Climat, priorité No un

Greta Thunberg
(Photo AFP)

Tout concourt à faire du réchauffement climatique une urgente priorité : la nouvelle vague caniculaire, qui incite les Français à prendre au sérieux les avertissements et alertes lancés par les scientifiques ; la visite, demain à l’Assemblée, de l’égérie suédoise du climat, Greta Thunberg, qui n’a pourtant que seize ans, mais qui a rallié la jeunesse mondiale à ses préoccupations ;  les polémiques sur les accords CETA et Mercosur ; les coups de boutoir lancés par Nicolas Hulot contre la politique environnementale du gouvernement.

LE POINT le plus important, c’est cette chaleur sans précédent qui sévit en France. Elle affaiblit les citoyens et tue probablement des milliers de personnes âgées. Elle nous prend par surprise car nous ne sommes pas équipés pour lutter contre une canicule exceptionnelle. Elle pose surtout la question de l’avenir, qui deviendra insupportable pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de fuir la chaleur, en allant à la montagne ou en prenant de longues vacances dans les pays nordiques. Et pourtant, il n’existe aucun consensus autour de la certitude du réchauffement climatique, alors que le manque d’eau en France devient criant et que la sècheresse tue nos récoltes. On ne peut pas dire qu’une majorité de pays rejoignent le mouvement anti-réchauffement ; on ne peut rien contre des chefs d’État comme Donald Trump, qui rejettent l’évidence ; et même en France, nombre d’élus de droite refusent d’assister au discours de Greta Thunberg demain à l’Assemblée, sous le prétexte  qu’à son âge elle ne peut rien leur apprendre.

La confusion du débat.

En réalité, ce n’est pas l’ascension d’une enfant portée au nues par la jeunesse qui pose problème dès lors que la cause qu’elle défend est juste. C’est la confusion dans laquelle se déroule le débat. S’il faut être aveugle et insensible pour croire que la planète n’est pas en train de changer, on se dispute sur la façon de lutter contre le fléau. D’aucuns sont tellement épouvantés qu’ils préfèrent ne pas y croire, et comme l’autruche, se mettent la tête dans le sable ; d’autres voient dans les efforts à fournir une tâche impossible à accomplir et une atteinte à leurs intérêts industriels et commerciaux ; si les États-Unis plongent dans le déni, l’Europe, elle, doit accorder ses 28 violons. De partout fusent des solutions, pendant que le CETA et le Mercosur sont présentés comme des accords qui, loin de contribuer à la dégradation du climat, auraient pour effet de l’améliorer. Qui croire, qui ne pas croire dans ce fatras d’avis contradictoires ?

L’urgence accroît la panique.

Pendant que nous nous querellons sur les solutions, la chaleur se répand comme une armée d’invasion imbattable. L’urgence, loin d’unir les peuples, accroît la panique. Il se produit un événement historique affolant, nous ne savons pas vraiment comment le combattre. Nous risquons, d’ici au milieu du siècle, d’assister impuissants à la dégénérescence de notre monde. Les plus vieux comptent les jours qui les séparent d’une disparition capable de leur éviter le pire ; leurs enfants font le même calcul mais pour prévoir l’inéluctable.

Suis-je alarmiste ? Peut-être. Mais en même temps comment échapper à la comparaison grotesque entre la futilité des postures politiques et la gravité de l’enjeu ? Pourquoi M. Hulot, au lieu de tirer à boulets rouges sur le gouvernement en place, n’apporte-t-il pas, avec tous ceux qui le soutiennent, sa contribution ? Quelle importance que la jeune Thunberg n’ait que 16 ans si, simultanément, elle exprime une vérité, ou tout au moins une opinion sur laquelle il serait utile de réfléchir ?

Dans le mélange des divers dénigrements exprimés contre le réchauffement climatique, le plus néfaste est le déni pur et simple de la réalité. Mais tous les autres créent des obstacles au consensus, aux décisions, aux mesures concrètes et financées qui feraient de la France sinon un pays complètement propre, un pays exemplaire, celui qui fait des progrès fondés sur les preuves. La bataille qui se déroule en ce moment n’est pas entre la jeunesse et les gens plus âgés; elle n’est pas entre une fraction des élus et Mlle Thunberg ; elle n’est pas entre Trump et nous. Elle est dans les millions de bonnes raisons trouvées ou inventées pour échapper à une épreuve de force entre la température et nous.

RICHARD LISCIA

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La réforme, c’est ça

Philippe et Delevoye
(Photo AFP)

Il n’aura échappé à personne que Jean-Paul Delevoye, qui n’a pas de pouvoir exécutif, a présenté, sur les retraites, un projet qui ne comprend aucune décision, mais une foule de propositions ou de préconisations. Son plan pour les pensions est pourtant vilipendé alors que le gouvernement insiste sur les négociations avec les partenaires sociaux et sur une application des mesures qui prendra une quinzaine d’années.

LE GOUVERNEMENT d’Édouard Philippe n’a pas toujours excellé par sa prudence. Quelques crises à répétition, dont la plus récente est celle déclenchée par les us et coutumes de François de Rugy, l’ont amené à avancer à pas de loup dans la réforme des retraites. Qu’importe. Voilà les syndicats sens dessus dessous, bien qu’ils sachent depuis longtemps que le pouvoir n’a pas d’autre ambition que d’équilibrer les comptes de l’assurance-vieillesse et de la rendre un peu plus juste sur le plan social. Que la CGT appelle déjà à une mobilisation générale à la rentrée semble indiquer qu’elle obéit davantage à un réflexe de Pavlov qu’elle ne se livre à un minimum de réflexion. Il est simplement faux de dire que les 42 régimes de retraite, dont le seul nombre suffit à décrire l’inégalité et la confusion financière, n’ont pas besoin d’être unifiés. Il est faux de dire que, si l’on tient compte de la pénibilité de certains métiers, le système un euro cotisé donnant les mêmes droits aux futurs pensionnés, n’est pas viable ou juste. Il est faux de dire que l’exécutif ne tient aucun compte des conséquences sociales du projet tel qu’il est décrit actuellement par M. Delevoye au terme de 18 mois de discussions avec les partenaires sociaux. Il est faux de dire que la prolongation des carrières, dans une société où on vit beaucoup plus longtemps qu’il y a un siècle, avec une qualité de vie bien meilleure, précisément parce qu’ont été mis en place les garde-fous sociaux, condamne à mort ou à la misère les actifs payés au Smic.

Les scandales silencieux.

Le débat n’est pas d’aujourd’hui. Il a commencé avec les progrès de l’espérance de vie, qui ne se seraient pas produits au lendemain de la Seconde guerre mondiale si, justement, n’avait pas été mise en place cette répartition de la richesse nationale qui permet à tous les salariés et même aux indépendants de finir leur vie dans des conditions de vie décentes. Le gouvernement n’entend pas supprimer ces avantages acquis et, de toute façon, il ne pourrait pas le faire. Il tente seulement de faire en sorte que les budgets des pensions ne soient pas déficitaires et il veut ajuster des régimes spéciaux qui accordent à certains salariés des privilèges féodaux, comme à la SNCF ou à la RATP. À côté des scandales dans le monde politique ou dans celui des riches, il y a des scandales silencieux qui se cachent sous l’apparence de la pénurie. Mais enfin, partir à la retraite à 55 ans en 2019, n’est-ce pas une imposture totalement révoltante ? Et pourtant le même raisonnement accablant ceux qui tiennent le haut du pavé s’applique à ceux dont l’oisiveté et les « avantages acquis » sont financés par d’autres salariés. Je ne vois pas pourquoi on devrait se taire à ce sujet alors que nous en sommes à un débat axé sur la délation. Dans la crise des gilets jaunes, dans cette lutte des classes qu’ils appellent de leurs vœux, dans cette dictature du prolétariat que Jean-Luc Mélenchon souhaite imposer, on trouve en fait une sorte de mépris pour tout ce qui est fait en leur faveur, à un coût très élevé, et le rêve étrange d’enrichir les pauvres tout en dépouillant les riches, même si, en répartissant toutes les fortunes dans les foyers modestes, on ne satisferait pas l’ensemble de leurs besoins.

Un travail de Sisyphe.

Non seulement les réformes sont indispensables, mais elles doivent être permanentes. C’est un travail de Sisyphe. Il fait aider ceux qui souffrent, mais il faut aussi mettre un terme à la financiarisation de l’économie, et le gouvernement s’y emploie, il est vrai avec peu de succès jusqu’à présent, au niveau national et européen. En tout cas, il est parfaitement conscient des injustices créées par le capitalisme et la mondialisation. Il sait parfaitement qu’il n’y a aucun avenir pour un État démocratique si on s’en tient aux seuls résultats des élections. D’une certaine manière, et bien que cette opinion soit partagée par peu d’observateurs, la macronie est une chance pour le pays. C’est une forme de pensée qui ne jettera jamais le bébé avec l’eau du bain, qui n’oubliera pas les nécessités sociales, même si son premier réflexe a consisté à s’attaquer en premier lieu aux scléroses nationales, et qui s’efforcera de concilier le moins mauvais des systèmes avec la satisfaction des besoins populaires. La réforme, c’est l’alternative à une révolution inutile et destructrice. La réforme, c’est le changement sans écoulement de sang. La réforme, c’est surtout une forme rare de courage.

RICHARD LISCIA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Retraites : la réforme est lancée

Delevoye avec Macron
(Photo AFP)

Dans le projet de réforme des retraites annoncé aujourd’hui par Jean-Paul Delevoye, qui en est le maître d’œuvre, il n’y a pas de grande surprise, seulement quelques nouveaux (et modestes) avantages, sans doute présentés pour faire passer la pilule que les syndicats et l’opinion refusent d’avaler.

LA STRUCTURE sur laquelle M. Delevoye travaille depuis 18 mois reste inchangée : on garde le système par répartition, dans le sens où les actifs paient pour les retraités, mais on passe aux points. Les 42 plans de retraite existant actuellement cèdent la place à un système unique, ce qui signifie qu’un euro cotisé donne les mêmes droits à tous, employés, cadres on indépendants, étant entendu que la différence entre les niveaux de retraite reflètera le nombre de points acquis. On conserve également l’âge de départ (62 ans) auquel Emmanuel Macron a juré de ne pas toucher. Mais partir à 62 ans ne permettra pas de toucher une pension à taux plein ; il y aura une décote pour les gens âgés de 62 ans et une surcote pour ceux qui travailleront plus longtemps, entre 62 et 67 ans. Ce qui revient, en quelque sorte, à prolonger les carrières : les salariés qui souhaitent obtenir une pension décente poursuivront leur activité professionnelle jusqu’au moment où ils auront acquis un nombre de points qui leur paraîtra suffisant.

Pension de réversion améliorée.

Un geste en faveur des veufs et veuves : ils toucheront 70 % de la pension totale du couple., alors que, dans le système actuel, un veuf ou une veuve n’ont droit qu’à 60 % du montant perçu par leur conjoint décédé et la pension de base fixée par la Caisse nationale d’assurance vieillesse n’entre pas dans le calcul de la réversion. Le montant de la pension sera augmenté de 5 % dès le premier enfant. M. Delevoye annonce un montant de retraite égal à 81 % du salaire net des paysans,  et 75 % de celui des artisans et commerçants. Tous ces avantages sont nouveaux et permettront d’aborder les négociations dans un climat un peu plus serein, même si les syndicats sont hostiles au principe même de la retraite par points et continuent à militer pour l’actuelle répartition. Il a fallu beaucoup de temps pour que M. Delevoye mène ses négociations et rédige son projet. Il en faudra plus pour qu’il l’impose aux partenaires sociaux et aux élus. Il faut comprendre que, dans la mesure où elle touche au portefeuille des gens, la réforme des retraites est politiquement explosive et que, contrairement au gouvernement, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites n’a voulu brusquer personne. Il a même eu un différend sérieux avec Agnès Buzyn, ministre de la Santé et des Solidarités, qui a dit clairement, sans être rabrouée par le Premier ministre, que la pension par points ne suffisait pas à assurer l’équilibre du budget des retraites et qu’il faudrait bien travailler plus longtemps pour toucher le maximum auquel on a droit.

L’erreur de Mitterrand.

Tel que le projet a été annoncé aujourd’hui, Mme Buzyn avait donc raison. L’inspiration de la réforme est complètement rationnelle : nous restons un pays où demeure un taux de chômage massif et où le ratio actifs-inactifs ne cesse de se dégrader, le nombre de gens qui cotisent diminuant tandis qu’augmente le nombre de retraités. La non-prolongation des carrières n’a jamais été qu’un leurre et l’erreur initiale vient de François Mitterrand qui, en contradiction avec toutes les données dont il disposait, a décidé de ramener l’âge de départ à la retraite de 65 ans à 60 ans. Depuis, la France s’est réveillée de ce rêve et les gouvernements de droite ont progressivement augmenté l’âge de départ jusqu’à 62 ans. Ce qui est insuffisant : il suffit de voir ce qui se passe dans le reste de l’Europe où les carrières sont plus longues qu’en France.  L’autre problème est posé par les sommes considérables dont disposent  les caisses de retraite, notamment les caisses des cadre,s et qui, logiquement, vont être fondues dans une tire-lire universelle.  En réalité, au-delà du montant fixé par la Sécurité sociale, les cadres cotisent déjà à un système à points. Cet argent n’est pas celui de la Sécu, mais celui des caisses. Immense litige en perspective.

RICHARD LISCIA

PS- Quelques lecteurs ont été surpris de ne pas avoir accès à mon blog à partir de la page d’accueil du « Quotidien' »sur Internet. Cette page d’accueil fait l’objet d’une refonte et le problème sera réglé dans quelques jours. En attendant et jusqu’à mon départ en vacances le 28 juillet, nos aimables lecteurs peuvent avoir accès au blog soit en faisant leblogderichardliscia.fr soit, pour les abonnés, d’attendre la « Dernière heure » qui leur arrive en fin de soirée et où le dernier blog en date est annoncé. Il suffit de cliquer dessus pour pouvoir lire le texte.

R.L.

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La chute de Rugy

François de Rugy
(Photo AFP)

Sans attendre les conclusions des deux enquêtes ordonnées par le Premier ministre sur son cas, François de Rugy a démissionné hier en début d’après-midi de son poste de ministre d’État à la Transition écologique. C’est un nouveau coup dur pour le gouvernement.

LE SITE Médiapart s’apprêtait hier à publier un nouvel article révélant que le ministre avait utilisé, en 2013 et 2014, son indemnité parlementaire pour payer sa cotisation mensuelle à Europe Écologie les Verts, le parti auquel il appartenait. Ce procédé est strictement interdit parce qu’il consiste à défiscaliser deux fois la même somme. En conséquence, les cotisations à un parti politique doivent provenir non pas d’une indemnité mais d’un salaire. Ajoutée aux précédentes informations de Médiapart sur les dîners somptuaires de l’ancien président de l’Assemblée nationale et la réfection de son appartement à l’hôtel de Lassay, cette révélation semble avoir provoqué la démission de M. de Rugy, jugée par Emmanuel Macron comme une décision « personnelle ». En tout cas, elle contraint Édouard Philippe à remanier son gouvernement et elle fait de l’écologie, dossier numéro un dans les préoccupations nationales, une question gérée par intermittence. Le Premier ministre s’est contenté de placer Élisabeth Borne, ministre des Transports, dans le fauteuil de M. de Rugy, mesure ultra-rapide destinée à éviter les commentaires sur les carences du pouvoir, mais qui fait de l’environnement une affaire gérée à la va-vite, d’autant que Mme Borne n’est pas, comme M. de Rugy, ministre d’État.

Coup de grâce.

La chronologie des événements laisser penser que M. de Rugy aurait dû démissionner sans laisser Médiapart lui porter des coups de bélier successifs et, hier, son coup de grâce. Elle démontre, avec une vigueur alarmante que le principe balladurien selon lequel un ministre ne démissionne que s’il est mis en examen est complètement dépassé : non seulement les membres du gouvernement ne sont à l’abri d’une mésaventure que s’ils sont certains de leur intégrité, mais ils ne sauraient compter sur leur appartenance à la majorité pour résister aux assauts de la presse d’investigation. Ce qui, en soi, pose un sérieux problème : la réaction la plus forte des oppositions consiste à démontrer que la  lutte contre le réchauffement climatique n’est même pas défendue par un homme permanent et durable. La mise en œuvre de la loi sur la moralisation publique, qui date de 2017, prend nécessairement du temps. Il n’est pas interdit de  supposer qu’en ciblant un à un les élus ou les membres du gouvernement, la presse qui leur est hostile en fera démissionner d’autres.

On lui prête plus que ce qu’il a.

Le cas de M. de Rugy n’est pas aussi grave que celui de Jérôme Cahuzac ou que celui de François Fillon, même s’il est entendu qu’il aurait cherché à faire  quelques économies et à vivre richement aux frais du contribuable. Le problème vient de ce que rien n’est encore prouvé et qu’on lui a trop vite prêté plus que ce qu’il avait, par exemple dans le cas de l’appartement qu’il loue près de Nantes et pour lequel il paie un loyer conforme à son exiguïté. Touché à plusieurs reprises par les tirs de sniper de Médiapart,  François de Rugy a jeté l’éponge et porté plainte contre sa nemesis. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne sera pas capable de faire valoir son innocence aux déontologues ou à la justice. Toute l’affaire pose le problème d’une éthique nouvelle qui n’existait pas il y a quelques années, de la crise politique qu’elle provoque et qui déstabilise le gouvernement, même si elle réjouit l’opposition, et de l »adoption universelle par tous les élus d’une éthique inscrite dans les textes et à laquelle ils doivent promptement s’habituer en commençant par se l’appliquer à eux-mêmes. Encore faudrait-il éviter de changer de majorité sans recourir au suffrage universel.

Le RN ferait mieux de se taire.

Les élus du Rassemblement national ont été les premiers à célébrer bruyamment la chute du ministre. Ils semblent oublier que leur parti doit quelques millions à une banque russo-tchèque qui a disparu et qu’ils n’ont pas remboursée, que le RN est poursuivi par la Commission européenne pour des emplois fictifs et que  Marine Le Pen a emprunté plusieurs millions à son père qui réclame leur remboursement par la voie judiciaire. A scandale, scandale et demi. Quoi qu’il en soit, il y en a un qui connaît l’exacte et complète vérité, et c’est François de Rugy. Sa démission résulte peut-être de son accablement, mais elle peut aussi avoir été causée par sa propre conviction qu’il ne pouvait pas rester ministre. Enfin, la vision de l’avenir immédiat telle qu’elle est colportée par la presse est celle du chaos politique. Les précédents ont pourtant démontré que ni l’affaire Benalla, ni la crise des gilets jaunes ne sont parvenues à déstabiliser durablement la macronie.

RICHARD LISCIA

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Trump : campagne sulfureuse

Ilhan Omar et Rachida Tlaïb
(Photo AFP)

Obsédé par son second mandat, Donald Trump mène contre ses adversaires démocrates une campagne qui sent le soufre. Il vient d’attaquer, en termes peu galants, quatre représentantes venant des minorités et qui, il est vrai, ne l’ont jamais ménagé. Il donne ainsi un tour violent à sa campagne, qui promet coups fourrés et coups de Jarnac.

M. TRUMP s’en est pris notamment à Alexandria Ocasio-Cortez, du Bronx, Rachida Tlaïb de Détroit, Ayanna Pressley de Boston et Ilhan Omar, Somalienne naturalisée américaine, représentante de Minneapolis. Ces quatre femmes sont connues pour s’exprimer librement et au moins l’une d’entre elles, Ilhan Omar, ne mâche pas ses mots quand il s’agit de commenter la politique moyen-orientale du président, qu’elle juge néfaste pour les Palestiniens. Qu’une élue musulmane prenne le parti des Palestiniens n’est nullement surprenant, mais, aux États-Unis, s’aventurer dans ce dossier, c’est soulever (comme en Europe, d’ailleurs) des passions capables d’embraser le débat politique. Le fameux plan stratégique du gendre de Trump, Jared Kushner, est non seulement inapplicable mais rejeté par à peu près toutes les parties, sauf Israël. Grosso modo, il consiste en une contribution économique si énorme des États-Unis au développement de la rive occidentale du Jourdain (50 milliards en dix ans) que les Palestiniens s’en contenteraient. En réalité, ils ne veulent pas de ce plan parce qu’ils ont toujours réclamé un État dans les frontières antérieures à la guerre de 1967. Là où Trump croit les apaiser avec de l’argent, ils exigent leur liberté.

Rallier les Américains juifs.

L’illusion diplomatique de Trump, fondée sur le deal financier, fait peu de cas des antécédents historiques. Il a oublié que, à plusieurs reprises, depuis Oslo et les accords israélo-palestiniens, les deux peuples ont été à deux doigts de la paix. Rabin a été assassiné par un Israélien et, depuis 25 ans, jamais la tension n’a été aussi grande à Gaza et en Cisjordanie. Bien entendu, Benjamin Netanyahu est satisfait du statu quo, mais les Palestiniens, désespérés, refusent d’accorder aux États-Unis le statut de puissance médiatrice qu’elle a effectivement perdu quand ils ont déménagé leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem et avalisé l’annexion du Golan par Israël. Mais, dans ce contexte, que viennent faire les attaques de Trump contre des élues démocrates ? En s’appuyant sur des propos excessifs qu’a prononcés Rachida Tlaïb, s’agissant d’Israël et des Palestiniens, il l’a accusée d’antisémitisme. C’est l’un des coups les plus pervers de sa carrière. Car, effectivement, l’antisémitisme se développe aux États-Unis, ce qui alarme la puissante communauté juive. Les Américains juifs, en grande majorité, votent démocrate. S’ils commencent à partager l’idée qu’au Congrès existent des éléments antisémites, ils risquent de voter Trump pour un second mandat.

Alarmé par les sondages.

Mais nombre d’entre eux savent que le principal responsable du regain d’antisémitisme est Trump lui-même. Pour une raison simple : il a l’art de dresser une communauté contre l’autre. Loin de rassurer les Américains juifs par son plan foireux, il a déchaîné les forces qui le soutiennent, les Américains pauvres et blancs, contre toutes les minorités. Taper sur les Mexicains à longueur de journée, c’est une façon de dire implicitement que les juifs ne valent pas mieux, surtout ceux qui, contrairement à leur gouvernement, contribuent à l’accueil des migrants. Comme chacun sait, Trump n’est jamais à court d’un procédé grossier pour retourner l’opinion en sa faveur. Et il a besoin de réussir : les sondages montrent que, pour le moment, il est battu par quatre des démocrates qui sont candidats à l’investiture de leur parti. Le vote juif n’est pas le plus important, mais il est toujours bon à prendre. Il n’est pas sûr, cependant, que la communauté juive avale l’hameçon. Sur l’immigration, elle a le point de vue des descendants d’immigrés, ceux qui, pendant la Seconde guerre mondiale, voguaient désespérément dans l’océan à la recherche d’un asile parce que Franklin D. Roosevelt ne voulait pas les accueillir. En outre, elle a peu d’affinités avec le socle électoral de Trump, composé de rednecks, familles de la Bible et de la Terre, souvent évangélistes, pour lesquelles le seul statut social, qu’elles sont en train de perdre, est de vivre un peu moins mal que les Noirs ou les Latinos.

Comme en France, l’antisémitisme américain comporte deux branches : la vieille intolérance à l’égard des juifs, soupçonnés de trop bien gagner leur vie, et l’antisémitisme de gauche, allié à, ou séduit par, l’islamisme, ce qui est le cas de Mme Omar, laquelle a commis l’erreur de donner à Trump un os à ronger. Le mal n’est toutefois pas irréparable, car une forte majorité d’Américains juifs critiquent ouvertement la politique de Netanyahu. Ceux-là savent qu’ils votent aux États-Unis et que les problèmes américains ne sont pas moins urgents à régler que ceux du Moyen-Orient.

RICHARD LISCIA

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Des Champs(-Élysée) au Champ (de Mars)

Le feu sur les Champs
(Photo AFP)

Les célébrations du 14-Juillet ont été ternies par  une nouvelle manifestation des gilets jaunes, accompagnées de violences, et par des déprédations induites par la victoire de l’Algérie en demi-finale de la Coupe africaine de football.  Au Champ de Mars,  le soir, la foule a écouté Mozart et Gounod.

LA MUSIQUE adoucit les mœurs, mais pas celle des casseurs. En arrivant au défilé, Emmanuel Macron a été sifflé, nouvelle injure faite aux institutions et à ceux qui ont voté pour le président. Au jaune des gilets s’est mêlé le noir des black blocs, double couleur de la fameuse collection de romans policiers. Quelques ténors des gilets jaunes ont été interpellés, ils vont porter plainte pour abus de pouvoir, jugeant que leur mise en garde à vue était inconstitutionnelle. Après quoi, les commentaires, comme d’habitude, furent unanimes :  la violence vient de ce que les institutions ne permettent pas aux mécontents de s’exprimer. Peu importe que, par ailleurs, ils fussent aussi peu nombreux qu’agressifs et qu’ils ne représentent que leurs très petites personnes. Ils considèrent leur droit de cité comme celui de tout démolir. Les commentateurs, toujours les mêmes, ne sont pas surpris: si les Champs-Élysée restent invariablement le lieu géométrique de toutes les violences, si l’Arc de Triomphe, naguère, a été saccagé, si c’est là que l’on compte le plus grand nombre de blessés dans les deux camps, c’est parce que cette avenue restée mythique a un caractère sacré. De sorte que gilets jaunes et black blocs n’ont qu’une idée fixe : la désacraliser.

L’image du pays.

Le rapprochement avec le concert annuel de l’orchestre national de Paris est possible car, le même jour, le pays a donné de lui-même l’image la  pire, puis la meilleure.  Les gilets jaunes savent qu’ils ne l’emporteront pas contre le pouvoir alors que leur mouvement ne cesse de s’étioler. La violence, dont, officiellement, ils se désolidarisent, fait désormais partie intégrante de leur stratégie. Dès lors qu’ils ne sont qu’une poignée, ils tripleront leurs actes de violences. Il faut que les téléspectateurs aient en tête l’image des incendies sur les Champs. Il faut qu’ils voient le désordre permanent qu’ils sont, eux, capables de produire. Bref, un nihiliste ne lâche jamais prise. C’est autant de sacrifices pour une police et une gendarmerie épuisées. Je ne vois pas comment on pourrait juguler cette crise sans utiliser tous les moyens de droit dont la justice dispose. Il ne s’agit pas seulement de s’opposer à la casse. Il faut aussi prévenir et immobiliser ceux qui arrivent sur les lieux de rendez-vous pour défier les forces de l’ordre. Les Drouet et les Nicolle qui prétendent avoir la loi avec eux mentent effrontément : ils font l’objet d’une mesure qui interdit leur présence sur certains lieux.

Une ardente illusion.

Malheureusement, des gilets jaunes n’auront jamais l’idée de renoncer à une manifestation pour aller écouter des airs d’opéra au bas de la Tour Eiffel. Ils vivent d’une ardente illusion qui ne manque ni de morgue ni de foi en leur supériorité : ils feront tomber ce gouvernement, objectif tellement lointain et maximaliste qu’il empêche tout dialogue. Le Premier ministre ne va pas négocier avec eux  la chute du président de la République. Inutile de disserter sur un projet aussi démentiel. En revanche, que les arguments des gilets soient repris par des membres de la France insoumise, dont on attend au moins qu’ils réfléchissent quelquefois à la faisabilité de leurs idées, voilà qui en dit long sur l’avenir que les uns et les autres nous préparent. Il s’agit, décidément, d’une grande espérance qui remplacerait une crise sociale et politique par un chaos institutionnel et économique. Il y aurait une autre manière de gérer le pays, la gauche, la droite, LFI et le RN savent très bien ce qu’il faut faire. Entre l’exil des fortunes, la fiction d’un égalitarisme instantané, l’adoption d’un modèle marxiste ou, au contraire, le rejet de l’euro et de l’Europe, cet avenir que les uns et les autres nous proposent, avec la complicité d’une presse éperdue d’amour pour les manifestants et les casseurs professionnels, est tout simplement sinistre.

RICHARD LISCIA

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Rugy dans la tourmente

Rugy accablé
(Photo AFP)

Le ministre d’État, ministre de la Transition écologique, François de Rugy, est décidément dans de beaux draps. Les accusations se multiplient contre lui, la défense est faible.

IL A ÉTÉ convoqué hier à Matignon. Si le Premier ministre ne lui a pas demandé de démissionner, il a décidé d’ouvrir une enquête. Il est peu probable que les investigateurs ne corroborent pas en partie les dépenses somptuaires à l’Hôtel de Lassay quand François de Rugy présidait l’Assemblée nationale. Il affirme qu’il a réduit de 13 % les frais de son palais. On peut toujours lui dire qu’il aurait pu faire mieux. Il y avait du homard à table, il n’aime pas le homard, ce n’est donc pas lui qui rédigeait le menu. Sa réponse ne dit rien de l’étrange nécessité d’inviter des amis aux frais de la princesse. Puis, Médiapart a publié une information sur un appartement près de Nantes pour lequel M. de Rugy, qui perçoit un salaire élevé, n’est pas éligible. Sur le rôle de sa femme, qui est journaliste à Gala, il n’a fourni aucune explication sur sa manière de séparer le politique des relations publiques.

Le temps ne joue pas en sa faveur.

Le gouvernement prend son temps pour gérer cette nouvelle crise comme s’il n’avait pas appris, à la faveur de multiples expériences désagréables, que le ver est dans le fruit et qu’il faut le jeter. Bien entendu, il n’est pas juste qu’un organe comme Médiapart, voué à la destruction de la macronie, fasse la pluie et le beau temps. Il est toutefois bien rare que le site d’Edwy Plenel s’avance sans avoir des preuves. Il s’ingénie d’ailleurs à les distiller l’une après l’autre, comme un boxeur qui envoie un coup, puis un autre, puis un troisième qui met à genoux sa victime. M. de Rugy fait de la résistance, mais le temps ne joue pas en sa faveur car Médiapart tient sa proie et ne la lâchera plus.

Grands crus.

Le problème ne concerne en réalité ni le comportement d’un ministre ni le nombres de dîners à l’Hôtel de Lassay. Il est entièrement contenu dans les immenses précautions prises pour désigner des élus à des postes prestigieux, dans la loi sur la moralisation de la vie publique, dans le serment prononcé par tous que leur moralité est faite en béton, mais qui, une fois en place, en font un peu à leur guise, d’une part parce qu’ils sont saisis davantage par le vertige du pouvoir à eux conféré que l’austérité de leur mission, et d’autre part, parce qu’ils ont des faiblesses de gamins qui ne savent pas encore ce qu’est la vertu. Quoi qu’il arrive, nous savons déjà que François de Rugy aime se laisser photographier avec son épouse devant une table riche sur laquelle sont déposés de grands crus à plus de 500 euros la bouteille. Pur enfantillage, exercice réservé aux nouveaux riches, irréparable imbécillité. L’image, qui encombre Internet, est terrible : quelle fierté y a-t-il à poser avec une bouteille de vin sinon celle d’avoir trouvé le moyen d’égaler les gens les plus fortunés ?

La confidentialité n’existe plus.

Édouard Philippe devrait se dépêcher de trouver une solution avant que les médias ne réservent à François de Rugy le sort auquel il espère encore échapper. Les analyses qui relèvent que les étés de la macronie sont tous marqués par un scandale politique, ne sont pas médiocres. Elles contiennent une part de vérité. L’autre part, c’est que plus aucun élu n’est à l’abri d’une presse informée par des personnes trop heureuses de faire le métier de délateur. C’est ainsi, nous vivons dans un monde dangereux d’où la confidentialité est combattue, négligée, et même exclue. La majorité est ce qu’elle est, mais la minorité a ajouté à son statut un carburant qui s’appelle la haine ou le sadisme : quand on est privé de pouvoir, on trouve beaucoup de plaisir à détruire ceux qui l’exercent.

RICHARD LISCIA

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La majorité déchirée

Villani hier
(Photo AFP)

L’opération qui a constitué à désigner Benjamin Griveaux candidat de la République en marche (REM) à la mairie de Paris est un fiasco car elle ne s’est pas passée dans le calme : Cédric Villani n’a pas attendu la décision du Conseil national d’investiture (CNI) de la REM pour déclarer qu’il n’avait aucune chance de l’emporter et qu’il se réservait le droit de continuer à sa battre. S’il s’agit d’une candidature dissidente, c’en est fini de l’unité de la majorité.

M. VILLANI a contribué de la sorte à accroître le sentiment de l’opinion que les jeux étaient joués d’avance et que M. Griveaux était encore plus le candidat d’Emmanuel  Macron que celui de la CNI. Depuis que M. Griveaux a quitté le porte-parolat du gouvernement il y a quelques mois, nul n’ignorait ses intentions et nul n’ignorait qu’il avait la bénédiction du président. Ce qui n’a pas empêché Mounir Mahjoubi, lui-même ancien secrétaire d’état au Numérique, de quitter ses fonctions pour entrer dans la course municipale. Au total, on comptait une demi-douzaine de candidats dont un seul bénéficiait du soutien tacite du président. Les autres ont compté sur le fonctionnement démocratique de la CNI, à l’abri de l’influence de l’exécutif. Ils ont pris un risque, mais aujourd’hui, ils exigent que le parti du « nouveau monde » cesse de fonctionner comme l’ancien.

Le rejet de la primaire.

Évidemment une primaire à la REM mettrait tout le monde d’accord, d’autant plus que, privé de la protection présidentielle, le député n’est pas certain de faire le score qu’il espère. Sa démarche est renforcée par l’onction du chef de l’État. Cédric Villani croit ardemment que, si sa candidature est mise aux voix dans une enceinte plus large que celle du CNI, il l’emporterait et serait un candidat tout aussi crédible que M. Griveaux. Il a raison sur ce point, mais si sa hargne semble suffisante pour qu’il poursuive le combat, sa présence sur le champ de bataille risque de ruiner les deux candidatures, la sienne et celle de son adversaire. M. Griveaux a affirmé hier soir qu’il ferait tout pour rassembler ses troupes (et donc pour convaincre M. Villani de rentrer dans les rangs), on lui souhaite bonne chance.

Les élus ruent dans les brancards.

Bien entendu, la crise de la REM est pain bénit pour l’opposition qui dénonce vertement l’absence de démocratie au sein de la majorité. C’est une critique convenue, destinée, comme toutes les précédentes, à disqualifier le chef de l’État. Sur un plan purement stratégique, il n’a pas tort : face à la maire actuelle, Anne Hidalgo, qui n’est pas née de la dernière pluie, M. Griveaux apparaît comme un meilleur boxeur que M. Villani, perçu à tort comme un dilettante sous le prétexte qu’il porte une lavallière. Le problème est plus profond : il décrit dans la majorité plus que des états d’âme, des questions sans réponses. Elle veut, surtout celle qui vient de la gauche, incarner vraiment le dégagisme et le nouveau monde. Elle veut être respectée par le président et par le Premier ministre. Elle veut penser et voter librement.

L’affaire de Rugy.

L’affaire de Rugy en témoigne. Médiapart, site Internet, concentré depuis deux ans sur les attaques contre le pouvoir, a mis en ligne des photographies montrant l’ancien président de l’Assemblée nationale et sa femme à des dîners somptueux qu’ils auraient organisés à l’Hôtel de Lassay, l’un des joyaux immobiliers de la République pour des amis et non pour des élus. François de Rugy s’en défend, affirme qu’il a réduit de 13% les dépenses de l’Hôtel de Lassay, alors que son épouse reconnaît avoir invité des amis. Or la première loi qui a été adoptée par l’Assemblée nationale à majorité REM, c’est la moralisation de la vie politique.

Pour le moment, François de Rugy continue à « bénéficier de la confiance du chef de l’État ». Comme on fait son lit, on se couche, car M. de Rugy aurait dû démissionner. Comme il n’a pas encore été désavoué par l’exécutif, il s’accroche. Ce qui aggrave encore le schisme entre les jeunes élus de la REM, arrivés il y a deux ans à la politique, et les vieux briscards, ceux qui sont revenus de tout au point de ne plus éprouver d’émotions.

RICHARD LISCIA

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Tiens, revoilà l’écotaxe !

Air France pénalisée
(Photo AFP)

La création d’une écotaxe sur les billets d’avions, comprise entre 1,50 euro et 18 euros, n’est ni accablante ni insupportable, si on croit aux mesures pour réduire l’effet de serre. Mais elle a ses antécédents regrettables et elle met Air France dans un exceptionnel état de fragilité.

VOILÀ que la macronie reproduit le (Ségolène)-royalisme. Nous nous souvenons tous de l’échec des fameux portails autoroutiers qui nous ont coûté près d’un milliard et ont été démantelés, après une jacquerie bretonne, celle des bonnets rouges.. Dans le cas des billets d’avion, aucun risque, sauf la colère des passagers qui paient des billets dont 40 % de la valeur est attribuée non pas au transport mais aux taxes d’aéroport et autres bénéficiaires connexes. En outre, si cette écotaxe s’ajoute à celle qui va frapper les routiers, on ne peut pas dire que, dans sa singularité, elle fasse partie d’un vaste plan pour contrer le réchauffement climatique. Elle est de nature politique. Elle donne une suite à l’une des complaintes des gilets jaunes, qui ne rêvent pas de prendre l’avion. Ainsi le gouvernement s’introduit-il allègrement dans la lutte des classes, celle que M. Mélenchon appelle de ses vœux.

Air France affaiblie.

Il n’est ni difficile ni original de rappeler les inconvénients de cette taxe. Elle affaiblit Air France face à une très vive concurrence, elle menace des emplois directs et indirects, elle détournera partiellement une clientèle, très particulière parce qu’elle est patriotique, de notre chère compagnie nationale.  Elle ne rapportera en outre qu’une faible somme (127 millions) censée contribuer, mais pour une part bien insuffisante, au financement des mesures contre la pollution. La non taxation du kérosène était-elle une incongruité à laquelle il était urgent et louable de mettre un terme ? Sûrement, sauf que les voyageurs paient déjà très cher pour leur propre sécurité, corvée indescriptible tant ils sont maltraités, et payaient déjà la taxe Chirac pour la lutte contre le Sida, cause qui a certainement ses mérites mais n’a vraiment rien à voir avec le voyage aérien.

Un bateau à voile pour la Chine.

Je ne manquerai pas de souligner non plus qu’on ne va pas en Chine sur un voilier. L’écotaxe s’insère donc dans un débat éternel entre les tenants du progrès et ceux de la consommation la plus sobre possible, ou de la contemplation, qui fige les Marco Polo en puissance. Nous devrions rester chez nous pour faire plaisir aux gilets jaunes, et rétablir un monde moyenâgeux où les distances de plus de dix kilomètres redeviendraient infranchissables. Je pense au récent salon du Bourget où les constructeurs d’avions ont engrangé des commandes pour des milliards, alors que, conformément au politiquement correct, il est indécent de voyager, et en avion de surcroît. Bref, il était plus logique d’imaginer une politique écologique qui ne désigne pas une catégorie d’humains, ceux qui volent (dans les airs) pour contenter l’autre catégorie, ceux qui ne volent pas.

Démographie galopante.

À quoi s’ajoute une évidence : les contribuables de toutes sortes, sans distinction de race ou de religion, sont écrasés par les impôts et le gouvernement, qui s’en dit conscient, ne cesse de les empiler. Est-ce ainsi que l’on va rendre confiance aux entreprises et « libérer » le marché ? L’écologie est au centre d’une contradiction effrayante entre la nécessité de préserver la planète (ce que l’écotaxe ne fera pas) et celle de créer des emplois plutôt que d’en détruire. La pollution est la conséquence d’une démographie galopante que M. Macron dénonce quand il va en Afrique. Il paraît qu’elle va se stabiliser. Il demeure qu’à sept milliards d’individus, nous suffoquons tous. Et ni M. Jadot ni M. de Rugy ne savent comment on empêche les peuples de faire des enfants.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Bac : clash pervers

Blanquer s’est fâché
(Photo AFP)

En retenant ses copies pendant quelques jours de trop, une minorité infime d’examinateurs a réussi à provoquer le chaos chez les enseignants, les parents d’élèves, les élèves eux-mêmes et le ministère de l’Éducation nationale.

À QUI la faute ? Les syndicats d’enseignants affirment que, si le ministre, Jean-Michel Blanquer, reçoit tout le monde, il n’écoute personne. C’est sûrement vrai. Pas moins vrai que M. Blanquer mène une réforme profonde de l’éducation, jugée nécessaire et utile par une majorité de parents. Si son parcours était jalonné d’allers-retours, il n’aboutirait jamais. À quoi s’ajoutent diverses circonstances qui ont aggravé la crise. M. Blanquer ayant promis dur comme fer que les résultats seraient annoncés, quoi qu’il en coûte, à la date prévue, il lui a fallu préciser que, pour les candidats dont les copies n’auraient pas été remises en temps et en heure, ce seraient les notes du contrôle continu pendant l’année qui seraient prises en compte et, mieux, qu’après la remise complète des notes, la meilleure des deux serait retenue.

Inégalité !

C’est là qu’est intervenue la parfaite mauvaise foi des examinateurs rebelles. Ils ont crié à la mesure inégalitaire, ce dont nombre de candidats se sont emparés. Pis, les jurys ont refusé de jouer le jeu inventé par M. Blanquer. Pourtant, le ministre s’est contenté de faire face à une nouvelle difficulté afin de rassurer les parents dont une majorité pense qu’il est un excellent ministre de l’Éducation. M. Blanquer n’est pas un homme insensible. Il s’est révolté contre la procrastination d’une poignée d’examinateurs. Il a, non sans excès, dénoncé « la prise en otage des élèves ». Les enseignants peuvent bien tout faire et tout dire, traiter le ministre sans le moindre égard, manifester, brandir des pancartes couvertes d’insultes, M. Blanquer devrait rester de marbre. J’entends que l’expression prise d’otages est galvaudée et hors de propos, surtout lorsqu’on se rappelle à quoi, dans les faits, elle correspond. Mais bon, le patron de l’Éducation n’est pas la perfection incarnée, et alors ?

Éternels commentaires.

Comme il est normal, dans notre cher pays, de  prolonger une crise et, surtout, de la commenter ad vitam æternam, les meilleurs observateurs disent alternativement que M. Blanquer n’avait pas le choix et que l’affaire laissera des traces. J’en conviens. Il y a de l’amertume chez les élèves et chez les enseignants et l’aura de M. Blanquer s’en trouve entachée. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. M. Blanquer doit réformer le baccalauréat comme le reste du système éducatif. S’il semble fléchir, c’en serait fini des changements qu’il propose ou impose ; et il en est de l’éducation comme de tout le reste : tant de résistances se font jour dès qu’un homme ou une femme pourvus d’un peu d’autorité annoncent des changements systémiques que le seul moyen de réussir est de franchir les obstacles comme dans une course de haies. La question, en effet, n’est pas de savoir si M. Blanquer est populaire ou non. La question porte sur ce qui est bon pour le pays : on ne peut pas croire qu’une mini-jacquerie chez les enseignants soit la solution. On peut croire en revanche que lorsqu’il en aura fini, M. Blanquer passera à la postérité comme un homme qui a su offrir à la jeunesse française une formation idoine.

RICHARD LISCIA

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