Sahel : l’hécatombe

Un Tigre au Mali
(Photo AFP)

Comment, malgré la logique impitoyable qui a conduit ces soldats à la mort, ne pas déplorer la disparition de 13 de nos militaires engagés au Sahel à la suite de la collision de deux hélicoptères ? Ils sont morts sur le champ de bataille, mais ce n’est pas le tir ennemi qui a abattu les deux appareils.

UN Cougar et un Tigre sont entrés en collision alors qu’ils s’apprêtaient à engager le combat avec des djihadistes. Six officiers, six sous-officiers et un caporal-chef sont décédés. Le président de la République et le Premier ministre leur ont rendu hommage. L’accident s’est produit au Sahel, dans le Liptako, la zone la plus dangereuse. Depuis la mort de 58 de nos militaires au Liban en 1983, notre armée n’avait pas essuyé une perte aussi lourde. L’opinion publique sera sans doute découragée et des voix s’élèveront pour demander aux peuples de la région d’assurer leur propre sécurité et au gouvernement de rapatrier le corps expéditionnaire. Mais il faut rappeler la dure réalité : le sacrifice de ces combattants empêche le terrorisme de se déployer sur notre territoire et, indirectement, contribue à protéger les civils français. Depuis le lancement de l’opération Serval, appelée ensuite Barkhane, 38 de nos militaires ont trouvé la mort au Sahel. C’est donc un lourd tribut que la France paie pour faire reculer le djihadisme.

Une question lancinante.

En matière de guerre, l’émotion est mauvaise conseillère, même si chacun d’entre nous a le droit de poser une question lancinante : quel est le rapport prix-bénéfice de notre engagement au Sahel ? Il faut rappeler que les combattants maliens ne sont pas épargnés. Quarante-trois d’entre eux ont été tués dans une bataille qui a eu lieu à la mi-novembre. Sans compter les terribles exactions et assassinats de civils commis par les terroristes dans un territoire grand comme l’Europe et où Barkhane mobilise 4 500  de nos soldats. Cela fait six ans qu’ils y sont sans que la situation s’améliore ou que le djihadisme recule. Les alternatives souhaitées par la France, seul pays occidental à se battre dans la région, ne semblent pas prendre corps. Formée par la mission des Nations unies au Mali, l’armée malienne, l’une des plus pauvres du monde, n’a toujours pas atteint le niveau technique requis pour la guérilla. Les Français sont encore les mieux préparés à la confrontation, ce qui ne les empêche d’essuyer des pertes.

L’anarchie règne dans de nombreux endroits et la guerre a fait des milliers de victimes civiles. Ce qui signifie que, en dépit des efforts de l’armée française, les terroristes sont bien implantés et n’ont pas été éliminés. Il demeure que, sans l’intervention militaire de la France, ils auraient sans doute conquis le Mali et des portions du Niger et du Burkina Faso. Il faut donc évaluer les avantages et les inconvénients de ce conflit, qui dure depuis six ans, à l’aune de ce qui se produirait si les Français rentraient chez eux.

RICHARD LISCIA

 

 

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Femmes : prise de conscience

Marlène Schiappa
(Photo AFP)

La meilleure chose qui pût arriver aux femmes, c’est qu’elles fussent entendues. Selon Marlène Schiappa, , secrétaire d’État à l’égalité entre hommes et femmes, qui s’exprime ce matin dans « le Figaro », de nouvelles mesures vont être adoptées par le gouvernement pour mieux protéger les femmes. 

LE GOUVERNEMENT a confirmé ce matin les décisions annoncées par Mme Schiappa , mais on ne saurait nier le rôle essentiel qu’elle a joué dans l’amélioration de la condition féminine en France. Sa détermination, sa conviction, qui se dresse au-dessus des polémiques, sa combativité ont fait de ce dossier une priorité nationale. Dans l’énumération quotidienne des agressions et, parfois, des meurtres commis contre les femmes, l’effet statistique est lié à la prise de conscience. Sans doute les criminels ne sont-ils pas plus nombreux que naguère, mais, aujourd’hui, on les recense minutieusement.  De sorte que l’effet de nombre est épouvantable et contribue à l’intolérance collective pour le comportement de certains hommes, probablement une petite minorité, incapables de s’arracher à leur instinct primaire et qui voient le mariage ou le compagnonnage comme une possession de la femme par l’homme.

Une révolte quotidienne.

Les décisions du pouvoir coulent de source :  les hommes soupçonnés n’auront plus le droit d’avoir des armes, le secret médical sera assoupli pour que le signalement soit rapide,  le numéro d’appel, 3919, fonctionnera 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, on va créer 80 nouveaux postes d’intervenants sociaux dans les commissariats (il y en actuellement 271), la formation initiale et continue des policiers et gendarmes sera renforcée, en 2020, 1 000 bracelets anti-rapprochement seront fixés sur les hommes capables de frapper leur femme,  les hommes auteurs de violences conjugales seront pris en charge dans deux nouveaux centres à créer, la lutte contre l’alcoolisme sera renforcée, l’égalité des sexes sera enseignée dans les écoles, la notion de suicide forcé va être créée pour que la justice puisse sanctionner les mâles abusifs, l’idée d' »emprise » sera inscrite dans le code civil, bref une belle panoplie  d’instruments pour réduire la violence anti-femmes.

On a le droit de dire que les mesures gouvernementales seront d’autant moins suffisantes qu’elles exigent un financement qui ne sera pas abondé complètement. Par exemple, si des équipes ne sont pas créées au sein de la police pour s’occuper de ce vertigineux problème, si elles ne sont pas formées, si elles ne sont pas sensibles aux souffrances des femmes, si leur accueil des femmes battues au commissariat n’est pas décent et respectueux, elles échoueront dans leur mission. Mais le pire n’est pas sûr. Le pays résonne de sa propre indignation. Un courant s’est formé qui n’est pas seulement composé de femmes, on devine une révolte permanente, alimentée tous les jours pas des nouvelles sinistres qui, en s’accumulant, relancent la colère de tous. Si Mme Schiappa se montre aussi radicale, c’est parce que ce qui se passe dans les ménages appartient à un autre âge et traduit une injustice d’autant moins acceptable que l’acte de battre, et a fortiori de tuer une femme, contient tous les ingrédients du crime le plus sordide : la colère, l’alcool, l’arrogance et la violence, la lâcheté et la brutalité contre une personne que l’homme devrait aimer.

Essayez la tendresse.

La société française ne peut donc pas se laver les mains de cette crise, qui est alimentée par une minorité d’hommes particulièrement dépourvus d’éducation et qui croient bénéficier d’un privilège conféré par leur sexe. Comme le soulignent des experts, on ne parviendra pas à ramener la paix dans tous les ménages. Mais on est parfaitement capable de diminuer le nombre de crimes. D’abord en confiant à des femmes la responsabilité de protéger leur genre. Ensuite, en donnant à la police une capacité juridique d’intervention et une sensibilité particulière au sort de ces femmes qui vivent un enfer. Finies, les mains courantes multiples qui ne produisent aucun résultat, finis les « Ce n’est pas grave, rentrez chez vous » qui signent l’imminence du meurtre, finie l’indifférence à l’égard des femmes sous le prétexte qu’elles ne représenteraient que le deuxième sexe. Les hommes, concernés ou non, doivent comprendre qu’ils n’ont aucun droit supérieur à celui des femmes, et particulièrement à celui de leurs épouses ou compagnes. Ils doivent comprendre que leur couple est égalitaire dans tous les sens du mot. Ils doivent comprendre qu’aucune institution ne leur a jamais conféré le moindre avantage sur la femme. Ils doivent comprendre que, pour cesser d’aimer, il y a la séparation ou le divorce, et que pour continuer à aimer, la tendresse doit se substituer à la force.

RICHARD LISCIA

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Trump : dérive d’un pouvoir

« Je ne demande rien ! »
(Photo AFP)

Comme dans tous les cas où le pouvoir politique est contesté, la défense de Donald Trump est devenue hystérique, convulsive, indécente, indigne, catastrophique pour un pays dont le principal atout est la solidité des institutions.

DONALD TRUMP n’en a cure. Ses gesticulations reflètent la situation désespérée dans laquelle il se trouve. Il semble même tenté par un coup de force, comme la disqualification de la Chambre des représentants, à laquelle il refuse de rendre des comptes, ou la surdité totale à une crise qui affole aussi les républicains. Le problème avec Trump est qu’il n’y a pas de doute. Il a eu une conversation téléphonique avec le président ukrainien, Volodymyr Zelenski, en juillet dernier, il lui a bel et bien demandé d’enquêter sur les activités du fils de l’ancien vice-président Joë Biden, et il lui a fait comprendre qu’il ne livrerait par les armes offertes par les États-Unis à l’Ukraine si M. Zelenski ne se pliait pas à ses exigences. Cette conversation est documentée. L’avocat personnel de Trump, l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, dans un moment d’aveux arrogants, l’a reconnu. Trump, néanmoins, continue de nier l’évidence et sort sur le perron de la Maison Blanche pour brandir un papier sur lequel il a écrit en majuscules une demi-douzaine de fois : « I want nothing ! No quid pro quo ! ». (« Je ne veux rien, il n’y a pas eu d’accord donnant-donnant ! »). Le reste du temps, le président américain passe son temps à diffamer ceux qui ont rejoint la cohorte troublée  des dénonciateurs de ses manigances, à commencer par l’ancienne ambassadrice des États-Unis à Kiev, qui a eu le malheur de confirmer les accusations proférées contre Trump.

Un maître-chanteur.

Je me demande comment il est possible qu’un chantage avéré, exercé par Trump contre un homologue étranger, laisse indifférente une bonne fraction de la population américaine alors que le chantage en question ne fait plus le moindre doute, qu’il était destiné uniquement à protéger Trump au moment où s’ouvre la campagne électorale et que Trump a mis les moyens énormes dont il dispose au service de son intérêt individuel. La procédure d’impeachment pourrait s’arrêter là. L’homme apparaît aujourd’hui dans la pire version de lui-même que pouvait donner l’ancien roi de l’immobilier. Il n’y a pas d’épithète assez forte pour le désigner : c’est un mafieux, un hors-la-loi, un gangster qui terrifie ses opposants en laissant planer sur eux et leur famille des menaces du style Cosa Nostra. Jusqu’à présent, les élus républicains forment une garde prétorienne autour de Trump, mais quelle grandeur y a-t-il à défendre un homme aussi vil ? Le cynisme politique explique leur attitude. Tant que Trump restera un atout, ils ne passeront pas dans le camp adverse et c’est seulement s’il perd toute chance de conquérir son second mandat qu’ils le lâcheront.

Un flagrant délit.

On se souvient que l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la campagne électorale de 2016 avait produit un mémorandum qui laissait au Congrès le soin de tirer ses conclusions. Trump n’a pas divulgué la totalité du document et s’est arrangé pour que les élus républicains étouffent l’affaire. Mais, dans l’affaire ukrainienne, il a été littéralement pris en flagrant délit, sa conversation avec M.  Zelenski ayant été enregistrée, comme tous les coups de fil de la Maison Blanche à l’étranger. Le coup de grâce lui a été donné par Gordon Sondland, ancien ambassadeur américain auprès de l’Union européenne, qui a confirmé les accusations. On constate chez Trump une incapacité à distinguer ce qui est légal et ce qui ne l’est pas ; à nier avec d’autant plus de vigueur ses méfaits qu’ils sont particulièrement sordides ; à se livrer à des esclandres systématiques quand il est pris en faute, comme un garçonnet pris les doigts dans le pot de confiture. L’opinion américaine, si divisée sur Trump, ne devrait-elle pas se donner un président plus décent ? Se rend-elle compte du mal que ce président fait à son pays ? Y aura-t-il un moment où les républicains admettront que, décidément, cet homme-là est la honte de la nation ? C’est une cabale, c’est un complot, dit la Maison Blanche. En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu vient d’être mis en examen pour trois chefs de corruption. Bizarre, mais il réagit comme Trump : c’est un complot, dit-il.  Dans ce cas, pourquoi les deux hommes ne font-ils pas confiance à la justice de leur pays ? Ils ignorent la présomption d’innocence parce qu’ils savent que se love dans tous les esprits la présomption de culpabilité.

RICHARD LISCIA

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Philippe ouvre les vannes

Buzyn et Philippe hier
(Photo AFP)

Si ce n’est par générosité, c’est par nécessité politique, que le gouvernement a décidé d’annoncer une grosse dépense sur trois ans pour sauver l’hôpital public. Las, les personnels hospitaliers ne sont pas convaincus.

LE PREMIER ministre annonce la reprise d’un tiers de la dette hospitalière, soit dix milliards d’euros en trois ans, un milliard cinq cent millions en trois ans pour améliorer les conditions de travail, une prime réservée aux personnels d’Île-de-France de 800 euros par an, des primes à l’embauche des médecins pouvant aller jusqu’à 15 000 euros. Un paquet de 13 à 15 milliards d’euros dont 300 millions seront dépensés dès l’année prochaine. Tout se passe exactement comme avec les gilets jaunes : les personnels, dans leur plus grand nombre, n’applaudissent guère. De quelle manière, le pouvoir va-t-il financer ces largesses ? Édouard Philippe assure qu’il n’augmentera pas le déficit. Dans ce cas, il devra raboter d’autres dépenses. Lesquelles ?

Un répit indispensable.

Il y avait une nécessité absolue à apporter aux personnels hospitaliers un répit. La crise de nerfs de l’hôpital public n’a que trop duré. On peut même dire que le gouvernement réagit avec retard et qu’il court le risque, aujourd’hui, de trouver face à lui une coalition de mécontentements. Il a certes compris la leçon, mais la crise est déjà passée au stade politique : ceux qui revendiquent n’ont pas la moindre idée de la façon dont on structure un budget, ni du risque d’aggraver la dette, bientôt aussi élevée que le produit national brut, dans un monde financier très incertain, menacé par un endettement mondial exponentiel. Le Premier ministre doit recevoir les syndicats les 25 et 26 novembre. Mais il n’est pas naïf : il sait qu’ils ne cèderont sur rien et attendent de voir les conséquences de la grève générale (et reconductible) du 5 décembre prochain.

Il n’y a pourtant rien dans son plan pour l’hôpital qui soit répréhensible. Il a pris la mesure de la crise. Sa décision la plus forte est la reprise partielle de l’endettement, ce qui donnera des marges de manœuvre pour la gestion des hôpitaux publics. Si l’objectif commun résidait dans la continuité de la protection des Français contre la maladie, le projet serait applaudi par la foule. Nous dépensons déjà 200 milliards d’euros par an pour la santé, donc la longévité, soit 11 % de notre PIB. Si la crise du financement s’aggrave, c’est parce que l’hôpital, soumis à diverses réformes successives, est devenu un univers kafkaïen où règnent le désordre, l’incompétence gestionnaire, le gâchis, parfois. Il demeure que, même en l’état, nous sommes le pays où les gens sont les mieux protégés contre la maladie et contre le vieillissement. La France, dans ce domaine, est le  premier pays de l’OCDE, avec un taux de succès thérapeutiques et de modération financière qui surpasse tous les autres.

Un levier politique.

Certes, la recherche minutieuse d’économies a rendu les conditions de travail, aux urgences en particulier et à l’hôpital public en général, intolérables. De fait, il ne s’agit pas d’une question politique. Il s’agit d’une question de niveau de vie. Quand des dispositifs encore puissants protègent contre le chômage et la santé, qui ne souhaiterait pas être français ? Les médecins, soignants et aides-soignants sont en tous points admirables qui se sacrifient pour la cause commune. Il fallait donc impérativement les encourager par des mesures concrètes. Mais il faut que tous nos concitoyens comprennent le risque auxquels ils s’exposent, s’ils font de cette affaire un levier politique susceptible de renverser le gouvernement. Ce n’est ni M. Macron qui importe, ni M. Philippe. C’est notre système de santé. À force de réclamer des sous et à force d’en recevoir, les hospitaliers mettent l’hôpital en danger tout autant que si rien n’était fait pour apaiser la crise.

RICHARD LISCIA

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Macron donne des gages

Macron séduit les maires
(Photo AFP)

Le président de la République a achevé hier de se réconcilier avec les maires de France auxquels il a promis une compensation à l’euro près des suppressions d’impôts locaux.

LE RAPPROCHEMENT entre l’exécutif et les maires a été préparé de longue date. Il a été amorcé par le « grand débat » organisé par le pouvoir pour faire un contre-feu à la crise des gilets jaunes. Quelques mois de bonnes paroles, mais aussi d’injections de fonds pour la vie locale ont permis hier, de consacrer une amitié considérée naguère comme improbable. Le président de l’AMF, Association des maires de France, n’est autre que François Baroin, défenseur acharné des maires et des municipalités, qui, à la veille de la grande rencontre à Paris du président avec les élus locaux, a rappelé combien ses homologues respectaient la Ve République, ses institutions, son président. On l’avait connu plus rebelle, mais entretemps, c’est Macron qui a changé et qui a rendu un peu d’espoir aux maires.

Mea culpa.

Encore faut-il que, accablé par les sollicitations en tout genre, à commencer par celles des gilets jaunes et maintenant des hôpitaux sur lesquels le gouvernement va devoir déverser beaucoup d’argent, M. Macron, dont le budget pour 2020 a été bouclé à l’Assemblée et passe au Sénat, trouve les fonds. Chaque jour qui passe crée pour lui un dilemme : s’il paie, il creuse le déficit au-delà de ce qui était prévu. S’il ne paie pas, il trahit sa promesse. Il paiera, c’est sûr, et il calmera probablement la grogne des personnels hospitaliers. Après, il va falloir chercher des économies ailleurs. Mais tout n’est pas aussi sombre que les apparences le laissent croire. M. Macron trouvera en M. Baroin un interlocuteur très compréhensif dès lors qu’il accepte de voler au secours des mairies. Le président de l’AMF tient à souligner que son différend avec le gouvernement ne vient pas seulement d’un manque d’argent mais aussi d’une incompréhension entre les élites des grandes villes et le peuple de province. Je ne sais pas à quel point ce reproche, si répandu, au point de devenir une vérité première, est justifié. La protection des provinciaux est en tout cas devenue une valeur républicaine depuis que M. Macron a fait son mea culpa devant les maires.

Macron n’a pas encore perdu.

L’extrême gauche et l’extrême droite, qui n’ont cessé de s’associer aux revendications des maires au nom de la décentralisation et des petites gens, voient dans le plan annoncé par Édouard Philippe pour l’hôpital un recul majeur de M. Macron. Elles se réjouissent moins du répit ainsi apporté aux provinces que de ce qu’ils considèrent comme la première brèche dans la sacro-sainte recherche des équilibres fondamentaux.  Leur opposition à la politique sociale de Macron est construite comme un casse-noisette : s’il cède dans un domaine, il cèdera ailleurs et deviendra très vulnérable lors des élections générales de 2022. S’il ne cède pas, il arrivera épuisé aux échéances électorales. Les uns et les autres se font beaucoup d’illusions. M. Macron, c’est-à-dire la République en marche, n’a pas encore perdu les élections municipales, pas plus qu’il n’a perdu la présidentielle.

Certes, de l’eau va couler sous les ponts et la présence de M. Baroin dans la course peut donner du tonus à la campagne des Républicains (LR), sauf qu’en y regardant de plus près, M. Baroin ressemble à M. Macron comme un clone : qu’a-t-il à proposer de différent qui le distinguerait du président actuel ?  La crise sociale, la mauvaise organisation de la campagne des municipales par LR, les sombres nuages venus d’ailleurs qui s’amoncellent sur notre économie rendent ce mandat particulièrement difficile. Et, sans vouloir se livrer ici à la moindre prédiction, on remarque que les problèmes dits insolubles de M. Macron ressemblent à ceux de M. Sarkozy et de M. Hollande, comme si les Français refusaient, sur le long terme, d’accorder leur confiance à un élu pour plus de cinq ans.

RICHARD LISCIA

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La réforme bat en retraite

Jean-Paul Delevoye
(AFP)

Le projet de réforme des retraites est fort mal engagé. Le gouvernement, même s’il jure qu’il n’y a pas renoncé, hésite à annoncer des mesures sévères au moment où se prépare un affrontement entre l’exécutif et les oppositions politiques ou syndicales.

EMMANUEL MACRON ne serait qu’humain si, face à la vague très haute du mécontentement social, il décidait de renoncer à engager la réforme en 2020. La confusion règne sur ses intentions, sur la faisabilité de la réforme, sur les pistes choisies. Un différend a opposé le Haut-Commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, au Premier ministre, Édouard Philippe, sur l’étendue duprojet. Le chef du gouvernement a suggéré une « clause du grand-père ». Il s’agit de n’appliquer les nouvelles mesures d’économie qu’à partir de la génération de Français née en 1963. M. Delevoye s’est indigné : le compte n’est pas bon.

Déficit promis par le COR.

La-dessus, le COR (Conseil d’orientation des retraites) y va de ses propres suggestions. Il constate que les pensions ne pourront être financées en 2025 que si l’État apporte une contribution comprise entre 8 et 17 milliards d’euros. Ce constat alarmant coule de source. Toute l’idée de la réforme vient ce qu’il devient indispensable de grossir les recettes. Cela ne peut être accompli que de trois façons : en diminuant le niveau des pensions (tollé général), en augmentant les cotisations (idem) ou en prolongeant les carrières de deux à trois ans. Bien entendu, les Français, qui ne sont pas les meilleurs comptables du monde, rejettent ces trois propositions, sans remarquer que différer l’âge de la retraite, c’est diminuer la masse des pensions et augmenter leurs recettes, sans pour autant nuire de quelque manière que ce soit au niveau de vie de nos concitoyens.

Or tout concourt à ce choix historique : nous vivons plus longtemps et en bonne santé. Les seniors ont une qualité de vie remarquable, généralement parlant. La pénibilité au travail diminue grâce à la modernisation de l’outil de travail, à l’usine ou au bureau. Nous avons collectivement pris la mauvaise habitude de travailler moins pendant la semaine, pendant le mois et pendant l’année et de travailler encore moins depuis qu’un gouvernement de Mitterrand a décidé de ramener l’âge de la retraite à 60 ans, au lieu de 65. Qui a payé pour cet exploit sans précédent ? Toute la France. Nicolas Sarkozy est parvenu, malgré les hurlements de rage de la population, à prolonger les carrières jusqu’à 62 ans. Emmanuel Macron lui-même a jugé qu’il était trop dangereux de les prolonger encore de deux ans, ce qui se fait pourtant dans toute l’Europe.

Pourquoi la réforme est indispensable.

M. Macron peut aussi ne rien faire, c’est-à-dire oublier la réforme. Le laisser-aller garantit un effondrement du système dans cinq à six ans, de sorte que les pensionnés ne toucheront plus leur pécule, tandis que les actifs n’auront plus à cotiser. Mais ne rien faire, c’est tomber dans le tout-privé, dans une inégalité absolue. Ceux qui gagnent un salaire susceptible de leur permettre de faire des économies, s’en sortiront, les autres affronteront la vieillesse avec des dettes. Est-ce possible ?

C’est impossible si les syndicats ont un peu de bon sens et s’ils arrêtent de se livrer à la surenchère. Certes, plus d’un métier est désagréable, certes, la hiérarchisation des emplois est injuste, certes, on n’a pas une bonne fin de vie si on a marné pendant toute sa jeunesse, mais le pire, c’est d’arriver au bout de sa vie active sans avoir une protection. En ce sens, la réforme est indispensable. J’ajoute qu’elle doit être permanente. Elle n’est pas que l’affaire du gouvernement actuel, elle sera l’affaire de tous ses successeurs. Il faudra sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier si on veut que les comptes des retraites soient tout le temps équilibrés. Le degré de croissance, la conjoncture démographique, le taux de naissances par couple, tous ces facteurs influeront sur les recettes qui doivent s’adapter, par exemple, à une récession, à la désertification de certaines régions, au manque éventuel de main d’œuvre, donc de cotisants. Ça tombe sous le sens, mais j’entends déjà les cris de ceux qui ne sont pas d’accord.

RICHARD LISCIA

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L’anniversaire de la casse

Le bonheur d’incendier
(Photo AFP)

Samedi et dimanche, les gilets jaunes ont célébré le premier anniversaire de leur mouvement, en essayant de lui donner la plus grande résonance, c’est-à-dire la violence dans laquelle quelques blacks blocs les ont ont joyeusement accompagnés.

LE MICRO-TROTTOIR a encore fait des merveilles, les gilets jaunes ayant répété qu’ils ne lâcheraient rien. Mais sans dire vraiment pour faire quoi, étant entendu que, s’ils ne sont pas toujours responsables des dégradations qu’ils ont causées à Paris, place de l’Italie notamment, et en province, ils savent pertinemment que, sans casse, personne ne fait attention à eux. C’est le propre d’un mouvement qui persiste au-delà de la patience des non-manifestants et des victimes directes des démolitions de ne pas savoir s’arrêter. Souvent, les gilets jaunes disent s’inspirer de mai 1968, en oubliant que, au terme de la révolution estudiantine, une contre-manifestation de droite et pro-gouvernementale a stoppé net leur romantisme destructeur.

Extrême droite, extrême gauche, même combat.

Qui sont les gilets jaunes ? Selon un  sondage, un tiers se revendiquerait du Rassemblement national, un tiers de la France insoumise et un tiers se déclare hors partis. Ce qui signifie que deux tiers des gilets jaunes s’inspirent de deux mouvements extrémistes dont les credo sont diamétralement opposés mais qui ne seraient peut-être pas hostiles à une convergence, non pas des luttes, mais des deux mouvements. On les imagine déjà gouverner ensemble et s’attaquer à l’euro et à l’Europe, se quereller sur l’immigration, mais dépenser sans compter en faveur des déshérités. Laissez-moi penser que des gens dont la seule expression est la violence et la haine n’ont rien à voir avec la gauche et tout à voir avec l’extrême droite, y compris les black blocs qui rêvent d’un changement de société assez profond pour que nous vivions tous sous un régime totalitaire. Rassurez-vous, peu de commentateurs émérites partagent mon point de vue, soucieux qu’ils sont depuis un an de justifier les pires exactions commises par les gilets jaunes.

Le cycle manifestation-répression.

Je continuerai à dire que les gilets représentent un danger d’autant plus grand qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils feraient s’ils détenaient ne fût-ce qu’une parcelle de pouvoir et qu’ils seront manipulés par les partis politiques qui les soutiennent aujourd’hui, pour demain se réclamer d’eux et engager des mesures arbitraires. Oui, c’est vrai, le 5 décembre prochain risque d’être, avec la grève générale reconductible, le parallèle du mouvement de 1995 et d’affaiblir sensiblement l’économie du pays. Mais ce peut être aussi l’occasion de crever l’abcès car la population ne peut pas rester soumise au chantage des soi-disant révolutionnaires. Bien entendu, les gilets ignorent les actes des black blocs et se refusent à endosser la moindre responsabilité dans la destruction des centres-villes. C’est trop facile. De la même façon, ils entendent faire payer au pouvoir les blessures, parfois terribles, que leur a infligées la répression.  Si quelqu’un osait dire, au bout d’un an d’exactions : « Pas de manifestation, pas de victimes », il serait aussitôt qualifié de monstre par la gauche bien-pensante. : et le droit de manifester, alors ? En tout cas, je ne vois pas très bien ce que le président de la République et son gouvernement pourraient faire d’autre que de repousser brutalement des « manifestants » voués à la destruction des vitrines alentour. Il y a aussi une colère, une inquiétude, un ras-le-bol chez tous ceux qui veulent continuer à travailler, mais dont l’instrument de travail est systématiquement endommagé ou incendié par des gens qui croient que tout le monde est riche, à part eux bien sûr, et que les commerçants sont forcément des exploiteurs du peuple. Comme disait mon professeur d’histoire, si vous pensez que les commerçants ne servent à rien, allez acheter votre thé en Chine.

C’est l’enflure qui compte.

Il faut également dénoncer une attitude qui consiste à croire que le gouvernement n’a rien fait pour les gilets jaunes depuis un an, ce qui est faux, car ses efforts financiers sont considérables et lui valent d’ailleurs les critiques de la droite, de la Cour des comptes et de la Commission de Bruxelles. Ce n’est pas se livrer à un raccourci que de rappeler que ce sont les commerces dévastés qui paient les impôts avec lesquels l’État finance les largesses qu’il prodigue aux moins nantis et que les gilets jaunes détruisent de cette manière les moyens susceptibles de les satisfaire. Mais la logique n’a rien à voir avec tout ça. C’est l’enflure qui compte, c’est la dramatisation, le faux héroïsme qui consiste à tenir un rond-point au lieu de faire des heures supplémentaires exonérées d’impôt et d’arrondir ses fins de mois, c’est la technique du « retiens-moi ou je fais un malheur ». Le malheur est accompli. Un mouvement dont la haine sous-jacente est totalement pure (comme on le dit d’une drogue pure) détruit le tissu social que l’on dit malmené par les inégalités. Il l’est encore plus par la guerre civile, le désordre, et les fanfaronnades de Tartarin.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Thierry Breton : ça passe

Thierry Breton à Bruxelles
(Photo AFP)

Dans l’indifférence générale, Thierry Breton, ancien ministre et P-DG actuel d’Atos, a été élu commissaire européen, après avoir été auditionné par quatre commissions.

LE SILENCE relatif de la presse est d’autant plus remarquable que la candidature de M. Breton avait été vivement critiquée par les oppositions, qui espéraient, de toute évidence, faire subir au P-DG d’Atos le sort qu’ils ont infligé à Sylvie Goulard, la précédente candidate soutenue par Emmanuel Macron, laquelle fut récusée. Il est vrai que Thierry Breton s’est rendu à l’audition en préparant soigneusement son dossier et qu’il a ensuite apporté des réponses claires et concises à toutes les questions, sincères ou venimeuses, qui lui furent posées. Excellent élève qui a passé son examen haut la main. Summa cumme laude, pour ne pas dire mention très bien. Sans doute le candidat traînait-il moins de casseroles que Mme Goulard, dont la compétence était indiscutable ; mais elle avait démissionné du ministère de la Défense pour des raisons d’emplois fictifs quand elle était députée européenne. Le Landerneau s’est étonné de ce que cette membre du MoDem pût revendiquer un poste extrêmement important de commissaire européen alors qu’elle avait dû, deux ans auparavant, renoncer à un ministère régalien. En réalité, Mme Goulard a surtout souffert de la méthode sabre-au-clair d’Emmanuel Macron, qui n’avait pas jugé cette contradiction dirimante. Désireuses de montrer que le président français ne faisait pas la loi dans l’Union européenne, les commissions ont eu le front de le mettre en échec.

Les Allemands deviennent discrets.

S’ils ne l’ont pas fait une seconde fois, car ils auraient pu être tentés de dire que la carrière de M. Breton dans le privé lui interdisait de conquérir une fonction aussi importante que celle qu’il briguait à la commission européenne, c’est probablement parce que les Allemands, Mme Merkel en particulier, ont laissé entendre qu’il fallait traiter les Français par les bonnes manières et qu’il était temps de mettre un terme au conflit. Il reste que, au lendemain d’une polémique où « l’incapacité » de M. Macron de trouver des candidats possibles à des fonctions européennes, le président de la République peut se targuer d’avoir mis en place un homme brillant et compétent. Ce qui prouve combien certains débats franco-français sont superflus, inintelligents et inutiles. L’ambition de tous, sinon de LFI et du RN, devrait être d’avoir une Union qui fonctionne. Si la politique consiste à monter à l’assaut de tout ce qui émane de M. Macron, on n’aura jamais prouvé qu’une chose : que notre pays n’est pas viable, ce qui, bien sûr, n’est pas vrai.

La pluie qui tombe.

Je ne m’en prendrai pas non plus au saccage de la crédibilité française parce que, au terme de l’analyse, la mesquinerie, la petitesse, l’absurdité des comportements de certains deviennent visibles à l’œil nu. La petite victoire de M. Macron, c’est d’avoir démontré que, de temps en temps, il se retrouve au-dessus de la mêlée, qu’il a intérêt à ne pas y prendre part et que l’histoire du pays ne s’écrit pas dans les registres de l’anecdote ni dans les bréviaires de Clochemerle. Gardons-nous en tout cas de ne pas nourrir une ardeur excessive chaque fois que nous voulons démontrer, y compris dans les affaires étrangères, que la France n’est plus qu’un pays de plaideurs ou de citoyens jamais contents de rien, même pas de la pluie qui tombe.

RICHARD LISCIA

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Les « leçons » du terrorisme

Hollande décore les défenseurs des victimes en 2016
(Photo AFP)

Les Français célèbrent, non sans tristesse et non sans malaise, les épouvantables attentats du 13 novembre 2015. Le devoir de mémoire est d’autant plus impératif que nous ne sommes pas assurés que le carnage ne se reproduira pas un jour. Nous devons nous armer de stoïcisme mais aussi de vigilance.

LE DÉBAT national sur tout ce qui se rapporte à l’islam est pollué par les arrière-pensées politiques. Il n’existe pas de crédo national concernant le djihadisme. Il est encore capable de se reconstituer instantanément. L’expédition ad patres du chef de l’État islamique, Al Baghdadi, n’empêche pas la persistance de réseaux prêts à frapper le territoire, tandis que le terrorisme individuel traduit une sorte de haine intérieure envahissant quelques consciences, ce qui contribue à la persistance dangereuse d’une polémique opposant la gauche et la droite sur le maintien de la laïcité en France : cela implique une bonne dose de fermeté. Bien entendu, les musulmans eux-mêmes auront vite fait de trouver dans l’exercice « aveugle »de la laïcité un instrument destiné à réduire leurs libertés. Ils peuvent, à raison, invoquer les sociétés où les communautés s’épanouissent à l’écart du modèle national. Il demeure que la France a fait un autre choix, celui de l’intégration qui a magnifiquement fonctionné pour absorber des immigrés appartenant à d’autres confessions.

Le maître mot : intégration.

L’arrivée, parfois massive, de musulmans attachés à leur religion, qu’ils peuvent pourtant pratiquer sans encombres en France, a soulevé un problème inattendu, d’abord parce que l’islam est très différent du christianisme, ensuite parce que la longue crise économique et sociale qui a suivi les Trente Glorieuses a freiné puis bloqué leur intégration et, a fortiori, leur assimilation. Beaucoup de musulmans, dans une proportion difficile à évaluer, sont devenus ces « premiers de cordée » chers à Emmanuel Macron. Beaucoup d’autres, sans doute plus, ont trouvé dans l’islam le moyen de se distinguer du courant principal et de s’affirmer non pas en tant que contributeurs au développement général du pays, mais en dehors de lui. Il est licite de reconnaître les sources sociales de cette attitude politique, licite de comprendre pourquoi l’intégration n’a pas fonctionné pour eux et licite d’essayer des solutions combinant leur appartenance à l’islam, la pratique ostensible de leur religion et une loyauté sans failles à l’égard de l’État et de la République.

Le terrorisme a son corollaire, la méfiance des Français à l’égard d’une religion dont les terroristes se croient les dépositaires. L’aversion pour une culture de mort est l’objectif recherché par le djihadisme qui n’a pas le projet de tuer tous les Français mais de semer dans le pays un désordre suffisant pour que l’ordre islamiste émerge du chaos en tant que maître politique de la France. Il ne s’agit pas de « grand remplacement », slogan facile de l’extrême droite, mais de conversion. Les citoyens non musulmans seraient meilleurs s’ils devenaient musulmans. Voilà où se situe le danger dont il nous appartient de déceler les signes avant-coureurs avant que nous soyons cernés par une idéologie que n’aurions pas combattu avec assez de vigueur.

Un islam soft.

Nous devons donc situer la discussion sur le plan exact où elle se déroule, qui est politique et non sociétal.  Nous devons exalter à l’infini les avantages de la laïcité dont le rôle n’est pas d’attaquer les religions, mais de poser des limites à la pratique d’une religion. Il ne faut pas qu’un individu français se distingue par une foi que le pays ne peut pas suivre et qui, en somme, correspond, dans sa ferveur excessive, à une régression. Il faut au contraire que cet individu soit en tous points, dans sa vie publique, identique à ses concitoyens et que, en conséquence, il pratique sa religion dans sa sphère privée. Se prononcer contre le port du voile, par exemple, ce n’est pas être anti-musulman, c’est approuver le système laïque tel qu’il a été instauré en France au début du XXe siècle. Les musulmans eux-mêmes doivent parcourir une partie du chemin. Ils savent que la multiplication des attentats se traduit par une montée de la xénophobie. Ils savent qu’il n’existe pas de prescription du voile pour les femmes dans le Coran et qu’il s’agit en réalité d’une invention des hommes pour qu’ils puissent dominer le deuxième sexe. Ils devraient donc admettre que la diversité des textes coraniques et des imams leur offre la possibilité de choisir une manière discrète d’exercer leur religion.

On trouvera sans difficulté une majorité de Français qui accepteront de donner aux musulmans tous leurs droits sans exception, avec un bémol pour leur religion car elle les éloigne, si elle est pratiquée avec fanatisme, des valeurs républicaines. L’influence délétère qu’exercent par ailleurs des imams dévoyés ou des mosquées vouées à un islam exclusif et dominateur ne peut pas être acceptée en France puisqu’elle fait partie d’un projet politique incompatible avec la démocratie parlementaire. Fermeté et tolérance sont donc les deux axes d’un projet pour inclure l’islam dans la vie démocratique française.

RICHARD LISCIA

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La loi du silence

Danièle Obono en plein exercice
(Photo AFP)

Un étudiant de 22 ans s’étant immolé par le feu  à Lyon pour cause d’extrême précarité, les étudiants ont manifesté et interdit l’accès à de nombreux endroits où des débats étaient prévus, notamment avec François Hollande.

L’ÉTUDIANT,  avant d’accomplir son acte, avait en effet  souligné l’impéritie de nos présidents successifs, dont François Hollande.  Le jeune homme, qui est aujourd’hui dans un état grave, a tenté de dénoncer une politique sociale de l’État vouée aux économies. Ce que Danièle Obono, députée de la France insoumise, a exposé à l’Assemblée nationale dans une phrase lapidaire, adressée au secrétaire d’État à la Jeunesse, Gabriel Attal ; « Votre politique tue notre jeunesse ». M. Attal n’a pas riposté avec la vigueur de l’agresseur, preuve que le raccourci sémantique commence à trouver pignon sur rue, ce qui produit un phénomène social étrange et contradictoire. Dans cette société de 2019, on est arrivé à dire à peu près ce qu’on voulait, y compris les pires amalgames, mensonges et contre-vérités, mais en même temps on entend de plus en plus de gens qui exigent que certains orateurs se taisent, la ferment en quelque sorte, ou soient atteints de mutisme.

Grèves, justifiées ou non.

Cette sélection des parleurs se fait par ordre décroissant, les plus excités certains d’emporter la palme et les plus calmes assurés qu’ils seront interdits de discours. C’est en soi un problème sérieux de société en ce sens qu’il créerait un droit à la parole, réservé à ceux qui ont font une torpille contre les autres. Mais voilà qu’il y a plus grave. La colère, bien compréhensible, des étudiants, trouve sa source dans une vision sociale qui ne fait de cadeau à personne, en dépit des mesures hâtives prises par le gouvernement pour apaiser les gilets jaunes. Mais il y a beaucoup de mécontents, par exemple à l’hôpital où la crise n’est toujours pas résolue et ne le sera pas si le gouvernement ne se décide pas à injecter dans les structures hospitalières l’argent dont elles ont besoin. Tout se passe comme si on avait tenté de calmer les gilets jaunes au détriment de tous les autres, dans un pays où nombre de revendications sont justifiées mais où d’autres le sont moins. Par exemple, les cheminots qui se mettent en grève durablement à cause d’un accident de train et, comme ils se voient contraints d’expliquer leur colère excessive, ils en font la démonstration par une prolongation de la grève. Une sorte de preuve par l’absurde.

Convergence des luttes.

De la même façon, les étudiants sont partis pour un mouvement de longue durée, ce qui conduit la plupart de nos estimables chroniqueurs et éditorialistes à additionner les mécontentements, à les placer dans la perspective de la journée syndicale d’action du 5 décembre prochain et à y voir la fameuse « convergence des luttes » tant souhaitée par les oppositions. Alors là, promis, juré, s’il y a convergence, c’est la fin du gouvernement d’Édouard Philippe. Cette hypothèse n’est pas irréaliste car 2019 aura été pour le président et sa majorité une « annus horribilis », assez horrible en vérité  pour qu’elle ne puisse se conclure que tragiquement. Le  quasi-suicide par le feu de ce pauvre étudiant serait alors une répétition historique, le même acte ayant été accompli autrefois par Ian Palach, un étudiant tchèque qui réclamait la disparition du régime communiste. Ce fut l’un des signes avant-coureurs, ou prématurés, comme on voudra, de la chute du mur de Berlin dont on célèbre en ce moment le trentenaire. Mais on devine alors combien les comparaisons sont parfois abusives : si Mme Obono estime que le pouvoir assassine les étudiants en France, elle a forcément tort puisque ce même pouvoir offre aux Français la liberté dont ils peuvent disposer allègrement. Liberté pour laquelle Palach a donné sa vie,  à Prague, il y a cinquante ans, alors que Anas K., lui, réclamait une scolarité gratuite.

RICHARD LISCIA

 

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