souhaite pas m’engager davantage dans la polémique. Aucune cérémonie des Césars, y compris la plus sobre et la plus brillante, ne restera à la postérité et, après tout, Mme Masiero n’est pas Molière. J’entends déjà les sarcasmes : elle veut justement créer un nouveau registre qui tourne le dos au classicisme. D’accord. Il n’empêche : il y a cinq cents ans, on disait tout avec des mots qui ne choquaient personne. On faisait rire avec le comique de situation et non avec la novlangue ou le verlan.

On est toujours l’innovateur de son époque. Mais pour une création qui reste dans l’histoire, on en trouvera une centaine qu’elle aura vite oubliées. Personne ne se souvient de Scudéry, Molière est immortel.

RICHARD LISCIA

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La vie sans Astra

Macron et Castex en première ligne
(Photo AFP)

La suspension, fût-elle de courte durée, du vaccin AstraZeneca, s’accompagne d’un corollaire inévitable : le troisième confinement (cependant limité à l’Île-de-France), qui sera vraisemblablement décrété en fin de semaine. Il n’est pas excessif de dire que cette suspension donne même l’occasion au gouvernement de se déjuger sur sa stratégie anti-Covid, au nom d’une nécessité qu’il ne pouvait prévoir.

LE VACCIN AstraZeneca présente-t-il des risques ? On le saura cette semaine, mais le moins qu’on puisse dire est qu’il lui a été fait une bien mauvaise réputation, suffisante pour ralentir encore plus la campagne vaccinale. En effet, les autorités françaises ne peuvent pas se procurer des doses de Pfizer et de Moderna en quantités massives et le Johnson et Johnson ne sera disponible que dans au moins un mois. Sans Astra, pas de vaccination chez les généralistes ni dans les pharmacies. L’idée que l’immunisation devancerait la contagion est maintenant inapplicable et les pouvoirs publics n’ont pas d’autre choix que de miser, une fois de plus, sur les gestes-barrières.

Question d’approvisionnements.

La crise a donc atteint un pic qu’il serait malséant de traiter par l’imprécation. Plusieurs grands pays européens, la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, et d’autres, mettent en œuvre les mêmes mesures au même moment. Ici, nous sommes revenus aux transferts de malades graves par TGV, à la saturation des hôpitaux, notamment en Ile-de-France, et à l’augmentation sensible du nombre de cas. Assurément, le gouvernement donne de ses errements une image très négative qui ne rassure pas nos concitoyens, éberlués par une pénurie de doses qui n’aura pas été passagère et s’inscrit dans la durée. Jouer le va-tout français sur la vaccination n’était compréhensible que si nous nous étions assurés de disposer d’approvisionnements massifs.

Un triomphe de la recherche.

En définitive, les stratégies sanitaires s’annihilent mutuellement. Si nous jouons sur le seul vaccin, nous allons vers une hécatombe intolérable qui, en termes économiques et sociaux, nous coûtera aussi cher que le confinement. Ce qui ne veut pas dire non plus que nous ne payerions pas le prix élevé du confinement. Nous sommes bien placés pour le connaître puisque nous y avons déjà eu recours. J’ignore si c’était possible, mais nous ne pouvions pas miser sur le seul vaccin si nous n’avions pas adopté le quoi qu’il en coûte vaccinal, ce qu’ont fait les Britanniques et les Américains et ils ont obtenu des résultats. Il est bien peu vraisemblable que les pays qui vaccinent en masse retournent cette année au confinement. Celui-ci est, depuis plus d’un an, le choix privilégié en l’absence de vaccin. L’annonce, l’an dernier, de la production de plusieurs vaccins efficaces et sans effets indésirables a été saluée triomphalement. Personne, alors, ne se doutait que nous nous heurterions en Europe à de très sérieux problèmes logistiques.

Il y a toujours un risque.

Ces problèmes sont une bénédiction pour tous les pays producteurs de vaccins, comme la Russie ou la Chine, qui font homologuer leurs produits et comptent bien nous les vendre, ce qui achèvera l’humiliation infligée à une Europe incapable de mettre sur le marché la quantité nécessaire de vaccin. Aussi bien,  si, au terme des études lancées par l’Agence européenne du médicament, le Spoutnik V est accepté, comment l’AstraZeneca pourrait-il être récusé alors qu’il a déjà passé tous les contrôles ? Le soudain souci de nos autorités pour l’innocuité de l’AstraZeneca est totalement contraire à la notion de vaccination massive : les cas de contagion supplémentaires constituent un risque supérieur aux cas de thrombose qui ont été relevés. Le rapport bénéfice-risque était de toute façon suffisant pour que continue la vaccination avec Astra. En réalité, les autorités politiques se sont emparées du sujet pour préparer l’opinion à un retour au confinement qui serait dicté non par la pénurie de vaccins mais par le danger que présente l’un d’entre eux.

Une campagne vigoureuse de vaccination, si elle avait été possible, aurait joué le rôle d’un bulldozer. Elle aurait balayé la population à grande vitesse et atteint en quelques mois un certain degré d’immunisation collective. On aurait sûrement décelé des cas d’effets indésirables, légers ou graves, mais on aurait sauvé beaucoup de vies humaines. C’est bien pourquoi les jugements portés chaque minute sur la politique sanitaire n’ont aucun sens : en attendant de démettre Macron, personne n’a prouvé qu’il aurait mieux fait et, dans cette affaire, nous avons tous besoin d’une grande dose d’humilité, celle-là même que le vaccin ne nous apporterait pas de toute façon.

RICHARD LISCIA

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Allemagne : une défaite pour Merkel

Merkel : déroute ou accident de parcours?
(Photo AFP)

Les élections régionales allemandes se sont traduites hier par une lourde défaite de la CDU, le parti conservateur d’Angela Merkel, ce qui augure mal des élections législatives prévues pour le 26 septembre 2021.

LA CDU redoutait ce scrutin dans deux régions qui ont une frontière avec la France. Mais la débâcle est présentée par « Die Zeit » comme un « désastre » électoral : dans le Bade Wurtenberg, la CDU n’obtient que 24,1 % des suffrages, soit 2,9 % de moins qu’il y a cinq ans ; et en Rhénanie-Palatinat, elle réunit 27,7 % des voix. Ce sont les Verts et la SPD (sociaux-démocrates) qui tirent leurs marrons du feu. En Rhénanie-Palatinat, ils sont au pouvoir depuis 2011 et, sous la houlette du président de région, Winfried Kretschmann, ils remportent 32,6 % des suffrages, tandis que la SPD obtient, au Bade-Wurtenberg 35,7 %, grâce à la très bonne campagne de son président, Malu Dreyer.

Un effet du virus.

En réalité, les sociaux démocrates et les écologistes n’ont fait que confirmer une position dominante qui était déjà indiscutable. Même si l’ Allemagne ne vivait pas, comme tous les pays européens, une période rendue très dure par la pandémie, ils auraient gagné. Il ne fait pas de doute, cependant, qu’ils ont tiré profit du sérieux marasme causé par le Covid. Dans les deux régions, l’extrême droite atteint à peine 9 %, un score qui signe son déclin, ce qui réjouira tous les démocrates allemands. Mais les résultats limitent la marge de manœuvre d’Angela Merkel qui se retirera à la fin du mois de septembre après seize ans de bons et loyaux services. Ils mettent en péril les aspirations d’Armin Laschet, le nouveau chef de la CDU, dont la cote de popularité n’est pas élevée. On ne succède pas facilement à Angela Merkel et le choix de M. Laschet ne semble pas approuvé par la population allemande.

Une absence de charisme.

Divers facteurs expliquent la déroute des conservateurs, parmi lesquels un scandale qui a réduit de façon considérable la popularité de la CDU. Comme la France et l’Italie, l’Allemagne souffre des mesures prises contre la pandémie, à quoi s’ajoute un phénomène de corruption sur la vente de masques qui a illégalement enrichi un certain nombre d’élus de la CDU, avec, en prime, une sombre histoire concernant une aide clandestine apportée par les mêmes élus à l’Azerbaïdjan, lors de son conflit militaire avec l’Arménie.

Néanmoins, la situation politique allemande évoluera d’ici à septembre. Mme Merkel reste la très populaire dirigeante de la CDU et le recul de ce parti correspond principalement à un coup de colère de l’électorat, dont il faut remarquer qu’il tourne le dos à l’extrême droite et retrouvera le moment venu ses valeurs traditionnelles. Le problème vient plus de l’équipe qui dirige actuellement la CDU et n’a pas le charisme d’Angela. M. Laschet n’est pas le premier choix de la chancelière, qui a d’abord investi une femme, Annegret Kramp-Karrenbauer (surnommée AKK), laquelle a fini par démissionner et qu’il a fallu remplacer le plus vite possible. Le nouveau patron de la CDU s’est brûlé les ailes pendant la pandémie et l’opposition pourrait bien le forcer à quitter ses fonctions.

Ce qui veut dire qu’Angela Merkel ne laisse aucun héritage. Sa cote de popularité avait baissé, mais la pandémie l’a fait remonter. Cependant, personne, dans son parti, n’a sa stature. Il demeure que les électeurs allemands ne sont pas des aventuriers et les législatives qui produisent une majorité d’où est issu le chancelier sont autrement importantes que des élections régionales. L’enjeu économique, diplomatique et social est très important : aux yeux des Allemands, il n’y a pas mieux, sur le marché, qu’Angela. Pour la remplacer, ils ne peuvent désigner qu’une personnalité politique qui n’a pas, pour le moment, fait ses preuves et ils doivent faire confiance à un ou une inconnu(e).

RICHARD LISCIA

 

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