Le virus est dans les détails

Édouard Philippe hier
(Photo AFP)

Le gouvernement a abondamment expliqué hier les mesures pratiques qu’il entend appliquer pendant la période déconfinement. Elles sont assez nombreuses et complexes pour déclencher une somme impressionnante de réactions, hostiles ou favorables, qui sont plus dictées par des intérêts personnels ou catégoriels que par l’esprit de synthèse qui a guidé nos dirigeants.

LE PREMIER ministre, Édouard Philippe, a présent la carte enfin tracée qui sépare la France en deux zones : la plus large est verte et entraîne des décisions libérales ; la seconde est rouge, elle comprend le Grand-Est, les Hauts-de-France, l’Île-de-France et la Bourgogne, quatre régions où les résultats du confinement ne semblent pas assez encourageants pour être rendus à une plus grande liberté. Il a été décidé hier de confier la question posée à la veille de l’été sur la fréquentation des plages au couple préfet-maire, un acte majeur de décentralisation et du recul du jacobinisme attribué au chef de l’État. Ce geste semble avoir satisfait les maires favorables au déconfinement. Les réactions politiques sont multiples et contradictoires : elles soulignent la complexité d’un plan dicté par une réalité qui oblige l’exécutif à tenter de faire une symphonie au rythme allegro ma non troppo à partir d’éléments sanitaires et économiques incompatibles. Chaque citoyen a sa propre idée de ce que devrait être le déconfinement. Il en était de même pour le confinement qui, in fine, s’est révélé utile et a sauvé 62 000 vies humaines. Nous n’avons pas de raison de craindre une indiscipline populaire qui ne s’est pas vraiment exprimée pendant la période qui s’achève lundi et qui ne sera pas apparente pendant les semaines qui viennent.

Le pire a été évité.

Des quantités de facteurs, positifs ou négatifs, expliquent les polémiques actuelles et il aurait été surprenant qu’elles ne gagnent pas le champ politique, lieu privilégié de toutes les batailles de société. Notre pays est soumis à des tensions extrêmes, de celles qu’on connaît en temps de guerre, avec un virus mortel capable de décimer une population, une crise économique sans précédent et un inconfort croissant qui laissera des séquelles dans la population. On peut néanmoins remarquer que l’incroyable dévouement des soignants, la résilience des Français face à l’adversité, l’obéissance avec laquelle ils ont appliqué les règles imposées par les pouvoirs publics ont construit une structure de lutte contre le virus qui aura évité le pire. On admettra aussi que d’autres peuples se sont conduits avec le même civisme, même ceux qui ont été plus atteints que nous et y compris ceux qui ont été les moins atteints. Et pourquoi ce consensus mondial s’est-il si naturellement établi sinon parce que la raison l’a emporté sur la passion et que, sous les apparences d’une scène de ménage permanente et tonitruante, les populations n’avaient pas d’autre choix que de suivre le panache blanc de leurs dirigeants ?

Une vision d’ensemble.

C’est pourquoi les commentaires les plus pessimistes sur le déconfinement ne sont pas adaptés à la situation : ils ne tiennent pas compte de la bonne volonté du peuple, ni de son besoin de retourner au statu quo ante, en attendant de refonder le fonctionnement du pays. À chaque jour suffit sa peine. Le confinement aura montré que les Français sont capables de s’organiser. Le déconfinement, s’il dément les Cassandre, démontrera qu’ils peuvent accomplir un miracle, empêcher la deuxième vague, relancer la machine économique sans augmenter le nombre de malades. S’en tenir aux contradictions du plan, gouvernemental qui, encore une fois, ne font que refléter la complexité de la crise, c’est au fond tenter de ne rien changer, et de subir. Or l’apathie n’est pas ce que l’on demande au gouvernement et il serait logique que les partis d’opposition cessent de condamner une expérience avant qu’elle ait porté ses fruits.  Trop tôt pour les écoles, impossible pour les transports en commun, pourquoi vert ici et rouge là, pourquoi les rues et pas les plages, quand rouvrira-t-on les bistrots et les restaurants, toutes ces questions sont, au moins pour le moment, secondaires. Elles ajoutent à la confusion. La crise nécessite une vision d’ensemble de l’espace national qui soit aussi projetée vers l’avenir. Un gouvernement peut toujours faillir. Mais il sera temps, si la déconfinement dérape, de freiner et de changer de vitesse.

RICHARD LISCIA

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Le coup de force allemand

Merkel : de quoi les juges se mêlent-ils ?
(Photo AFP)

La Cour suprême d’Allemagne, dont le siège est à Karlsruhe, vient d’interdire à la Banque centrale européenne (BCE) de poursuivre ses achats hebdomadaires de dettes européennes. Problème : dans les statuts de la BCE , figure clairement son indépendance des pouvoirs politiques. Le jugement de la Cour suprême n’est donc pas légal.

LES JUGES de Karlsruhe ont soutenu le point de vue des Allemands les plus conservateurs qui s’opposent à la mutualisation des dettes européennes, ce qui permettrait aux pays les plus déficitaires et les plus endettés de poursuivre leur activité dans un confort relatif. L’enjeu est très important : ou bien les pays européens dits du Sud peuvent espérer relancer leur économie, ou bien ils seront plongés dans la faillite, encore que la faillite d’un État développé soit à la fois une circonstance qui n’a pas été observée jusqu’à présent et un événement dont, par définition, on ne connaît pas les conséquences. Les mêmes juges ont introduit une hypothèse, pour l’avenir immédiat, qui ne sert même pas les intérêts allemands : ce n’est pas dans un contexte d’appauvrissement de l’Union européenne que leur propre pays retournera à la normale. En outre, si la Cour suprême est un organisme indépendant, la BCE ne l’est pas moins, de sorte que le jugement est en contradiction avec la loi. Il s’arroge une orientation politique qui ne peut être adoptée que par une majorité parlementaire.

Les cordons de la bourse.

Sous la sobriété allemande, apparaît en conséquence un dérapage judiciaire qui ouvre une querelle sérieuse au pays de la chancelière Angela Merkel et une crise entre l’Allemagne et ses partenaires européens. C’est la première fois que, dans les faits,  les intérêts nationaux (mal compris) de l’Allemagne sont protégés par une décision des juges, ignorant de la sorte un débat politique qui non seulement ne date pas d’aujourd’hui mais réapparaît au beau milieu d’une crise d’une gravité exceptionnelle qui menace à elle seule la cohésion de l’Union. La Cour suprême aurait voulu affaiblir ou détruire l’UE et l’euro qu’elle n’aurait pas fait mieux. Il appartient maintenant au gouvernement de Mme Merkel de trouver la solution au problème épineux créé par la Cour suprême. Il est plus probable que les Allemands règleront la question en interne, l’atteinte au statut de la BCE étant flagrant et complètement en dehors du droit. S’il a été impossible de mettre en place la mutualisation des dettes, qui fait horreur au peuple allemand, le principe d’un plan de relance, largement abondé par la Commission de Bruxelles est déjà en vigueur. Les effets de la relance des économies par l’injection de capitaux énormes seront visibles dès cette année. Le jugement de Karlsruhe apparaît donc davantage comme un coup d’arrêt à ce qu’ils considèrent comme une dérive financière ou, mieux, comme un délire international dicté par la panique, que comme une opposition systématique à toute ouverture des cordons de la bourse.

Bras-de-fer avec Berlin.

La « faute » allemande pourrait jouer en faveur des partisans de la mutualisation des dettes, en ce sens qu’elle contient une part de provocation : de toute évidence, la Cour a outrepassé ses droits et s’est arrogé une fonction politique qu’aucun élu ne lui a jamais conférée. Aussi bien les juges n’ont-ils pas condamné la mutualisation, mais l’ensemble de la politique de l’argent facile. Techniquement et judiciairement, la mutualisation reste possible. Cependant, le gouvernement allemand ne saurait accepter un jugement qui ampute ses fonctions. On va donc assister à un bras-de-fer entre Berlin et Karlsruhe, au terme duquel ce sont les juges qui baisseront les bras car ils ont commis une erreur. C’est ainsi que Mme Merkel, dont la crise a augmenté la popularité, réorientera la politique allemande dans le sens de l’exemplarité européenne et de la générosité. De leur côté, les élus allemands, s’ils soutiennent les efforts de l’Union, considèreront qu’il n’est pas possible d’aller au-delà du rachat des dettes par la BCE et que la mutualisation doit être définitivement écartée. Tout cela dans un contexte de crise violente dont la seule conséquence positive est qu’elle rappelle aux acteurs de l’UE que leurs économies sont interdépendantes et que la misère des uns affaiblira les autres.

RICHARD LISCIA

 

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Écoles : le casse-tête

 

Blanquer sur le pont
(Photo AFP)

La rentrée scolaire à partir du 11 mai est à la fois tardive et prématurée  : tardive parce que les élèves ont perdu 50 jours d’enseignement ; prématurée parce que les conditions draconiennes imposées par le gouvernement sont excessivement difficiles à remplir.

CES conditions sont dictées par le principe de précaution, celui-là même que Jacques Chirac a introduit dans la Constitution. Sur le plan éthique, elles sont indispensables. Sur le plan pratique, elles sont inacceptables : elles exigent des dispositions que des enfants ne savent pas respecter. Elles participent de l’expérimentation pure, personne ne sait si elles sont utiles ou superflues, comportent des risques ou non, fonctionneront ou non. D’une certaine manière, elles déplacent la charge accablante des soignants sur les éducateurs. Les études publiées sur le sujet montrent que les enfants, à une écrasante majorité, ne sont pas contaminés par le virus, soit qu’ils sont porteurs sains, soit qu’ils ne l’attrapent pas. Mais ce sont des études faites sur des populations confinées, pas sur des groupes qui se déplacent et se rassemblent dans les classes. Au demeurant, les adultes, en l’occurrence les professeurs des écoles, seront exposés.  L’intention du gouvernement reste néanmoins compréhensible : d’une part les enfants des milieux pauvres ont besoin d’être davantage accompagnés et nourris ; d’autre part, il est temps d’envoyer leurs parents au travail. Le principe du confinement qui, en dépit des critiques les plus sévères, a donné d’excellents résultats, ce n’est pas de durer pendant des mois, c’est d’enrayer l’épidémie, puis de la combattre par d’autres moyens.

Oiseaux de malheur.

Nous avons 67 millions de Cassandre. Les prédictions, concoctées dans ces officines du malheur que sont les cerveaux des méfiants et des déprimés, annoncent un nouveau cataclysme. Les pouvoirs publics sont présents pour arrêter l’expérience s’il le faut. À tous les stades, dans les transports en commun, pendant la  marche, au sein des classes, la vigilance sera de mise et, si l’on constate une recrudescence de Covid-19, le pays fera marche arrière. Fallait-il prendre ce risque, fût-il léger, pour remettre le pays au travail ? Oui. Le danger présenté par la maladie n’est pas moins grand que celui d’un effondrement de l’économie. Dans le processus de déconfinement, tel qu’il a été envisagé, puis modelé, puis corrigé, et qui a une flexibilité indispensable, il me semble que tout a été fait pour qu’il ne dérape pas, c’est-à-dire pour qu’il  ne relance pas la pandémie. On peut même ajouter que, grâce à la rentrée scolaire, on commencera à avoir une idée plus claire ce qui est tolérable dans le déconfinement et ce qui ne l’est pas.

Un déconfinement inéluctable.

À quoi il faut ajouter que la France ne fait rien qui ne soit fait ailleurs. L’Allemagne, mais aussi l’Italie et l’Espagne, plus touchées que nous, ont timidement commencé, comme nous, à déconfiner ou à fixer une date pour le faire. D’aucuns nous avaient dit que les Allemands seraient gagnés, à terme, par la force de l’épidémie. Erreur : ils ont quatre fois moins de morts que nous. Ou que l’Italie ou l’Espagne n’envisageaient pas de déconfiner. Erreur : elles s’y mettent. De toute façon, dans une semaine, un mois ou un an, il faudra rendre à la population sa liberté de bouger. L’instrument le plus sûr du déconfinement sera une transparence que ne brouilleront pas les oiseaux de malheur, les oracles du pire et les spécialistes du bobard et de la fabrication. Le gouvernement sait depuis longtemps ce qu’il en coûte de ne pas faire toute la lumière sur un sujet. Il aura d’autant plus de chances de réussir sa rentrée scolaire qu’il dira comment elle se passe vraiment et qu’il adoptera, enfin, une communication limpide.

RICHARD LISCIA

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Un recul de la société

Gérard Larcher, président du Sénat
(Photo AFP)

La quantité incalculable de commentaires sur la pandémie n’apporte pas vraiment de réponse à la seule question digne d’intérêt : quelle sorte de société souhaitons-nous rebâtir ? La lutte contre le virus absorbe tous les acteurs, médicaux ou politiques, de sorte que le débat sur l’avenir est différé. Ce report était inévitable, compte tenu de la gravité de la crise, mais rien ne dit non plus qu’un retour à la normale, certes lointain, soit impossible.

POUR le moment, on ne parle que du présent et du passé. Le passé, qui donne lieu à de multiples réécritures de l’histoire destinées à confondre le pouvoir ; et le présent, qui ne serait pas examiné avec compétence ou sérieux par le gouvernement. De sorte que le déconfinement est abordé dans la confusion générale. L’État ayant décrété l’urgence économique alors que la crise sanitaire est loin d’être terminée, chacun d’entre nous est en mesure de trouver une série d’arguments plus inspirés par les dangers du virus que par la nécessité de remettre en route la machine économique, et vice versa. Les erreurs, hésitations et corrections des pouvoirs publics ne devraient étonner personne dans un climat si obsessionnellement empoisonné par les commentaires assassins et les attaques de type politicien. Comme la bataille, à la fois médicale et politique, épuise les énergies, l’idée que la crise sanitaire est une occasion unique de refonder la société française n’est pas vraiment prise en considération ou ne fait l’objet que de propositions des happy few.

Court terme et long terme.

Ce contexte est d’autant plus regrettable qu’il nous garantit des années de querelles de nature à paralyser le pays. Et il est assez probable que celui-ci, s’arrachant à tout ce qui se dit, et obéissant à la nécessité d’agir, se fera d’une manière ou d’une autre sans prescription formelle et peut-être sous une forme anarchique. Ce que l’on voit clairement, en effet, est que, d’une manière générale, les Français, qu’ils soient puissants ou misérables, subissent la crise. Ils n’en sortiront donc que si, bravant les ultimes assauts de la pandémie, ils se remettront au travail en s’appuyant sur les structures économiques et industrielles en vigueur avant la tragédie. Un plan d’action concertée et méticuleux serait préférable. Encore a-t-il besoin d’une volonté consensuelle qui n’existe pas. Le très court terme a pris le pas sur le long terme : l’avidité pour les règlements de compte est encore plus grande que la peur du virus. La question n’est plus de savoir qui est le mieux placé pour gérer la crise et ses conséquences, ce qui appartient au domaine électoral, mais comment abattre le pouvoir sans attendre le calendrier. Un simple exemple : le Sénat, dominé par les Républicains, a rejeté le plan de déconfinement du gouvernement. Vote parfaitement stérile, puisque l’Assemblée a le dernier mot, mais qui exprime la mauvaise humeur de la droite. Voilà des hommes et des femmes qui ont le sens de leurs responsabilités ! En réalité, LR approuve le déconfinement et même plus que la République en marche !

La pandémie a allongé le temps.

De sorte que les espoirs que nous étions en train de nourrir s’enfoncent dans le brouillard. Rien ne prouve que la pandémie débouchera sur un immense effort pour réduire les gaz à effet de serre et sur une réduction sensible de la pollution. Rien ne prouve que les Français se concerteront pour réduire les inégalités sociales. Rien ne prouve que la mondialisation reculera et que nous rapatrierons nos usines. Rien ne prouve, d’ailleurs, que ceux qui mènent le combat contre le pouvoir plutôt que contre la maladie sortiront vainqueurs de l’épreuve. Si on y réfléchit bien, la pandémie a allongé le temps. Les réformes ne sont plus qu’un très vieux souvenir, au même titre que les gilets jaunes, qui ont cassé beaucoup de mobilier public pour un résultat, une dépense sociale accrue, lui-même balayé par la pandémie et par les centaines de milliards déversés par l’État pour maintenir en vie l’économie. La comparaison entre novembre 2019 et mai 2020 est ahurissante : nous avions réduit le chômage, malgré une croissance faible, nous avons une croissance négative et une hausse vertigineuse du chômage ; nous avions des activités multiples, nous sommes aujourd’hui complètement assujettis, physiquement et moralement, à un virus ; nos projets sont suspendus ou écartés ; notre culture se limite aux livres et à la télévision ; nos loisirs sont inexistants et nos vacances plus que compromises. La société de demain sera sans doute le produit d’une libération des individus mais elle ne semble pas devoir résulter d’une planification nationale.

RICHARD LISCIA

 

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La peur de la deuxième vague

Moins de réanimations
(Photo AFP)

Il suffit de lire le bilan de la lutte contre la pandémie pour admettre que le confinement a produit des résultats très encourageants. Plusieurs facteurs expliquent cependant que le gouvernement hésite  à entrer dans le déconfinement dès le 11 mai.

LENTEMENT, mais sûrement, le nombre de patients en réanimation diminue, ainsi que le nombre d’admissions à l’hôpital et celui des cas nouveaux. La vie de 62 000 personnes ou plus a été sauvée parce que nos concitoyens sont restés chez eux et ont pratiqué les gestes-barrière.  Les pouvoirs publics ont donc décidé de fixer au 11 mai la date du début du déconfinement, ce qui semble avoir déclenché un relâchement de la discipline populaire et risque d’entraîner très vite une deuxième vague qui serait calamiteuse : elle effacerait les résultats positifs qui ont été obtenus par un système sanitaire certes à bout de souffle mais dont il faut saluer les progrès remarquables. La dialectique politicienne n’a pas peu contribué au désordre de la pensée nationale. Le public, toujours rétif, entend des voix discordantes, des accusations de type diffamatoire et des explications confuses dans la bouche de l’exécutif. Il faut le répéter sans cesse : les hésitations du gouvernement, qui, comme les meilleurs de nos scientifiques, a fait le choix de procéder selon la méthode empirique, doit gérer non seulement l’intérêt général, sanitaire, économique et social, mais aussi les effets imprévisibles de son action, sont parfaitement compréhensibles. Alors, oui, nous avons manqué de masques et de lits de réanimation. Oui, le gouvernement, très maladroitement, a prétendu que les masques étaient  inutiles parce qu’il ne les avait pas, puis qu’ils étaient indispensables parce qu’il les avait. Dans cette affaire, qui peut prétendre avoir toujours raison, qui ne se défausse jamais ?

Bouc émissaire.

Un peu de sang-froid, le minimum d’optimisme auquel nous sommes autorisés par les vies sauvées et le recul incontestable du virus, un peu de confiance accordée au gouvernement que nous ne pouvons pas légitimement changer avant les élections de 2022 devaient maintenir la cohésion nationale. Il n’en est rien car, si nombre de critiques sont acceptables et méritent un  débat, d’autres sont superflues, dictées par des intérêts partisans et souvent par la mauvaise foi. Mais il ne s’agit pas d’une partie de ping-pong. Il s’agit d’un enjeu dont dépend la survie de la société française. Or, quand l’opposition et les syndicats poussent des hurlements de colère à s’égosiller, quand diverses associations déposent plainte contre l’État, espérant de la sorte clouer au pilori des hommes et des femmes  confrontés à un fléau dont beaucoup de paramètres sont inconnus, quand s’exprime le parti du déconfinement immédiat et total, au mépris de la raison, quand en outre des forcenés du règlement de comptes veulent absolument désigner un bouc émissaire, les conditions ne sont pas réunies pour favoriser le lent retour à la normale. Qui est le traître ? Celui qui se dresse, au nom de sa propre conception de la démocratie, contre son gouvernement, ou celui qui s’efforce de mettre au point une méthode efficace de recherche de la solution et prend tous les risques de sa décision ?

L’injustice faite aux médecins et chercheurs.

Le plus grave, peut-être, c’est d’ignorer complètement l’effort fourni par les soignants qui n’est pas seulement admirable, mais efficace, pour mieux prétendre que nous vivons un enfer créé de toutes pièces par un exécutif ignare ou incompétent. Or c’est le même corps médical qui soigne les patients et les guérit par dizaines de milliers, et qui, en même temps, conseille les décideurs politiques. Quand on ne fait pas confiance au gouvernement, on ne fait pas confiance non plus aux médecins et chercheurs qui représentent pourtant notre unique espoir de vaincre la crise. On ne devrait pas pouvoir opposer à une majorité élue les divers sabotages commis par d’autres élus, mais minoritaires ; on ne devrait pas, dans une période de douleur nationale, jouer avec les institutions ; on ne devrait pas compliquer une tâche gouvernementale déjà aussi périlleuse. La victoire n’aura pas lieu si le pays ne l’obtient pas ici et maintenant. Ceux qui, au nom de leur droit, prolongent la crise par leurs discours et leurs initiatives désordonnées et surtout haineuses, sans rapport avec l’intérêt immédiat de la nation, commettent une faute historique. Dans cette société de 67 millions de plaideurs, qui a déjà accouché d’une procédure contre nos dirigeants devant la Cour de Justice de la République, les accusateurs risquent, à leur tour, de devoir s’expliquer un jour devant des juges.

RICHARD LISCIA

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L’orage économique

Bruno Le Maire
(Photo S. Toubon)

À mesure que les instituts publient leurs études sur l’avenir économique immédiat du pays, il apparaît que les sombres perspectives tracées par les pouvoirs publics au début de la pandémie n’étaient pas assez pessimistes. Nous avons assisté à une chute de 5,9 % de la croissance au premier trimestre, les trois trimestres suivants risquent de porter  la récession à un niveau inédit.

C’EST le processus du déconfinement qui est en cause. Il sera prudent parce que c’est ainsi qu’il a été conçu, mais il sera aussi confronté à des difficultés d’une telle ampleur que personne ne peut dire avec certitude qu’il se traduira par une relance franche de l’économie. D’aucuns prévoient la disparition de la moitié des petites entreprises, d’un taux élevé de restaurants, cafés et bistrots, théâtres et cinémas, boutiques et commerces spécialisés qui disparaîtront. Or la récession est une boule de neige qui dévale la pente : le nombre de chômeurs augmente, leur pouvoir d’achat diminue, les faillites commerciales entraînent la mise au chômage des employés. Un cercle vicieux que le gouvernement tente de rompre avec une générosité à laquelle il ne nous avait pas  habitués. Il vole au secours des entreprises ; il paie une partie des salaires de manière à ce que les employés, mis momentanément au chômage technique, reprennent leur travail à la fin du déconfinement ;  il contribue à la politique européenne de rachat de dettes ; il déverse des centaines de milliards dans l’économie, carburant indispensable au fonctionnement du moteur.

La leçon de 2008.

Aucun économiste ne s’est vraiment risqué à dire que nous entrons dans une crise comparable à celle de 1929. Beaucoup d’experts notent que le gouvernement a tiré la leçon de la crise des subprimes de 2008 et qu’il mettra à la disposition des entreprises exposées au coma les sommes qui leur sont nécessaires, sous forme de prêts à court terme ou de dons purs et simples. La solidité du tissu social dépend entièrement de ces mesures qui, dès la fin de mars, ont reçu un début d’application, notamment pour le financement du chômage technique ; elles s’amplifieront avec le retour au travail de la plupart des salariés. Mais deux inconnues demeurent : l’expansion du marché intérieur n’est pas certaine tant que les lieux de loisirs ne sont pas rouverts ; et les foyers seront partagés entre la crainte de l’avenir (et donc la nécessité de l’épargne) et le besoin de s’offrir un peu de bon temps. Mais le poison le plus mortel est l’incertitude. Au fond, personne ne sait comment va se passer le déconfinement, personne ne peut dire qu’il va se traduire par des résultats économiques positifs. L’inconnue ne se situe pas dans l’absence de désir de reprendre le chemin du travail, mais dans un éventuel rebond de la pandémie qui annulerait aussitôt la « libération » des salariés et ferait de nouveau pencher la balance en faveur de la santé plutôt qu’en faveur de l’économie.

Un an de galère ?

Le dilemme disparaîtra quand la pandémie sera vaincue par un vaccin ou par la poursuite de mesures préventives, masques, tests, maintien des gestes-barrière et de la distance entre les individus, cette dernière prescription étant pratiquement inapplicable dans les transports publics et dans les écoles. Franchement, seul le vaccin, sûr et produit en quantités suffisantes nous apporterait enfin le traitement capable de nous arracher à l’effet délétère du virus.  Mais dans le meilleur des cas, nous ne l’aurons pas avant l’année prochaine, ce qui semble nous garantir encore douze mois de récession, avec un taux de chômage qu’il est préférable de ne pas chiffrer. Ce sera une catastrophe mais elle ne sera pas limitée à la France ; l’Allemagne ne sera pas prospère si la France, son premier client, ne lui achète pas ses produits (et vice versa) ; et encore une fois, la consommation intérieure française est la clé de notre développement, elle compte plus que nos exportations. Peut-on espérer que, cette fois, la classe politique comprendra que le malheur économique n’est pas causé par une mauvaise gestion gouvernementale ? Que les pouvoirs publics, en renonçant à leurs dogmes (notamment sur l’équilibre des comptes) et en offrant quelques centaines de milliards d’euros à la marche de l’économie, ont fait du bon travail ? Ou bien faudra-t-il encore que ce pays décidément incurable s’écharpe sur ce qui a été fait et ce qui n’a pas été fait ?

RICHARD LISCIA

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L’étau se desserre

Philippe hier
(Photo AFP)

On peut estimer qu’il n’y aura pas de réel déconfinement le 11 mai prochain. Il sera si lent, si compliqué, si ralenti par les indispensables précautions qu’il risque de ne pas parvenir à son objectif : la relance de l’économie française.

LE (LONG) discours du Premier ministre, Édouard Philippe, hier après-midi, devant l’Assemblée nationale, a laissé le public sur sa faim. Il y aura bien une amorce de déconfinement, mais les mesures seront annulées si le gouvernement constate une reprise de la contagion ; les conditions dans lesquelles les élèves retourneront à l’école dépendent énormément de la discipline des enseignants et de la bonne volonté des parents qui, par ailleurs, sont autorisés à s’abstenir ; la reprise du travail et sa généralisation reposent entièrement sur le port obligatoire du masque, une distanciation qui ressemble à la quadrature du cercle et la multiplication des tests. Depuis le début de l’épidémie, les pouvoirs publics se heurtent à un mur qu’ils n’ont pas réussi à abattre : le manque de masques qui résulte à la fois des erreurs passées et de la difficulté à s’approvisionner sur un marché que la crise a rendu ultra-compétitif.

Un dilemme.

Ce sombre état des lieux n’enlève rien à la qualité de la stratégie adoptée par l’exécutif. Il n’en existe pas d’autre. Le dilemme est posé par les graves inconvénients économiques et sociaux du confinement et les risques sanitaires du déconfinement. C’est un dilemme politique qui se serait présenté à toute équipe détentrice du pouvoir mais que l’opposition s’efforce de présenter comme l’ornière creusée par le gouvernement lui-même. Livrée à elle-même et en l’absence de toute réaction planifiée des autorités, le virus n’aurait pas suffi à détruire la machine économique. Elle souffre de ce que, pour protéger leur santé, les travailleurs français doivent rester chez eux. Que M. Philippe cherche un compromis permettant de déclencher le retour au travail sans mettre en danger la santé de ses concitoyens ne peut que l’honorer et ne mérite pas les sarcasmes interminables dont il fait l’objet. Il a donc besoin, dès la fin de mai, d’un résultat tangible susceptible de faire taire le chœur des pleureuses. Le courage est dans l’action, fût-elle périlleuse, la lâcheté dans un confinement sans limites.

Pas d’unité nationale.

Nous vivons une phase historique exceptionnelle qui ne ressemble à rien de ce que nous avons vécu auparavant. La réalité la moins visible est aussi la plus dure : nombre de nos concitoyens meurent tous les jours, pendant que syndicats alimentent le débat sur les masques, que l’opposition joue sur les rigueurs de la procédure parlementaire, et que le public croit souffrir plus que les malades entre la vie et la mort sur leur lit de réanimation. La douleur nationale ne doit pas, certes, servir de prétexte aux errances d’une politique sanitaire et économique. Mais, dans une situation aussi cruellement incertaine, la question n’est pas : « Comment vais-je m’en sortir ? », mais « Comment le pays  s’en sortira-t-il ? ». Car le salut général dépend de celui de chacun des citoyens. Un effort de cohésion nationale n’aurait pas été bizarre dans des temps aussi troublants. Mais le gouvernement a compris : il s’est moins adressé aux partis d’opposition qui ont froidement rejeté la main tendue qu’aux Français dont la discipline fera la différence.

RICHARD LISCIA

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Une politique risquée

Les masques sont le problème
(Photo AFP)

La détermination du gouvernement à engager le déconfinement à la date du 11 mai, son refus de laisser à l’opposition le temps qu’elle réclame pour pouvoir amender son projet, les doutes exprimés par les soignants, mais aussi par les enseignants qui se déclarent incapables d’obliger les enfants à se soumettre à la discipline des gestes-barrière, se traduisent par une grande confusion au moment où le pays n’a jamais eu autant besoin de sérénité.

IL SUFFIT cependant d’aller au-delà des sévères déclarations faites par les partis d’opposition pour constater qu’ils ne remettent en cause ni le déconfinement ni son démarrage le 11 mai. Ce qui leur importe, c’est de ne pas être soupçonnés d’avoir pour le gouvernement la moindre indulgence. Tous font le pari qu’Emmanuel Macron sortira sérieusement affaibli par une crise dont la durée se prolongera peut-être jusqu’à la veille de l’élection présidentielle dans deux ans et empêchera sa réélection. On aura noté que ce sont les Républicains qui mènent contre l’exécutif la campagne la plus virulente, sans doute parce qu’ils se sont convaincus qu’il y avait en la matière une partie politique à jouer dont l’objectif serait moins de remettre en marche des bataillons de travailleurs indemnes ou guéris que de tirer pour LR un gain de popularité inespéré. Il est inutile de qualifier ce calcul, jamais avoué, mais toujours sous-jacent, il n’est que le reflet des mœurs politiques nationales dont la résilience est supérieure, et de beaucoup, à la vigueur de la lutte anti-virus. Au demeurant, le pouvoir ne prend pas des risques insensés.  Il n’oblige aucun parent à envoyer ses enfants à l’école, il n’acceptera l’usage du métro et des bus que par ceux portant le masque ; à la moindre alerte sanitaire, il arrêtera sans perdre de temps son expérience.

Un plan raisonnable.

En revanche, il était illusoire de croire que le confinement pouvait durer entre six mois et un an, même si, en l’absence de masques et de respirateurs, il est vite apparu comme l’instrument thérapeutique numéro un. En effet, il fait peser sur la société française un menace au moins aussi grande que le virus. Tous les gens qui ne travaillent pas ne sont pas protégés par l’État et, s’ils le sont, ils passent souvent du statut de classe moyenne à celui de pauvre. Il fallait qu’ils retournent au travail et donc que les écoles accueillent de nouveau leurs enfants. Les conseillers médicaux de M. Macron préféraient une rentrée scolaire en septembre. Le président leur a exposé sa préoccupation : une rentrée tardive aurait favorisé l’apathie française pendant de longs mois.  À noter, sur ce plan, que les autorités françaises ne proposent rien d’autre que ce que font des pays comme l’Espagne et l’Italie, pourtant plus sévèrement atteints par le coronavirus. Ce qui inquiète le peuple, c’est la course engagée par le gouvernement au sujet des masques. Ils deviennent indispensables dans les transports en commun et à l’école, ils le deviendront petit à petit pour chaque bistrot ou restaurant qui rouvre ses portes. Il en faut des millions par semaine. Des efforts ont été fournis pour reconvertir des usines, pour produire sur le sol national les masques manquants, commandés à l’étranger mais arrivant au compte-gouttes. Le pari des pouvoirs publics, c’est que, le 11 mai, les commandes seront honorées et qu’un nombre suffisant de masques sera mis à la disposition du public.

Bataille sans enjeu.

Bien entendu, ce déconfinement comporte des risques majeurs, mais seulement si, privés de masques, nos concitoyens retournent à leur travail sans le porter. L’essentiel, probablement, est que la plupart des gens en aient et que nous reprenions la production. On voit mal comment un certain nombre d’évidences pourraient être contestées et d’ailleurs elles ne le sont pas. C’est la procédure parlementaire requise par l’exécutif qui fait l’objet d’une polémique enflée par les discours tragiques sur la liberté en voie de disparition et sur le mépris du gouvernement pour l’opposition. Soyons sérieux : ce mépris est réciproque. L’image de ces courageux critiques se battant désespérément contre un pouvoir arbitraire, acculés contre le bastingage par les spadassins du régime, est parfaitement dérisoire. La colère et la rancœur s’expriment sans nuances quand l’enjeu est inexistant.

RICHARD LISCIA

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Déconfinement : bataille politique

Blanquer voit loin
(Photo AFP)

Le confinement a été appliqué avec rudesse, jusqu’au moment où les pouvoirs publics ont décidé qu’il fallait y mettre un terme, du moins progressivement. En réalité, le déconfinement sera empirique et sera arrêté si pointe le nez d’une  nouvelle vague de contamination. Le projet n’a subi que quelques critiques sur le plan sanitaire mais ses modalités législatives ont fait l’objet d’une querelle politique.

LE GOUVERNEMENT  a pensé, comme à son habitude, qu’il n’avait pas besoin de mettre le projet au vote. Il a eu tort sur ce point, mais quand il a vu la levée de boucliers à droite et à gauche, il n’a pas fait de difficulté pour accepter la proposition, sans doute parce qu’il sait que, de toute façon, il a la majorité absolue. Voilà que les partis de l’opposition sont unanimes à exiger que le vote, à l’Assemblée et au Sénat, soit reporté de vingt-quatre heures pour leur laisser le temps de réfléchir aux mesures annoncées. Il y a eu de la mauvaise fois des deux côtés, l’exécutif sachant qu’il ne court pas de risque avec le vote et l’opposition connaissant déjà à peu près toutes les modalités d’application du texte. Tout au plus peut-on dire que la date du 11 mai devant être respectée et que la rentrée scolaire s’annonçant compliquée, Édouard Philippe et ses ministres, notamment celui de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, déjà largement harcelé par les enseignants et les parents d’élèves, souhaitaient éviter le mélodrame politique, préférant se consacrer au pilotage très compliqué et hasardeux du déconfinement.

Ceux qui croient au miracle.

Cette nouvelle querelle entre l’exécutif et les oppositions ne fait pas l’affaire des contaminés incertains et des décontaminés peu probables que nous sommes à des degrés divers. L’affaire met en lumière les jugements sommaires que font ceux qui ne sont jamais contents de rien et toujours heureux de pouvoir clamer qu’ils se heurtent à un pouvoir autoritaire et insensible. Le confinement en France aura été en réalité une grande avancée, car il nous a évité, collectivement, quelque 60 000 morts. Il est licite de dire que l’on aurait pu l’adopter quelques jours plus tôt, mais à quoi bon ? Qui peut dire qu’avec Jean-Luc Mélenchon au pouvoir ou inversement quelque ténor de la droite, ou pis encore, avec Marine Le Pen, nous serions tous en bonne santé ? L’idée de l’opposition n’est pas de dire ce qu’il fallait faire à la place de ce qui a été fait, car, au début du mois de mars, droite, gauche, extrême droite et extrême gauche auraient rencontré les mêmes difficultés que l’équipe au pouvoir. Le comble, c’est qu’au mépris de l’intelligence de ceux qui les écoutent, ils se présentent comme les miraculeux élus qui, eux, auraient soufflé sur le virus pour l’envoyer dinguer hors de nos frontières.

Pas de plan sur la comète.

Vous me direz, et non sans raison, que les clivages creusés dans la classe politique se retrouvent dans ceux des professions médicales, qui sont représentées par des humains et expriment parfois (souvent?) des opinions différentes. Le corps médical, néanmoins, est engagé à fond dans la lutte contre le Covid-19 et sa réserve, son humilité, sa sobriété montrent bien qu’il ne propose pas de plan sur la comète. Les personnels hospitaliers, eux, sont encore plus admirables. Médecins ou infirmiers ont déjà payé un lourd tribut en vies humaines au virus. D’ailleurs ils s’attendent à une deuxième vague et sont prêts à la combattre, malgré une fatigue intense, physique et morale : on ne sort pas indemne d’une expérience aussi horrible. Ce n’est donc pas le moment de dire que la gestion de la crise pourrait être différente ou qu’elle pourrait être améliorée détail après détail, pas plus qu’il ne faut traîner les ministres en justice sous le prétexte qu’ils n’avaient pas les réserves de masques et de lits de réanimation qui ont été supprimées par leurs prédécesseurs, lesquels se trouvent aujourd’hui au cœur de l’opposition à Macron.

On apprenait en fin de matinée que le gouvernement refuse de donner un jour de plus à l’Assemblée et au Sénat pour voter. Façon de dire : qui c’est, le chef ? Cette attitude n’est pas très diplomatique mais elle décrit la lassitude d’un gouvernement pris dans un étau pendant que se poursuivent les politicailleries. Le gouvernement d’union nationale n’est pas pour demain. En même temps, on est ébahi par tant de traditions tenaces dans un pays secoué comme il ne l’a pas été depuis un siècle et qui a d’autres chats à fouetter.

RICHARD LISCIA

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Des vies sauvées

Olivier Véran
(Photo AFP)

Selon une enquête  de l’École des hautes études en santé publique (EHSP), publiée hier par « le Monde », le confinement aurait permis de sauver 60 000 Français depuis qu’il été mis en vigueur au début du mois de mars. Si ce résultait était confirmé, il mettrait l’accent sur la prévention élevée qu’assure le confinement. Il montrerait aussi, alors que le pays entre dans une période de déconfinement progressif à partir du 11 mai, que l’abandon des restrictions sur la circulation des personnes risque d’avoir des conséquences négatives.

À MESURE qu’approche la date du 11 mai, l’incertitude et l’inquiétude du public ne cessent de croître, notamment pour ce qui concerne le retour des enfants à l’école, ainsi que les transports en commun dont il sera très difficile de réguler le flux des voyageurs et les recommandations relatives au port du masque et à la distanciation. C’est d’autant plus vrai que, pour nourrir un espoir, beaucoup de nos concitoyens comptent sur des paramètres positifs, comme l’arrivée de l’été qui ferait fuir le virus. Cette notion n’est nullement prouvée. Le COVID-19 est partout, y compris dans les pays chauds ou tropicaux, et aucun territoire n’est épargné, même si la circulation du virus est moins intense dans l’hémisphère austral. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, l’a répété ce matin : dans ses calculs, le gouvernement n’a pas inclus la chaleur de l’été et entend se concentrer uniquement sur les nouveaux cas de contamination, les transferts à l’hôpital pour les cas graves et le nombre de lits de réanimation encore occupés, qui diminue sensiblement depuis plusieurs jours.

À dose homéopathique.

Ce qui est signifie que le déconfinement sera un principe administré à un dose homéopathique. Ce ne sera pas le lendemain d’un jour férié, mais un système lent et prudent de libération des individus qui pourrait bien être interrompu si le virus fait de nouveau des dégâts, méthode qui a pris le nom de « stop and go ». Les pouvoirs publics tentent de concilier deux impératifs : celui de protéger les Français et celui de remettre en marche la machine économique car, comme l’ont expliqué plusieurs de nos dirigeants, l’énorme dette que nous accumulons en ce moment devra être un jour remboursée d’une manière ou d’une autre. Il n’est pas illusoire ou enfantin de croire que l’apparition de tests multiples et d’un vaccin permettra à la croissance de rebondir au delà des plus modestes espérances. Elle aura alors un double effet, d’abord en réduisant la crise sociale qui, dans nombre de cités pauvres, devient insupportable, ensuite en permettant de dégager des excédents budgétaires qui pourront être consacrés au remboursement partiel de la dette. Mais rien de tout cela ne se produira avant le début de 2021 (si tout va bien, c’est-à-dire si le virus recule ou disparaît) et d’ici là la route est longue.

Des économies pour demain.

La pandémie devrait en outre créer un autre paramètre positif. Elle a a accru l’épargne dans un pays où les gens ne dépensent que pour l’essentiel de leurs besoins. L’État, lui,  va beaucoup emprunter et beaucoup dépenser, mais les familles économisent déjà de l’argent, comme en témoignent les dépôts dans les livrets de famille, ceux des retraités notamment, qui certes sont loin de vivre dans le luxe mais mettent de l’argent de côté. Ce qui signifie qu’arrivera un moment où les Français dépenseront plus, augmentant ainsi la consommation intérieure, instrument de relance bien plus fiable que les exportations dans un pays comme le nôtre dont le commerce intérieur est structurellement déficitaire depuis la fin des Trente Glorieuses. Au total, une chose reste sûre : le déconfinement est une partie de poker dont l’enjeu n’est pas l’argent, mais la vie. Nous avons eu l’occasion d’expliquer pourquoi cette phase de lutte contre la pandémie devient nécessaire. Nous ne pouvions accepter le choix entre la vie et l’effondrement de l’économie. Nous essayons donc d’avoir la vie et une prospérité toute relative. Ce faisant, nous marchons sur une ligne de crête affreusement étroite bordée par deux abîmes.

RICHARD LISCIA

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