Les partis en ordre de marche

Le moment de gloire de Mélenchon
(Photo AFP)

À gauche comme à droite, les partis politiques ont fini par créer les coalitions indispensables à l’accumulation des suffrages. Ces rassemblements dissimulent des divisions que l’on retrouvera dans tous les camps lors des débats de l’Assemblée nationale.

ON PEUT certes se gausser de ces blocs quelque peu artificiels destinés davantage à l’obtention d’un maximum de sièges qu’à l’unité de leur action. Mais il ne faut pas reprocher à la classe politique un comportement qui a toujours existé à l’approche des élections législatives : sans union, le morcellement du terrain électoral renforce excessivement la majorité ; avec union, on peut espérer une forme d’équilibre.

L’exploit de Mélenchon.

Là où la nécessité de la cohésion a primé sur les convictions idéologiques, c’est évidemment à gauche et il faut rendre à Jean-Luc Mélenchon ce qui lui appartient, la manière impériale avec laquelle il s’est imposé aux Verts, au PCF et en définitive au PS (dont le Conseil national a entériné à une majorité de 62 % l’accord LFI-socialistes). Ce vote décisif du Conseil montre que les frondeurs, qui ont exercé les plus vives pressions sur les gouvernements de François Hollande et l’ont empêché de se présenter une deuxième fois, n’ont pas disparu. Ils continuent à œuvrer ardemment pour que le PS bouge vers la radicalité. Voilà qui est fait et ils voteront désormais selon la Bible des Insoumis, sans trop se préoccuper d’une marginalisation du PS et du départ vers d’autres horizons de personnalités comme M. Hollande, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jean-Christophe Cambadélis.

Une OPA sur le PS.

Le projet de M. Mélenchon s’arrête là ; c’est plus une OPA sur les socialistes qu’une tentative de s’emparer du pouvoir. Il feint de croire qu’un Macron désemparé le nommera Premier ministre, cette hypothèse n’a aucun sens. Le Rassemblement national et LFI auront sans doute plus de députés à l’Assemblée, aucun des deux ne peut prétendre à la majorité absolue, qui est de 289. Un  ordre a été mis en place par les tractations à droite, à gauche et au centre, il cache des failles dans toutes les coalitions. Aussi bien personne n’a cru ou dit que ce mandat se déroulerait dans la plus parfaite des harmonies. Les cinq années qui viennent seront une période de réformes dont le pays n’accouchera qu’aux forceps ; le pouvoir d’achat des ménages sera sensiblement érodé ; la réforme des retraites donnera lieu à des manifestations violentes ; les déséquilibres mondiaux s’aggraveront.

Les frondeurs sont toujours là.

Cependant, l’ambition apporte de l’adrénaline et de l’optimisme. Il est évident qu’Édouard Philippe pense constamment à 2027 et que tous ses actes s’inscrivent dans la ligne de ses espoirs, car il ne croit pas que les difficultés de la gouvernance le contraindront à renoncer. Mais au moins inscrit-il son action dans la défense des intérêts du pays et des Français. Ce n’est pas le cas de M. Mélenchon qui, avec son projet de VIe République, ajouterait du chaos au chaos. D’avoir réalisé au moins la moitié de son dessein fait de lui l’autre homme fort de la nation. La victoire d’Emmanuel Macron a permis de repousser les extrêmes dans un ghetto d’où ils ne sortiront pas aussi vite qu’ils le souhaiteraient. Mais elle n’a pas changé le rapport de forces qui existe au sein du paysage politique depuis plus de cinq ans : il y aura toujours des frondeurs de toutes sortes dont la vocation unique est de forcer le président à écourter son mandat et de créer une autre République.

Mécontentement.

On ne peut pas tout faire à la fois, penser aux élections législatives et prévoir le sens de l’action politique de fond en même temps. Il faut remettre en marche une société qui s’est battue contre la pandémie avec assez de vigueur pour vouloir aujourd’hui protéger ses emplois et son pouvoir d’achat. L’adhésion du PS à la gauche radicale est certes consternante, mais elle traduit, chez les moins nantis, le dégoût qu’inspire la politique. En d’autres termes, il n’y a rien de surprenant dans l’organisation des législatives telle qu’elle se présente aujourd’hui et le renforcement de la France insoumise est le prix à payer pour un mécontentement dont personne ne nie la force et la durée.

L’héritage gaulliste.

Le fait encourageant, c’est la résistance de la République et de ses institutions aux efforts fournis pour la démolir et instaurer un ordre nouveau. Observez combien les mots que prononcent les uns et les autres sont dépourvus de toute signification. Les descendants du gaullisme ne sont pas exactement ceux qui s’en réclament aujourd’hui. Ils se sont dressés comme un seul homme quand la Constitution a sanctionné leur faiblesse et donné la magistrature suprême à un adversaire dont ils ont fait leur ennemi juré. Ils ont décidé, eux, de ne rejoindre aucune autre formation. On leur souhaite bon voyage, mais ils ne trouveront pas le Graal.

RICHARD LISCIA

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L’arme à gauche

Le doigt vengeur
(Photo AFP)

Le parti  socialiste, Europe-Écologie-Les Verts, le parti communiste et la France insoumise célèbrent l’accord conclu hier et qui crée une Union de la gauche environnementale et sociale.

LES CADRES socialistes qui ont conclu l’accord malgré les avertissements  des chefs de file sociaux-démocrates ont un argument. Leur déroute à la présidentielle entraîne quelques sacrifices idéologiques, mais présente l’avantage de préserver l’avenir du PS. C’est à la foi un aveu de faiblesse et un espoir. Mais, à l’expérience, la fameuse union risque d’exploser en plein vol. Pour au moins deux raisons : la première est que, si elle atteint la majorité absolue à l’Assemblée, elle sera déchirée au sujet de l’appartenance de la France à l’Europe et par les choix industriels, notamment le nucléaire ; la seconde est qu’elle n’obtiendra pas la majorité absolue.

Il y avait d’autres moyens.

Les sondages montrent en effet qu’Emmanuel Macron aura au moins cinquante députés de plus que les 289 nécessaires pour gouverner dans le calme. De sorte que des convictions seront sacrifiées, que l’équilibre interne du PS et d’EELV sera compromis, que le désordre parlementaire succèdera rapidement  à l’ordre de la coalition sans pour autant peser sur la politique gouvernementale. Il n’était pourtant pas impossible au PS d’envisager de faire une partie du chemin en compagnie de la République en marche, dont beaucoup d’élus sont, à l’origine, des socialistes ; il n’était pas impossible de renforcer le pôle social-démocrate des écologistes et des socialistes ; il n’était pas impossible de freiner l’expansionnisme dominateur de LFI tout en contribuant à des choix raisonnables.

L’attrait exercé par Poutine.

Le dernier mot n’est pas dit. Le Conseil national du parti socialiste devra ce soir entériner ou non l’accord conclu par ceux du PS, avec à leur tête Olivier Faure, qui ont piloté le malheureux épisode. La séquence ouverte par Emmanuel Macron après sa victoire au second tour se déroule comme sur du papier à musique. Ce ne sont pas les rivalités chroniques entre Macron et Édouard Philippe, entre les mouvements déjà intégrés à la majorité présidentielle, entre les diverses différences, inévitables au sein de cette autre coalition, qui empêcheront, in fine, de donner au président réélu la majorité dont il a besoin. La gauche ne peut pas faire l’économie d’une réflexion cruelle sur ce qu’elle est devenue, comment elle a enfanté ce monstre que sont LFI et l’islamo-gauchisme, l’aversion pour l’Europe sans laquelle nous ne sommes plus rien, l’attrait exercé par Poutine sur des Français qui n’en discernent pas la souche hitlérienne.

Macron la voyante.

Les Républicains, de leur côté, écartent toute hypothèse d’alliance avec la REM. Ils feront donc, pour les cinq ans qui viennent, leur parcours du combattant. Les réflexes incontrôlés de tous les partis qui, naguère, militaient dans l’opposition, traduisent des fins de vie, la gauche se battant contre l’agonie, la droite qui mourra indemne de toute compromission. Ce qui nous ramène à Macron et à la vision qu’il porte depuis 2017. Il a en effet tout prévu : la déroute de la droite classique, le renforcement de l’extrême droite qu’il aura été le seul à combattre efficacement, la débâcle de la gauche. Certes, il n’a pas envisagé le triomphe mélenchoniste. Si bien que LFI se voit déjà à Matignon en train de diriger le gouvernement de M. Macron. Une hirondelle, dit-on, ne fait pas le printemps ; et l’été aura déjà mis fin aux grandes illusions. De même que le président ré-élu a renvoyé Marine Le Pen et Éric Zemmour à la méditation, de même tout l’art politique de M. Mélenchon ne lui aura pas permis de gouverner.

Un président qui aime les défis.

Dans ces conditions, pourquoi le président devrait-il se hâter de choisir un Premier ministre et de présenter son nouveau gouvernement ? Il entend prendre son temps, ce qui est préférable s’il veut éviter une erreur de casting majeure. Bon stratège, bon tacticien, bon orateur, Macron n’est plus le jeune homme un peu farfelu qui n’en croyait pas ses yeux et ses oreilles quand il a été élu à la tête du pays en 2017. Il a fait vérifier par des faits indéniables que son hypothèse, l’éclatement des partis, était la bonne. Certes, son premier mandat n’a pas été facile et le second sera pire. Mais c’est pourquoi Macron a rejoint l’histoire. Il n’est jamais aussi à l’aise que dans l’adversité. Il se bat contre elle non seulement avec courage mais avec le sourire. Comme si le danger l’amusait.

RICHARD LISCIA

 

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USA : Trumpisme toujours vivant

Les hommes ne sont jamais enceintes
(Photo AFP)©

Le site Politico, en général bien informé, a révélé lundi que la Cour suprême avait rédigé un document prévoyant l’abolition du droit des femmes à avorter. Tollé général aux États-Unis où le président Joe Biden a décidé de défendre la cause des femmes et de s’opposer par tous les moyens de pression à la Cour suprême.

JOE BIDEN a pris l’affaire très au sérieux. Il estime que la Cour, composée de neuf  juges (justices), a réellement l’intention d’abolir l’interruption volontaire  de grossesse et qu’elle pourrait s’attaquer à plusieurs domaines, comme la PMA et le statut LGBT, où les libertés ont progressé ; et le président des États-Unis, qui n’a jamais été vraiment partisan de l’avortement, se présente aujourd’hui comme le défenseur numéro un des féministes. L’indignation de la plupart des Américaines, associée au scandale provoqué par la révélation, lui offre une occasion électorale inespérée pour les élections législatives de mi-mandat, qui renouvellent notamment la totalité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, et ne se présentent pas bien pour le président, malgré un chômage redevenu résiduel, une forte croissance et un soutien, parfois risqué, à l’Ukraine, qui a fait de lui un combattant.

Déception.

Cependant, M. Biden a déçu son électorat. S’il a réussi à remplacer un membre de la Cour suprême qui a pris sa retraite par une femme noire et progressiste, il n’a pas changé l’équilibre des forces au sein de la Cour : six conservateurs contre trois démocrates. Donald Trump a placé la totalité du parti républicain sous son autorité et gare à celui qui souhaiterait le contester. L’inflation, considérée comme éphémère, et tout cas provisoire, n’a pas faibli. Le réseau de Trump s’est agrandi et il entend bien se présenter en 2024.

Aux États-Unis, la majorité démocrate au Congrès triomphait dans les deux décennies qui ont suivi l’affaire Roe versus Wade, en 1973. L’assassinat de John  Kennedy en novembre 1963 n’a pas empêché son successeur Lyndon Johnson d’appliquer à la lettre et à grands frais les mesures capables de donner aux Noirs les libertés dont ils étaient privés dans le Sud profond, lequel, par réaction, est passé massivement dans le camp des Républicains. Si bien que les démocrates ont perdu leur fief, cette région américaine où le sort des Noirs continue de poser question.

Le seul espoir.

Il ne fait aucun doute que Joe Biden représente pour les minorités le seul espoir politique qu’ils soient en mesure de nourrir. Pourtant, c’est rarement au Sénat ou à la Chambre que l’on trouve des majorités progressistes. Chaque fois qu’un pas a été franchi en faveur d’une minorité, c’est grâce à la Cour suprême, l’ultime tribunal, comme son nom l’indique, dont les décisions ont façonné la société américaine depuis au moins un siècle. Un justice est nommé par le président et avalisé par le Sénat. Trump a donc nommé des juges à son image, alors que Biden n’a eu l’occasion de désigner qu’une juge, qui remplaçait un démocrate par une démocrate, ce qui a maintenu la majorité conservatrice de la Cour.

Biden, néo-féministe.

Avec le temps, la Cour a été politisée, c’est le premier danger qui menace la société américaine, où les Républicains forment la majorité naturelle. Le problème, c’est que nier à la moitié du pays les libertés qu’elle réclame n’est pas exactement ce qu’il faut faire sur le plan électoral. D’où l’enthousiasme féministe de Biden qui voit l’horizon s’assombrir et n’est pas mécontent de la polémique de plus en plus violente qui oppose Républicains et Démocrates à la veille des mid-terms. Le président de la Cour ou chief justice entend d’abord trouver celui qui a révélé au monde le document (une première mouture de la révision de la loi  Roe versus Wade). Il souhaite le traîner en justice et affirme que, pour le moment, aucune décision n’a été prise contre l’avortement. C’est le premier recul d’une tendance de plus en plus prononcée de la société américaine à s’insérer dans les affaires privées des individus en général et des femmes en particulier.

Trump, le machiste.

En l’occurrence, ce sont les hommes qui décident pour les femmes et se montrent prêts à leur dire comment elles doivent vivre. Il n’y a là rien de très original. Le machisme de Trump a fait son œuvre. Le scandale a de bonnes chances, désormais, de faire reculer la pression sur les membres de la Cour suprême qui refusent toute identification politique et ne souhaitent pas être classés comme conservateurs ou progressistes. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’ils soient les deux à la fois ou ni l’un ni l’autre. En tout cas, on sait maintenant sur quel thème se déroulera la campagne des élections de mi-mandat. Ce que l’on sait moins, c’est si Biden s’effondrera ou tiendra bon.

RICHARD LISCIA

 

 

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La faute de Lavrov

Poutine et Lavrov
(Photo AFP)

Ci-devant ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov a commis une faute. Interrogé sur la « dénazification » de l’Ukraine par « l’opération sociale » russe, il a cru bon de dire qu’Hitler avait « du sang  juif ».

LA RÉPARTIE lui est venue tout naturellement, comme dans l’esprit peu subtil d’un apparatckhik insensible aux nuances. Le président Volodymyr Zelensky dénonce cet accès absurde d’antisémitisme et Israël bout de colère. Mais les Russes, en tout cas la clique au pouvoir, ne sont pas doués pour la subtilité : de même que Poutine a tenté de s’emparer de l’Ukraine, de même qu’il y a mis les grands moyens, croyant achever l’opération en quelques jours, ce qui lui a valu beaucoup de déboires, de même Lavrov a cru, dans son effort proche de la panique pour justifier les pires exactions, qu’il offrait ainsi une explication convaincante.

Les deux frères.

M. Lavrov n’est pas homme à commettre une gaffe au cours d’une conférence de presse. Il pèse ses mots car il est obligé de démontrer à chaque instant qu’il n’y a aucune différence entre Vladimir Poutine et lui. En Russie, la longévité politique n’est jamais assurée, de sorte que, pour se maintenir au pouvoir, il faut prouver que l’on appartient au camp du Kremlin, ultime horizon de toutes les ambitions, mais pour encore combien de temps ? De même que Lavrov utilise une phraséologie parfaitement conforme aux fantasmes de Poutine, de même il saura parler un jour comme le potentat qui prendra sa place. De toute façon, les dirigeants russes s’expriment de manière à satisfaire l’opinion : si on peut casser du juif quand une guerre tourne à la défaite, il n’y a pas de raison de se gêner. La suite a prouvé qu’ils savent ce qu’ils font. Agacés par les protestions du gouvernement israélien, ils ont dénoncé les postions d’Israël favorables à l’Ukraine, alors que les relations entre Moscou et Jérusalem étaient restées bonnes ces dernières semaines.

Une « explication ».

De sorte que la Russie, qui cherche ardemment des « nazis » en Ukraine, a fini par en trouver puisqu’il y a des Ukrainiens juifs, y compris le président Zelensky. Voilà de quoi contenter l’opinion : « S’il y a des juifs en Ukraine, il est normal qu’ils se comportent en sécessionnistes, il est normal qu’ils entrent en guerre contre nous, il est normal que nous les combattions ». C’est une explication suffisante pour l’apathie des civils russes, qui ont certes du mal à comprendre ce qu’une armée de conscrits est allée faire en Ukraine, mais qui ne voient pas comment Moscou pourrait tolérer les agissements de ce pays, historiquement très proche de la Russie, mais actuellement très hostile au pouvoir russe. On a compris pourquoi.

Un pays victime, mais surpuissant.

Comme dans tout schéma antisémite, le meilleur instrument de lutte contre « les » juifs, pour autant que ce « les » signifie, c’est de se présenter comme leurs victimes. Ce sont eux qui sont allés chercher Vladimir Poutine au Kremlin, eux encore qui menacent Lavrov dans son confort, eux qui font peser une menace sur la Grande Russie. Le plaidoyer constant de Moscou, c’est sa double caractéristique, un pays menacé par tous les autres, mais doté en même temps d’armes supérieures à celles de tous les autres. Un pays puissant victime de la calomnie, mais qui n’a de comptes à rendre à personne. Un pays imprégné de valeurs humaines qui doit aller les défendre au-delà de ses frontières et casser de l’Ukrainien, surtout s’il est juif. Un pays qui a réinventé la démocratie, la vraie, l’indiscutable, la seule, celle qui s’épanouit en Russie, avec ses interdits multiples et ses prisons pour dissidents.

Une lointaine crainte de Dieu.

Ce faisant, Serguei Lavrov a levé un coin du voile. Quand on ment tous les jours, il est difficile de continuer à cacher la vérité. La guerre de la Russie contre l’Ukraine n’est pas seulement atroce, elle est absurde, elle n’a aucun fondement, elle ne repose sur aucune logique. Le mensonge selon lequel il est temps, aux yeux de Poutine, de « dénazifier » l’Ukraine répond à la peur panique d’une révolution de palais au Kremlin. Poutine se sait tellement hors normes, tellement féroce et tellement cynique qu’une lointaine crainte de Dieu lui serine qu’il doit payer pour ses péchés. À voir de quelle manière bizarre il reçoit ses invités étrangers, Macron par exemple, qu’il a tenu à distance, au bout  d’une table de huit mètres de longueur, montre qu’il craint une infection quelconque ou, qui sait ? un assassin en puissance qui porterait une dague sous son veston.

À invoquer ainsi des puissances maléfiques comme seules les sorcières les ont sorties de leur imagination, Poutine se croit dans un monde médiéval. Si bien que les cuirasses sont trop lourdes pour ses soldats, plus prompts à violer des Ukrainiennes qu’à se battre contre contre leurs maris. À quoi doit-on l’enfer ukrainien ? Aux caprices d’un hypocondriaque doublé d’un paranoïaque.

RICHARD LISCIA

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Le Front commun du pauvre

Un brin de causette à l’Assemblée
(Photo AFP)

EELV a signé un accord avec LFI dans la nuit de dimanche à lundi, dans le cadre de la l’Union populaire. Le PCF et le PS se tâtent, malgré de nombreuses mises en garde formulées par les caciques du parti socialiste.

BIEN ENTENDU, il ne s’agit pas seulement de savoir comment les circonscriptions seront réparties entre les partis de gauche. Il s’agit de l’orientation que Jean-Luc Mélenchon s’apprête à donner à la totalité de la gauche, qu’il s’agisse de l’Union européenne, de l’attitude à l’égard de Poutine, des institutions ou encore de l’OTAN. EELV est tombé dans le piège tendu par LFI parce que Yannick Jadot a accompli une faible performance à la présidentielle. Et pour le PS, c’est pire encore quand on songe qu’Anne Hidalgo n’a réuni que 1,7 % des suffrages. Mais il ne s’agit plus du Front commun de François Mitterrand. Il s’agit du concours que trois partis au parcours historique vont apporter à un  quatrième qui, fort de ses bons résultats, va les gauchiser sous sa houlette.

Mélenchon plus acceptable que Macron ?

Rien, sinon une forme de panique ou peut-être une sorte d’anesthésie post-24 avril n’obligeait Olivier Faure, chef du PS, à ouvrir les bras à Mélenchon. Il le fait parce que Macron lui paraît encore moins tolérable. Et pourtant, il y a plus de points communs entre la social-démocratie et Macron qu’entre LFI et le PS. De sorte que celui-ci s’engage, malgré les mises en  demeure et les ultimatums de François Hollande et de plusieurs caciques du parti, dans une expérience totalement inattendue sans que les socialistes soient consultés. L’affaire est grave. Elle survient alors que les perdants de la présidentielle raidissent leurs discours et leurs actes. Elle se produit au moment où, par un extraordinaire retournement de la logique, la gauche à son tour considère Macron comme illégitime, à la manière d’un vulgaire parti d’extrême droite.

Une illusion.

L’accord du PS s’il a lieu, ajouté au geste des écologistes qui met M. Jadot en minorité, est d’autant plus bizarre qu’il accompagne une vue de l’esprit, une illusion, un espoir qui ne sera pas exaucé. La gauche est structurellement minoritaire dans le pays. Elle n’obtiendra pas la majorité absolue et M. Mélenchon ne sera pas nommé Premier ministre, ce à quoi la Constitution n’oblige pas le président, qui peut choisir une autre personne dans la majorité. Fallait-il jeter aux orties tous les principes de la social-démocratie pour soutenir la stratégie d’un tiers qui n’a pas ménagé le PS depuis qu’il l’a quitté et dont il ne faut pas oublier l’énorme ambition personnelle ? Les socialistes, les Verts et les communistes sont-ils les supplétifs de LFI ? Le PS aura-t-il le cœur de voter le Frexit, la VIe République et la sortie de l’OTAN  au moment où la sécurité des Européens est menacée publiquement pas Poutine ?

Le courage de dire non.

LE PS risque de sombrer brutalement, mais pour un temps très court, juste assez de temps pour se déshonorer, avant que les élections législatives remettent en place le vrai paysage de la politique française. À quoi auront servi ces périlleuses palinodies quand Macron aura obtenu sa majorité à la Chambre ? Pourquoi prendre un risque dont les effets seront durables (la scission du PS) et la nécessité nulle ? La vérité est que les socialistes marchandent des sièges à l’Assemblée en vendant leur âme au diable. Ils changent de philosophie pour ne pas sombrer corps et âmes. Non seulement l’accord avec LFI ne tiendra pas, mais l’Union populaire sera renvoyée à ses divisions quand une coalition gouvernementale adoptera des réformes. Alors, pourquoi y aller ? Il manque tout à coup à Olivier Faure le vrai courage : celui de dire non.

RICHARD LISCIA

 

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Un fléau nommé Poutine

Un judoka, plus qu’un diplomate
(Photo AFP)

Les troupes russes avancent lentement à l’Est, conquérant de nouvelles villes, et ont bombardé Kiev alors même que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres, s’y trouvait. L’attaque, inutile du point de vue militaire, a fait plusieurs victimes.

LES UKRAINIENS vivent un cauchemar prolongé, en attendant les armes qui devraient leur permettre de gagner quelques batailles, face à des soldats russes fatigués et démoralisés. Le président des États-Unis, Joe Biden, a demandé au Congrès une rallonge budgétaire de 30 milliards de dollars, une paille, mais indispensable pour donner à l’Ukraine les moyens de se défendre. Bien que nous ne subissions pas les effets de cette guerre (sauf sur le plan économique), Vladimir Poutine n’a que la menace à la bouche, n’hésite pas à parler de guerre nucléaire et prive de gaz la Bulgarie et la Roumanie. Il tente aussi de rejoindre la Transnistrie, couloir de la Moldavie contrôlé par Moscou, poursuivant ainsi une conquête tous azimuts qui n’est que la somme de ses échecs et de ses frustrations. Plus il compte de revers, plus il se venge en massacrant des civils.

Il veut terroriser l’Europe.

Le plan de Poutine consiste à effrayer les populations occidentales, en essayant de leur démontrer qu’elles n’ont aucun intérêt à aider l’Ukraine. Le choix entre les gestes d’apaisement et la franche hostilité étant à peu près nul à ses yeux, il préfère limiter ses recettes pétrolières pour semer l’effroi en Europe. M. Biden travaille tous azimuts en tentant d’offrir aux Européens une alternative à l’énergie russe et en déversant sur l’Ukraine des armements offensifs. On lui fait remarquer les risques de cette stratégie, mais il n’en a cure. Chaque fois que l’Occident se dresse contre les menées russes, Poutine en profite pour mettre à exécution ses projets les plus déments. De fait, on parle beaucoup des lignes qu’Européens et Américains ne doivent pas franchir, mais les crimes de guerre, les atrocités, les bombardements de civils, la russification des zones conquises montrent que Poutine, lui, n’a respecté aucun des droits des Ukrainiens.

Poutine en échec ?

Psychologiquement, la stratégie de l’atrocité est devenue un excellent prétexte pour Biden, qui peut ainsi, et publiquement, se livrer à des envois d’armements massifs. La question ne porte plus sur les chances de la Russie d’occuper l’Ukraine (elle ne le peut pas), sur l’issue de la campagne d’Ukraine, mais si, oui ou non, Volodymyr Zelensky peut battre l’armée russe, concept né de la résistance et du patriotisme des Ukrainiens. Lesquels paient très cher leur défi à Poutine, mais semblent prêts à faire des sacrifices pour donner un coup d’arrêt à l’expansion russe, de nature soviétique. Poutine caracole sur la crête du nationalisme, ce qui lui permet d’avancer à  l’aide de la désinformation et de n’accepter aucune contrainte éthique. En dehors du contrôle insensé qu’il a sur son pays, il est totalement isolé, les pays, comme l’Inde ou la Chine, qui se refusent à le condamner moralement ne lui ayant pas apporté l’aval diplomatique dont il avait besoin.

Inquiet, il tente de se justifier.

Il n’est pas question ici de disserter sur l’état psychologique d’un potentat bouffi, plein de morgue et de mépris. Ni de s’interroger sur l’étrange, énigmatique, apathie des Russes. Il est indispensable d’établir avec Moscou un rapport de forces qui effraiera Poutine à court terme. Il commence à avoir peur de ses propres audaces, le meilleur symptôme de cette évolution étant le temps qu’il passe à se justifier, en tordant le droit international, en se livrant au massacre aveugle des civils ukrainiens, en brandissant des menaces, en faisant circuler des missiles de nouvelle génération, propres à faire trembler d’épouvante les Occidentaux. M. Guterres, qui lui a rendu visite, regrette amèrement de ne pas l’avoir convaincu d’arrêter la guerre. Au Kremlin, Poutine a dit au secrétaire général des Nations unies que l’ONU était un bien « précieux, indispensable ». Deux jours plus tard, il envoyait un coup de semonce à Kiev. Voilà comment il fait de la diplomatie.

Le prix de la vengeance.

Le seul moyen de se débarrasser Russes et Ukrainiens de ce type mal embouché, c’est que le prix de sa défaite soit bien plus élevé que la joie de se venger. Pour chaque scrupule qu’il n’a pas, il y a des morts, pour chaque avancée des troupes russes, il y a des morts, pour chaque civil tué par sa soldatesque, il aura un jour à payer la facture.  Il y aurait un déséquilibre Est-Ouest si Biden n’avait été que le vieillard hésitant qu’il semble être, mais qu’il n’est pas ; son engagement est rassurant ; son attachement aux libertés consacre son leadership occidental. Or l’Occident a changé. Il n’est plus le lieu confortable des peuples cossus qui passent leur temps à se plaindre. C’est maintenant une forge qui construit des projets d’airain. Poutine, si négatif qu’il soit a refait l’unité de l’Europe et de l’OTAN, ces deux valeurs sûres de l’Occident. « Quand tout est perdu, cela s’appelle l’aurore » (1)

RICHARD LISCIA

(1) Emmanuel Roblès.

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L’hypothèse d’un troisième tour

Jadot et Bayou prêts au sacrifice
(Photo AFP)

À droite et à gauche, des négociations sont en cours pour former des coalitions capables d’obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale et contraindre Emmanuel Macron à cohabiter.

POUR LE PRÉSIDENT  réélu, le danger est très clair. Il n’existe pas à droite, pour deux raisons : la première est que les Républicains refusent de s’allier à qui que ce soit (alors qu’ils auraient été mieux inspirés s’ils avaient décidé de rejoindre le camp présidentiel) et la seconde que le score de Marine Le Pen, amélioré par une jonction avec Éric Zemmour, se suffit à lui-même : le nombre de ses élus, selon un sondage Harris Interactive, passerait de 75 à 105. Dans ce cas de figure, LR, écrasé par la coalition présidentielle d’un côté et par le RN de l’autre, risque de perdre des circonscriptions.

En marche lente vers l’Union populaire.

À gauche, il en va tout autrement : les socialistes sont sur le point d’adhérer à l’Union populaire voulue par Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise, ce qui consterne nombre de cadres du PS, à commencer par Anne Hidalgo et François Hollande, qui savent très bien que, pour LFI, c’est une manière de phagocyter le PS à vil prix. Plusieurs candidats socialistes à la députation risquent faire cavaliers seuls ou de rejoindre la coalition présidentielle (République en marche, Horizons et Agir). En tout cas, l’avenir immédiat n’est pas brillant pour les socialistes et pour les Républicains. Il ne l’est pas davantage pour les écologistes qui semblent très méfiants à l’égard de la fameuse Union populaire, mais même s’ils passent un accord avec LFI, Jean-Luc Mélenchon peut-il constituer une majorité ?

Pourquoi Macron a plus de chances.

Comme d’habitude, il a les yeux plus gros que le ventre. Le sondage cité ci-dessus accorde la majorité absolue au président réélu (entre 328 et 368 députés). Certes, les législatives n’auront pas lieu avant le mois de juin et d’ici là, des événements peuvent se produire qui modifieraient la donne. C’est ce que l’on a dit avant le premier tour et avant le second, sans empêcher Emmanuel Macron de remporter une victoire indiscutable. Plusieurs facteurs jouent en faveur du président réélu : d’abord la durée du quinquennat qui a bouleversé le calendrier électoral et situé les législatives immédiatement après la présidentielle. Ce qui incite nos concitoyens à donner une majorité à celui qu’ils ont élu ; ensuite la qualité de sa victoire, obtenue avec 17 points d’écart par rapport à Marine Le Pen ; enfin, il serait paradoxal que les Français aient élu M. Macron pour qu’il cohabite avec un Premier ministre aux idées diamétralement opposées.

EELV, LR et PS en grande difficulté.

Les partis extrémistes, LFI et RN vont obtenir un plus grand nombre de circonscriptions, au détriment des Républicains, des socialistes et des écologistes, trois partis en grand danger. Ce qui n’empêchera la coalition présidentielle de l’emporter. RN et LFI auront donc une capacité de nuisance mais ne seront pas en mesure de bloquer les décisions du gouvernement. On s’est demandé, par exemple, pourquoi Macron est revenu sur la retraite à 65 ans en pleine campagne, ce qui risquait de l’affaiblir et même de le faire perdre. Il a été néanmoins réélu. Une vive querelle entre majorité et oppositions a éclaté sur le recours éventuel au 49/3, un article de la Constitution qui permet au gouvernement d’adopter une décision sans débat. L’entourage de Macron fait valoir que les Français ont déjà voté pour l’ensemble du programme que Macron leur a présenté et qu’il n’a donc pas besoin de se servir du 49/3.

Il n’est pas interdit, au terme de cette analyse, de penser que l’offensive de M. Mélenchon ne sera pas suivie de succès. Lui aussi, comme Marine Le Pen, a fait un beau score, près de 22% des suffrages. Il a une implantation solide et il aura un plus grand nombre de députés.  Mais il représente l’autre volet de l’extrémisme en France, il est gauchiste, anti-européen, pro-Poutine, hostile à la Vè République, bref il a assez de défauts pour que les Français qui, tout de même, ont déjà écarté Mme Le Pen à plusieurs reprises, ne souhaitent pas placer à Matignon l’ennemi des institutions actuelles et le fossoyeur de la République.

RICHARD LISCIA

 

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Le désespoir des perdants

Mélenchon fait son devoir
(Photo AFP)

Comme à Waterloo, on observe une morne plaine jonchée de soldats tombés au champ d’honneur. On n’envoie plus les perdants sur l’île d’Elbe, ils cherchent un remède en empruntant des chemin empoisonnés à l’écart du parcours démocratique. 

LE PS négocie avec la France Insoumise, à la surprise douloureuse des socialistes. Qu’ont-ils en commun ? Rien. À la voie démocratique, dépourvue de tout risque de soumission, ils préfèrent l’alliance du pot de fer et du pot de terre. Chacun des camps joue, depuis longtemps, la même partition. Emmanuel Macron a un faible pour Beethoven, ce n’est pas un mauvais choix. Les Républicains répètent depuis cinq ans le même air éraillé et grinçant qui accompagne leur inéluctable déclin. Les écologistes sont devenus inaudibles. Éric Zemmour va écrire un livre, ça rapporte plus et ça éloigne de l’enfer politique.

Le désert des Tartares.

Les perdants n’ont pas le choix, pour deux raisons : la première, c’est qu’ils pratiquent une politique fondée sur une émotion si vive qu’ils en oublient le premier de leurs objectifs, survivre. Ils sont dans le désert des Tartares, et attendent la tempête de sable qui les emportera. La deuxième décrit un rapport de forces entre réserves de suffrages si distantes qu’elles les conduisent à l’impuissance. Christian Jacob est le chef d’orchestre du Titanic, il joue pendant que le navire s’enfonce dans les flots, ignorant qu’il existe au moins une chaloupe de sauvetage, le ralliement à Macron. Mais les passagers ne sont pas fous et, au moment des législatives, ils feront au moins des alliances de circonstance.

L’ogre insoumis.

Le désarroi des oppositions traduit une politique erronée depuis le début. Les LR n’ont pas compris que ceux des leurs qui faisaient défection n’étaient pas des traîtres, mais des réalistes. La direction du PS n’a pas compris que Mélenchon est un ogre qui avale un socialiste pour chacun de ses petits déjeuners et ne prétend organiser une « coalition populaire » que pour changer de République. Il peut, à la rigueur, obtenir le soutien  des communistes, il peut conclure un accord avec le PS, il n’aura pas leurs suffrages. Ceux-ci n’appartiennent qu’aux électeurs, il est temps de le rappeler, surtout quand on prétend, comme Mélenchon, être « élu » Premier ministre.

La gestion du malheur.

Il veut dire par là qu’il est en mesure de constituer un vaste parti qui aurait la majorité et forcerait le président à cohabiter. Mais, comme sœur Anne, il ne verra rien venir. Aucun signe annonciateur de la révolution qu’il appelle de ses vœux. Ce qui est d’ailleurs étrange, dans la mesure où, placés devant le choix Le Pen-Macron, les Français ont souvent boudé le scrutin, ignorant, les pauvres, que c’était s’engager quand même pour l’extrême droite. On pense à cette vague énorme, ce ras-de-marée de mécontentement, depuis les grèves à la SNCF aux gilets jaunes, en passant par la pandémie, qui a menacé très sérieusement le pouvoir. La victoire de Macron ne résulte pas seulement du nombre de voix qui se sont portées sur son nom, elle résulte aussi de sa capacité à surmonter des obstacles élevés.

C’est comme ça !

Qui l’a aidé, à part lui-même ? Pas ceux qui ont continué à dire, après leur déroute, qu’il n’était « pas légitime », pas bien élu, même s’il distançait de 17 points sa rivale du second tour. Pas ceux qui ont vu en lui une menace plus sérieuse que Le Pen ou Zemmour. Pas ceux qui que se sont acharnés contre lui avec une mauvaise foi sans pareille, ont perdu parce qu’ils ont déçu leur électorat. Quand on parle à Daniel Cohn-Bendit,  soutien de Macron, de cette « fatalité » du duel Le Pen-Macron », il répond : « C’est comme ça ! ». Ce n’est pas un cri simplificateur, c’est la description des institutions qui nous contraignent et que les extrêmes veulent justement éliminer pour s’emparer du pouvoir.

Il faut un peu de chance.

Tout se déroule sur du papier à musique, fût-ce l’Ode à l’Europe. Pour un moment très bref, Emmanuel Macron ne pense pas à la tâche accablante à laquelle le scrutin l’a invité. Il lui faut un Premier ministre  qui allie charisme et efficacité et qui réponde à des critères affreusement nombreux. Une femme ? Une jeune ? Qui ait de l’allant et du charme, du dynamisme et de l’humour ? Il lui faut une majorité présidentielle mais ce ne sera pas le plus difficile car les partis d’opposition s’y entendent pour se faire hara-kiri. Il lui faut aussi de la chance, celle dont il n’a pas manqué depuis cinq ans. À moins qu’il soit ce président si contesté, mais aussi si habile, une sorte de judoka qui se sert de la puissance du malheur pour le renverser et le subjuguer.

RICHARD LISCIA 

 

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La peau de Macron

Un instant de bonheur fugace
(Photo AFP)

Emmanuel Macron n’a pas plus tôt été élu que les pires commentaires sur sa légitimité, sa mauvaise campagne, sur un nouveau quinquennat abhorré ont jailli de toutes parts.

L’ÉLECTION présidentielle s’est déroulée conformément aux règles constitutionnelles. M. Macron distance sa rivale au second de 17 points. Si ce n’est pas un triomphe, c’est assurément une victoire et elle  est historique dans le sens qu’elle fait reculer un parti d’extrême droite qui s’est présenté cinq fois à la magistrature suprême et qui a été refoulé, sans que l’on eût besoin de l’interdire. À n’en pas douter, le Rassemblement national se renforce, ce qui permet à Marine Le Pen de rester en politique, probablement pour subir de nouveaux échecs. De ce point de vue, Macron n’a pas contribué à la déroute du RN, sauf au dernier moment, qui reste, me semble-t-il, le plus important. S’il a cherché à rééditer le duel de 2017, ce n’est pas un crime. Supposons que Mélenchon fût qualifié. Il aurait été battu encore plus nettement au second tour.

 

Une litanie de jugements.

Une analyse à laquelle devraient être invités les censeurs, les critiques, les analystes jamais à court d’un jugement négatif, les politologues qui s’écoutent parler sans se demander si ce qu’ils disent a encore un sens, tous ceux qui tentent, avec une passion suspecte, de présenter une victoire électorale comme une défaite. Macron aurait pu accroître l’écart s’il n’avait pas négligé la campagne ; il n’a pas réussi à contenir le flot de l’extrême droite ; il n’a pas vu venir l’extrême gauche ; il n’a rien fait pour l’environnement et donc ne fera rien, comme d’habitude ; il s’apprête à démanteler le système des retraites ; il est nul sur le pouvoir d’achat ; il n’a rien compris, rien fait, et ne comprend toujours rien car il « croit » qu’il a gagné.

Si Mélenchon avait été qualifié…

Le président réélu a certes besoin d’une nouvelle majorité présidentielle. Un sondage Harris Interactive, le plus intéressant de la semaine, estime qu’il va obtenir, grâce à un bloc République en marche-Horizons et Agir, une majorité absolue, avec plus de 300 députés sur 577. Déjà Les Républicains ont fait savoir  qu’ils ne s’allieront à personne, signant leur prochain échec, celui d’une représentation insuffisante à l’Assemblée. À gauche, Jean-Luc Mélenchon, fier de son excellent score au premier tour (22 %) veut prendre la direction des opérations alors que les écolos et le PS sombrent dans un marasme accablant. Par parenthèses, une qualification de Mélenchon au second tour aurait été une divine surprise. Il aurait écarté et humilié Marine Le Pen, mais se serait fait battre à 60-40 par Macron. Ce que n’ont pas compris ceux qui ont si vivement regretté sa non-qualification et restent nostalgiques d’un choix qui eût balayé la France insoumise.

Téméraire, pas idiot.

Raisonne-t-on encore en France quand des gens supposés intelligents nous présentent la belle victoire de Macron comme un recul sans précédent et comme une abomination ? Prenons un exemple : j’ai pensé que le président prenait un risque inutile quand il a relancé la réforme des retraites avec âge de départ à 65 ans. Il a gagné malgré cette précision importante sur son programme. Téméraire, oui. Idiot, non. Il l’a emporté malgré le handicap qu’il s’est lui-même infligé. C’est du Macron pur. Faut-il, pour autant, se joindre à la clique des thuriféraires pour compenser les attaques, finalement immondes du point de vue républicain, des censeurs de tout bord qui ne respectent ni Macron ni sa fonction ? Certes non, mais il faut appeler un chat un chat.

Chapeau, l’artiste !

Car être réélu, alors que la campagne lui annonçait mille morts, servir de rempart à la République contre la démagogie, apporter à son programme cette intelligence et ce courage, mérite d’être signalé.  En témoignent les acclamations venues du monde entier, et que l’on peut traduire d’un mot : « Chapeau, l’artiste ! ». Il y a décidément chez cet homme une conviction et une indulgence surprenantes. Il riposte non pas aux provocations mais en rétablissant le sens de ses propos. Il fait taire la foule de ses amis quand elle siffle ses opposants. Il tente de rétablir dans les mœurs politiques une décence qui a disparu. Car jamais la misogynie, la haine de l’autre, les borborygmes  de la passion sectaire n’ont occupé autant de place dans le langage politique. Or cela fait des années que, ici et là, des hommes et femmes politiques essaient de délégitimer le processus électoral, qui en exigeant une révision de la Loi fondamentale, qui en se plaignant de ce qu’un élu l’emporte avec un quart des suffrages, qui en exprimant une si grande souffrance qu’on ne saurait la guérir qu’un tuant le chef de l’État.

Le Mur des Lamentations.

Cela suffit. Nous ne sommes pas au pays dont ils avaient une vision si forte qu’ils ont oublié qu’ils pouvaient perdre. Ils ont perdu, Macron a gagné, il n’a pas besoin d’un état de grâce, il trouvera une majorité présidentielle et, à la fin des fins, ceux qui par égoïsme, sectarisme, incapacité à s’adapter, continueront leur chemin dans la minorité ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. Une moitié de la France se croit malheureuse. Une autre moitié travaille pour une vie meilleure. Les vaincus pourront toujours méditer devant le Mur des Lamentations.

RICHARD LISCIA

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C’est Macron

Un triomphe
(Photo AFP)

Emmanuel Macron l’a emporté par 58,54 % des voix contre Marine Le Pen, à 41,46. L’abstention atteint le taux record de 28 %.

IL FAUT d’abord s’interroger sur le score du second tour. Il exprime une victoire nette de M. Macron et donc une déroute de Mme Le Pen. Il confirme le rôle du président de la République comme rempart contre l’ascension de l’extrême droite. Il déjoue les sondages d’opinion, qui ont vu la percée de Macron sans évaluer la distance enter les deux scores. Il impose d’emblée la légitimité passée et à venir du vainqueur. Il semble qu’il ne rencontrera pas de difficulté majeure dans la recherche d’une majorité présidentielle. Il ridiculise les commentaires exprimés à gauche et à droite le soir même de la réélection et qui se contentaient de poursuivre la même analyse, à savoir que Macron avait cherché et obtenu une confrontation avec Marine Le Pen car il avait la certitude de la battre. Les Français ayant depuis longtemps refusé la configuration du second tour en 2022, certains en concluent que le duel avec Mme Le Pen est le simple produit des manoeuvres politiciennes du chef de l’État.

Le gagnant est vilipendé.

C’est faux. Le premier quinquennat de Macron n’aura été qu’une succession de crises censées balayer le pouvoir ; le peuple, aiguillonné par les syndicats et les partis, a tenté, mais en vain, de sanctionner les réformes engagées par le président de la République ; la crise des gilets jaunes, symptôme d’un malaise profond des classes moyenne et pauvre, a été jugulée ; le Covid a été, au total, bien géré ; la crise économique et sociale a été amortie par le « quoi qu’il en coûte ». C’est à l’aune de ces succès qu’il faut évaluer la performance électorale du président et non pas dans l’absolu, comme s’il était naturel qu’il l’emporte contre ses ennemis. Au lieu de quoi, on n’a cessé, pendant toute la nuit, de présenter la victoire de Macron comme une défaite, les uns parlant de destitution (Ségolène Royal), d’autres (Adrien Quatennens, LFI) rappelant le nombre de gilets jaunes qui ont été éborgnés ou ont perdu une main, comme si la violence ne venait jamais  que d’un seul camp. La colère, l’aversion et le ressentiment contenus dans ces critiques ne peuvent pas tenir lieu de scrutin. M. Macron dispose d’un camp vaste, où se soutient une nombre impressionnant de jeunes et qui va lui donner une majorité.

L’ascension des Insoumis.

L’exploit de Macron, l’homme a qui on a reproché de ne pas faire campagne, comme s’il y était tenu, ou comme si cela le rendait éligible à l’aveugle parce que, bien sûr, personne en France ne sait qui il est, est donc indéniable et il mérite d’être salué sans réserves. Ce qui ne veut pas dire que la totalité de cet épisode électoral ne se soit pas déroulée dans un chaudron : non seulement Marine Le Pen continue à représenter un danger, mais la France insoumise s’est imposée comme le premier parti de la gauche. Jean-Luc Mélenchon, dans une sorte de naïveté cynique, estime que cela l’autorise à demander aux Français de « l’élire président ». Mélenchon parle d’union populaire. Il s’adresse ainsi au PS et à EELV qui n’ont pas encore commencé à panser leurs plaies et ne représentent plus aujourd’hui les deux partis bien implantés et capables de grossir les rangs d’une opposition. Quant à savoir si Mélenchon est compatible avec Fabien Roussel (PCF), Yannick Jadot et Anne Hidalgo, c’est une autre affaire dont il goûtera les délices dans quelques semaines, sans doute pour avaler une fois de plus quelques couleuvres.

Un plébiscite.

La réélection d’Emmanuel Macron a été saluée dans le monde entier ; elle a été reconnue comme le meilleur remède contre les fractures et les divisions de la société française ; elle a rassuré l’Europe et enthousiasmé les Allemands. Les partis de l’opposition peuvent continuer à l’envi d’accabler d’injures le chef de l’État-bis : la vérité est qu’il est plébiscité par le monde. Il sait néanmoins -et il l’a reconnu dans son discours d’hier soir- qu’il est appelé à changer sa politique générale en profondeur, en tenant compte des aspirations de ceux qui n’ont pas voté pour lui et qu’il doit satisfaire, au moins partiellement, non seulement parce qu’on ne vit pas heureux dans un creuset en fusion mais parce que les Français ont besoin de plus d’égalité.

Le roi du rebond.

Mais il n’est pas inutile de rappeler les éléments suivants : c’est Macron qui a gagné ce scrutin et il est logique qu’il dispose bientôt d’une majorité présidentielle, la plus forte possible si l’on veut qu’il poursuive ses réformes jusqu’au point où les extrêmes commenceront à perdre une partie de leurs adhérents ; les espoirs de coalition à droite ou à gauche sont à la mesure de l’espoir de Marine Le Pen au second tour : voués à l’échec ; les Français doivent prendre conscience que les grèves interminables, les saccages de mobilier public, la violence des black blocs ne sont plus tolérables. À ceux qui continuent à dire qu’il faut changer de système et de constitution, on répondra que le partisan le plus ardent du changement, c’est Emmanuel Macron. Que sa légitimité est indiscutable ; qu’il est reconnu partout comme un réformateur et que l’accabler d’injures soir et matin est totalement vain. Jamais homme d’État n’a subi autant d’invectives, jamais, sphinx né de ses cendres, il n’a su aussi bien rebondir.

RICHARD LISCIA

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